les armes de la critique

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Garçon, svp, une polémique toute Frêche

Classé dans : Non classé — 02/10/2010 @ 12:38

 

Les grands médias de radio, télé, presse se sont précipités sur la dernière prétendue provocation de Frêche.  On note tout de suite la différence de traitement entre les dérapages des personnalités de droite, et il y en a eu beaucoup (Hortefeux,  Bussereau,  Morano, etc.), qui font un petit « buzz » momentané sur le web  et ceux de la gauche non-institutionnelle. Car quand Valls observe qu’il n’y a pas beaucoup de « blancos » sur le marché d’Evry, là aussi le buzz dure peu. La façon donc dont les médias et les partis (les parties au débat, devrai-je dire aussi) gonflent le cas Frêche suscite des interrogations et laisse à penser qu’il y a bien des anguilles sous les eaux boueuses de la politique politicienne et sur leurs relations avec les médias institutionnels.

Rappelons que le sieur Frêche, politicard s’il en est mais dans cette corporation ce n’est pas la morale qui étouffe, a été relaxé par les tribunaux. Car tout dépend de la manière dont les médias présentent les propos démagogiques et populistes du « tribunus plebis » de la « Septimanie », propos qui sont dans les discours ordinaires des politiciens, aux écarts de langage près (kärcher, racaille, casse toi pov’con, descends si tu l’oses, etc.). On a dit que Frêche avait insulté les harkis ; sans noter qu’il ne s’adressait qu’à 3 ou 4, qui l’avaient lâché pour aller dans l’opposition à la personne du kronprinz du Languedoc : c’étaient ces traîtres qui étaient les « sous-hommes » et non l’espèce, si j’ose dire. Le bonhomme a dénigré le nombre de « blacks » dans l’équipe de France. Il n’est pas le seul : un philosophe de droite connu avait parlé de l’équipe « black, black, black » sans que cela ne soulève autant d’émotion journalistique et politicarde. Et, ô horreur, il a dit que Fabius n’avait pas « une troche très catholique ». Comme ledit Fabius, quoiqu’élevé dans le catholicisme, est d’origine juive, les médias ont aussitôt fait l’amalgame : il était visé en tant que sémite alors que l’expression est tout à fait courante même si elle est à manier avec discernement.

Arrêtons-nous quelques instants sur l’arrière-plan de cette polémique événementielle et superficielle. Cela veut dire qu’avant de l’employer, il va falloir se renseigner sur les caractéristiques de la personne visée. Si le destinataire du propos avait été musulman, on aurait crié à l’islamophobie, orthodoxe à l’anti-slavisme, etc. Désormais, le « politiquement correct » requiert de repérer les origines, « raciales », ethniques, religieuses de ceux que l’on attaque. C’est époustouflant parce que, justement, la doctrine politique française refuse que l’on considère les hommes et les femmes autrement qu’en tant que citoyens sans distinction aucune d’appartenance à quelque communauté que ce soit. La bonne question est donc de savoir si c’est Frêche ou ses attaquants qui ont porté le débat sur les origines ethniques de Fabius. Les tribunaux peuvent trancher mais notre imperator occitan aura beau jeu de montrer qu’il soutient Israël depuis toujours et qu’il a beaucoup aidé les Harkis. Je ne tranche pas ; cette nouvelle affaire révèle que le politiquement correct, importé des USA comme le reste, permet de s’en prendre à n’importe qui et surtout n’importe quoi et ouvre la vois à toutes les censures, auto, ou non. Il est clair que pendant le temps des polémiques à partir de petites phrases on ne dit rien sur les vrais problèmes et l’essentiel de ce qui concerne le pays. Il est clair aussi que le contexte général suscité par la droite sarkozyenne à base des 3 I : insécurité, immigration, identité, contexte aux forts relents de Front national à l’approche des régionales pour lui piquer des voix comme en 2007, donne un cadre favorable aux attaques pour propos incorrects. Car ce qui est sous-jacent dans la mise en cause de Fabius c’est son identité religieuse et ethnique.

Hier, sur Canal +, le sieur Aphatie, journaleux en vue, s’en est pris à Frêche qui avait dit dans une interview que les « juifs » avaient voté contre lui. Aphatie, en bon ami sans apathie pour le  néolibéralisme, camouflé en journaliste soi-disant neutre, lui a dit qu’il n’y avait pas de vote communautaire, de groupe organisé, de consigne de vote pour une communauté. Car pour M. Aphatie, comme pour tous les sympathiques libéraux, il n’y a que des individus, des atomes isolés, autonomes, non-influencés, sans racines, sans appartenances. Notre politologue autoproclamé (il se vante d’être un autodidacte ; il a bien raison car cela se voit à son ignorance encyclopédique en dehors de la politologie politicienne) devrait pourtant savoir qu’il y avait bel et bien autrefois un vote « juif » en faveur du socialisme mitterrandien, qu’il ya bien des intérêts, des valeurs, des problèmes, des situations similaires qui unifient des gens et qui les prédisposent à telle ou telle attitude ou vote. Notre peu apathique bonhomme, en fait, refuse toute approche sociologique des problèmes des gens.

Il n’est pas le seul ; c’est la dominante de la « pensée unique » dans les grands médias. Le sarkozysme (Y et non I car le I signifierait que c’est une doctrine alors que ce n’est qu’une pratique politicarde) et le néolibéralisme y dominent, quelle que soit l’obédience du médium. Et ce n’est pas parce que Tsarkowitch  aurait les patrons de presse à sa main : ils ne sont pas fous : ils font la balance des « coûts d’opportunité » et si prendre parti pour le prince leur faisait perdre du fric il le lâcherait aussi sec sauf à se rattraper sur les commandes d’Etat. C’est parce que les journaleux (et leurs patrons) visent l’audimat et qu’ils soignent ce qui le fait augmenter : il faut donc ne pas parler de ce qui peut fâcher ou gêner, encore moins en profondeur avec des analyses sérieuses ; ne rien dire, ne rien voir, ne rien entendre, comme les 3 singes, est le gage de la quiétude. De plus, les journaleux sont passés dans la même filière et sont donc à peu près formatés pareillement, comme les économistes ou les manageurs ou les politicards : libéralisme «über alles » et Dieu pour tous. Donc, ce qui prévaut c’est tout simplement l’absence d’esprit critique, le conformisme, le carriérisme, et, in fine, l’autocensure et la neutralité apparente.

C’est pourquoi les journaleux se précipitent tous ensemble sur les polémiques les plus fraiches comme un dogue sur un os à ronger, comme un rapace charognard sur une carcasse : c’est simple, ça ne touche pas aux vrais enjeux, ça évite de se décarcasser pour réfléchir et informer correctement l’opinion publique. Ils ne sont pas les seuls. Les politicards en usent de même afin d’évacuer les vrais problèmes et essayer de se mettre sur le pavois à la place des concurrents. Mme « Aux Abris » a vu dans le cas Frêche l’occasion de se refaire une virginité politiquement correcte alors que des soupçons pèsent sur son élection comme 1er secrétaire du PS et que ses rivaux pouvaient exploiter l’affaire à leur profit. Ce pauvre PS, qui a abandonné toute politique de gauche pour se vautrer dans le néolibéralisme depuis 1983, peut ainsi faire oublier la vacuité de son projet et sa responsabilité dans la situation actuelle du pays au sein de la compétition mondiale du tout-marché et de la « concurrence libre et non faussée » pour laquelle le curé Delors, père de Mme Aubry, a tant milité. Les écolos voient là l’occasion de tailler des croupières au PS, notamment en Languedoc-Roussillon. Etc. Et la droite sarkozyenne, réunifiée sous la houlette d’Epiméthée 1er (épiméthée signifie celui qui réfléchit après…), peut faire oublier ses propres dérapages, son bilan désastreux, son hyper-libéralisme camouflé derrière des appels aux mânes de Jaurés, de Mendès-France et de Guy Mocquet, etc., le fiasco de sa campagne sur « l’identité nationale ». Et tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

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