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Conceptions du politique et crise de la représentation

Classé dans : politique — 05/13/2017 @ 10:46

Le fait que les élites politiciennes oligarchiques ont été soit balayées provisoirement comme en France avec la récente pestilentielle, soit ont fait l’objet de mouvements « populistes » (au dire desdites élites) tant de droite (Le Pen) que de « gôche » (Mélanchthon) n’est pas qu’une crise momentanée de la représentation dans la démocrassie formelle; c’est le symptôme d’un mal bien plus profond et durable. Ce que ne voient pas le Maqueron, ni le PS, ni les LR qui comptent bien recomposer ladite démocrassouille lors des législatives et cela afin de conserver le monopole du pouvoir politique sur la société et le peuple en tant que classe politicienne professionnalisée. Maqueron va faire comme les copains et seulement changer la liste des politiciens assis autour de l’assiette au beurre. Ce ne sera qu’une partie de chaises musicales avec quelques nouvelles têtes et beaucoup de vieux chevaux de retour (Idrac, Goulard, Delevoye, Borloo…) de la politique. L’establishment politicien sera toujours là et appliquera les vielles recettes d’une très ancienne conception de la politique. Maqueron, ce sera le (général) Boulanger, la boulangère et le petit litron (Borloo). Il n’instaurera qu’un rajeunissement du corps des politiciens pour donner l’impression que tout change alors que rien ne change. Nous allons voir pourquoi.
D’abord, il faut différencier le politique de la politique. Le politique, c’est la nécessité pour toute communauté durable, républicaine et démocratique à long terme de se doter de buts partagés, de situer son identité et de poser ses frontières d’identification des gens envers elle et d’union entre eux (je n’ai pas dit d’unité), de définir ses ennemis et ses amis, de viser le bien commun, la justice et l’intérêt général, de se doter d’une puissance d’action appelée classiquement « souveraineté », de disposer de moyens institutionnels de prise de décision, surtout en cas de crise majeure. La politique, c’est l’action à court terme et au jour le jour, le gouvernement temporaire, les luttes entre partis pour disposer d’une majorité électorale, l’organisation du suffrage, la gestion de la communauté…
L’idée du politique nous vient des vieilles philosophies de l’antiquité et des juristes du 17e/18e siècles. Nous disposions alors des idées-force de souveraineté du peuple en tant que communauté politique et nationale de citoyens, c’est-à-dire de la puissance de la nation sur elle-même, d’intérêt général à représenter et déterminer, de démocratie en tant qu’égalité politique (et formellement juridique) des citoyens réunis en République et en tant que liberté des citoyens. le risque était de forger une frontière entre eux (l’étranger, le différent) et nous (la communauté nationale) et de sombrer dans le nationalisme refusé par l’universalité des idéaux de la Révolution française mais porté à l’extérieur par la force des armes, ce qu’a aggravé intensément La Paille Au Nez Buonaparte. Ce qui a suscité le nationalisme généralisé, source des deux grandes guerres mondiales. En fait l’universalisme actuel n’est qu’un cosmopolitisme du marché associé aux droits de l’homme qui sont purement individuels et passent à l’as les identités collectives. Il porte un universalisme des sujets individuels purement rationnels et intéressés. Au contraire de ce qu’il faudrait viser, à savoir un pluralisme des groupements sociaux habilités à exprimer et défendre leurs droits collectifs y compris en cas de conflit. la fonction majeure de la démocratie réelle est de permettre de résoudre pacifiquement les conflits pourvu que les dissensus ne portent pas sur les valeurs et l’éthique républicaines et démocratiques.
Il n’y a pas de démocratie possible si l’on n’admet pas les antagonismes entre groupes sociaux qui, du reste, sont au fondement du politique, la politique se contentant de les réguler ici et maintenant. C’est pourquoi les théoriciens de la « fin du politique », de la 3e voie, de la « gouvernance » s’illusionnent en pariant sur le consensus, le rassemblement et la rationalité. Car on ne peut pas éliminer la dimension agonistique du politique, ni le caractère passionnel des groupes humains. Une bonne démocratie, je ne dis pas parfaite et perpétuelle, a pour but de laisser s’exprimer les conflits. C’est pourquoi être ni de droite, ni de gauche est une tromperie: il faut arbitrer et décider entre positions concurrentes et antagonistes! la fin du politique ne signifie que la perpétuation de l’oligarchie qui se contente aisément d’un consensus de façade, d’une union factice et des jeux électoraux entre fausses oppositions.
Ce que cache, tant l’universalisme que l’oligarchie politicienne, c’est leur fantasme de l’UN, de l’unité, du commandement de la société par le haut des élites autoproclamées. Pure illusion car ni la société, ni le peuple, ni la nation ne forment une totalité unifiée. Au contraire, c’est marqué par le pluralisme et le conflit entre groupes pour la direction de la société, c’est-à-dire par la recherche de l’hégémonie sur les autres groupes. Cela marche si tous les groupes y retrouvent du mieux pour eux, mais ce n’est qu’un armistice dans la conflictualité naturelle des sociétés.
Aujourd’hui plusieurs conceptions du politique consistent à en évacuer les dimensions essentielles: la démocratie en tant que mode pluraliste de prise en charge des conflits entre acteurs, la souveraineté du peuple, la justice en tant qu’égalité républicaine, la soumission des représentants aux fins du bien commun. Nous avons le marxisme primaire qui pense que la fin de la propriété privée des moyens de production, c’est-à-dire des luttes de classe, amènera la fin du politique en transformant le pays en espace de coexistence d’associations indépendantes; cela le rapproche d’un certain anarchisme individualiste sans pouvoir politique fédératif. Le libéralisme fait disparaître le politique sous le marché international auto-régulateur et « efficient »; quand chacun s’occupe de ses intérêts, se lance dans « le doux commerce » et l’interdépendance des échangistes, il n’y a plus besoin de pouvoir politique national puisque le marché est universel. La social-démocratie a réduit le pouvoir politique à la gouvernance gestionnaire, à la politique résumée à l’atteinte d’une majorité électorale, à la substitution du parlement à la souveraineté du peuple. L’internationalisme bêlant refuse que le politique soit lié à une communauté particulière et rejoint donc l’universalisme fictif du marché. Dans tous les cas, le politique disparaît au profit de la politique en tant que gestion comptable et court-termiste du pays, lequel, du reste, n’est qu’une survivance à éradiquer complètement.
Beaucoup de théories et analyses récentes (par exemple, celles de Hardt et Negri ou de Laclau et Mouffe) sous-estiment les rapports entre l’instance politique et la sphère socio-économique. Mais elles en reviennent à l’essence du politique et à la nécessité d’une démocratie réelle assurant la souveraineté du peuple (vu comme divers, formé de collectifs qui doivent négocier entre eux pour déterminer le bien commun) et d’une république faisant progresser la justice contre l’oligarchie, les ploutocrates et les politiciens monopolistes de la représentation et de la définition de l’intérêt général. Ces théoriciens voient bien la déréliction de la démocratie représentative et la disparition du lien social via les dégâts du libéralo-capitalisme (inégalités, pauvreté, précarité, concurrence sauvage de tous contre tous, disparition de la souveraineté nationale). Cependant, ils ne relient pas assez la relation entre ces deux aspects de la « modernité ». car si la souveraineté nationale a disparu, ce n’est pas le cas du pouvoir politique exercé sous la forme de la politique.
Au contraire, muni de la légalité conférée par l’élection, habilement transformée en légitimité, le pouvoir politique, même local sans parler de la bureaucratie de la Grosse Kommission de Bruxelles, s’est considérablement renforcé: technocratie et expertise, monopole de la représentation par les grands partis, police, répression judiciaire, standardisation et normalisation des pratiques, lavage de cerveau par des médias inféodés, manipulation du langage pour lui faire dire le contraire de ce qu’il signifiait (par exemple, réforme veut dire régression), hégémonie idéologique et culturelle du libéralo-capitalisme (via l’individualisme et la consommation encouragés par le pouvoir et l’industrie). Les politiciens, munis à tort de la puissance souveraine, ont utilisé celle-ci contre le bien commun et au profit du kapital. Ils ont ainsi pu transformer le modèle socio-économique de type Etat-providence et social en course infinie à la compétitivité via la concurrence internationale « libre et non faussée ». Et tous les gouvernants, quelle que soit leur obédience, y ont participé. Ce qui a doublement démonétisé la représentation politique: ça ne sert à rien de voter puisque l’alternance aboutira au même résultat; il n’y a aucune amélioration tangible de la situation socio-économique. Las, les PRAF (plus rien à foutre) ne voient pas toujours que les deux sont liés via la médiation et la toute-puissance du corps de politiciens professionnalisés UMPS et tous d’esprit libéralo-capitaliste.
Si l’on veut restaurer le politique en tant que souveraineté démocratiquement exercée du peuple constitué en République, il faut bien comprendre que cela veut aussi dire pacte national entre acteurs sociaux. C’est ce qu’exploitent les souverainistes de droite (Le Pen, Dupon-Aignan) et de gauche (Chévènement). Mais ces gugusses font du souverainisme une stratégie d’exclusion de l’autre et une opposition frontale à l’internationalisme. ce qui est tout le contraire d’un patriotisme de défense de l’intérêt national en même temps que de participation aux affaires du monde dans le respect des autres pays et dans une coopération avec eux afin de faire progresser les droits individuels et collectifs partout et dans un esprit égalitaire. Certes, on peut déplorer qu’on en soit réduit à partir de la nation pour y parvenir. Mais c’est l’état actuel du monde qui y force afin, par exemple, de remettre tous les pouvoirs à une instance non élue comme l’UE, instance qui propage un libéralo-capitalisme contraire aux intérêts des peuples à l’échelle mondiale. En outre, si l’on veut être entendu dans le concert mondial il faut disposer d’une base qui donne l’exemple d’une logique contraire à celle du libéralo-capitalisme et voulant aider les autres pays à s’en débarrasser. Ce qui suppose une communauté politique solide et souveraine qui fasse du politique et pas seulement de la politique. Car alors celle-ci n’est que celle « du chien crevé au fil de l’eau ».

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