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Où va l’Etat par Pierre Birnbaum ?

Classé dans : politique — 03/05/2018 @ 11:47

C’est le titre d’une diarrhée scripturale que vient de publier M. Pierre Birnbaum au Seuil pourtant grande maison d’édition. Cela m’étonne toujours qu’on continue de publier des auteurs ayant largement dépassé la date de péremption, ce qui n’est pas une question d’âge mais de contenu des écrits ou des paroles dans les médias. On retrouve ce monde de dinosaures chez les experts à nacelle comme les Minc ou Attila ou chez les journaleux patentés comme Duhamel ou Apathie qui fluctuat et merditur.
Avec une finesse pachydermique, Birnbaum essaie en fait de défendre la « gouvernance » Maqueron qui serait toujours au service de l’intérêt général et de s’opposer à la thèse de la dégénérescence de l’Etat et de la fonction publique. Cela se pense adroit mais l’auteur, sans s’en rendre compte, accumule sophismes, âneries libérales et informations permettant de contredire son blablabla.
Birnbaum établit avec précision que les cabinets ministériels sont truffés d’énarques et que Maqueron a même choisi les directeurs de cabinet des ministres et partagé une partie des siens avec le 1er ministre, sans nul doute pour le contrôler avec des hommes à lui (des hommes parce qu’il y a peu de femmes dans ces hautes sphères). Il montre que les cabinets sont très largement meublés d’énarques passés avant par une grande école de commerce et/ou ayant joué aux « revolving doors » entre le privé et le public via le pantouflage que la prétendue Kommission de Déontologie ne contrôle que de très loin (voir l’affaire Pérol, citée par l’auteur qui ne mentionne pas le problème Richard, le bien nommé). Et ce n’est pas la récente loi maqueronienne sur la transparence de la vie politique qui arrange les choses puisqu’elle fait l’impasse sur les conflits d’intérêt. En revanche le gouvernement repose, lui, sur des spécialistes issus de la « Société civile ». On voit tout de suite que 1) la division du gouvernement par expertises séparées fait le jeu du décideur en chef, seul en mesure de faire la synthèse, 2) que les ministres sont dépendants de leurs hauts fonctionnaires, qui, eux, sont évalués par ledit lider maximo et limogeables par lui en cas de non-obéissance ou d’opinions contraires. Cela revient à dire que l’Etat, si cher à Birnbaum, c’est Maqueron plus puissant que le roi-soleil en son temps. Bien joué, jeune Machiavel centralisateur, jacobin et impérial. Cela, Birnbaum ne le voit pas car son écrit est fait de phrases normales : un sujet, un verbe et un compliment. On voit au passage que la logique générale de cette gouvernance est régie par la technicité et l’efficacité. Ce qui pose la question du contenu même de l’Intérêt général (IG) ; question que ne se pose pas notre auteur qui dit que celui-ci continue d’être fort bien défendu par les énarques dont 75 % ne font pas de « revolving doors » en tant qu’administrateurs civils. Sophisme car il faudrait faire une péréquation : multiplier 75 par zéro pouvoir et 25 par un infini de pouvoirs.
Notre auteur, excipant de ce fort pourcentage d’énarques tout le temps au service de l’Etat sans pantoufler, en déduit que l’Etat francoui est toujours fort et sert le bien commun sans désemparer, qu’i préserve celui-ci tout en adaptant le pays au néolibéralisme régnant. Cela ne tient pas la route pour plusieurs raisons.
D’abord, lesdits énarques-fonctionnaires ont au dessus d’eux des grands chefs qui les dirigent suivant la conception verticale, descendante, néolithique du pouvoir que développe le pouvoir de Maqueron. Birnbaum fait comme s’il n’y avait pas une hiérarchie du pouvoir, un centre dominant et une périphérie d’exécutants aux ordres. Toute l’administration est mise sur le même plan ! Et les fonctionnaires subordonnés sont pris dans un étau : fixation des normes et des objectifs par les grands chefs et les dirigeants politiques, mise en place d’un système d’information ad hoc (en fonction des seuls buts gouvernementaux et souvent biaisé comme les statistiques du chômage ou du pouvoir d’achat et de l’inflation), contrôle des résultats et évaluation des performances par les échelons supérieurs. Il y a intérêt à marcher droit si on ne veut pas se retrouver au placard et bientôt viré.
Ensuite, tous ces braves gens ont la même culture, ce qui fait qu’ils peuvent s’entendre comme larrons en foire. Cela vient de leur passage dans une école qui développe depuis des décennies maintenant les bonnes recettes de la gestion privée appliquée au prétendu Etat : New Public Management, Public Choice, RGPP et formate donc tous ses anciens élèves aux canons de la pensée unique. Cette dimension idéologique et culturelle n’est pas vue par le sieur B. Il pense que la « méritocratie républicaine » fonctionne via le concours d’entrée. Il ne sait pas, ou ne dit pas, qu’en 30 ans le pourcentage d’élèves issus des petites classes sociales passés dans les grandes écoles (« ces séminaires de l’aristocratie », Proudhon) est descendu de 29 à 9%. Cela lui permet de s’en prendre à Bourdieu (qu’il ne cite pas) contre ses thèses de la reproduction sociale des élites, de la « noblesse d’Etat », de la sélection sur des normes d’appartenance bourgeoise défavorisant les candidats dépourvus de la culture ad hoc. Coup de griffe au passage à Pinçon-Charlot, mauvais sociologues. C’est pourquoi les énarques travaillent si bien avec les consultants issus du privé qui ont étudié toutes les réformes de la fonction publique : ils ont les mêmes idées. Ce qui n’empêche pas B. de dire que lesdits fonctionnaires ne prennent des propositions des KPMG et autres cabinets de consultance-voyance (américains pour les plus connus) que ceux qui protègent l’Etat et ses lois. B. a un remords : en fait ils protègent leur propre position de pouvoir et leur statut de maîtres de la société globale et des horloges.
B. ne voit pas que ce qui compte, c’est le contenu de l’IG et son mode de création. L’IG autrefois était défini par le pouvoir politique de type gaullien et était fondé sur la solidarité, l’universalité, la protection sociale, la maîtrise de l’économie, la planification, la nationalisation des grands moyens de production et de la finance. Ce qui reste de cette approche, c’est que c’est toujours l’Etat qui définit tout seul l’IG comme propulsion du SLC en France. En revanche, le contenu en a radicalement été modifié : c’est désormais le modèle du système libéralo-capitaliste (SLC) qui le donne. Quel est, cela dit grossièrement, son contenu et sa logique d’ensemble?: le fric, la compétition, le risque, l’individualisme… Le pouvoir absolu de l’Etat demeure mais il consiste désormais à ne fixer que les normes pour la société et à laisser le privé et la religion faire tout le reste. Bref, c’est de l’ordo-libéralisme à la tudesque plus que du libéralisme à l’anglo-saxonne. Mais dans son ordo-libéralisme, Maqueron ne suit pas la Doryphorie car c’est l’exécutif qui fixe les normes et non le parlement. Maqueron est l’empereur d’un régime normatif qui donne tout à la logique privée. Et B. ne voit rien de tout cela.
B. nous rebat les oreilles avec l’Etat alors même qu’il nous montre qu’en réalité ce sont le gouvernement, le parlement et l’administration qui existent pour définir les normes et contrôler le pays. Et il est vrai que l’Etat n’existe pas (en Gibbye il n’y a que le gouvernement) car c’est une invention juridique pour dépersonnaliser l’exercice (en outre maintenant provisoire) de la puissance souveraine du peuple en l’enlevant au roi et à tout gouvernant. Mais B. continue pourtant de croire à la neutralité de l’Etat et à sa puissance de régulation alors même qu’il ne s’agit que de la décision et de l’action du gouvernement, maintenant hypostasiées par Maqueron qui est devenu l’Etat à lui tout seul. Cela, c’est un vrai sociologue-politologue ! Tous les sophismes rhétoriques de B. viennent de sa posture initiale : défendre le libéralisme et son incarnation nouvelle, Maqueron.

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