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Maqueron et les experts de la « société civile »

Classé dans : politique — 02/13/2018 @ 12:24

La moitié du gouvernement Maqueron est constituée d’experts de la « société civile » ; ce n’est pas innocent et c’est très significatif du jacobinisme du résident francaoui et de son mode de gouvernance new look. Ou plutôt tiré du management des entreprises privées, lequel n’est pas moderne du tout. En appeler à l’expertise contre la politique, c’est prendre un tournant très important. Ce n’est pas étonnant car Maqueron avait annoncé pendant la campagne électorale une réforme des grands corps de l’Etat et de l’ENA, réforme qui a avorté en forme de souriceau. Ce n’est pas par hasard : Maqueron a besoin de la puissance des hauts fonctionnaires issus des desdits grands corps pour asseoir son pouvoir de surplomb sur le pays. Il se contente de mettre ceux-ci au pas en les virant s’ils ne poursuivent pas ses desseins de transformation brutale du pays. Il a besoin d’un Etat et d’une administration tout-puissants pour convertir les Francaouis au SLC. Cela passe par la domination tant des représentants du peuple élus sous sa bannière que de l’administration ; pas de moins d’Etat mais d’un autre Etat pleinement à son service.
Que signifie l’expertise mise aux commandes du pays ? Cela veut dire une prétendue efficacité, une fausse neutralité des décisions afin de faire taire les opposants politiques par un appel à « l’autorité de compétences », donc au bon vieil argument d’autorité. Avec quelle légitimité ? Celle de la soi-disant réussite de la gestion privée et de la théorie économique libérale du SLC. Un expert ne peut pas être neutre parce qu’il a ses vues personnelles et surtout parce qu’il est largement formaté par les conceptions, critères et méthodes de son époque, de son milieu. Il l’est encore moins quand il est au service d’un pouvoir de quelque nature que ce soit (politique, économique, religieux). On peut atteindre quelque neutralité quand on fait appel à une pluralité d’experts indépendants. Ce n’est évidemment pas le cas d’un gouvernement…
L’expertise a pour effet de saucissonner les problèmes en domaines spécialisés. C’est alors un excellent moyen pour diviser et régner : le chef, le manager, le président… écoutent les collaborateurs experts spécialisés et sont seuls à pouvoir faire la synthèse-foutaise. C’est une bien vieille technique managériale des pouvoirs autoritaires et descendants sur les troupes tout au long de la hiérarchie. Recourir à des experts, c’est les mettre en concurrence et se réserver la décision.
La pensée systémique a montré depuis longtemps que les choses et les acteurs étaient interdépendants, notamment par suite d’une « solidarité mécanique » issue de ce que les uns ne peuvent pas se passer des autres. Mais Maqueron, le moderne, n’a visiblement pas suivi les récents développements du systémisme (plus de 50 ans quand même) : un système n’a pas un centre unique de direction mais plusieurs relativement autonomes et il est capable d’effets de substitution d’un centre à un autre et de se réorganiser. Il est même capable d’apprendre en s’adaptant à l’environnement. Il en résulte que l’usage de l’expertise dans un système d’interdépendance et de transversalité des choses fait par Maqueron est une trahison de la méthode systémique ; ce qui reste comme transversalité, c’est le travail en équipe, mais celui-ci est largement réduit aux réunions présidées par le chef. Il en reste un découpage de l’intérêt général en intérêts particuliers, du global et transversal et en rondelles séparées et spécifiques. Si on se réclame de « la pensée complexe », chère à Edgar Morin, il serait bon de la connaître à fond et de l’utiliser à bon escient au lieu d’être un cuistre.
Maqueron aime l’expertise mais à condition qu’elle soit à ses ordres. Comment y parvenir ? Fastoche et classique dans le management privé ; par exemple en supprimant l’emploi protégé des fonctionnaires pour les rendre plus dociles et virer les « insoumis ». Du reste, Maqueron, contrairement à ses annonces de campagne, ne veut plus d’un parquet indépendant. Il fait la chasse aux corps intermédiaires et aux contre-pouvoirs (collectivités locales, syndicats, organismes paritaires…). Qui plus est il n’empêche pas ses experts d’être « en même temps » liés à des lobbys économiques. Ces experts-là sont donc doublement dépendants ; de lui sur le plan politique et des puissances d’argent sur le versant économique. Plus expert que moi, tu meurs !
L’expertise c’est bel et bien la fin de la démocratie au profit d’une caste technocratique mise au service d’un nouvel imperium. C’est la réalisation de « la fin de l’histoire » par la magique disparition des conflits via l’expertise confite dans « the one best way ». L’expertise, c’est l’institution du mépris:vous, les lambdas qui ne sortez pas des grandes écoles et n’êtes pas experts, taisez-vous (El Kabache). L’expertise, c’est la justification d’une politique SLC au nom de critères gestionnaires et comptables qui suppriment toute interrogation sur les fins, le bien commun, le bien-vivre, l’intérêt général. Reste l’efficacité instrumentale ; mais celle-ci n’est que présumée et toute la modernité prouve le contraire, comme, par exemple, la fausse théorie du ruissellement de l’argent des riches vers la création d’emplois (d’amidon, car enlevez, c’est empesé).Tout cela confirme que le règne de Maqueron est celui d’une conception néolithique du pouvoir. Celle-ci a renversé la parole de Marc Sangnier (on ne peut avoir la démocratie en politique ville et la monarchie à l’usine) : on ne peut avoir la monarchie dans le privé et la démocratie politique.

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