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De la construction de l’UE vue par l’hipponyme vicomte de Villiers de Saintignon

Classé dans : Non classé — 03/21/2019 @ 12:04

Le vicomte vendéen nous gratifie d’un plaisant récit de la construction européenne ; tout en échouant pour cause de pensée quelque peu complotiste, réactionnaire, souverainiste, nationaliste et surtout libérale en économie. Cependant, il y a des points fascinants et sans doute vrais dans son analyse :
1) Les « pères fondateurs », Monnet, Schuman et Hallstein étaient des chauds partisans de la disparition des nations au nom d’un mondialisme anti guerre et commercial. Cette pensée leur venait de leurs origines et de leur parcours. Monnet était un mondialiste des échanges, un affairiste doublé d’un entregent politique, un américanophile voulant imiter le fédéralisme yankee, un entremetteur entre politiciens, un missi dominici des affairistes. Schuman est né en Alsace doryphorisée, démocrate chrétien, pacifiste. Il avait en quelque sorte le sang et la culture allemands dans la peau et n’était français que juridiquement après la guerre de 39-45 quand l’Alsace-Lorraine fit retour à la France. Hallstein, 1er président de la Kommission européenne était un juriste voulant appliquer les mêmes normes à l’Europe, idée développée par le grand Reich millénaire (il s’agit évidemment du droit positif allemand à la mode ordo-libérale). Le vicomte nous apprend, preuves à l’appui, que Monnet et Schuman étaient financés par les USA via une cascade d’écrans au service de la CIA, que Monnet donnait en contrepartie des renseignements confidentiels sur l’Europe et la France au département d’Etat US, qu’Hallstein avait un bon passé nazi et qu’il avait été dénazifié par les USA comme maints hauts fonctionnaires et politicards (du genre Waldheim devenu pourtant patron de l’ONU) après la défaite d’Hitler. Les 3 hommes étaient partisans du secret et de l’avancée par la technocratie économique ou juridique. Monnet et Schuman avaient été inspirés par l’école vichyste d’Uriage, école qui prônait l’union européenne, y compris sous la houlette teutonne.
2) Sous l’influence occulte (et présumée car cela était dans l’air des temps pour les politicards de l’époque) des 3 compères, l’UE a été construite suivant une stratégie de crémaillère, d’engrenage, d’incrémentation à petits pas de non-retour ou non-rebroussement : on commence petit pour n’effaroucher personne et sur des objectifs limités (CECA, feue la CED, Euratom, puis le traité de Rome), petits pas faisant progresser dans la direction voulue (nous verrons laquelle ensuite) tout en camouflant cette destination finale. On reconnaîtra avec bonheur dans ce processus constructiviste (Hayek, un des pères spirituels d’Hallstein était contre…) de l’UE la technique du salami à la Staline, la stratégie des coriaces et des voraces, la politique des salafistes, l’entrisme trotskard…
3) La destination affichée était une Europe fédérale destinée à la paix. La paix était la grande finalité affichée par les européistes pour faire avaler le processus aux peuples. L’union pour la paix a cependant été viciée, ce que le vicomte ne dit pas, par la nature même du processus : il était purement économique et juridique ; fusionnant les deux grands thèmes de l’ordo-Libéralisme tudesque, à savoir l’économie de marché (auquel fut ajouté sociale pour dorer la pilule) et le gouvernement par les normes juridiques. Ce qui fait que toutes les normes européennes furent axées sur la « concurrence libre et non faussée », les 4 libres circulation (des marchandises, du capital, des services et des hommes), le libre-échange généralisé au monde entier sans protection de l’industrie européenne. La préférence européenne pour les échanges économiques fut, du reste, jetée par-dessus bord avec l’acte unique de 1986.
Le vicomte prétend que le but affiché était aussi était une Europe-puissance fédérale mais qu’en secret tout était fait pour que cela n’arrive pas car les USA n’en voulait pas au détriment de la pax americana. C’est là le complotisme du vicomte car cet objectif n’a jamais été affiché en tant que tel aux yeux des peuples européens. D’ailleurs, cela n’intéressait naturellement pas les USA qui voulait simplement généraliser leur système fédéral, démocratique et libre-échangiste, de même que leur culture, à tous les pays (ils ont commencé par l’Allemagne où ils l’ont imposé) et écouler leurs marchandises (objectif du plan Marshall). Et les Allemands, penauds et contrits et voulant se faire oublier et oublier eux-mêmes leur passé, n’ont jamais voulu être une puissance, de même que la Gibbye n’a jamais voulu abandonner sa souveraineté. Le but de puissance a seulement été francaoui. Et Mac-Tron y revient alors que les autres pays n’en veulent pas !
Le processus progressif et constructiviste de l’UE a échoué dans sa prétention fédérative sans qu’il soit besoin de complot. Des raisons majeures expliquent le résultat actuel : une UE comme simple cohue de pays nationalistes tirant à hue et à dia en fonction de leurs intérêts, une absence totale d’harmonisation dans les domaines clés de la fiscalité et du droit social. Cette division de l’UE profite à l’Allemagne qui tire toutes les ficelles et impose son point de vue avec ses alliés de l’Europe du Nord, de l’Est et du Centre. Tous les pouvoirs de l’UE sont entre ses mains. Pourquoi donc et comment en est-on arrivé là en quelque sorte mécaniquement ?
1) On ne peut faire du fédéralisme facilement quand les langues, les cultures, les histoires, les religions sont si différentes ; l’Europe n’est pas les USA, pays unifié culturellement (langue, quasiment même religion protestante, individualisme, patriotisme…) après l’extermination des Indiens et la mise en esclavage des Noirs et la ségrégation raciale. Il faut aussi dire qu’un Etat fédéral dispose d’un gros budget pour assurer des transferts et des aides afin de déduire les inégalités entre régions et entre citoyens : 20 % du PIB aux USA, un gros 1 % dans l’UE ! Enfin, si les USA sont contre la puissance des Etats, c’est pour mieux assurer la leur.
2) La démarche économiciste a négligé tous les autres déterminants d’une union politique (dont l’adhésion des peuples et leurs intérêts spécifiques).
3) Le processus technocratique a éliminé la démocratie comme ressort de la participation des peuples à la construction vers l’union ; vous n’adhérez pas à ce qui a été fait malgré vous et encore moins contre vous.
4) La politique économique hyper concurrentielle a mis les pays, leur modèle social, les peuples en compétition totale ; ce qui ne peut que diviser. Elle a exacerbé les inégalités entre pays malgré le discours officiel de la convergence des économies. C’est cela qui a fini par susciter le populisme.
5) Les pays européens ont été enfermés dans une machine à broyer. Ces éléments sont :
• L’uniformisation du libre-échange concurrentiel en Europe et vis-à-vis du reste du monde par les directives et règlements de type ordo-libéral, les traités internationaux dont Bruxelles a en quelque sorte le monopole de création.
• Les arrêts de la cour de justice de l’UE (CJUE après CJCE) qui donnent systématiquement le pas au droit d’entreprendre contre le droit social ; la CJCE, de plus, en 1964 a décidé que le droit européen était supérieur aux droits des pays.
• Les arrêts de la cour européenne des droits de l’homme qui ne s’occupent que des droits subjectifs individuels contre les droits sociaux ou collectifs.
• Le mode de décision au Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement : soit l’unanimité dans les domaines essentiels (comme la fiscalité), ce qui est devenu impossible à 28 pays ; soit la « majorité qualifiée », que seuls l’Allemagne et ses copains peuvent réunir.
• L’imposition de la bonne gouvernance budgétaire après le traité de Maastricht (critères de convergence : pas plus de 3 % du PIB de déficit, pas plus de 60 % de dette publique) ; cela s’est transformé en norme austéritaire teutonne après la crise de l’euro en 2010 (TSCG, 6 et 2 packs).
• Et pour 18 pays les normes tudesques de l’euro et de la BCE avec impossibilité de dévaluer, d’avoir une politique monétaire, de recevoir des prêts de la BCE, de se prêter entre banques centrales !
Toute cela a créé la cage de La Ballue, celle de l’écureuil dont on ne peut sortir et qui forme un étau imposant les politiques essentielles en réduisant les pays à adapter leur droit social, leur police, leur législation répressive pour forcer les peuples à se plier à l’ordre SLC. C’est ce contre quoi le vicomte libéral en économie ne s’insurge pas; il ne ne voit pas bien le problème!
Certes, il nous faut de l’Europe et unie mais la politique économique actuelle s’y oppose ; la bonne stratégie est donc de lutter pour changer cette Europe en place et d’obédience doryphorienne.

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