les armes de la critique

Bienvenue sur mon blog

L’Infini politique, les zéros citoyens et le SLC

Classé dans : politique — 07/26/2018 @ 9:39

La démocrassouille libérale et représentative est fondée sur l’idée que le pouvoir politique, devenu Etat, est neutre, ainsi que le droit, par rapport aux conceptions du monde (religieuses, idéologiques, économiques, morales) et aux actions ou structures économiques, que le système électoral représente bien tous les acteurs et assure l’émergence d’un intérêt général légitime. Elle assure que la finalité princeps est le respect des droits individuels et la liberté (« négative », car limitée par celle des autres et les interdictions légales) de tout un chacun. Et que la société n’est qu’une collection de personnes en interaction, ce qui oblige à la création d’un Etat pour la coordonner. Cette doctrine traditionnelle est mise à mal par l’apparition actuelle de plus en plus de centralisation, de normes, de « démocratures », de mouvements sans Etat, de revendications régionalistes. L’Etat ne cesse de se développer et de se renforcer un peu partout dans le monde. Les analystes du politique, les libéraux sans profondeur et idéologues, tel l’inusable Alain Duhamel, ne s’intéressent pas au phénomène. Ils en restent à l’Etat libéral en surplomb de la société afin de la réguler, d’assurer sa stabilité et sa cohésion et de garantir les libertés civiles et les droits subjectifs. Sans voir que lesdits libertés et droits se réduisent comme peau de chagrin à la faveur de la centralisation et de la répression des oppositions. Ils en restent au fameux contrat libéral entre le renard libre et les poules libres, entre les baleines du business et du pouvoir et le krill des individus atomisés. Bref, ils n’y comprennent rien et surtout ils n’essaient pas de comprendre car pour eux nous sommes dans « le meilleur des mondes possibles ».
C’est pourtant facile à comprendre si on se rapproche des magnifiques analyses du toitalitarisme conduites par la philosophe Hanna Arendt il y a plus de 60 ans. Complétées par les analyses récentes sur la lutte pour la reconnaissance (Honneth, avec reprise de la pensée de Hegel sur ce point), Elles montrent qu’il y a d’un côté des individus atomisés par le libéralo-capitalisme, individus dont la massification en foules dangereuses est le corollaire de leur réduction à des zéros politiques et, de l’autre, un pouvoir, absolu, infini en tant que transcendant les individus. Ces derniers refusent d’être réduits à des pions sur le marché libéral et cherchent par tous moyens une reconnaissance sociale et du sens pour leur vie. Car, contrairement aux présupposés anthropologiques du libéralisme économique (et aussi largement politique), les hommes ne sont pas mus que par leurs intérêts égoïstes; ils ont aussi une sociabilité (Aristote: l’homme est un animal politique et sociable ou la sympathie d’Adam Smith dans sa théorie des sentiments moraux que les libéraux de l’économie ont jetée à la poubelle de l’histoire), une spiritualité, un besoin de signification, une revendication d’identité propre et de reconnaissance… Las, les individus sont tellement séparés, divisés, atomisés par le SLC et le suffrage purement individuel dans les démocrassouilles représentatives qu’ils sont à la merci des démagogues politiques voulant instrumentaliser le pouvoir pour asseoir leur règne, des idéologies de la violence, des religions de réconfort et des « entrepreneurs de religion ». Ce qui nous a donné les totalitarismes nazi et soviétique en tant que religions profanes et, ensuite, les théocraties électives ou la mise sous la coupe des religieux des démocraties formelles.
Arendt avait sous les yeux les conséquences d’un capitalisme sauvage et sans freins, les dévastations guerrières et génocides des fascismes et communismes, qui furent calmés pendant 30 ans (les « 30 glorieuses » de 1945 à 1975) par les Etats-providence d’après guerre. Las, dès les années 1980 le libéralisme s’est vengé, a pris le pouvoir et a installé un SLC concurrentiel mondialisé tout aussi dérégulateur que le vieux capitalisme, quoique plus financier qu’industriel. On a vu alors se mettre en place une relation complexe entre le pouvoir politique infini et tout-puissant, la démocratie des individus-zéros et le marché du libre-échange globalisé. Les individus ont été encore plus atomisés par la complexité sans cesse accrue de la division technique, sociale et politique du travail, par la naissance des communautarismes, par l’individualisation et l’évolution des moeurs, par les revendications identitaires, par la consommation personnelle et ostentatoire encouragée par la publicité afin de vendre toujours plus, par la concurrence entre tous, par le creusement abyssal des inégalités de revenu et de patrimoine. Le capitalisme, fondé sur l’accumulation, l’accaparement ou appropriation des biens tant personnels que communs, la privatisation de tous les domaines juteux et la course sans limites au profit, n’a cessé de se concentrer tout en détruisant la planète et les concurrents les moins compétitifs. Les gens, les groupements, les pays sont devenus à la fois plus interdépendants et mis en situation antagonique, ce qui a fait monter la conflictualité sociétale entre des intérêts concurrents ou négligés par les puissances installées et leurs bénéficiaires. Les sociétés sont devenues de plus en plus complexes et diversifiées, ce qui a poussé le pouvoir politique à accroître sans fin ses domaines d’intervention avec sa bureaucratie devenue technocratie (expertise spécialisée).
Et dans le temps même où les conflits se multipliaient par suite des désordres et de la perte de sens et de cohésion sociale impulsés par le SLC, le pouvoir politique a réagi de deux façons. Il a sans cesse augmenté la répression juridique, judiciaire et policière afin d’assurer « l’ordre public », notamment au nom bien commode de la lutte anti terroriste. Il s’est converti au SLC afin de tirer son épingle nationale du jeu au sein de la concurrence « libre et non faussée » généralisée. Ce qui du reste n’a fait que faire monter aux extrêmes les inégalités en tout genre et casser tous les modèles sociopolitiques non adéquats au SLC. C’est ce qui a détruit l’UE devenue une cohue d’intérêts nationaux et de gouvernements d’autant plus en conflit qu’ils ont la même politique qui les met en concurrence échevelée. Le désordre sans régulation économique n’a ainsi fait que croître et prospérer, ce qui a enclenché le cycle sans fin de la gouvernance autoritaire contre tous les fauteurs de trouble contre « le désordre établi » par le SLC. Dans cette spirale sans fin les gouvernants convertis au SLC ont instrumentalisé l’Etat central pour le mettre au service du capitalisme. Mais il fallait que cela ne soit pas visible car cela était contraire à l’esprit du libéralisme et à sa justification démocratique (neutralité de l’Etat, service de l’intérêt général et respect des droits individuels). L’idée a été simple: il suffisait de conserver les formes de la démocratie libérale tout en la vidant de contenu et de pouvoir. Il suffisait d’installer une démocratie « Canada Dry », sous un « voile d’ignorance » opaque, une « démocrature » à la Erdogan. On a ainsi fait de la légalité majoritaire des élections un principe de légitimité et de l’Etat un infini, un souverain absolu dont les élus sont les propriétaires en même temps que les seuls détenteurs de la construction du bien commun. C’est le rôle de Maqueron, prototype du pouvoir personnel et technocratique que de convertir la France à ce modèle. Muni d’un pouvoir quasiment féodal, le sire Maqueron-Coucy s’est laissé aller aux copinages de féaux. Mais ce n’est qu’un épiphénomène par rapport aux tendances lourdes de la collusion entre les dirigeants élus et les puissances économiques et financières du SLC… L’affaire Benalla relève du doigt que montre le chef et des imbéciles journalistiques ou des LREM énamourés qui le regardent au lieu de la réalité des processus de domination en cours.
Les politologues, les politicards, la plupart des médias entretiennent le mystère et la confusion en ne traitant que de la surface des choses. Ce qui est profondément caché, c’est la nature monarcho-présidentielle du pouvoir liée à la Constitution de la Vème ripoublique et, plus enterrée encore, la symbiose SLC, pouvoir politique et puissances d’argent. Maqueron n’est pas grand chose mais il dispose de la toute-puissance de l’infini étatique. Et songeons à ce qui pourrait arriver en 2022: que le pouvoir tombe dans les pattes d’un populiste extrémiste de droite ou de gauche?

Pas de commentaire

Pas encore de commentaire.

Flux RSS des commentaires de cet article.

 

sans violence et sans haine |
Changer Amiens |
Parti de Gauche. Commission... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | "كُن...
| ALLIANCE POUR LA NORMANDIE
| degaulois.justice.fr