les armes de la critique

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Libéralo-capitalisme et théories de la « déconstruction »

Classé dans : politique — 01/08/2017 @ 12:07

Derrière ce mot mystérieux de la « déconstruction » se cache tout simplement ce que l’on appelait critique; par exemple le fameux livre « Dialectique de la raison » d’Adorno et Horckeimer penseurs novateurs de l’école de Francfort qui ont analysé les erreurs du marxisme years ago. Ils ont aussi ciblé les prétentions de la « raison pure » en montrant ses limites et aussi les horreurs qu’elle a produites: technique criminelle, régimes totalitaires, bombe atomique, libéralo-capitalisme sans limites réduisant tout à l’état de marchandise. J’insiste sur le mot dialectique car il signifie qu’iil ne faut pas jeter le bébé de la raison avec le bain du technicisme et du totalitarisme. Il faut continuer de s’appuyer sur l’entendement mais en analysant son incomplétude et ses défaillances. Ce que semblent rejeter les déconstructeurs (Foucault, Lyotard, Deleuze, Derrrida, etc.; les papes de la « french theory » si en vogue aux USA, ce qui n’est pas un hasard) qui se livrent à une critique radicale de la pensée des Lumières et de la société occidentale. Dans ce cadre, ils continuent le travail des « maîtres du soupçon » (Marx, Nietzsche, Freud) qui ont eux aussi sapé les fondements de la culture et de la civilisation occidentales. Les déconstructeurs n’appliquent pas la devise de Proudhon: destruam et aedificabo (je détruis et je construirai); ils en restent à destruam. Comme Schumpeter, sur lequel Foucault biche ou « like » grave, la destruction de la pensée occidentale n’est que créatrice, comme l’innovation chère à l’économiste autrichien. Deux ronds de réflexion montrent pourtant que l’innovation ou la destruction ne sont pas forcément créatrices. Les déconstructeurs ont aussi une propension à négliger ou dénigrer les penseurs modernes qui les ont précédés, tels Marcuse, Debord, Lukacs, Gramsci ou Castoriadis. Naturellement leur critique du marxisme et du totalitarisme, éloignée de toute préoccupation socialisante, a fait florès aux USA qui avaient bien besoin de « compagnons de route » idéologiques pour faire monter la mayonnaise de leur hyper libéralisme économique. Rappelons quelques apports de la « déconstruction ».
La prétention de l’Occident à avoir produit des valeurs universelles est mensongère. Il ne saurait y avoir de supériorité des principes et normes dudit Occident sur celles des autres cultures. Il n’y a pas de valeurs absolues et transcendant le monde. Les valeurs sont relatives et, si j’ose dire, elles se valent toutes. Respecter toutes les différences est donc justifié. Cela est parfaitement pertinent et permet de fonder le pluralisme des sociétés en remettant les autres cultures à leur place contre les discours coloniaux qui ont légitimé l’oppression des peuples au nom de la soi-disant supériorité occidentale. Notamment, les descendants des autres peuples ont parfaitement le droit de revendiquer leur identité culturelle et de vivre leurs propres valeurs. Le problème est que cette thèse, bien que juste, a fait sombrer dans la repentance certains pays plus humanistes que d’autres. La France se repent à tours de bras, mais pas les USA ou le Japon dont les exploits sont pourtant autrement négatifs. Bien plus ennuyeux est que cette théorie fait disparaître toute référence ou tout repère dans les conduites sociales. Ce qui revient au vieux « si Dieu n’existe pas, tout est permis  » d’Ivan karamazov. La justice, l’humanisme, la dignité, les droits de l’homme n’ayant de valeur qu’occidentale ne peuvent plus servir de fondement moral sur terre. De plus, même si toutes les cultures se valent, elles contiennent cependant des aspects peu compatibles avec le mode de vie d’autres peuples. C’est ce qui fonde le multiculturalisme: les cultures se valant, ayant des points majeurs de conflictualité, la meilleure solution est un pluralisme de juxtaposition au sein des pays pluriels. Et, de fil en aiguille, la juxtaposition peut se transformer en hégémonie de la culture la plus nombreuse ou la plus sûre de sa valeur ou la plus dynamique. Autrement dit, au nom du pluralisme et du droit à la différence, on peut laisser s’installer des cultures qui les supprimeront si elles accèdent au pouvoir via leur organisation par de vigoureux « entrepreneurs de religion ». Enfin, ce n’est pas la même chose d’admettre l’égalité des cultures que d’accepter des pratiques telles que l’inégalité hommes/femmes, l’excision, la souffrance animale, la non-mixité, l’esclavage, etc. Naturellement, la disparition des normes et des règles unifiant, coordonnant les attentes réciproques et pacifiant des communautés globales, coïncide avec le libéralo-capitalisme qui exige un pouvoir politique neutre vis-à-vis de toute conception du monde et se prévaut d’une « science économique » imperméable à toute valeur. Ainsi, la prostitution devient légitime si elle se produit entre adultes consentants et procure un revenu d’efficience. Se prostituer devient un calcul coûts/bénéfices. Ne reste qu’une valeur, celle qui fonde le libéralisme, à savoir la liberté de tout faire si cela ne nuit pas à autrui et si c’est consenti. les déconstructeurs, fusse involontairement, ont largement contribué à justifier cette idéologie libérale. Il en est de même pour la critique des règles qui seraient toutes imposées par la domination.
Le pouvoir est partout, il y a du pouvoir partout et tout système social forme un réseau inextricable de pouvoirs. Sans doute; il n’y a pas que le pouvoir politique absolu, centralisé et répressif par ses normes et ses contrôles « bio-politiques ». Certes, tout le monde ou tout groupe conserve du pouvoir, notamment pour résister afin de conserver sa part de liberté. Mais les déconstructeurs font du réseau en tant que système global une chose indépendante de tous et inattaquable. Il ne reste plus qu’à mener des résistances locales contre les normes qui nuisent à l’identité et aux intérêts de tout groupe pouvant avoir quelque chose de commun: les gays, les lesbiennes, les femmes, les ethnies, les exclus, les déviants, les marginaux, etc. La société peut alors se diviser à l’infini. Il n’y a qu’à constater les bagarres au sein du groupe gays entre lesbiennes, bi, trans, Drag Queens, travestis, sado-maso, etc. Du coup, le libéralo-capitalisme peut se contenter de regarder les disputes entre « communautés », compter les coups et voir que cela lui profite puisqu’aucun groupe ne se mêle de saper le pouvoir économique et se fiche de la politique commune. Cette approche ne permet pas de comprendre que si les pouvoirs sont divers, ils ne sont pas de même force, ce qui permet au libéralo-capitalisme de faire oublier qu’il régit tout via sa logique unidimensionnelle et imposée partout. Or il y a pour tout le monde un enjeu de luttes communes et d’association des pouvoirs de résistance, à savoir la mise en place d’une démocratie réelle et la réalisation d’un pluralisme des formes économiques hors domination du capital financier. Comme le disent Negri et Hardt, il n’y a plus que le face à face de « la multitude » (atomisée) et de « l’empire » (formant un bloc hégémonique à la Gramsci). Et, comme le pouvoir est partout et réciproquement, faut-il attendre que la multitude informe, atomisée, inorganisée concentre ses pouvoirs pour faire la révolution? Non, mais il faut saisir localement toutes les occasions de résister et de faire tomber les normes. Bien vu, comme si les piqûres d’abeille pouvaient avoir la peau de l’ours? C’est faire comme la religion: promettre un monde meilleur dans un au-delà. L’erreur de Staline a été de promettre le bonheur ici-bas et pour bientôt, ce qui, hélas pour l’URSS, était vérifiable. Le libéralo-capitalisme peut faire la même promesse car il prend la précaution de ne pas fixer d’échéance à l’ère du bonheur matériel pour tous. Et il peut même dire que si cela tarde c’est parce que les politiques, les syndicalistes, les ONG, les « humanistes », les écologistes, etc. lui mettent des bâtons dans les roues. Sans règles et sans démocratie tout irait bien plus vite.
Les fondements absolus (progrès, humanité, vérité, justice, lutte des classes, raison, souveraineté politique, puissance de la technique capable de résoudre tout problème…), les idéologies de masse, les « grands récits » de justification de l’action sociale, les grandes théories explicatives (marxisme, socialisme, anarchisme; évolutionnisme; et pourquoi pas le libéralisme?) sont trompeurs, manipulateurs et périmés. Ils ont produit les horreurs colonialistes ou nationalistes, les guerres mondiales et les systèmes totalitaires. Certes, mais cela des Heidegger, Arendt, Ellul, Anders, Illitch, etc. le disaient déjà et en faisaient une critique raisonnable: la raison est limitée, faillible, incomplète, erratique… Mais s’il n’y a plus de raison afin d’analyser, comprendre, améliorer la « condition humaine », il ne reste plus que l’expression des volitions et des affects individuels à base de refus de toute solidarité collective. C’est bel et bien un nihilisme soft. Le terrorisme islamiste va sans doute nous faire changer le regard avant que ce soit lui qui nous déconstruise ainsi que nos valeurs. Mais le capital s’en moque: comme on voyait chez Darty en mai 68: « pendant le saccage, la vente continue ».

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