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EDF, ex-service public de l’électricité

Posté : 16 août, 2010 @ 11:45 dans politique | Commentaires fermés

 

EDF annonce une hausse moyenne de 3 % de ses tarifs domestiques. Ce n’est qu’une moyenne, car les heureux bénéficiaires d’un contrat EJP (effacement jour de pointe, donc abonnés qui diminuent leur consommation lors des pointes pendant lesquelles EDF met en service les centrales les moins productives, ce qui est un plus pour le pays et l’entreprise) vont faire plus. 

Ce que ne dit pas le gouvernement ou l’entreprise, c’est qu’il faut prendre en compte les multiples taxes qui pèsent en sus sur l’électricité. Or, en fonction du lieu d’habitation, le montant total de ces taxes varie entre 35 et 42 % à cause des taxes municipale et départementale qui vont entre 4 et 12 %. Ainsi, dans un courrier des lecteurs (le Monde Magazine), une personne se plaignait de payer 41 % de taxes… sur un service indispensable, à l’instar de  la vielle gabelle ! Il faut donc ajouter aux  3 %  les 41 de taxes, soit 1,23 de plus. La hausse réelle TTC est donc de 4,23 %. Dieu merci, les impécunieux bénéficient d’un tarif spécial et stigmatisant (payé par les consommateurs alors que ce devrait l’être par l’impôt puisqu’il s’agit d’une obligation étatique de solidarité) allégé de 30 %. Récapitulons les dites taxes : municipale (4 à 8 %), départementale (4), taxe de contribution aux charges du service public (notamment pour la péréquation des tarifs sur tout le territoire), taxe écolo (obligation de rachat de l’électricité produite par les « auto-producteurs » d’hydraulique, d’éolien, de photovoltaïque, etc. à un prix supérieur au coût de revient d’EDF, ce qui explique que les toits des hypermarchés et des hangars soient désormais couverts de cellules photovoltaïques)  pour les énergies renouvelables, taxe de compensation du régime spécial de retraite (payée sur le service du transport exercé par le RTE, réseau de transport de l’électricité, qui évidemment répercute la chose sur la distribution), plus la TVA qui, ô merveille, s’applique sur les taxes précédentes. Ce n’est pas tout : camouflées dans les comptes, il y a des « redevances de concession » (Lyon, Marseille, Paris, là 60 millions d’euros) et la mirifique taxe Pasqua sur l’hydraulique (300 millions d’euros) ; il y en a sûrement d’autres que je ne connais pas. Il va de soi que toutes ces taxes sont incluses dans la facture, ce qui peut faire estimer que la taxation réelle de l’électricité est proche, passé partout, de 50 %. 

Le prix de revient d’EDF (hors taxes ; et où est la comparaison en Europe entre les prix TTC et les prix hors taxes ?) est en gros de 30 % inférieur à celui de la moyenne européenne grâce aux investissements nucléaires effectués auparavant. C’est pourquoi, l’UE est mécontente et veut forcer l’entreprise à augmenter ses tarifs dits « régulés ». Lesquels expliquent que peu de clients fuient EDF, ce qui est une pratique anticoncurrentielle aux yeux de l’Europe hyper-libérale. Les doryphores voient là l’occasion de rentabiliser leurs centrales plus coûteuses et plus polluantes. En effet, l’électricité ne se stockant encore pas dans les masses exigées par le niveau de consommation, le prix de marché se fixe toujours, normalement en univers pleinement concurrentiel, au coût de revient marginal des dernières unités produites, celles sorties par les centrales les moins rentables. D’où la pression des verts-de-gris et des heureux propriétaires de rossignols auxquels l’augmentation de prix éviterait d’investir, ce qui explique au passage que l’UE soit dans une situation de plus en plus tendue dans le rapport de la production à la consommation, surtout lors des périodes de pointe. Mais le privé a une solution : des petites centrales à gaz, peu chères et rapidement mises en route pour effacer lesdites pointes de consommation ; du coup leur courant se vendrait au coût marginal élevé des vieilles usines, alors que leur coût de revient est bien plus faible, donc ils toucheraient une superbe rente différentielle, comme les heureux propriétaires des terres les plus fertiles (analyse de la rente foncière par Ricardo) ; c’est kif kif. Les Rosbifs, eux, sont plutôt dans le registre idéologique : le salut ne peut venir que du tout-marché. 

Le gouvernement français serait heureux de la fin des tarifs régulés car il empocherait des dividendes et de l’impôt sur les sociétés en plus par suite de la hausse des prix. Ce que, du reste, vient de recommander le rapport Roussely (ex-PDG d’EDF, ex-socialisant devenu banquier suisse, à la botte sarkozyenne) : l’augmentation des prix permettrait de séduire les investisseurs privés ; CQFD. Proglio, nouveau PDG, ex-Veolia voit dans la hausser des tarifs le moyen de financer les investissements (laissée en déshérence lors de ces dernières années) sans toucher aux dividendes et à « la valeur pour l’actionnaire ».  Rappelons qu’autrefois EDF finançait à la fois les investissements tout en diminuant ses prix et sa dette. On y respectait des principes de service public, dont celui dit de « mutabilité » (faire profiter l’usager des progrès en tout genre) et celui de vente au coût de revient (équilibre des comptes et rentabilité pour financer l’investissement). Sous les Brousse-lie, Sot Watt (Gadonneix, prédécesseur de Proglio qui disait toujours « so what ? »), Improglio, on a la totale : augmentation des tarifs (plus que l’inflation ces derniers temps malgré la promesse de n’en rien faire sur 5 ans), augmentation de la dette (pour financer des rachats d’entreprise ou investissements spéculatifs à l’étranger), sous-investissement (que l’on espère compenser par le passage de la durée de vie des centrales de 30 à 40 ans), stagnation des salaires (sauf ceux des dirigeants qui ont été multipliés au moins par 6), baisse de la qualité de service (de plus en plus de coupures hors grands centres urbains). 

Il est donc urgent d’augmenter les tarifs pour faire financer les investissements par les clients lambda sans toucher aux actionnaires, dont l’impécunieux Etat. C’est ce que vise le gouvernement avec la loi « NOME » (Nouveau marché de l’électricité) qui obligera EDF à céder 25 % de sa production nucléaire à ses concurrents, à un prix sans doute inférieur au coût complet (dont le traitement des déchets, le démantèlement des centrales arrêtées, la rénovation des actuelles pour les porter à 40 ans, etc.). Et, comme on l’a vu, tout le monde se jettera sur la rente (différence entre le prix de marché et le coût de revient) pour faire augmenter les prix au niveau de la dernière unité produite, la plus coûteuse. C’ainsi que l’UE organisera la 1ère opération de « concurrence libre et non faussée » destinée non pas à faire baisser les prix mais à les augmenter. Cette médecine des Diafoirus libéraux pose problème : le malade risque de mourir guéri dans le meilleur des mondes concurrentiels possible voulu par notre Pangloss présidentiel. 

Le pré-fascisme en fleurs

Posté : 3 août, 2010 @ 11:20 dans politique | Commentaires fermés

On le pressentait depuis longtemps : le régime de Nabot-Léon IV est sur le terrain glissant du fascisme pré-pétainiste. On savait que depuis 2002 les lois répressives avaient fleuri sans discontinuer à l’occasion du moindre événement exploité par les médias pour renforcer les sentiments d’insécurité et dresser les catégories de population les unes contre les autres. Le code pénal a été tellement modifié et aggravé qu’il n’est pas étonnant que les gardes à vue aient montré une inflation époustouflante au point d’atteindre les 800 000 par an. Et le tout sans résultat puisque les atteintes et violences aux personnes n’ont cessé d’augmenter. Baissent, cependant, les vols de voiture et les effractions domiciliaires mais c’est par suite d’une meilleure protection des bagnoles et des habitations. On connaissait le langage (racaille, Kärcher, casse toi pauv’con, etc.) de Mitron 1er (général Boulanger en plus petit) qui nous a mis dans le pétrin en aggravant la crise grâce à son « bouclier fiscal » et à ses baisses d’impôts pour les riches et les entreprises. On savait que Nicolae Sarkozescu monopolisait tous les pouvoirs, nommait ses pions partout, virait les préfets et les hauts fonctionnaires coupables d’avoir fauté à ses yeux, avait transformé toutes les institutions publiques (universités, hôpitaux, écoles, INSEE, etc.) en entreprises régies par un chef tout-puissant par lui nommé comme le président de France télévision. On connaissait le fait que le gouvernement n’existait plus et avait été remplacé par les membres de son cabinet, l’ex-préfet et flicard Guéant en tête. On avait vu son double langage pendant les élections présidentielles, visant à piquer les voix du Fronte Crapular de Le Pen et à exhiber des options socialisantes à base de Jaurés tout en favorisant les riches et en étalant ses amours, sa Rolex (devenue Patek Philippe, c’est plus cher et plus chic) et ses amis fortunés au Fouqet’s et ailleurs. On sait que l’UMP reste sa chose qu’il dirige par Bertrand interposé et dont il invite les membres et autres « députains » à l’Elysée aux frais du contribuable tout en prétendant qu’il est le président de tous les Français et non le chef d’un parti. De ces faits, la France est devenue une égocrassie, une monocrassie digne de Berlusconi. On ignorait cependant que Duracell 1er, l’homme d’une « république irréprochable », pouvait avoir des casseroles aux fesses : l’affaire du logement de Neuilly aménagé à prix d’ami par un promoteur jouissant des faveurs de la municipalité (sans suite grâce au procureur Courroye ); les déplacements en Suisse en « porteur de valise » truffée de billets pour les économies du tennisman Leconte quand il était avocat d’affaires (aux dires de banquiers suisses) ; maintenant, la justice se rapproche des rétro-commissions versées pour la campagne de Balladur en 95, Zébulon 1er étant ministre du budget et ayant donné le feu vert à une société écran à l’étranger pour les contrats de sous-marins vendus au Pakistan (et autres contrats d’armement), affaire que le parquet s’emploie à déminer en contrant les initiatives du juge Trévidic qui instruit l’attentat contre les employés de la DCN (11 tués lors d’un meurtre commis au Pakistan peut être parce que Chiracos, élu, avait supprimé le versement des commissions aux ripoux du Pakistan). Et maintenant l’affaire Bettencourt avec son prolongement putatif de financement illicite de l’UMP pour la campagne présidentielle de 2007. Cela commence à faire beaucoup de soupçons sur la virginité du président Sarkozy de Bossa-Nova, l’homme impitoyable pour les petits délinquants de banlieue et les voleurs de poule des « gens du voyage ». Tsarkowitch illustre à merveille les temps libéraux du tout-marché : plus les inégalités s’accroissent, plus la répression pour les petits augmente et plus celle des cols-blancs diminue. Cela va bien avec la suppression envisagée du juge d’instruction. Est-ce la peine puisque désormais à peine 3 % des affaires sont instruites par un juge et que 80 % des jugements sont effectués sur la base des dépositions et informations recueillies lors des GAV (de pot aux roses). Dans ce contexte de faillite dans la politique sécuritaire (plus 16 % d’agressions et violences contre les personnes entre 2003 et 2009) et de parfums nauséabonds émanant des « affaires » que le procureur Courroye (de transmission) s’emploie à noyer sous une avalanche d’enquêtes préliminaires conduites en secret sans juge d’instruction indépendant, rien ne vaut d’en revenir au sécuritaire pour préparer 2012 (faire redescendre l’étiage électoral du Fronte Crapular et faire se serrer les vieux autour du prince). Et Zébulon 1er n’hésite devant rien ; il vient d’en appeler à la déchéance de la nationalité des Français d’origine étrangère agresseurs de flics et gendarmes et autres figures d’autorité. Visiblement, notre avocat d’affaires ignore la différence entre pouvoir et autorité, car les statuts dont il parle reflètent la détention d’un pouvoir et aucunement celle d’une légitimité (du reste, toujours confondue avec la légalité). Cela ne le gêne pas de violer la constitution qui demande qu’on traite tous les citoyens également sans distinction d’origine, ni les règles européennes qui interdisent la transformation des gens en apatrides. On se demande si agresser un médecin, un savant, un simple quidam est moins grave que pour une « figure d’autorité ». La détention d’un pouvoir donnerait alors 2 catégories de citoyens, celle des alliés du pouvoir, des sbires de l’Etat, des nommés par le prince et ses hiérarques pour diffuser la peur, etc. et celle des individus sans importance… pour la république (bananière). Et pourtant, en tant que fils d’émigré, le prince devrait se méfier d’un passage devant la cour de justice de la république, passage qui devrait concerner tous les politicards qui depuis 30 ans sabotent la république pour lui substituer le libéralisme du tout marché sans foi ni loi ; c’est en effet une violation du pacte social qui fonde la communauté nationale dans ses mœurs, ses valeurs historiques, ses institutions sociales. L’affaire des « gens du voyage », suite à la mort d’un jeune délinquant abattu par la gendarmerie, donne une bonne idée du climat de xénophobie anti-communautaire que propage le pouvoir : quel bel amalgame entre un jeune et les « (Rom)anichels », par ailleurs parfaitement sédentarisés dans ce cas et pour la plupart en France. On va donc les chasser manu militari de leurs campements illégaux en oubliant que s’ils sont illicites c’est parce que la loi qui oblige les municipalités de plus de 5 000 âmes à aménager des espaces de vie pour eux n’est qu’à moitié observée. Pour faire bon poids, M. Boutefeux veut légiférer sur les coupables de polygamie, d’excision, de traite des êtres humains. Bel amalgame encore qui mêle des communautés stigmatisées et des mafieux. Un « députain » (pour compléter la liste : un général, des générés, un maréchal, des maraîchers, comme disait Boris Vian) des Alpes maritimes, ce département quasi mafieux (pour cause d’immobilier et de jeux), député de Nice précisément, cette belle cité où le clan Médecin s’est illustré, va déposer un projet de loi pour punir de 2 ans de taule les parents qui n’auraient pas empêché leurs enfants de commettre des délits. Rappelons que le code pénal ne permet de poursuivre que les auteurs des actes ; encore un sabotage du droit français. On aura donc à l’automne une nouvelle loi de prévention de l’insécurité. Notre Sarkusconi décidément n’arrête jamais de trafiquer la loi pour ses ambitions partisanes… Par exemple avec de futures peines planchers pour certains délits. Rappelons que les principes généraux du droit requièrent que les juges interprètent en fonction du contrevenant et des circonstances ? Le conseil constitutionnel n’avait accepté ce genre de peines en cas de récidive qui si les juges gardaient un droit d’ajustement. Ce fut observé : si les juges n’appliquent pas la peine automatique, ils doivent le justifier avec des arguments. Bien joué, car les juges qui le feraient mettraient en danger leur carrière et leurs primes. Généralement, ils ne font donc pas ce qui rend les sanctions automatiques contre le droit et la morale. Aristote, lui-même, disait que les juges doivent apprécier les choses en équité et pas en appliquant littéralement un code. C’est que cet auteur ne confondait pas, lui, la justice, le droit et la jurisprudence ! Pendant ce temps, les socialos en peau de lapin restent prudents car ils craignent que Sarkoutine ait le soutien des bons français de souche ; ils devraient mettre plus en relief que le prince a supprimé la police de proximité et des milliers d’agents de police nationale ou de gendarmerie ; cela, pour forcer les municipalités à créer des polices municipales à leurs frais (tout en accusant les villes socialos d’augmenter les impôts). Las, bien des villes n’ont pas les moyens de faire payer à leurs habitants des effectifs de police locaux. Devinez lesquelles ? Cependant, les socialos prépareraient des propositions en matière de sécurité. On attend, mais méfiants car c’est le couple Jospin-Vaillant qui a lancé en premier (2001) une loi sécuritaire, avant les lois Sarko et Perben

Le vertueux WOERTH

Posté : 16 juillet, 2010 @ 11:43 dans politique | Commentaires fermés

Un nom pareil ne se prononce pas ; cela s’éternue comme à chasser (HEC). Ce monsieur, comme ne le disent que certains médias (Le Point, le Monde, Marianne) peu susceptibles d’une hyper diffusion, était déjà impliqué dans les magouilles de l’Association pour le développement de l’Oise qui ont valu à son mentor, J-F Mancel, députain du secteur, 18 mois de taule avec sursis, ce qui ne l’a pas empêché de rebondir comme Balkany et bien d’autres. Quand  je dis députain, je paraphrase Boris Vian qui disait un général, desgénérés, un maréchal des maraîchers. On apprend, via la presse  suisse que notre bonhomme avait organisé des rencontres avec des résidents français en Helvétie (à l’ambassade ? aux frais des Français ?) pour les convaincre de subventionner l’UMP. Cela ne manque pas de sel : le ministre du budget, chargé de la lutte contre  l’évasion fiscale, faisait de la promotion pour son parti à l’étranger, comme, du reste, on vit la même chose pour les expatriés à Londres ou aux USA ! On sait aussi que Mme éternuée allait souvent en Suisse pour  Thétys, « Family equity » de la mère Bettencourt en cheville avec Clymène, sa société dirigée en France par M. de Maistre en vue de l’évasion fiscale. Qu’est-ce qu’une Family equity ? C’est un fonds très privé de gestion des avoirs en Suisse d’un évadé fiscal personnel. Passons sur les responsabilités de Mme Bettencourt accusée d’être gâteuse par sa propre fille ; sachons que le de Maistre est seul maître à bord des magouilles de sa bienfaitrice qui lui a donné 5 millions d’euros (plus 3 millions d’impôts afférents) pour services rendus. Ou pour abus de personne en situation de faiblesse. On sait aussi que l’ex-PDG de l’Oréal, le rosbif Lindsay-Jones, a reçu 100 millions d’euros (plus 30 d’impôts). On sait que la douairière avait 78 millions dans des paradis fiscaux plus l’île d’Arros (500 millions) dont on ne sait pas à qui elle appartient réellement. 

Le Nouvel Obs a révélé que des « associations » politiques, proches de l’UMP et créées manifestement pour détourner la loi qui interdit à un personne physique de verser plus de 7500 euros à un parti, avaient reçues 30 000 euros en 4 chèques. On apprend que Woerth, atchoum, a bradé 50 hectares de forêt de Compiègne à des copains. Il s’en défend en disant que c’était sur la base d’une cotation par les Domaines. Cher M. Woerth, très cher, de qui dépendent les Domaines ? Ben voyons, du ministère des Finances… L’inspection des Finances, ou plutôt son directeur aidé de 4 compradores, au mépris de toutes les règles de l’enquête collective par l’IGF, a absous Woerth pour toute bienveillance à l’égard de Mme Bettencourt, la généreuse donatrice à l’UMP et à tous ses multiples satellites. Le vertueux Woerth ne se rend pas compte de ce que ses connivences, ses accointances, ses amitiés avec le monde de l’argent et de l’évasion fiscale posent problème. Tsarkowitch  (tsar, comme monocrate, co, comme abrégé  de compagnie, et witch, sorcier) non plus. C’est normal ; comme disait Spencer, on s’adapte à son environnement en étant le plus apte à en tirer profit, ce qui fait que l’on ne se rend plus compte de la nature immorale du milieu et que, en outre, on considère que l’on fait partie de la catégorie des meilleurs, les autres n’étant que des minables plus ou moins assistés, ce qu’il faut supprimer dare-dare pour que les faibles ne se reproduisent pas. 

Le procureur de Nanterre, Philippe Courroye de transmission, noble magistrat adoubé par qui vous savez et cirant le Parquet, après s’être opposé longtemps à l’examen de la demande de mise sous tutelle de la Mamie Bettencourt (contre une juge indépendante du Siège), soupçonnée par sa propre fille de sucrer les fraises et d’arroser subséquemment les politicards en veux-tu-en-voilà, fait maintenant flèche de tout bois (de justice ?). veut-il subitement prendre un bain de Siège ou est-il un vain assiégé ? Il met en garde à vue les requins de l’entourage de Mistress Bettencourt qui se servaient sans doute au passage. Il veut peut être ouvrir des contre-feux pour protéger son protecteur, à savoir Sarkozescu. Las, quand on commence de tirer un fil de la pelote, il est à craindre que tout le reste vienne avec. Dès lors, le contribuable et le  citoyen n’ont pas fini d’assister au dévoilement progressif des turpitudes du pouvoir et de ses amis fortunés. Qu’est-ce qu’on va rire, jaune hélas ! M. Woerth, atchoum, n’est pas à considérer comme une personne coupable ou responsable. En fait, il n’est qu’un pion du système Sarko de faveur pour le libéralisme de connivence entre les puissances d’argent et les politicards, celui-là même qui a conduit à la crise actuelle à partir des subprimes, celui dans lequel les banquiers d’affaires de Wall Street deviennent les secrétaires d’Etat au Trésor US (Rubin ex-de Goldamn Sachs sous Clinton, Paulson ex-PDG de la même banque sous Bush II, Geithner, ex de la même, sous Obama). Dans lequel les  hauts fonctionnaires français dévoués à l’intérêt général sous de Gaulle ont été remplacés par les avocats d’affaires (Borloo, Lagarde, Tsarko…) et les capitaines d’industrie ou de finance (Breton, Ouda, Pérol…). Mais il ne s’agit pas que de Sarko, « l’américain fan de Bush à passeport français.  Les socialos : Bérégovoy (inspiré par Naouri devenu PDG d’un des plus gros distributeurs français), Fabius, DSK, et avant le curé Delors, ont été les artisans de la conversion de la France au tout-financier : suppression du contrôle des changes, libéralisation de la circulation des capitaux, suppression de l’indexation  des salaires sur l’inflation, début de la baisse des impôts sur le revenu des riches, autorisation des stock-options et des LBO, etc. la seule différence est que les socialos faisaient ça pour s’adapter à la concurrence mondialisée et que Naboléon le fait par conviction envers les bienfaits du tout-marché efficient et par idéologie libérale modèle Thiers sur lequel il s’étalonnette. Mais c’est un politicard rusé : maintenant il accentue sa démagogie en faveur des petits pour être réélu en 2012  et en chassant sur les terres du Fronte Nationale et Crapular. Et il accuse ses adversaires politiques d’être des « populistes ». Objection, votre déshonneur : le populisme est l’essence même de la démocratie qui, comme le nom l’indique, part du peuple ; c’est à ne pas confondre avec la démagogie. 

L’affaire, suite

Posté : 12 juillet, 2010 @ 11:38 dans politique | Commentaires fermés

On vit dans un monde merveilleux : le vendredi, il y a des affaires politico-judiciaires,  le lundi, tout aura disparu. Et pourtant il faudrait s’inspirer de la blague des œufs au bacon : dans ces derniers, la poule est concernée, le cochon impliqué. A quoi est parvenu Gnafron 1er ? A ce qu’il ne soit pas impliqué. La comptable de Mme Bettencourt maintient que les politicards de droite défilaient chez elle et  feu son mari, André Bettencourt qui s’était illustré dans des journaux antisémites en 39/45 avant de faire une grande carrière « gaulliste » comme Papon. C’étaient sans doute pour fumer le cigare et prendre le thé. Rappelons que la comptable a été ramenée manu militari de son lieu de repos dans le Sud pour être auditionnée très longuement par la police financière. D’aucuns crient à la pression inadmissible contre un témoin, avec peut être des  menaces voilées qui l’ont conduite à se reprendre : elle n’a pas vu Sarkozescu toucher du papier kraft garni. Ce qui ne veut pas dire que la chose n’a pas eu lieu ; cela signifie simplement qu’il n’y a plus de témoin. En revanche, elle ne retire pas le reste de son témoignage à Médiapart, notamment l’implication de Woerth dans la collecte de fonds pour l’élection présidentielle de 2007. 

Le procureur Courroye, ami de Duracell 1er,  a monté 3 enquêtes préliminaires. Rappelons ce que c’est, car les journaleux ne le font pas. Ce sont des investigations menées par le seul parquet, organe commandé par le pouvoir, ainsi que l’a signalé la justice européenne qui lui dénie le doux nom « d’autorité judiciaire indépendante ». Ces enquêtes ne sont pas à charge et à décharge ; elles ne font pas l’objet d’un « contradictoire » ; les avocats n’y sont pas présents ; les dossiers sont secrets, les moyens de recherche inférieurs à ceux d’un juge d’instruction, magistrat indépendant. On ne peut donc pas être sûr du tout de la neutralité de l’instructeur ; en revanche on pourra noyer le poisson (d’où la multiplication des enquêtes préliminaires) et surtout donner l’illusion que les puissants sont des justiciables comme les autres. Cela dit, il se pourrait que la chose soit honnête, mais le doute subsistera comme la suspicion. C’est l’inconvénient des structures institutionnelles dont les responsables sont nommés par le pouvoir. On vient de le voir avec le limogeage de Guillon et Porte par le duo Hees-Val. Même si c’est une décision indépendante, l’ombre du prince flotte. Il paraît que Zébulon 1er n’aurait pas apprécié parce que cela a renforcé les suspicions sur l’inféodation des dirigeants de France Inter à sa personne. Eh oui, la femme de ces arrhes doit être insoupçonnable ; ce que ne facilitent pas les dispositions institutionnelles voulues par le prince. 

C’est comme le rapport de l’Inspection générale des finances sur les relations entre le fisc/Woerth et Mme Bettencourt. Paru en avance, il dit « circulez, il n’y a rien à voir ». Les meilleurs journaleux signalent que l’IGF dépend du ministère des finances, ce qui laisse augurer de son indépendance réelle. Et aucun médium notoire n’a signalé que le rapport a été rédigé par le seul directeur de l’IGF, nommé par le pouvoir, à l’encontre de toute pratique qui veut que ce soit un collectif de ladite IGF qui enquête ! Là encore, que le dirlo soit honnête ne joue guère : sa position institutionnelle même le fait soupçonner de partialité. Dans ce cadre, avec un dirlo dépendant et une justice parquetière aux ordres, peut-on espérer que les présumés responsables soient impliqués ? Sans doute non, et le pouvoir va se refaire une virginité tout en restant, nolens volens, concerné. 

Certains dégagent une odeur de sainteté, d’autres un parfum de scandale même si l’on ne peut rien prouver. Ce serait étonnant : depuis l’affaire URBA on ne tient plus de petits carnets pour noter les noms des généreux donateurs aux partis et le montant donné. Et puis avec internet et les paradis fiscaux, l’argent peut circuler incognito à la vitesse de la lumière. M. De Maistre a largement eu le temps de faire disparaître les documents compromettants, car on ne l’a pas embastillé tout de suite comme Kerviel. 

D’où vient l’odeur de soufre (douleur ; de la presse, des socialos et de Médiapart) ? Eh bien de l’accumulation d’affaires où le pouvoir est concerné : l’aménagement du logement du prince à Neuilly, les sous-marins du Pakistan et l’assassinat de 11 collaborateurs de la DCN, les privilèges du « premier cercle », les dérapages des ministres peu soucieux des deniers publics, la prolifération de petits parties pouvant toucher (le dernier en date a été crée par Wauquiez) en contournant la loi sur le financement des politicards, etc. 

Mais Zorro parle ce soir dans les étranges lucarnes. Il va évidemment s’en sortir comme tout bavard dans un procès, avec des effets de manche et des questions de rhétorique, des affirmations péremptoires et des coups de botte en touche. Gageons que M. Pouajudas ne sera pas très offensif. On n’est pas dans la démocratie à l’américaine ou à la britannique, ici. on est dans la république oligocratique et monarchique et l‘intervieweur est nommé par le PDG de la télé (guidée) publique, lequel est nommé par le président. Il est vrai que la chose demande que les commissions parlementaires concernées l’acceptent. Mais contrairement à ce que laissent penser moult journaleux, ce n’est pas à la majorité des 3 cinquièmes d’approuver : c’est le contraire : il faut que ceux-là ne s’y opposent pas. Fastoche avec une chambre Sarko-horizon. 

Le meccano de la Générale capitaliste

Posté : 8 juin, 2010 @ 9:49 dans politique | Commentaires fermés

Quand on voit à partir du glossaire économique les exactions permanentes du système capitaliste on est amené à s’interroger sur sa logique profonde, laquelle n’a été que modifiée et exacerbée par la mondialisation du commerce, par les avancées technologiques de l’informatique et surtout par la libre circulation des capitaux. Il y a des « stabilités » dans ce régime ; mais il y eu aussi des changements importants. 

Les faits révèlent des invariants qui structurent la logique profonde du système capitaliste et qui en font un système particulier quelles que soient les formes qu’il prend en fonction de l’évolution des contextes dans lesquels il opère. Cela met en relief sa capacité d’adaptation malgré ses constantes.  Le capitalisme a pour détermination la recherche de la maîtrise de la nature à des fins soi-disant utiles aux communautés humaines. Le capitalisme a pour but et pour effet de pousser sans cesse à l’accumulation des biens et du profit, même sans se préoccuper de ses conséquences sur la nature elle-même. Et encore moins sur les êtres humains à commencer par les travailleurs.

Le capitalisme tend à la concentration par suite de sa recherche constante d’économies d’échelle en vue de la rentabilité, ce qui suppose l’extension du marché pour le producteur capitaliste. Cette extension peut être générale et tous les capitalistes peuvent en profiter s’ils ont les moyens de production nécessaires. Si le capitaliste trouve, dans un marché peu porteur, des concurrents sur son chemin, il fera tout pour les éliminer et s’emparer de leur part de marché. C’est donc un tour de passe de passe que de lier capitalisme, libre-échange et libéralisme. Par construction, la réalité du capitalisme est la tendance au monopole et il résulte de la concurrence qui est nécessaire aux capitalistes pour absorber les concurrents, pour réaliser la plus grande concentration possible des moyens de production et de circulation.

Le capital repose indéniablement sur la détention individuelle des moyens de production. C’est ce que Marx a appelé les rapports de propriété qui sont juridiques et permettent légalement l’appropriation des productions et des usines et machines. Mais l’enjeu des rapports de propriété est celui des rapports réels de production : il faut d’un côté » une main d’œuvre qui est obligée de vendre sa « force de travail », qui plus est « librement », et de l’autre un patron qui donne du travail dans ses propriétés productives. De tout temps, le capital a cherché à obtenir des lois qui rendent les travailleurs mobiles et libres de se vendre au meilleur  moins-disant : contre le servage, les esclaves, les convicts, etc. Ou incapables de se défendre comme avec les lois de la Révolution française contre les corporations et les « coalitions ». Les rapports réels de production sont le plus important des paramètres car si les capitalistes avaient le pouvoir effectif de domination et d’exploitation sans lois de protection du salariat (ce qu’ils ont finalement obtenu actuellement des gouvernants) ils se passeraient des rapports juridiques de propriété. Le recours au droit est une contrainte d’ordre politique pour le capital. Car un régime sociopolitique démocratique ne peut pas durer s’il n’a pas un minimum de légitimité. Le problème est donc renforcé par l’émergence de la démocratie : les politicards ont intérêt à se faire élire ; il leur faut donc donner des gages aux citoyens. Donc, lier démocratie et capitalisme est un non-sens. Les capitalistes s’en passeraient facilement comme on le voit en Chine ou comme on l’a vu avec Pinochet au Chili. On a même vu une théorie feldgrau, vert-de-gris, celle de l’ordo-libéralisme tudesque pour énoncer que l’Etat devait être fort pour imposer l’absence libérale de tout droit social. Du reste, le capital lutte toujours pour faire voter des bonnes lois à son profit. La loi, le droit lui servent à éradiquer la contestation au nom du respect dû à la législation…pondue par des représentants que tout le temps les capitalistes essaient d’acheter ou de presser (lobbys, députés à leur solde déposant en séance des « cavaliers législatifs », etc.). On observe au passage que l’exigence de liberté du travail n’a rien à voir avec la morale ou l’humanisme ou le libéralisme. Il s’agit de pouvoir voler aux autres capitalistes la main d’œuvre nécessaire à sa boutique.

Le capitalisme est une gigantesque machine à détruire du capital. Schumpeter a même appelé cela « la destruction créatrice » par l’innovation qui fait abandonner les anciennes machines même encore performantes. C’est sans doute un effet un effet de la concurrence, effet pervers pour les capitalistes qui ne peuvent pas suivre en investissant dans des technologies plus productives. C’est un gaspillage permanent de moyens et de ressources.

Le capitalisme repose sur le profit, sur la transformation du capital marchandise ou machine en argent, sur « la valeur actionnariale » comme on dit aujourd’hui, c’est-à-dire sur la confiscation maximale des fruits du travail. C’est un système automatique à logique fatale : les capitalistes individuels ne peuvent échapper à ses règles sauf à faire faillite ; il est général et indépendant de ses acteurs. C’est un système bouclé, c’est-à-dire d’interdépendance des facteurs.

Mais depuis 30 ans le capitalisme dit « post-moderne »a changé, non dans sa logique intrinsèque, mais dans ses modalités. Le cycle n’est plus M A M (ce n’est pas Michèle Alliot-Marie mais marchandise-argent-marchandise) mais A M A. les flux financiers qui circulent sont devenus très supérieurs à ceux de marchandises. 2500 à 3000 milliards de dollars circulent tous les jours dans les deux sens. Ce qui est mondialisé, c’est la finance ; pour le commerce ce ne l’est pas plus qu’en 1913. Le profit résulte pour une large part d’opérations financières. La logique n’est plus seulement de faire du profit, même plus de le maximiser, mais d’en faire toujours plus encore et encore. Les opérations de bourse dominent les stratégies managériales ou d’entreprises : OPA, OPE, LBO, rachat de ses propres titres par l’entreprise pour en faire augmenter la valeur à profit global constant (le même divisé par moins de titres augmente le dividende versable à chacun).

Le capitalisme actuel est régi par la maximisation de la « valeur actionnariale » pour les propriétaires du capital financier sous forme d’actions vendables en bourse. Les dirigeants ont pour fonction de valoriser au maximum le patrimoine financier de l’entreprise, c’est-à-dire la valeur des titres-valorisation boursière, laquelle dépend peu des dividendes versés mais  surtout des plus-values en bourse. Les technocrates, qui visaient surtout à accroître la puissance de l’entreprise, notamment en achetant la paix sociale, n’existent plus (contrairement aux analyses de J-K Galbraith sur l’ère des managers lors de la phase du capitalisme moderne des 30 glorieuses). Les managers à l’ancienne ont perdu le pouvoir parce que la dispersion des titres est révolue par suite, notamment, de l’emprise des fonds de pension capitalisée. Mais surtout les managers new look  ont compris que leur rémunération dépendait de leur capacité à faire suer de la valeur pour l’actionnaire. De grands groupes bancaires ou d’investissement  ou des fonds de pension (investisseurs institutionnels ou zinzins) détiennent aujourd’hui de suffisamment gros paquets d’action pour que leurs exigences de rentabilité financière soient satisfaites par les dirigeants d’entreprises plus ou moins multinationales. La montée considérable en puissance des fonds de pension résulte directement des modalités, qui se généralisent peu à peu, d’assurances-vie individuelles et des régimes de retraite par capitalisation lancées par le capitalisme anglo-saxon. Les manageurs (les « agents ») sont alors soumis à la pression des propriétaires (« le principal ») pour faire de l’excellent chiffre trimestriel, c’est-à-dire pour être plus rentables à très court terme que leurs concurrents, sinon lesdits propriétaires transportent leurs fonds dans des entreprises plus performantes au plan financier. Par ailleurs, le principal appâte le manager avec des salaires mirifiques, des parachutes en or, des « retraites -chapeau »  et des stock-options. Ce qui pousse les manageurs à faire gonfler, y compris artificiellement, le cours des titres : ce qui rapporte dans les stock-options, ce sont les plus-values sur vente des titres à échéance.

L’enjeu principal est l’énorme pression exercée sur toutes les entreprises (rappelons-nous que le capitalisme forme un système automatique auquel nul ne peut échapper)pour augmenter la rentabilité par tout moyen : baisse des salaires et dégradation des conditions de travail, mise sous pression et en concurrence exacerbée des fournisseurs et prestataires de services, délocalisations dans les pays sans taxes, sans fiscalité (d’où le développement des paradis fiscaux devenus nécessaires au recyclage des profits afin d’ échapper aux impôts dans le pays du siège social), sans écologie, sans droit du travail sans protection sociale et à faibles coûts de main d’œuvre, baisse du coût des transports (concurrence dans le camionnage, pavillons de complaisance, bateaux poubelles) ; dégraissages (downsizing), réorganisations (reengineering), autonomisation des opérateurs (empowerment, par exemple par raccourcissement des lignes hiérarchiques et mise en place de groupes autonomes de travail), sous-traitance aux moins-disant par externalisation des fonctions annexes. Dans les pays développés, reprise de toutes les garanties apparues dans les Etats-providence : retraites par répartition, SS, salaires minima, indemnités de chômage, CDI et temps complet au profit des CDD, de l’intérim et du temps partiel (exigence de flexibilité), suppression ou diminution des impôts pour les riches ou baisse des charges sociales payées par les entreprises, reportées sur les contribuables ou avec diminution des droits, etc. les conséquences sur le travail sont terribles.

Un enjeu caché réside dans la perte de légitimité du pouvoir politique et de l’Etat dont les dirigeants en sont réduits à proclamer qu’ils ne peuvent rien faire contre ce toboggan où une fois sur la pente on ne peut plus s’arrêter. Et c’est largement vrai même si certains pays (ceux de l’Europe du Nord) arrivent encore à sauver les meubles momentanément. C’est vrai car le système est automatique, autocinétique ; le tonneau des Danaïdes n’a pas de fond, la spirale vers le moins-disant n’a pas de fin, sauf politique, mais maintenant à un niveau international. Car le système entraîne la mise en concurrence non seulement des salariés mais encore des peuples, des régimes sociaux, des modes de production. C’est du reste ce à quoi s’applique ne varietur depuis 30 ans l’Union européenne avec son dogme de la concurrence libre et non faussée et son refus de toute harmonisation (notamment fiscale) et de toute intervention publique dans le capital.

Le capitalisme post-moderne est marqué du sceau de la flexibilité. Aucune culture ne prend un produit clé en main ; les marchandises et services doivent, pour être vendus partout, être adaptables aux mœurs locales ; par ailleurs l’individualisme régnant fait que les individus, pour se distinguer les uns des autres, demandent de la variété. Pour ces raisons, le capitalisme est une « économie de la variété ». Il n’est plus question de commander une Ford T, à condition qu’elle soit noire. Il faut, afin de rester dans des enveloppes de coût raisonnable de production, produire du standard, mais modulable. Par exemple pour une auto, avec le même châssis, le même moteur, les mêmes roues, la même boîte de vitesse, etc.,  on peut jouer sur les formes, les couleurs, les équipements, les performances. Cette nécessaire double adaptabilité (culturelle et consommatoire individuelle) rend obsolète le travail à la chaîne sur des séries standard car la transformation des chaînes de production pour une production différente est extrêmement coûteuse.

Pour développer sa rentabilité le capital cherche des « économies d’échelle ». L’idée est simple : plus la production vendue est élevée, à facteurs de production constants, plus le coût de la dernière unité produite (le fameux coût marginal) est faible, ce qui déjà permet d’être plus rentable que le concurrent  dont le marché est moins vaste. En effet, les frais de structure ou « charges fixes » sont amortis sur une plus grande quantité d’objets produits. Il se trouve que les moyens modernes sont hyper productifs et que par construction les marchés nationaux sont trop étroits. Sauf normalement pour de grands pays comme les USA, la Chine, l’Inde ; cependant les 2 derniers ont actuellement choisi de faire financer leur développement par les exportations de biens ou de services. C’est pourquoi le capital financier ne cesse d’exiger l’ouverture des frontières pour disposer d’un marché d’échelle mondiale, ce qui le conduit à la variété, ce qui le pousse à la flexibilité tout en se concentrant en vue des économies d’échelle. Ce qui le conduit aussi à vendre au maximum des produits standards ou des biens « variables » à la marge. La variété est évidemment un des moyens d’étendre son marché et l’innovation en vue d’une offre diversifiée vers une clientèle hétérogène une façon d’éliminer les concurrents grâce à un monopole momentané.

L’exigence de rentabilité a eu des conséquences majeures : le remplacement de la primauté de la production par celle de la finance, l’appel aux sous-traitants étrangers au détriment de l’emploi local, l’aggravation des inégalités, la précarisation du travail, le développement outrancier du crédit, la concurrence exacerbée entre pays. Ces résultats proviennent de plusieurs causes, lesquelles sont interdépendantes.

* L’énorme productivité des moyens de production actuels ne peut être accompagnée de profits que si les biens et marchandises s’exportent partout afin de faire des économies d’échelle sur le volume de la production vendue. C’est pourquoi depuis plus de 30 ans, des lobbys patronaux se sont employés à faire pression sur les politiciens de façon que les frontières soient annihilées. En Europe, l’European Round table (ERT), club des grosses entreprises européennes (ou l’‘AFEP, association française des entreprises privées, soit les gros bonnets du CACa(a)40, a obtenu, notamment du curé Delors (livre blanc et grand marché lors de sa  présidence de l’UE), l’ouverture totale des marchés à la concurrence. Cependant, il n’en reste pas moins que les moyens de production sont sous-employés ce qui conduit à une concurrence de plus en plus sauvage. A cela s’ajoute que désormais bien des domaines sont dans les rendements croissants car le coût direct des moyens de production est très faible par rapport aux frais d’investissement. Toute production supplémentaire vendue au-delà du point mort est du bénéfice. Ce n’et pas si nouveau car aux lendemains de la libération du nazisme et pour obtenir las aides du plan Marshall la France, notamment, a dû accepter le cinéma américain pour cette raison : que les producteurs Yankees amortissent leurs coûts sur un vaste marché.

*  L’abondance de pognon à la recherche  d’espaces d’investissement rentable ou sûr : les Etats pétroliers, les multinationales, les riches détaxés un peu partout, la Chine et l’Allemagne avec leurs excédents commerciaux. Ce fric s’accommode de taux d’intérêt assez faible si la dette a l’air assurée. C’est du reste pourquoi il fallait libérer la circulation des capitaux pour en bénéficier. Or les excédents commerciaux des uns (des Huns) se transforment, sou pour sou, en appel de capitaux prêtés par les autres pour couvrir les déficits ; ce qui rend la sphère financière inéluctable pour les Etats endettés, ce qui les a poussés à accepter la libre circulation des capitaux. Les Etats ont choisi de financer leurs déficits, parfois leurs investissements (le programme nucléaire français), par l’appel à des emprunts sur un marché international des capitaux, ce qui les a mis sous la coupe desdits marchés. Parce que les emprunts internationaux coûtaient moins chers que les locaux et parce que l’épargne locale n’offraient pas les ressources nécessaires (sauf, notamment en France, mais c’était plus coûteux).

* Des Etats qui ont laissé filer la protection sociale au profit de la dette généralement extérieure, puis qui se sont lancés dans des politiques de compétitivité en abaissant les charges sociales pesant sur les entreprises, y compris celles qui n’étaient pas dans la concurrence internationale.

* Des Etats qui ont vu dans la spéculation financière une source de profits pour leurs banques et leurs assureurs ou leurs multinationales, lesquels, du reste, on fait pression sur les politiciens pour avoir les mains libres. Des Etats qui ont tout fait pour favoriser les profits au nom de la compétitivité et qui ont compensé la perte de pouvoir d’achat des salariés par l’appel au crédit pas cher et aux productions importées à bas coût à partir de pays les moins-disant dans tous les domaines.

* Des multinationales qui ont vu dans les marchés extérieurs la possibilité d’acheter au moindre coût et de vendre ou de produire au plus bas prix possible pour éliminer leurs concurrents et vendre plus, qui ont vu dans la spéculation financière le moyen d’arrondir leurs bénéfices.

* Des banques et autres financiers qui ont poussé à la dérégulation pour spéculer afin de maximiser leurs bénéfices. Ces instances ont reçu le renfort des économistes à la mode chez les gouvernants, tous convaincus de l’excellence des théories, et les journaleux stipendiés et idéologisés par les « réservoirs de pensée » libérale.

  * Ces politiques ont été facilitées et accélérées par les nouvelles technologies de l’information et de la communication qui ont une grande importance dans la financiarisation du capitalisme. Les NTIC ont multiplié de façon exponentielle la vitesse de traitement et de circulation des informations et les capacités de son stockage. Elles permettent le travail à distance. Elles facilitent les échanges d’idées et donc la créativité car les cadres concepteurs surfent sur Internet. Le coût de l’information, de l’accès aux données, aux centres de ressources est devenu presque négligeable relativement aux autres dépenses. Elles permettent l’accélération de la circulation financière en temps réel. Elles ont facilité l’appel aux paradis fiscaux et rendu le traçage des fonds, de l’évasion fiscale, des trafics illicites et de la corruption très difficile. Elles ont permis le développement des opérations hors bilan via des filiales off shore. Elles ont rendu plus productives les tâches de gestion et d’administration (y compris à distance), de même qu’elles ont facilité celles de conception assistée par ordinateur. Le développement des NTIC (le Web, le Wi, l’ADSL sur fibres optiques)  a aussi produit  que ce que l’on vend de plus en plus souvent ce ne sont plus seulement des produits ou des services mais « des accès » à leur mise à disposition.

 *  L’écroulement du communisme en tant que système socio-économique et comme idéologie a renversé les rapports de force en faveur du capitalisme débridé (même en Chine), triomphant et envahissant.

 * Les évolutions socio-culturelles (hédonisme, relativisme des valeurs, culte de soi et de l’authenticité, autonomie anti-hiérarchique, etc. ont procuré au capital de nouvelles occasions d’expansion, mais ceci concerne avant tout l’influence de la publicité, de la mode, de la gadgétisation, de la différenciation des produits en regard du caractère ostentatoire des consommations. Elles ont fini, à partir de l’individualisme matérialiste libéral, l’apparition de l’immoralité, de la cupidité rapace dans les affaires. Cela a été facilité par une comptabilité new look dite au prix de marché et par les conflits d’intérêt dans les agences de notation.

La transformation du capitalisme en mondialisation financière et en primauté de la rentabilité exponentielle n’est pas une auto-création spontanée de sa nouvelle logique. Ce qui prouve que les lois du capital n’ont rien d’intemporel. Ce sont des décisions politiques qui ont installé les lois propices à l’expansion de la finance à la place du capitalisme de production et d’industrie. Ces lois sont en général issues du court-termisme des dirigeants politiques, de leur incompétence, de leur façon politicarde de se sortir de la merde par des expédients non étudiés quant à leurs conséquences quand le pays sombre économiquement, de leur propension à la corruption, de leur soumission aux sirènes capitalistes usant de l’arme fatale de la fermeture des usines. C’est un effet malheureux de la fausse démocratie soi-disant représentative.  

 

 

 

 

L’impunité de l’Etat d’Israël

Posté : 2 juin, 2010 @ 6:06 dans politique | Commentaires fermés

L’abordage dans les eaux internationales de la flottille humanitaire, fût-elle organisée par des islamistes patentés, est encore un exemple de ce que l’Etat israélien est au-dessus des lois de la communauté mondiale. Ce n’est qu’une péripétie dans une longue histoire d’exactions, à commencer par la façon dont les Palestiniens ont été chassés de leurs terres en 1948. Ce sont même des historiens israéliens qui ont dévoilé le pot aux roses.

On sait que depuis 1967, Israël occupe la Cisjordanie (il y avait aussi le territoire de Gaza, il y a aussi le Golan syrien) indûment malgré de nombreuses résolutions des Nations Unies. Et puis il y a la construction, presqu’achevée, du « mur de séparation », qui empiète, soi-disant pour des raisons de sécurité, sérieusement sur le futur territoire palestinien, car il dessine des frontières qui vont au-delà de la « ligne verte ». Ce mur divise des villages, empêche les travailleurs des territoires de rejoindre leurs terres ou d’aller travailler en Israël ou de visiter leur famille établie à Jérusalem-Est, sauf à franchir des check points humiliants et où l’on attend des heures son entrée, y compris pour des ambulances.

Le territoire est quadrillé par des routes ou autoroutes réservées aux Israéliens et qui morcellent les terres agricoles et balkanisent le territoire palestinien ; les Palestiniens ne peuvent pas circuler sans papiers délivrés au compte-goutte. Les colonies ne cessent de s’étendre (croissance de 5 % par an) ou de se multiplier malgré toutes les tentatives de paix. On observe qu’elles ont essaimé au fur et à mesure des pourparlers de paix au point que l’on peut se demander si ceux-ci n’avaient pas pour but caché de faciliter cette progression avec laquelle les palestiniens se sont estimés floués par leurs propres négociateurs, ce qui a favorisé l’émergence du Hamas. En tout état de cause, Israël tenait a cette extension afin de se donner des marges de manœuvre dans les négociations notamment en vue d’échanges de territoires. Ces colonies disposent d’une sorte de no man’s land dans lequel  les Palestiniens ne peuvent s’aventurer, y compris quand il s’agit de travailler leurs terres, sans risquer de très gros ennuis car des colons excités s’y livrent à des « ratonnades » ou tirent à vue. Jérusalem-Est est patiemment grignotée par des expropriations arbitraires, des interdictions de construire pour les Arabes israéliens. Les oliveraies, les orangeraies, les plantations palestiniennes sont souvent détruites sans indemnisation pour l’extension des routes et des colonies. Israël a monopolisé les eaux du Jourdain, l’espace aérien, les frontières, les voies d’accès.

Depuis 2007 Gaza est sous blocus sous prétexte que le Hamas, qui s’est emparé illégalement de ce territoire contre l’autorité légitime des Palestiniens, évacué par Israël afin de s’étendre ailleurs et surtout afin de ne pas le nourrir (les règles internationales prévoient que les occupants doivent répondre aux besoins de la population), ne reconnaît pas l’Etat Israélien. C’est une stratégie constante de cet Etat que d’exciper de sa non-reconnaissance et du « terrorisme » afférent pour continuer d’occuper la Cisjordanie et maintenant mettre les Gazaouis  sous embargo. C’était déjà  le cas lors de l’OLP et du Fatah d’Arafat. Par ailleurs, ce sont les Israéliens qui ont suscité le développement du Hamas, comme les USA avaient soutenu les talibans contre l’URSS, pour faire pièce à Arafat avec les conséquences que l’on sait : rivalité entre l’autorité palestinienne d’Abbas et le Hamas qui a organisé la  sécession de Gaza. Le blocus de gaza depuis 2007 est une énorme punition collective d’une population de 1,5 millions d’habitants sur un territoire de 40 km de long sur 10 de large. Les pêcheurs de Gaza ne peuvent plus sortir en mer car la zone côtière qui leur est ouverte est ridicule. Les Gazaouis manquent de tout, à commencer de travail car lors de sa dernière intervention Israël a méthodiquement détruit toutes les installations de production. Ils ont le nez maintenu au-dessus de la fosse à purin grâce à l’aide internationale humanitaire, provenant notamment et beaucoup de l’UE. Les entrées de matériaux de construction pour reconstruire et reloger les gens dont les habitations ont été détruites sont numérotées, même pour l’Hôpital que la France s’est engagée à réparer… On sait que l’Etat hébreu s’amuse à retenir le plus longtemps possible le produit des exportations palestiniennes ou les droits de douane ou taxes d’importation à leur profit. Il s’agit vraisemblablement d’affamer ce peuple pour que le maximum de gens aille chercher à survivre ailleurs. Dans ces conditions l’aide européenne sert indirectement l’Etat d’Israël comme si l’on était dans des vases communicants. En effet, cette aide dispense la puissance occupante de subvenir aux besoins des occupés. Plus fantastique encore est le fait qu’Israël vient d’être admis à l’OCDE en y incluant les productions agricoles ou industrielles de la Cisjordanie. Les Occidentaux consacrent donc l’idée d’annexion de celle-ci par les occupants et cela sans la moindre légitimité.

Il faut rappeler qu’en droit international (et dans le droit normal tout court des pays démocratiques), les punitions collectives sont interdites. Et ce n’est même pas efficace car le seul résultat tangible est le soutien massif des Gazaouis au Hamas et l’hostilité des peuples d’Arabes à Israël. On se rappelle les très meurtrières (pour les populations civiles) interventions d’Israël au Liban et à Gaza après des lancements  de roquettes sur son territoire idiotement effectués par le Hezbollah libanais et le Hamas de Gaza. Ces réponses étaient manifestement disproportionnées. Certes Israël a raison de punir ces attaques, mais il faut se souvenir que le nombre de victimes israéliennes est dérisoire par rapport à celui des palestiniennes ou libanaises. On sait qu’Israël mène des attentats « ciblés » contre des opposants y compris à l’étranger, évidemment sans le moindre jugement ; par exemple le chef spirituel du Hamas, cheikh Yassine, vieillard aveugle et paralytique, a été zigouillé par un missile. Les maisons où des « terroristes «  sont présumés être sont détruites par des missiles expédiés par des drones, ce qui souvent tue toute la maisonnée familiale même quand la personne visée n’y est pas. Quand un terroriste est attrapé, sa maison est rasée, tant pis pour ses autres occupants. On a la pénible impression que la vie des Palestiniens, généralement des civils non impliqués, n’a aucune valeur. Et aussi celle des étrangers soutenant le peuple palestinien : une jeune américaine a ainsi été écrasée par un engin de terrassement lors d’une manifestation.

La communauté internationale supporterait-elle tout cela de la part d’un autre pays ? La réponse est non. Enfin presque toujours sauf quand il s’agit d’alliés de la Chine ou de la Russie qui ont aussi un droit de veto. Si cela dure depuis 1967, c’est à cause du soutien indéfectible des USA et de l’UE, laquelle d’ailleurs joue un double jeu puisqu’elle finance largement la Cisjordanie du Fatah et l’humanitaire à Gaza. A l’ONU, à cause du droit de veto US, Israël n’est jamais puni que par des remontrances. Ainsi, l’arraisonnement de la flottille humanitaire (9 morts, une trentaine de blessés) dans les eaux internationales vient de faire l’objet d’une simple admonestation et de la demande d’une enquête menée par le coupable lui-même avec sa propre police, ses propres enquêteurs, sa propre justice ! Les USA (administration Obama) ont plié devant le gouvernement israélien qui a obtenu de continuer ses extensions de colonies dans la zone de Jérusalem malgré l’ouverture d’une négociation sur la création de deux Etats (stoppée ou encalminée actuellement à cause de cela). Mme Clinton vient cependant de critiquer le blocus de Gaza…

Rappelons qu’Israël a aussi le soutien des pays arabes du coin : l’Egypte (qui a obtenu sa part de Sinaï), la Syrie (qui veut récupérer le Golan), la Jordanie. Cela risque de ne pas durer tant les populations arabes sont remontées contre leurs gouvernements qui laissent faire leur puissant voisin pour ne pas se fâcher avec les USA (qui aide économiquement l’Egypte, bien que moins qu’Israël). Du reste, l’Egypte vient de rouvrir le terminal de Rafah pour que les Gazaouis puissent s’approvisionner sans passer par des tunnels interdits (par Israël et l’Egypte) et dangereux. Par ailleurs, la Turquie (la plupart des 9 morts dans l’assaut des bateaux sont des Turcs et c’est une organisation humanitaire turque, proche des islamistes, qui était  chef de file de l’opération) peut fort bien désormais retirer son soutien à l’Etat israélien.

Puisque la France est si soucieuse des droits de l’homme, je suggère à M. Sarkozy d’organiser une opération humanitaire de livraisons à Gaza avec un bateau de guerre. Par exemple, la Jeanne d’Arc. Si les Israéliens la coulent, ce ne sera pas grave : elle est en train d’aller à la casse. Au passage, on verra si les soldats israéliens sont aussi courageux contre un bateau de guerre et un équipage bien armé, lui, et si leur gouvernement osera l’attaquer ?

La justice

Posté : 23 mai, 2010 @ 10:58 dans politique | Commentaires fermés

La justice est le soubassement du droit. En parler en univers libéral, c’est comme roter à la table des banquiers ou déféquer sur le green des dirigeants de grosses boîtes. D’ailleurs, les économistes nous préviennent gentiment qu’ils ne s’occupent ni de morale ni de justice. Hayek, en tant que sociologue-économiste a prétendu que la justice sociale n’existait pas. Pourtant quelques rares économistes, comme Amartya Sen par exemple, s’en préoccupent.    Il y a deux grandes conceptions actuelles de la justice : celle de l’égalité des situations et conditions, d’obédience socialiste, celle de l’égalité des chances relevant du libéralisme politique. La 1ère tend à réduire les écarts de richesse et de positions sociales entre les citoyens elle s’attaque en principe aux hiérarchies et aux inégalités en place parce qu’il en va de la cohésion sociale ; en effet les inégalités créent de l’envie et du ressentiment, elles divisent et empêchent la coopération bien utile au développement économique. Par ailleurs, il s’agit de faire en sorte que l’égalité politique se traduise en égalisation économique des statuts et positions dans la hiérarchie sociale car « on ne saurait avoir la démocratie à la ville et la monarchie à l’usine » (Marc Sangnier). A quoi s’ajoute le fait que les droits  politiques, égalitaires formels, proclamés par la Révolution française, sont contredits par les inégalités réelles. Cette antinomie n’a jamais été résolue parce que, en réalité, cette révolution a été d’inspiration économique libérale et a ouvert les vannes des asymétries de pouvoir (suppression des corporations, interdiction des coalitions, donc liberté des patrons et assujettissement des ouvriers). Il a fallu attendre la république des Jules » et le début du 20ème siècle pour que soient crées des protections envers le travail et mis en place des dispositifs compensateurs des inégalités ; par exemple l’impôt progressif sur le revenu et la taxation des héritages. Le « solidarisme » de la république radicale, barbichue et du cassoulet, au nom de la dette sociale de chaque individu vis-à-vis de la société et de la dette de celle-ci envers les individus, a consisté à aider le travail tout en conservant un régime libéral et capitaliste ne touchant en rien à la propriété. L’idée était que l’amélioration du sort du travailleur avait des effets positifs sur sa santé et donc sur sa capacité de travail. De même, l’éducation « laïque, gratuite et obligatoire » (égalitaire mais seulement pour le primaire et jusqu’au brevet) a été créée pour que les travailleurs disposent d’une éducation primaire nécessaire à leur insertion dans le monde professionnel et facilitant l’essor des forces productives. En même temps, les « hussards noirs de la république » étaient chargés de repérer les enfants prometteurs issus des classes sociales défavorisées pour faciliter la « circulation des élites » (thème socio-économique propagé par les fascistes Mosca et Pareto), gage d’apport de sang neuf et portage d’une espérance de promotion justifiant la société des propriétaires. Il faut quand même se souvenir que tout un courant important du socialisme français se battait contre l’égalitarisme en prônant en même temps l’égalité des chances et la promotion par le mérite.       

Au 20ème siècle, le socialisme, devenu essentiellement marxiste et collectiviste, s’est encroûté. Il prônait la révolution mais comme les temps n’étaient pas mûrs, il s’accommodait d’une société assurant des protections et des garanties au salariat, offrant des services publics égalitaires car ouverts à tous et s’arcboutait sur le principe de l’égalité de traitement. Il acceptait les inégalités issues de l’économie de marché, mais en en restreignant les effets par la redistribution et par la limitation des écarts de revenus nets après impôts. Cela s’est traduit par le fait que toutes les assurances sociales étaient fondées sur des cotisations des travailleurs et des patrons sans participation étatique, sans surplus d’impôts pour les plus riches et en laissant au capital sa liberté d’action. Cependant, la sécurité apportée aux travailleurs avait une grande conséquence économique : elle leur permettait de se projeter dans l’avenir, de pouvoir emprunter grâce à un salaire stable, de devenir propriétaires (ce qui est un gage de soumission surtout quand on n’a pas encore remboursé ses emprunts) ; elle diminuait l’angoisse du lendemain et était donc favorable à la productivité notamment par une meilleure motivation au travail. Elle était en même temps plus satisfaisante pour la paix sociale et la coopération car les tensions compétitives entre acteurs étaient limitées.   

Or, cette politique, largement mise en place après la 2ème guerre mondiale (programme du CNR), a conduit à l’apparition de corporations puissantes, capables par leur pouvoir de nuisance d’arracher des privilèges aux puissants, soucieuse « d’avantages acquis » et surtout défendant avant tout leurs mandants déjà installés dans le travail. Les « insiders » défendaient leur bastion contre les « outsiders » et cela parce que le statut de salarié, surtout dans un service public, donnait tout : salaire meilleur, retraite, assurance-maladie, etc. Toutes ces choses sont critiquées par les libéraux qui y voient un empêchement à l’atteinte du « taux de chômage naturel » et à la diminution des coûts salariaux, ce qui nuit à la compétitivité. Les outsiders étaient donc exclus du monde du travail et de ses maigres avantages alors que, dixit le libéral, le système de protection sociale, de service public « gratuits », de redistribution encourage « l’assistanat ». Au lieu d’être mobiles, imaginatifs, dynamiques, les travailleurs surprotégés se complaisent dans leur situation.       

Que faire ? C’est la 2ème conception de la justice qui est fondée sur l’égalité des chances. Cette démarche laisse intacte les hiérarchies en place et ne vise aucunement à réduire les inégalités de position sociale et de revenu ou patrimoine. Elle est fondée sur le « mérite » et la « vertu ». Celui qui a des capacités et se défonce peut monter dans la hiérarchie existante à condition que l’égalité des chances au départ soit assurée. Il faut que la compétition entre individus pour se propulser le plus haut possible soit ouverte à tous au démarrage. Ensuite les parcours et les réussites peuvent diverger, mais ils sont donc conditionnés par le mérite individuel. La république française a suivi cette voie méritocratique, notamment avec le plan Langevin-Wallon, la création du collège unique, la démocratisation des universités. Le problème, soulevé par la Cour des Comptes en mai 2010, est que la chose s’est faite dans le cadre du principe d’égalité de traitement qui s’accommode fort mal des différences entre élèves et régions.       

Aux yeux des libéraux, cette approche a d’énormes avantages, outre celui déjà vu de ne rien toucher aux structures sociales inégalitaires et aux hiérarchies sociales. Elle signifie aux gagnants qu’ils sont des vainqueurs méritant leur succès et aux perdants qu’ils sont des minables responsables de leur échec. Se trouvent ainsi justifiées les inégalités sociales résultant de la compétition et la concurrence entre compétiteurs. Les libéraux ne manquent pas de mettre en relief les avantages économiques du mérite, de la compétition vertueuse, des inégalités. Ces dernières sont un aiguillon (une « incitation » chez les économistes, alors que la 1ère conception de la justice développe des « dés-incitations ») pour se démener afin de devenir le plus riche possible. Le mérite justifie que les inégalités existent, ce qui pousse chacun à envier les autres et donc à « travailler plus pour gagner plus », ce qui se traduit en productivité extensive et en volume de production. La vertu pousse chacun à bien faire son travail, à être plein de probité, à respecter la propriété, à faire montre de sympathie et d’imitation envers les riches, ce qui assure la paix sociale et la sécurité des affaires et de l’ordre social capitaliste et individualiste.       

Evidemment, on peut questionner les prémisses de la doctrine de l’égalité des chances. Le mérité est-il vraiment individuel ? Sûrement pas car tout le monde reçoit beaucoup de la société (dette solidariste) et car personne ne se réalise tout seul sans la coopération des autres. Le mérite est largement socialisé ou collectif et la part individuelle qu’on peut lui consentir est relativement limitée. C’est ce que, du reste, on trouvait dans les « groupes autonomes de production » (lancés chez Volvo, years ago) avant que tout ne fut individualisé (objectifs, salaires, primes, récompenses, carrières, etc.) par le management moderne. Le mérite est-il soluble dans la réussite, est-il essentiellement financier ou patrimonial ? Un moine n’a-t-il aucun mérite ou un médecin des pauvres ou de MSF ?      

Et s’agit-il vraiment de vertu ? De laquelle ? De la protestante du travail et de l’épargne ? (Voir Weber et l’éthique du protestantisme en regard du développement du capitalisme). Ou est l’honneur ou le courage ou le respect de la parole donnée ? D’ailleurs, l’observation des pratiques capitalistes et financières récentes montre facilement que ce qui règne ce sont la fraude, le truquage, la manipulation, le secret, la ruse, l’immoralité, l’ostentation, le mépris des autres, l’enrichissement sans cause, etc. Et qu’en est-il du respect de la dignité humaine et de l’égalité (libérale) de considération quand les écarts de richesse atteignent la stratosphère ? D’ailleurs les vertueux promoteurs de l’égalité des chances aujourd’hui, comme Sarkozescu ou Bush, ont restauré l’héritage quasiment sans droits de succession, ce qui évidemment contrevient au principe du mérite.       

Sur ces entrefaites, les sociétés sont devenues multiculturelles et on y a acquis le « droit à la différence ». La société est scindée en communautés qui toutes s’estiment lésées et se concurrencent dans la surenchère à la plus discriminée. Du coup, les libéraux anglo-saxons ont inventé « l’affirmative action » (discrimination positive) qui consiste à compenser les handicaps subis par telle ou telle communauté pour restaurer l’égalité des chances : les Noirs, les Latinos, les femmes, les homosexuels, les handicapés, etc. On a donc désormais des Noirs qui vont dans les grandes universités américaines et qui émigrent dans les quartiers chics des suburbs. Le résultat est que les autres Noirs restent dans des ghettos désertés par la upper class noire et qu’ils restent tout autant qu’avant victimes des inégalités et de la pauvreté. En effet, la promotion de quelques uns grâce à la discrimination positive n’affecte en rien la structure des classes sociales aux USA et ailleurs. Autre résultat, les communautés ont tendance à rechercher la différenciation et à jouer sur la victimisation différentielle, ce qui les oppose les unes aux autres, à tout le moins les sépare. Ainsi M. Dieudonné est-il devenu antisémite parce que l’holocauste des Juifs, sans cesse rappelé, faisait oublier la traite des Noirs et l’humiliation des Arabes au Moyen-Orient. Cela est évidemment un effet encouragé par le libéralisme au nm de l’égalité des chances car pour conserver l’ordre social inégalitaire le mieux est encore de diviser pour régner. Aux atomes individuels s’ajoutent des molécules groupales tout autant séparées et en concurrence pour les bienfaits publics et la charité privée. Du reste, la thèse du primat du mérite entraîne que les gagnants de la compétition via l’égalité des chances puissent choisir leurs bons pauvres, ceux qui font des efforts et méritent d’être aidés à titre personnel et sous le regard inquisiteur des dames patronnesses.      

La compétition entre mérites personnels fait que l’angoisse et le stress des personnes redouble : peur de ne pas être à la hauteur, d’être méprisé, de n’être pas sélectionné pour une promotion, d’être lourdé, etc. cela a naturellement un coût économique : mauvaise santé, abus de tranquillisants, stress pouvant aller jusqu’au « burn out » (dépression brutale et subite comme si l’on s’était consumé de l’intérieur) et au suicide, rivalités non coopératives pour gêner le concurrent et néanmoins collègue, camouflage de l’information pour ne pas l’aider et se réserver une asymétrie de pouvoir, etc.       

Comme toujours les oppositions tranchées et dogmatiques sont fausses ; la bonne conception de la justice serait d’assurer non pas une égalité de conditions sociales mais une égalité d’accès et de moyens dans des structures mises à disposition de tous (services publics) et une égalisation minimale des rétributions et des conditions de bonne vie, comme cela existait avant le triomphe de la finance. Dans ce cadre, il importe d’empêcher l’émergence de corporations et de groupements non seulement axés sur la défense de leur bout de gras, ce qui est légitime dans une société démocratique et pluraliste, mais encore disposant de moyens de nuisance bien au-delà de leur poids réel et de leur part dans la population. La corporation est légitime ; il suffit de contrer ses effets négatifs. Bien sûr, il faut ajouter à cela une vraie égalité des chances ; celle-ci ne peut reposer sur des dispositifs ou des aides à usage individuel. Elle doit donner des moyens structurels (des droits « restitutifs », disait Durkheim) de compensation des inégalités sociales, elle doit reposer sur une organisation et non s’en remettre aux mécanismes du marché et à des compensations individuelles postérieures aux structures sociales sans y toucher.     

Cependant, nul ne saurait récuser l’utilité de la notion de mérite comme celle d’égalité. Mais l’égalité des chances à la sauce libérale, notamment d’aide aux discriminés et de filet de sécurité à grosses mailles pour les vaincus de la compétition, conduit à ne pas créer les moyens et les structures qui forment la base d’une égalité des chances loyales. Je souligne que chez Proudhon il y a prise de position ferme pour l’égalisation des conditions car les forces collectives sont interdépendantes et liées dans une « solidarité organique », car toute fonction, même la plus humble est nécessaire aux autres, car les tâches les plus pénibles devraient être reconnues et bien mieux payées que dans le capitalisme. Il y a aussi prise en compte du mérite et de l’égalité des chances. Il y a enfin que les structures socio-économiques assurent que les échanges sont équilibrés et que des structures ad hoc permettent l’accès possible aux plus hautes fonctions. Chez lui il ya socialisation de la justice dans ses deux formes, lesquelles ne sont pas opposées, ni séparées mais combinées. Et ce qui les combine, c’est la réciprocité, c’est la « mutualité ». 

 

C’est la mouise… pour les peuples européens

Posté : 15 mai, 2010 @ 4:59 dans politique | Commentaires fermés

 

La spéculation, depuis début mai, attaque sauvagement les pays européens membres de l’Eurogroupe. L’UE a mis beaucoup de temps à réagir à la crise de la dette grecque qui remonte déjà à plus de huit mois. Les réticences de l’Allemagne à aider un pays « club med » y sont pour beaucoup. Mais la nature même des traités européens avec la monnaie unique, la BCE et le pacte de stabilité, aussi. Dans leur cadre, il était interdit à  la BCE d’acheter des dettes des Etats membres et de faire des emprunts, le déficit budgétaire annuel ne devait pas dépasser 3 % du PIB et la dette 60 %.  La France et l’Allemagne ont outrepassé ces limites en 2005, ce qui a autorisé tout le monde à en faire autant. La BCE ne devait s’occuper que de l’inflation et de la stabilité des prix, aucunement de la croissance et de l’emploi ni de l’inflation immobilière ou des actifs financiers. 

Il en ressort que la politique monétaire, rigoureuse sur demande de l’Allemagne pour abandonner le mark au profit de l’euro, dépend de la BCE, de même que celle du taux de change de l’euro, lequel est descendu hier 14 mai à 1,23 dollars pour 1 euro, pour le plus grand bien de la Germanie qui est le seul pays vraiment compétitif et exportateur (au 2/3 dans l’UE !) au plan international. Les pays n’ont plus la possibilité de dévaluer (au profit des Gibbies qui ont laissé la livre se déprécier de 25 %) pour retrouver de la compétitivité par les prix. Il ne reste que la politique budgétaire et fiscale ou la stratégie industrielle et commerciale. 

Les grands manitous de la construction européenne, dès le départ avec le mort Schumann et compagnie, puis le curé Delors (sans Barre) ont pensé que le processus d’unification économique entraînerait l’unification politique ; ensuite que la monnaie commune serait le ressort d’une politique économique, fiscale et budgétaire commune. On voit les résultats puisque rien de tel n’existe. On n’a que le grand marché de la « concurrence libre et non faussée », y compris et surtout pour la libre circulation des capitaux, et la sacro-sainte monnaie unique. Ces deux dimensions sont en fait les mâchoires d’un étau qui met les peuples européens en concurrence les uns avec les autres et conduit au chacun pour soi, qui est devenu avec la crise un sauve-qui-peut. Cet étau fonctionne tout seul sans que les gouvernements puissent le desserrer. Cela a été voulu : par les Rosbifs qui ont saboté l’Europe en permanence dès leur entrée en 1973 grâce à Pompidur et ont toujours voulu uniquement d’une zone de libre-échange dominée par les USA, par les Teutons qui ont vu là le moyen de dominer par l’économie et qui ont poussé à l’élargissement à l’Est après la chute de l’URSS (Etats amis, atlantistes, nouveaux marchés et espace de main d’œuvre bon marché, donc comme leur zone d’influence au détriment des pays du Sud de l’Europe), par la France qui abandonnait le leadership économique de l’Europe aux Prussiens, qui protégeait son agriculture et qui s’imaginait garder la puissance politique et militaire. 

Nos grands politicards pro-européens ont tout simplement oublié que c’est l’Etat qui crée la monnaie et non celle-ci celui-là. Alors chacun a mené une politique à la fois commune et différente. Commune au plan économique du « marché total » ouvert à tous les vents internationaux, alors que d’autres pays faisaient du protectionnisme camouflé,  et au plan du financement des déficits budgétaires par l’emprunt à l’étranger. En fait, les gouvernements ont le plus souvent laissé filer la dette car on pouvait emprunter moins cher sur le marché international des capitaux bourré de pétrodollars et des excédents commerciaux des pays émergents. De plus, cela leur permettait de ne pas prendre les mesures nécessaires pour équilibrer le budget, ce qui aurait eu des répercussions sur le climat social au moment exact où les charges sociales progressaient (vieillissement, chômage). Enfin, cela permettait le casino financier favorable aux banques et investisseurs et cela assurait une rente aux prêteurs nationaux, les mêmes du reste qui ont été quasiment exonérés d’impôts. Ce faisant, les pays européens se sont mis d’eux-mêmes sous la coupe des marchés financiers et des spéculateurs. On peut aussi légitimement penser que ce laxisme était voulu ; en effet, au bout d’un certain temps la dette devient insoutenable, comme les trous sociaux, et alors le gouvernement peut crier : TINA, there is no alternative (leitmotiv de Thatcher), il faut sabrer dans les dépenses sociales, privatiser les services publics, n’aider que ceux qui sont vraiment dans la merde. C’est pourquoi, in petto, les gouvernants se réjouissent du label Hellène : il faut faire comme lui, prendre d’impopulaires mesures d’austérité afin de sauver la rente, le casino financier et le capitalisme « libéral ». Et les peuples européens sont maintenant en train de comprendre que la fête est finie ; on passe à l’austérité partout, plus vite que prévu, à cause de la spéculation internationale. Laquelle n’est pas totalement injustifiée car l’Europe a, comme les USA, vécu au-dessus de ses moyens en régime capitaliste de concurrence sauvage et mondialisée. 

Commune aussi dans les visées gouvernementales : instaurer le règne du libéralisme, faire prévaloir l’idéologie libérale des « marchés efficients », faire régner le fric, récompenser le « mérite », la prise de « risque », punir les feignasses assistées qui vivent aux crochets de l’Etat, sacraliser la propriété et le patrimoine.  C’est pourquoi, partout, les gouvernements se sont lancés dans la course au moins-disant social ou fiscal et ont favorisé les riches et les entreprises en supprimant ou baissant leurs impôts. NAP-au-LEON, empereur des Français de Neuilly-Auteuil-Passy au Léon breton, a du reste fait très fort en 2007 (bouclier fiscal, presque plus de droits de succession, aides à l’accession à la propriété, etc.). Soit dans les 30 milliards en moins pour les recettes publiques, dont 20 pour les riches ; à quoi s’ajoutent les 75 milliards des 468 niches fiscales nouvelles ou anciennes, les 63 milliards d’aides aux entreprises (plus sans doute dans les 100 milliards de fraude fiscale ou sociale), les 4 milliards pour les heures.sup détaxées, les 3 milliards pour la restauration (TVA à 5,5 au lieu de 19,6). On comprend pourquoi le budget monte en 2010 à 450 milliards dont 150 de déficit. 

Mais différente aussi car chaque pays a dû se battre avec les moyens du bord. Les Fridolins ont maximisé leur avantage comparatif et compétitif en sauvant leurs capacités industrielles : sous-traitance délocalisée à l’EST tout en gardant les productions de haute technicité, purge sociale sous Schröder-Hardt, TVA sociale, le tout correspondant à une dévaluation-compétitivité de 10 %. Evidemment sur le dos des autres pays qui ont vu leurs importations de Germanie s’accroître et leurs exportations diminuer. Mais rira bien qui rira le dernier ; en effet si ces autres pays entrent en période de déflation, par suite de leurs politiques d’austérité au moment même où il faudrait relancer l’économie, alors les Saxons ne pourront plus y exporter. Mais les Doriphores sont tenaces et coriaces : ils visent sans doute une zone Mark constituée avec l’Europe de l’EST. 

Les Grands-Bretons ont poussé, via notamment les paradis fiscaux comme les îles Anglo-Normandes, sur la finance qui représente 13 % de leur PIB (en 2007) et 20 % de l’emploi (avec les emplois induits). Ils n’ont rien épargné (taux d’épargne -4 % du revenu contre + 11 en France) et se sont livrés aux délices de l’immobilier à crédit. Ils ont encore 16 % de leur PIB dans l’industrie mais celle-ci a été largement achetée par l’étranger. L’Anglais est endetté à hauteur de 154  % de son revenu contre 75 en France. Les Ibères-Nation ont tout mis sur le tourisme et l’immobilier et n’ont à côté aucun secteur d’exportation et de compétitivité. La verte Erin a attiré les sièges d’entreprises internationales par un impôt sur les sociétés à 12 % contre 30 en moyenne européenne, a vécu à crédit et à l’immobilier. Patatras. Le Coq gaulois a laissé filer les déficits pendant 30 ans, saboté sa petite industrie au profit des grands champions nationaux (ex-grands projets gaulliens ou entreprises publiques) plus ou moins privatisés, délocalisé, y compris des secteurs clefs, ce qui fait que la France n’a plus que 15 % de son PIB dans l’industrie, a joué le jeu de l’emploi déqualifié détaxé de cotisations sociales jusqu’à 1,6 SMIC. Résultat : 48 milliards de déficit de la balance commerciale en 2009, stagnation des salaires pour ne pas dépasser le seuil de 1,6 SMIC, non-développement des emplois qualifiés vers la recherche et l’innovation, croissance molle depuis longtemps. 

Donc les marchés financiers et les spéculateurs savent très bien que les pays européens, dans l’ensemble, sont trop endettés et auront une croissance très faible (0,1 % en France au 1er trimestre 2010 contre 0,4 attendu) faute de compétitivité et par manque de consommation ratiboisée par l’austérité. Ce qui fait que des doutes spéculatifs sont permis sur leur capacité à rembourser leur dette. Les gouvernements en 2008/2009 ont sauvé et renfloué les banques en transformant les dettes privées (des banques et financiers et autres assureurs) en dettes publiques. Maintenant, lesdites banques et les spéculateurs jouent contre l’euro à cause des dettes publiques qui ont grimpé en flèche pour les soutenir lors de la crise des liquidités de 2008. Les gouvernements sont alors pris à leur propre piège et, attaqués, doivent précipiter les mesures de restauration des équilibres budgétaires. Evidemment sur le dos des peuples, des petits, des sans grades car il n’est pas question de toucher à l’ordre libéral. 

 Les banquiers et financiers le savent et se moquent des gouvernements qui ne peuvent que serrer le kiki à leurs peuples. Non, la crise n’est pas finie, loin de là ; on va vers la déflation à la grande joie des USA, de la Chine et des autres pays émergents. Après tout, pourquoi ces peuples de l’ex-Tiers Monde n’auraient-ils pas droit au luxe occidental ? Le problème c’est que ce n’est pas eux qui en profitent : ce sont leurs gouvernements, leurs politicards, leurs financiers, leurs industriels. On le voit bien en Chine où l’exposition de Shanghaï va montrer la radicale coupure de classes sociales entre les « mingongs » (émigrés des campagnes en ville et démunis du passeport de cette ville, donc sans droits, pas même à l’école pour leurs enfants), la classe moyenne, la paysannerie et les riches. 

Les gouvernements ont sauvé le soldat Goldman-Sachs qui a aidé la Grèce à maquiller ses comptes, vendu des titres pourris qu’elle avait fait coter au mieux par les agences de notation et qui maintenant spécule contre les dettes de l’Europe. Elle a eu recours à son instrument favori, le Credit Default Swap (CDS, échange de défauts de crédit) dont elle est à la fois le créateur et le vendeur. C’est une assurance contre les risques ; quelqu’un (un fonds de pension ou autre) qui a un gros paquet d’obligations d’un trésor européen craint sa perte de valeur par risque de non-remboursement. Il achète une assurance CDS dans laquelle le vendeur dudit CDS s’engage à couvrir les pertes et touche donc une prime fonction du risque de défaut. Et ensuite les spéculateurs sur les dettes achètent du CDS à tout va en jouant à la baisse de la devise et de la dette concernées. Plus le prix des CDS augmente (car le risque sur le  «  sous-jacent », c’est-à-dire l’actif de base dont le CDS est un « produit dérivé », à savoir la dette, augmente) plus le pays emprunteur voit ses taux d’intérêt augmenter. Ce qui nous fait une jolie boucle auto-réalisatrice. Les G 20 ne devaient-ils pas réguler et contrôler la phynance ? 

Le taux de change

Posté : 10 mai, 2010 @ 5:28 dans politique | Commentaires fermés

On sait que depuis 1973 les monnaies sont flottantes. Ce qui revient à dire que ce sont les marchés (monétaire, des changes, financiers) qui fixent leur valeur relativement les unes aux autres. Par aiileurs, les différents pays ont emprunté à tout-va sur les marchés financiers internationaux, ce qui les a mis sous leur coupe. Les spéculateurs sont alors à l’affût et suivent de près le niveau d’endettement des Etats de même que leur fiabilité de remboursement. C’est ainsi que la Grèce, qui avait triché avec l’aide payante de Goldman Sachs, s’est retrouvée bien dépourvue quand la bise fut venue début 2010. Depuis, les PIGS (Portugal, Italy, Greece, Spain), suivant le surnom que les britanniques leur ont donné, sont dans l’œil du cyclone et la Commissions européenne et l’euro-group jouent les pompiers. L’euro est descendu à 1,27 dollars avant de remonter par suite de la décision du 9 mai de créer un fonds de soutien européen de 60 milliards (violation du traité de Maastricht et du pacte de stabilité qui prévoient que l’UE ne peut aider un de ses membres en difficulté) et un « mécanisme » de garantie de 440 (rachat des dettes d’un pays en empruntant sur les marchés financiers internationaux), plus 250 de plus par le FMI.  L’Europe craint que le taux de change de l’euro baisse trop car à ce moment-là ses dettes libellées en dollars augmenteraient et car cela pourrait déclencher un processus inflationniste (montée des taux d’intérêts en regard du gonflement de la dette) très dommageable pour ses chéris, à savoir les rentiers et autres détenteurs d’actifs. C’est la raison pour laquelle la Grèce ne peut se retirer de l’euro, solution gentiment suggérée par les Teutons (qui ont ruiné le pays en l’occupant en 39/45), car sa dette atteindrait des sommets astronomiques en dollars. Déjà qu’elle ne peut pas rembourser…    

Pourtant, du temps où il existait des monnaies nationales en Europe, la dévaluation, donc l’abaissement du taux de change de la devise du pays, permettait de retrouver de la compétitivité par les coûts pour exporter et améliorer la balance commerciale. L’inconvénient était un renchérissement des importations et donc de l’inflation importée. Mais alors, les Etats conservaient la maîtrise de leur politique monétaire : taux de change, taux d’intérêt, masse monétaire. Avec l’euro et la BCE, ces fantaisies ne sont plus de mise. Il en reste plus aux pays que leur politique budgétaire (sous réserve d’observer les critères du pacte de stabilité monétaire : pas plus de 3 % de déficit et 60 % du PIB d’endettement),  industrielle (sous réserve de respecter les règles de la concurrence et de ne pas créer ou entretenir de monopoles) et fiscale dans certains domaines (le taux de TVA est par exemple encadré).   

C’était malin. En effet, avec l’euro, d’un côté, et les règles économiques et commerciales de la concurrence ouverte, libre et non faussée, de l’autre, et sans politique du change et avec un budget limité, les pays adhérents à l’euro se mettaient dans une situation intenable par hyper concurrence entre eux. C’était un bon moyen de pousser les gouvernements à mettre en place le libéralisme sauvage conforme aux saintes écritures du marché total qui équilibre tout et aboutit à l’optimum. Ce fut alors chacun pour soi et Dieu pour tous. Ainsi l’Allemagne s’est lancée dans les années 90/2000 dans une politique de désinflation compétitive (baisse de ses coûts) pour exporter dans les autres pays et accumuler des excédents commerciaux, exactement comme dans les rapports entre les USA et la Chine. Pour ce faire, la Teutonie avait besoin de la monnaie commune et du pacte de stabilité qui, en fait, ne faisait que changer le mark de nom. La Germanie (tous pour Hun, Hun pour tous) pouvait ainsi forcer ses concurrents soit à faire pareil qu’elle, soit à voir se dégrader leur situation au profit des Tudesques. Nos voisins d’Ultra Rhin gardaient leurs saucisses et avaient Francfort comme siège de la BCE. La France suivait avec le franc fort.  Pourquoi Tonton Mythe Errant a-t-il passé ce deal  en contrepartie de son (l)aval à la réunification saxonne? Pétain, mais c’est bien sûr. Ce n’est sans doute pas par intelligence prospective vu que celui-ci était parfaitement défavorable à la France. C’est sûrement parce que c’était un bon moyen de mettre le pays entre les mâchoires d’un étau (pas de degré de liberté du change et concurrence échevelée) qui obligeraient son peuple indocile à baisser pavillon devant les mécanismes fatals et automatiques de l’économie européenne libéralisée. En effet, le gouvernement, obligé de prendre des mesures pour soutenir la concurrence (mise en place de tous les poncifs libéraux résumés dans le consensus de Washington) de la France avec les autres pays, pouvait dire à ses électeurs grugés : ce n’est pas moi, c’est l’UE. Les Prussiens n’avaient pas non plus bien réfléchi aux conséquences à long terme de leur attitude. Ils ne rêvaient que de reconstituer le grand Reich et de dominer l’Europe par le bais de leur politique monétaire rigoureuse. Ce ne fut donc pas machiavélique car les dirigeants politiques ne pensent pas, sauf aux prochaines élections.    

Le résultat est que, avec la crise grecque accompagnée de la situation calamiteuse de l’Espagne et autres, dont l’éternelle France, l’euro est en danger. Même les Casques-à-Pointe ont fini par comprendre qu’il fallait le défendre car si les autres pays sont entraînés dans la tourmente, l’Allemagne ne pourra plus rien leur vendre et ses habitants travailleront pour le roi de Prusse. De plus, les banques tudesques ont beaucoup d’argent en Grèce (comme la France à hauteur, elle, de 53 milliards d’euros) et le non-remboursement des dettes grecques auraient des conséquences fâcheuses sur celles-ci. Et l’UE se rend enfin compte qu’on ne peut pas unifier l’Euro-group, constitué de pays très disparates à tout point de vue, à partir de l’unicité d’une monnaie et du seul marché : il faut aussi des politiques et des règles communes en matière fiscale, budgétaire, il faut une politique économique et industrielle européenne avec une « gouvernance » formalisée, il faut des règles et un contrôle de la fiance communs. La route sera longue car les égoïsmes nationaux prédominent, Anglais en tête qui se sont bien gardés de rejoindre l’euro-group et ont rejeté la partie sociale du traité de Lisbonne. Ils ont donc pu laisser descendre la livre afin de redevenir compétitifs en coûts et de continuer à jouer au Monopoly financier qui fait 20 % de leur population active. Sinon, la dette, puissant acide prussique des taux de change contrôlés par les marchés financiers, ne pourra être gérée que pays par pays suivant la bonne vieille stratégie des Horaces et des Curiaces ou plutôt des Voraces et des Coriaces. 

Dette des pays du Tiers-Monde (PTM) et mondialisation financière

Posté : 16 mars, 2010 @ 11:07 dans politique | Commentaires fermés

 

  Le problème de la dette des PTM est devenu patent depuis plus de 20 ans. Du point de vue des Institutions Financières Internationales (IFI) comme le FMI, la Banque mondiale, le « Club de Paris » pour les dettes publiques, le « Club de Londres » pour les créances des banquiers et investisseurs privés, etc., on craint de multiples cessations des paiements, pouvant entraîner un « effet domino » d’écroulement de tout le système monétaire et financier mondialisé. Le Mexique, par exemple, a suspendu le service de la dette ; L’Argentine lors de la crise de 2001 a fait craindre le pire avant d’être un peu renfloué par le FMI. Du point de vue des altermondialistes et d’associations comme le Comité pour l’annulation de la dette du Tiers-Monde (CADTM), il s’agit de faire cesser l’exploitation des PTM par les pays riches et les multinationales, de supprimer la « dette odieuse », de leur redonner les moyens d’investir et de se développer. Le problème est devenu si prégnant qu’il y a environ 10 ans, les prêteurs publics ont inventé un traitement de faveur pour les pays pauvres très endettés (PPTE, 49 pays). Mais les conditions mises à cette opération sont si draconiennes que seuls 19 pays sont aujourd’hui concernés et que sur ces 19, 3 ou 4 seulement ont vu un début d’exécution de la chose. Le 11 juin 2005, lors d’une réunion du G8 à Gleneagles en Ecosse, on afficha une remise de dette de 40 milliards de $ pour quelques PPTE. Le CADTM (voir son site : http://www.cadtm.org) montre aisément qu’il s’agit encore d’une escroquerie destinée à faire croire aux bons peuples occidentaux que l’on fait quelque chose contre la faim dans le monde. Cependant un pays a eu droit immédiatement à une remise de dettes occidentales : l’Irak après l’intervention de mars 2003 et les dégâts causés au pays et à ses installations pétrolières. Il faut ici rappeler que l’aide publique au développement avait été, years ago, fixée à 0,7 % du PIB. Aujourd’hui, Chirac plastronnant son mondialisme, la France en est à 0,34 % (0, 31du temps des socialistes jospiniens !), les USA encore en dessous et accordant leur aide très majoritairement à Israël et à l’Egypte. Seuls les pays scandinaves se sont exécutés…Rappelons aussi les prétendus objectifs du « Millénaire » affichés ensuite par le club des pays riches : faire disparaître la pauvreté en 10 ans. Les chiffres actuels montrent qu’au rythme adopté, il faudra en réalité 100 ans !

1) de quelques chiffres éloquents et effarants.

  Concentrons nous sur la dette extérieure, constituée pour 1/3 de dette publique (DP) par les IFI et les Etats et pour 2/3 de créances privées (CP) comme prêts par le secteur financier privé, par exemple par souscription des banques privées à des obligations émises par les PTM. Les DP sont à assez long terme (15 ans) et à taux d’intérêt modéré ou bonifié et concernent surtout des PTM qui ont des ressources naturelles ou agricoles à mettre sur le marché mondial. Les CP sont liées à des investissements de rentabilité pour les banques et à des opérations de délocalisation ou d’achat de firmes d’Etat récemment privatisées ou de maîtrise de ressources profitables. Ces CP sont à court terme (3 à 5 ans), à taux d’intérêt élevé et surtout variable. La dette extérieure des PTM en 2004 est de 2600 milliards de $, dont 58 % sont des CP.

  Dans ce cadre, la dette extérieure des PTM (DP + CP) est passée de 70 milliards de $ en 1970 à 2800 en 2005. Elle a donc été multipliée par 40 en 35 ans pour 5 milliards d’habitants. Remarquons que celle des USA qui représente 3400 milliards $ pour 300 millions d’habitants n’inquiète personne car les USA sont perçus par les marchés financiers comme ayant la capacité nécessaire de remboursement, alors que cette capacité se dégrade dans les PTM. De 1980 à 2005, les PTM ont remboursé 5800 milliards de $ pour un stock de dette de 540 en 1980. Pour 1 $ dû en 1980 les PTM ont remboursé 8 et en doivent encore 4…Les sommes versées pour le seul service des intérêts ont dépassé 450 milliards de $ en 2004, soit 5,5 fois le montant officiel de l’aide publique au développement, 78 milliards.

  La fortune de Mobutu au Zaïre était de 8 milliards en 1997 et la dette du pays de 12, celle des Duvalier de 900 millions contre 750 pour Haïti. Les taux d’intérêts réels, c’est-à-dire le taux nominal au moment de l’émission de l’emprunt (taux contractuel) moins l’inflation, sont passés de −2 % en 1970 à + 8,6 en 1981. Les multinationales rapatrient 104 milliards (bénéfices, royalties des brevets). Pendant ce temps, les dépenses de publicité au Nord sont de 1 000 milliards par an et celles d’armement de 1150 milliards en 2005.

     2) Un peu d’histoire de la dette après ces chiffres monstrueux qui montrent clairement que les pays riches pompent l’argent des PTM, ceux-ci, en termes de flux, renvoyant beaucoup plus (intérêts et amortissement des emprunts) que ce qu’ils reçoivent.

  Avant la décolonisation, dans les années 60-70, les occupants endettèrent leurs colonies pour créer des infrastructures (transport, énergie, lignes électriques) ou des installations pour exploiter les ressources minières ou fossiles de celles-ci ou pour développer des cultures intensives exportables chez eux et sur le marché mondial. Le tout sans servir la population. On a vu une très longue ligne électrique desservir les installations, sans alimenter ses voisins ou une voie ferrée de 1900 km vers le Katanga (ex Congo belge) réservée au transport de minerais. Et scandaleusement quand les colonisateurs se retirèrent, ils laissèrent la dette au pays décolonisé. C’est un premier aspect de la dette odieuse.

  Dans ces années 60-70, on encouragea les PTM (IFI en tête) à emprunter pour se développer. Soit dans la création d’usines de substitution d’une production manufacturée locale aux importations, soit dans l’exploitation de leurs ressources minérales, soit dans une agriculture d’exportation (cacao, café, huile de palme, bananes, ananas, coton, etc.) en lieu et place, souvent, des cultures vivrières. Le discours était : vous avez des ressources naturelles et de la main-d’œuvre, acquérez la technologie nécessaire pour les exploiter en vous spécialisant vers le marché mondial. Cette remarquable stratégie eut pour conséquence la surproduction de denrées et de matières (les PTM entrant en concurrence les uns avec les autres dans les mêmes produits), donc la baisse des prix, laquelle encouragea à produire encore plus pour compenser et entraîna ainsi la mise en place d’un cercle vicieux. Etait-ce par incompétence des IFI ? Sans doute pas : ce fut machiavéliquement encouragé par elles et le Nord pour se procurer matières et denrées à bas prix, pour ne pas dépendre d’un seul fournisseur, ce qui causa une rapide dégradation des termes de l’échange, rendit la balance commerciale structurellement déficitaire et amenuisa les capacités de remboursement de la dette. Sur ce dernier point, il y eut une prise en tenaille expliquant le déséquilibre de la balance commerciale : réduction de la valeur des exportations en volume et en prix, d’un côté, augmentation des importations en biens d’équipement et en produits agricoles ou alimentaires faute de cultures vivrières locales, augmentation des achats de produits manufacturés par les classes dirigeantes et la bourgeoisie aisées des PTM, de l’autre. La chose, si bien lancée continua évidemment sur son erre.

  Pour les installations manufacturières censées substituer la production locale aux importations, les experts n’avaient pas pensé à ce qu’il fallait des infrastructures pour les faire fonctionner correctement : travailleurs, qualifiés, banques locales, éducation, ingénieurs maîtrisant la technologie, à ce qu’il fallait aussi des machines adaptées au climat. N’a-t-on pas vu l’URSS exporter des bidets là où il n’y avait pas d’eau courante ?

  Ensuite, avec les deux chocs pétroliers de 1973-74 et de 1979, le Nord et les pays riches se mirent à regorger de pétro-dollars à placer coûte que coûte avec le quadruplement puis le doublement des prix du pétrole. Cette inflation par les coûts amena les USA à augmenter les taux d’intérêts. De plus, les pays du Nord entrèrent en récession à cause de ces mirifiques augmentations. Pour développer leur croissance, ils encouragèrent les PTM à emprunter moyennant l’achat de leurs produits et de contrats d’investissement pour leurs propres entreprises, genre Bouygues. Les PTM pour s’en sortir, car la plupart sont importateurs de pétrole, durent aussi emprunter. Parallèlement, les riches avaient de l’argent d’euro-dollars ou de pétro-dollars à placer. On les a vu alors encourager de plus belle l’investissement dans les PTM. Même des « éléphants blancs », c’est-à-dire de gigantesques installations (barrages voies ferrées, usines) inutiles, inexploitables, vite dégradées, furent construits par le Nord aux frais desdits PTM. Par exemple, Pourquoi ? Parce que les pays riches pouvaient ainsi fourguer leurs machines et autres biens d’équipement, leurs ingénieurs notamment en BTP, toucher des intérêts sur les prêts, engranger des bénéfices le cas échéant quand l’installation était utile et propriété des investisseurs extérieurs, placer leurs avocats,leurs experts, etc. moyennant finances juteuses. Ainsi, la domination des pays riches pouvait continuer, comme la guerre à la place de la politique, par d’autres moyens.

  Dans les années 80-90, le Nord ne s’embarrassa pas de scrupules pour conserver un accès peu coûteux aux richesses des PTM. Il suffisait de faciliter les exactions de dirigeants faciles à corrompre. Des concessions, des marchés, des productions étaient fournis aux pays riches, souvent ex-coloniaux, contre des liasses de beaux dollars données à des Mobutu, des Suharto, des Pinochet, ou autres Amine Dada. Des pourcentages des bénéfices leur étaient rétrocédés. Ces sommes partaient directement en Suisse ou autre paradis fiscal. En retour complémentaire, ces régimes pourris faisaient des petits cadeaux aux dirigeants occidentaux (les diamants de Giscard offerts par Bokassa) et finançaient leurs partis politiques avec des « rétro-commissions » occultes sur les passations de marchés. L’affaire ELF en est une parfaite illustration. Parallèlement, les dictateurs maintenus en place par les occidentaux ou tolérés au nom des affaires, devaient assurer leur sécurité contre la révolte des peuples saignés à blanc par le double détournement de leurs richesses (par leurs dirigeants et par les pays riches). A cette fin, ils achetèrent des armes (la France est un éminent vendeur d’armes…), ce qui augmenta la dette et donc la domination occidentale. C’est pour ces raisons que le plus clair de la dette est odieux, quoique cette politique fut lancée sous la bonne vieille françafrique de Foccart, puis du fils de Tonton, dit « papamadit ». Avec cette emprise, les « éléphants blancs » continuèrent. Ainsi en est-il de la construction du barrage Inga II au Zaïre à la fin des années 80, dont 6 turbines sur 14 fonctionnent car le site s’est ensablé, ce qui fait que la capitale, Kinshasa, est toujours victime de coupures de courant. La centrale nucléaire de Bataan aux Philippines, construite par le rosbif Westinghouse moyennant 17 millions de dollars US versés au dictateur Marcos, n’a jamais fonctionné : elle est construite sur une ligne de faille sismique !

  Depuis les années 90, se joue une autre musique, complémentaire et non-exclusive des prédations précédentes. La libre circulation des capitaux, le libre-échange propulsé par l’OMC, la mondialisation de la finance, le triomphe de l’idéologie libérale et de ses pratiques, ont changé les règles de l’harmonie. Déjà très endettés, les PTM rencontrèrent des difficultés de remboursement et de déficit budgétaire accrues. Les IFI, comme condition de leur renflouement, les soumirent à des « ajustements structurels » fondés sur le « consensus de Washington ». Il s’agissait de supprimer les prix subventionnés (eau, électricité, pain), de privatiser les services et les entreprises publics, de diminuer les dépenses sociales, de s’ouvrir au commerce international en baissant les droits de douane et les subventions à l’exportation, de faciliter l’entrée et surtout la sortie des capitaux (investissements des multinationales et rapatriement de leurs bénéfices, droit des capitaux à quitter le pays immédiatement en cas de crise) afin de rétablir les équilibres budgétaires et commerciaux et de retrouver une capacité de remboursement des prêts. Grâce à la libre circulation de l’argent, les nationaux des PTM purent placer leurs capitaux à l’étranger ou les sortir du pays sans problèmes, ce qui accroît très vite la pénurie de liquidités dans le pays (cas de l’Argentine en 2001 et de l’Asie lors de la crise de 1997). Ce chantage est évidemment une autre forme de domination. Pendant ce temps, grâce à ce chantage, mais surtout grâce au libre échange généralisé et à la liberté totale des capitaux, qu’il a permis d’installer, les multinationales purent investir dans les PTM : sweat shops, usines de montage, rachat des entreprises publiques ou des mines privatisées, achat de forêts qu’elles dévastèrent, achats de considérables plantations de denrées exportables, etc.

    3) Les causes ou les origines de la dette des PTM avec leurs conséquences.

  On a en déjà vu quelques unes lors de l’historique. Récapitulons et synthétisons.

* Causes exogènes, extérieures ou indépendantes de la volonté des PTM. 

  On pourrait raffiner en examinant les causes économiques et politiques. Ce serait trop long et surtout cela diminuerait l’appréhension des responsabilités des dirigeants des pays riches et des IF qui ont tout fait pour maintenir la domination du Nord sur les PTM.

+ La libre circulation des capitaux, en tant que condition des placements occidentaux (prêts et investissements) pour permettre leur entrée et surtout leur sortie en termes de retrait des prêteurs et investisseurs en cas de difficulté, pour cause de rapatriement des bénéfices et des royalties. Au passage, cela autorise l’évasion fiscale des nationaux des PTM. Cela conduit aussi à du surinvestissement, donc à des bulles spéculatives qui un jour ou l’autre éclatent provoquant un retrait brutal et massif des capitaux étrangers et nationaux, une crise bancaire et monétaire comme l’ont montré les récentes crises en Asie du Sud-est (97) et en Amérique latine depuis 1992. La libre circulation ouverte à l’étranger nuit à la création de solides banques locales, car elles ne font pas le poids vis-à-vis des banques multinationales. La libre circulation encourage les placements de maîtrise des ressources des PTM par les multinationales, donc la mise sous domination étrangère de l’économie.

+ Les potions des IFI (ajustements structurels préconisés par le consensus de Washington concocté par les IFI) qui ont obligé les pays endettés à privatiser à tout va, à diminuer les impôts sur les riches et les sociétés, à installer une politique d’austérité touchant les plus pauvres avant tout, à ouvrir leurs frontières et à perdre des droits de douanes et qui ont mis en concurrence internationale des productions locales peu compétitives avec des importations d’excédents occidentaux subventionnés ou des produits hyper compétitifs (du genre du lait en poudre de Nestlé, qui a supprimé l’allaitement au sein dans des pays où il n’y avait pas d’eau salubre !). Ceci a empêché le décollage d’industries manufacturières en proscrivant le protectionnisme en faveur des possibles industries naissantes. Les recommandations des IFI et de l’OMC ont conduit à la fois à la spécialisation des PTM et à leur mise en concurrence sur le marché mondial des mêmes productions, ce qui a dégradé les termes de l’échange (en prix et en volume) et amenuisé les ressources d’exportation dans le temps même où les PTM devaient importer plus de biens d’équipement et de consommation (faute de production locale pour ces derniers). De plus ces traitements par les IFI ont profondément ruiné des peuples déjà pauvres : fin des prix subventionnés pour les fournitures de base, dégradation des services publics (le PTM devant consacrer ses de plus en plus maigres ressources à rembourser la dette extérieure), privatisation des entreprises publiques (sur obligation des ajustements structurels et pour trouver de l’argent en vendant les bijoux de famille) et donc dégraissages de personnel. Le peuple se révoltant, les PTM ont accru la répression et ses moyens. En 2000, en Bolivie, le service de l’eau était passé sous la coupe de Bechtel (firme compradore US) qui avait doublé aussitôt les prix. Cela entraîna une grève générale et le blocage des transports, forçant le gouvernement à annuler la concession et à chasser Bechtel. EDF eut quelques ennuis de même type en Argentine et au Brésil…

+ L’action des multinationales pour s’emparer des ressources et des moyens de production « privatisés » par les PTM ou ouverts à l’investissement privé, grâce au libre-échangisme et à la libre circulation des capitaux prônés par les IFI et l’OMC. Par ailleurs, les multinationales maîtrisent les marchés et mettent les PTM en concurrence entre eux sur les mêmes produits. Que, du reste, les IFI ont fait produire dans des pays qui ignoraient ces cultures : le café au Vietnam, par exemple l’huile de palme en Indonésie. Qui ne connaît les agissements de l’United fruit en Amérique du Sud dans les années 70 ? Du coup, les bénéfices s’envolent à l’étranger et ne sont pas réinvestis dans les PTM. Ou pour placer leurs propres productions. Les seuls aspects positifs, si l’on ose dire, furent la création de manufactures locales d’assemblage ou de production dans des « sweat shops » (usines à sueur) de produits à faible valeur ajoutée comme les textiles ou les puces informatiques. Cette action est fondée sur la mise à profit par les multinationales des différentiels de législation sociale, fiscale, environnementale car elles seules maîtrisent l’enchaînement des étapes de la production et car elles peuvent jouer sur les prix de cession interne (prix de transfert, par exemple, là où la fiscalité est plus défavorable, on s’arrange pour produire à perte en minimisant les coûts réels). En outre, les multinationales jouent plutôt sur la sous-traitance, car ce qui est délocalisé, ce ne sont pas des usines, mais des productions intermédiaires. Ainsi, quand une multinationale trouve moins coûteux ailleurs, elle y part laissant les usines sur les bras des investisseurs locaux (grâce le plus souvent à des CP). Ainsi Nike, qui avait été attaquée à cause des conditions de travail a bien failli quitter le Vietnam où le pouvoir agitait les syndicats du parti communiste contre elle suite à une révolte des salariés. Par ailleurs, les multinationales ne délocalisent que les éléments de la chaîne de production, en se réservant la conception, le marketing et la vente. Enfin, les multinationales en profitent pour placer dans les PTM, leurs industries les plus dangereuses et polluantes par suite d’une absence de droit de l’environnement dans ces pays. Cet ensemble d’actions de multinationales, sans morale et sans souci social ou écologique, conduit pourtant les PTM à être d’une prudente lenteur dans l’amélioration de leurs législations, car ils risquent de perdre leurs seuls avantages compétitifs dans la division internationale du travail : faibles frais de main d’œuvre liés aux bas salaires, horaires démentiels, l’absence de syndicats et de protection sociale (retraites, accidents du travail, maladie), pas de coûts de protection de l’environnement et de la santé des travailleurs et des populations (voir Bhopal), surexploitation des terres, des mers et des forêts, etc.

+ Les politiques monétaires des pays occidentaux, très libérales et monétaristes, ont privilégié la rente et le patrimoine en jugulant l’inflation qui amenuise la valeur des prêts et en faisant augmenter les taux d’intérêt réel, ce qui a accru les charges de service de la dette des PTM. Certes, c’est pour tout le monde, mais dans la jungle, ce sont toujours les plus faibles qui s’en sortent le moins bien.

+ L’action des banques, des fonds d’investissement, des fonds de pension, des hedge funds (fonds spéculatifs ou fonds d’arbitrage), etc. Elles ont proposé des prêts car elles avaient beaucoup à placer et à rentabiliser au maximum. Pas folles, elles ont exigé des taux variables d’intérêt (afin de profiter des augmentations des taux directeurs des banques centrales), lesquels ont nettement augmenté par suite des politiques monétaires du Nord. Elles ont aussi obtenu haut la main, le droit de rapatrier leurs fonds. Elles n’ont guère perdu sur le secret des affaires et les paradis fiscaux. Cet argent facile a relancé l’inflation dans les PTM, a amené une surévaluation de certaines monnaies, ce qui a nui aux exportations, et a conduit à des investissements surabondants de même qu’à un manque de prudence dans la sélection des investissements. Les banques locales se sont retrouvées avec beaucoup trop de créances douteuse et les crises spéculatives les ont souvent conduites à la faillite, et, surtout, à l’incapacité de financer l’économie. Elles ont obtenu que les prêts soient rédigés en dollars (ou Euros ou Yen), ce qui a accru vertigineusement les dettes exprimées en monnaie locale quand les monnaies locales se sont effondrées lors des crises. De conserve avec les Etats et les multi-nationales des pays riches, les banques ont financé à tour de bras pour toucher des commissions (OPA, OPE, Fusions, émissions de titres), pour rémunérer des experts et autres conseils, pour recevoir des intérêts, pour percevoir les royalties, pour expatrier les bénéfices, ne laissant presque rien aux PTM pour s’autofinancer et se développer. De plus, les banques privées ont obtenu des IFI d’être privilégiées dans le remboursement des CP ; soit les 2/3 des dettes extérieures. On peut affirmer que les décisions des IFI servent avant tout à « solvabiliser » les CP. Cette politique nocive est appuyée par « les agences de notation » des pays et des grosses firmes quant à leurs capacités de remboursement. Notons que ces agences sont de droit privé et ne s’intéressent qu’au fric et aux dangers institutionnels. C’est pourquoi le CADTM préconise la mise en place d’audits indépendants et citoyens pour l’analyse des dettes (origine, nature, histoire, conditions, etc.).

   En conclusion de ce point, il doit être clair que les potions néolibérales ne sont pas du tout vécues de la même façon par les pays riches et les PTM. Cela dépend des ressources, des capacités, des rapports de force, des asymétries de pouvoir et d’information. La lutte entre les renards et les poules conduit inévitablement à la perte des volailles à la merci de capitaux volatiles (eh eh). Le principal responsable aujourd’hui de la dette exponentielle des PTM est donc l’ordre capitaliste, financier et néolibéral qui s’est installé, système qui par construction est favorable au Nord, d’autant plus que celui-ci, avec hypocrisie, ne s’applique pas les mêmes potions : subventions, vols de propriété biologique et du vivant, normalisation technique, réservation des marchés publics, normes en tout genre, etc. tout est bon pour faire du protectionnisme camouflé. C’est ce qui explique l’échec de l’OMC à Doha, le cycle de négociations qui devaient sans suivre (AGCS, sur les services et ADPIC, sur les droits de propriété intellectuelle et les brevets) étant en panne faute d’accord sur les questions agricoles et les médicaments génériques. On a vu aussi que la domination des PTM continuait par d’autres moyens à la fois plus subtils, plus cachés et plus efficaces. Ce n’est pas nouveau. Il y a déjà 30 ans on analysait la dégradation des termes de l’échange. S’y est ajouté l’emprise de la finance mondialisée. Pour ma part, supprimer la dette des PTM, n’aurait que peu d’effet à long terme si le système économico-financier néolibéral actuel continuait à l’identique. Ce n’est pas une raison pour ne pas le faire, ne serait-ce que parce que cela donnerait aux peuples exploités un ballon d’oxygène.

* Causes endogènes

+ Les dictatures, souvent facilitées ou mises en place par les décolonisateurs, ont spolié les PTM, avantagé les multinationales par la corruption (facile il suffit de sous-déclarer la production, de disposer ainsi d’une caisse noire -sans jeu de mots- pour isoler l’argent de la corruption versable dans des paradis fiscaux). Pour faire taire le peuple, elles ont acheté des armes. Ainsi le Nigeria, depuis les années 70, a reçu plus de 200 milliards de $ tout en restant un des pays les plus pauvres d’Afrique avec 70 % de sa population en dessous du seuil de pauvreté à moins de 1 $ par jour et par personne. Ces dictatures s’installèrent d’autant plus facilement que les colonisateurs n’avaient pas laissé une élite administrative et intellectuelle, n’avaient aucunement préparé à des structures démocratiques.

+ Les PTM ont aussi été laissés sans infrastructures solides : ports, transports, communications, santé, éducation, etc. ensuite, ils ont été poussés à emprunter pour acheter des prestations et des produits occidentaux alors en récession.

+ Les PTM ont trop souvent privilégié le court terme pour se sortir des situations urgentes ; ils ont peu préparé l’avenir, dans le cadre ; il est vrai, de moyens de plus en plus faibles et de contraintes de plus en plus fortes, par les IFI ou l’OMC, qui les ont dépossédés de leur souveraineté. Ils n’ont pas su, pas voulu ou pas pu conduire de grandes réformes comme la réforme agraire, problème récurrent qui tue la paysannerie à petit feu. Cela favorise les grandes exploitations, du genre des » latifundias », qui laissent en friche ou déboisent ou ne produisent plus que pour l’exportation.

+ La pingrerie de la nature et du climat qui les ont souvent prédisposés à une trop grande spécialisation de la production, donc à une faible diversité des ressources exportables. On pourrait espérer que l’actuelle flambée des prix leur profite enfin. Ce sera dur car les multinationales maîtrisent les marchés, manipulent les cours, volent le plus clair de la valeur en monopolisant les bénéfices et en faisant payer des royalties et des fausses prestations en tout genre.

  En conclusion, la dette sert à étrangler le Tiers-Monde et à maintenir l’impérialisme des pays riches, auxquels vient de s’adjoindre la Chine qui cherche à investir (et à investir en) l’Afrique. Dictature totalitaire communiste, la Chine est devenue l’Etat le plus dynamique du capitalisme et de la mondialisation libérale. Elle a tant besoin de matières premières ! Elle conjugue, avec de moins en moins de bonheur, une économie capitaliste avec plus des ¾ de sa population maintenue dans une misère digne des PTM les plus démunis ! Mais cette domination ne peut fonctionner qu’à l’intérieur d’un système néolibéral et financier qui règne totalement sur la planète ; sans celui-ci, la domination serait plus difficile. Mais alors, si l’idéologie de ce système a été propulsée depuis 30 ans, si les gouvernements des pays riches ont appliquée cette dernière, ne serait-ce pas pour tirer leur épingle du jeu, ce qui par effet de totalisation et asymétrie de pouvoir, produit la faiblesse accélérée des PTM ? La domination est alors à la fois voulue et résultante d’ « opportunités ».

 

                                                                     LEXIQUE

 

* Accord général sur le commerce des services (AGCS) propulsé par l’OMC pour privatiser tous les services, y compris ceux de santé, d’éducation de télécommunications, etc. ADPIC, accord sur les droits de propriété intellectuelle et commerciale.

* Ajustements structurels. Ensemble de réformes politiques et économiques réclamées par les IFI aux pays qui demandent de l’aide quand ils éprouvent des difficultés à rembourser leurs emprunts ou à servir les intérêts de la dette. Ainsi, de nouveaux prêts deviennent conditionnels. Ces ajustements contiennent une politique néolibérale absolue : libéralisation des marchés, libre circulation des capitaux, privatisation des services et des entreprises publics, suppression des monopoles d’Etat, suppression des prix subventionnés, orientation de la production vers l’exportation, cure générale d’austérité…etc.

* Club de Londres. Groupe informel rassemblant les banques privées détenant des créances )sur les PTM ; ce groupe se réunit périodiquement pour rééchelonner les créances privées (CP) sur les PTM ou autres pays en voie de développement.

* Club de Paris. Groupe informel crée en 1956 par les dix pays les plus riches du monde (19 aujourd’hui), dont le rôle est de trouver des solutions coordonnées et viables aux difficultés de remboursement des dettes publiques (DP) extérieures. Il ne traite donc que des créances entre gouvernements : par moratoire, suspension du versement des intérêts, rééchelonnement des DP des PTM.

* Consensus de Washington. Ensemble de recommandations libérales pour tous les gouvernements, base de contenu des ajustements structurels. Pourquoi de Washington ? Parce que la Banque mondiale et le Département du trésor US sont stationnés dans cette ville

* Dette extérieure : somme des dettes publiques et des créances privées détenues par l’étranger.

* Objectifs du millénaire. Ils résultent d’une déclaration signée par 189 pays en septembre 2000. Pour 20015, sont visés 8 objectifs qui visent à réduire la pauvreté et la mortalité infantile et maternelle, à améliorer la santé et l’éducation, à diminuer les maladies endémiques, dont le paludisme et le SIDA, un environnement durable et un développement soutenu. Au train où on va, ces objectifs pourtant modérés ne seront atteints qu’à la fin du 1er siècle du millénaire.

* Pays pauvres très endettés. En 1996, les IFI proposèrent à l’OCDE et au G8 un traitement, si j’ose dire de faveur, pour les pays les plus mal en point et incapables de servir leur dette. Cette aide, notamment par remise de dette, était conditionnée par l’observation de recommandations strictes (révisées à la hausse en 99). 49 PTM étaient « éligibles » ; seuls 19 subsistent aujourd’hui et 3 ou 4 ont vu un début d’exécution. Ainsi, la Côte d’ivoire, ne devenait éligible que si elle libéralisait totalement le secteur du cacao en 98-99. L’initiative PPTE a donné lieu en 2005, lors de la réunion du G 8 en Ecosse, à 40 milliards de $ de réduction de dette pour 18 pays. Des réductions sont encore envisagées pour 20, s’ils deviennent éligibles, c’est-à-dire s’ils passent sous les fourches caudines des IFI.

* Prix de transfert. Le prix de vente des produits issus de la filiale du pays A vers le B puis vers le siège de la multinationale. Ces prix sont manipulés pour effacer tout bénéfice imposable dans les rares pays avec une fiscalité sur les entreprises, ce qui gonfle ceux que l’on souhaite voir apparaître dans les pays sans fiscalité. L’Irlande est championne, pour l’instant, de la chose dans l’UE.

 

 

 

Sources : site Web du CADTM et « La mondialisation en 20 leçons, Editions Danger public, 2006

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