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Les traités de commerce international en Europe

Classé dans : politique — 07/25/2019 @ 9:49

Il y a belle lurette que l’UE s’est lancée à corps perdu dans le libre-échange sans limites via le « livre blanc du curé Delors donnant en 1986 « l’acte unique » ouvrant tout à la « concurrence libre et non faussée ») ; la doctrine justificatrice est celle des échanges mutuellement profitables émise par Ricardo. Or c’est une ânerie qui n’est vraie qu’à des conditions à la fois restrictives et non réalistes (par exemple, le capital est censé n’être pas mobile). Cette théorie a été depuis longtemps controuvée, notamment par LIST et par ALLAIS. Du reste ; elle n’a été appliquée qu’une fois que les pays exportateurs se sont sentis assez forts pour ouvrir leurs frontières sans risque. L’Histoire le montre aisément pour ce qui est de la Gibbye et des USA. Qui plus est, Japon et « tigres asiatiques ont prouvé qu’un Etat interventionniste, planificateur, subventionneur du développement était bien plus efficace avant de se lancer dans le commerce international. Cette course à l’exportation, qui rappelle furieusement le vieux mercantilisme et qui entraîne ipso facto la spirale descendante du moins-disant généralisé en tous domaines, notamment écologique et fiscal, a été lancée en partie parce que les moyens technologiques modernes de production sont devenus si puissants qu’il est le plus souvent impossible de les utiliser à fond (au maximum de rendement) sur un marché national étroit, ce qui est particulièrement vrai pour les petits pays du genre de la Hollande, chère alliée de la Teutonie qui, elle, a vu dans l’exportation le bon moyen de financer sa réunification au détriment des autres pas de l’UE. « En même temps », la concurrence accrue poussait à réduire les couts de production, d’où le thème de la libre circulation de tout (capital, marchandises, travail) qui a permis de délocaliser dans les pays low cost ou de leur acheter. Parallèlement, il y a eu une révolution dans les transports : containers, pavillons de complaisance, équipages hétérogènes et corvéables à merci, camionnage international (en plus avec routiers « détachés ») ; on pouvait transporter les produits délocalisés sans grands frais et tant pis pour la pollution planétaire. La théorie du libre commerce, naturellement, ne tient pas compte des « externalités négatives » (nuisances et destruction des modèles sociaux), ni de ce qui n’est pas monétairement mesurable (ce qui est le cas du PIB et de la croissance). Elle oublie aussi que les plus gros emportent toujours la mise et que la concurrence sans limites amène à la concentration des plus puissants. Enfin elle se moque des sécurités pour les populations : alimentaires, ressources en eau, énergie ou autres et elle néglige que certains pays non seulement n’ont pas grand-chose à exporter mais encore que la concurrence internationale leur interdira d’avoir une industrie et une agriculture locales. Une idée gouvernementale est aussi d’obtenir une baisse des prix afin de compenser les pertes de pouvoir d’achat des ouvriers au chômedu en faisant mine d ne pas voir que l’essentiel des marges accrues va dans la poche des multinationales et des gros distributeurs. Leclerc vient encore de nous le prouver en rançonnant ses fournisseurs dans sa centrale d’achats en Belgique.
Signer des traités internationaux de commerce, c’est donc perpétuer cette logique mortifère pour les peuples et ravageuse pour l’environnement. Il est depuis longtemps très net que la logique capitaliste d’accumulation sans fin et celle politicienne de la croissance à tout prix, ce qui est le SLC même, est incompatible avec l’urgence écologique de sauvegarde. Ce qui rend plaisant le double jeu du gouvernement Mac-Tron qui « en même temps » encense la petite écolo de 16 ans et fait signer le CETA avec le Canada ; CETA qui va créer un immense marché de 545 millions de consommateurs, dont 30 millions (en comptant large) de Canadiens ! Mais sans doute faut-il y ajouter les 315 millions d’Américains car les firmes US ne vont pas manque de créer des filiales au Canada pour fourguer leurs produits en Europe. Ce dont naturellement les thuriféraires du CETA ne parlent pas. Car ils ne parent le CETA de vertus que pour l’instant T sans penser à la dynamique future des échanges, sans mise en perspective dans le long terme. Expliquons-nous.
En matière de traités commerciaux, c’est die grosse Kommission de Bruxelles qui instruit (longuement) l’affaire avant un vote du parlement de Strasbourg puis une ratification par les parlements nationaux. Après le vote à Strasbourg, le traité s’applique « provisoirement » (ça fait déjà 3 ans pour le CETA). Notons que si la France ne l’avait pas entériné hier (à l’Assemblée nationale mais comme on le sait le Sénat compte pour du beurre) il s’appliquerait quand même dans les autres pays. Or, comme l’UE a tout fait pour qu’il n’y ait pas de traçabilité des produits, ni d’affichage de leur contenu et de leur mode de fabrication, un produit canadien refusé en France nous reviendra, par exemple via la Pologne (steaks hachés pour le Secours Populaire et consorts ou la Roumanie (lasagnes à la viande de cheval de réforme). C’est une dynamique inéluctable car l’UE ne contrôle pas grand-chose et la France de moins en moins. Par construction, les conditions de production agricole sont infiniment supérieures au Canada, pays immense, peu peuplé, favorisé par le changement climatique, peu regardant sur les pesticides, les hormones, les antibiotiques, le lavage au chlore, le soja transgénique… Du coup, les petites exploitations françaises, surtout d’élevage, accablées par des normes drastiques (déjà plus sévères et surtout plus contrôlées que dans le reste de l’UE), vont prendre un différentiel de prix de 30 % dans les badigoinces. Adieu, veaux, vaches, couvées, laits de qualité, fromages AOP. Vive les cochonnailles allemandes (fermes de 5 000 porcs plus méthanisation du lisier, plus prêts pour mettre du photovoltaïque sur les toits, plus ouvriers agricoles « détachés » des PECOs …) et la viande canadienne ou US estampillée canadienne (c’est aussi une spécialité doryphorienne : faire fabriquer dans les PECOs et appliquer l’étiquette « made in Germany »). Mais la France va exporter plus de vins et de spiritueux, du moins tant que les vignes n’auront pas cramé comme en ce moment. Elle n’a qu’à produire des BMW …
Comme le traité était provisoire, le Canada (et les USA) a été prudent : surtout ne pas révéler ses vraies ambitions à plus long terme. Mais après ratification définitive, il va sans donner à cœur-joie et cela d’autant plus qu’il est prévu un tribunal arbitral de droit privé pour traiter des différends opposant un Etat ayant édicté une nouvelle règle nuisant aux bonnes affaires. Il s’ensuivra une prolifération de porte-containers énormes fonctionnant avec un fuel lourd et bourré de produits chimiques, dont du soufre. Il faut donc raisonner en dynamique d’évolution de l’application du traité et non de façon statique axée sur des débuts timorés. Et cerise sur le gâteau : l’UE et la France ont laissé de côté l’alimentation du bétail canadien par des farines animales interdites en Europe depuis l’affaire de la vache folle. Et rien en dit que de procès en procès les normes européennes soient maintenues à long terme vu que le Canada est un adversaire farouche du principe de précaution et qu’il exploite sans vergogne les schistes bitumineux de l’Alberta tout en en chassant les Indiens.
C’est évidemment du même tonneau pour le Mercosur qui, en plus, va accélérer la destruction de la forêt amazonienne et la chasse aux indigènes: nous verrons alors des élevages de 20 000 bœufs sur 20 000 hectares, nourris au soja transgénique, lutter avec l’exploitation moyenne française de 80 bêtes ! Ricardo n’avait pas pensé à de tels écarts de productivité et à la mobilité du capital, ce qui va tuer l’agriculture française de qualité. Du reste, c’était déjà bien entamé en Europe car elle est passée à la 3ème place derrière la teutonne (un tiers de superficie en moins mais des travailleurs détachés en plus) et la batave. A bas le bon aloyau (et services) et les frites, vive le wienner schnitzel mit kartofeln.
Il est donc patent que s’il y a une première action à mener contre la folie destructrice du SLC, c’est l’arrêt immédiat de tous les traités internationaux sans clauses écologiques drastiques. Qu’en pense M. Mac-Tron ? Une deuxième est de taxer énormément le fuel pour bateaux et d’interdire les pavillons de complaisance dans les ports français. Une 3ème est de taxer le fuel des réservoirs des camions étrangers entrant en France au même niveau que celui des routiers francaouis et de leur interdire les routes comme la nationale 10 qu’ils prennent pour éviter de payer les péages. Car figurez-vous que nos élites technocratiques n’ont pas vu que sur une carte de l’Europe la France était un lieu de passage idéal pour la circulation des marchandises ; d’où une 4ème mesure : obliger les camions à prendre le train (ferroutage), ce que fait la Suisse depuis longtemps. 5ème mesure : taxer les camions bien plus car un 40 tonnes use 10 000 fois plus la route qu’une auto. Et mesure hors classement : instaurer une taxe kilométrique sur les produits en fonction du kilométrage qu’ils parcourent. Vous me direz que c’est s’opposer à Bruxelles ; sans doute mais la France a les moyens de négocier : soit on modifie les traités, soit c’est la chaise vide et si cela ne marche toujours pas la menace du Frexit.

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