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Vie, mort et retour de la civilisation arabo-musulmane

Classé dans : politique — 02/15/2017 @ 11:56

Née à la Mecque et à Médine, la civilisation arabo-musulmane a été conquérante et magnifique pendant 3 siècles. Conquérante ne veut pas dire qu’elle a été seulement imposée par les armes. Elle a surtout bénéficié de ce que les titulaires du pouvoir étaient largement honnis par les populations des territoires conquis (comme quelques espagnols eurent la peau des civilisations sud-américaines fondées sur la terreur et l’exploitation des autres peuples). Elle a aussi profité de sa tolérance vis-à-vis des autres religions, certes soumises à tribut et dont les membres avaient le statut inférieur de dhimmis, alors qu’ailleurs régnait l’exclusion et la stigmatisation (notamment dans la catholicité pour les Juifs à de rares exceptions près comme dans le comtat des papes d’Avignon). Les conquérants arabes, par ailleurs, ont largement laissé aux peuples conquis leurs moeurs et une grande autonomie en les faisant s’administrer par des gens du cru. on avait donc un vaste empire marqué du sceau de la diversité comme l’avaient fait les Romains. Enfin, cette civilisation s’est développée en puisant largement dans le fonds ancestral de l’humanité: grec, copte, juif, perse, égyptien, etc. dont les lettrés ont été bien traités et largement assimilés au lieu d’être pourchassés ou exterminés. Ces lettrés ont légué un héritage culturel aux Arabo-musulmans; ce sont eux qui leur ont transmis la culture des Grecs et ont ainsi sauvegardé, par exemple, la pensée d’Aristote. C’est ainsi que les califats des Ommeyades et des Abbassides ont été une époque de liberté, de tolérance et de connaissance, de même qu’en Espagne avant la « reconquista » terminée en 1492) des souverains catholiques. Bagdad et Damas furent des villes, énormes, splendides, ouvertes, tolérantes, créatives et fort vivantes. On sait aussi que le royaume normand des Deux Sicile, conquis sur les Arabes, fut extraordinaire grâce à la tolérance et à l’ouverture de ses souverains qui surent intégrer les apports de la culture arabo-musulmane pour obtenir une civilisation plurielle.
Notons cependant que par un mouvement de balancier bien compréhensible, les populations arabo-musulmanes (A-M), attaquées sauvagement, spoliées, exploitées, saucissonnées (accords Picot-Sykes), leurrées (promesses d’indépendance par les Gibbys) par les Européens après la guerre de 14/18, la Turquie ayant alors pris le parti de la Doryphorie, voulant recouvrer leur dignité se sont mises à s’appuyer sur la splendeur de leur civilisation passée en l’idéalisant quelque peu. Car cette culture brillante a su surtout copier et intégrer les apports des autres. Les jardins et l’irrigation viennent de Babylone et de la Perse, les chiffres « arabes » d’Inde, les savants sont en général issus d’autres populations (ils ne sont pas si nombreux et ils ont été souvent chassés). L’architecture est fort belle pour la décoration mais peu innovante pour les structures (la mosquée bleue n’est guère qu’une copie de ste-Sophie, aligner des piliers pour soutenir les voutes est fort classique, loin de la croisée d’ogive du gothique). La peinture et la sculpture sont mort-nées via l’interdiction des représentations humaines (malgré les miniatures persanes). La musique est peu variée, codée, ritualisée. les instruments de musique infiniment moins nombreux qu’en Occident. La littérature, dont la poésie souvent libertine, fut brillante et s’épuisa lentement. Il est vrai que le Califat turc avait interdit l’imprimerie (le Coran n’étant pas né imprimé) et s’était passionné pour les horloges mécaniques sans innover. Tous s’est passé comme si le Califat s’était dit: nous sommes tellement supérieurs aux autres (ce qui fut vrai) et nous leur prendront (presque le vieil esprit de razzia du temps des conquêtes) que ce qui nous sert. Ce conservatisme n’a pas mesuré à quel point l’écart scientifique et technique entre le monde A-M et l’Occident finirait par placer le premier en situation d’énorme infériorité. Les penseurs actuels du renouveau de l’Islam et de la civilisation A-M par retour à la tradition sous-estiment que la décadence dont ils ont horreur vient à la fois du colonialisme européen et de la sclérose du Califat, lequel a lui-même exploité les peuples arabes (et d’autres) pendant des siècles. De même, l’Empire du Milieu ou « céleste » en se pensant si supérieur aux autres civilisations s’est encroûté et a fini par être exploité par les Européens. le Japon, lui, résista à la « modernisation » jusqu’à l’ère Meiji (vers 1860). Par ailleurs, l’Occident n’était pas dépourvu de textes antiques mais ils étaient jalousement conservés dans les monastères et étaient interdits de diffusion par la papauté. sans ces textes, la catholicité n’aurait pas eu St-Augustin, ni St-Thomas d’Aquin.
Las, cette civilisation fut attaquée par différents conquérants et minée par la rivalité chiisme-sunnisme. Les derniers conquérants, en Egypte, puis dans toute la sphère arabo-musulmane, furent les Kurdes et les Turcs. Ces derniers sont à l’origine de la destruction progressive de la brillante civilisation arabo-musulmane. Fut installé un califat qui de façon totalisante monopolisa les pouvoirs politiques et économiques, religieux, culturels. Le tout sous la houlette de la religion islamique. Le malheur est qu’un pouvoir totalisant, quasi totalitaire, ne supporte pas la critique ni l’innovation de peur que les positions installées de ses titulaires et bénéficiaires ne soient remises en cause. La civilisation A-M se figea et se sclérosa pendant que les Européens de dégageaient de la gangue papiste. Le dynamisme européen est lié à la dispersion des Etats en rivalité permanente et aux guerres de religion; cela entraîna le liberté de penser, la compétition technique et scientifique, le décollage économique. Dès le 19è siècle, les Européens avaient les moyens de dominer le monde, ce qui, naturellement, ne justifie pas qu’ils l’aient fait via les guerres et les colonisations sous prétexte d’apporter les Lumières aux peuples « en retard ».
Il est tout à fait normal que les peuples A-M veuillent retrouver leur dignité, ce fut du reste l’idée du mouvement pan-arabe et du nationalisme arabe. Leurs actuels inspirateurs dogmatiques (salafistes, wahhabites, frères musulmans) seraient mieux inspirés de fonder cette reconquête sur le dépassement d’un libéralo-capitalisme à l’agonie et sur leurs vieilles valeurs oubliées en Occident (solidarité, entraide, vertu, rigueur morale, pudeur, primat des relations sociales et de la communauté). L’islamisme ne peut gagner la bataille car il est réactionnaire par rapport à un monde moderne et diversifié qu’il ne pourra pas modifier, à commencer par la Chine avec ses 1,4 milliards d’habitants en quelque sorte monoblocs. Aujourd’hui, l’heure est au pluralisme, non à la primauté d’un seul courant de pensée. Le monde a énormément changé depuis les nomades arabes du 7è siècle… Et l’Islam est loin d’être porté par les seuls Arabes…
Saluer l’immense grandeur et la beauté de la civilisation A-M n’implique pas la repentance (auquel cas on ne sait pas où elle peut s’arrêter car les Français pourraient, par exemple, la demander aux Italiens par suite de l’exploitation de la prétendue Gaule par Rome) et car on ne saurait faire supporter aux générations d’aujourd’hui la culpabilité des générations passées. Du reste, les exactions ne sont pas l’oeuvre du peuple tout entier mais de ses politicards, de ses affairistes et de ses religieux. Cependant l’histoire ne doit rien cacher de ce qui s’est réellement passé afin que tous puissent enfin regarder l’avenir ensemble.

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