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La « réforme de la SNCF

Classé dans : politique — 02/28/2018 @ 11:55

Le grand transformateur Maqueron a eu subitement l’envie de réformer la vieille SNCF nationalisée en 1937. Comme un besoin de pisser d’un proSTAATique. Il doit se prendre pour la Dame de fer qui a brisé la grève des mineurs britanniques pour enfin voguer librement vers la fin de l’Etat-providence gibby. Attention, M. Chamboule tout, ne confondez pas vitesse et précipitation. Et avec une parfaite rouerie, le gouvernement lance un ballon d’essai plutôt mesuré : le statut n’est supprimé que pour les nouvelles recrues, on ne touche pas aux petites lignes (9 000 km quand même), on transforme en SA mais en gardant la majorité des titres pour que la boîte reste dans le giron public, on ouvre les « négociations » mais pendant 2 mois seulement avant de passer aux ordonnances. On nous a déjà fait le coup ; alors décryptons le message et la stratégie du gouvernement et du Maqueron.
*il n’est pas possible de supprimer le statut aux anciens car aucun texte ne peut être rétroactif et car chaque agent a une lettre d’engagement qui vaut contrat de travail personnel, lequel ne peut être modifié unilatéralement. Sauf à payer de volumineuses indemnités de licenciement. Quoique, avec leur récent plafonnement, ce soit est à voir de plus près car il s’agirait d’un licenciement collectif. Par ailleurs, vu les conditions de travail, les salaires et la technicité, il devient difficile de remplacer les agents qui partiraient. Il s’agit donc d’une promesse qui ne coûte rien. La présenter comme preuve de modération n’est donc que du flan, du blabla(car). Il faut rappeler que le statut date de 1920 et a été créé à la demande des boîtes privées de l’époque qui voulaient limiter la concurrence entre elles, notamment pour les embauches de personnel spécialisé. Supprimer le statut revient à en revenir à une concurrence sauvage pour l’entrée de l’étranger dans l’exploitation du réseau SNCF. A quand un Uber ou un Raynair du rail en Europe ? Le statut tient compte de la pénibilité pour l’âge de la retraite. Le supprimer revient à mettre les agents du rail (conducteurs et opérateurs d’entretien) au régime général de ladite pénibilité. Or Maqueron vient de diminuer radicalement les droits en la matière (compte pénibilité de Zizi Rider qui permettait d’abaisser l’âge de la retraite) en le transformant en compte personnel de prévention qui, notamment, ne tient pas compte des horaires décalés ni des conditions de travail par tous les temps. De plus, le statut n’a pas empêché la SNCF de recruter sans ; il lui a suffi de créer des filiales (bus, fret…)…
*les petites lignes sont dans la compétence des régions, ce qui veut dire que l’Etat s’est déchargé sur elles d’un lourd fardeau pécuniaire. Or, les régions et les collectivités locales, asphyxiées financièrement par la baisse de leurs dotations étatiques, cherchent des sous tout en ne voulant pas contrarier leurs électeurs usagers des petites lignes déficitaires. Le gouvernement se contente de leur refiler la patate chaude tout en sachant que l’ouverture européenne des réseaux à la concurrence devra être mise en place en 2019. Il sera donc loisible aux régions, soit de remplacer par des bus, soit de payer les déficits au nom de l’aménagement du territoire (rôle normal de l’Etat), soit de concéder l’exploitation des lignes à la concurrence. Ce sera cornélien…
*une SA à capitaux publics ne l’est pas ad vitam æternam. On peut faire du salami progressif. Par exemple pour GDF, devenu SA en 2005 grâce à Tsarko, puis Engie , l’Etat devait garder au moins la majorité des parts sociales ; manqué c’est allé à environ 30 %. L’Etat a gardé 85 % à EDF mais c’est parce que personne ne veut acheter des actions d’une maison aussi périlleuse : risques nucléaires à assurer par soi-même (aucun assureur ne veut le faire), dette abyssale, énormes travaux de mise en sûreté, engagements problématiques (dont Hinckley point pour les Rosbifs aux 2/3 de 23 milliards), tarifs réglementés par l’Etat et insuffisants. Du reste, le titre vendu 32 euros en 2005 n’en vaut plus que 10,60 ! L’Etat maqueronien a comme but de vendre ses actifs : Française des jeux, Aéroports de Paris. Et, bien sûr, des morceaux de SNCF quand le temps opportun en sera venu. Rappelons que la transformation d’EDF/GDF en SA a quand même permis ensuite de se débarrasser des retraites (mises au régime général de la Sécu) et de la « mutuelle » (obligatoire !) aux frais des entreprises. Sa veut donc dire porte ouverte à des réformes revolving annoncées par petits bouts et progressivement. Bonne vieille stratégie de Mademoiselle Modeste Petipas et de Staline.
*on nous a déjà fait le coup de la concertation et des ordonnances avec la loi travail…
*la dette astronomique de la SNCF (50 milliards plus 3 par an) n’est pas le fait de l’entreprise mais celui des politicards. Déjà, le réseau est un monopole naturel qui est d’obligation publique car tout l’intérêt d’un réseau est d’être unique (rendements croissants) ; il est effet idiot d’avoir plusieurs réseaux alors qu’un seul est d’autant plus rentable qu’il est plus utilisé. La solution la plus intelligente est d’en faire un bien commun pour tous ; il doit donc être socialisé et utilisable via un droit de péage ; loin des âneries de l’UE. Un tel réseau doit au minimum être créé et entretenu par la puissance publique, tant qu’il n’est pas socialisé suivant la méthode proudhonienne ou celle des « communs ». Bref, l’Etat aurait dû prendre à son compte la dette liée au réseau comme l’a fait l’Allemagne pour la Deutsche Bahn. Et cette dette est due aux politicards qui ont exigé des TGV partout, même non rentables ou qui ont demandé des gares partout, rendant la vitesse inopérante ! Par ailleurs, l’investissement TGV étant massif et non payé par l’Etat la SNCF qui le paye via un coût d’utilisation a négligé l’entretien des petites lignes. Ce sont les gouvernements successifs qui depuis 1981 ont assassiné la SNCF afin aussi de pouvoir s’en débarrasser en la cédant un jour ou l’autre au privé et pour préparer son ouverture à la concurrence exigée depuis 30 ans par l’UE. Une part des déficits vient de l’administration des tarifs que l’on compense, comme Gribouille, par des subventions insuffisantes compte tenu des coûts et des nécessaires dépenses d’entretien, lesquelles sont largement passées à l’as. Pour cacher l’impéritie des pouvoirs publics depuis 40 ans, le pouvoir maqueronien reporte la responsabilité de l’état de la SNCF sur le statut et les cheminots. Vieille opération de diversion cherchant à dresser les usagers et la population contre les cheminots dans le bon vieux diviser pour régner. Chez Maqueron, tout se tient afin de pousser les feux du SLC (système libéralo-capitaliste) en France.
*si les politicards ne l’ont pas tuée plus tôt, c’est à cause de son « pouvoir de nuisance » constaté en 1995 par Juppé. Si le pouvoir a pu avoir la peau d’EDF, c’est à cause de la technique nucléaire (80 % de la production) car il est impossible d’arrêter facilement les centrales et de confier leur gestion aux syndicalistes comme cela se faisait autrefois (cogestion de l’arrêt des centrales thermiques et hydrauliques avec les syndicats). On verra donc un beau bras de fer même si les syndicats de la SNCF seront bien moins soutenus par la population qu’en 1995. Maqueron fait de l’abattage de la SNCF la « mère des batailles » ; s’il gagne alors il pourra détruire tout ce qui reste du programme du CNR (Conseil National de la résistance). On remarque au passage que jusqu’à présent Maqueron n’a aucunement parlé des moyens et des financements qui devraient être mis en place pour éliminer les dysfonctionnements de la SNCF. On notera enfin que l’évolution de la SNCF est avant tout commandée par la directive duraille sur le rail qui existe déjà depuis des décennies…
*il n’est pas sûr que réformer la SNCF par ordonnances respecte la Constitution qui prévoit que les grands moyens de production soient nationaux. Mais cela n’a pas empêché qu’EDF devienne une SA… De plus, il faut savoir que les directives européennes sont supérieures à la Constitution francouie ; donc RAF (rien à foutre). Il y a un seul pays dont la Constitution l’emporte sur les directives. C’est la Doryphorie. Mais cela ne pose guère de problèmes (sauf pour la BCE et l’euro) car les directives sont ordo-libérales et la Constitution fridoline itou. Les directives sont donc par construction conformes à la Constitution tudesque. Nihil obstat, CQFD.
M. Maqueron a-t-il l’intention de prendre au compte de l’Etat la dette de 50 milliards qui serait alors à ajouter au 2220 de la dette publique, d’arrêter la construction de lignes TGV, d’organiser enfin le transport du fret, d’en finir avec la concurrence de ses autobus, de fermer les gares TGV inutiles… ? Qui vivra verra, mais on peut être sûr que sa solution consiste à faire porter le fardeau par les agents SNCF, les régions et les usagers.

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