les armes de la critique

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C’est reparti, mon kiki

Classé dans : Non classé — 03/05/2010 @ 10:39

Après avoir mis le monde entier dans la mouise en 2008, les financiers, renfloués à coup de milliards d’argent public par les différents Etats, se remettent à redistribuer des bonus considérables à leurs traders et à sur-rémunérer leurs dirigeants. La BNP affiche 5,8 milliards de bénéfices en 2009, largement acquis en faisant payer davantage ses services à ses petits clients, de bons taux d’intérêt aux entreprises, en boursicotant comme à l’accoutumée mais là en empruntant à bas taux à la banque centrale pour financer des spéculations juteuses.… Les banques ont officiellement refait leurs fonds propres et donc pourraient se remettre à prêter à des conditions normalisées, ce qu’elles ne font que très modérément malgré les besoins de l’économie et les amicales et médiatiques pressions gouvernementales. Et pourtant, l’économie profondément sinistrée aurait bien besoin de financement car les Etats qui ont mis tout leur fric dans le sauvetage de la finance et se sont en outre lourdement endettés pour ce faire n’ont pondu que de maigres plans de soutien à l’économie productive. Aux USA, l’administration a racheté les actifs « toxiques » des banques (plan Paulson secrétaire au trésor de Bush et ex-PDG de Goldman Sachs) à hauteur de 700 milliards de dollars, plus 180 pour sauver AIG (le plus gros assureur mondial) ; elle n’a trouvé que dans les 50 milliards pour sauver l’industrie automobile tout en exigeant le remplacement de ses dirigeants et des investissements dans les voitures économes en énergie et propres en dioxyde de carbone. La dette publique s’est donc substituée à la privée mais les pays ont atteint le maximum de leurs possibilités financières. Joseph Stiglitz dans son dernier livre « Triomphe de la cupidité » fait état de 12 000 milliards de dollars consacrés ou réservés en tout au sauvetage de la finance US et à la réparation ou à la prévention des dégâts, notamment avec les garanties qui lui ont été accordées pour aider les détenteurs de leurs obligations (en violation de la loi qui ne prévoit de garantir que les dépôts des clients dans les banques du même nom) et leurs actionnaires. Heureusement ces garanties ne seront sans doute pas très utilisées, mais c’est le contribuable qui en prend le risque. Malgré ce contexte, la finance, à commencer par les banques, se remet à ses petites pratiques ; c’est d’autant plus aisé que les rodomontades gouvernementales et du G 20 ont consisté à faire croire à l’opinion publique que l’on allait enfin re-réguler le système et à froncer les sourcils vis-à-vis des responsables de la finance privée. Sans contraintes car l’idéologie économique libérale, sévissant depuis 30 ans et qui aurait dû être éradiquée par la crise, bien qu’ayant montré sa fausseté, à savoir que l’idée que les marchés s’autorégulent tout seuls et automatiquement pour produire l’optimum de l’affectation des ressources est tout simplement absurde, continue de plus belle à régner dans les esprits gouvernementaux. C’est lamentable parce que nombre d’économistes modernes ont montré depuis longtemps que ce ne pouvait être vrai. Donnons des exemples. Il y a des relations « d’agence » entre le propriétaire et le gestionnaire des actifs ; par exemple, un fonds de pension a pour « agent » le PDG de l’entreprise dont il est actionnaire ; comme le dit FDP a investi dans énormément de boîtes, il n’ pas les moyens de contrôler tous ses agents. Il se contente de donner une ligne directrice, à savoir faites-moi le maximum de rendement, de valeur pour l’actionnaire. Pour s’assurer de la loyauté de l’agent les propriétaires les attachent avec des saucisses (stock options, parachutes dorés, retraites chapeau ; golden hello ou prime d’arrivée en or ; ces « incitations » sont perverses car elles poussent à tricher pour augmenter la valeur des titres). Mais l’agent peut tricher à son profit, d’où la théorie de « l’aléa moral » qui empêche la confiance dans les affaires. Il arrive même que l’agent soit au contraire trop fidèle ; par exemple les agences de notation ont avalisé comme sûrs les nouveaux produits financiers très risqués qu’inventaient les banques. Natürlich : ces agences étaient en même temps celles qui notaient lesdits produits pour les marchés financiers ; beau conflit d’intérêt. Ainsi, le secrétaire d’Etat au Trésor ou les conseillers financiers d’Obama (comme Bush avec Paulson ou Clinton avec Rubin), pourtant agents du pays en vue de l’intérêt général, sont largement inféodés à la finance où ils ont fait carrière auparavant. Ils privilégient donc l’intérêt des banques contre celui du pays. Il y a aussi les « asymétries d’information » entre intervenants, lesquelles déséquilibrent leurs rapports car les uns, par exemple les agents, savent des choses que les autres ne savent pas. Ces asymétries font que les acteurs du marché n’ont pas forcément des comportements convergents ou raisonnables, ce qui empêche l’équilibre postulé par la théorie des sublimes avantages de la concurrence sur des marchés libres et ouverts. Et cela sans même parler des délits d’initiés. Il y a les « externalités », c’est-à-dire le fait que les conséquences des décisions de A ou B sur les autres ou sur la nature ne sont jamais prises en compte par le marché car elles n’ont pas de système de prix, car le marché n’agit qu’à court terme et ne prend pas en compte les effets qualitatifs. Il y a encore les « incitations », c’est-à-dire les récompenses ou dispositions ou dispositifs qui encouragent certains acteurs à détourner les règles du marché à leur profit. L’exemple type en est les stock-options ; ces incitations perverses dans la plupart des cas ont été autorisées par les politicards en faveur de leurs amis de la phynance (qui eut bu boira, qui en a profité continuera) et du management. Il y a de plus certains biens ou services, appelés « biens publics » qui ne peuvent pas faire l’objet d’un marché. En effet, ils profitent à tous, comme un phare ou une digue, sans rivalité ni exclusivité ; dès lors personne ne veut les payer sur ses deniers car les autres les utiliseraient sans rien payer sauf s’il y a un péage possible (cas des autoroutes). Enfin, la théorie de l’équilibre général, celle qui justifie les manipulations des chantres du tout-marché qui s’équilibre tout seul, a été pondue par des gens sous forme de modèle hypothétique : la perfection du marché n’est atteinte que dans des conditions très restrictives que, évidemment, les thuriféraires de la « mondialisation heureuse » ont complètement zappé ; Il y a le fait que les marchés ne sont aucunement des systèmes impersonnels, sans acteurs consistants, sans règles, automatiques. Il y des institutions qui créent les marchés ; il y a des règles qui les régissent comme pour les contrats et les droits de propriété, règles du reste qui sont souvent établis par les politicards en faveur de leurs amis de la finance. De plus, il y a des acteurs dominants, organisés qui par leur hégémonie font que les marchés peuvent être par eux manipulés : banques, assureurs, agences de cotation et de notation, multinationales, fonds de pension, d’investissement, de spéculation, etc., qui n’ont rien à voir avec la masse atomisée des petits investisseurs individuels. Et les dirigeants continuent de faire comme si le marché n’était qu’une énorme cohue d’acteurs individuels atomisés ne pouvant pas se concerter. Et, justement, les gros acteurs financiers et leurs lobbys ont tout fait pour que les politiques détruisent les règles protégeant le marché au profit de réglementation en leur faveur ou en les laissant « s’autoréguler ». Eh bien, non, les responsables se moquent de ces acquis et reprennent la course que Stiglitz vient de qualifier de « triomphe de la cupidité ». Les banques, au lieu d’utiliser les fonds donnés par les contribuables pour refaire leurs capitaux propres et ainsi pouvoir refaire crédit, les ont consacrés à payer des bonus et de salaires mirobolants comme si de rien n’était. Elles ont profité des faibles taux d’intérêt à elles consenti par le gouvernement pour financer des spéculations. Bien mieux ; comme les Etats empruntent à qui mieux-mieux et se retrouvent avec des déficits et des dettes astronomiques, les fonds spéculatifs, que personne n’a songé à réglementer aux séances du G 20, se mettent à jouer à la baisse contre les emprunts (donc les monnaies) des pays les plus fragiles, celles des pays que les Britanniques ont joliment qualifiés de « PIIGS » : Portugal, Irlande, Italy, Grèce, Espagne (Spain) ! Et l’Europe n’a rien fait de tangible pour aider la Grèce ! La spéculation est simple comme bonjour ; il suffit de vendre à terme et à découvert des titres d’emprunt grecs (que l’on n’a pas encore) à un prix fixé tout en ne payant que 5 % à titre de garantie. L’espoir est de voir la valeur de ces titres plonger en dessous du prix fixé à l’échéance de « l’option ». A ce terme, il suffit d’acheter les titres au prix du marché et de les céder aussitôt au prix convenu ex ante à l’acteur qui avait passé le deal avec vous et qui jouait en sens inverse et ainsi d’empocher la différence de valeur de ces « sous-jacents » ayant présidé à la spéculation. Comme le pari est risqué pour les deux opérateurs, chacun a souscrit un Credit Default Swap (CDS, assurance pour couvrir la différence, ce qui était la grande spécialité d’AIG en tant qu’assureur). Les espoirs de gain ou de perte ont donc généré 2 assurances, ce qui gonfle d’autant le volume des CDS, lesquels, rappelons-le peuvent eux aussi être vendus sur un marché spéculatif. Et ainsi de suite. Autre astuce, plus directe, acheter à la baisse et à terme des CDS de couverture contre les risques de défaut des emprunts grecs ; s’ils baissent effectivement – et ils baisseront car acheter beaucoup de ces CDS montre la méfiance accrue vis-à-vis de ces titres et fait augmenter ipso facto les taux d’intérêt pour les emprunts suivants, ce qui dévalorise les actuels – on les revend au prix convenu ex ante et le fonds spéculatif empoche la plus-value (un CDS acheté 2 % du montant de l’emprunt boit sa valeur monter par exemple à 4 si l’emprunt devient plus risqué). Evidemment nos G 20 n’ont encore rien prévu pour s’occuper de tous ces titres pourris : CDO (titrisation), ABS, CDS… Tout cela est perçu par les requins de la phynance comme bien plus rentable que de prêter pour l’investissement et la demande solvable des consommateurs. Et pourtant on danse tous sur un volcan car la crise économique, elle, est loin d’être terminée. La récession entraîne en effet une baisse supplémentaire de la demande car les gens échaudés se mettent à épargner et, de plus, il y a encore plus de chômeurs ou de précaires ou de temps partiels ou de retraités dans la débine que ladite demande solvable s’en ressent. Du coup, les industries sont encore plus qu’avant en surcapacité de production, ce qui est renforcé par les récents progrès de productivité, et n’investissent plus. On peut donc s’attendre à un nouveau flux de faillites d’entreprises et de cessation de paiements par les individus, ce qui va augmenter les volumes de dettes impayées détenus par les banques ou par les acheteurs desdites dettes sous forme « titrisée ». Et pourtant c’est reparti comme en 40 ; les banques continuent de jouer solo et les gouvernants n’ont rien compris aux causes de la crise ; à l’origine elle est économique : les surcapacités de production liées à la stagnation des marchés solvables et aux énormes gains de productivité, les sommes fantastiques à la recherche de placements juteux, l’endettement affolant des ménages US par suite d’un crédit offert sans limites pour compenser la baisse du pouvoir d’achat, le déséquilibre astronomique des échanges internationaux entre la Chine (ou l’Inde, etc.) qui vend sa camelote aux USA (autre moyen de compenser la perte de pouvoir d’achat) tout en achetant à l’Amérique ses bons du trésor (700 milliards) et en accumulant des dollars issus de ses ventes (1500 milliards) dans ses réserves de change. Bien creusé, vieille taupe : un pays communiste converti à l’économie de marché fait la démonstration des illusions sur le marché autorégulé et de la compatibilité du libre-échange avec la dictature…

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