les armes de la critique

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Vie et mort du socialisme d’après Axel Honneth

Classé dans : politique — 09/22/2017 @ 9:00

Axel Honneth fait partie de la 3ème génération de l’Ecole de Francfort, celle de la « théorie critique », celle qui avait critiqué le régime capitaliste et révisé le marxisme. il se situe dans la lignée d’Habermas (2ème génération après les fondateurs: Adorno, Horckheimer…). Il est productif et intéressant bien qu’à mon humble avis il soit un exemple des socialistes de la « 3ème voie », celle de Blair, à savoir une adaptation totale de la social-démocratie au système libéralo-capitaliste (SLC) et à lz forme représentative de la démocratie libérale..
Les idées directrices d’Honneth dans son dernier livre sur le socialisme actuel sont: 1) il abandonné l’approche normative et coopérative des 1ers socialistes (où il ne cite pas Leroux, ni Cabet et où visiblement il tronque la pensée de Proudhon qu’il en connaît pas bien), axée sur la critique morale du capitalisme qui ne donne aucune reconnaissance au monde ouvrier. Ce socialisme prône la solidarité, l’association la coopération, l’entraide, non seulement en tant que modèle opposé au régime capitaliste mais encore comme contenant une vraie démocratie fondée sur le débat dans un espace public. Il met les associés à égalité pour leur participation et leur expression dans les débats internes au groupe de coopérants visant à l’entente démocratique par la communication ouverte à tous (agir communicationnel cher à Habermas). Ce socialisme, s’il se prononce à fond pour la liberté, exige en même temps et surtout la solidarité comme valeur morale essentielle à la cohésion de la communauté des travailleurs. on retrouve là les deux valeurs princeps de Proudhon: la liberté et la justice.
2) il est resté cantonné au monde industrialisé et du travail, oubliant tous les autres acteurs sociaux apparus lors du processus historique de différenciation du capitalisme, différenciation qui donne la solidarité mécanique (interdépendance des fonctions et de fait chère à Durkheim) du monde ouvrier. Il a ignoré les mouvements sociaux et communautaires des femmes, des ex-colonisés, des stigmatisés pour leur race ou leur culture, des minorités sexuelles. Il a fait fonder toute la protection sociale sur le seul travail en partant du principe que le but principal était la suppression de la propriété privée des moyens de production et que tout le reste était secondaire. Il a prôné l’intervention étatique en économie sans s’occuper de la propriété, ni étatique, ni privée, à savoir la propriété sociale (associations, coopératives, mutuelles). Ce faisant, il a limité la « liberté sociale », celle qui conjugue les droits individuels et les droits collectifs pour organiser la participation libre de tous à la coopération dans l’agir ensemble fondée sur à la coopération et le respect mutuel.
3) il n’a pas vu que l’instance politique avait une autonomie (effet de la différenciation) et qu’il était primordial d’assurer le pouvoir politique par des voies démocratiques réelles. Il s’est coulé dans le moule centralisateur de la démocrassouille représentative et à conçu le politique comme instance extérieure et supérieure à la société. C’est donc, sur ce point, une continuation de l’approche du politique par les libéraux. Il a donc pas investi dans une nouvelle forme de la démocratie malgré de nombreuses expériences (par exemple les conseils des années 1920 ou la Catalogne anarchiste de 1936 ou l’anarcho-syndicalisme en France). Il a sous-estimé l’intérêt des expérimentations sociales en tant que porteuses d’un autre modèle de « liberté sociale » (c’est la grande idée d’Honneth) contre le SLC. Il na pas vu que la démocratie était porteuse de la participation de tous à la formation de l’intérêt général en tant que projet collectif élaboré en commun et à parts égales d’amélioration pour l’avenir.
4) il s’est trouvé une population porteuse des espoirs de révolution; la classe ouvrière à la fois la plus exploitée et cela dans les mêmes conditions capitalistes et la plus favorable à un autre régime socio-économique. La différenciation du salariat (employés, techniciens, cadres ayant des objectifs différents quant à leur avenir) n’y a rien changé pendant longtemps. Il reste encore aujourd’hui à constituer en quelque sorte une fédération démocratique (et unie par des valeurs et des intérêts communs) des groupements victimes du modèle SLC.
5) il a cru trop longtemps (sauf le léninisme et autre socialisme autoritaire) que la classe ouvrière était spontanément (de par sa situation) révolutionnaire et universelle. las, elle s’est embourgeoisée par suite des réformes que le syndicalisme avait arrachées au capital et au pouvoir politique. la classe, non seulement est éclatée mais encore elle est devenue une cohue d’individualistes attachés à la consommation.
6) il se moque du droit considéré comme une superstructure, il sous-estime l’intérêt des droits subjectifs accordés par le libéralisme même si ceux-ci sont théoriques (des droits de et pas des droits à). car ces droits ont ouvert la voie à la reconnaissance d’acteurs jusqu’alors relégués (dont la « classe ouvrière ») et méprisés. Il ignore l’apport des « droits de l’homme » à l’institutionnalisation de droits personnels pour tous et partout. En effet, même violés par maints régimes, ils donnent une norme morale générale, donc des critères permettant de prouver l’illégitimité desdits régimes.
Je ne peux contester Honneth sur les grandes lignes de sa critique du mouvement socialiste. Mais sa description du mouvement me semble largement inspirée par le courant social-démocrate et par la critique rebattue du modèle communiste-collectiviste. Il y en a eu d’autres, comme le socialisme libertaire que notre auteur passe quasiment sous silence. Il reproche aux 1ers socialistes leur centration sur le monde ouvrier et industriel, mais c’est de l’anachronisme de dire cela aujourd’hui en oubliant les conditions de l’époque et en sous-estimant qu’il s’agissait du travail de pionniers qui pensaient l’avenir alors même que le monde industrialo-capitaliste ne faisait que balbutier.
Ce qu’on peut et doit reprocher aux socialistes ultérieurs, c’est qu’ils n’ont rien pensé de nouveau depuis des décennies malgré d’innombrables travaux de penseurs de la modernité et de son évolution (Honneth en cite pourtant un bon nombre). En fait, ils se sont coulés dans le moule SLC qui les a si bien nourris et ont accepté que le salariat déserte le combat car ils ont abandonné ses membres en rase campagne. Cela montre que se construire seulement contre, c’est en fait adopter le modèle existant et ne vivre que grâce à lui. En outre, l’aspect contre le SLC du socialisme remontait au 19ème siècle sans innovation sauf sa trahison par le sociaux-démocrates, avec en tête les Britanniques et les Teutons.
M. Honneth nous rebat les oreilles avec l’importance du droit et de l’éthique qui en est le soubassement ou sur laquelle la liberté collective peut s’appuyer. Certes, le droit est une instance essentielle, comme l’avait bien vu Proudhon. mais Honneth privilégie « le droit positif » (celui qui est en place et norme l’ordre social existant en cadrant les attentes réciproques de comportement licite des acteurs). Ce faisant, il ne se demande guère qui fait le droit et comment et pour qui? Il verrait alors que dans nos démocrassouilles actuelles, la loi est faite par des représentants inféodés au SLC et imbus de néolibéralisme.
M. Honneth nous bassine avec la démocratie, la communication, le débat, la recherche de l’entente par la discussion discursive (argumentée sous éthique de la discussion), l’accès égal à l’espace public. Tout cela suppose que la démocratie soit réelle: moyens d’accès libre et égal pour tous, information pure et parfaite, si j’ose dire, des acteurs, égale participation aux débats, respect des structures locales et des corps intermédiaires de formation des opinions, etc. On en est fort loin en démocrassouille. M. Honneth néglige totalement les asymétries structurelles de pouvoirs, les hiérarchies sociales, les conflits et surtout les rapports de force C’est de l’Habermas et, sur le versant de la justice, du Rawls. C’est fort beau et bien intentionné mais cela met la charrue avant les boeufs et suppose le problème résolu. Car, discuter, c’est bien mais comment y arriver tant que la démocratie n’est que démocrassouille, que les conflits de valeurs et d’intérêts sont vitaux et intenses, que les inégalités se renforcent, que la terre est détruite, que les rapports de force sont déséquilibrés et cela de plus en plus. la poule SLC est bien là et super puissante; l’oeuf contestaire mais vraiment démocratiquement est à couver. Ce n’est pas le baiser Lamourette, le « embrassons-nous Folleville », le « aimons-nous les uns les autres », le discutons sans entraves et à armes égales alors que cela n’existe pas, qui va faire éclore l’oeuf; C’est la lutte et, comme l’a bien dit Marx, ce qui crée la classe, c’est la lutte des classes. Remplaçons classe par mouvements sociaux à coordonner et fédérer et, au lieu de discuter, construisons autre chose à côté et contre. Quelque chose qui préfigure le monde futur souhaité (notamment comme démocratie sociale et politique à la base) et qui, peu à peu par l’action autonome et directe, privera le SLC de ses moyens. ce n’est pas neuf: c’est le projet anarcho-syndicaliste des années 1900.

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