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L’attentat terroriste de Trèbes

Classé dans : politique — 03/31/2018 @ 11:12

Il est tout à fait normal et mérité de saluer le geste héroïque du colonel Beltrame et la mémoire des autres assassinés ou blessés. Cela a été fait et est respectable. Mais là où cela coince, c’est que cet événement dramatique a donné l’occasion d’une belle trame de story telling au pouvoir et aux politicards de tout poil. Il a été instrumentalisé au delà du raisonnable avec un terrible battage au lieu d’une douleur digne et muette et de cérémonies sobres et intelligentes. On a alors pu exploiter un langage désuet au profit d’un rassemblement éphémère et plus médiatique que profond et réel. On nous a rebattu les oreilles avec l’unité de la nation, le sacrifice pour la patrie, l’honneur du pays. Ces beaux discours sont à mettre en relation avec la réalité et l’intelligence des situations ou des actes qui, largement, démentent les belles paroles.
On pourrait déjà se demander ce qui fait une patrie et l’adhésion à celle-ci allant jusqu’à mourir pour elle. Le mot de Proudhon : là où est la Justice, là est ma patrie me semble toujours d’actualité (redoutable affirmation car il n’y a aujourd’hui de justice nulle part). Est-on sûr de se sacrifier pour la patrie quand celle-ci est plutôt le champ d’actions (aux 2 sens du terme) du SLC producteur d’inégalités, de précarité, de pauvreté, d’oppositions sociales, de montée aux extrêmes, de disparition du politique au profit de la gouvernance et de l’efficacité? Est-on bien habilité à défendre un espace où l’honneur, la solidarité, la coopération sont devenus des merles blancs ? S’agissait-il de monter en épingle des valeurs en voie de disparition par l’exemplarité plus que singulière d’un sacrifice extraordinaire ? Est-on dans l’hommage du vice général à la rarissime vertu d’un seul ?
Qu’est-ce que l’unité ? Comme l’indique la désinence en té, c’est un état ou une qualité. Or, la prétendue nation n’apparaît pas comme unité mais comme pluralité sociologique, ethnique, religieuse et culturelle, de même que comme patchwork de positions sociales plus ou moins inégalitaires et hiérarchisées, comme une juxtaposition de communautés plus ou moins séparées et en conflit. Du reste, peut-on « à la fois » se réclamer de l’unité du peuple tout entier et propager ou tolérer le communautarisme afin de diviser pour régner ?
Avant de proclamer l’unité de toutes les populations qui sont censées former une communauté politique coordonnée par une même appartenance à un corps de valeurs sociopolitiques communes, mais ce que la réalité ne démontre pas, il faudrait se pencher sur les causes de division; elles ne manquent pas. je ne vais en examiner qu’un ensemble limité mais significatif.
* cause politique interne: les politicards ont laissé prospérer une idéologie religieuse qui nie que les lois politiques transversales aux conceptions du monde soient supérieures aux croyances particulières, qui refuse notre modèle social (égalité-hommes-femmes, laïcité, droit d’expression, droit à l’athéisme, primat des droits individuels, dont ceux des personnes quelles qu’elles soient…). Ils ont laissé prospérer le communautarisme, voire l’enfermement identitaire localisé mais en voie d’expansion. Les politicards ont facilité le dénigrement du pays avec force de lois de repentance et en battant leur couple pour stigmatiser les grands méfaits de notre pays; certes mais il fallait comparer à ceux d’autres pays bien pires et ne pas encourager l’idée que certaines cultures avaient tout inventé et étaient pures comme l’agneau qui vient de naître. Commet voulez-vous, après cela, que certains ne s’en prennent pas avec ressentiment à un pays si mauvais?
* cause économico-politique endogène: depuis 30 ans les politicards suivent une politique SLC qui oppose la population entre les in et les out, relégués dans « les quartiers » ou les zones périphériques, entre les pauvres, méprisés, isolés, souvent ethnicisés et chassés au faciès et les riches des quartiers bourgeois, mobiles, modernes…Cela crée, évidemment, du ressentiment et de la révolte au lieu de l’unité postulée.
* cause géopolitique: la France, depuis des années, entretient des relations plus que douteuses avec des pays arabes, soit des dictatures théocratiques et pétrolières, soit des kleptocraties; de plus elle ne proteste guère contre les faits et gestes de l’Etat d’Israël contre la Palestine; elle fait la guerre au Sahel tout en ayant déstabilisé la Libye; elle est le 3ème exportateur mondial d’armes. La présidence est devenue le VRP de ses producteurs d’armes. A tout le moins, cette politique ne peut susciter elle aussi que du ressentiment. On peut se demander si le pays a encore quelque légitimité que ce soit pour se proclamer « la patrie des droits de l’homme.
Il est donc quelque peu inapproprié d’en appeler à une unité qui n’existe pas et à une nation très divisée; il faudrait au contraire faire flèche de tout bois pour aller vers plus d’union (qui est plutôt une action qu’un état) et de cohésion sociale, pour développer une culture politique commune, pour faire de l’histoire, sans concessions sur la passé le plus néfaste, un moyen de rapprocher les gens et les communautés, il faudrait en finir avec l’abandon massive de populations pour cause de développement du SLC en France.

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