les armes de la critique

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Autorité et pouvoir, légitimité et légalité, idéologie, communication

Classé dans : politique — 08/24/2019 @ 10:58

Le petit monde politicien français, qui a oublié depuis longtemps les notions les plus élémentaires de la philosophie politique si tant est qu’il les ait apprises un jour, se gargarise de l’autorité et de la légitimité afin de justifier l’exercice de son pouvoir corporatif contre les opposants de tout poil, même parfaitement pacifiques et respectueux de « l’ordre public ». Remettons un peu les pendules à l’heure. On n’oubliera pas que toute entreprise de domination politique (religieuse, idéologique, économique, politicienne…) essaie d’obtenir que les assujettis obéissent à ses commandements et respectent le « désordre établi » en sa faveur. Pour disposer de cette soumission, il n’y a pas trente-six moyens. Il n’y a que l’autorité et les pouvoir (auctoritas et potestas ont un arôme plus antique). Ce qui nous amène à bien définir ces deux notions capitales et si détournées par les politiciens, y compris et sans doute encore plus, dans les fausses démocraties représentatives. Le pouvoir actuel n’en est que la continuation ; il nous dit qu’il faut que tout change, mais c’est pour que rien ne change dans la course destructrice au système libéralo-capitaliste, dans les républiques bananières et les oligarchies démocratiques.
Le pouvoir n’est jamais que de la force ou de la ruse chère à Machiavel, dont le livre, « Le Prince », doit figurer sans contestation sur la table de nuit des dirigeants. Le pouvoir s’exerce de haut en bas, il est vertical, il est imposé par la domination physique. Comme l’avait écrit à peu près de Gaulle : les armes ont été de tout temps les instruments de la barbarie, point de brutes qui ne les aient brandies… Le pouvoir est vertical, monopoliste, descendant ; il appartient à celui qui détient le plus fort Massu et demeure donc de nature primitive et pré-néolithique. Il est du reste facile d’observer que plus le pouvoir vacille, plus il renforce ses moyens répressifs de justice aux ordres, de » lois scélérates » et des différentes maisons Royco-Poulaga plus ou moins barbouzardes et se tirant dans les pattes pour obtenir les faveurs du Prince. Les puissants n’abandonnent jamais leurs positions de pouvoir, celles qui leur donnent prestige, domination, pognon privilèges et même esclaves sexuels. Ou trop tard comme s’en est aperçu le raccourci Louis XVI. Le pouvoir, c’est que la fête du Régent continue (pour nous) même en dansant sur un volcan. Le pouvoir, c’est le statisme social car il s’agit d’éviter toute différenciation et tout conflit, d’éliminer les contradictions et contradicteurs alors que, comme disait Proudhon, le conflit est l’essence de l’effervescence sociale, du dynamisme sociétal. C’’est ce qu’a perdu la « Sublime Porte » qui était allée jusqu’à interdire l’imprimerie et s’est endormie dans son luxe et son autoreproduction. Le pouvoir a été très longtemps personnel et personnifié ; cela est en train de mourir avec le système libéralo-capitaliste (SLC) qui est impersonnel, tissé en réseau, automatique, « autocinétique », flou et éloigné et dont les puissants sont occultes (les dirigeants d’avant étaient, eux, au culte). Le pouvoir se traduit en lois, en structures, en dispositifs de domination ; il faut se rappeler l’apostrophe de Proudhon qui commence par « être gouverné, c’est être… (dont taxé, apostillé, surveillé, contrôlé, censuré…). C’est ce qu’avait repris Foucault avec « ses disciplines » et ses taxonomies ou classements. Puis sa critique du « biopolitique ». Le pouvoir rabat tout sur l’UN ; repousse la diversité et le pluralisme ; il faut se « rassembler » sous son panache rouge de sang. Au lieu de « l’ennui naquit un jour de l’uniformité », il nous dit que l’ennui vient de l’uniforme ôté. Ensuite, le pouvoir verticalisé et imposé ne peut être exercé seul. Contre le fantasme typiquement énarchique, on ne peut diriger un pays à partir de son joli bureau et de tableaux de bord quantitatifs (la « gouvernance » par les chiffres et la technocratie). Il faut des agents, des relais, des opérateurs sur tos les terrains. Il faut des barbouzes et autres séides, une garde prétorienne pour protéger le prince. Il faut des privilèges et des prébendes pour attirer des féaux, des Benalla, des janissaires, des cosaques. Il faut donc un « pognon de dingue » pour s’attacher les services, souvent suivis de sévices, des « compagnons de route ». C’est ainsi la porte ouverte à la corruption, à l’injustice, aux inégalités, à la force brute. Et cela ne change pas dans les démocraties « Canada dry » légalement élues ; c’est même pire parce qu’alors le pouvoir masque son hégémonie au service des puissants derrière le voile de la légalité. Enfin, le pouvoir hiérarchisé, imposé ne peut investir dans l’avenir et proposer un projet pour la communauté politique car il passe son temps à se protéger et à régler les bisbilles entre ses soutiens en compétition pour le remplacement du Prince (comme, par exemple, Macron évinçant Hollande). D’ailleurs, ce pouvoir n’a que faire du futur car son présent de prédation lui suffit et parce que à quoi bon se projeter dans l’univers d’incertitude qu’il a lui-même créé ?
L’autorité, c’est l’obéissance consentie par le bas aux dirigeants, donc l’inverse, à condition de respecter des critères ou principes de légitimité dans la reconnaissance du droit de gouverner accordé par les assujettis volontairement et de bon gré. Il n’y a pas d’autorité en soi, ni en tant que propriété personnelle ; l’autorité est toujours un processus de reconnaissance par la base sur des fondements de légitimation des dirigeants. D’après Weber, il y a 3 principes de légitimation qui permettent de conférer l’autorité à une personne distinguée par la base pour ses qualités ad hoc : la tradition, le charisme et la compétence (si elle est reconnue par la base). Vous n’y trouvez pas l’élection tout simplement parce qu’elle n’est qu’un procédé de reconnaissance de la détention des principes d’autorité par les candidats. Ce que confirme le théorème de Gödel : toute norme doit être justifiée par une norme de rang supérieur. La légitimité est donc toujours supérieure à la légalité. Le minimum serait que les élus soient représentatifs de la diversité du peuple tout entier. En France, le système électoral de la Vème république ne l’assure pas du tout comme l’ont montré les élections de 2017. En outre, les partis disposent du monopole de la présentation des candidats et ne sélectionnent que des copains bien en ligne et sans estimer leur correspondance avec des critères de légitimation de leur autorité potentielle.
Mais Weber ne cite pas une des sources d’autorité légitime : l’appartenance au sacré comme l’a si bien vu Kantorowicz avec sa thèse des deux corps du roi, le physique mortel et le sacré immortel. Ce ressort de légitimation nous a donné pendant des siècles la collusion mutuelle et mutualisée en faveurs réciproques entre les gouvernants sacralisés par les entrepreneurs de religion (les Eglises de toute obédience) et les religieux favorisés par le pouvoir qu’ils reconnaissaient comme d’origine divine. Cette source de légitimation est soit exercée directement dans une théocratie à l’instar de l’Iran, soit via l’appui permanent des religieux au pouvoir (voire bien plus, l’orientation de celui-ci) comme an Arabie saoudite. Dans les premiers siècles chrétiens, un sous-pape nommé Gélase 1er avait réclamé la « plenitudo potestatis », la plénitude des pouvoirs spirituels et temporels ; cela a fini par une division de la toute-puissance : au prince, le pouvoir temporel (Potestas) pourvu qu’il reste dans la ligne religieuse, à l’Eglise le pouvoir spirituel (auctoritas) pour conformer les gens à ses normes et légitimer le pouvoir du souverain. Cette heureuse combinaison, issue du fait tout simple que les soi-disant « Autorités » avaient bien compris que le pouvoir brut sans justification du consentement était moins efficace que le mélange pouvoir-autorité, a duré bien longtemps et perdure dans bien des pays peu laïcs. Mais elle a été remplacée par l’idéologie, c’est-à-dire un argumentaire de justification profane. Cela fut en partie le travail des philosophes des Lumières qui ne croyaient pas à l’utilité de la transcendance divine dans les affaires de ce bas-monde. Avec l’idéologie, s’ouvrait l’ère de la propaganda-staffel, de l’agit-prop, du bourrage de mou, des « hidden persuaders », des « communicants », des « story tellers » chargés de tromper les peuples, de justifier le pouvoir et le désordre établi, de défendre la démocratie représentative, de réduire l’intérêt général à la prise en charge des intérêts des seuls puissants. C’est ce qui caractérise le SLC aujourd’hui, SLC fondé en fait sur la seule légalité des procédures démocratiques installées par le pouvoir sur une base autoréférentielle voilant l’absorption de la démocratie et du bien commun par les puissants économiques et financiers sous le masque de la gouvernance comptable et « ochlocratique » (pouvoir de l’opinion). Tout ce qui est essentiel et substantiel pour l’ordre social commun et cohésif et pour l’adhésion des citoyens au bien commun a été remplacé par des procédures légales.
Aujourd’hui dans le monde capitaliste, le seul principe de légitimation, pourtant bien camouflé par les politiciens redevenus les « fondés de pouvoir du kapital », c’est celle du SLC : individualisme, narcissisme plus ou moins prédateur, prestige, puissance et pognon, primat de la propriété en tant qu’usus et abusus, compétition darwinienne, mérite prouvé par les signes de puissance et de richesse, croissance permanente… Eh bien, cela ne peut pas durer car cela tue la planète, la solidarité, les modèles sociaux, la coopération et l’entraide, la spiritualité et le sens de la vie.

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