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La résistible ascension d’Arturo Maqueron par P-A Taguieff (son dernier livre: Macron, mirage ou miracle?)

Classé dans : politique — 09/05/2017 @ 9:20

Taguieff est un franc-tireur qui, à la différence de bien d’analystes et « penseurs », nous remue les méninges et développe notre esprit critique. Devant l’avalanche de louanges qui saluent l’arrivée et la stratégie de Maqueron, il nous met, quasiment seul dans l’intelligentsia (plus ou moins encartée), les yeux en face des trous et nous montre que le roi est nu et partisan.
Le monarque ripoublicain a, certes, réussi le tour de force de se faire élire comme anti-système alors qu’il en est issu et qu’il n’a pas du tout l’intention d’en sortir. Il est ce que Taguieff appelle un démagogue de soumission (qui va perpétuer et améliorer le système) ce qui le différencie des démagogues protestataires ou de subversion tels Mélanchthon et la Marine. Le démagogue moderne est un fruit de la démocrassouille représentative car pour être élu il faut réunir suffisamment de gens que votre programme et surtout votre charisme attirent. D’habitude le démagogue ment à l’instar de Chiracos ou fait des promesses peu tenables à l’image de Tonton ou de Zizi Rider. Maqueron innove : il ne ment pas (il se veut transparent et authentique) ; il tient un langage consensuel et attrape-tout. Il le fait avec une dialectique qui, sous un faux air de complexité, ressemble au juste-milieu, à l’éclectisme, au syncrétisme petit bourgeois de Bouvard et Pécuchet ou de M. Homais. C’est du « en même temps » , « à la fois », donc du peut être ben que oui, peut être ben que non. Cette dialectique n’est pas celle des contraires, ni des contradictoires ; c’est celle de la juxtaposition et de la plate mise à plat des termes contraires, ce qui nous fait l’amalgame de vérités, d’opinions admises, de nouveautés apparentes et d’oxymores flous. Tout le monde peut prendre le morceau qui lui plaît. Zizi Rider, c’était le chauve sourit ; Maqueron, c’est la chauve-souris de la Fontaine. Le démagogue est la figure principale du populiste, celui qui en appelle au peuple contre « l’establishment », qui prétend redonner le pouvoir au peuple, qui veut revenir à la démocratie, souvent directe. Quand la maqueronie s’en prend au « populisme » pour sa démocratie directe, cela signifie la défense d’un système représentatif inique dont elle a profité. or, si la démocratie directe ne peut marcher au niveau d’une grande structure complexe, cela ne veut pas dire que l’on ne puisse pas avoir une représentation vraiment démocratique: c’est le système mutuelliste, coopératif et fédératif de Proudhon. Maqueron prétend redonner du pouvoir au parlement et aux corps intermédiaires mais c’est une blague. Le monsieur est narcissique, mégalo, techno et s’est déjà constitué un aréopage de copains et d’experts tout en réduisant ses députés à l’état de godillots et en installant ses contrôleurs et espions chez ses ministres.
Les électeurs devraient toujours faire un test de vérification de la qualité des annonces faites  (la fameuse falsifiabilité chère à Popper pour définir la science réelle contre les théories fumeuses): est-ce qu’on peut dire le contraire ? Si non, on est dans le truisme qui fait tout l’apport de Maqueron à la philosophie complexe. Donc Maqueron en appelle au peuple. Ce qui suppose que le peuple soit Un. Ce qui, évidemment, n’existe pas ; le peuple est pluriel, mais Maqueron veut le rabattre sur une prétendue unité. On le comprend car l’enjeu est sa légitimité.
Or Maqueron n’a pas rallié le peuple tout entier (du reste, ce n’est pas son but) ; il a rassemblé le peuple qui est partisan du système libéralo-capitaliste (SLC), de la mondialisation, du libre-échange sans limites, de la fin des territoires et des communautés nationales, de la modernité technique, de l’ubérisation du travail, du risque et de la responsabilité individuels (auto-entrepreneurs, innovateurs, start up…, de l’ouverture des frontières à tous, de la diversité multiculturaliste, de la France d’en-haut, etc. Il rassemble les « modernes » ouverts, flexibles contre les rentiers, les corporatifs, les fermés, les racistes, les nationalistes, la France d’en-bas, les « illettrés », les moins-que rien, les sans-costume.
Maqueron se drape dans les voiles de la légitimité acquise par son élection par une majorité électorale. Taguieff remet les choses à leur place : l’élu a eu 24 % des exprimés au 1er tour des pestilentielles, soit 18,5 % des inscrits, 67 % au 2ème tour (48 % des inscrits) mais dont la moitié ont voté front républicain contre le Pen. Aux législatives, comme il y a eu près de 60 % d’abstentions et 11 % de blancs et nuls, les députains d’EM (comme les autres) n’ont été élus qu’avec environ 15 % des inscrits et ont eu pourtant 60 % des sièges. Légal, certes, mais légitime, non. Et ce qu’il faudrait changer de toute urgence si on est un vrai démocrate pour le peuple, c’est le système électoral francoui. Maqueron ne le fera pas car c’est ce dernier, complètement tronqué, voire truqué par les différentes manipulations du mode de scrutin (Tonton avait institué la proportionnelle pour faire monter le FN afin d’avoir des triangulaires à l’avantage du PS), qui a permis sa victoire via les bêtises de ses concurrents et le vote utile puis le front républicain. Il s’ensuit que tout le blablabla sur le rassemblement et l’unité n’est que du flan. Maqueron n’unit que les thuriféraires et les bénéficiaires du SLC. Car il revitalise le mythe du progrès en tant que ressort d’espérance au moins pour ses soutiens dans l’opinion.
Maqueron se présente dans sa « com. » comme né par génération spontanée (il vaut mieux pour quelqu’un qui n’est pas pour la génération par ses propres moyens). Taguieff montre qu’il a été lancé et appuyé par un très bon réseau d’entrepreneurs, de financiers, de « penseurs » (eh oui, on y range Attali et Minc), d’experts surtout économistes, d’universitaires amphibies bouffant à tous les râteliers en fonction des occasions de notoriété ou de places, de médias, de journaleux compradores… Tout le monde se souvient des innombrables apparitions du couple Maqueron-Trognon dans les journaux news, people, quotidiens). Maqueron est un bébé Cadum, un poupon sauveur lancé comme une savonnette qui s’est mis en scène pour façonner son histoire (qu’il a tendance à confondre avec l’Histoire). Cela n’a pas empêché des dérapages (dont la France auteur du crime de la colonisation en Algérie), mais il s’est rapidement raccroché aux branches pour corriger le tir, il faut le dire,, avec habileté. Le réseau de Maqueron a tout fait pour le mettre sur le pavois,sur le bouclier de Brennus tout en disqualifiant ses concurrents et en appelant au vieux rassemblement ripoublicain.
Maqueron est sans doute le dernier monarque ripoublicain ; il est l’aboutissement de l’avancée incessante de la France, voulue par les politicards, vers le modèle néolibéral du SLC. Sa mission historique, donnée par l’UE et la Doryphorie et intériorisée par lui, est de plier enfin le pays aux normes du SLC. Il est pour cela le right man at the right place at the right moment., mais uniquement pour la partie de la population qui en tire avantage. Mais, contrairement à son dire, il ne pourra pas tenir la balance égale entre la « modernisation » SLC et la justice ou soutien au peuple défavorisé. Car le SLC est par construction une mécanique automatique de création des inégalités et de la précarité. Il se donne 2 ans pour avoir des résultats, par exemple contre le chômage. Ce n’est pas un bon indicateur car si le chômage peut diminuer par sa politique ; celle-ci augmentera la précarité, l’insécurité et la pauvreté des travailleurs. Pour l’instant, il peut se goberger à la Lanterne ; ensuite il peut finir à la lanterne.

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