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Un peu de jugement-footisme

Classé dans : politique — 07/17/2018 @ 9:44

Bien que je me réjouisse aussi de la victoire de nos footeux, je ne puis partager la liesse qui s’en est suivie, notamment dans des médias unanimes et énamourés. Cette joie collective en forme de village à la Potemkine, qui ne concerne pas, loin de là, toute la population, fait plaisir mais n’est pas significative d’une unité du peuple, ni d’un rassemblement durable des populations. Les journaleux ont même parlé de bonheur collectif alors qu’il ne s’agit que de joie! Mais ce feu de paille a tout de suite été récupéré par les politicards et éditorialistes à nacelle, par Maqueron en premier. Certes, il était facile de saisir cette occasion mémorable pour tirer la couverture (médiatique) à soi. Cela n’a rien de nouveau, ni de « disruptif » et cela fait partie de la Com. Politicienne depuis que le sport est devenu tout à la fois un spectacle, un commerce juteux et un erzatz de nationalisme compétiteur sinon compétitif. C’est aussi devenu une des rares voies encore existantes de « circulation des élites » et de promotion sociale. On remarque naturellement que notre équipe francouie est, comme l’a dit un grossium iranien, est plus qu’à moitié Noire et métissée. Tant mieux, mais cela ne fait pas un symbole généralisable de la composition ethnique du pays, ni d’un pluralisme ou d’une diversité sans problèmes, encore moins une victoire de l’Afrique (dixit l’Iranien qui devrait quand même se demander pourquoi peu de Noirs débarquent volontairement en pays musulman ; fastoche : l’esclavage y est encore pratiqué malgré sa proscription théorique et le sport n’y est pas en odeur de sainteté). On sait qu’une telle victoire, et cela depuis fort longtemps, représente une excellente diversion pour la politique politicienne, un « préservatif » (comme dirait Proudhon) contre la morosité et un dérivatif aux soucis du moment pour bien des gens. Tout cela est bien connu et reste à la surface des choses et des enjeux.
L’enjeu principal, très bien vu par Maqueron et par ses opposants sociopolitique, est celui du modèle de société affichable et récupérable par la victoire et les semi-traces qu’elle laisse (Sami-traces dans le Grand Nord ou Samothrace en Grèce). Le problème est que la victoire est sans visage et permet à différentes ailes de battre l’espace en vue de le conquérir ou le raffermir comme « domaine de la lutte » idéologique et disqualification des adversaires de l’interprétation « main stream ».
Maqueron voit dans la victoire une démonstration illustrant sa ligne politique conforme au système libéralo-capitaliste (SLC). Providentielle occasion de la monter en épingle et de cravater les opposants. Providentielle car c’est la Croatie qui, vu sa qualité de jeu et son engagement, aurait dû gagner. Las, la chance a souri aux audacieux et aux audio-cieux. Maqueron y voit donc une éclatante confirmation de ses vues: le mérite, la responsabilité, l’engagement, le rôle déterminant des « premiers de cordée », l’égalité des chances quelles que soient les origines ou les conditions de vie, le succès acquis par le travail justement récompensé, l’excellence de ceux qui font leur devoir. Bref, toute la « moraline » libérale et petite-bourgeoise en tant que justification du « meilleur des mondes possibles » et comme demande de comportements ad hoc requis par le capitaine (pas Nemo, superman) du navire. Il est normal et même requis que la société soit inégalitaire car dans le cas contraire il n’y aurait pas d’occasion de se différencier en bien du troupeau. Et, bien sûr, rien ne serait possible sans un bon lider maximo qui fasse régner l’ordre et force à la coordination via une bonne vieille hiérarchie descendante. Il est apparent aussi que le maqueronisme rabat l’union, qui est un processus collectif et volontaire, sur l’unité qui est un état requis par les gouvernants.
En face, on répond que le succès est dû à la solidarité, à la coopération, au primat du collectif sur les individualités, à la qualité des infrastructures de formation, de mise en situation et de sélection, seules à même de développer les potentiels. On dit que la morale n’est pas dans l’observation d’un code et de normes pré-définies, mais dans le développement des personnalités, de l’altruisme, des attitudes coopératives et du sens de la justice, n’est pas obéissance et statisme car c’est en collaborant dans le respect d’autrui et de soi-même qu’elle se forge de façon dynamique sans qu’on lui assigne une fin et des principes fixes, encore moins universels dans le temps et dans l’espace. La morale est une construction sociale immanente et évolutive résultant des interactions dans un cadre sociétal plus ou moins favorable et repose sur une visée, non pas une norme; l’épanouissement de tous et la réalisation de la justice. C’est donc la conception proudhonienne contre les absolus, les devoirs, la déontologie normative et figée. naturellement, cet auto-réalisation-développement du sens moral requiert des moyens, des structures, des dispositifs, une logique des rapports sociaux qui favorisent l’émergence et le renforcement d’une mentalité idoine. Autant le SLC, en tant que « phénomène social total », favorise l’individualisme, la compétition, le matérialisme, l’égoïsme, une mentalité « néolithique » de la soumission et du commandement, autant des structures anarcho-libertaires, fédératives, auto-gestionnaires, coopératives, favorisant l’expérimentation, la collaboration, l’engagement collectif, l’implication personnelle, le courage et la responsabilité assumée, la mise en débat et en expression nous produiront à la longue à une vraie éthique de la responsabilité collective tant individuelle que sociale. C’était la proposition de Proudhon qui nous a montré que l’homme le plus libre est celui qui a le plus de relations car cela multiplie les capacités d’action collective et forge la communauté de destin. Car en traitant l’autre comme un égal en dignité on peut obtenir sa collaboration, ce qui signifie que la liberté et l’égalité ne sont pas une contradiction mais une nécessaire « composition » pour être efficace et ramer ensemble. dans ce cadre conceptuel, il est clair que plus les inégalités du SLC progressent, plus le sens social se perd, plus les rivalités détruisent le lien social. Il me semble que c’est un peu chez le Ricoeur de l’altérité que visiblement le Zident applique fort mal.

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