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De la gauche et de la droite

Classé dans : politique — 04/09/2017 @ 10:45

Pour ces prochaines élections, afin de ne pas se faire couillonner, il faut identifier la marchandise offerte par les candidats et ne pas se faire leurrer sur les étiquettes et les slogans de campagne. C’est là qu’il convient de restaurer l’opposition gauche/droite. Commençons par examiner ce qu’être de droite signifie ou peut impliquer.
1) Qu’est-ce que la droite? C’est une conception philosophique qui consiste essentiellement à s’en remettre à l’ordre des choses, à l’état existant du modèle social en place. C’est refuser que les hommes puissent modifier cet ordre car ce serait « constructiviste », à savoir, ce serait avoir la prétention de reconstruire la société suivant un modèle théorique sorti du cerveau génial de réformateurs sociaux. C’est faire de la politique une simple variable d’ajustement à l’ordre des choses mais en le faisant, grâce au calcul gestionnaire, rationnel et technique, fonctionner le mieux possible.
On a évidemment plusieurs versions de la pensée de droite. On a la réactionnaire qui entend en revenir à un ordre traditionnel où les valeurs, us, coutumes d’antan sont retrouvées contre les perversions actuelles. L’ordre peut être divin, transcendant, providentiel; c’est là qu’on retrouve les partisans des fondamentalismes religieux de toute obédience et, en partie, M. Fripouillon avec ses soutiens cathos-traditionalistes. Cela, ce sont les convictions profondes du catho pratiquant qu’est Fripouillon. Mais, attention, pour faire de la politique on ne peut plus se contenter d’aller sous un seul drapeau; il faut « rassembler » suffisamment de suffrages pour être élu, ce qui amène les impétrants à camoufler leurs convictions sous le voile d’idéologies plus porteuses et plus épandues. La réaction, ce furent en France après 1789, les Maistre, Bonald, Maurras, Barrès, Pétain et compagnie. L’ordre peut être « naturel », ce qui renvoie à une conception fixiste de la nature humaine et des relations en société. Cette nature humaine, à ne pas contrarier par des lois qui la mettrait en danger, est relative à la « nature pécheresse des hommes », à leurs « passions tristes » (envie, amour-propre, individualisme, égoïsme intéressé, rivalité, domination des forts sur les faibles), lesquelles imposent un gouvernement fort, répressif et autoritaire afin que les gens et les communautés n’entrent en guerre les unes contre les autres. C’est du reste, chez les vieux « libéraux, la raison de restreindre le pouvoir politique aux seules fonctions régaliennes (défense, justice, police, relations extérieures) et à la défense des libertés individuelles, dont, avant tout, celle d’entreprendre. Pour les relations sociales, l’ordre naturel consiste à respecter « la sélection naturelle » des forts au détriment des faibles, à justifier le « struggle for life » qui anime cette sélection. On aura reconnu le darwinisme social du rosbif Spencer et une source du racisme, de l’eugénisme et du colonialisme. Et, enfin, l’ordre naturel peut être avant tout de nature économique; il convient alors de s’abandonner aux forces du marché, lequel est « efficient » à condition qu’on laisse opérer sa mécanique automatique, ce qui conciliera les intérêts de tout un chacun via la « main invisible » du marché (Smith) et transformera les vices privés en vertus publiques (Mandeville). On aura reconnu là les thuriféraires de l’ordre spontané du marché, de la « physiocratie » de la « catallaxie » efficace des échanges chère à Hayek, le pape du libéralisme. On retrouve ici Fripouillon qui est de conviction libéralo-capitaliste même s’il fait semblant de se raccorder au gaullisme social. On peut y ranger aussi tous les pseudo-socialistes de « l’offre », de la « 3è voie », de la social-démocratie à la Schröder, qui entendent conformer la société aux exigences de la concurrence mondiale, notamment M. Maqueron et tous les socialistes de gouvernement depuis Tonton. Il va de soi que les partisans de l’ordre (du « désordre établi » comme disait Marc Sangnier) n’ont pas à élaborer de projet de changement sociétal puisque qu’ils vivent (et tout le monde aussi d’après eux) dans le « meilleur des mondes possibles »; vive les Trissotin et les Pangloss de la politique. Vive les Queuille et autres Hollande ou Chirac pour lesquels  » il n’y a pas de problème qu’une absence de solution ne finira par résoudre ». Vive les Faure pour lesquels, ce ne sont pas les politiciens qui retournent leur veste mais le vent qui fait tourner les girouettes.
On a la conservatrice qui entend intégrer à la protection de l’ordre établi les apports des nouveautés; c’est là que des traditionalistes, en matière de moeurs, demandèrent à la religion de pacifier les relations sociales en promettant l’enfer aux déviants et dans le domaine économique se rallièrent au mythe du progrès cumulatif de la science, de la technique et du libre-échange. M. Maqueron n’adhère, parce qu’il est clément, qu’au mythe économique; pour les moeurs il est dans le vent, par exemple pour le mariage gay ou morganatique ou entre un jeune et un vieux. Nombre de socialos qui sont aujourd’hui des activistes de la mondialisation (Maqueron, Vallse, Zizi Rider…) sont devenus des conservateurs sur le plan économique. D’autres sont des réformateurs à la marge: ils conservent le système libéralo-capitaliste et sa logique mortifère tout en y ajoutant une pincée de réformes sociales (Hamon et la plupart des prétendus frondeurs). On a la conception dynamique: il faut aller de l’avant dans la « mondialisation heureuse » qui résoudra tous les problèmes; si la France échoue, c’est parce qu’elle n’est pas assez libérale en économie et trop sur les libertés individuelles comme le droit au travail ou le droit de grève. Non seulement il faut conserver l’ordre économique mais il faut l’accélérer.
2) La gauche ? C’est avant tout l’idée que les hommes en s’associant et en respectant la démocratie peuvent changer la société, l’améliorer, la rendre plus juste (plus égalitaire), tout en respectant leur liberté. Il n’y a pas de gauche sans projet, sans appel à la dimension politique, sans régulation sociale, sans progression de la situation de tous, à commencer par les plus défavorisés mais sans oublier les droits individuels et collectifs. La Gauche, c’est l’aspiration à la justice et l’usage du droit pour la faire progresser. La gauche, c’est la recherche du bien commun, de l’intérêt général, du bien-vivre, du bien public et individuel. La gauche, c’est le refus des approches purement gestionnaires et comptables, c’est le maintien de finalités morales, c’est la volonté de toujours faire mieux pour le peuple. La gauche, c’est la justice et la liberté, ce qui suppose la démocratie comme mode de résolution des conflits et comme processus de définition des buts de la société pour les individus et les groupements. La gauche, c’est le respect du pluralisme sociétal sans emprise d’un pouvoir quel qu’il soit (religieux, économique, politique) sur l’effervescence sociale. La gauche, c’est l’analyse sociale, la pensée, le projet.
On a une gauche républicaine mais non socialiste comme celle des radicaux autrefois avant qu’ils ne se reconvertissent dans le cassoulet ou l’andouillette ou comme les républicains d’antan (Lamartine, Hugo, Thiers…). Las, ils sont souvent devenus ripoublicains ou partisans du libéralisme économique et pourfendeurs du peuple (Clemenceau, Thiers). On a une gauche socialiste jacobine, centralisatrice, étatique, unitaire, absolutiste qui prétend mieux savoir les besoins du peuple que celui-ci et transformer la société d’en-haut et par la voie politique. Ce fut la gauche tontonmaniaque qui a étatisé et truffé les entreprises publiques d’énarques et autres membres des grands corps l’Etat. Ce qui a engendré une intense corruption du genre du Crédit Lyonnais et de Pink Floch-Prigent. La gauche étatique se subdivise en courant réformiste, léniniste-révolutionnaire et social-démocrate (démocratie sociale entre patrons et syndicats, union du parti et du syndicalisme). Les sociaux-démocrates sont devenus des sociaux-traitres au service du libéralo-capitalisme comme en Allemagne avec Schröder. Les socialos francaouis les ont imités pour ne pas se faire taper sur les doigts par les Cocos. Ni révéler leur trahison en 1983 du peuple. Le léninisme n’est pas de gauche car il abandonne la démocratie au profit d’une bureaucratie d’Etat. La social-démocratie, c’est le pacte avec le diable libéralo-capitaliste.
On a une gauche socialiste libertaire. Elle combine liberté et justice, elle compose démocratie réelle mise au premier plan et bien public, elle lutte contre l’absolutisme, la centralisation, le pouvoir d’Etat, le gouvernement d’en-haut, l’injustice. Elle est universaliste tant dans un pays qu’au niveau mondial. Elle est pour le fédéralisme intégral (économique, politique, juridique, social). Elle est le plus souvent réformiste à condition que les réformes fassent progresser peu à peu dans la même direction, à savoir une société juste, libre et démocratique. C’est là qu’elle ne peut pas soutenir un Mélanchthon qui visiblement est un étatiste ou un Maqueron qui est un hyper libéral ou un Hamon qui remplace le lien social genéral par une juxtaposition de communautés comme on le voit dans sa bonne ville de Trappes si tendre pour le salafisme.
Ce qui est mort aujourd’hui, ce n’est pas la gauche, ni le socialisme. C’est le PS qui depuis 1981 n’a pas produit la moindre idée, n’a pas de pensée, n’a pas de projet autre que celui de détenir les manettes du pouvoir pour que ses élus se nourrissent sur la bête, qui a abandonné le peuple et la justice, qui est devenu technocratique et seulement gestionnaire et qui a vendu le pays au libéralo-capitalisme généralisé et à l’ordolibéralisme tudesque. Ce qui est mort, c’est la gauche étatique et politicienne, c’est l’idée du changement social par la technocratie. Tant mieux, mais cela veut dire qu’il ne faut plus voter car c’est confirmer soit le changement, soit la réaction néolibérale via des institutions pourries et antidémocratiques. Farem tot petar.

2 commentaires

  1. siolgnal dit :

    merci pour ce beau et pertinent commentaire; ce qui m’affole le plus, c’est que ces libéraux à tout crin négligent qu’ils se lancent dans la course infinie au moins-disant, chose inaugurée en Teutonie en 2003/4 avec les lois Hartz du salopard Schröder. de toute façon, quel que soit l’élu ça va douiller pour les pauvres et les classes moyennes

  2. Hadrien dit :

    LA « TROUVAILLE » DU PROGRAMME MACRON (RAPPORT PISANI-FERRY) :
    Pour équilibrer les difficultés des actifs, réduire le niveau de vie des retraités !

    Au premier rang des rares propositions programmatiques du candidat présidentiel, on trouve en effet la décision étonnante de supprimer la part de cotisation des salariés, pour la compenser par une augmentation de la CSG… appliquée à tous. Il n’a pas échappé à tous ceux qui ont payé leur cotisation retraite durant toute leur carrière que cela revient pour eux à la payer deux fois, cette augmentation de CSG venant en réduction sèche de leur pension. Mais les surprises reservées aux retraités et futurs retraités ne s’arrêtent pas là…
    Chacun a pu, en effet, observer le retard et la parcimonie avec lesquels E.Macron a livré son programme, dont les éléments lui ont été fournis par l’économiste Pisani-Ferry, tout juste libéré de sa responsabilité de commissaire à « France-Stratégie », et qui sont consignés dans le rapport « 2017-2027, ENJEUX POUR UNE DECENNIE ». Il est intéressant d’extraire de ce rapport les meilleurs passages illustratifs de l’analyse prospective sur laquelle s’appuie le candidat Macron, concernant les plus âgés d’entre nous:

     » LES ENJEUX: Un niveau de vie qui décroche par rapport à celui des plus âgés (pp. 184-186)
    La pauvreté a longtemps touché davantage les personnes âgées que les jeunes. C’est aujourd’hui l’inverse…
    Alors que le niveau relatif de consommation des adultes à différents âges était plutôt stable jusqu’en 2000, on observe ainsi un décrochage « au bénéfice » des plus de 60 ans depuis cette date.
    Aujourd’hui, en France, le taux de pauvreté a tendance à décroître avec l’âge, ce qui n’est pas le cas dans les pays du Nord, de l’Allemagne et du Royaume Uni, où la pauvreté est stable ou croît avec l’âge. »
    [ Il est donc urgent d'y remédier, avec un nivellement par le bas que détaille le rapport ]

     » LES CHOIX COLLECTIFS: Dépenses publiques et évolution démographique (pp. 194-198)
    Il n’y a rien d’anormal à ce que les plus âgés absorbent une part importante des dépenses de protection sociale puisque… les retraites sont la contrepartie de cotisations passées. Néanmoins, la « générosité » de notre système de retraite a beaucoup reposé… sur un recours de plus en plus systématique aux déficits. Le vieillissement démographique rend la poursuite de cette tendance non soutenable pour les années à venir…
    [Déjà] les plus âgés sont deux fois plus mis à contribution pour le financement de la protection sociale qu’il y a trente ans, notamment avec la création de la CSG…, avec la création de la contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie, l’imposition des majorations familiales de retraite, etc. »

    « LES OPTIONS EN DEBAT: Identifier les leviers de réforme (pp.200-202)
    Dans l’hypothèse d’un rééquilibrage des transferts publics des âgés vers les jeunes et les actifs, deux leviers peuvent être mobilisés:
    - Le principal arbitrage concerne les dépenses de retraite, avec deux grandes options qui auraient des effets différenciés suivant les générations… Agir sur le niveau relatif des retraites, ce qui implique d’accélérer ou d’accroître l’érosion du niveau de vie relatif des bénéficiaires…, ou agir sur le nombre de retraités en continuant à retarder l’âge de départ ? Cette seconde option préserve le niveau de vie relatif des retraités mais pèse sur les actifs actuels.
    - Une plus grande mise à contribution des plus âgés peut passer par une réduction des différences de taxation selon l’âge dans le système actuel sans en modifier la structure. [C'est, en clair, la surprenante proposition évoquée en introduction, ce qui n'exclue pas le reste...]. Elle peut aussi passer par une réforme plus profonde visant à transférer le financement des dépenses sociales du travail vers d’autres assiettes détenues par les plus âgés (ensemble des revenus, patrimoine).
    Il est également envisageable d’accompagner une réorientation des transferts publics par une action visant à modifier – notamment par la fiscalité – les flux de transferts privés (aides familiales, donations, successions, développement du viager). »

    [On comprend pourquoi le candidat n'est guère revenu en détails sur cette "philosophie" gênante qui sous-tend son programme]

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