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Les contradictions du système libéralo-capitaliste (SLC) si cher à Mac-Tron

Classé dans : politique — 07/06/2019 @ 10:21

Le SLC et son fondement, le libéralisme, sont pleins de contradictions qui les minent et font qu’ils sont à bout de souffle au moment même où Mac-Tron veut les installer à fond en France. La contradiction majeure réside dans le « gap » énorme entre, d’un côté les promesses et le valeurs du SLC et, de l’autre, la réalité observable. Il faudra naturellement examiner les rasions de cet écart qui plus est grandissant.
1) Les promesses. L’inconvénient des promesses est qu’elles sont vérifiables ; d’où l’avantage des religions qui, plus malignes, promettent le bonheur dans l’autre monde :
• Le SLC promet la croissance, l’augmentation du gâteau (sans modifier les règles de sa répartition), la consommation et l’accès ainsi au bien-être par l’obtention par chacun des moyens de la bonne vie (consumérisme hédoniste). Le SLC consacre le mythe du progrès qui fait que la vie s’améliore et que les descendants auront une vie meilleure que leurs parents. Rappelons que la croissance incessante est la point de convergence entre capitalistes (accumulation d’actifs et de profits) et les politiciens (moins de chômage). Le SLC va assurer la sécurité matérielle de tous et réduire les inégalités et la précarité en offrant une base minimale de biens souhaitables à tout un chacun. Cela, c’est le versant économique du SLC, notamment en promettant la promotion sociale des générations. Le SLC nous dit aussi que grâce aux machines assurant l’amélioration de la productivité du travail, ce dernier deviendra de moins en moins pénible car le libre-échange et la concurrence conduiront au progrès des techniques de production et à la libre circulation des produits du monde entier. En outre, les produits deviendront moins chers, ce qui augmentera le pouvoir d’achat et l’accès à tous les biens désirables.
• Sur le versant politique, issu du libéralisme, le SLC promet la démocratie, à savoir que par un système de représentation équilibré de la population, les décisions seront légitimes et orientées vers l’intérêt général. L’Etat y défend le bien commun, assure la sécurité et la paix civile, l’équité des règles de droit et le primat de la loi générale sur les intérêts particuliers. L’Etat de droit est une promesse politique assurant l’unification du corps politique dans un destin commun collectivement et égalitairement voulu et établi quant à ses fins.
• Sur le plan juridique, le SLC de philosophie libérale, promet l’égalité en droit de tous, la liberté de se réaliser, l’extension de la propriété comme moyen de la liberté et d’accomplissement personnel. Comme le politique, le droit d’être neutre vis-à-vis des convictions de chacun ou de chaque groupement sociétal ; le pluralisme y est garanti sous réserve du maintien de l’ordre public et de la cohésion sociale. Le droit y est « négatif » au sens où tout ce qui n’est pas interdit par les règles collectives est autorisé. Le droit y est « subjectif » car fondé sur les libertés individuelles contre la toute-puissance de l’Etat et des monopoles économiques ou culturels ou cultuels. La devise juridico-politique du SLC est : liberté, égalité, propriété (à quoi Marx ajoute : et Bentham, l’utilitariste).
• Sur le côté culturel, le SLC assume le pluralisme des cultures et des communautés, de même que leur égal respect et leur égal accès à la mise en débat politique et à la prise de décision.

2) Les valeurs du SLC. Celui-ci promeut l’individualisme atomistique, notamment en ce qui concerne les libertés et les droits subjectifs ; ce qui l’amène à une profusion incessante de lois en tout genre pour répondre aux demandes, notamment culturelles et sociétales, des individus via les regroupements identitaires où ils s’unissent pour les faire valoir. Il monte en épingle la compétition entre acteurs ou individus comme ressort de dynamisme social et économique ou culturel. Il porte la réussite individuelle au pinacle comme dépassement de soi, auto-réalisation, principe de légitimité. Chacun doit avoir la jouissance de tout ce qu’il a acquis par son travail, à commencer par ses propriétés. Le SLC pousse en avant le bonheur matériel, le consumérisme, l’hédonisme en ce bas monde. Profitez, profitez, Dieu reconnaîtra les siens. L’avoir y supplante l’être, l’objet y remplace la signification, le besoin de sens de la vie se voit substituer l’ostentation des biens possédés. La valeur de chacun est mesurée socialement à l’aune de sa réussite matérielle qui est, qui plus est chez les calvinistes, la preuve de sa prédestination au paradis. La valeur princeps est la liberté qui du reste, grâce à la main invisible du marché et à la concurrence « libre et non faussée », amènera l’égalisation des conditions. Soulignons que l’égalité est comprise avant tout comme égalité des chances. La responsabilité individuelle est sanctifiée. Les valeurs collectives comme la solidarité passe au second plan. L’immédiateté est préférée au long terme. Le respect est dû aux individus et aux groupements qu’ils forment. Chacun est censé viser son accomplissement personnel, être « entrepreneur de soi-même. Le SLC, donc, contient bel et bien une morale même s’il se dit neutre par rapport à toute conception du monde…
3) La réalité constatée est bien loin des promesses annoncées suivant la méthode Pangloss : tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.
• La démocratie politique a été captée par les puissances économiques dont les politiciens sont devenus les fondés de pouvoir. Et cela pour plusieurs raisons. Pour mener campagne, notamment via les moyens modernes de communication, il faut « un pognon de dingue ». Qui peut l’apporter aux candidats et aux partis ? Naturellement les puissances d’argent avec, en outre, l’appui des médias qu’elles détiennent. De plus, une collusion entre elles et les politiciens a fait que se pratiquent à fond les « portes tournantes » entre fonctions politiques, de haute administration et dans les affaires, souvent bancaires ; comme cela, les affairistes peuvent acheter les politiciens et cela sans corruption parce qu’avec ce système elle se trouve institutionnalisée. En outre, les futurs politiciens ont sucé le lait idéologique et culturel du SLC lors de leurs études dans « les séminaires de l’aristocratie » (Proudhon). Pour eux, il faut servir le kapital et le marché car il produit spontanément l’optimum économique démontré par la science économique « normale » et mainstream. Ce sont en fait les politiciens qui ont installé une législation dérégulatrice en faveur du libre-échange concurrentiel sans règles ou presque. Ils ont pensé que c’était le meilleur moyen de croissance et de lutte contre le chômage via la politique de l’offre et la détaxation du kapital qui ensuite fait ruisseler la richesse sur tout le monde. La démocratie représentative n’est plus qu’un voile qu’il convient de conserver au maximum pour cacher les vrais détenteurs du pouvoir politique et faire accroire que le pouvoir légalement élu est légitime bien qu’il favorise des intérêts particuliers au lieu du bien commun. Dans ce cadre, la centralisation politique et la technocratie sont bien commodes car il suffit de circonvenir les hauts détenteurs du pouvoir pou avoir toutes les lois souhaitables. La souveraineté a donc été privatisée tout en demeurant nécessaire pour bénéficier de la toute-puissance des politiques sur le territoire national. Lesquels ont le double monopole de l’émission des lois et de « la violence légitime ».
• Le droit est devenu procédural au lieu de substantiel, ce qui signifie qu’on laisse agir les affairistes et qu’on ne les attaque qu’ensuite quand ils ont commis des grosses infractions ou des catastrophes en se contentant d’indemniser les victimes actuelles sans tenir compte des lointaines ni des générations futures. Le droit a été balkanisé en droits subjectifs ou communautaires afin de compenser les dégâts économiques par des satisfactions sociétales. Ce qui a naturellement renforcé l’atomisation de la société en individus ou sa molécularisation en groupements. C’est à al fois une conséquence et sans doute un projet des pro SLC car dans la division à l’infini du corps social ils peuvent régner.
• Les inégalités, la précarité, la pauvreté sont devenus astronomiques (les 1 % les plus riches contre les 99 % autres). Cependant, il faut reconnaître que la taille du gâteau mondial a été accrue, que la faim a reculé et que l’extrême pauvreté a baissé. Mais sa répartition est de plus en plus déséquilibrée tant entre les pays (les gagnants sont les USA, la Chine, l’Allemagne, les pays pétroliers) qu’entre les populations : mort de la classe moyenne en Occident, pauvreté accrue pour les moins qualifiés, classe de super riches. Sauf, par exemple en Chine (et quelques autres pays émergents ») où une grande classe moyenne est apparue. Cela risque de ne pas durer par suite de la guerre économique qui se développe partout, notamment entre pays de l’UE, par suite de la désertification, de la raréfaction des ressources, de la montée de la population. Il faut dire aussi que tout dépend de comment on calcule les progrès. Par exemple, il y a eu une vertigineuse augmentation du seuil d’extrême pauvreté dans le monde : il est passé de 1 dollar par jour à 1,25 !
• La planète a été ravagée (réchauffement climatique, diversité des espèces, désertification, baisse des ressources en eau potable et halieutiques…). Et si on laisse continuer le SLC, la phynance, les pétroliers, etc. Cela ne devrait pas changer. Car cela suppose que le politique se sépare enfin des puissances économiques et change de logiciel culturel.
• L’écart entre les promesses et les situations a suscité de plus en plus de ressentiment, de l’envie généralisée par rapport à l’ostentation de la richesse d’une maigre minorité (via la publicité, notamment), des partis populistes réactionnaires, une énorme abstention aux élections, des incivilités, des attaques contre les biens publics et leur personnel et même du terrorisme car certains, non reconnus, exclus, méprisés, sans espoir ont préféré donner un sens à leur mort plutôt que de ne pas en avoir pour leur vie. Le SLC a détruit la promotion et la protection sociales, annihilé la solidarité en recréant les conditions de la guerre de tous contre tous (compétition darwinienne, non-récompense du travail, anomie sociale…), créé des ghettos communautaires hostiles les uns aux autres, détruit les cadres de vie et de sociabilité. Bref, il a tué un besoin essentiel des hommes : l’espérance, qui n’est pas une vertu théologale par hasard. Il a donc zigouillé l’avenir et ridiculisé le progrès auquel on a bien du mal à croire.
• Le travail demeure toujours hyper exploité. Si beaucoup de tâches physiques ont été supprimées grâce à l’évolution technique, cela a été remplacé par une intense pression productiviste et la mise en compétition des salariés : le résultat est un stress grandissant, des burn -out, des troubles musculo-squelettiques, des suicides par suite de sentiments d’incapacité à atteindre les objectifs requis ou mises au placard. Il y a de plus maints emplois inférieurs au niveau de formation de ceux qui les occupent et une profusion de « bullshit jobs » sans signification ni utilité sociale. De façon générale la charge mentale s’est massivement accrue, notamment via les PC et autres smartphones qui permettent aux employeurs de poursuivre les salariés à tout moment. En outre, dans les services, notamment à la personne, il y a un salariat précaire et sous payé. Et que dire des travailleurs sans aucune garantie car ubérisés ?
4) Les causes essentielles de cet immense abysse entre les promesses et les réalités sont, cela dit à titre non exhaustif :
• La mise en concurrence sauvage et illimitée au niveau mondial des pays, des modèles sociaux et naturellement des travailleurs de la planète tout entière. Il s’agit d’une course permanente au moins-disant qui entraîne délocalisations et achats low cost, saucissonnage de la chaîne de valeurs afin de faire augmenter les profits et compenser les pertes de pouvoir d’achat dues au chômage et au sous-emploi, dues à la baisse des salaires liées à l’armée industrielle de réserve de travailleurs sans défense car les syndicats et le droit social ont été laminés.
• Les vices structurels de la démocratie représentative, vices dont j’ai déjà parlé dans maints articles et, notamment dans mon livre : « Agir ensemble dans un monde partagé ». Le vice principal est l’atomisme individualiste de la représentation fondée sur le vote individuel. Les groupes sociaux de la société civile et leurs intérêts sont laissés de côté et ne sont, ni mis en expression, ni débattus, ni représentés. Cela ne peut être corrigé que par un système électoral fondé sur le fédéralisme associant tous les groupements à la fonction politique et allant de la base vers le sommet. De plus, le politique a été séparé de la société civile et de ses acteurs groupaux et mis en surplomb comme décideur unique, supérieur et extérieur à la société. Certes, les politiciens ont des relais et ils les écoutent (pas beaucoup Mac-Tron) mais ils conservent le monopole de la décision. C’est ce qui a permis, le coût des campagnes aidant et via le primat des partis pour sélectionner les candidatures, la captation du politique par l’économique.
• Le SLC n’a installé que des droits théoriques et formels, des droits de et non des droits à (par exemple le droit de se loger ou de travailler et non le droit au logement ou au travail). Or la liberté réelle ne peut s’exercer que si l’on dispose effectivement des moyens de le faire, à commencer par la fameuse égalité des chances. C’est ce qu’avait commencé d’installer la protection sociale des Etats-providence après la 2ème guerre mondiale ; le SLC a fichu en l’air cette conception d’un libéralisme assis sur la « capabilité » réelle (SEN) des gens à exercer leur liberté de choix.
• Le SLC a mis en place l’atomisation des individus et la molécularisation de la société en groupements communautaires, ce qui a totalement cassé le corps social et la cohésion interne des pays. La division du travail et la spécialisation ont fait éclater le monde salarial en un archipel de groupes corporatifs. Cela a été accéléré par un diviser pour régner politique et économique afin d’éviter toute coagulation dangereuse pour le monopole du pouvoir. Pis, les communautés ont été multiplies et juxtaposées en chiens de faïence. Ce que, justement, une organisation fédérative éliminerait par mise en relation et en débat de tous les groupements. Il n’y a plus rien entre les zéros et l’infini d’un pouvoir qui, en outre, disparaît dans des méandres insondables via une organisation en réseau et en cascade de pouvoirs. Il ne peut plus y avoir de centre unifié de résistance contre le SLC.
• Le SLC a développé la publicité afin de pousser à la consommation, au gaspillage, à l’ostentation. Cela a accéléré l’individualisme mais surtout excité les frustrations par la vision de ce qu’ont et vivent les riches alors que par imitation encouragée on voudrait y accéder mais sans en avoir les moyens. Ainsi, le SLC a-t-il poussé à la frustration au ressentiment et à l’envie (détruire ce que les autres ont sans qu’on l’ait) au lieu de la jalousie (avoir ce que les autres ont). Et les groupes sociaux ont fini par s’envier les uns les autres ce qui détruit toute cohésion sociale.
• Le SLC a inversé la rationalité instrumentale chère à Weber. Pour celui-ci elle était la façon d’adapter la stratégie à la réalisation des buts. Elle est devenue le contraire : adapter les moyens existants à la définition de nouveaux buts rentables. Par exemple, les biotechnologies permettent des tas de choses ; il faut donc les marchandiser en créant ou assistant une demande comme celle d’avoir un enfant en cas de stérilité… La rationalité est devenue purement quantitative et comptable en ne s’occupant que d’efficacité et de rentabilité monétaire. Le politique, à savoir la définition des buts communs de la société et la négociation entre acteurs pour mes déterminer, est devenu la gouvernance comptable et financière à court terme. D’où le jeu des chaises fiscales mené par Mac-Tron actuellement. La rationalité transdisciplinaire, généraliste, humaniste a cédé la place à la spécialisation et à l’expertise technique. D’où le pouvoir accru des experts chez les politiques, notamment en communication et story telling. La rationalité instrumentale a intégré le relativisme pour lequel tout se vaut, ce qui a permis de justifier le communautarisme de juxtaposition des groupements, et a conduit à une conception opératoire de la formation. Il en résulte une disparition accélérée de l’esprit critique, de l’attention et de la concentration, de la continuité et de la ténacité dans l’effort de réflexion. Cela a été grandement favorisé par les réseaux sociaux où l’expression spontanée, l’exhibition, le moment remplacent la profondeur d’idées.
• La culture véhiculée par le SLC a implanté l’individualisme, le narcissisme, l’égoïsme, le « moi, je », la recherche du quart d’heure de gloire ; elle a impulsé la compétition et la comparaison avec l’autre sous forme de jalousie ou d’envie. Elle a conduit à une psychologisation des rapports sociaux au détriment de la prise en compte des structures et logiques sociales. Elle a cassé les repères et les significations, notamment pour le sens de la vie. Et cela s’est fait largement via la publicité qui affiche le bonheur, le bien-être par la consommation hédoniste, qui suscite des besoins impossibles à satisfaire par comparaison avec le mode de vie de plus riches qui y sont montés en épingle. Elle pousse à la « foule solitaire » de l’isolement de chacun dans la masse des individus. La solitude du chacun contre chacun a été facilitée par l’atomisation des structures sociales de proximité.
Elle a fait passer en premier la logique de la seule responsabilité individuelle devenue une norme sociale impérative, un appel la conformité des comportement encore plus terrible que la pression ancestrale des communautés traditionnelles. Ce qui sera encore plus aidé par la surveillance et la normalisation des comportements via les caméras de surveillance à la chinoise complétées par une banque de données sur les comportements en public et par un système de punition sociale des déviants du genre Big Brother. Cette responsabilité a des effets plus que néfastes sur les personnes. Elles sont culpabilisées en permanence (« ces utilisateurs de diesel et fumeurs de clopes »), stigmatisées pour leurs consommations déviantes et leur manque de souci de leur apparence corporelle. Quand elles se défoncent pour être à la hauteur des attentes sociales et qu’elles n’en ont aucune récompense, elles finissent par croire que leur échec vient seulement d’elles ; ce qui entraîne repli, pensées suicidaires ou refuge dans des paradis artificiels ou recherche de sécurité et de réconfort dans des communautés. Il faut être « entrepreneur de soi-même » et en cas de difficultés on fait du yoga, on consulte un psy, on se met dans un groupe d’échanges ; ou on se suicide ou on s’affiche sur Facebook qui donne une famille imaginaire à la place des relations de voisinage et de famille. Cette pression de la responsabilité est insupportable pour tous ceux qui n’ont pas les moyens de l’assumer, ce qui accentue le clivage entre eux, les bons, les winners, les nomades, les ouverts au monde, les démocrates, les progressistes et nous, les losers, sédentaires et fermés, les populistes, les conservateurs.
Voilà le monde que Mac-Tron veut installer en France et en Europe alors qu’il est déjà agonisant. Son passage aux affaires ne sera qu’une chiure de mouche sur la grande page de l’histoire.

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