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Société civile, communauté politique et Etat

Classé dans : politique — 10/03/2018 @ 10:04

Mac-Tron se réclame de la société civile; ce qui est curieux car ses députés sont à 60 % des gens qui appartiennent aux seuls classes sociales « in » dans le SLC, les petites classes, si j’ose dire pour singer Blanquer, ayant été proprement quasiment éliminées de la représentation nationale dans des proportions inédites sous la V ème ripoublique. Ces députés n’ont, du reste, eu que 15 % des voix des inscrits au premier tour des législatives… Il convient donc de spécifier sérieusement ce que signifie la société civile, travail, que naturellement, les journaleux main stream ne font pas. En ce qui me concerne je vais poursuivre les considérations d’Hegel qui, dans les tout premiers, a parlé de ladite société civile (SC).
La SC est l’espace des individus et des groupements dans leurs activités et fonctions sociales de production, consommation, circulation, relations sociales. On y trouve donc les associations (dont syndicats), les entreprises ou organisations quelles que soient leur forme (privées, publiques socialisées comme les mutuelles et les coopératives ou les entreprises d’insertion…), les « corporations », les collectivités locales, les groupes confessionnels, les structures de formation, les services publics, les familles et les individus comme les travailleurs indépendants ou salariés, les « corps intermédiaires »… Tous ces groupes ou individus sont en relation permanente par suite de la division du travail (DDT; technique, du travail et sociale) et des nécessités de la vie. Ils ont ainsi, comme disait Durkheim, « une solidarité mécanique » car la DDT rend toutes les activités interdépendantes. Mais la SC est aussi le lieu des divisions et des conflits entre tous ces acteurs sociaux, conflits d’intérêts, de valeurs morales, de représentations religieuses, idéologiques ou intellectuelles, de conceptions du monde et de « la vie bonne », de finalités pour la société ou les groupes. Qu’on le veuille ou non ce pluralisme conflictuel de la SC pose le problème de la cohésion sociale, de la résolutions des conflits, des finalités communes de la société tout entière. L’espace de la SC n’est pas unifié et la compétition y règne.
Emerge ainsi le problème de la communauté d’ensemble (communauté politique, CP) qui regroupe tout le monde sur un territoire donné: à quoi sers-je, où cours-je, dans quel état j’erre? C’est ce problème que doit résoudre le politique dont le but primordial est de fixer des finalités communes, ce qu’on appelle bien commun ou intérêt général. le but à poursuivre est celui de la paix civile, de la cohésion sociale, de l’ordre public, de la ligne générale de la politique (économique, sociale, culturelle…) pour la société tout entière. Il s’ensuit que le problème de la communauté politique est celui de la cohésion, de l’union (je n’ai pas dit l’unité qui mène tout droit au nationalisme) des diversités dans un vivre-ensemble stable et reconnu par tous. Pour cette raison, le politique, dimension qui régit la communauté éponyme, est un espace transcendant (au sens de l’immanence du dépassement des divisions et des conflits sociaux, au sens de commun à tous et respecté par tous) qui se différencie du domaine de la SC qui est celui des conflits entre acteurs pour leur vie propre et aussi la détermination de la direction (au double sens de destination et de gouvernement) à prendre pour la société tout entière. Il y a donc une relation à établir entre la SC, la CP et le pouvoir politique. Ce problème a reçu, historiquement et géographiquement, bien des solutions.
Voyons un peu: celle de celui qui a la plus grosse matraque (la solution Massu de Charlot en 1968), celle des sociétés sans Etat (palabres démocratiques et chef n’ayant qu’un pouvoir symbolique) décrites par Pierre Clastres (solution aussi usitée longtemps par les tribus germaniques), celle des monarchies de droit divin où le roi détenait la souveraineté sur le peuple grâce à son onction par des curetons de tout poil au nom des préceptes divins, celle de la démocratie représentative où le peuple est souverain mais où l’exercice de laquelle est confiée à des représentants élus. Dans pratiquement tous les cas, les solutions ont installé extériorité et supériorité du pouvoir politique (devenu Etat) sur la SC dans une relation de domination et de pouvoir descendant du haut vers le bas. C’est ce que j’ai appelé une conception « néolithique » du pouvoir, solution qui demeure celle de Mac-Tron à la différence que la technocratie y supplante le parlement. Le politique, qui est demeuré toujours plus ou moins théologique, a considéré, que les gens et les groupes étant soumis à des passions dissolvantes et prompts à entrer en conflit ouvert, il fallait un pouvoir politique (PP) au-dessus d’eux qui garantisse l’ordre et la sécurité. De par la nature pécheresse des hommes, Dieu avait créé le pouvoir politique; ce fut la position de St Augustin puis de St Thomas d’Aquin, position reprise par la plupart des « démocrates » contre la populace puis les classes dangereuses (d’où le suffrage censitaire, l’interdiction des « coalitions » et des grèves, le musellement des médias). Solution hobbésienne: la SC étant le lieu de « la lutte de tous contre tous », il faut une autorité souveraine absolue qui assure la protection de chacun et de ses biens. Le PP, extérieur et supérieur à la SC a oublié que celle-ci lui était antérieure et était son mandant; même en démocratie, le PP a été conçu comme hiérarchique et top down, la communauté politique comme un tout, un « UN » construit par ledit PP contre la pluralité de la SC. Qu’ils soient « unitaires » ou fédéraux (en fédéralisme seulement politique), le PP est devenu Etat centralisé ne concédant aux parties inférieures que ce dont il ne voulait pas s’occuper (la subsidiarité à la sauce européenne alors que cela devrait être l’inverse: les communautés de base ne donnent au PP que ce dont elles ne peuvent pas s’occuper; subsidiarité d’auteurs chrétiens comme Marsile de Padoue en 1324 dans « Le défenseur de la paix).
Une autre solution a été de dire: il ne faut plus d’Etats, rien qu’un grand marché mondial. Comme solution intermédiaire, on a l’Etat libéral qui se réduit aux fonctions régaliennes (sécurité, défense, justice, monnaie). Ce qui exclut tout interventionnisme étatique dans la SC. Le problème à résoudre est celui de l’interface entre la SC et la CP qui sont normalement des instances sociales horizontales. L’interface, la médiation des rapports SC/CP, c’est devenu le PP. Celui-ci est resté néolithique: pouvoir hiérarchique, quasi absolu, descendant autoritaire. C’est le deus ex machina de la société qui, bien au-delà des fonctions régaliennes, même dans les prétendues démocraties libérales, organise, conduit, dirige, fait exécuter. Et aujourd’hui cela consiste à déléguer le vrai pouvoir législatif aux lobbys et à la technocratie, à se servir de la toute-puissance de l’Etat propriétaire de la souveraineté (qui consiste à « donner et casser la loi ») pour mettre en place des lois, des normes, des codes, des logiques de décision et d’action calquées sur les besoins du kapital et la logique de gestion du privé. Or, s’il est vrai que toute société ou tout groupe a besoin d’un PP, on ne peut en conclure que celui-ci soit autre chose qu’une force de régulation, d’animation, d’impulsion, de coordination et cela ne justifie pas qu’il soit au-dessus de la société et la commande de l’extérieur et en surplomb.
C’est pourquoi le PP doit être immergé dans la société et réparti entre tous les acteurs sociaux au lieu d’être un monopole de représentants, qui plus est aujourd’hui asservis à la logique du kapital. C’est le sens profond du « fédéralisme intégral » de Proudhon, fédéralisme qui est tout à la fois économique, politique, juridique et social et qui donne à chaque groupement la plénitude des pouvoirs de décision et d’action qui le concernent et dont il est le seul à connaître les déterminations et les conditions car il les vit sur le terrain et non dans un bureau à Paris. Proudhon fait disparaître l’absolutisme du PP et de la propriété en les généralisant à tous les acteurs sociaux.
Reste que pouvoir et propriété ne suffisent pas pour assurer la cohésion sociale de la CP même fédérative. Il y faut aussi des valeurs communes, « transcendant » toutes les particulières. Ce sont des valeurs sociopolitiques: neutralité des décisions par rapport aux conceptions particulières du monde (qui, plus la liberté des religions, assure la laïcité), primat du bien commun et de l’intérêt général sur les intérêts particuliers, respect mutuel pour un vivre-ensemble pacifié et tolérant de la diversité, dialogue social et négociation, égalité de participation à la chose publique (droits-participation), respect de la dignité de tous (ce qui suppose des moyens de vie digne d’être vécue; droits-créances), liberté des acteurs (droits-libertés), « éthique de la discussion et de la communication », égalité réelle de tous dans la conduite des relations entre acteurs, mise générale en débat entre les acteurs sociaux avant toute décision afin de dégager démocratiquement les lignes de l’intérêt général. C’est cela la république démocratique tout à la fois assise sur le bien commun, des valeurs partagées et la démocratie fédérale réelle.

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