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Les conceptions politiques de Proudhon (1809-1865)

Classé dans : politique — 6 mai, 2017 @ 9:55

La pensée politique de Proudhon est largement méconnue. Il est vrai qu’elle est éparse car abordée dans de nombreux ouvrages (environ 40) parus à différentes époques de sa courte vie. Et elle doit être éclairée par la lecture de sa correspondance (Editions Lacroix de 1875), de ses articles de journaux («  Mélanges  », Editions Lacroix 1868-1871) et surtout de ses carnets privés édités par Rivière entre 1960 et 1974  ; les Editions Rivière ont publié la dernière parution des śuvres fondamentales de Proudhon accompagnées de belles analyses et présentations par des spécialistes (dont Bouglé) de sa pensée entre 1923 et 1960. Une autre grande difficulté de la lecture du père de l’anarchisme (dixit Kropotkine) est qu’elle évolue au fil du temps, des nombreuses lectures de l’auteur, des événements vécus et observés puis analysés au cours de sa vie, des polémiques qu’il a menées contre ses adversaires politiques. Nous avons là une pensée toujours en mouvement et un auteur apte à se critiquer lui-même. C’est ainsi que nous avons un Proudhon tout à fait anarchiste à ses débuts; c’est un partisan du remplacement du «  gouvernement des hommes par l’administration des choses  » (St Simon), avant, sur la fin de sa carrière et après maints travaux, de devenir fédéraliste et de réhabiliter, non l’Etat, mais le pouvoir politique. C’est aussi une pensée que l’on dirait aujourd’hui systémique ou transdisciplinaire car elle ne sépare jamais les différentes instances du social. Il faut vaincre «  la triple alliance du trône, du coffre-fort et de l’autel  », mener le combat politique sur tous les plans  : politique, économique et idéologique, ce que redira Gramsci. C’est pourquoi Bouglé a dit de celle-ci que c’était «  une pensée à feux tournants  ». C’est encore une approche très dialectique, ce à quoi il faut ajouter que la méthode dialectique proudhonienne est tout à fait spécifique, on verra en quoi. Il y a donc de vrais problèmes dans l’étude des conceptions politiques de Proudhon  ; de plus, on ne saurait négliger que les analystes et commentateurs font évidemment un travail d’interprétation plus ou moins orienté. A ce stade, je ne dois pas cacher que ma propre lecture de notre penseur est marquée par mon adhésion au socialisme libertaire ou, si vous préférez, à l’anarchisme sociétaire fort différent de l’anarchisme individualiste de Stirner ou de l’anarchisme communiste de Bakounine. L’essentiel de la pensée politique, 2e approche de Proudhon, se trouve synthétisé dans le livre sur «  Les contradictions politiques  » publié par Rivière en 1952, dans «  Du principe fédératif  » (1862) et dans le magnifique livre testament de l’auteur  : De la capacité politique des classes ouvrières en France parue après sa mort en 1865.
Cette pensée a été en outre refoulée par le marxisme collectiviste, lequel a régné en France jusqu’en 1968, époque où on s’est à nouveau intéressé à Proudhon. D’où la naissance avec Jean Bancal, Bernard Voyenne, Rose-Marie Ferenczy de la Société Pierre-Joseph Proudhon, société toujours vivace et pleine de nouveaux talents. Et ce n’est pas un hasard car le socialisme décentralisateur, communaliste et «  girondin  » de notre penseur était à gauche le seul concurrent idéologique du léninisme ou du socialisme autoritaire dont on connaît toutes les dérives. On a accusé Proudhon de se contredire en permanence. C’est naturellement faux car il a toujours poursuivi son but initial  : défendre le peuple et car cela résulte aussi de la dynamique de sa pensée évolutive. Et surtout, c’est lié à sa dialectique des contradictoires que l’on verra ci-après. Enfin, la lecture des livres proudhoniens est aussi rendue difficile par le fait qu’il employait le langage de son temps alors qu’il en changeait souvent le sens pour justifier des idées tout à fait nouvelles.
Puis, Proudhon a été attaqué au nom des nouveaux mantras idéologiques de la modernité. On a exhumé son «  antisémitisme  », mot apparu pourtant longtemps après sa mort. Le socialisme collectiviste étant mort en 1989 (mur de Berlin) et 1991 (décès de l’URSS), il fallait aux libéraux tuer aussi le socialisme libéral. L’attaque, menée par Poliakov, Sternhell, BHL et consorts s’est largement fondée sur une petite phrase extraite des carnets privés de Proudhon (phrase par ailleurs tronquée par ses utilisateurs qui ont gommé l’attaque qu’elle contenait aussi sur les Anglais et qui n’ont pas signalé que les carnets étaient purement personnels), phrase qui aurait ensemencé d’antisémitisme le socialisme français dès le XIXe  siècle. C’est amusant car cette phrase n’a été publiée qu’en 1960 (Edition Rivière des Carnets). Bel anachronisme et tromperie. Il est vrai, cependant que Proudhon a une «  humeur anti-juive  » fréquente et cela pour 2 raisons  : son hostilité à la religion hébraïque marquée par un Dieu hostile, autoritaire et vengeur et son ineptie du Juif financier (idiotie car, les Juifs riches étaient fort rares  ; bêtise partagée par Marx dans sa «  Question juive  »). Cette humeur n’est en aucun cas raciale ou d’origine chrétienne et il est vrai que nombre de socialistes de l’époque la partageait. Mais le nazisme, semble-t-il, permet de faire dans l’anachronisme… Et les courants féministes s’en sont mêlés en signalant l’antiféminisme de l’auteur (dont le posthume «  La pornocratie ou les femmes dans les temps modernes  » est le paroxysme non destiné à la publication par l’auteur). Ce n’est pas totalement juste. N’a-t-il pas écrit  : «  je crois en la prépotence de l’homme et à la prééminence de la femme  ». N’a-t-il pas confié aux femmes ce qu’il donnait comme la fonction la plus éminente de la société, à savoir l’éducation des enfants. Disons qu’il a partagé les préjugés de son temps en étant parfaitement patriarcal et traditionnel car, s’il démontrait l’égalité des deux sexes dans La pornocratie, il leur attribuait hélas (mais faudrait-il condamner Aristote parce qu’il était pour l’exposition des enfants mal formés  ?) des fonctions différentes dans le ménage. Toute pensée a ses scories et il ne s’agit que d’en prendre le meilleur. Ajoutons que Proudhon, comme bien des socialistes de son temps, ne voulait pas que les femmes travaillent comme domestiques et encore moins comme ouvrières. On voit facilement pourquoi à l’époque.
Et, bien entendu, on a qualifié Proudhon d’antidémocrate, ce qui est évidemment complètement faux comme on va le voir ci-après. Nous allons donc aborder les 3 chapitres qui donnent forme aux deux finalités principales de son action, à savoir la liberté et la justice  : les bases théoriques de ses positions politiques, sa critique de la démocratie et ses propositions constructives (le fédéralisme intégral).

A) Les soubassements théoriques des positions politiques de Proudhon

La pensée de Proudhon est anti-individualiste, ce que certains ont trahi en le rangeant récemment dans le camp libéral. Notre penseur est avant tout un sociologue ainsi que l’ont établi entre autres Bouglé et Gurvitch. Il a forcé le droit collectif à respecter le droit individuel et vice versa en les combinant. Il a tenu à ne pas opposer l’individu et la société mais à les faire se nourrir l’un de l’autre. Il est un des fondateurs du droit social (thèse de Gurvitch sur le droit social parue en 1932). Sophie Chambost montre elle aussi que Proudhon attache le plus grand prix au droit et aux règles ou régulations du concert social.
Proudhon répudie l’opposition individualisme vs collectivisme, public vs privé car si la société est à l’origine de la formation et de l’insertion sociale de toute personne (son personnalisme mis en relief par Emmanuel Mounier), elle est aussi créée par les individus qui cherchent à se réaliser en poursuivant leurs propres fins, ce qui lui donne une dynamique immanente, par émergence issue des interactions entre acteurs, de solutions sociales nouvelles au cours de l’histoire. La personne proudhonienne est toujours un animal social et pas seulement un «  animal politique  » comme l’avait pensé Aristote.
Notre auteur pense que les êtres collectifs (communes, entreprises, associations, corporations, provinces, etc.) sont réels. Contre l’accusation d’organicisme portée alors à son encontre, il faut donc comprendre que ces êtres collectifs sont avant tout moraux et symboliques, sont des associations volontaires liées par des valeurs et des intérêts communs. C’est pourquoi notre penseur insiste tant sur «  les représentations collectives  » (chose que l’on retrouve chez Durkheim), sur la «  conscience collective  », sur le caractère fondamental du droit en tant que régulateur des liens sociaux. Proudhon met en relief la “morale collective”, celle qui émerge du fond des âges au cours de l’évolution des relations sociales; c’est une manifestation du social: “la morale est la révélation du collectif à l’homme”. Elle correspond à ce qu’Orwell appelait “the common decency”, création collective et historique du peuple conter la “moraline” bourgeoise. En tant qu’êtres réels et collectifs, les groupements sociaux ne perdurent que s’ils arrivent à articuler des intérêts communs et des valeurs unificatrices qui coordonnent les conduites de leurs membres en direction d’un projet de vie, de finalités spécifiques à réaliser afin de persévérer dans leur être, afin de conserver, comme on dit aujourd’hui, leur identité particulière dans le concert social. Ce qui signifie que le droit ne saurait être seulement celui des individus  ; il doit aussi conforter le droit collectif des groupements. Or ce ne peut être qu’une instance politique qui définisse le droit sur un territoire vaste et complexe.
De l’existence réelle d’une multiplicité d’êtres collectifs, Proudhon en arrive à une conception de la société fondée sur un irréductible pluralisme et sur le conflit qui en résulte. Le pluralisme est par construction conflictuel puisque les projets de vie des êtres collectifs ne coïncident pas et peuvent être opposés. Ainsi, le conflit est la marque de la dynamique sociale car si le pouvoir politique, ou, pis, religieux, veut uniformiser la société, la réduire au fantasme de l’UN, cela tend à supprimer la liberté des groupes sociaux et par là à tuer «  l’effervescence sociale  ». C’est cependant la réalité et la nécessité du conflit qui justifient chez Proudhon l’émergence secondaire du pouvoir politique  : «  avant de se gouverner, la société travaille  ». La coexistence pacifique (illusion des communautaristes et autres multiculturalistes) des groupements sociaux n’étant pas assurée, leurs conflits potentiels ou avérés n’étant pas à stériliser, la société a besoin d’un régulateur, d’un arbitre situé entre les parties et non au-dessus et en dehors comme dans la théorie politique classique. C’est cela qui rend indispensable un pouvoir politique et juridique qui puisse coordonner de l’intérieur les actions sociales des uns et des autres.
Pour persévérer dans leur être (cela dit dans l’inspiration de Spinoza), les personnes ou les groupes ont besoin de leur liberté de penser et d’agir. C’est pourquoi la liberté proudhonienne est un synonyme de pouvoir et même de force (d’action, de conviction, de pensée). On peut même affirmer sans ambages que le pouvoir, c’est la liberté, ce qu’Amartya SEN a retrouvé avec sa notion de «  capabilités  » (capacités d’action  : à quoi sert un savoir si l’on ne dispose pas des moyens réels de l’appliquer aux situations vécues de l’acteur  ?). Cette position extraordinaire, et pour cela peu comprise ou rejetée, ne réduit pas le pouvoir au commandement comme dans la plupart des théories du pouvoir politique (ou autre). Le pouvoir n’est pas la capacité d’obtenir l’obéissance des assujettis  ; c’est la liberté d’action de chacun à articuler avec celle des autres dans les relations sociales. Ce qui suppose que l’organisation et la structuration des acteurs et des actions sociales permettent à chacun de jouer son propre rôle sans contraintes allant au-delà des nécessités de la cohésion sociétale, ce qui implique une démocratie réelle et non formelle pour la participation de tous à la préparation des décisions collectives engageant le bien commun  ; et donc, bien sûr, à la prise de décision en vue de l’intérêt général. Celui-ci ne saurait donc être fixé seulement par une instance centrale munie en plus de tous les pouvoirs, fût-elle élue, qu’elle soit unitaire (cas français) ou politiquement fédérale (cas des USA ou de l’Allemagne) munie d’un pouvoir absolu et indivisible. Une fois prises, les décisions doivent «  faire autorité  », ce qui signifie que les acteurs sociaux, personnes ou groupes, les reconnaissent comme légitimes, ce qui part du bas au lieu du haut. On ne peut adhérer qu’à ce à quoi on a volontairement participé. Le pouvoir classique est descendant et imposé, alors que l’autorité légitime procède des acteurs et est reconnaissance du droit de commander.
Dans le schéma proudhonien, ce qui compte le plus ce sont les relations entre acteurs de façon que tout le monde puisse y participer à armes égales. C’est pourquoi notre auteur ne voit pas de contradiction entre la liberté et l’égalité. En effet, la liberté, en tant que volonté autonome de participation, suppose que l’acteur soit reconnu dans son égale dignité  ; sinon, il ne participera pas de bon gré à l’action commune (gage d’efficacité accrue). Pas de liberté sans égalité, pas d’égalité sans liberté, contrairement aux âneries de Tocqueville qui voit dans les deux notions une contradiction  : l’égalité empêcherait la liberté et la liberté détruirait l’égalité. Non, le couple liberté/égalité est «  une composition  », une combinaison, certes instable et dont le curseur est souvent mal placé. C’est pourquoi Proudhon a pu écrire, dans le sillage de Rousseau, que «  l’homme le plus libre est celui qui a le plus de relations  » car la coopération multiplie «  les forces collectives  » («  Qu’est-ce que la propriété  ?  » 1840) et augmente donc le rayon d’action de chacun de même que la coopération, qui suppose mutualité du respect, accroît les forces de tous.
Une des raisons qu’a Proudhon pour justifier l’autonomie des acteurs sociaux en tant qu’êtres de pouvoir disposant du pouvoir de l’être, réside dans sa théorie de la connaissance, son idéo-réalisme (Bancal), son pragmatisme anticipateur. «  L’idée vient de l’action et revient à l’action à peine de déchéance pour l’agent  », c’est l’idée-force très «  Fouillée  » de notre auteur. Cela signifie que les idées acquises guident l’action, que celle-ci en retour permet de les infirmer, compléter, modifier  ; cela implique que, devant un problème nouveau rencontré en situation d’action, l’acteur doit innover pour résoudre le problème qui s’est présenté à lui en dehors de la routine et des habitudes. La pensée est donc un processus incessant d’aller-retour entre les situations problèmes, l’action, la réflexion et la connaissance. C’est à la fois pratique, concret, inséré dans la réalité des situations d’action et de vie, et conceptuel, cognitif (idéo-réaliste, donc). Idée ou pensée ou savoir forment donc, là encore, une composition. C’est pourquoi, Proudhon voyait dans le travail, qui unit dans l’action la théorie et la pratique, un «  mode universel d’enseignement  ». Il s’ensuit que les acteurs doivent être libres de trouver des solutions aux problèmes qu’ils rencontrent parce qu’ils sont les mieux à même de les connaître en situation puisqu’ils les vivent et parce que de la mise en débat des choses au sein du groupe jaillit une intelligence collective. En effet, la situation commune force chacun «  à limer sa cervelle contre celle d’autrui  » (Montaigne)  ; en effet de la mise en commun des idées des uns et des autres surviennent peu à peu une approche et une connaissance collectives permettant de mieux résoudre les problèmes rencontrés ici et maintenant.
Proudhon fonde sa liberté-pouvoir-force sur une dialectique très particulière, celle des contradictoires qui sont en composition et non en opposition. Chez Aristote, nous avons des oppositions binaires car les termes de la contradiction (par exemple, le jour et la nuit) s’excluent mutuellement. Chez Hegel et Marx, la dialectique est un processus, un mouvement de dépassement dans un 3e terme, la synthèse par définition progressive par rapport à l’opposition antérieure. Cette dialectique est récusée par Proudhon car elle implique un progrès incessant, voire un évolutionnisme mécanique, qui lui répugne puisque pour lui alors la liberté des hommes serait fort réduite, car dans ces conditions le conflit qui structure les relations sociales pourrait disparaître en tant que moteur de la dynamique sociale, laquelle produit des émergences et non des fatalités ou de la providence. «  La synthèse est gouvernementale, elle est antérieure et supérieure aux termes qu’elle unit  », «  la contradiction ne se résout pas, pas plus que les deux pôles d’une pile ne s’attirent  ». Cette dialectique «  sérielle  » (notion empruntée à Fourier) a été présentée dans «  La création de l’ordre et de l’humanité  » parue en 1843  ; elle nous dit aussi que toutes les contradictions forment une chaîne de relations, un système d’interdépendance tout à fait instable et conflictuel car les contradictoires se retrouvent dans tous les domaines (autorité et liberté, par exemple que l’on retrouve dans les champs politique, économique, social, culturel, ou liberté et égalité ou public/privé). En 1846 (Le système des contradictions économiques, sous-titré «  Philosophie de la misère  », d’où le brûlot de Marx, «  Misère de la philosophie  »), Proudhon remplace série par système, mot qui aujourd’hui a fait florès. Ce terme traduit la nécessité d’approches transdisciplinaires, si chère à Edgar Morin, dans l’analyse des «  sinuosités sociales  » interdépendantes. Pour notre auteur, les contradictoires sont en équilibration permanente, via l’action et l’interaction sociale, lesquelles ne peuvent se développer que si elles sont libres de le faire. Une situation historique et sociale ne montre jamais que le positionnement du curseur entre les contradictoires. Jusqu’à présent le curseur autorité/liberté est positionné en faveur du pouvoir vu comme descendant, autoritaire, absolu  ; dans la société anarchiste, la liberté de chaque acteur sera première. L’action politique juste consiste alors à établir la «  balance  » des contradictoires de façon à placer le curseur au mieux compte tenu des circonstances et des rapports de force.
Il y a une anthropologie spéciale chez Proudhon. L’homme n’est ni bon (idée attribuée à Rousseau), ni mauvais, idée catholique de la nature pécheresse des hommes (St Augustin), nature qui force à introduire le pouvoir politique pour les empêcher de se nuire (St Thomas d’Aquin). C’est aussi l’origine du Léviathan de Hobbes et une idée-force du prétendu libéralisme à partir de l’économie  : les vices privés deviennent des vertus publiques (Mandeville) via la «  main invisible du marché  » (idée métaphorique de Smith mais caricaturée par le libéralisme). A quoi le libéral Spencer, faisant une lecture spécieuse de Darwin, ajoutera le «  struggle for life  », la lutte pour la vie des hommes et des cultures les uns contre les autres, les meilleurs remportant la victoire sur les plus faibles. L’homme est lui-même une composition car il est fait de raison, de sentiments, de passions, de désirs, d’intellect et de sensibilité, d’amour-propre et d’amour des autres, d’individualité et d’altruisme, d’attachement et d’arrachement… C’est du reste ce qui fait sa liberté car il ne parviendra jamais à se connaître totalement lui-même, car il est confronté à son incomplétude et à ses contradictions internes. Proudhon récuse donc la vieille séparation entre le corps et l’âme, entre la matière et la pensée  ; c’est pourquoi il n’y a d’association valable que si elle mélange intérêts et valeurs. On a mal compris sa prétendue hostilité aux associations (qualifiées de communistes à l’époque) qui ne visait que celles fondées sur une valeur à l’instar de l’harmonie de Fourier, de la fraternité de Leroux ou du talent de Cabet. Proudhon ne fonde pas non plus l’association sur la base des seuls intérêts comme dans une société commerciale car il lui manquerait l’affectio societatis, un ciment moral et affectif.
Il n’y a pas de nature humaine figée chez Proudhon (thème de la perfectibilité lancé par Condorcet) en ce qui concerne une essence immuable ou des caractéristiques communes à toutes les cultures dans l’histoire ou dans l’espace. La seule chose qui soit innée chez tous les hommes, c’est un potentiel commun, par exemple celui de parler n’importe quelle langue (compétence de Chomsky) ou d’arriver à la notion de Justice. Mais cela n’est pas si facile. Il faut d’abord que le petit enfant perçoive confusément que ses éducateurs partagent équitablement les fonctions éducatives et domestiques. Alors, si c’est le cas, ce que l’on ne voit pas dans toutes les cultures, il accède au stade de la perception de la justice. A l’école, dans les relations aux autres et aux enseignants, si elles sont équilibrées et respectueuses, cette aperception se consolidera en sentiment. Puis au travail et dans les organisations, il verra comment les travailleurs sont traités. Le sujet en arrivera ainsi à l’idée de justice via un processus de comparaison et une faculté d’indignation appuyée sur des critères d’appréciation donnés par les milieux d’appartenance et le niveau d’éducation. Lesquels sont divers et le sujet devra alors se forger sa propre conception des principes de justice si, naturellement, il est libre de le faire et dispose des connaissances et capabilités utiles pour discriminer sur des critères pertinents. Ces principes ne constituent en aucun cas une vérité absolue et cela est valable pour toutes les valeurs morales et toutes les idées. Proudhon part donc en guerre contre ce qu’il appelle des «  Absolus  », donc des transcendances postulées et le plus souvent imposées aux esprits par les différents pouvoirs (religieux, politique, économique, culturel). Parmi ces absolus qui stérilisent la pensée et l’action en les figeant par rapport à des idéaux, dans une perfection qui une fois atteinte, ne saurait être modifiée, il y a le mythe du progrès incessant des sociétés alors que celles-ci ne prouvent qu’un mouvement qui peut être aussi régressif. Du reste le seul progrès souhaitable est celui de la morale collective et individuelle (Philosophie du progrès, 1854). La justice et la liberté commandent pour cette raison de veiller à la mise en place d’une société qui facilite le développement des facultés et des potentiels humains. C’est pourquoi l’éducation ne peut être qu’une «  démopédie  » au sein de la démocratie.

B) La critique proudhonienne de la démocratie représentative

Proudhon critique vertement la démocratie représentative, non pas pour l’éliminer mais pour la rendre réelle. On ne comprend rien à cet auteur si on ne prend pas au pied de la lettre sa devise  : destruam et aedificabo (je détruis et je construirai). Là, je vais examiner le moment «  déconstructeur  », comme on dit aujourd’hui, de la pensée proudhonienne. Je dois confesser que j’essaie d’actualiser et d’interpréter, voire d’extrapoler dans une synthèse, les écrits proudhoniens sans trahir leur esprit.
La démocratie représentative repose sur la place excessive et irréaliste qui occupe le pouvoir politique (PP) qui y est placé à l’extérieur et en surplomb de la société. Le PP devient le deus ex machina de la société, son organisateur, son directeur (au double sens de buts à atteindre et de commandement), son gardien, son protecteur et parfois son «  flic  ». Pour cette raison, le PP a une tendance immanente à tout envahir, à tout réglementer, à tout surveiller et contrôler, à tout centraliser et standardiser. C’est un «  Absolu  » qui relève d’une souveraineté une et indivisible sur la société, que l’Etat soit unitaire ou fédéral. Quand on songe que la France dispose actuellement de 400 000 normes (en partie liées à l’inflation européenne), on ne peut que constater la justesse du diagnostic de Proudhon. Rappelons que les absolus stérilisent la société, l’initiative, l’imagination et la créativité, ce qui a notamment tué la «  Sublime porte  » ottomane bien installée dans son fauteuil théologico-politique (au sens de Spinoza). Pire  : le PP est devenu Etat, ce qui n’est que la forme la plus absolutiste et centralisatrice de l’instance politique d’un pays. Car l’Etat est conçu en quelque sorte comme une forteresse détenant le monopole du pouvoir. Cela a donné des idées fausses aux révolutionnaires  : il suffit de s’emparer de la forteresse étatique «  pour ensuite tourner ses canons contre ses anciens occupants  ». il n’y a qu’à faire la révolution seulement politique pour ensuite révolutionner la société. Ce à quoi Proudhon a répondu qu’on ne peut pas «  changer la société par décret  » (Crozier) car c’est un système complexe tout à la fois politique, économique et culturel. Il faut au contraire changer dans le domaine social avant d’obtenir une vraie démocratie politique  : «  la révolution politique est le but, la révolution sociale, le moyen  ». Cette stratégie proudhonienne va donc à l’encontre de tous les tenants du changement par la voie politique, que ce soit par la révolution ou par la voie électorale. D’où l’hostilité des léninistes et autres marxistes révolutionnaires à la pensée de Proudhon. D’où l’impasse où se trouvent les socialistes actuels qui par leur détention du PP ont conduit des politiques libérales contraires à celles exigées par la culture populaire.
La démocratie «  bourgeoise  » et son PP-Etat sont une construction juridique purement formelle. Si le pouvoir de la société sur elle-même (la souveraineté) appartient théoriquement au peuple, en réalité elle est symbolisée par l’absolutisme de l’Etat qui transforme sa puissance, qui n’est que potentielle, en puissance réelle car organisée juridiquement. L’Etat a été inventé pour enlever la détention de la souveraineté au roi, pour la rendre impersonnelle. Mais l’Etat n’existe pas, il n’y a que les «  appareils d’Etat  », les gouvernants et les représentants. Ce sont eux qui mettent en acte la puissance théorique de l’Etat. Mais les gouvernants, qui ne sont que les détenteurs provisoires du pouvoir d’Etat, en profitent pour le monopoliser, pour dire que l’Etat, c’est nous car nous avons été élus pour définir l’intérêt général en tant que relevant de la société tout entière qui a élu la Chambre des représentants comme hologramme ou microcosme en réduction du peuple souverain tout entier. Pure fiction légale, dit Proudhon. Loin de la légitimité dont l’origine réside sociologiquement et réellement dans la société, laquelle préexiste au gouvernement et aux représentants. De toute façon, aux yeux de Proudhon et de son pluralisme sociétal, la souveraineté doit se partager entre les acteurs et non pas se présenter comme absolue, une et indivisible, ce qui est une monstruosité purement française.
La séparation des pouvoirs, venue de Montesquieu, politique, législatif, judiciaire n’est qu’un saucissonnage juridique. On le constate aisément avec la Ve  République qui actuellement a remis tous les pouvoirs au président élu au suffrage universel et où le judiciaire n’est pas un pouvoir mais seulement une «  autorité  », raison pour laquelle la CJUE ne cesse de critiquer la France. La séparation réelle des pouvoirs demanderait que l’on procède à des élections dédiées pour chacune des instances à partir des forces sociologiques effectives du corps social ou que celles-ci puissent les saisir directement sans en passer par des obstacles institutionnels.
Le mode de désignation des représentants est purement atomistique, individu par individu, sans tenir compte des groupements dans lesquels les sujets s’enracinent et auxquels ils sont attachés car c’est là que se trouve leur vie. En France, l’électeur est censé se scinder de façon à ne voter que pour la volonté générale. Comme si un individu pouvait se détacher de ses propres conceptions des choses  ! Vouloir constituer l’expression de la volonté générale, qui ne peut se forger que sociologiquement et au nom du collectif, à partir d’une arithmétique de la majorité est un pur non-sens dont la conséquence est de donner le pouvoir légal de «  donner et casser la loi  » (Bodin) à ladite majorité.
Dans le système représentatif libéral, la société, en tant que communauté globale quoique pluraliste, en tant que système ou totalité, n’est pas représentée  ; son intérêt général (IG) de persévérer dans son identité et son histoire spécifique n’est pas pris en compte. En fait l’IG global du système sociétal n’y est que le rassemblement des utilités particulières des membres de la majorité, qu’un compromis alors que les électeurs ne votent pas pour eux mais seulement pour des représentants censés les servir. C’est lié à l’atomisme des suffrages mais aussi au fait que les circonscriptions électorales sont largement arbitraires (comme le récent découpage en 13 régions ou le vote pour l’élection du Parlement européen) et établies en dehors de toute réalité sociologique, culturelle ou historique ou économique. Ce qu’on doit représenter, ce sont les acteurs et forces sociales réels où les électeurs sont impliqués directement  : communes (d’où le communalisme de Proudhon), provinces (par exemple, Pays Basque, Bretagne, Catalogne, Corse, Occitanie…), corporations économiques, communautés en tout genre). En aucun cas, l’IG n’est fondé sur le suffrage atomistique, ni sur les décisions politiques des représentants qu’il permet de désigner. L’IG est à négocier entre les représentants directs des groupements sociaux réels. Ces élus sont munis d’un mandat impératif, ce qui, pour moi prolongeant la réflexion proudhonienne, ne relève que de l’obéissance aux finalités décidées par chaque groupe représentatif d’une fonction sociale ou d’une force sociale effective. Le «  délégué  » proudhonien (qui en outre est assisté de conseillers) ne peut en effet négocier que s’il est libre de transiger sur les délais et sur les moyens et seulement sur cela  ; sinon il n’y aurait rien à discuter entre acteurs. Ne pas transiger sur les buts est la marque d’un vrai réformisme  ; celui qui fait des concessions mais les fait pour toujours progresser vers des changements substantiels permettant d’avancer vers les buts visés par le groupement.
Le système représentatif bourgeois est fondé sur le contrat social à la Rousseau. Or ce contrat est vide de contenu, ce qui donne un chèque en blanc aux soi-disant représentants élus. Il ne comporte aucune clause économique, sociale ou culturelle, ce qui confirme le principe libéral qui veut que le PP et le droit soient neutres par rapport aux différentes conceptions du monde. Ce qui est à l’évidence un mensonge puisque, par exemple, depuis 1983 en France, les gouvernants n’ont cessé de pousser les feux en direction de ce que j’appelle le libéralo-capitalisme, à savoir le libre-échange sans limites, la concurrence sans freins, la liberté quasi totale de la finance. Ce qui est évidemment une conception du monde et un modèle de société qui a été mis en place en contravention avec la volonté du peuple (consulté en 2005, ayant voté non au TCE et se l’étant vu imposer ensuite par le seul parlement  !). On ne doit pas nier les conceptions du monde qui animent les groupements sociaux  ; on doit organiser le système démocratique pour qu’elles puissent s’exprimer et compter dans les votes. C’est ainsi que les acteurs sociaux pourront passer entre eux un «  pacte social  » qui est de fédération et non d’imposition d’une unité factice contre le pluralisme. Ainsi, on pourra supprimer l’énorme coupure libérale entre dirigeants et dirigés, entre élus et représentés.

· Les solutions de Proudhon dans son socialisme intégral

Proudhon va proposer un système qui permet l’expression de tous les acteurs et de leurs intérêts. Il va équilibrer les pouvoirs, par exemple en faisant de la propriété (sociale même si elle est individuelle) un opposant au PP  : «  il faut au pouvoir politique le contrefort du pouvoir économique  ». Ce système est fondé sur la liberté et le triple aspect de la Justice. Celle-ci est, dans le domaine socio-économique, la «  mutualité  », l’échange réciproque équivalent contre équivalent garanti par le droit  : «  organisons le droit et laissons faire la boutique  » et par des institutions régulatrices, que l’on verra ci-après, qui s’opposent fortement à l’idée d’un Proudhon libéral. Dans le champ des relations sociales, la Justice est le respect de la dignité de chacun même si cela engage notre sécurité, c’est l’égalité des droits, l’équilibre des statuts et des devoirs dans les interactions sociales. Enfin, dans le domaine politique, la Justice est l’égale participation de tous à la prise en charge de la définition des orientations communes, à l’élaboration d’un projet pour toute la société et des choix majeurs pour le modèle social et les valeurs déterminant les attentes réciproques des acteurs dans la recherche du bien commun.
Je passe rapidement sur l’aspect le plus connu de la Justice chez Proudhon, à savoir l’égale dignité de tous dans les relations sociales et cela dans tous les domaines de l’action sociale et donc des conduites morales des personnes. Il n’y a pas de dignité mutuelle des échangistes si le contrat d’échange n’est pas équilibré, si le poids des deux parties n’est pas égal. Il ne saurait y avoir une démocratie réelle si tous les citoyens ne peuvent pas s’exprimer et participer à armes égales à l’émergence des décisions engageant le bine commun. Il n’y a pas de relations sociales d’entente, de coopération, de fraternité si l’exigence éthique d’égalité de dignité des personnes et des groupements n’est pas respectée en toutes circonstances et en toute matière.
Proudhon pense qu’il faut organiser, régler le pouvoir économique pour qu’il puisse faire contrepoids (en instituant une égalité institutionnelle dans les rapports de force) au PP et pour assurer simultanément la mutualité et la transparence des échanges. Certes, il conserve le contrat et la concurrence qui est  : «  la liberté de se passer des services de quelqu’un qui les surfait  ». Cependant, le contrat n’a plus rien à voir avec celui passé librement entre deux personnes. Il est régi par le droit des échanges, lequel le rend équilibré en interdisant tout ce qui peut être léonin. C’est une évidence car même les libéraux devraient savoir qu’avant de contracter il faut un droit des contrats et que celui-ci est par construction sociopolitique car il ne peut dépendre des parties. C’est cela que la loi El Khonerie permet de violer en mettant sur le même plan le patron et l’ouvrier, l’entreprise et le syndicat en dehors des conventions collectives et du droit du travail. Cette loi restaure le fameux  : «  le renard libre dans le poulailler libre  » de Jaurès. Le contrat purement privé ne peut se passer que dans un cadre social préétabli. Notre auteur préconise au moins trois formes de propriété. La privée exploitée par une famille qui, si elle ne peut le faire par ses propres moyens et loue le bien, doit accepter que 30 ans de loyers vaillent acquisition dudit bien par le locataire. La sociale, à savoir les mutuelles et les coopératives qui font foisonner les moyens et qui assurent une solidarité entre leurs membres (loin des mutuelles actuelles qui ne font que de la «  mutualisation  » des ressources et des dépenses). Car Proudhon voit bien que pour conserver son indépendance le petit producteur doit s’associer  : «  la petite culture est aussi sotte que la petite industrie  » à cause de la mise en śuvre des «  forces collectives  » (technologie, coopération, division du travail) et de la concurrence. Celle-ci doit être encadrée car les processus économiques conduisent rapidement au monopole dans le cas contraire. Et une propriété publique si les forces collectives à mettre en śuvre sont très importantes  : ce sont les «  compagnies ouvrières  » possédées et dirigées en mains communes par les acteurs concernés (communes, consommateurs, salariés, PP central), incessibles et indivisibles et autogérées par les travailleurs. Elles sont donc socialisées et non étatisées comme EDF en 1946.
Ce n’est pas tout  ; Proudhon prévoit toute une série de dispositifs mis au service de tous les acteurs économiques  : statistiques nationales (il n’y en avait pas à l’époque), docks, magasins généraux, expositions et foires, mercuriales et «  une Banque du peuple  » procurant un crédit dont les frais sont réduits à ceux de gestion sans intérêts à payer et fournissant une monnaie de crédit à tous les membres de son réseau… Bien plus, Proudhon insère tous les acteurs dans des structures de mise en relation et de négociation des intérêts. Nous avons le syndicat de la production industrielle («  la Sociale des cités  ») et celui de l’agriculture («  la Marianne des champs  ») qui, associés, donnent le syndicat général de la production. Ensuite ce syndicat s’allie à celui des consommateurs pour constituer le «  syndicat général de la production et de la consommation  ». Dois-je préciser que cette prise en compte organisée de la consommation a été proposée avant 1865  ? C’est pas mal pour un type que les opposants ont fantasmé en paysan attardé n’ayant rien compris à l’industrie et à la finance  ! Mais Proudhon, contrairement à maints socialistes a travaillé, lui  : prote, imprimeur, comptable, fondé de pouvoir de Gautier Frères, journaliste et directeur de journal et même éphémère banquier (Banque du peuple en 1849). De son expérience chez les Gautier (entreprise de batellerie), Proudhon a tiré une anecdote savoureuse montrant en quelle estime il tenait les experts sortis des Grandes Écoles («  ces séminaires de l’aristocratie  »)  : un ingénieur des ponts avait construit un pont sur la Saône trop bas pour les péniches. Les bateliers se plaignirent. Réponse du polytechnicien  : les ponts, c’est fait pour passer dessus, pas dessous  ! Par rapport à ces gens-là, Proudhon a voulu rendre le pouvoir aux «  petites gens  » dont l’intelligence pratique et vécue est infiniment supérieure à celle des technocrates.
Sur le plan politique, Proudhon entend remettre le pouvoir au sein de la société tout entière, à le rendre à ses seuls propriétaires légitimes (les personnes et les groupements de base), à le faire remonter «  de la circonférence au centre et de la base au sommet  », à redonner à chaque acteur son autonomie en ce qui concerne sa sphère de vie et ses intérêts propres. Il veut cantonner le PP à des fonctions de fixation des objectifs généraux, de coordination, d’animation, d’impulsion  ; certainement pas de gestion, «  d’exécution  ». Il veut le répartir entre tous les acteurs pour en finir avec une souveraineté absolue et exercée d’en-haut par un personnel spécialisé. Le pouvoir est alors non seulement distribué équitablement entre les parties mais encore décentralisé et pluriel.
Proudhon fait émaner le pouvoir législatif de la société tout entière. Il est assuré par deux chambres  : celle des professions (dont les élus sont sélectionnés par étages successifs au sein du syndicat général de la production et de la consommation à partir des cellules de base  : mutuelles, coopératives de production et de consommation, usines et branches d’industrie, associations de consommateurs…) et une chambre territoriale. Celle-ci est aussi formée par étages à partir des localités jusqu’au niveau national en passant par l’étape provinciale. On a ainsi une cascade remontante de «  délégués  » à partir du bas, chaque étage élisant les membres du rang supérieur. Les chambres nomment le pouvoir exécutif, lequel est parfaitement révocable, de même que les délégués s’ils perdent la confiance de leurs électeurs. A quoi s’ajoute un pouvoir judiciaire sans doute élu mais j’extrapole car Proudhon ne le dit pas  ? Et encore, ce que notre réformateur a appelé le «  pouvoir enseignant  » qui remplit la fonction la plus importante de la société. Les membres nationaux du pouvoir enseignant sont élus à partir de délégués eux-mêmes élus par les structures de base de l’enseignement et en remontant les échelons territoriaux  ; les écoles ont un conseil d’administration constitué en pluripartisme (professeurs, représentants des parents d’élèves, élèves majeurs, représentants locaux des professions). J’extrapole là encore mais en prenant soin de ne pas travestir l’inspiration proudhonienne. En effet, Proudhon mort fort jeune, du reste en dictant sur son lit de mourant les derniers chapitres de sa capacité politique des classes ouvrières en France, n’a pas pu synthétiser ses propositions dont certaines figurent dans ses śuvres posthumes.
On voit ainsi les caractéristiques majeures du système fédératif prôné par Proudhon  : il est tout à la fois économique, politique, juridique et culturel (au sens de prise en compte des cultures et des communautés peuplant la société). Il est décentralisateur et ne fait remonter au niveau central que ce que les échelons de base ne peuvent pas traiter, comme, par exemple, la monnaie commune, la défense extérieure, la diplomatie, la justice… On observe que cette architecture du PP est l’inverse de celle de l’UE, laquelle condescend, dans son faux principe de subsidiarité, à laisser aux étages inférieurs ce dont la bureaucratie centrale ne peut pas ou ne veut pas s’occuper. Proudhon retrouve ainsi la veine des vieux penseurs chrétiens, à l’origine du primat des communautés de base (Marsile de Padoue, Althusius) et du vrai principe de subsidiarité. Il fonde un «  pacte fédératif dont toute partie peut s’extraire en cas de violation de ses droits et du pacte lui-même qui ne vaut association et union que pour des intérêts et des valeurs communs et librement consentis. Enfin, il est clair que le pacte fédératif est parfaitement démocratique. Sans surinterpréter Proudhon, je pense qu’il ne saurait s’y trouver des élus multi-mandatés (car chaque fonction sociale représentée est réelle, sociologiquement établie et spécialisée) ni dans le temps ni dans l’espace. Il apparaît enfin et surtout peut être que le système proudhonien de PP est à la fois une structure et un processus permanent de mise en expression des intérêts de chaque acteur impliqué dans une fonction sociale (économique, éducative, culturelle, judiciaire), de mise en débat et de négociation entre acteurs, de règlement des conflits tant potentiels que déclarés, de détermination des finalités relatives au bien commun pour tous les acteurs. C’est de ce système qu’émerge peu à peu la détermination de l’intérêt général du pays et non de la décision de représentants seulement politiques pouvant statuer sur tout. J’insiste sur le caractère permanent du fonctionnement de cette démocratie, ce qui nous éloigne définitivement du système actuel qui n’est que juridique, légal, procédural et intermittent. Car entre deux élections les représentants se croient (et ils le font) habilités à ne décider des choses qu’en fonction de leurs amis et de leurs intérêts de corps de politiciens professionnels englués dans des appartenances partisanes. Du reste, on constate que le système proudhonien se passe aisément des partis. Ce devrait être cela la VIe  République si l’on est encore socialiste  ! Les critiques jugent le projet de Proudhon utopique. C’est faux dans la réalité car il existe déjà partiellement avec les confédérations syndicales  : on y a d’un côté des échelons territoriaux (union locale, départementale et régionale) et de l’autre des branches d’industrie  ou corporations professionnelles. Ce système résulte de la fusion des Bourses du travail de Pelloutier et des syndicats professionnels.
Je dois rappeler que la droite à la Maurras a tenté de récupérer Proudhon via le cercle Proudhon créé par Georges Valois avant la guerre de 14/18  ; le régime corporatif de Vichy a fait de même. Ce que je viens d’exposer montre combien il s’agissait d’une manipulation politique pour se rapprocher du monde ouvrier et salarial. L’actuelle Société P-J Proudhon remet les pendules à l’heure.

Delinda est democrassia

Classé dans : politique — 5 mai, 2017 @ 11:02

Le pseudo-débat entre la Marine et le Maqueron a tenu toutes ses promesses montrer le vide intersidéral des politicards francaouis; ce qui confirme largement que notre démocrassie représentative est déjà morte. Les politicards sont comme le coyote de Tex Avery: ils ne tombent pas encore car ils n’ont pas pris conscience de ce qu’ils sont dans le vide. Braves électeurs, encore un effort: il suffit de s’abstenir dimanche pour envoyer la pichenette qui enterrera la Ve Ripoublique. Certes, on ne sait pas ce qui se passera après la perte totale de légitimité de nos VRP de la politique. Mais on peut être sûr de 2 choses: voter massivement pour le Maqueron, ce sera encourager la poursuite et même l’aggravation de la politique libéralo-capitaliste qui à long terme aura la peau du peuple tout entier. S’abstenir en masse, ce sera ouvrir une porte au changement, évidemment SGDG. Il nous faut choisir entre la certitude d’être plumés encore et encore et l’espoir que du chaos émerge, grâce à notre action à la base dans la société réelle, une autre société, ce qui ne se fera pas en un jour et demandera une grande ténacité pour échapper aux griffes du libéralo-capitalisme.
Maqueron va être élu président de la ripoublique et va sûrement attirer des vieux chevaux de retour, comme la crypto-franquiste Vallse, et des Rastignac de la 11e heure. Mais il n’aura sans doute pas de majorité législative, ce qui le forcera à passer des compromis en vue de majorités circonstancielles en fonction des décisions à prendre, sans doute avec ce qui restera du PS et la droite modérée. Il aura contre lui le bloc de la droite dure emmenée par Veau-Quiet et Chiotti, sans doute en partie alliée au FN, et la gauche de la gauche mélenchoniste alliée aux ex-frondeurs qui n’auront pas rejoint Maqueron. Cela promet.
Maqueron a affiché son intention de négocier avec die Grosse Angela pour réorienter l’UE et la zone euro. Elle va rigoler car le président sans majorité stable sera une girouette, un fantoche, un inaugurateur de chrysanthèmes. Il n’aura aucune crédibilité et cela d’autant plus que l’écart de puissance économique entre la Doryphorie et la France va sûrement croître et embellir. Il va donc faire comme Zizi Rider: s’écraser devant la force de la Fridolie, laquelle a pour alliés l’Europe du Nord, prospère et luthérienne et l’Europe de l’Est à laquelle l’UE sert de bureau de placement pour ses chômeurs, tant en tant que travailleurs détachés qu’en tant qu’opérateurs de sous-traitance de l’industrie allemande. Qui plus est, les règles actuelles de prise de décision dans l’UE empêchent toute voie dissidente vis-à-vis de l’ordolibéralisme tudesque en place: il faut soit l’unanimité dans certains domaines (fiscalité par exemple), soit une « majorité qualifiée » (une majorité de gouvernements représentant au moins la moitié de la population de l’UE; en quelque sorte la voix de chaque pays est pondérée par la masse de sa population). Il est donc assez sûr que l’actuelle cohue de gouvernements qui constitue le Conseil Européen sous forme de foire d’empoigne entre pays ne défendant que leurs intérêts va continuer. Ce qui arrange Angela qui assied le pouvoir teuton sur l’UE grâce au classique diviser pour régner tout en se constituant une cohorte d’affidés attirés par quelques gâteries…payées par tous les autres pays. Et si Angela est battue en septembre, cela ne changera rien car les sociaux-démocrates vont continuer la politique Deutschland über alles. Du reste le libéral et banquier Maqueron n’a aucunement l’intention de sortir de la logique libéralo-capitaliste qui fait partie de « sa personnalité de base » et qui lui vaut le respect de ses pairs et des médias inféodés au kapital et à la publicité. En plus, il s’entend bien avec les vieilles…
On poursuivra donc la politique libéralo-capitaliste dont il faut absolument sortir. Mais on ne peut pas en sortir brutalement, car l’UE sanctionnerait notre pays et car Maqueron fera donner la troupe contre les opposants à sa politique en France. le temps des glorieuses révolutions (1789, 1830, 1848, 1871), qui honore tant le peuple français alors que le luthériannisme a toujours prôné l’obéissance au pouvoir en place, est fini pour trois raisons: les moyens militaires dont dispose le pouvoir, la domination économique, politique et culturelle du libéralo-capitalisme en tant que « phénomène social total », la réaction tant de l’UE que de la phynance internationale. L’idée d’une monnaie commune pour les échanges extérieurs, avec le franc en interne, est assez bonne mais la Marine a oublié que cela supposait la remise en place du contrôle des changes, ce qui est une horreur pour l’UE et le libre-échange. Bien mieux vaudrait une monnaie parallèle utilisée en réseau en France sous la houlette de la « Banque du peuple » afin de financer par le crédit les PME, PMI, artisans, coopératives, mutuelles et toute activité dont la logique économique est contraire à celle de l’accumulation capitaliste et du profit. Pour sortir de l’UE, il faut construire autre chose, en-dehors, à côté et contre, à la base dans l’action directe d’acteurs collectifs autonomes et anticapitalistes.

Pour une démocratie authentique

Classé dans : politique — 4 mai, 2017 @ 8:41

La démocratie représentative (encore plus dans ses formes actuelles) est disqualifiée en tant que porteuse des intérêts généraux d’un pays, en tant qu’adéquation d’un peuple à ses mandataires et délégués. Proudhon, sincère démocrate, l’avait bien vu en reprochant au système politique représentatif quatre vices structurels majeurs (et bien d’autres mais les 4 exprimés ici sont rédhibitoires). Le premier est que le pouvoir politique et son exercice sont extérieurs et supérieurs à la société, ce qui donne une classe d’élus qui détient le monopole du pouvoir, ce qui sépare par construction les dirigeants des dirigés, ce qui institue le pouvoir politique comme devant dominer les « forces collectives » et les acteurs socio-économiques (la « société civile » comme on dit aujourd’hui), du reste en scindant le politique et l’économique. Le deuxième est que ce système, ayant dû se munir de contrepoids pour éviter la transformation du monopole du pouvoir en rente perpétuelle et en violation des libertés, a installé une séparation juridique et formelle des pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) au lieu d’une prise en charge des divisions sociales réelles de la société, celles créées par la division du travail (technique, économique, sociale) et celles liées à l’histoire et aux cultures (divisions en provinces, communes, langues…). Cette division, toujours actuelle, des pouvoirs est adéquate à l’anarchie économique, financière et commerciale du libéralo-capitalisme. Le troisième réside dans l’idée totalement fausse que les citoyens votent en leur âme et conscience individuelles pour l’intérêt général. Or les citoyens ne sauraient être séparés de leurs groupes d’appartenance (donc le suffrage individuel est un non-sens) et ne sauraient ignorer leurs intérêts particuliers. Cette fiction se redouble de celle qui fait du représentant une personne hors sol totalement dévouée au bien public et n’ayant pas d’intérêts spécifiques. Le tout a été pensé pour instiller l’idée que le vote est fondé sur un corps social uni, indivisible et absolument souverain. La Chambre des représentants est en quelque sorte un hologramme du pays, un modèle réduit mais isomorphe de celui-ci, donc munie de la souveraineté qu’elle exerce au nom du peuple dont elle serait le clonage en réduction. On sait qu’aujourd’hui, et depuis déjà longtemps, que ce sont les partis qui désignent les candidats et qu’ils défendent avant tout leur corporation professionnelle de spécialistes de la politique ; on sait aussi que les partis et les représentants sont largement inféodés aux lobbys, aux ONG et aux groupes de pression en tout genre car pour conserver le pouvoir il leur faut ratisser large et obtenir le financement des campagnes électorales. Le quatrième est que l’on vote pour une entité fictive (la nation) et directement pour l’intérêt général eu lieu de voter par groupements et communautés d’enracinement direct des citoyens ; on ne vote pas pour des intérêts réels à représenter directement, ce qui fait qu’il n’y a aucune structure intermédiaire entre l’électeur et la Chambre des représentants. En 1864, les politicards, plus ou moins inféodés à Napoléon le petit, sont allés jusqu’à vouloir interdire que les ouvriers présentent « des candidatures ouvrières » en tant que classe sociale à représenter sans en passer par « une cohue d’avocats et de gens de lettres ».
Tout le projet de Proudhon est fondé sur le fédéralisme socio-économique et politique. Contrairement à ses premières vues totalement anarchistes, Proudhon a compris que le pouvoir politique est une instance nécessaire car le politique est essentiel à toute communauté. Ce qui a fait écrire à Julien Freund que « l’essence du politique » reposait sur 3 contradictoires indépassables : le couple commandement vs obéissance, le dipôle ami vs ennemi (qui est en même temps ouverture vs fermeture vis-à-vis de l’extérieur), le curseur public vs privé (chez Proudhon : privé, socialisé, public). Toute « politie » est obligée de statuer sur sa position à l’égard de ces 3 contradictions perpétuelles et universelles. Une politie, c’est une communauté politique ; dont la communauté nationale qui est la seule instance à pouvoir défendre les intérêts et l’identité d’un pays dans le concert mondial tant que des structures internationales, comme l’UE, n’auront pas repris ses missions dans un véritable fédéralisme et non dans une sorte de confédération d’Etats indépendants se tirant dans les pattes et purement économique comme aujourd’hui. Le projet proudhonien consiste alors à :
1) joindre le politique, le social et l’économique dans un système « mutuelliste » en économie et fédératif en politique de façon que le fédéralisme soit socio-économico-politique au lieu d’être « hamiltonien », c’est-à-dire purement politique comme dans les Etats fédéraux actuels.
2) à remettre le pouvoir politique dans la société et à le fonder sur la division sociale et sociologique réelle de la société et des acteurs sociaux au lieu d’une séparation formelle des pouvoirs. Ce qui veut dire reconnaître l’autonomie des groupements sociaux, territoriaux, culturels ou fonctionnels. Cela signifie aussi de ne considérer l’individu que comme membre de groupements ; j’ajoute à condition qu’ils soient organisés, fédérés (cela n’est que préciser les vues de Proudhon). Il n’y a plus de vote direct d’individus atomisés mais passage par de structures de médiation qui correspondent aux groupements réels de la société. Ces groupes réels doivent être munis des pouvoirs leur permettant de réaliser leurs fins (qu’ils connaissent mieux que tout autre) et de mener les activités nécessaires ou utiles à leur persistance dans leur être. Ils doivent être à même de défendre leurs intérêts. Ce qui implique que le système politique et électoral soit fondé sur les intérêts directs des groupes sociaux et non sur le fantasme du vote individuel soi-disant orienté par l’intérêt général.
3) à construire le système électoral de façon qu’il devienne une structure et, en même temps, une organisation de mise en relation des différents domaines de l’action sociale (l’économie, le droit social, la culture, la politique) dans une société diversifiée et pluraliste, domaines concernant tous les acteurs, en tant que groupements sociaux du « pays réel », et pas seulement les politiciens. Cela au lieu de voter périodiquement pour des représentants obtenant ainsi un chèque en blanc (et les pleins pouvoirs) sur toutes les questions et problèmes pendant le cycle électoral concerné. Il n’y a plus alors de monopole de détermination de l’intérêt général mais une coconstruction partagée et révisable entre acteurs sociaux via leurs délégués. Et les délégués deviennent les véhicules et les supports de débats internes aux groupements, débats destinés à établir les projets spécifiques de chaque groupe et à choisir leurs défenseurs élus vis-à-vis de l’extérieur.
4) à installer le principe de subsidiarité qui consiste à ne donner à la fédération que ce dont les acteurs locaux ou fonctionnels ne peuvent pas s’occuper pour tout le pays (par exemple les garanties procédurales et de moyens nécessaires à une concurrence loyale sur tout le territoire) ; c’est tout le contraire de la subsidiarité à la sauce UE dans laquelle celle-ci condescend aux instances de rang inférieur le droit de gérer certaines affaires. Les règles économiques et commerciales sont uniques pour toute l’UE mais chaque pays peut disposer de sa fiscalité et de ses lois sociales pour s’adapter à la mise en concurrence « libre et non faussée ».
5) à diffuser les pouvoirs, à les répartir entre acteurs concernés, à les équilibrer les uns par les autres en tant que porteurs d’intérêts et représentation des rapports de force. Au lieu d’un pouvoir politique central, menant une politique unitaire au nom d’une présumée unicité de la nation, détenu par quelques-uns, Proudhon a disséminé le pouvoir politique dans l’ensemble du corps social de façon qu’aucun acteur ne soit en position de supprimer le pluralisme sociétal ou à le diriger tout seul. De ce fait, la corruption des délégués devient fort difficile car il y en a bien trop à circonvenir (c’est facile dans un Etat centralisé ; il suffit d’acheter les principaux et peu nombreux leviers de commande de la prétendue représentation nationale). Dans la vision proudhonienne, le pouvoir politique est à l’intérieur de la société. Il n’est pas au-dessus de celle-ci mais transversal et interne. C’est pourquoi le pouvoir politique ne peut être la seule force de direction de la société, mais seulement son moyen de coordination, d’animation et d’impulsion. En aucun cas « une force d’exécution ». A la place de la concentration du pouvoir sur des dirigeants politiques, il y a multiplication et diffusion des pouvoirs partout dans la société. Au lieu de l’infini souverain et des individus zéro, nous obtenons l’infinité des pouvoirs décentralisés et le quasi-zéro de la puissance centrale. Ainsi, la souveraineté n’est plus absolue ; elle est répartie et divisée en fonction de la diversité sociétale.
6) à faire en sorte que le système de représentation soit avant tout fondé sur un processus permanent (au lieu du suffrage périodique et procédural) et une structure institutionnelle de la mise en expression, en débat et en négociation de tous les intérêts des acteurs sociaux. C’est pourquoi pour Proudhon le mandat des délégués dans les comités de représentation doit être impératif. Ce que pour ma part je ne concède que pour la fidélité aux objectifs du groupe des mandants. En effet, on ne peut fixer à l’avance les moyens, les procédures, les réformes, la temporalité des stratégies de changement à cause des incertitudes et des aléas de l’action sociale en univers pluraliste et conflictuel. Et on ne peut vouloir négocier avec les autres sans avoir de marges et de latitudes de négociation. Le système de représentation est forcément à construire par étages successifs en partant de la base et en « allant de la circonférence au centre ». Il reste une hiérarchie sociopolitique mais ce n’est pas celle des fonctions, ni des individus, ni des instances de direction ; c’est celle des niveaux de territoire en partant de ses plus petites unités, notamment la commune ou le groupement de communes. Dans les grandes villes, la plus petite unité est le quartier considéré comme unité de vie en commun.
7) à mettre tout le monde en relation en distinguant les fonctions qui relèvent en quelque sorte de la « physiologie » de la société (par exemple, la production, la consommation, la circulation) et celles qui ont pour but de mettre en relation, de coordonner, de piloter les éléments du corps social dans une optique transversale. A ce moment-là, le pouvoir politique perd sa prééminence et se fond dans les entrailles de la société. Ce n’est plus la tête du pays, ce n’est plus le corps du roi, ce sont les intestins qui participent eux aussi à la direction de la société (je souligne que la science a montré aujourd’hui que les intestins disposaient de neurones ; je me souviens d’une vieille métaphore dans laquelle le cerveau se voulant tout puissant subissait la révolte de l’estomac ne voulant plus lui obéir et entraînant alors la mort de tous les éléments du corps).
8) à joindre l’individuel et le collectif, le privé, le public et le social en organisant les individus dans des structures d’action collective régies par un droit social et mutuelliste ; c’est alors ces structures qui élisent des délégués porteurs de leurs intérêts et non un vote par têtes de pipe atomisées croyant détenir une vue pertinente du bien commun. L’intérêt général ne peut être qu’une résultante des négociations, plus ou moins conflictuelles, entre délégués des groupements sociaux. Il n’est pas décidé par une instance centrale postulée comme légitime parce qu’élue et à laquelle on aurait délégué l’exercice de la puissance souveraine de façon absolue et indivisible.
Ces finalités de construction d’une démocratie réelle reviennent, en tant qu’idée directrice, à reconnaître les communautés (que j’appelle groupements afin de ne pas me situer dans le sillage du communautarisme) comme devant être libres de la défense de leurs intérêts et valeurs et comme constituant la base réelle de tout système politique et de la démocratie directe et participative. C’est en revenir à l’optique girondine contre le jacobinisme et l’étatisme. C’est pourquoi je mets les collectivités territoriales à part du socio-économique ; mais ce sont elles qui seront le fondement de la représentation territoriale du pays. C’est évidemment bien plus difficile à organiser que le suffrage atomistique actuel. De plus, si c’est ce dernier qui a fait florès, c’est aussi parce qu’il avait l’avantage d’aider le libéralo-capitalisme à tuer toutes les appartenances hostiles à une normalisation et propices à soutenir des solidarités et des spécificités faisant obstacle à la généralisation d’un marché standardisé. Pour s’épandre, le fumier libéralo-capitaliste, en tant qu’accumulation sans fin et comme règne de la consommation inutile, a besoin d’individus atomisés, sans attaches, sans particularités.
Donc, en prenant en compte ces 8 points, aboutir à une démocratie réelle organisée de façon à prendre en charge l’objectivité et la pluralité des « forces collectives » et des personnes et acteurs individuels ou groupaux mais en les associant, et l’interdépendance des problèmes à résoudre tant au niveau des matières à traiter que des acteurs de terrain et des structures de regroupement. C’est l’option du « fédéralisme intégral » proposé par Proudhon et baptisé ainsi par Benoît Malon.
L’idée fondamentale est de partir des fonctions sociales à assurer pour le maintien du système sociétal, système ouvert sur son environnement et sujet aussi à des perturbations internes. Il est donc évolutif tout en devant conserver sa cohérence et s’adapter aux évolutions endogènes ou exogènes. Il faut donc, à l’instar d’un Talcott Parsons, repérer les fonctions vitales pour la société. Là, je vais innover par rapport aux premiers apports de Proudhon qui a été le premier à penser de façon systémique alors même que ni la science, ni le langage de son époque ne le facilitaient. La difficulté est de ne pas ventiler les fonctions sociétales « façon puzzle » en en établissant trop sans les hiérarchiser alors qu’il faut plutôt en faire une « composition » (terme cher à notre auteur). C’est pourquoi je vais proposer un regroupement de fonctions essentielles à seule fin de montrer la possibilité de bâtir la démocratie sur des fondements objectifs et sur la participation du maximum d’acteurs. Ce ne sont que des exemples car je n’ai pas la fatuité d’être exhaustif ni de déterminer à moi tout seul un système démocratique.
A) Les fonctions sociétales fondamentales.
Il faut noter tout de suite que chaque fonction produit les normes qui la concernent directement ; mais que nulle décision ou étude de problème ne saurait intervenir sans mise en relation transversale de toutes les fonctions car elles sont évidemment interdépendantes dans le système sociétal. Par exemple, le droit de la fonction économique, tout en étant spécifique, a des conséquences sur toutes les autres fonctions. La fonction juridique est donc, comme la politique ou l’environnementale, transversale à toutes les autres. Il faut aussi débattre avec des représentants des instances territoriales. Ainsi le politique et le juridique ne sont plus au-dessus de la société mais dedans, ne sont plus le fait du prince, fût-il une assemblée, mais partagés.
A tout seigneur, tout honneur : je regroupe dans la fonction économique la production industrielle, agricole et de services, le financement, la monnaie et le crédit, la consommation, la circulation (commerce, transports, échanges, assurances des biens). Cette fonction produit naturellement
J’ai aussi la fonction sociale : législation du travail, droit syndical, droit des contrats de travail (salaires, durées du travail de la journée à la vie entière), protection sociale (retraites, chômage, requalification et FPC, maladie et accidents du travail), normes du travail (conditions de travail, produits toxiques, maladies professionnelles, médecine du travail).
J’ai la fonction formatrice (le 4e pouvoir de Proudhon) : finalités de la formation, organisation de l’enseignement, statut et degré d’autonomie des écoles et structures de formation, pédagogie, contenus, évaluation, recrutement des enseignants, mode de gestion et de direction, liens entre les types et les niveaux de formation (relation entre le général et le professionnel, rapports avec les universités, relations avec la FPC, passerelles entre filières), etc. la fonction formatrice me semble devoir être étroitement reliée à la recherche fondamentale afin d’éviter dans les universités des profs uniquement enseignants et dans les labos des chercheurs sans rôle formateur.
J’ai la fonction judiciaire en vue de du maintien de l’ordre social, de l’établissement de la hiérarchie des normes, des jugements soit directs, soit en structure d’appel ou de cassation (la cour de cassation étant à mon sens la cour suprême sur toutes les questions) ; je dis donc au passage qu’il n’y a plus de justice d’Etat via les tribunaux administratifs, ni de conseil constitutionnel, ni de tribunaux spécialisés (du genre de l’horrible tribunal de commerce ou du tribunal des affaires sociales ou des Prud’hommes ; ils sont remplacés par des chambres spécifiques en fonction des matières à traiter et toutes coordonnées par le président du tribunal), de l’organisation de la police, laquelle devrait être unifiée en un seul corps au service des citoyens et non du pouvoir exécutif.
J’ai la fonction communication, ce qui englobe les médias, les moyens de communication modernes, la culture, la langue et son rayonnement extérieur. Cela organise donc le traitement de l’information dans tous ses aspects (acteurs, moyens, sécurité, transparence,  etc.). Ce qui implique que les statistiques soient socialisées, c’est-à-dire prises en charge par le système démocratique tout entier et soient socialisées au lieu de dépendre de l’Etat ou des puissances d’argent. Il s’agit aussi de s’occuper du rôle de la culture comme instance essentielle de l’émergence des représentations collectives, des valeurs sociétales, des finalités de la société en vue du bien commun et de la bonne vie.
J’ai la fonction diplomatique des relations extérieures, de la défense, de la participation du pays aux instances internationales, de la négociation des traités internationaux. Je souligne que tous les acteurs sont concernés par les conséquences de la diplomatie sur leurs activités. Et que l’armée doit être soustraite aux mains d’un exécutif pouvant s’en servir quasiment à sa guise (comme en Ve République) et contre le peuple.
A ces 6 fonctions majeures, unies aux fonctions transversales et coordonnatrices : politique, environnementale et juridique, correspond une chambre socio-économique qui, cela dit au passage, élimine le conseil économique, social et de l’environnement. Cette chambre est naturellement constituée de 6 commissions. Je préconise 50 délégués par commission, ce qui nous fait 300 élus nationaux au lieu des 577 actuels. Comme le juridique et le politique sont transversaux, c’est la chambre, toutes commissions réunies, qui nomme le premier ministre, chef de l’exécutif. Naturellement chaque problème est examiné par toutes les commissions (les comités, dirait Proudhon) de façon à assurer la transversalité de sa résolution en n’oubliant aucun de ses aspects.
En outre, il convient de représenter le territoire. Cela se fait avec une chambre territoriale issue des chambres régionales représentant les provinces historiques et culturelles du pays, ce qui veut dire que les départements napoléoniens sont supprimés, de même que les 12 régions métropolitaines de Zizi Rider ; on réunifie la Bretagne, la Catalogne, le Pays Basque, l’Occitanie, etc. Ce qui compte, c’est la langue, la culture, les traditions, us et coutumes et l’histoire pas le nombre d’habitants, ni la puissance économique. Si on reprend les 18 provinces historiques, on leur donne 10 délégués, soit 180 personnes au lieu des 338 membres actuels du sénat. La chambre territoriale, évidemment consultée pour chaque problème, est élue suivant 3 étages : les collectivités locales (élues à partir de listes de candidats proposées par les UL syndicales, les associations de quartier ou de parents d’élèves ou de défense par exemple de la qualité de vie, le regroupement des entreprises au sein d’une fédération locale des chambres de commerce, d’agriculture, des métiers, les partis politiques), les chambres provinciales (de 30 sièges) élues par les communes, associations de communes, villes découpées en quartiers, la chambre nationale élue au second degré par les membres des chambres provinciales. Pour Cette représentation territoriale fait remplacer l’actuel sénat. Pour la suite, je me concentrerai sur la dimension socio-économique.
On a donc deux chambres de représentation, la socio-économique et la territoriale ; elles sont mises sous l’animation et la coordination d’un président de la République élu en assemblée plénière des 2 chambres.
B) l’organisation du processus et de la procédure électorale de la chambre socio-économique
De façon générale, on peut retrouver des acteurs-électeurs identiques dans toutes les commissions ; ce sera par exemple le cas des syndicats de salariés. L’idée est d’enlever aux partis politiques le monopole de la sélection et de la présentation des candidats en leur donnant des concurrents. On se demande pourquoi les politiciens, actuellement si attachés à la concurrence, les excluent pour ce qui est des élections politiques sauf pour ce qui est des autres partis politiques. Et encore : quand un parti se situe hors système majoritaire, il se fait avoiner par tous les autres. Une autre idée est qu’avant de désigner des candidats, les acteurs collectifs de représentation aient une mise en débat intense autour non seulement des personnes mais surtout du projet. Ce qui suppose que les délégués aient ensuite un mandat impératif sur les buts collectifs du groupement électoral sélectionnant les candidats ; non sur les étapes, la stratégie, les moyens, le rythme ou la durée car, sinon, il n’y aurait pas de marges de négociation et d’entente. Le pluralisme suppose en effet expression, mise en débat et négociation entre acteurs n’ayant pas les mêmes vues mais disposés à trouver ensemble des solutions aux problèmes rencontrés ou potentiels. On doit constater qu’un même citoyen pouvant appartenir à plusieurs groupements démocratie locale et participative peut voter pour différentes commissions.
On organise la sélection des délégués par étages ; j’en vois deux pour le domaine socio-économique : le provincial et le national (donc sans les départements). La représentation provinciale est à l’image de la nationale décrite supra : une chambre socio-économique et une chambre des collectivités locales (communes, quartiers, groupements de communes). Si un citoyen peut être multi-électeur à la base, aucun délégué ne peut avoir plus d’un mandat à la fois, ni 2 mandats consécutifs dans le temps. C’est nécessaire pour éviter la mise en place de réseaux de pouvoirs et d’amitiés intéressées et surtout pour établir une circulation et un brassage des représentants-délégués.
Ici, je vais me contenter de donner un exemple de mode de prise en charge de la participation de tous à la Res Publica, celui concernant la fonction formatrice. Le premier problème à résoudre est celui du repérage des acteurs concernés et ils sont assez nombreux. Nous aurons, et cela n’est dit qu’à titre indicatif : les parents de formés, les syndicats de salariés et d’employeurs, les formateurs à tous les niveaux de la structure, les personnels administratifs internes aux structures de formation, les se-formant de plus de 18 ans, les partis politiques, les ONG ou associations spécialisées dans la formation. Il faut exclure de la liste des acteurs ici concernés les associations cultuelles et religieuses car il s’agit de formation, d’instruction et non d’éducation ou de morale ou de conception du monde. Cela doit rester neutre, ce qui un des grands acquis du libéralisme, et une protection de la laïcité. Je pense aussi qu’il faut laisser de côté toutes les associations qui s’occupent de moeurs car cela fait avant tout partie de conceptions des choses qui sont trop discutables pour arriver à un consensus. Itou, pour les associations « ethniques » qui ont un but plus de division que d’union. Mais rien n’empêche les religions et les associations de mœurs ou ethniques à entrer dans toutes les autres structures pour y militer et faire valoir leurs buts. On doit aussi exclure les associations qui n’ont que des buts spécifiques et étroits, éloignés d’une approche globale des problèmes sociétaux ou dont le but n’entraîne pas un questionnement de cette globalité. Par exemple, les associations environnementales ont un but particulier mais celui-ci percute le fonctionnement global de la société. De même, celles qui s’occupent de chômage, d’insertion ou de précarité ou de pauvreté (Emmaüs, secours populaire, Restos du cœur, etc.). De même, si les syndicats poursuivent un but particulier, celui-ci concerne des enjeux globaux pour le modèle social du pays. Ces organisations peuvent donc proposer des candidats à la différence des associations de pêcheurs ou chasseurs ou de joueurs de pétanque.
Les individus appartiennent à ces acteurs collectifs, lesquels ne sont à considérer comme instance de désignation de candidats aux élections que s’ils sont fédérés au moins sur deux niveaux : le régional-provincial et le national. C’est essentiel car c’est seulement dans un cadre organisé que des débats peuvent être tenus et structurés à condition naturellement que les organisations ainsi constituées soient démocratiques. C’est ce qui requiert que les organisations habilitées à proposer des candidats soient fédérées au moins au niveau provincial pour élire la chambre socio-économique régionale et au niveau du pays tout entier. C’est nécessaire aussi pour faire en sorte que la province soit autonome avec son propre gouvernement sans renvoyer au niveau national. On a donc deux élections et deux corps électoraux bien distincts et sans relation hiérarchique.
Il ne faut pas non plus s’éparpiller en une infinité de structures porteuses de candidatures. Prenons des exemples indicatifs. Il y a beaucoup de syndicats de salariés ; n’auront le droit de présenter des candidatures que ceux faisant au moins 20 % de représentativité ; les autres devront s’unir pour arriver à ce score. De même, il y a trop de syndicats dans l’enseignement. De même, le patronat n’est pas unifié et il devra y avoir un regroupement afin d’établir un projet commun et unifier une liste de candidats pour les deux niveaux territoriaux envisagés ici. De même, les associations de formés (lycéens, étudiants) devront se concerter pour désigner leurs candidats à la délégation. Etc. Cela obligera les forces sociales à mettre les problèmes en expression et en débat afin d’aboutir à un programme commun. Cela dynamisera la démocratie participative à l’intérieur de ces structures. Les partis devront eux aussi être suffisamment représentatifs pour postuler aux candidatures. Les petites associations auront à s’allier et les grosses devront avoir une structure fédérale pour agir aux 2 niveaux de la province et du pays tout entier.
Les décisions dans les commissions de l’enseignement, aux 2 niveaux provincial et national, devront être prises à la majorité des 2/3, cela afin de limiter les effets de domination de la minorité par la majorité et pour asseoir leur légitimité. A la base, un électeur militant dans plusieurs acteurs collectifs pourra participer aux projets et aux décisions ; il pourra même être élu candidat plusieurs fois mais, dans le cas d’espèce, pour la seule commission formatrice. Les votes se font à la majorité des voix pour 50 % des sièges et à la proportionnelle pour les autres sous réserve que la liste ait fait au moins 15 % des suffrages. Les votes blancs et volontairement nuls sont considérés comme des suffrages exprimés.
On voit qu’organiser une démocratie réelle est complexe mais ce n’est pas une raison pour rester figer sur la démocrassie ripoublicaine actuelle ou se contenter d’une Vie république qui ne propose que des rustines politiques au système actuel de représentation. Le point le plus difficile est de déterminer les structures habilitées à présenter des candidats et à fixer les règles du processus électoral. Je suggère de le faire faire par une assemblée ad hoc de 200 personnes choisies au hasard mais sur une liste de gens aguerris par une pratique et ayant des compétences en matière sociopolitique (par exemple des dirigeants d’association ou des personnalités de la société civile). Ce panel pourrait travailler selon la méthode Delphi autrefois usitée en prospective. Rappelons que je fais ici que des suggestions et donner des exemples de ce qui est possible techniquement, faisable socialement et souhaitable moralement.

Le front ripoublicain contre la Marine

Classé dans : politique — 27 avril, 2017 @ 10:24

Médias et politicards continuent d’agonir Mélenchon d’insultes parce qu’il ne participe pas au front républicain anti-FN alors qu’il y a mille raisons de ne pas le faire. Déjà et surtout on devrait spécifier ce qu’est une république par rapport à une démocratie.
Depuis les Romains, une république c’est la recherche et la défense du bien commun, de l’intérêt général, du bien-vivre ensemble dans la paix et la sécurité. Une république suppose deux valeurs essentielles: la justice pour tous et la vertu des citoyens et plus encore des représentants politiques. Suivant Montesquieu, il n’y a pas de république sans vertu, au double sens de courage (virtus) et moralité. En revanche, c’est l’honneur qui caractérise une monarchie et une aristocratie. Fripouillon a montré qu’il n’avait ni vertu ni honneur; c’est l’homme de ses arrhes et non la femme, au-dessus de tout soupçon, de César. Cependant, une république n’est pas obligatoirement une démocratie de même qu’un roi peut avoir un coeur alors qu’une assemblée de représentants n’en a jamais puisqu’elle ne dispose que d’intérêts. Ce qui a été aggravé par le libéralo-capitalisme amoral, ce qu’il revendique, calculateur, utilitariste et individualiste. La kapital, ce sont « les eaux glacées du calcul égoïste » comme l’a si bien dit Karl Marx et si bien décrit Balzac.
Une démocratie, encore plus si elle est libérale, c’est l’égale participation de tous au domaine de la politique et l’égalité juridique et formelle des citoyens devant la loi. La démocratie, en fait, ce sont les droits de (voter, travailler, s’enrichir, avoir un toit, se faire soigner…). Les droits de sont théoriques et de principe; en revanche, les droits à sont des droits réels. Par exemple le droit au travail signifie qu’en cas de chômage, les personnes soient aient des compensations comme le maintien d’un revenu et une formation qualifiante. Rien à voir avec le droit de travailler qui faisait les choux gras de la charte sociale du prétendu TCE de 2005, ce droit a été immédiatement interprété par les libéraux comme le droit de forcer les chômeurs à accepter un emploi (après deux refus) éloigné, moins payé et hors domaine de compétence. Il se trouve que sous Tsarko, la loi DALO a institué un droit au logement, droit qui, naturellement, n’est toujours pas respecté. La démocratie n’implique donc pas la justice en tant que porteuse de droits réels; c’est pourquoi les libéraux se sont retranchés derrière l’égalité des chances. les USA se présentaient comme le parangon de l’égalité des chances; actuellement, c’est un des pays où elle est le plus faible, du reste comme en France ou règne depuis Jules Ferry une méritocratie fondée sur l’école alors que celle se concentre depuis longtemps sur la reproduction des élites via les Grandes Ecoles, ces « séminaires de l’aristocratie » (Proudhon). Une réelle égalité des chances suppose tout un ensemble cohérent et convergent de droits à (un toit, un revenu suffisant, des accès gratuits à la formation et à la culture, etc.). La vieille démocratie britannique recouvre depuis très longtemps un des pays les plus inégalitaires existants. La démocratie teutonne a permis au politicard social-démocrate Schröder de créer 8 millions de mini-jobs à 400 euros par mois. La démocratie française s’illustre par la mainmise des grands corps de l’Etat, peuplés d’énarques et de X, sur la politique et le pays. La démocratie actuelle supporte aussi bien les inégalités, la précarité, la pauvreté que la Chine communiste. En réalité, la démocratie représentative est un masque qui camoufle les vrais détenteurs du pouvoir politique, à savoir les puissants de l’industrie, du commerce et de la finance. Les politicards n’en sont que « les fondés de pouvoir » et les comptables.
Que signifie un front républicain fondé sur la démocrassie et la ripoublique sans république ni démocratie? C’est Maqueron, et ses soutiens libéraux, qui, dès qu’élu, ira se faire adouber par Die Grosse Angela en baisant ses babouches comme le fit Zizi Ridzr dès son élection et contre ses promesses du Bourget; ce sera un aval qui rit pour les puissants et la grosse Bertha pour canonner la « France périphérique ». Nous n’avons donc en réalité qu’un prétendu front républicain contre le fascisme comme en 1936! Car nous ne sommes pas en république, mais en monarchie élective, sauf pour l’honneur, en régime fricophone, en système de libéralisme inégalitaire. Nous ne sommes ni en république, ni en démocratie. Nous vivons en démocrassie ripoublicaine. Les partisans du front ripoublicain nous disent que le choix du 2e tour des pestilentielles 2017 est entre l’ouverture (lisez la mondialisation plus la compassion pour les pauvres) et la fermeture (lisez l’autarcie et le rejet de l’autre). Certes, on ne peut pas faire confiance au FN (ni à Maqueron qui vient d’afficher la couleur hier chez les Whirpool) mais on pourrait au moins ne pas travestir les opinions affichées par le FN. De plus et surtout, l’opposition binaire et tranchée entre ouverture et fermeture est un sophisme car il n’y a aucun système social totalement fermé, même pas la Corée du Nord ou Cuba gelée par 50 ans d’embargo US. Il n’y a qu’une « composition » (Proudhon) entre les deux termes contradictoires, un degré de porosité entre les deux, un emplacement du curseur entre les deux. les libéraux en sont restés à la logique d’Aristote, celle des contraires et du tiers exclu!
Mélenchon a donc parfaitement raison de ne pas rejoindre un front ni républicain, ni démocratique dont l’enjeu caché est de maintenir la mainmise du libéralo-capitalisme sur la France, l’UE, le monde. La démocratie sans la république ne vaut rien de même que la république sans la démocratie! Par ailleurs, le front ripoublicain exagère énormément le danger fasciste car, élue, la Marine n’aura pas une majorité à la chambre même en s’alliant avec des fractions du LR. Elle n’a pas de réseau politique organisé et puissant, elle n’a pas de relais significatifs dans le monde syndical, elle veut gouverner comme les autres, ce qui ferait qu’elle mettrait aussitôt de l’eau dans sa piquette. ce que, du reste, elle a déjà entrepris dans ses discours. N’oublions jamais qu’en régime de démocrassouille le but des politicards c’est de ratisser large, ce qui implique de régler le mitigeur sur l’eau tiède. Enfin, l’UE la forcerait à être raisonnable car elle ne peut pas souffrir de voir son modèle hyper libéral amoché. Cela fait des décennies que les politicards crient au feu contre le FN afin de protéger leur petit jeu de l’UMPS se partageant les rentes et les privilèges du pouvoir. Ca a eu marché du temps de Tonton; cela ne fonctionne plus et la preuve est que les Francouis ont accueilli sans manifester la place de 2e de la Marine au premier tour. On ne peut pas crier au loup à la queue leu leu depuis 35 ans; l’astuce est éventée depuis longtemps et n’a fait que faire progresser le FN. Mélechon refuse de continuer de manger de ce pain là.

Haro sur la Marine et Mélanchthon

Classé dans : politique — 25 avril, 2017 @ 10:56

Le monde entier reprend souffle et les bourses remontent en flèche; Maqueron est arrivé bon premier au 1er tour des pestilentielles francaouies. La Marine n’est que seconde mais reste menaçante. Du coup les partis, leurs notables, les médias avec un bel ensemble se sont mis en à appeler au « vote républicain » contre le fascisme. C’est une bonne façon de confirmer le duopole de l’UMPS et de montrer que « l’estabishment » veille au grain et se mobilise pour défendre son monopole sur la représentation des Français. C’est que les places sont bonnes et permettent de juteuses prédations plus ou moins légales et cachées quand bine même la morale en pâtirait. Mais rien à cirer car c’est un principe de base du libéralo-capitalisme: l’économie et la politique n’ont rien à voir avec la morale, ni la justice. Qui plus est il y a belle lurette que les politicards ne se soucient plus de l’intérêt général et ne visent qu’à arrondir leurs revenus en étant des revenants quasiment permanents.
L’attaque générale contre le FN a un autre avantage: cela permet de faire oublier la raclée que viennent de prendre les deux partis majoritaires. Enfin le certificat de décès du PS est signé. Il était mort depuis longtemps mais comme le coyote de Tex Avery au-dessus du vide il ne le savait pas. Les Ripoublicains ont eux aussi éclaté et les luttes pour la direction du parti et les candidatures aux législatives sont ouvertes. gageons que nombre de députains s’allieront avec le FN pour conserver leur siège. Du reste le parti se clive déjà entre les partisans du front ripoublicain et la « droite libérale » de Veau-Quiet qui n’appelle pas à voter Maqueron afin de faire monter l’abstention qui profitera à la Marine.
S’en prendre à Marine à la peine, c’est aussi refuser de porter la responsabilité de sa remarquable montée. Car si le mouvement bleu Marine, ex-FN, a si bien progressé c’est dû aux politiques menées par les LR et Zizi Rider, lesquelles ont désindustrialisé le pays, accru le chômage, la pauvreté et la précarité, opposé le peuple rural et rurbain, désolé, aux gagnants boboïsés des villes et de la mondialisation, fracturé le pays entre « France périphérique » et « souchiens, d’un côté, et classes nouvelles, nomades, mobiles, mondialistes, libre-échangistes, américanisées. C’est dû à la disparition de l’autonomie du pays lancé dans une UE hyper libérale et les traités internationaux de commerce. C’est dû au fait que le PS ne pense plus depuis 1983, ni l’UMP devenue LR depuis toujours; mais c’est normal pour elle puisque le marché fonctionne tout seul au mieux du meilleur des mondes possibles si les politiciens le laisse faire sans le réguler. C’est oublier que toutes les campagnes de diversion menées contre le FN n’ont fait que le renforcer; que si Tonton s’est appliqué à créer le mouvement des Beurs et de l’antiracisme, c’était justement pour faire grimper le FN afin de créer des triangulaires électorales pour gagner les législatives. Car le PS (et la gauche) étant minoritaire dans le pays, la création d’une 3e force permettait de tirer les marrons du feu; politique de la francisque continuée ensuite par le PS, notamment via les réformes sociétales à la place des améliorations sociales. Et la Vallse continue en vue des législatives de juin 2017.
Les partitaires UMPS donnent des consignes de vote comme s’ils étaient propriétaires des options des citoyens. Vu la déculottée qu’ils viennent de recevoir, ils devraient de Conrad (Adenauer) garder le silence prudent et, vu leur immoralité, fermer le cloaque qui leur sert de clapet. Nemo auditur turpidinem suam allegans, nul n’est entendu dans sa turpitude disaient les juristes! Le seul qui reste démocratique et décent, c’est Mélenchon qui refuse de se prononcer sans mandat de ses soutiens car, en démocratie réelle, le représentant n’est qu’un délégué qui ne peut dire que ce que ses mandants ont décidé. Or les adeptes dudit Mélenchon sont peu enclins à choisir enter la peste libérale incarnée par Maqueron et le choléra réactionnaire porté par la Marine. Ils ont raison de ne vouloir soutenir aucun des deux. En plus, c’est moral: quand on a été battu, on n’a pas de leçons à donner aux électeurs. Mais la raisonnable, juste, digne, morale position de Mélenchon fait évidemment scandale pour les pourritures des autres partis, lesquelles ne songent qu’à asseoir leur mainmise sur le peuple. Elles ne pensent qu’à tout centraliser et monopoliser car c’est la garantie de leur domination à perpétuité. ce qui est une autre façon de dire que leur idée de la démocratie et de la République n’est qu’un mensonge, ce qui a déjà été démontré avec le référendum du TCE en 2005.
La démocrassie actuelle est presque morte; il faut l’achever et en finir avec l’UMPS. Deux solutions; la 1ère est de voter pour Marine mais ce serait quand même inapproprié d’encourager la réaction anti-immigrés et fascisante. la 2ème est de s’abstenir (ou vote blanc et nul) massivement pour enlever toute légitimité au président et aux députains. Après on pourra reconstruire une vraie démocratie.

Heureux comme un salafiste en France!

Classé dans : Non classé — 24 avril, 2017 @ 10:04

Déjà, il a généralement réussi à être, comme son concurrent Frère musulman, une figure respectée de sa communauté religieuse; il règne sur un petit territoire où ses moeurs sont imposées, volens nolens, aux membres de la communauté (visites amicales, pressions, regards désapprobateurs, parfois violences…). Il peut y vivre la pureté de ses convictions religieuses, lesquelles ne sauraient être critiquées sauf par des racistes et des islamophobes. Les internationalistes ou différentialistes-culturalistes, anti-racistes veillent au grain via « le politiquement correct » cher à la « gôche » de non-gouvernement. En plus, s’il est élu comme Imam il est payé par sa communauté, faiblement, mais il y a sans doute en plus les générosités de l’Arabie saoudite et les subventions de la municipalité pour ses bonnes oeuvres, de même qu’une fraction de la taxe halal pour l’abattage rituel des animaux (égorgés sans étourdissement préalable et cela en contravention avec la loi grâce à une opportune dérogation concédée par le pouvoir politique). Là, il n’est pas en France, pays de koufars, de “laïcards” et de racistes développant toujours des comportements coloniaux, mais chez lui où seules les lois de l’Islam sont valides.
Le salafiste doit être honoré, respecté car il descend de colonisés qui ont été honteusement exploités par la France. Il peut s’indemniser lui-même puisque c’est une juste compensation des souffrances et spoliations endurées par ses ancêtres. il vaut bien mieux que les indigènes français qui ont envahi son pays, soutiennent les sionistes et ont exterminés ses aïeux. il le sait puisque c’est diffusé sur la toile et sur les paraboles des médias des pays Arabes, Algérie en tête qui traite les colonisateurs français de nazis. Il peut donc, sans scrupules, toucher le RSA (voire plusieurs s’il est habile), les allocations familiales pour ses nombreux enfants eus avec ses 4 épouses légitimes (mariage devant l’Imam, pas devant la maire), les APL. Il y a de quoi faire puisqu’il existe 24 allocations différentes. Les lui refuser serait du racisme et de l’islamophobie. Il a droit à la CMU pour toute sa famille, y compris, semble-t-il, ses parents, neveux et cousins. S’il est encore plus ou moins clandestin, il a droit à l’AME pour lui ou ses cousins qu’il a fait venir comme immigrés même clandestins. A l’hôpital, on doit respecter ses coutumes, à l’école, on ne saurait parler de genre, d’égalité filles/garçons ou de Shoah, ou de laïcité, à la piscine, il ne saurait nager avec des femmes, ni voir les enfants y mélanger les sexes. Les gens qui ne sont pas musulmans n’ont pas le droit de caricaturer le prophète. Il peut s’habiller comme il veut, surtout ses femmes et ses filles, par exemple sur ce territoire béni qu’est Trappes, ville du député Hamon. A l’usine ou au bureau, il n’a pas à serrer le main des femmes, ces impures quasi congénitales et encore moins à être placé sous leurs ordres, il a droit à ses 5 prières par jour, aux jours fériés pour les fêtes musulmanes au tapis de prière ou à un local dédié. Comme il est membre d’une communauté que, soi-disant il représente, il a ses entrées chez le maire pour demander des “accommodements raisonnables”; et ces demandes font conduites suivant la bonne vieille stratégie du salami ou des petits pas, l’essentiel étant d’arriver un jour à la mise en place d’une contre-société pleinement musulmane. Cela existe déjà dans “les territoires perdus de la république”. Pour ce faire, il profite sans vergogne du poids que confère à une communauté locale sa masse, sa densité, son activisme. Il sait que les minorités agissantes finissent par l’emporter sur les majorités bien installées et tranquilles. Il connait sur le bout des doigts ses droits individuels en démocratie (laquelle, en tant que libérale, ne connaît pas les groupes ou le droit des collectifs), droits que pourtant il supprimerait s’il obtenait la majorité. En effet, sa religion ne connait pas la séparation du religieux et du politique et met le premier au-dessus du second. L’affichage de la différence vestimentaire est pour lui une arme d’envahissement massif de l’espace public afin d’y montrer l’accroissement des forces de sa communauté et donc de pouvoir accentuer sa pression sur les autorités et les coreligionnaires.
Comme il est souvent appelé à représenter la communauté, il est habilité à saisir la mairie pour obtenir une salle de prières, voire une mosquée, des subventions pour des activités culturelles camouflant souvent des choses cultuelles: par exemple, locaux pour enseigner l’Arabe classique mais apprenant à lire le Coran. En contrepartie, il se chargera de calmer les jeunes excités qui brûlent des autobus et des bagnoles. Cependant, sa solidarité communautaire et ethnique lui interdit de dénoncer les trafics de drogue ou de marchandises volées, dont par ailleurs il tire sans doute un financement complémentaire pour ses pieuses activités. L’omerta règne dans sa cité aussi bien qu’en Calabre. Il va bénévolement dans les zonzons enseigner la bonne parole et convertir les mécréants qui rachètent ainsi leurs péchés en adhérant à la vraie foi. Il est habilité, via « les grands frères », à stigmatiser les comportements déviants, surtout ceux des jeunes qui se maquillent, portent des jeans, écoutent de la musique impie, dansent sur des rythmes pornographiques. Son aura communautaire lui permet de devenir syndicaliste et ainsi de militer pour la reconnaissance des pratiques islamistes dans les entreprises ou les hôpitaux, etc.
Il a intérêt aux dégâts du libéralo-capitalisme car cela fait prospérer ses activités de charité via lesquelles il obtient la reconnaissance de la communauté et les soutiens des monarchies intégristes. Ces dernières passant contrat et achetant des armes à la France obtiennent donc le silence du pouvoir et de la démocratie francaouis afin de ne pas sanctionner les salafistes trop agressifs en tant qu’entrepreneurs de religion. Il espère que la visibilité accrue de sa communauté va faire grimper le FN et le ressentiment des « souchiens » délaissés par les politiques et ainsi renforcer sa position de victime. Sa position est religio-socio-culturo-politique car il faut installer en France un système respectant la charia, déjà pour la communauté et, pourquoi pas si Dieu le veut, dans le pays tout entier en tant que future terre d’Islam. Ce n’est qu’une question de temps et de forte natalité car il est patient et capable de dissimuler le but final poursuivi.
il n’a de devoirs que vis-à-vis de sa communauté et de sa religion. Il ne se demande jamais ce qui arriverait si tout le monde généralisait ses prétentions; c’est simple qui paierait? Ses femmes ou filles lui servent de domestiques et éduquent les frères dans l’idée qu’ils sont le sel de la terre et qu’ils n’ont qu’à être obéis et servis par les “females” comme on dit en langue anglaise (où c’est male/female et non masculin/féminin). Il ne voit jamais que ses convictions entretiennent une société inégalitaire et hiérarchique; déjà dans l’infériorité des femmes vis-à-vis des hommes, mais aussi dans les statuts différentiels des hommes: un riche a droit à 4 épouses, ce qui suppose l’inégalité financière et statutaire de celui-ci. Le salafiste a intérêt à ce que les inégalités progressent: cela lui permet de monopoliser les femmes, d’exploiter les autres hommes et cependant de montrer son bon coeur en pratiquant l’aumône si bien demandée par le livre sacré (un des cinq piliers de l’islam). Cet homophobe patenté via sa religion ne voit pas que son monopole des femmes encourage d’autres pratiques; de même l’exigence de virginité des filles avant mariage facilite d’autres moeurs tant entre garçons qu’entre fille et garçon.
Tout cela relève d’un très vieux processus de domination lorsque la société ou la communauté vit sous l’emprise de la religion, quelle qu’elle soit. On l’a vu à l’oeuvre en Europe “ chrétienne”, ce qui lui a valu les guerres de religion, on le voit aux USA où les 400 religions rivalisent pour contrôler leurs communautés locales et imposer les bonnes moeurs via la surveillance des voisins et les prêches du révérend. On le constate en Birmanie où la présidente-prix Nobel ne fait pas grand chose pour soutenir les populations non bouddhistes, on sait aussi comment les Lamas vivent aux crochets de leurs croyants. C’est pourquoi la France doit demeurer fière de sa laïcité et la défendre contre toutes les religions et le communautarisme. Sinon, un beau jour, les individus auront perdu leurs droits subjectifs, fondement de la liberté, l’égalité homme/femme ne sera plus qu’un souvenir (même si elle n’est pas réalisée aujourd’hui, c’est une finalité des vraies démocraties et un “principe régulateur”, une asymptote à frôler), les homos devront sa cacher, les laïcs ne pourront plus critiquer les religions, etc.
je ne suis pas attaché à la nation, ni au territoire. je n’ai pas d’objection à ce que le pays disparaisse ou soit occupé par d’autres peuples. Mais j’ai une exigence; pouvoir refuser de me prosterner devant un Dieu car c’est indigne de l’homme et limite sa liberté. Comme Proudhon, je suis « antithéiste ». ce qui veut dire: si Dieu existe, il faut se mesurer à lui et s’il n’existe pas, il faut l’inventer et le combattre car pour progresser les hommes ont besoin d’un adversaire digne d’eux. Cela n’implique pas qu’ils soient moins dignes que lui. Que ceux qui veulent le prier le fassent librement, mais qu’ils le fassent en se respectant eux-mêmes sans se prosterner, ce qui est le signe de la soumission et de l’infériorité de l’homme vis-à-vis de la divinité.

Votez dur, votez mou mais votez dans le trou

Classé dans : politique — 22 avril, 2017 @ 10:26

C’était un superbe dessin de Siné dans Hara Kiri Hebdo, représentant un trou de chiottes à la turque avec rouleau de papier toilette bleu blanc rouge lors d’élections sous Charlot. les temps ont changé et aujourd’hui on ne peut qu’aller plus loin: finir d’achever cette démocrassie représentative de la Ve ripoublique pourrie depuis longtemps. Comment s’y prendre?
On pourrait voter Le Pen mais le risque est bien trop grand d’amener le fascisme au pouvoir car, lors des législatives nombre de salopards des républicains feront votre pour les listes FN afin de conserver leur siège en contrepartie. la différence entre Fripouillon et Marine est ténue sauf pour son programme socio-économique quelle n’a certainement pas l’intention d’appliquer Et sa sortie de l’UE est bien trop brutale pour ne pas entraîner des conséquences catastrophiques. On ne peut pas en sortir illico; on ne peut que créer quelque chose à côté et en dehors qui contredise la logique libéralo-capitaliste sans la prendre de front. On ne peut voter Mélanchthon (luthérien fanatique et excellent rhéteur) qui entrera tout de suite en conflit avec l’UE et dont le programme est largement utopique. On ne peut voter Hamon qui est la continuation du socialisme social-démocrate mou et rose très pale par d’autres moyens. De toute façon il est déjà dans le trou avec le PS. Comme on dit: quand un socialiste est dans la merde que fait-on? On l’y laisse. Quand 2 socialistes y sont, on sauve la merde. On ne saurait votre Fripouillon qui se met en couple avec la catho réac et ne tardera pas à faire des mamours aux islamistes contre les gays, la GPA, la liberté des moeurs, le droit de blasphème et la laïcité. De plus, Fripouillon est le parangon du libéralo-capitalisme auquel il vaut adapter la France en adoptant l’ordolibéralisme tudesque et l’austérité. Quant à Maqueron, c’est la chauve-souris de La Fontaine: voyez ma peau, je suis souris, voyez mes ailes, je suis oiseau. Maqueron, ce sera du libéralo-capitalisme mou à la façon de Zizi Rider, un percheron d’économie de marché et de finance et une alouette de social comme nous l’avait promis le curé Delors (en barre) pour faire passer le marché unique: on a eu la « concurrence libre et non faussée » et on attend toujours le prétendu volet social de l’UE. Voter Maqueron, c’est permettre aux socialos hollandistes de se recycler avec Vallse qui mènera le bal dans la chute de la maison PS vers le trou noir du maquereautage.
De toute façon, cette bande des 4, c’est la continuation des institutions d’apparence démocratique, la poursuite de la politique professionnalisée, la lutte des places, les intérêts perso (et des vrais maîtres, à savoir les capitalistes et les financiers), la disparition accélérée du bien commun et de l’intérêt général, les magouilles avec les puissances et les pays pétroliers. On ne saurait donc voter pour augmenter la pente du toboggan moins-disant conçu et mis en action par le libéralo-capitalisme.
Il faut au contraire délégitimer le système politique francoui de façon que si élus il y a ils ne puissent en aucun cas exciper d’une majorité du peuple les soutenant. On peut pour ce faire voter blanc ou nul, voter pour les « petits » candidats ou aller à la pêche. Prenez un président élu avec 50 % plus une voix des votants du 2e tour. Il faut pondérer ce 50 % par la prise en compte de 10 % de non-inscrits, 35 % d’abstentions, 10 % de blancs et nuls et si on ajoute (opération évidemment simpliste et contraire aux maths mais significative) on arrive à 55 % de non-votes pour l’élu qui a donc en réalité (50 multiplié par 45) 22,5 % de voix pour l’élu du prétendu suffrage universel, soit en gros un cinquième des électeurs potentiels. CQFD. La moindre des choses est alors de lui refuser toute légitimité est de réclamer que la loi exige qu’un élu ait 50% au moins du corps électoral avec lui. Cela serait un bon début pour une VIe république, début auquel Mélanchthon ne pense pas; encore moins les autres, tel Monte-en Bourg.

Encore une polémique à la con!

Classé dans : politique — 20 avril, 2017 @ 10:43

La Marine a encore déconné en affirmant que la France n’était pas responsable de la rafle du vel d’hiv en 1942. Elle aurait mieux fait de la fermer car le sujet doit être traité par de vrais historiens neutres et distanciés et non par des politicards qui se servent de l’histoire pour ranimer le nationalisme, vivifier « l’identité nationale » et postuler une union de tous les Francouis contre l’étranger. On a même entendu Fripouillon en appeler aux mânes de Vercingétorix en tant que vainqueur à Gergovie (puis vaincu Alésia et mort de faim et de mauvais traitements dans les prisons de César, ce que notre malhomme ne dit pas); Tsarko en avait appelé au résistant Mocquet, qui ne l’était pas en tant que communiste rallié à l’URSS au nom du pacte germano-soviétique avant 1941, à Jaurès. C’est du détournement de l’histoire comme le fut son utilisation au 19è siècle par l’école de Jules Ferry au nom du « roman national » et de la revanche sur les Teutons après la raclée de 1870 sous Napoléon le petit. Le PS se souvient de Jaurès, de Blum, de 1936, de Tonton mais pas de Guy Mollet. les Cocos ont oublié leur soutien au « petit père des peuples ». Les trotskards cachent que Trotski fut un massacreur d’anarchistes et que, s’il n’avait pas été viré par Staline, il aurait sûrement fait aussi bien que lui dans le totalitarisme soviétique. And so on.
Marine a aussitôt fait le buzz. On lui a répondu que c’était l’Etat français de Vichy qui était le responsable et non la France, ce qui confirme en fait ce qu’elle a dit et qui est la position gaulliste et de Tonton. Mais Chiracos avait lui incriminé la France. Quelle France? Celle des 90 % de pétainistes en 1940 ou celle des 90 % de gaullistes en 1944?
Et Marine a raison pour une raison à laquelle elle ne songe pas, ni ses détracteurs. la bonne raison est que ni la France, ni la nation, ni l’Etat n’existent. ce sont des entités, des mythes, des légendes, des idéologies, des représentations idéelles. La France comme une, indivisible, unifiée est une reconstitution politicienne qui nie son pluralisme de peuples différents asservis au cours de l’histoire. La Nation est elle même une « composition » disparate de groupements et de cultures. Ce ne sont que des personnes imaginaires, morales et collectives qui trahissent la diversité des populations. L’Etat n’est qu’une fiction juridique destinée à dépersonnaliser l’exercice du pouvoir souverain. Ce qui existe réellement ce sont les gouvernants, les politicards et « les appareils d’Etat », l’administration; ce sont eux qui décident et agissent. Et souvent sans légitimité comme Vichy qui n’a pas été élu mais créé par le parlement, socialistes largement compris, qui a voté les pleins pouvoirs (sauf 80 députés) à Pétain en 1940.
La polémique est idiote aussi parce que les habitants actuels du territoire français ne sauraient être tenus pour responsables des crimes de leurs ancêtres, chose pourtant affirmée par tous les chantres de la repentance et reprises par tous ceux qui veulent en tirer parti en tant qu’entrepreneurs idéologiques se servant d’un instrument de pouvoir pour dresser des troupes contre le pays. ce qui permet à tous ceux que la ripoublique laisse de côté de jouer aux victimes et de l’exécrer. Sinon, pourquoi ne pas demander à l’Italie de payer les crimes des Romains?
Enfin, c’est bête parce que seuls les individus peuvent être responsables (un des rares bienfaits du libéralisme et du droit bourgeois) et non les « collectifs » (qui plus est imaginaires) ou les structures. C’est là qu’on voit une des saloperies de Tsarko qui a installé la responsabilité pénale des entreprises (fausses personnes morales car ce sont en fait des systèmes conflictuels d’acteurs) afin d’éviter d’incriminer leurs dirigeants seuls responsables des décisions (voir affaire AZF à Toulouse).

De la gauche et de la droite

Classé dans : politique — 9 avril, 2017 @ 10:45

Pour ces prochaines élections, afin de ne pas se faire couillonner, il faut identifier la marchandise offerte par les candidats et ne pas se faire leurrer sur les étiquettes et les slogans de campagne. C’est là qu’il convient de restaurer l’opposition gauche/droite. Commençons par examiner ce qu’être de droite signifie ou peut impliquer.
1) Qu’est-ce que la droite? C’est une conception philosophique qui consiste essentiellement à s’en remettre à l’ordre des choses, à l’état existant du modèle social en place. C’est refuser que les hommes puissent modifier cet ordre car ce serait « constructiviste », à savoir, ce serait avoir la prétention de reconstruire la société suivant un modèle théorique sorti du cerveau génial de réformateurs sociaux. C’est faire de la politique une simple variable d’ajustement à l’ordre des choses mais en le faisant, grâce au calcul gestionnaire, rationnel et technique, fonctionner le mieux possible.
On a évidemment plusieurs versions de la pensée de droite. On a la réactionnaire qui entend en revenir à un ordre traditionnel où les valeurs, us, coutumes d’antan sont retrouvées contre les perversions actuelles. L’ordre peut être divin, transcendant, providentiel; c’est là qu’on retrouve les partisans des fondamentalismes religieux de toute obédience et, en partie, M. Fripouillon avec ses soutiens cathos-traditionalistes. Cela, ce sont les convictions profondes du catho pratiquant qu’est Fripouillon. Mais, attention, pour faire de la politique on ne peut plus se contenter d’aller sous un seul drapeau; il faut « rassembler » suffisamment de suffrages pour être élu, ce qui amène les impétrants à camoufler leurs convictions sous le voile d’idéologies plus porteuses et plus épandues. La réaction, ce furent en France après 1789, les Maistre, Bonald, Maurras, Barrès, Pétain et compagnie. L’ordre peut être « naturel », ce qui renvoie à une conception fixiste de la nature humaine et des relations en société. Cette nature humaine, à ne pas contrarier par des lois qui la mettrait en danger, est relative à la « nature pécheresse des hommes », à leurs « passions tristes » (envie, amour-propre, individualisme, égoïsme intéressé, rivalité, domination des forts sur les faibles), lesquelles imposent un gouvernement fort, répressif et autoritaire afin que les gens et les communautés n’entrent en guerre les unes contre les autres. C’est du reste, chez les vieux « libéraux, la raison de restreindre le pouvoir politique aux seules fonctions régaliennes (défense, justice, police, relations extérieures) et à la défense des libertés individuelles, dont, avant tout, celle d’entreprendre. Pour les relations sociales, l’ordre naturel consiste à respecter « la sélection naturelle » des forts au détriment des faibles, à justifier le « struggle for life » qui anime cette sélection. On aura reconnu le darwinisme social du rosbif Spencer et une source du racisme, de l’eugénisme et du colonialisme. Et, enfin, l’ordre naturel peut être avant tout de nature économique; il convient alors de s’abandonner aux forces du marché, lequel est « efficient » à condition qu’on laisse opérer sa mécanique automatique, ce qui conciliera les intérêts de tout un chacun via la « main invisible » du marché (Smith) et transformera les vices privés en vertus publiques (Mandeville). On aura reconnu là les thuriféraires de l’ordre spontané du marché, de la « physiocratie » de la « catallaxie » efficace des échanges chère à Hayek, le pape du libéralisme. On retrouve ici Fripouillon qui est de conviction libéralo-capitaliste même s’il fait semblant de se raccorder au gaullisme social. On peut y ranger aussi tous les pseudo-socialistes de « l’offre », de la « 3è voie », de la social-démocratie à la Schröder, qui entendent conformer la société aux exigences de la concurrence mondiale, notamment M. Maqueron et tous les socialistes de gouvernement depuis Tonton. Il va de soi que les partisans de l’ordre (du « désordre établi » comme disait Marc Sangnier) n’ont pas à élaborer de projet de changement sociétal puisque qu’ils vivent (et tout le monde aussi d’après eux) dans le « meilleur des mondes possibles »; vive les Trissotin et les Pangloss de la politique. Vive les Queuille et autres Hollande ou Chirac pour lesquels  » il n’y a pas de problème qu’une absence de solution ne finira par résoudre ». Vive les Faure pour lesquels, ce ne sont pas les politiciens qui retournent leur veste mais le vent qui fait tourner les girouettes.
On a la conservatrice qui entend intégrer à la protection de l’ordre établi les apports des nouveautés; c’est là que des traditionalistes, en matière de moeurs, demandèrent à la religion de pacifier les relations sociales en promettant l’enfer aux déviants et dans le domaine économique se rallièrent au mythe du progrès cumulatif de la science, de la technique et du libre-échange. M. Maqueron n’adhère, parce qu’il est clément, qu’au mythe économique; pour les moeurs il est dans le vent, par exemple pour le mariage gay ou morganatique ou entre un jeune et un vieux. Nombre de socialos qui sont aujourd’hui des activistes de la mondialisation (Maqueron, Vallse, Zizi Rider…) sont devenus des conservateurs sur le plan économique. D’autres sont des réformateurs à la marge: ils conservent le système libéralo-capitaliste et sa logique mortifère tout en y ajoutant une pincée de réformes sociales (Hamon et la plupart des prétendus frondeurs). On a la conception dynamique: il faut aller de l’avant dans la « mondialisation heureuse » qui résoudra tous les problèmes; si la France échoue, c’est parce qu’elle n’est pas assez libérale en économie et trop sur les libertés individuelles comme le droit au travail ou le droit de grève. Non seulement il faut conserver l’ordre économique mais il faut l’accélérer.
2) La gauche ? C’est avant tout l’idée que les hommes en s’associant et en respectant la démocratie peuvent changer la société, l’améliorer, la rendre plus juste (plus égalitaire), tout en respectant leur liberté. Il n’y a pas de gauche sans projet, sans appel à la dimension politique, sans régulation sociale, sans progression de la situation de tous, à commencer par les plus défavorisés mais sans oublier les droits individuels et collectifs. La Gauche, c’est l’aspiration à la justice et l’usage du droit pour la faire progresser. La gauche, c’est la recherche du bien commun, de l’intérêt général, du bien-vivre, du bien public et individuel. La gauche, c’est le refus des approches purement gestionnaires et comptables, c’est le maintien de finalités morales, c’est la volonté de toujours faire mieux pour le peuple. La gauche, c’est la justice et la liberté, ce qui suppose la démocratie comme mode de résolution des conflits et comme processus de définition des buts de la société pour les individus et les groupements. La gauche, c’est le respect du pluralisme sociétal sans emprise d’un pouvoir quel qu’il soit (religieux, économique, politique) sur l’effervescence sociale. La gauche, c’est l’analyse sociale, la pensée, le projet.
On a une gauche républicaine mais non socialiste comme celle des radicaux autrefois avant qu’ils ne se reconvertissent dans le cassoulet ou l’andouillette ou comme les républicains d’antan (Lamartine, Hugo, Thiers…). Las, ils sont souvent devenus ripoublicains ou partisans du libéralisme économique et pourfendeurs du peuple (Clemenceau, Thiers). On a une gauche socialiste jacobine, centralisatrice, étatique, unitaire, absolutiste qui prétend mieux savoir les besoins du peuple que celui-ci et transformer la société d’en-haut et par la voie politique. Ce fut la gauche tontonmaniaque qui a étatisé et truffé les entreprises publiques d’énarques et autres membres des grands corps l’Etat. Ce qui a engendré une intense corruption du genre du Crédit Lyonnais et de Pink Floch-Prigent. La gauche étatique se subdivise en courant réformiste, léniniste-révolutionnaire et social-démocrate (démocratie sociale entre patrons et syndicats, union du parti et du syndicalisme). Les sociaux-démocrates sont devenus des sociaux-traitres au service du libéralo-capitalisme comme en Allemagne avec Schröder. Les socialos francaouis les ont imités pour ne pas se faire taper sur les doigts par les Cocos. Ni révéler leur trahison en 1983 du peuple. Le léninisme n’est pas de gauche car il abandonne la démocratie au profit d’une bureaucratie d’Etat. La social-démocratie, c’est le pacte avec le diable libéralo-capitaliste.
On a une gauche socialiste libertaire. Elle combine liberté et justice, elle compose démocratie réelle mise au premier plan et bien public, elle lutte contre l’absolutisme, la centralisation, le pouvoir d’Etat, le gouvernement d’en-haut, l’injustice. Elle est universaliste tant dans un pays qu’au niveau mondial. Elle est pour le fédéralisme intégral (économique, politique, juridique, social). Elle est le plus souvent réformiste à condition que les réformes fassent progresser peu à peu dans la même direction, à savoir une société juste, libre et démocratique. C’est là qu’elle ne peut pas soutenir un Mélanchthon qui visiblement est un étatiste ou un Maqueron qui est un hyper libéral ou un Hamon qui remplace le lien social genéral par une juxtaposition de communautés comme on le voit dans sa bonne ville de Trappes si tendre pour le salafisme.
Ce qui est mort aujourd’hui, ce n’est pas la gauche, ni le socialisme. C’est le PS qui depuis 1981 n’a pas produit la moindre idée, n’a pas de pensée, n’a pas de projet autre que celui de détenir les manettes du pouvoir pour que ses élus se nourrissent sur la bête, qui a abandonné le peuple et la justice, qui est devenu technocratique et seulement gestionnaire et qui a vendu le pays au libéralo-capitalisme généralisé et à l’ordolibéralisme tudesque. Ce qui est mort, c’est la gauche étatique et politicienne, c’est l’idée du changement social par la technocratie. Tant mieux, mais cela veut dire qu’il ne faut plus voter car c’est confirmer soit le changement, soit la réaction néolibérale via des institutions pourries et antidémocratiques. Farem tot petar.

Critique de l’UE par M. Quatremer, journaliste à Libération

Classé dans : Non classé — 4 avril, 2017 @ 10:28

Quatremer est le le journaliste attitré de Libé auprès de die Grosse Kommission de Bruxelles. On sait que Libé est un journal bobïsant fanatique de l’UE et pro libéralo-capitalisme. J’ai acheté son dernier opus (Dei) « Les salauds de l’Europe » tout en sachant que le sieur Quatremer est une huile de promotion de l’UE. Le pitch du bouquin est de répondre à tous les détracteurs de l’UE, point par point afin de restaurer cette entreprise d’hyper libéralisme économique et de destruction de la démocratie. Je en vais pas naviguer sur les 5 océans de Quatremer; ce serait fastidieux car il s’agit d’une sorte d’hagiographie dont toute l’astuce est de faire quelques concessions aux zoïles de l’UE tout en la défendant mordicus.
Cependant, M. Quatremer a raison sur un point essentiel: ce n’est pas la Kommission qu’il faut incriminer; elle n’est que le résultat de décisions politiques ayant installé une usine à gaz ingouvernable et non gouverné car les « Etats » refusent toute avancée vers le fédéralisme et campent sur une vision intergouvernementale de défense de leur nation. Yes, le Conseil européen (CE) des chefs de gouvernement, qui est le seul véritable décideur, est constitué de 28 gus qui ne cherchent qu’à défendre leurs intérêts -à ne pas confondre avec ceux du pays- au nom de l’adage: je préfère être petit chez moi que grand chez les autres. Effectivement, des mecs comme Zizi Rider n’ont aucun intérêt à une Europe vraiment unie dans un vrai fédéralisme politique, car, s’ils peuvent se faire élire, généralement grâce à des mensonges, dans leur pays, ils n’ont aucune chance de l’être dans une entité politique européenne démocratique. Mais je note chez Quatremer la traditionnelle confusion entre Etat et gouvernement; l’Etat n’existe pas; ce qui existe, c’est un corps politique et son administration ou ses « appareils d’Etat ». Pour le comprendre, il faudrait faire un peu de philosophie politique, ce qui n’est pas à la portée d’un journaliste lambda qui, de toute façon s’en fiche. Portée à 28 membres, le CE est devenue une cohue de divergences, chacun essayant de tirer son épingle du jeu et faisant porter par Bruxelles la responsabilité des décisions auxquelles il a participé afin de se dédouaner vis-à-vis de son opinion publique. Et le vote à l’unanimité, requis dans les domaines de compétences de l’UE, y est devenu impossible, chaque chef de gouvernement défendant son pré carré.
Quatremer nous présente les normes européennes comme des mesures purement techniques. C’est un ânerie car elles sont une arme de destruction massive des petites entreprises ou de la petite agriculture (ce que fait le productivisme de la PAC depuis son origine). En effet, les normes sont établies en vue de standardiser les produits afin d’étendre les marchés, ce qui profite immédiatement aux grosses boîtes, lesquelles peuvent alors faire des économies d’échelle et chercher des rendements croissants. la standardisation en univers de concurrence pousse automatiquement à la concentration de l’économie et favorise énormément les plus productifs (d’où la victoire de l’industrie teutonne en Europe). les normes sont donc un enjeu politique, celui d’une économie hyper concurrentielle et productiviste, de l’extension du libre-échange afin d’élargir les marchés. L’UE s’est donc servi des normes technocratiques élaborées par la Kommission pour accélérer le passage à une concurrence sans limites « libre » mais en fait faussée par les normes en faveur des gros bataillons et des produits uniformes et aseptisés. Les normes agricoles, c’est donner la victoire au faux camembert plâtreux de Lactalis contre le vrai camembert de Normandie, c’est encourager le lait insipide et les fromages pasteurisés, les fruits et les légumes sans goût mais calibrés, les semences standards, les pesticides labellisés, fussent-ils dangereux! Les normes sont le véritable enjeu des traités internationaux (CETA, TAFTA) car les droits de douane sont devenus très faibles; en revanche, savoir si les européens vont bouffer des produits OGM, du boeuf aux hormones et aux antibiotiques, des poulets lavés au chlore, vont importer du gaz ou du pétrole de schiste ou des pesticides ou des médocs dangereux, etc. est un problème crucial. et peu résolu car Bruxelles est la proie des lobbys et des conflits d’intérêts
Là où Quatremer est soit un menteur, soit un ignorant se voit dans sa défense de l’UE en ce qui concerne la densité de lois votées dans les pays. Les anti UE disent que c’est dans les 60 à 80 %; M. Q ramène la chose à 20/30 %. C’est ne pas faire de différence entre l’essentiel et l’accessoire, le centre et la périphérie, la domination et l’ajustement à celle-ci. C’est refuser de voir qu’il y a des normes surdéterminantes, à savoir celles du commerce et de l’économie. C’est oublier que l’UE forme système avec les pays, qu’il y a une situation d’interdépendance entre les niveaux de responsabilité et des degrés différentiels d’influence. Il faudrait raisonner correctement; je vais l’illustrer avec des images.
1) La construction à petits pas de l’UE par les gouvernants, et cela en cachant la destination finale voulue, a établi une cage de fer à claire-voie. C’est la méthode de lOUIS XI, celle du cardinal de La Ballue, enfermé dans une « fillette ». le roi venait le voir et lui demander ce qu’il voulait; réponse: une cage plus grande où pouvoir m’allonger et me tenir debout. Eh bien, c’est pareil; l’UE est une cage où sont enfermés des tigres, des lapins, des rats et des microbes; ils n’ont à béqueter qu’un budget de 145 milliards (1 % du PIB de tous les pays, ce qui a forcé les petits pays et les ex-soviétisés à chercher des niches où faire le beurre malgré tout: les paradis fiscaux comme le Luxembourg, l’Irlande, les Pays-bas; le low cost pour les autres) et ils sont mis en concurrence sauvage pour y accéder ou sauver leur peau. L’UE s’est réservé les domaines essentiels de compétences: le commerce extérieur, l’organisation du marché interne de « concurrence libre et non faussée », l’édiction des normes, la fixation du budget commun, l’élargissement de l’Union et même la pêche en plus de la PAC. La cage est celle du libre-échange mondial axé autour des 4 libertés: de circulation des marchandises, des services, des capitaux, des hommes et femmes. Cela est fait via des « directives » que chaque pays doit transposer dans son droit (c’est l’origine des 20/30 % allégués par Q). Ces libertés (essentiellement en faveur du capital) ont installé la mise en concurrence des 28 pays, ce qui pousse à une course incessante pour le moins-disant en toutes matières impliquant des coûts différentiels. Cette concurrence a été aggravée au sein de la zone Euro par la monnaie unique qui interdit de dévaluer et force les pays à jouer sur les paramètres de « la désinflation compétitive » interne. Ce qu’a fait la Doryphorie en 2003/4 avec les lois Hartz puis die Grosse Angela avec une TVA sociale à plus 3 points. Cela, c’est être un passager clandestin de l’UE en jouant en solo contre les autres. Le résultat est que les gouvernants deviennent des écureuils tournant sans cesse dans leur cage. Mais ils sont en fait d’accord car ils sont tous des libéralo-capitalistes convaincus et soucieux de ne rien assumer car ils préfèrent ne rien foutre tout en ayant les honneurs et les prébendes de leur statut de politicards élus et dirigeants.
Afin d’aggraver la concurrence, dès 2004 l’UE s’est élargie à des pays de l’Est (les « PECO ») présentant d’énormes disparités: coût de main d’oeuvre, protection sociale, niveau de vie, droit environnemental. cela a permis à la Teutonie de récupérer son « hinterland », son « lebensraum » où elle a délocalisé, sous-traité, embauché des « travailleurs détachés », acheté low cost. C’est merveilleux car la concurrence fonctionne suivant le 2e principe de Carnot sur le rendement des machines thermiques; ce rendement dépend de la différence de température entre la source chaude et la source froide. La source froide dans l’UE, ce sont les différentiels de productivité et de compétitivité (plus la qualité chère aux Germains); la source chaude, ce sont les normes unificatrices de la concurrence. Le résultat à long terme est l’alignement de tous les pays sur le même modèle de libéralo-capitalisme débridé (sauf en Chine). Tant pis pour tous ceux qui entretemps (gens ou pays) auront crevé, c’est la loi du marché, de l’accumulation du capital, de la concurrence. La crise mondiale de 2008, puis de la dette publique en Europe en 2010, ont encore durci cette concurrence en forme de tonneau des Danaïdes et de toboggan sans fin.
C’est le cadre des 4 libertés qui est la « variable de pilotage et de commande » des décisions législatives car il ne reste aux pays que des « variables d’ajustement », qui, elles font certes l’objet de lois directement nationales mais sous les injonctions du cadre supranational. Il reste la fiscalité (il faut l’unanimité) sauf les taxes indirectes (elles jouent dans le commerce), le droit du travail, la protection sociale, le statut des entreprises de service public (privé en prestation ou concession ou public), certaines normes environnementales. La fiscalité sur les sociétés ou les personnes a été laissée aux pays afin de faciliter la mise en concurrence dans la chasse aux entreprises (d’où les paradis fiscaux européens). Et ces déjà maigres libertés sont en fait encadrées par l’émission de recommandations et de conseils par la Kommission del’UE (souvent accompagnés de menaces de sanction) et par « le semestre européen » pendant lequel chaque pays doit soumettre ses projets de réforme et son budget à Bruxelles. Chose aggravée par le TSGC de 2012 dit Merkozy et devenu Merkhollande.
2) la cage est dirigée par un étau à 3 mâchoires: la BCE, la Cour de Justice de l’UE (CJUE), la Kommission et sa technocratie. Ces 3 « organes » appliquent sans désemparer le principe juridique de l’UE: l’ordolibéralisme: établissons les (bonnes, les libéralo-capitalistes) règles de la concurrence et laissons faire tout en surveillant. Souvent les organes outrepassent leur rôle: la BCE en faisant des prêts camouflés aux Etats, via le rachat des emprunts publics détenus par les banques, la CJUE en jouant systématiquement la concurrence (libertés d’établissement, de circulation) contre le droit de grève et du travail et en ayant par sa jurisprudence dans les années 1960 imposé que le droit communautaire soit supérieur au droit national, la Kommission en pourchassant les fusions pouvant conduire à des champions nationaux ou européens.
3) les pays ont perdu leur politique industrielle, leur politique commerciale, leur politique budgétaire (maintenant sous contrôle UE avec le TSGC et les 6 packs puis 2 packs ». Ceux de la zone euro ont aussi perdu leur politique monétaire et de taux de change au profit des 3 mâchoires de l’étau, organes technocratiques non élus.
Comment en est-on arrivé là, ce que Q n’analyse pas? Par la méthode Monnet mise en place dès 1957: celle des petits pas, domaines spécialisés par domaines, organisant une supranationalité dirigée par une technocratie, orientée par la cohue intergouvernementale du CE. Peu à peu les domaines de compétences de l’UE ont été augmentés de même que le nombre de pays disparates afin d’exacerber la concurrence. On a alors ce résultat d’un ensemble économique libéralo-capitaliste supranational ou en quelque sorte confédéral qui fonctionne mécaniquement sous l’emprise de règles immuables (ordolibéralisme tudesque et il faut l’unanimité des 27/28 pour modifier les traités) dirigé par un tas intergouvernemental de politicards défendant leurs seuls intérêts. Ce monstre politique, ni fédéral, ni confédéral (union de pays en vue de la défense commune d’intérêts vitaux et l’union étant limitée à cela car chaque pays garde sa souveraineté), ni vraiment intergouvernemental car chaque pays y est impuissant sauf à s’allier avec d’autres. C’est ce qu’a fait la Teutonie qui a dans son giron l’Europe du Nord, luthérienne comme elle, et les PECO; d’où sa domination malgré les gesticulations françaises (faire semblant de résister tout en allant embrasser les babouches d’Angela). Ce système est naturellement ingouvernable, non démocratique, séparé des peuples, inapte à gérer les crises et, ce qui est encore plus dangereux, irréformable.

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