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Les droits de l’homme chez les libéraux et le SLC

Classé dans : politique — 09/26/2018 @ 1:40

L’idée de cette chronique m’est veneu en lisant l’excellent dernier livre de J-C Michéa (Le loup dans la bergerie)où il montre comment les « progressistes de gauche », envahis par l’idéologie libérale des droits de l’homme, ont facilité l’implantation du SLC en France, notamment en substituant les questions sociétales aux problèmes sociaux et à la lutte contre le capitalisme néolibéral.
Pour comprendre comment le loup libéral est entré dans la bergerie des socialistes en peau de lapin, il nous faut partir de l’analyse du contenu précis du droitdel’hommisme cher à Kouchner et à ses sacs de riz. Le libéralisme des origines s’est concentré sur ce que les juristes appellent les droits subjectifs, autrement dit les droits purement individuels à sauvegarder contre les religions, les idéologies, le pouvoir politique. Mais quels droits? Michéa reprend la formule de Marx: liberté, égalité, propriété et Bentham (c’est-à-dire utilité, intérêt; rappelons que pour Bentham l’utilitarisme consiste à faire le bonheur du plus grand nombre; l’utilité sociale n’y est donc pas qu’individuelle puisqu’il s’agit d’un bonheur collectif en tant que totaliisation des bonheurs indivduels même si, oh horreur, des individus peuvent être sacrifiés pour la maximisation du bonheur collectif). Les philospophes libéraux considéraient ces droits de l’individu comme des « droits naturels », ce que l’anthropologie moderne a totalement controuvé. Il faut noter en premier que ces droits sont individuels et présentés comme universels tant dans le temps que dans l’espace. C’est déjà faire fi de ce que les juristes du 16ème siècle appelaient le « droit des gens », c’est-à-dire des groupements humains. On peut aussi ergoter sans problème sur la promotion de la propriété en droit naturel ou de l’utilité-intérêt comme moteur permanent et plus fort que tout autre motif des motivations humaines. L’universalisme des droits libéraux de l’homme apparaît comme hors sol, incrée, indépendant des cultures, des situations, des conditions de vie, de l’histoire et des évolutions sociales. On comprend aisément qu’il s’agit d’un universalisme bourgeois et occidental qui a fini par largement s’imposer, les armes aidant, sur une très grande partie de la planète. On comprend aussi que la théorie économique libérale a besoin de ce faux universalisme pour justifier la promotion d’un capitalisme fondé sur l’unicité, la grande similitude des besoins de consommation gérés par le même contenu de l’utilité (ou valeur d’usage) chez tous.
Ces droits sont « formels », théoriques; ce sont des « droits de » et non des droits à (par exemple, le droit de travailler mais, dans la réalité concrète, pas le droit au travail ou le droit de se loger mais pas d’avoir un logement); c’est pour cela qu’ils sont égaux, en principe, pour tous, ce qui est justifé par le droit à l’égalité que montre la nature humaine. Mais, attention: ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas effectivement réalisés qu’ils sont sans effet; car, comme disait Kant, ils ont le mérite d’être des « principes régulateurs », c’est-à-dire des normes à viser et des références d’évaluation des pratiques et des réalités, au nom desquelles on peut critiquer l’état réel des situations.
Le droit à la liberté libérale fait que la liberté de chacun s’arrête à la même liberté pour les autres, à ce que sa liberté propre ne nuise pas à autrui. C’est « la liberté négative ». L’utilité est l’intérêt personnel car, comme l’a écrit Adam Smith, nous n’attendons pas notre dîner de la bienveillance du boucher.
Et, in fine, il faut bien comprendre que dans une philosophie sociopolitique qui part des droits individuels absolus et perpétuels, la liste des droits possibles est illimitée. les évolutions en tout genre des sociétés libérales font que la liste des droits personnels n’est jamais close. Ce qui est l’exact pendant, versus économie, de l’accumulation sans fin entraînée par le système capitaliste pour lequel le profit doit toujours croître encore et encore et doit être capitalisé à son tour pour en obtenir encore plus en entassant des biens, des investissements et des capitaux. On voit là que le libéralisme « culturel » (ou sociopolitqiue) fait système avec la logique économique unidimensionnelle du capitalisme pour nous orienter vers le « toujours plus » cher à Walter de Closets (qui applique ce slogan aux seuls ouvriers et syndicalistes. Ce libéralisme des droits de l’homme et de l’accumulation de capital (si utile pour la croissance qui est l’alpha et l’omega des politiciens libéraux puisqu’elle suscite l’espoir de progresser pour tous sans modifier les règles de répartition d’un gâteau de plus en plus gros) est un système social total (Mauss disait un phénomène). Ce système est une cage de fer à la cardinal de La Ballue: on y est libre comme le hamster dans sa roue parce que le mode de vie attendu pour tous, et les comportements conformes eux aussi, est fixé par le SLC. En revanche, l’individu peut choisir son « style » de vie, par exemple acheter un berline teutonne ou une petite bagnole francouie; l’important est de travailler pour consommer et même d’emprunter pour ce faire. Vous pouvez être « vegan » puisque de toute façon le quinoa vous sera vendu par le kapital. Libéralisme idéologique et logique ou pratique SLC sont donc indissociables comme les doigts de la main et c’est cela que les socialos ont accepté en France depuis 1983 sans analyser le système, ni proposer une alternative comme autre projet de société. C’était trop facile et rentable de se la couler douce (fric, honneur, pouvoir) dans le moule. Le socialisme social-démocrate à la Blair, Schröder, Maqueron… n’est qu’une moule accrochée au rocher SLC. C’est plaisant de remarquer comment l’énorme majorité des radicaux de mai 68 sont devenus das aficionados du SLC; c’est normal car ils ont substitué le dogmatisme du marché et des droits de l’homme à leur pensée maoiste ou trotskiste tout aussi dogmatique. On peut aussi observer que les droits de l’homme sans limites entraînent inéluctablement la guerre de tous contre tous, chacun excipant de son droit coomme devant être accepté par les autres.
La théorie des droits de l’homme, les hommes étant ainsi arrachés à toutes les structures collectives de référence, réclame que le pouvoir politique et le droit soient « axiologiquement neutres », c’est-à-dire que l’Etat et la loi soient conçus en dehors de toute morale, religion ou conception particulière du monde. Ce qui introduit aisément des demandes individuelles (qui, naturellement se regroupent en collectifs de pression sociétale) non reconnues par la culture, la morale, les références dominantes dans un pays ou de l’époque. La porte est ainsi ouverte à l’illimitation des demandes de droits nouveaux qui, à la longue, ne peuvent être refusées car ce serait contraire aux droits égaux et universels, notamment celui pour chacun « de vivre selon sa nature ». Au passage, la société », qui pour durer a besoin d’une langue et de normes communes, se trouve atomisée en individus et molécularisée en communautés. Et c’est tant mieux car ainsi le même SLC peut régner partout sans frontières, ni Etats. La coordination par le marché mondial suffit à coordonner les attentes réciproques des uns et des autres dans le monde fermé du SLC et de la dépendance de tous envers tous. Chacun, ou groupement, peut être libre pourvu qu’il continue d’adorer Mammon. Et comme le marché repose sur la division internationale du travail tout le monde est interdépendant et alors règne « la solidarité mécanique » chère à Durkheim. Eh bien, visiblement cela ne suffit pas puisqu’on assiste au regain de la religiosité, de sectes, des philosophies ataraxiques, des conseils de psy pour être bien dans sa peau et devenir « entrepreneur de soi-même ». Plus les associations en tout genre pour être reconnu dans sa dignité et son identité. Ne reste guère que le contrat que les libéraux suppose être conclu entre 2 êtres théoriquement libres malgré l’inégalité des pouvoirs et des ressources; ce cher contrat commercial étendu à tous les rapports sociaux de façon que toutes les relations sociales soient rabattues sur une forme unique de type capitaliste!
Devant cette atomisation des cadres sociaux et de la société qu’amenait cette vision purement individualiste des droits de l’homme, les penseurs et politiciens, le bec dans l’eau, ont cherché un moyen d’empêcher l’éclatement de la société, de refaire « société », d’empêcher la « déliaison sociale ». Comte a pondu une « sociâtrie », Feuerbach a divinisé l’humanité, St-Simon a inventé une nouvelle religion comme Robespierre. Mais les économistes ont remporté la mise: le « doux commerce », l’échange, la « main invisible du marché » feraient que les « vices privés deviendraient des vertus publiques ». C’est ainsi qu’une philosophie politique droit de l’hommiste a fait le lit du SLC. Et ce dernier a triomphé sans partage quand les cocos se sont écroulés en 1991. Ne reste plus que la croissance et la bonne gouvernance technique de l’économie.
Pourtant, years ago, les socialistes utopistes ou libertaires du XIXème siècle avaient eu une bien autre conception des droits humains car la nature humaine n’est pas figée et est façonnée par la culture; elle n’est qu’un potentiel actualisé par les différentes cultures et époques. Ils étaient réels et collectifs. Ils étaient fondés sur la justice et la solidarité. La liberté des uns y était renforcée par la coopération avec celle des autres. La liberté individuelle n’était donc pas en conflit, mais « en combinaison » avec celle des autres et n’était en rien opposée à l’égalité puisque pour coopérer librement il faut que les partenaires soient égaux de façon que le contrat bilatéral, si cher aux libéraux, soit équilibré et non léonin. Les droits des collectivités,, des groupements sont reconnus et mis en relation dans un système fédératif qui « va de bas en haut et de la circonférence au centre » de façon que la subsidiarité vienne de ce qui est accordé au sommet par la base et non octroyé de haut en bas comme dans l’UE ou le maquereaunisme. La propriété individuelle est complétée par la sociale (mutuelles, coopératives, associations) et la publique socialisée, non « nationalisée » encore moins étatisée pour ce qui relève des services publics (« les compagnies ouvrières de Proudhon)… La valeur d’usage consacre la définition des besoins, non la valeur d’échange.

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