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Dans le libéralo-capitalisme, tout se tient

Classé dans : politique — 08/06/2013 @ 10:45

Car c’est un système organisé de prédation dans lequel, au contraire du cochon, tout est mauvais. Ledit système est fondé sur la propriété (à l’origine des terres, des outils de production et des immeubles mais maintenant tout est concerné : logos, marques, brevets y compris sur le vivant, les corps et leurs organes, etc.), sur l’individualisme généralisé et sur la maximisation du profit pour obtenir le maximum de capital-argent à partir des activités.
Las, depuis le début du 20ème siècle des obstacles se sont dressés devant la poursuite de la rentabilité du capital investi : lois sociales (retraites, maladie, accidents du travail et maladies professionnelles), syndicats, droit du travail après maints combats du salariat et l’accès des classes populaires au suffrage électoral ; protection des épargnants et réglementation des activités boursières et spéculatives, contrôle des changes et des flux de capitaux ; lois environnementales et de protection contre les produits dangereux et les nuisances, législation sur les droits des locataires, lois sur l’hygiène et la sécurité alimentaires, droit des animaux, réglementation de la pêche et de la chasse, etc. On notera le fait très important que l’état d’avancement et le degré de protection des gens, de la vie, des animaux, des forêts, des océans… dépendent du degré de développement des sociétés, de leur niveau d’éducation et de vie, de leur état technologique, de leurs richesses naturelles ou économiques, de leur culture (on bouffe du chien en Asie et on y cherche des défenses d’éléphant, des cornes de rhinocéros, des ailerons de requin, de la chair et de la graisse de baleine, etc. ; en revanche les cultures indiennes d’Amérique latine protègent la nature), de la nature de leurs besoins socialisés. Il existe donc d’énormes différences de législation sur la planète.
Il se trouve que les législations des pays les plus avancés, de même que le niveau de vie atteint, y ont bloqué après les « 30 glorieuses » (1945/75) les possibilités de profit pour le capital, compte tenu des énormes progrès de productivité obtenus par les technologies modernes (on produit bien plus avec la même quantité de travail mais si les marchés sont saturés, il faut soit limiter la production, ce qui fait perdre les économies d’échelle et les gains de productivité, donc amène « la baisse tendancielle du taux de profit », soit exporter en masse). C’est pourquoi les multinationales (bancaires, financières comme les assurances ou industrielles), soit existantes, soit en puissance de le devenir, ont poussé les gouvernants à libéraliser les échanges au maximum, à ouvrir toutes les activités à la concurrence internationale, à laisser les capitaux circuler librement soit pour investir, soit pour faire du fric avec le pognon cherchant à se placer rentablement tout en demeurant mobile. C’est pourquoi les gouvernants ont peu à peu lâché sur toutes les législations protectrices, par exemple des marchés intérieurs ou du travail, et les services publics. Mais ils l’ont fait en douceur car leur contrainte est d’être réélus (pour l’instant…) et donc que leurs saloperies ne soient pas trop voyantes ou brutales. Ils ont utilisé plusieurs manœuvres de camouflage du but visé à plus long terme. Déjà, se retrancher derrière des traités internationaux (d’où la construction de l’UE hyper-libérale et l’adhésion à l’OMC) pour dire ensuite qu’ils n’étaient responsables de rien (par exemple : du faux rosé , mélange de blanc et de rouge, du faux chocolat avec de l’huile de palme, de l’or à 9 carats, des camemberts plâtreux, du détachement de travailleurs « aux conditions sociales du pays d’origine », du minerai de viande, de la vache folle, etc.) alors qu’ils avaient dit oui en amont aux textes qui le permettaient et ne mouftaient pas devant la technocratie bruxelloise. Ensuite élargir sans cesse l’Europe à des pays très hétérogènes à basse protection législative, à bas niveau de vie et salaires afin de faire pression à la baisse sur leur propre législation au nom du maintien de la compétitivité. De façon générale, les gouvernants ont utilisé la technique du salami (découper les problèmes connexes en rondelles séparées), du « bout du tunnel » (étaler les choses dans le temps et dire à chaque fois qu’on allait enfin atteindre le nirvana économique), des petits pas (obtenir des modifications anodines en apparence mais constituant des points de non-retour et d’avancée vers la but caché : la concurrence totale de tous contre tous, non faussée, libre de toute entrave), de l’argument d’autorité « there is no alternative » (le TINA de Maggie, de la démonstration de l’utilité des « réformes » par le calcul purement économique des coûts directs sans prise en compte des « externalités » et des aspects qualitatifs ; maggie du PIB qui ne compte que ce qui est mesurable, échangeable sur un marché, calculable en monnaie). Cette stratégie rappelle furieusement celle de Prudence Petitpas, sauf que celle-ci ne ment pas sur sa destination et sa visée réelles. On s’est aussi appuyé sur l’esprit (supposé) de mai 1968 : individualisme, liberté, refus de l’autorité traditionnelle, aventure et prise de risque, etc. La manipulation idéologique a été employée de façon massive tant par les capitalistes que par les gouvernants et autres politicards : les résistants aux « réformes » ne sont pas modernes, refusent le progrès, sont « risquophobes », sont des diplodocus, etc.
Toutes ces manœuvres viennent de l’importance de l’enjeu pour les bénéficiaires des réformes accordées par les gouvernants libéraux (de droite ou socialos). Le capitalisme est en quelque sorte un moteur dont l’énergie réside dans les différences entre pays. Il fallait donc pouvoir s’adresser aux pays les moins coûteux et les mettre en concurrence sauvage ; il fallait pouvoir pomper l’épargne mondiale des riches pour la rentabiliser en faisant suer le pognon. Et, en outre, les gouvernants se sont appuyés sur la fable libérale : les investissements sont les emplois de demain (théorème de Schmitt ; c’est curieux, chaque fois qu’il y a une merde on trouve des Schmitts) ; la richesse « ruisselle » sur les pauvres. Il faut donc baisser les impôts des riches et des boîtes pour créer des emplois. Le moteur capitaliste ne fonctionne donc bien que s’il y a de la différence (de la diff-errance) de législations et d’états des ressources et des niveaux de vie à exploiter. C’est pourquoi capitalistes et gouvernants s’ingénient à empêcher toute harmonisation et toute protection commerciale au nom des bienfaits de la concurrence et des méfaits du protectionnisme. En revanche, il y a plus de normalisation pour les normes techniques car sans standardisation de celles-ci la taille des marchés potentiellement mondiaux se réduit, ce qui empêche là encore les économies d’échelle et les rendements croissants.
On voit donc que les différents aspects des évolutions depuis plus de 30 ans sont liés : aspects technologiques (productivité), commerciaux (ouverture des marchés), financiers (placer le fric là où on veut et comme on veut), économiques (investir là où on rentabilise le plus : prises de participation à l’étranger, création de boîtes itou, délocalisations, sous-traitance), maritimes (transport low cost par des porte-containers à équipage philippin, armateur grec, affréteur camouflé ; destruction des ressources halieutiques et des fonds marins), culturelles (tout repose sur l’individualisme, l’égoïsme, la jouissance matérielle, la compétition pour se distinguer en affichant plus et mieux d’avoirs et de richesses), sociales (accroissement des inégalités, de la pauvreté, de la précarité, des discriminations), environnementales (destruction de la nature, dégradation de la santé publique pour cause de produits nocifs), idéologiques (disqualifier les opposants, magnifier la réussite des « risquophiles », stigmatiser les « assistés », tout transformer en « com » et en « pub » confortant le consumérisme et l’hédonisme matérialiste). Et politiques, bien sûr, car les connexions entre ces dimensions sociales dépendent beaucoup des lois et règles.
Or qui fait les lois ? Ce sont les politicards. La chose a d’ailleurs été théorisée par les Chleus sous forme d’ordo-libéralisme ». Vas-is-tas ? C’est une toute petite fenêtre sur la complexité de la société. Was ist das ? Das ist le gouvernement par les lois, qui plus est fonctionnant toutes seules et conçues comme perpétuelles. C’est ce qu’avait dit Proudhon : « faisons les lois et laissons faire la boutique ». Mais chez ce dernier la loi est issue d’un système fédératif et mutuelliste démocratique et elle a pour but de protéger la population et les consommateurs et non de faciliter le profit. C’est pourquoi le TCE ne comportait pour ainsi dire que des règles économiques érigées en principes constitutionnels ! Ainsi l’ordo-libéralisme tudesque rejoignait le libéralisme anglo-saxon, celui de Hayek qui réduisait la législation à quelques principes généraux issus des traditions qui révèlent « l’ordre spontané » de l’autocréation de la société par les interactions entre individus. Avec le TCE anglo-saxon-teuton on avait une constitution de 300 pages à comparer aux 4 000 mots de la constitution américaine.
On en déduit que pour éradiquer le libéralo-capitalisme il faut lutter sur 3 fronts simultanément : la politique et la démocratie, le régime économique, l’idéologie culturelle. Car il faut vaincre : la triple alliance du trône, du coffre-fort et de l’autel, qui sont la même domination sous trois espèces (Proudhon). Car le « bloc historique » libéralo-capitaliste repose sur la domination politique, sur l’exploitation économique et sur l’hégémonie idéologique (Gramsci).

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