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Critique de l’UE par M. Quatremer, journaliste à Libération

Classé dans : Non classé — 04/04/2017 @ 10:28

Quatremer est le le journaliste attitré de Libé auprès de die Grosse Kommission de Bruxelles. On sait que Libé est un journal bobïsant fanatique de l’UE et pro libéralo-capitalisme. J’ai acheté son dernier opus (Dei) « Les salauds de l’Europe » tout en sachant que le sieur Quatremer est une huile de promotion de l’UE. Le pitch du bouquin est de répondre à tous les détracteurs de l’UE, point par point afin de restaurer cette entreprise d’hyper libéralisme économique et de destruction de la démocratie. Je en vais pas naviguer sur les 5 océans de Quatremer; ce serait fastidieux car il s’agit d’une sorte d’hagiographie dont toute l’astuce est de faire quelques concessions aux zoïles de l’UE tout en la défendant mordicus.
Cependant, M. Quatremer a raison sur un point essentiel: ce n’est pas la Kommission qu’il faut incriminer; elle n’est que le résultat de décisions politiques ayant installé une usine à gaz ingouvernable et non gouverné car les « Etats » refusent toute avancée vers le fédéralisme et campent sur une vision intergouvernementale de défense de leur nation. Yes, le Conseil européen (CE) des chefs de gouvernement, qui est le seul véritable décideur, est constitué de 28 gus qui ne cherchent qu’à défendre leurs intérêts -à ne pas confondre avec ceux du pays- au nom de l’adage: je préfère être petit chez moi que grand chez les autres. Effectivement, des mecs comme Zizi Rider n’ont aucun intérêt à une Europe vraiment unie dans un vrai fédéralisme politique, car, s’ils peuvent se faire élire, généralement grâce à des mensonges, dans leur pays, ils n’ont aucune chance de l’être dans une entité politique européenne démocratique. Mais je note chez Quatremer la traditionnelle confusion entre Etat et gouvernement; l’Etat n’existe pas; ce qui existe, c’est un corps politique et son administration ou ses « appareils d’Etat ». Pour le comprendre, il faudrait faire un peu de philosophie politique, ce qui n’est pas à la portée d’un journaliste lambda qui, de toute façon s’en fiche. Portée à 28 membres, le CE est devenue une cohue de divergences, chacun essayant de tirer son épingle du jeu et faisant porter par Bruxelles la responsabilité des décisions auxquelles il a participé afin de se dédouaner vis-à-vis de son opinion publique. Et le vote à l’unanimité, requis dans les domaines de compétences de l’UE, y est devenu impossible, chaque chef de gouvernement défendant son pré carré.
Quatremer nous présente les normes européennes comme des mesures purement techniques. C’est un ânerie car elles sont une arme de destruction massive des petites entreprises ou de la petite agriculture (ce que fait le productivisme de la PAC depuis son origine). En effet, les normes sont établies en vue de standardiser les produits afin d’étendre les marchés, ce qui profite immédiatement aux grosses boîtes, lesquelles peuvent alors faire des économies d’échelle et chercher des rendements croissants. la standardisation en univers de concurrence pousse automatiquement à la concentration de l’économie et favorise énormément les plus productifs (d’où la victoire de l’industrie teutonne en Europe). les normes sont donc un enjeu politique, celui d’une économie hyper concurrentielle et productiviste, de l’extension du libre-échange afin d’élargir les marchés. L’UE s’est donc servi des normes technocratiques élaborées par la Kommission pour accélérer le passage à une concurrence sans limites « libre » mais en fait faussée par les normes en faveur des gros bataillons et des produits uniformes et aseptisés. Les normes agricoles, c’est donner la victoire au faux camembert plâtreux de Lactalis contre le vrai camembert de Normandie, c’est encourager le lait insipide et les fromages pasteurisés, les fruits et les légumes sans goût mais calibrés, les semences standards, les pesticides labellisés, fussent-ils dangereux! Les normes sont le véritable enjeu des traités internationaux (CETA, TAFTA) car les droits de douane sont devenus très faibles; en revanche, savoir si les européens vont bouffer des produits OGM, du boeuf aux hormones et aux antibiotiques, des poulets lavés au chlore, vont importer du gaz ou du pétrole de schiste ou des pesticides ou des médocs dangereux, etc. est un problème crucial. et peu résolu car Bruxelles est la proie des lobbys et des conflits d’intérêts
Là où Quatremer est soit un menteur, soit un ignorant se voit dans sa défense de l’UE en ce qui concerne la densité de lois votées dans les pays. Les anti UE disent que c’est dans les 60 à 80 %; M. Q ramène la chose à 20/30 %. C’est ne pas faire de différence entre l’essentiel et l’accessoire, le centre et la périphérie, la domination et l’ajustement à celle-ci. C’est refuser de voir qu’il y a des normes surdéterminantes, à savoir celles du commerce et de l’économie. C’est oublier que l’UE forme système avec les pays, qu’il y a une situation d’interdépendance entre les niveaux de responsabilité et des degrés différentiels d’influence. Il faudrait raisonner correctement; je vais l’illustrer avec des images.
1) La construction à petits pas de l’UE par les gouvernants, et cela en cachant la destination finale voulue, a établi une cage de fer à claire-voie. C’est la méthode de lOUIS XI, celle du cardinal de La Ballue, enfermé dans une « fillette ». le roi venait le voir et lui demander ce qu’il voulait; réponse: une cage plus grande où pouvoir m’allonger et me tenir debout. Eh bien, c’est pareil; l’UE est une cage où sont enfermés des tigres, des lapins, des rats et des microbes; ils n’ont à béqueter qu’un budget de 145 milliards (1 % du PIB de tous les pays, ce qui a forcé les petits pays et les ex-soviétisés à chercher des niches où faire le beurre malgré tout: les paradis fiscaux comme le Luxembourg, l’Irlande, les Pays-bas; le low cost pour les autres) et ils sont mis en concurrence sauvage pour y accéder ou sauver leur peau. L’UE s’est réservé les domaines essentiels de compétences: le commerce extérieur, l’organisation du marché interne de « concurrence libre et non faussée », l’édiction des normes, la fixation du budget commun, l’élargissement de l’Union et même la pêche en plus de la PAC. La cage est celle du libre-échange mondial axé autour des 4 libertés: de circulation des marchandises, des services, des capitaux, des hommes et femmes. Cela est fait via des « directives » que chaque pays doit transposer dans son droit (c’est l’origine des 20/30 % allégués par Q). Ces libertés (essentiellement en faveur du capital) ont installé la mise en concurrence des 28 pays, ce qui pousse à une course incessante pour le moins-disant en toutes matières impliquant des coûts différentiels. Cette concurrence a été aggravée au sein de la zone Euro par la monnaie unique qui interdit de dévaluer et force les pays à jouer sur les paramètres de « la désinflation compétitive » interne. Ce qu’a fait la Doryphorie en 2003/4 avec les lois Hartz puis die Grosse Angela avec une TVA sociale à plus 3 points. Cela, c’est être un passager clandestin de l’UE en jouant en solo contre les autres. Le résultat est que les gouvernants deviennent des écureuils tournant sans cesse dans leur cage. Mais ils sont en fait d’accord car ils sont tous des libéralo-capitalistes convaincus et soucieux de ne rien assumer car ils préfèrent ne rien foutre tout en ayant les honneurs et les prébendes de leur statut de politicards élus et dirigeants.
Afin d’aggraver la concurrence, dès 2004 l’UE s’est élargie à des pays de l’Est (les « PECO ») présentant d’énormes disparités: coût de main d’oeuvre, protection sociale, niveau de vie, droit environnemental. cela a permis à la Teutonie de récupérer son « hinterland », son « lebensraum » où elle a délocalisé, sous-traité, embauché des « travailleurs détachés », acheté low cost. C’est merveilleux car la concurrence fonctionne suivant le 2e principe de Carnot sur le rendement des machines thermiques; ce rendement dépend de la différence de température entre la source chaude et la source froide. La source froide dans l’UE, ce sont les différentiels de productivité et de compétitivité (plus la qualité chère aux Germains); la source chaude, ce sont les normes unificatrices de la concurrence. Le résultat à long terme est l’alignement de tous les pays sur le même modèle de libéralo-capitalisme débridé (sauf en Chine). Tant pis pour tous ceux qui entretemps (gens ou pays) auront crevé, c’est la loi du marché, de l’accumulation du capital, de la concurrence. La crise mondiale de 2008, puis de la dette publique en Europe en 2010, ont encore durci cette concurrence en forme de tonneau des Danaïdes et de toboggan sans fin.
C’est le cadre des 4 libertés qui est la « variable de pilotage et de commande » des décisions législatives car il ne reste aux pays que des « variables d’ajustement », qui, elles font certes l’objet de lois directement nationales mais sous les injonctions du cadre supranational. Il reste la fiscalité (il faut l’unanimité) sauf les taxes indirectes (elles jouent dans le commerce), le droit du travail, la protection sociale, le statut des entreprises de service public (privé en prestation ou concession ou public), certaines normes environnementales. La fiscalité sur les sociétés ou les personnes a été laissée aux pays afin de faciliter la mise en concurrence dans la chasse aux entreprises (d’où les paradis fiscaux européens). Et ces déjà maigres libertés sont en fait encadrées par l’émission de recommandations et de conseils par la Kommission del’UE (souvent accompagnés de menaces de sanction) et par « le semestre européen » pendant lequel chaque pays doit soumettre ses projets de réforme et son budget à Bruxelles. Chose aggravée par le TSGC de 2012 dit Merkozy et devenu Merkhollande.
2) la cage est dirigée par un étau à 3 mâchoires: la BCE, la Cour de Justice de l’UE (CJUE), la Kommission et sa technocratie. Ces 3 « organes » appliquent sans désemparer le principe juridique de l’UE: l’ordolibéralisme: établissons les (bonnes, les libéralo-capitalistes) règles de la concurrence et laissons faire tout en surveillant. Souvent les organes outrepassent leur rôle: la BCE en faisant des prêts camouflés aux Etats, via le rachat des emprunts publics détenus par les banques, la CJUE en jouant systématiquement la concurrence (libertés d’établissement, de circulation) contre le droit de grève et du travail et en ayant par sa jurisprudence dans les années 1960 imposé que le droit communautaire soit supérieur au droit national, la Kommission en pourchassant les fusions pouvant conduire à des champions nationaux ou européens.
3) les pays ont perdu leur politique industrielle, leur politique commerciale, leur politique budgétaire (maintenant sous contrôle UE avec le TSGC et les 6 packs puis 2 packs ». Ceux de la zone euro ont aussi perdu leur politique monétaire et de taux de change au profit des 3 mâchoires de l’étau, organes technocratiques non élus.
Comment en est-on arrivé là, ce que Q n’analyse pas? Par la méthode Monnet mise en place dès 1957: celle des petits pas, domaines spécialisés par domaines, organisant une supranationalité dirigée par une technocratie, orientée par la cohue intergouvernementale du CE. Peu à peu les domaines de compétences de l’UE ont été augmentés de même que le nombre de pays disparates afin d’exacerber la concurrence. On a alors ce résultat d’un ensemble économique libéralo-capitaliste supranational ou en quelque sorte confédéral qui fonctionne mécaniquement sous l’emprise de règles immuables (ordolibéralisme tudesque et il faut l’unanimité des 27/28 pour modifier les traités) dirigé par un tas intergouvernemental de politicards défendant leurs seuls intérêts. Ce monstre politique, ni fédéral, ni confédéral (union de pays en vue de la défense commune d’intérêts vitaux et l’union étant limitée à cela car chaque pays garde sa souveraineté), ni vraiment intergouvernemental car chaque pays y est impuissant sauf à s’allier avec d’autres. C’est ce qu’a fait la Teutonie qui a dans son giron l’Europe du Nord, luthérienne comme elle, et les PECO; d’où sa domination malgré les gesticulations françaises (faire semblant de résister tout en allant embrasser les babouches d’Angela). Ce système est naturellement ingouvernable, non démocratique, séparé des peuples, inapte à gérer les crises et, ce qui est encore plus dangereux, irréformable.

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