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Le problème des retraites

Classé dans : Non classé — 02/18/2010 @ 11:54

 

Ce qui frappe le plus dans le traitement du problème des retraites par le pouvoir et par les journaleux, c’est non seulement un cas typique de pensée unique mais encore l’évacuation constante de moult paramètres essentiels  de la situation. Il est vrai que la chose est prédéfinie par un organe (au sens de Soljenitsyne) officiel, le « conseil d’orientation des retraites » (COR, au pied, car truffé de compradores) bourré de libéraux de tout poil et de membres stipendiés par le pouvoir ; du coup, les auteurs et organismes qui étudient la chose sans les œillères libérales sont passés à l’as. Essayons de remettre les tenants et aboutissants du problème dans une vraie problématique sans concessions à l’air du temps néolibéral.

Un 1er paramètre réside dans la démographie, qui ne se porte pas mal en France 65 millions d’habitants avec près de 2 enfants par femme comme descendance finale) ; cela veut dire que normalement le COR (au pied, Médor) devrait actualiser le niveau de la population active et donc augmenter le rapport affiché de 1,2 actif pour 1 retraité à l’horizon 2050. Rappelons aussi que ladite population peut augmenter avec l’immigration même « choisie ».

Il faut aussi tenir compte des progrès de productivité, lesquels impliquent que dans 20 ans le revenu national sera bien plus élevé et que donc la charge des retraites rapportée à celui-ci sera bien moindre que si on la calcule avec le PIB actuel. La vraie question est celle du partage des gains de productivité entre le capital et le travail. La part de ce dernier a régressé de 10 points depuis pas mal de temps ; les progrès de productivité peuvent être affectés en partie à la réduction du temps de travail, ce qui était un mouvement historique avant que le néolibéralisme ne force à s’aligner sur les pays les moins-disant pour cause de mise en concurrence mondialisée des économies du monde entier. Soulignons que cette réduction du temps de travail n’est pas forcément celle de la durée journalière ou hebdomadaire ou annuelle des choses. Elle pourrait parfaitement être affectée à l’âge du départ en retraite. D’autant que ce qui compte, ce n’est pas l’espérance de vie (en hausse depuis longtemps, 84 ans pour les femmes, 77 pour les hommes aujourd’hui) mais la durée de vie en bonne santé après la mise en retraite. Elle est, en moyenne, assez faible : plus 5 /10 ans, ce qui est fort injuste pour ceux qui ont commencé tôt et effectué des travaux pénibles, lesquels ont 8 ans d’espérance de vie de moins que les cadres. Notons que les négociations sur le sujet entre syndicats et MEDEF, commencés en 2004, n’ont toujours pas abouti !

Le partage des gains de productivité peut se traduire en gains salariaux, ce qui fait que des taux de cotisation augmentés sont beaucoup moins lourds au fur et à mesure du temps. Une cotisation de plus 2 % sur 1356 euros (SMIC) en 2010 ne fait que 1 % rapporté à un smic de 2712 en 2050 ; on pourrait donc augmenter les cotisations de façon assez indolore et progressive si les gains de productivité étaient partagés. Tsarkozy compte peut-être jouer sur l’âge de départ en retraite, actuellement de 60 ans depuis 1981 et surtout sur le nombre d’annuités de cotisations (41 en 2012, 42 en 2020, 40 aujourd’hui). L’approche de Zébulon 1er, comme on le voit, est purement comptable et financière, les vrais paramètres socio-économiques n’étant pas actionnés. Rappelons que l’âge moyen de demande de liquidation des droits à retraite est de 61 ans et demi, que l’âge réel est de 58 et que le taux d’activité des séniors culmine à 38 % contre 45 dans l’UE ou 60 en Suède. Cela signifie en réalité que mettre la retraite à 61 ans et plus et allonger la durée de cotisation conduit automatiquement à une baisse des pensions, ce que Epiméthée 1er (celui qui réfléchit après en grec) s’est engagé le 15/2/10 à ne pas faire. Soulignons que dans le privé, avec la réforme Balladur de 1993, les pensions vont d’ores et déjà diminuer de 20 à 30 %. Rappelons que avec l’indexation des retraites sur l’inflation et non plus sur les salaires, le pouvoir d’achat relatif des pensionnés vis-à-vis de celui des actifs va en prendre plein la gueule, sauf si, évidemment, les salaires n’augmentent pas, ce qui est l’attitude depuis toujours de tout capitaliste qui se respecte. 41 ans de cotisation quand l’âge moyen d’arrivée dans l’emploi est de 22 ans met la possibilité de la pension à taux plein sans les décotes instituées par Fillon en 2003 à 63 ans. Il est clair que le partage de la productivité est incompatible avec le fonctionnement et la logique actuels du capital. le pouvoir ne cherche donc que des rustines pour en compenser les dégâts au frais des pensionnés.

Même dans la démarche comptable, le mitron (général Boulanger en plus petit) ne regarde pas toutes les possibilités d’améliorer les comptes de l’assurance-vieillesse. Il y a par exemple à revenir sur le remplacement des salaires fixes et progressifs par des plans d’épargne d’entreprise et autres intéressement ou participation variables, incertains (quel peut être l’intéressement quand la majeure part des profits se dégage à l’étranger ou dans des paradis fiscaux ?) et qui ne payent pas de cotisations sociales, plans qui excluent là encore les retraités. On observe même que les plans d’épargne-retraite (PER, Perco) donnent lieu à une diminution du revenu imposable (jusqu’à 26 000 euros), ce qui ne profite qu’aux ménages qui payent l’IRPP, soit la moitié ; c’est surtout profitable aux contribuables les plus aisés. De même les stock-options sont un moyen élégant d’échapper aux cotisations sociales, ce qui d’après les calculs de feu Philippe Séguin à la Cour des comptes fait évaporer 300 millions au détriment de la Sécu. Autre solution financière vue d’un bon œil par les experts et le pouvoir, le système de retraites par points (on achète des « points » pendant son activité et ensuite on touche sa retraite en fonction de leur nombre ; c’est déjà en cours dans les systèmes complémentaires Agirc et Arcco) ; or la valeur du point est variable en fonction du rapport cotisants/pensionnés, ce qui produit un ajustement automatique et ne permet pas à l’impétrant de savoir à l’avance le montant de sa pension. Enfin, les financiers proposent un 3ème étage par capitalisation individuelle alors que cela existe déjà sous forme d’assurance-vie (dotée de privilèges fiscaux) versée en rente ou de Préfon (fonctionnaires). L’avantage serait de disposer de plus de fric pour se livrer à la spéculation ou investir ou garder français le capital des entreprises. L’inconvénient est évidemment que seuls les riches ou les aisés peuvent se doter de leur rente supplémentaire dans le mouvement ainsi installé d’individualisation des retraites. Et au bout d’un certain temps, les riches diront qu’ils ne veulent pas payer 2 fois et qu’ils exigent un régime entièrement en capitalisation individuelle, ce qui tuera toute solidarité collective et intergénérationnelle ; la crise mondiale actuelle qui a fait chuter de 50 % les pensions de la moitié des retraités US ou Gibbies (les autres n’avaient que la retraite d’Etat 30 à 40 % inférieure à la française) ne les a que momentanément refroidis.

Cependant, la variable la plus lourde se trouve dans la structure de l’emploi. Certes, les experts parlent du chômage qui fait perdre énormément de revenus à la Sécu alors que les dépenses augmentent. Ils pensent aussi au taux d’emploi des séniors (55-64 ans) qui n’est que de 38 %  (18 pour les 50/64 ans).  Ils oublient toutefois le faible taux d’emploi des jeunes (18/24 ans) et surtout les ravages du temps partiel qui affecte lesdits jeunes et les femmes. Or, dans les statistiques un emploi à temps partiel est compté comme un temps plein alors qu’il ne rapporte que la moitié en cotisations par exemple dans le cas d’un mi-temps. Sous-estimé aussi est le fait que les parcours de carrière sont devenus hachés et aléatoires, ce qui touche énormément les femmes et de plus en plus de salariés. La retraite moyenne des femmes dans le secteur privé est d’ores et déjà  de 670 euros !

La variable principale est donc dans la nature et le volume des emplois, ce qui suppose que la désindustrialisation (avec le chômage et la pression sur les salaires qui vont avec) du pays s’arrête, vu qu’elle n’est compensée que par des emplois de très mauvaise qualité à la fois en rémunération, en temps d’activité et en sécurité dans les services (dont les soi-disant « à la personne). Rappelons aussi que le pays ne peut se payer des emplois de service (ou dans les loisirs ou dans les activités publiques payées par l’impôt, etc.) que s’il ya déjà auparavant un revenu national dans la production (ou différentes ventes par exemple de tourisme ou de brevets ou de services financiers, ou différents revenus comme ceux des exportations ou des profits rapatriés, etc. alimentant des balances commerciale et des paiements positives). Et la variable supplémentaire et très importante se trouve dans le partage des gains de productivité.

Si donc on ne se contente pas de ficelles comptables et si on ne veut pas détruire le système de solidarité du régime de répartition tout en gardant un bon niveau des retraites ; le problème fondamental est de protéger l’industrie française qui est détruite, comme celle de l’Europe, par la concurrence sans foi ni loi instaurée depuis plus de 20 ans par le libre-échange entre pays n’ayant pas du tout les mêmes atouts de compétitivité, ni les mêmes protections sociales, et forcés alors de se livrer au dumping en tout genre (environnemental, fiscal, social, salarial, financier, etc.). C’est cette mise en concurrence des pays qui a transféré l’industrie en Chine (notamment par délocalisation de filiales de production ou achat de produits low cost), qui impose partout la même logique de rentabilité avec diminution des charges à commencer par les salariales, qui a conduit à ne plus donner sa part des gains de productivité au salariat.

Les projets actuels de réforme des retraites ne concernent que la marge ; ils ne visent qu’à placer le pays dans la concurrence internationale exacerbée et continuée ; ils cherchent à sauver les meubles du capitalisme. Malgré ses rodomontades, ses tartarinades, notre président à talonnettes essaie de sauvegarder le taux de profit et la finance. Or le problème prioritaire est de casser le dumping mondial entre pays et touchant à tous les domaines. Suggérons-lui une solution : instaurer des droits de douane compensatoires sur les produits ou services en provenance des pays usant dudit dumping, de façon, par exemple, que le différentiel de droits sociaux (ou de salaires compte tenu des niveaux de vie) entre la France et un pays soit annulé. Il ne le fera pas. En effet, quand il ne sera plus au pouvoir, il sera trop content de retrouver son cabinet d’avocats d’affaires, qui, comme les autres, est spécialisé dans les combines « d’optimisation fiscale », notamment pas passage dans les paradis fiscaux. Mettre au pas lesdits cabinets, les entreprises de conseil (KPMG, etc.), les agences de notation qui facilitent en permanence la spéculation,  l’évasion fiscale et la fuite des capitaux, ce serait pour ces gens-là tuer la poule aux œufs d’or, l’âne aux écus. Ils ont donc intérêt à la perpétuation du système car pour être avocat « d’affaires » (comme la majorité des 80 politicards français devenus automatiquement avocats, souvent sans avoir fait d’études de droit, à l’instar de l’hipponyme Galouzeau de Villepin ou de Copé, à la faveur d’une législation très spéciale), il faut d’abord qu’il existe un « monde des affaires ». N’a-t-on pas vu, autrefois dans son cabinet, le président travailler (avec l’aide d’un escroc condamné depuis) à l’évasion fiscale d’Henri Leconte en Suisse (cité par Xavier Harel ; lire son livre « La grande évasion » sur les paradis fiscaux) ?

Hélas, c’est utopique dans le monde actuel super-libéral, notamment dans l’UE, et totalement divisé, chaque pays voulant conserver ses moyens de compétitivité à commencer par le dumping et les paradis fiscaux. Depuis 30 ans les gouvernements ont cassé toutes les régulations et protections pour favoriser le capital financier. Et maintenant ils ne peuvent plus arrêter la machine à la Frankenstein qu’ils ont créée, sauf à s’entendre entre eux pour mettre en place de nouvelles règles mondiales ou à tout le moins européennes. Le monstre est devenu autocinétique, systémique et immaîtrisable. Comme il faudra des décennies pour revenir sur ce capitalisme débridé (même en Chine, eh eh), la seule stratégie efficace de mise en l’air du capitalisme est de créer,  animer et fédérer des contre-structures qui ne jouent pas suivant ses règles du jeu : coopératives, mutuelles, Sels, Amap,  associations, etc.  Des structures qui sont fondées sur l’entraide, la mutualité de services, l’égalité de considération et de traitement. Cela revient, cela se développe. Parallèlement, il faut développer les associations de défense et de révélation des manipulations en tout genre (certaines ONG). On a le regret de dire que les plus importantes sont d’origine anglo-saxonne, c’est-à-dire de la culture du fric et de l’égoïsme qui a fichu le monde entier dans la merde. Car, par exemple, l’avocat d’affaires, comme le bousier, prospère en arrondissant sa boule de caca. Il ne survit que si le merdier capitaliste et financier perdure. C’est du reste pourquoi ledit avocat appartient à un « cabinet » comme dirait Walter de Closets.

 

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