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Faire société sans en passer par l’identité nationale?

Classé dans : politique — 03/19/2017 @ 10:34

On est toujours chez les politicards dans les grands mots: nation, Etat, patrie, unité, souveraineté indivisible et absolue, intérêt général. C’est vide de sens soit parce que les entités concernées n’existent pas (la nation en tant que corps social unifié ou l’Etat qui n’est qu’une forme juridique…), soit parce que c’est présupposé: la délégation de souveraineté du peuple aux représentants légalement élus leur donne le monopole de la définition de l’intérêt général alosr qu’il s’en servent pour le libéralo-capitalisme (les seuls intérêts du capital) ou pour eux. De plus, en France, l’électeur est censé voter pour l’intérêt général, ce qui est une ineptie qui permet cependant de justifier que les représentants soient en quelque sorte un petit clone de la nation. Ce qui frappe dans cette conception ad hoc (faite pour tromper et faire croire à la démocratie), c’est le fantasme de l’Un, le postulat de l’unité et de l’homogénéité du pays, la volonté de toute-puissance des politicards. Et que l’Etat soit unitaire ou fédéral comme les USA, la Suisse, le Nigeria ou l’Allemagne n’y change pas grand chose.
Tout cela ne tient pas debout. Il y a belle lurette que les pays sont sociologiquement pluralistes, divers, peuplés de communautés et de cultures différentes (comme les ex-provinces basque, bretonne, corse, etc.). A quoi s’est ajoutée la multiplicité des cultures apportée par l’immigration et l’apparition de communautés organisées pour défendre leurs droits. il n’y a aucune difficulté pour reconnaître cette diversité dans la société car c’est une réalité sociologique. Mais qu’il y est une différenciation sociale n’implique pas une ventilation juridique communauté par communauté. C’est ce qui pose le vrai problème quand on ne confond pas abusivement ce qui relève du sociologique et ce qui appartient à la sphère politico-juridique. Cette confusion, cet amalgame, entretenus par les fondamentalistes et intégristes de tout poil qui en appellent au multiculturalisme ou au communautarisme de groupements dotés de leurs propres droits au nom de la « discrimination positive », ce qui se traduit par un corps social émietté en groupes juxtaposés sur le territoire amènent à fusionner tous les espaces: culturel, géographique, privé, public, social, politique. cela tombe bien pour le fondamentalisme religieux qui, justement, veut unifier tous ces espaces sous la férule de ses dogmes unitaires. Quand le religieux commande tout, dirige le politique, standardise le socio-culturel alors on passe dans un système théocratique qui réduit l’universel à sa seule conception du monde. Cette confusion, propagée par les politicards et exploitée par les fondamentalismes religieux, détruit le pluralisme socio-politique et, partant, toute démocratie fondée sur la diversité et la régulation politique et pacifique des conflits liés audit pluralisme. La société est alors unifiée mais elle devient atone et amorphe; c’est ce qui a tué la « Sublime porte » et tue à la longue toute société totalisante, absolutiste, plus ou moins totalitaire.
il faut donc admettre et même encourager le pluralisme et la diversité socio-culturels. Mais en même temps, il faut faire société car une entité territoriale et politique ne peut durer que si elle repose, non sur l’unité mais sur un permanent processus d’union, de fédération, de développement de ce qui peut être commun. par exemple, le principe de justice, ce que Proudhon a magnifié en écrivant: là où est la Justice, là est ma patrie. Celle-ci ne peut donc être essentialisée, ni la nation, ni l’Etat. Celle-ci est une co-création des acteurs sociaux et cela ne peut se faire que s’ils participent tous à armes égales à la définition du bien commun, des règles du jeu social, des finalités à poursuivre, des valeurs sociopolitiques à respecter. Et cela dans tous les domaines. C’est pourquoi le fédéralisme de Proudhon n’est pas que politique (solution « hamiltonienne » des USA): il est tout à la fois économique, culturel, juridique et politique; il est une structure et un processus institués d’émergence et de régulation des conflits, de partage des pouvoirs, d’expression des intérêts afin d’aboutir à un intérêt général commun et ascendant et non présumé, monopolisé et descendant, de négociation entre acteurs.
La question principale est comment faire société quand on élimine les idées fausses de nation, d’Etat, de patrie, d’identité ou de communauté nationale en tant que véhiculant la prétention de l’unité. Ces idées, en fait, reposent sur les postulats de l’unicité du peuple, de la neutralité-séparation du pouvoir politique par rapport à la société et aux conceptions du monde, de la nécessité d’un pouvoir politique supérieur et extérieur à la société, pouvoir qui unit d’en haut et au besoin par la force, pouvoir généralement centralisé et détenteur de la toute-puissance de la société sur elle-même (ou souveraineté). A quoi s’ajoutent chez les libéraux qu’il n’y a que des droits individuels et chez les socialistes collectivistes que les droits de la société tout entière. Par construction, le pouvoir unitaire au nom de l’unité du corps social, ne peut supporter l’autonomie des communautés de second rang par rapport à la « communauté majeure » régie par le soi-disant Etat. Mais comme la réalité fait qu’elles existent et réclament leurs droits à la différence, il s’ensuit que les politicards continuent d’afficher les principes d’unité et d’identité tout en faisant des « accommodements raisonnables » pour des raisons bassement électoralistes. Par ailleurs, ils maintiennent la fiction de la souveraineté une et indivisible, absolue sur le territoire national, alors qu’ils l’ont abandonnée à des instances internationales. C’est qu’ils préfèrent les signes du pouvoir à son exercice et que leur statut est juteux,tant directement par ses multiples avantages que par suite de leur corruption par les puissances d’argent qui les récompensent d’avoir promu le libéralo-capitalisme über alles. En parallèle et comme conséquence du communautarisme que les politicards encouragent, la société est réduite à une atomisation d’individus libres et à une molécularisation en groupements juxtaposés et de plus en plus hostiles les uns aux autres car il s’agit de se différencier au maximum en affichant son identité et en jouant sur les droits de chacun ou de chaque groupe à être singulier. Il en découle que la prétendue unité est plus que jamais une fiction et que le corps social est dispersé en molécules rivales et en individus égoïstes. Du reste, c’est un prérequis du libéralo-capitalisme qui a intérêt à l’émiettement du corps social, à l’individualisme et au repli de chacun sur ses petites affaires ou sa communauté.
Pourtant, on peut faire société à condition de bien distinguer le socio-culturel, d’un côté, et le politico-juridique de l’autre. Etre différents sur le plan social ou sociologique, n’implique pas que l’on ne puisse pas atteindre l’union (et non l’unité fantasmée) dans la sphère politique. cela réclame:
1) des institutions réellement démocratiques pour faire émerger l’intérêt général de la mise en débat des finalités et des buts défendus par les acteurs sociaux au lieu de remettre le monopole de leur définition à un corps de représentants coupés desdits acteurs. C’est le sens fondamental du fédéralisme de Proudhon qui est une structuration démocratique d’expression et de négociation de tous les intérêts de façon que le pouvoir politique soit inclus dans la société et non situé au-dessus.
2) un projet, des finalités (le bien commun, l’intérêt général), une vision pour le futur; donc quelque chose de mobilisateur pour tous, ce qui suppose que ce soit coconstruit de façon démocratique et participative.
2) des valeurs sociales partagées: la justice en tant que recherche de l’égalité la plus grande possible, en tant que respect de la dignité de chacun et de chaque groupe, la liberté d’expression et de conduite tant qu’elle ne détruit pas celle des autres, la solidarité, la laïcité, à savoir la tolérance bienveillante mais neutre vis-à-vis des convictions d’autrui, l’égalité hommes/femmes, le droit à la vie privée sans pression des autres, le droit de changer de confession et de se marier librement, le droit à l’intégrité corporelle.
3) des principes sociopolitiques communs: neutralité du pouvoir politique vis-à-vis des conceptions du monde, égalité de participation aux élections et aux décisions politiques, primauté de la mise en débat par rapport à toute forme imposée, liberté des médias et de la presse, primauté de la négociation pour résoudre les conflits, tolérance des autres et de leurs positions, primat de la communication entre acteurs, décentralisation au niveau des acteurs de base, etc. Donc des principes directement sociopolitiques et transversaux aux acteurs et aux conceptions du monde.
Ces conditions permettent de se passer des absolutismes de la nation, de la souveraineté, de l’unité; ils facilitent la cohésion sociale d’une communauté politique globale et dynamique. Sur le plan social et culturel, le pluralisme différentielle st de mise; sur le plan politique, il y a un processus permanent de recherche de la cohésion et de l’union. Et cela est immanent au lieu d’être régi par des dogmes ou imposé par le pouvoir.

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