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Les Français sont feignants

Classé dans : politique — 06/18/2009 @ 10:50

                                                        

La littérature libérale met souvent en avant que les Français ne travaillent pas assez par rapport, notamment, aux autres européens. C’est pourquoi le candidat Tsarkozy avait inventé le slogan : « travailler plus pour gagner plus ». Ce langage a eu du succès car, effectivement, nombre de personnes aimeraient travailler davantage pour faire bouillir leur maigre marmite. Parmi elles, on trouve les salariés à temps partiel non choisi, par exemple les caissières de supermarchés qui viennent de faire grève massivement  la semaine dernière au grand étonnement de leurs patrons. On trouve aussi les smicards qui préfèreraient parfois moins de RTT et plus de travail en heures supplémentaires. Car, évidemment, la question essentielle demeure celle du pouvoir d’achat qui peut augmenter soit par la hausse des revenus, soit par la baisse des prix, soit par une combinaison des deux. Et, en gros, les mesures d’augmentation du temps de travail pour avoir des heures sup ne concernent que 30 à 40 % des salariés

Les études de l’INSEE   (www.insee.fr) sur les salaires et le pouvoir d’achat, celles qui sont montées en épingle par le gouvernement et les libéraux de tout poil, font apparaître une hausse du Smic de 37 % entre 1978 et 2007. Les autorités affichent moins que dans le même temps le pouvoir d’achat du revenu salarial annuel a stagné en euros constants. D’où vient cet écart qui conforte le sentiment de baisse du pouvoir d’achat dans la population ? Elémentaire, Watson, c’est à cause des raisonnements en moyenne globale chers aux gouvernants. Car entretemps le pourcentage de salariés à temps partiel, intermittents, intérimaires ou à domicile par rapport à l’ensemble des salariés est passé de 17 % à 31. Le revenu des temps partiels a baissé tandis que celui des temps plein augmentait parallèlement ce qui produit une moyenne stable. En revanche, les revenus de la rente, eux, augmentaient bien plus. Entre 96 et 2006 les loyers perçus progressaient de 66 % et les dividendes de 143. Les salaires bruts ne progressaient que de 48 % dans la même période (Alternatives économiques numéro spécial 76).

Lesdits salariés à temps partiel ou à contrats de travail atypiques n’ont pas clairement perçu (merci aux syndicats ou aux partis qui auraient dû les informer) que les largesses sarkoziennes sur les heures sup étaient à deux vitesses. Lesdites heures sur les temps complets sont détaxées de cotisations sociales salariales (et patronales), payées 25 % de plus et dispensées d’IRPP. En revanche, les temps partiels ont vu leurs heures « complémentaires » plafonnées à 10 % de leur temps de travail. De plus elles ne sont pas majorées ni exonérées. Rappelons que l’un des maîtres mots du libéralisme est « l’équité ». Ce genre de mesures (5 à 6 milliards d’euros en année pleine) profite donc essentiellement aux salariés à temps complet et aux patrons qui peuvent ainsi faire travailler plus les travailleurs en place avant d’hypothétiques embauches. Soulignons que, au passage, la durée légale du travail (35 heures par semaine) s’en trouve éliminée de fait. Le seul obstacle à faire davantage d’heures, ce qui est le sens du travailler plus, est la durée maximale de 48 heures. Gageons que cette limite ne tardera pas à voler en éclats. C’est déjà fait chez les Gibbies au nom de « l’opt-out » qui permet à un salarié de négocier « d’égal à égal » sa durée de travail avec son patron. Du reste, ce sont les patrons qui décident des heures sup et qui, souvent, ne les payent pas… De façon générale, il devient clair que le « travailler plus » se fait au détriment des temps partiels (31 % du salariat et en majorité des femmes et des jeunes) qui ne pourront guère en profiter.

Il est aussi clair que le travailler plus ne concerne pas encore les retraités (sauf cas spéciaux comme les militaires) qui ont vu  leur pension (par suite de la suppression en 1986 de l’indexation des retraites sur les salaires, de la réforme Balladur de 1993 dans le privé, de la  réforme du calcul des points dans les régimes complémentaires, de la CSG à taux plein contrairement aux cotisations antérieures)) augmenter de 0,2 % de 2000 à 2004 alors que le salaire moyen augmentait de 4,8% ( d’Alternatives économiques). Et ce n’est qu’un début. Il faut s’attendre à moins 25 % sur 20 ans pour les retraites du privé. Le minimum vieillesse (628 euros pour une personne seule, RMI des vieux) n’a pas été revalorisé depuis 10 ans. D’où l’annonce surprise de Tsarkozy d’une revalorisation de 25 % sur 5 ans avec un acompte de 200 euros bientôt en 2008. Ce minimum concerne 650 000 personnes. Les petites retraites (580 euros), que le candidat avait promis de revaloriser, touchent 3,5 millions de gens. Ca va être duraille de les augmenter car elles ne concernent pas l’Etat…Notons que ces retraites sont inférieures au seuil de pauvreté de 681 euros (2006 à 50 % du revenu médian ; c’est passé à 60 en 2007 en appliquant une norme européenne) pour une personne seule (50 % du revenu médian d’après les statistiques françaises alors que les européennes demandent 60 %).

Il y a donc déjà de personnes qui voudraient travailler plus ou qui sont oubliées par les réformes tsarkoziennes. Mais est-il si sûr que globalement les Français travaillent peu ? Là, il ne faut pas considérer la durée légale (35 h) mais l’effective. La France en est à 35,3 heures hebdo début 2007 (Hollandais 30,1, Danois 34,1, Anglais 34,7, Allemands 34,9 [alternatives économiques]). Ces chiffres sont une moyenne entre les salariés à temps plein et à temps partiel. Or, seuls 17 % des salariés français sont à temps partiel (et ils travaillent 22,7 heures par semaine) alors que la moyenne européenne est à 21 (et elle travaille 19,8 heures). CQFD.

Ce qui est vrai aussi, c’est que seuls 63 % des Français en âge de travailler (taux d’emploi de la population active) occupaient un emploi en 2006, contre 71 % en Grande-Bretagne, 73 en Suède, 77 au Danemark (toujours d’après Alternatives économiques). C’est que les jeunes de moins de 25 ans et les vieux de plus de 55 ne sont pas sur le marché du travail. 60 % des plus de 60 ans ne travaillent plus car ils ont été évacués par les entreprises au profit de jeunes moins payés et soi-disant plus productifs. Quand aux jeunes, ils essaient de poursuivre leurs études ou ils font « des stages » non rémunérés (grand merci au gouvernement qui vient de fixer la barre minimale  à 30 % du Smic pour les stages de plus de trois mois). Mais l’objectif de Tsarkozy n’est pas d’augmenter le taux d’emploi mais plutôt d’allonger la durée effective du travail des salariés à temps plein comme vecteur de la croissance par le plus de travail  comme soi-disant gage d’un enrichissement collectif.

Ce qui prouve, soit que Sarkozy et ses conseillers ne connaissent pas grand-chose à l’économie, ce dont je doute, soit que c’est délibéré car c’est la solution la plus rentable pour l’économie libérale favorable au patronat. En Effet, l’existence « d’une armée industrielle de réserve », qui plus est renforcée par « l’immigration choisie » pousse à la dégradation des revenus salariaux et des conditions d’emploi et de travail. De plus, faire turbiner au maximum les salariés en place (tant pis pour les suicides et les « burn out ») a l’avantage d’augmenter la productivité sans investir davantage et sans payer de nouvelles cotisations sociales car les heures sup en sont exonérées.

Or rien ne prouve, bien au contraire, que l’augmentation de la durée du travail produit de la richesse. L’histoire montre déjà le contraire : depuis 1960 le PIB a été multiplié par 4 alors que la durée annuelle du travail chutait d’un bon tiers. Car ce qui compte le plus c’est la productivité horaire du travail. Les statistiques actuelles montrant que les pays les moins riches en PIB par habitant sont ceux où la durée du travail est la plus longue et où le taux d’emploi est le plus élevé. Pour faire de la productivité globale (production totale rapportée au nombre de travailleurs) on peut augmenter la durée du travail et le nombre de travailleurs. C’est le choix traditionnel des patrons en quelque sorte esclavagistes qui obtiennent alors une productivité pour ainsi dire extensive. Mais vous pouvez aussi augmenter la productivité horaire des travailleurs (compétence, organisation machines performantes, etc.). C’est une productivité intensive liée à la productivité globale des facteurs. Je crois que le choix est facile pour un non libéral. Or la productivité horaire des Français au travail (essentiellement tranche des 25-55 ans) est une des plus élevées du monde. Cependant, elle est en train de perdre du terrain faute d’investissements suffisants dans les nouvelles technologies. Et il n’y a pas que la productivité. Il y a aussi la qualité. Là, les Français savent faire comme le montrent les industries du luxe et les productions des terroirs.

Il est donc clair que les Français travaillent et ne demandent qu’à travailler. Il est clair aussi que le patronat a renoué avec sa vieille stratégie de travail sous-payé et non qualifié ou de non-reconnaissance des qualifications. C’est cette méthode qui avait failli tuer l’industrie automobile française dans les années 65-75 : on s’était contenté d’importer des immigrés en provenance des anciennes colonies (Algérie surtout) en les payant avec une fronde et en les logeant dans des bidonvilles (dont l’immense de Nanterre), pendant que les Japonais investissaient dans les nouvelles technologies et méthodes d’organisation et de travail. La stratégie actuelle, en continuité avec l’ancienne au nom de la rupture, est largement facilitée parce que les exonérations de charges sociales sont plafonnées pour les salaires inférieurs à 1,6 Smic. Du coup, le patronat fait tout pour que lesdits salaires n’aillent pas au-delà. On a toujours le patronat et la droite les plus bêtes du monde ; et les socialistes ne sont pas plus malins.

Il est clair encore que même réalisées les promesses de campagne laisseront de côté le pouvoir d’achat de la moitié des Français non concernés par les heures sup et les rachats de RTT. On attend les futures statistiques de l’INSEE, organe gouvernemental alors que dans la plupart des autres pays elles sont produites par des organismes indépendants, avec impatience.

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