les armes de la critique

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L’utilité libéralo-capitaliste

Classé dans : Non classé — 9 janvier, 2010 @ 11:40

Le libéralisme nous enseigne que c’est l’intérêt ou l’utilité qui mène les hommes. L’intérêt, à l’origine, s’entendait de tous les motifs personnels et égoïstes d’agir dans les relations avec les choses ou les autres ; il ne s’agissait donc pas que de l’intérêt matériel, qui, à l’usure si j’ose dire, est devenu le ressort majeur des motivations en univers de capitalisme financier. Il y avait aussi la gloire, l’honneur, la sécurité, la préservation de soi (amour de soi, passion orientée par le seul moi), l’amour propre (amour de son image dans l’esprit des autres, donc passion axée sur la relation avec l’autre en tant que désir de reconnaissance ou revendication d’identité), etc. Le libéralisme a ainsi sanctifié la philosophie des puces (devenues informatiques), celle des piqûres (épicurisme), à celle des (é)poux, des pique-têtes (stoïcisme). Des fleuves d’encre ont coulé pour décrire l’intérêt (devenu utilité, notamment en économie libérale) comme premier moteur de la relation à soi, aux choses, puis aux autres. A tel point que l’altruisme devenait une incongruité sauf à l’expliquer par l’idée qu’il ne serait que de l’égoïsme indirect et camouflé, notamment pour avoir bonne réputation en société ou pour mériter la grâce divine et acheter son salut dans un monde meilleur ou pour obtenir des faveurs et de la reconnaissance en retour, etc.

L’utilité libérale est majoritairement comprise comme individuelle, puisque la société n’existerait pas en dehors de la collection des individus qui la composent, et comme d’origine bio-psychologique en tant que liée à « la nature humaine » universelle, intemporelle et innée ou génétique pour l’espèce. Quelques francs-tireurs libéraux l’ont cependant pensée comme devant être sociale, à partir cependant des individus. Cela se trouve dans l’utilitarisme fondé par Bentham pour lequel il fallait se donner comme but moral des hommes formant société de « maximiser le bonheur du plus grand nombre ». Dès lors, ce qui est juste, mais alors seulement second, c’est d’augmenter le bien-être collectif ; la société n’est juste que si elle augment le plus possible le niveau de satisfaction de la majorité des gens. Cette position, qui fait partie pourtant du courant libéral, lequel contient bien des bifurcations ou embranchements, est affreuse et ignoble ; elle implique en effet qu’il puisse y avoir des êtres humains sacrifiés au bonheur du plus grand nombre. Se trouve ainsi niée la dignité intrinsèque de chaque homme, sa valeur devenant relative à sa contribution à la satisfaction générale et sa position pouvant être négligée.  L’égale dignité de chaque homme, sur laquelle repose la doctrine morale de Kant, est jetée aux orties avec pour conséquence l’acceptation de l’inégalité entre les hommes. Se trouve aussi et ainsi lancée une approche à la fois matérialiste, puisqu’il ne s’agit que de satisfactions bientôt réduites au seul aspect matériel de la vie, et calculatrice et rationaliste (plutôt de rationalité calculatrice), puisqu’il faut se donner la peine d’évaluer « ses plaisirs et ses peines ». Dans ce cadre, soit tout est calculable, quantifiable, ce qui est l’option choisie par le néolibéralisme actuel et par la prétendue science économique qui va avec, soit rien ne l’est et tout se vaut, ce qui est le leitmotiv de la philosophie moderne à commencer par celle de la soi-disant postmodernité. L’idée kantienne de la morale comme devoir être ou devoir agir comme  conduite  universalisable est mise à la poubelle ; en effet cet « impératif catégorique » (accompagné de l’exigence morale de toujours considérer l’autre comme une fin et jamais comme un moyen) implique que le principe de généralisation débouche sur une valeur morale (l’universalité) qui est supérieure à toutes les valeurs particulières, ce que nie justement le relativisme moderne pour lequel elles se valent toutes.

Du reste, le libéralisme n’a pas tardé à affirmer à la fois l’inégalité de nature des hommes (après avoir reçu le renfort du darwinisme à la sauce de la lutte pour la vie et de la sélection des meilleurs chères à Spencer, ou celui de la phénologie, de la crâniologie, de la biologie raciale, de l’innéité du crime,  etc.) et le primat du mérite individuel car les exclus sont les victimes de leurs propres carences. L’utilité de l’individu est mesurée par son mérite et l’intérêt personnel consiste à paraître méritant aux yeux des autres. Et le mérite, en univers de civilisation libérale, individualiste et matérialiste, compétitive et spectaculaire, est vient des signes ostentatoires de réussite ; c’est l’ère du bling bling, de l’opulence impudique, de la richesse. Et c’est évidemment par contraste celle de la disqualification des pauvres qui n’ont pas de Rolex à 50 ans, qui ont mérité leur sort parce qu’ils sont des ratés, des fainéants, des tire-au flanc, des assistés, des incapables, des « inemployables »…

Adam Smith, à la suite des philosophes écossais du 18ème siècle, a essayé de réhabiliter une approche de refus de l’intérêt comme seul motif (monisme) d’action humaine. L’homme voit dans l’autre un reflet de sa propre image et si celle-ci est positive alors il entrera en sympathie et l‘imitera. L’intérêt là est secondaire, le ressort de la sympathie vient de ce que pour chaque individu l’autre est un autre soi-même. Mais au nom de quoi peut-il y avoir sympathie par imitation ? Réponse de Smith : en se plaçant sous l’autorité « d’un spectateur impartial ». Qui donc ? La seule réponse cohérente est l’œil de la communauté extérieure aux deux protagonistes du mouvement d’empathie. Le spectateur impartial, c’est le système de conventions, de normes, de valeurs de la communauté ; c’est le regard de celle-ci sur votre comportement à partir de ses critères de réussite, d’utilité, de valorisation des bonnes conduites. Lesquelles sont donc forcées… C’est typiquement du puritanisme anglo-saxon, ce que l’on voit aux USA où chaque personne est obligée de se conformer aux normes des communautés. C’est donc cela la liberté libérale : le conformisme, la soumission, la normalisation ? Oui ; cependant Smith remet un peu de social dans l’intérêt ; il n’est plus individuel ; il dépend des conventions sociales préexistantes.

On approche alors du fond du vrai problème de l’opposition stérile entre égoïsme intéressé pour soi-même et altruisme intéressé par le rapport entre soi-même et l’autre dans un système de relations. Dire que tout part de l’intérêt n’est qu’un propos de café du commerce ; ce qui est important c’est de savoir de quel intérêt il s’agit, d’où il provient, comment il se forme, par quels processus, dans quelles conditions et dans quelles situations. La réponse libérale majoritaire, et aujourd’hui seule à dominer,  à toutes ces questions est simpliste. L’intérêt est personnel, impulsé par le seul individu qui privilégie d’abord son rapport à lui-même, comme s’il pouvait se donner tout seul ses normes de conduite et définir ses « utilités » en dehors de toute appartenance, de tout attachement, de toute insertion sociale. Smith, mis hors jeu par le libéralisme actuel, répond qu’il ya des conventions sociales qui « norment » et moralisent la nature des intérêts légitimes dans une société donnée. Bentham met l’utilité individuelle sous le primat et le contrôle de l’utilité sociale. Mais l’origine du processus réside toujours dans les individus atomisés et séparés.

On comprend alors qu’égoïsme individuel/altruisme solidaire est un faux débat. Si l’on accepte un acquis fondamental du vieux libéralisme, à savoir non pas l’individualisme néolibéral actuel mais l’individuation (Stirner) et le primat de la liberté personnelle (et des groupements) on est conduit à reconnaître la légitimité et la moralité du mouvement qui conduit chaque être humain à agir à partir d’abord de son estime de soi. Le vrai problème devient alors que ledit être ne s’y cantonne pas et ne devienne pas un jouet de son amour-propre (vanité, orgueil, envie, ostentation, solipsisme, etc.). Pour éviter de sombrer dans l’individualisme libéral, il faut qu’existent des structures sociales qui encouragent la générosité, l’altruisme, le souci des autres, la solidarité, l’entraide (Kropotkine) et qui procurent des espaces où cette attention à l’autre et aux autres puisse se réaliser et être valorisée. Il faut des processus, des méthodes, des activités, des parcours et des lieux où émergent des conventions et normes sociales propices au développement des principes et des valeurs d’égalité et de justice, de réciprocité, de mutualité (Proudhon). Car le problème réel est de procurer à la légitime individuation des occasions de se « composer » avec les différentes dimensions du social et de la sociabilité de façon que l’individu ne soit pas hors la société et que celle-ci ne phagocyte les personnes. Ce qui récuse à la fois le libéralisme individualiste et atomistique et le socialisme collectiviste où dans le 1er l’individu est roi et dans le second la société  totalitaire. Ce qui réfute le relativisme libéral où la seule valeur commune est l’utilité, toutes les autres devenant personnelles (ou communautaires) et relatives, et le collectivisme socialiste où l’idée que ce soit la personne qui choisisse librement et à partir de ses valeurs propres les objets et les espaces où elle investira son altruisme intéressé est refusée. Ce n’est pas un oxymore ; c’est « une composition » entre termes qui ne sont pas contraires et exclusifs l’un de l’autre (comme le disent libéralisme et socialisme) mais interdépendants et en recherche « d’équilibration » (Proudhon). Ce qui élimine la coupure libéralo-socialiste entre valeurs et intérêts. Altruisme valorisé et égoïsme intéressé ne sont que des « contradictoires » dont le contenu et les rapports ne dépendent que du type de civilisation dans lequel on se trouve.

Il faut alors observer que le libéralisme est construit sur l’hypothèse de la neutralité axiologique (refus de prendre en charge collectivement les conceptions du monde et les systèmes de valeur dans la sphère publique, ce qui donc les « privatise » au niveau des individus et des communautés, notamment via la laïcité) du droit et de la politique par rapport aux libertés individuelles ; cette idée est fausse parce qu’il est facile de prouver que la civilisation libérale repose au contraire sur des valeurs, qui plus est imposées à tout le monde, donc sans « neutralité axiologique » : utilité, risque, compétition, richesse, individualisme, mérite personnel et réussite matérielle, etc. Mais cette thèse est aussi lourde de conséquences : s’il n’y a plus de valeurs communes unissant le corps sociopolitique dans une approche commune et collective transcendant les individus privés et les communautés particulières (et aussi privées), alors pour faire société, pour créer le lien social et le développer il n’y a plus que le marché, c’est-à-dire l’échange entre intérêts privés. Le radicalisme libéral du refus des valeurs et de leur cantonnement dans la sphère privée conduit à la réduction de la société à sa seule dimension économique. D’où les thèses ineptes sur la disparition du politique et l’avènement du « village global » commercial et concurrentiel.

Pourquoi de telles bêtises libéralo-capitalistes perdurent-elles ? Elémentaire, mon, cher Sarko…  C’est que ces âneries sont intéressées, très : elles font croire que le pouvoir politique, soi-disant démocratiquement élu, est au-dessus des parties, est indépendant du capital, ne doit rien aux riches et aux puissants, que les politicards travaillent pour le bien commun et se dévouent à la république pour tous. Il n’en est rien car il est facile de prouver que la crise actuelle émane directement de décisions prises par les politiciens socialo-libéraux (qui, évidemment se sucrent au passage) en faveur de la « phynance » et des multinationales. C’est que ces mensonges idéologiques sont utiles : ils font croire que chacun est libre de mener sa vie comme il l’entend, que la compétition se fait à armes égales et donc que les riches et les puissants sont méritants, que les inégalités sont justifiées, que la poursuite d’intérêts matériels et personnels est légitime même en écrabouillant les faibles et immoralement. Ils font oublier au populo que les riches, en général, ne sont que des escrocs qui ont réussi, des héritiers sans réel mérite, des profiteurs des structures socio-économiques définies par l’Etat pour les favoriser. Rappelons que c’est Tonton qui a sauvé (le 2ème sauvetage) les affaires du baron Seillière, qui a fait financer Tapie (et bien d’autres aujourd’hui riches) par le Crédit Lyonnais, qui a nationalisé (en rachetant les titres au-dessus de leur cours !) pour recapitaliser et assainir et ensuite revendre au privé des entreprises devenues ainsi rentables.

Ces intérêts camouflés, ces utilités privatisées ont aussi l’avantage de mener une entreprise de division entre strates ou classes sociales : pauvres contre classes moyennes, chômeurs contre actifs, immigrés contre nationaux, petits bourgeois contre racaille, citadins prospères contre banlieues pourries, agents des services publics et fonctionnaires contre les salariés du privé, clandestins contre smicards officiels, etc. Cette « guerre de tous contre tous » est facilement justifiée : c’est un résultat de la guerre économique mondiale entre intérêts commerciaux, système contre lequel localement on ne peut rien faire ; alors que justement il a été mis en place par les politicards qui ont tout dérégulé. Alors, il ne reste au peuple qu’à courber l’échine et à chacun de tirer son épingle du jeu. Du reste, ce système offre des « opportunités » aux risquophiles et aux meilleurs. Si vous perdez, c’est que vous n’êtes pas dans la course car trop nul. Et c’est ainsi que, via notamment un bombardement médiatique et idéologique permanent, les exclus, les pauvres, les « prolos » cherchent à se pousser du col pour se placer au-dessus de leurs inférieurs et mériter l’estime de leurs supérieurs. « Bien creusé vieille taupe » : l’amour-propre utilitaire est devenu le ressort des divisions sociales et le moteur de la justification de l’individualisme néolibéral et inégalitaire. Le pauvre a peur de déchoir et pour ne pas être accusé de mériter son sort il se met à hurler avec les loups et à mépriser plus faible que lui. Dès lors, il vote pour le prétendant censé lui apporter reconnaissance (dans les allocutions familiales) et sécurité. La chouette de Minerve est enfin là, mais elle n’est pas chouette ; elle effraie.

Charity business

Classé dans : Non classé — 7 janvier, 2010 @ 12:17

 

Comme nombre de couillons, j’ai donné à des firmes de charity business : restos du cœur, MSF, Unicef, etc. Je me suis retrouvé dans des fichiers que les entreprises de charité s’échangent sans vergogne et évidemment sans consulter les généreux donateurs. Lesquels se trouvent être littéralement bombardés par des demandes permanentes, réitérées, insistantes en provenance des organismes les plus divers. Cela va jusqu’au chantage aux sentiments, par exemple en vous envoyant d’office des cartes de vœux, des stylos à bille, des produits artisanaux, etc. ce qui vous incite à envoyer un chèque en retour pour payer ce que vous avez reçu. Evidemment, j’ai fait mes choix et je ne succombe plus aux sirènes misérabilistes. C’est dur car les occasions, si je puis dire, de taper le cochon sensible aux détresses humaines sont de plus en plus fréquentes. Tsunami, tremblements de terre au Pakistan et en Chine, inondations, guerres civiles, famines, etc.

Et ne voilà-t-il pas que la récente crise alimentaire a entraîné de nouvelles sollicitations. Là, ça m’a troué le cul : ladite crise de la nourriture provient en droite ligne de l’augmentation exponentielle des prix des denrées agricoles et des matières premières, dont le pétrole revenu à 70 dollars le baril. Pourquoi ? Cela provient surtout de ce que les puissances occidentales ou industrialisées ont tué les agricultures vivrières des pays du Sud au nom du libre commerce international, de la spécialisation dans les cultures d’exportation (coton, café, cacao, huile de palme, banane, etc.), lesquelles ont vu leur cours baisser par suite de l’intense concurrence induite ainsi entre les pays producteurs, tous  ayant adopté a peu près les mêmes spécialisations sous la pression du FMI et de la Banque mondiale et au nom du « consensus de Washington ». Ce qui, ceci dit au passage, a en même temps créé l’impossibilité de rembourser la dette chez les PVD (pays en voie de développement) et encore plus les PMA (pays les moins avancés). On les avait poussés à investir par l’emprunt aux banques occidentales rémunérées grassement en taux  d’intérêt (ports, voies ferrées, stockages, barrages hydroélectriques, etc.) en leur affirmant que leurs exportations sur les marchés mondiaux leur donneraient les moyens de servir leur dette. Rappelons que ledit « consensus » en appelle à la dérèglementation des prix et à la libre circulation des capitaux, à la privatisation des services publics, au développement par l’exportation au détriment de la croissance endogène, à l’ouverture des frontières aux produits étrangers à bas prix, dont les excédents agro-alimentaires subventionnés des pays occidentaux, à la suppression des « rigidités des codes du travail, etc.

Les firmes propageant les OGM avaient promis monts et merveille, assurant que les nouvelles plantes associées à des pesticides limités, augmenteraient les rendements, diminueraient l’usage des « intrants », produiraient des variétés « vitaminées » et résistantes aux épidémies et aux variations climatiques. Echec sur toute la ligne, sauf pour les profits desdites firmes. Parallèlement, ce sont les pays industrialisés (les USA sont encore le premier pollueur  et émetteur de dioxyde de carbone de la planète, la Chine les rattrapant), qui sont à l’origine des catastrophes climatiques de plus en plus fréquentes qui ruinent des pays déjà pauvres. La crise alimentaire est donc structurelle et pérenne, sauf à aider les pays du Sud à recréer leur agriculture vivrière. Là, on rit jaune car les aides publiques sont depuis longtemps bridées (jaunes et bridées, eh eh) bien en-dessous du taux de 0,7 % de consécration d’une part de leur PIB par les pays développés à l’aide internationale. La promesse du millénaire, engagée à Gleeneagles en 2006 par l’OCDE,  est mal partie. La crise alimentaire a donc été structurellement organisée par les pays industrialisés que la Chine et l’Inde ou le Brésil, etc. ont suivi sans vergogne au nom de leurs « avantages compétitifs » respectifs.  Nombre de PVD se mettent à produire des biocarburants au détriment des vivres, ce qui conduit à la rareté et à l’augmentation des prix.  On produit de plus en plus aussi des plantes pour nourrir le bétail à viande et à lait, ce qui prive les humains des surfaces vivrières correspondantes car les nouveaux riches veulent bouffer de la viande rouge et des produits lactés. Et maintenant, ô hypocrisie sans vergogne, ils déplorent l’arrivée d’une crise imprévisible et, pour ainsi dire conjoncturelle avec le faux argument de mauvaises récoltes circonstancielles.

En plus, maintenant, il ya des tensions sur les marchés ; la Chine fait augmenter les prix des matières premières pour se développer comme lieu de production délocalisé des filiales des firmes occidentales : c’est super car ce pays sans droit, ni social ni syndical ni du travail, ni fiscal, ni environnemental, à salaires comprimés, à horaires sans limites est évidemment le lieu où le capitalisme sauvage est le plus rentable. Il ya eu de mauvaises récoltes de blé comme suite aux changements de climat (déforestation accélérée au Brésil, en Indonésie, aux Philippines, au Congo, etc.).  Mais la raison essentielle de la crise réside dans le fait que les spéculateurs, échaudés par les aventures de l’immobilier et de la finance, se sont reportés massivement sur les achats à terme de matières premières et de produits agricoles. C’est simple : vous n’échangez pas des produits réellement disponibles mais des droits à échéance sur la vente de titres ou créances soi-disant représentatifs de ces produits. On sait que la spéculation est responsable de 30 % du surplus de prix du pétrole. Il en est de même pour le maïs, le riz, le blé et toutes les matières agricoles. Parallèlement, les produits agro-énergétiques volent de plus en plus les surfaces agricoles au profit des biocarburants (éthanol, diesters). 30 % de la production de maïs US est désormais consacrée aux carburants, ce qui a induit la crise du maïs au Mexique. L’Argentine ne produit pratiquement plus que du soja pour animaux. Le Brésil (l’Indonésie, Les Philippines,  etc.) déforeste à tout va pour produire des biocarburants, comme l’Indonésie de l’huile de palme. Entre faire  manger les peuples et faire le plein des véhicules des riches, le capital a choisi l’option la plus rentable et ouvert la route aux « accapareurs ». C’est un crime contre l’humanité comme l’a dit Jean Ziegler. Et cotiser à la correction des conséquences de cette politique, même pour les beaux yeux du compradore Lula au Brésil, ne fait qu’encourager les prédateurs à la continuer.

Le bon couillon de donateur se trouve ainsi devant un tonneau des Danaïdes que les manipulations du capitalisme triomphant rendent sans fond du tout. Il peut se demander si ses dons ne contribuent pas à la perpétuation de ce système d’exploitation et d’aliénation sans limites. Malthus, en bon anglo-saxon utilitariste, préconisait de ne rien donner aux pauvres car cela les encourageait à la paresse et contribuait à les faire se reproduire comme des lapins. Ne faudrait-il pas aujourd’hui ne rien donner pour une autre raison : cela renforce le capitalisme sauvage, consiste à vider l’océan avec une petite cuiller, exonère les responsables économiques et politiques de leur responsabilités, contribue à la destruction de la planète, maintient les narines des plus pauvres juste au-dessus de la merde, alors que si la situation devenait pour eux intenable, ils seraient amenés à se révolter ?

Et là, mes appréhensions sur l’utilité de mes contributions au charity busisness ont été confirmées par un livre superbe : « la stratégie du choc » par Naomi Klein, Léméac-Actes Sud 2008. En gros, ce livre établit que les néoconservateurs associés aux multinationales profitent des crises, des catastrophes pour tout privatiser au profit des  puissances d’argent. Le mécanisme est simple : la catastrophe crée la peur et alors les grenouilles atomisées par l’individualisme libéral et le suffrage atomistique réclament un roi, fût-il un soliveau, pour assurer leur sécurité. Vieille technique du diviser pour régner et de susciter la crainte pour l’émergence d’un pouvoir autoritaire. Et quand la crise n’est pas naturelle, alors il suffit de l’organiser. C’est ce qu’on fait en France : la sécu, en réalité, n’est en déficit que parce que les ressources qui devraient lui être affectées sont volées par l’Etat. Le but est clair : créer une fausse insolvabilité pour pousser aux assurances privées. La « rupture » tsarkozyste ne doit pas être interprétée comme une solution aux difficultés françaises, mais comme une politique graduelle et délibérée de créer une situation de crise qui amènera le bon peuple à accepter les pilules hyper libérales de suppression des services publics au profit de leur prise en charge par des intérêts privés. Quand la catastrophe ne survient pas, il suffit de la préparer et de l’organiser pour que les gens apeurés se résignent à accepter le tout-marché et la dérégulation totale. Et c’est vrai que, en la matière, la France est grandement en retard sur les pays anglo-saxons.

La conclusion est nette : plus l’imbécile charitable contribue à essayer de diminuer les souffrances du monde, plus le capital et le pouvoir en profitent pour exploiter les catastrophes pour remplacer le public ou le petit privé par la finance. Naomi Klein en donne de multiples exemples. Ainsi le tsunami  a-t-il contribué à éliminer les pêcheurs de leur littoral pour les remplacer par des hôtels de luxe. Ainsi, l’ouragan Katerina qui a détruit les quartiers pauvres de la Nouvelle-Orléans a contribué à éliminer les Noirs au profit d’une intense spéculation immobilière et au remplacement des écoles publiques par des écoles sous charte, c’est-à-dire confiées au privé quoique financées par l’Etat. J’avais déjà compris que les « téléthons », menés à grand renfort médiatique, contribuaient en fait à substituer un financement charitable, comme celui des « dames patronnesses » au 19ème siècle,  au financement public de la recherche. Je pensais depuis longtemps qu’il vaudrait mieux quêter pour le financement de l’armée, de la police, des députés, etc.  que pour la recherche. Les événements m’ont montré la justesse de mes craintes.

J’avais déjà été échaudé par le scandale de l’ARC. J’ai été édifié par une étude montrant que, au minimum, 30 % des aides reçues des individus privés étaient consacrées aux frais de gestion et de communication  ou publicité des organismes « charitables ». Et, sur ces entrefaites, je reçus un document sur le business des « pièces jaunes » chères à Bernadette Chiracos. M. Douillet, l’ex-champion de judo, reçoit 32 000 euros par mois sous forme d’indemnités (frais de bouche, chauffeurs, voitures) non imposables à l’occasion de ses campagnes. Mme Chiracos (et son « staff ») a reçu, en 2007, 38 000 euros de garde-robe, 48 000 pour un véhicule associatif (Peugeot 608 haut de gamme), 347 000 euros de frais de déplacement, 285 000 euros de « frais de bouche », 52 000 euros de frais divers, 927 000 euros de frais de personnel (14 chauffeurs et secrétaires particuliers), soit une moyenne de 141 000 euros par mois. Félicitations. Décidemment le couple Chiracos garde ses bonnes habitudes : vivre grassement aux frais de la princesse. Malheureusement, l’essentiel du charity business s’est industrialisé, verse des bonnes rémunérations pour attirer des « fundraisers » (leveurs de fonds) efficaces, fait beaucoup de pub, multiplie les frais de gestion, ce qui finalement laisse peu de cash pour aider les prétendus destinataires de la charité publique.

La conclusion s’impose d’elle-même : être charitable à titre individuel ne fait que corriger très médiocrement les souffrances des peuples et des individus, alimente grassement une corporation vivant bien de la charité publique, aide les gouvernants à ne rien faire ou, pire, à profiter des catastrophes pour pousser les pions du libéralisme totalitaire et sauvage, bref encourage à la perpétuation du système capitaliste sans foi ni loi. Finalement, le prévaricateur de l’ARC était un visionnaire, un génie, un précurseur : il avait compris que la charité bien organisée commence par soi-même, que la bonté et la crédulité des pauvres, car ce sont eux qui donnent le plus aux plus pauvres qu’eux, étaient sans limites, que les contrôles de l’Etat étaient quasiment inexistants, que les sanctions, quand on se faisait pincer après avoir très longuement vécu comme un nabab, étaient ridicules. Escrocs, ne volez pas de poules ou de portables, faites tout de suite du charity business. Faites comme les « barons voleurs » à la Rockfeller : après avoir volé, exproprié, ruiné, fait tuer, monopolisé, etc. consacrez une mince part de votre fortune à des fondations charitables ou artistiques.

Alors que faire ? C’est simple. Ne rien consentir quand ce n’est pas lié à un projet coopératif, associatif, partagé, de co-développement dans lequel les bénéficiaires acquièrent des moyens de prendre leur autonomie. Comme disait le sage chinois : si tu donnes un poisson à un pauvre, tu ne le nourris qu’un jour, si tu lui apprends à pêcher tu lui donnes les moyens de manger pour toujours.  Le problème est que pas grand-chose n’existe en la matière. On peut le créer.

Les présupposés du libéralisme

Classé dans : Non classé — 6 janvier, 2010 @ 12:14

Le libéralisme repose sur des présupposés anthropologiques relatifs à la consistance de la nature humaine et de la société. Ils ont été tellement propulsés par l’idéologie, notamment économique ou politique, qu’ils sont en quelque sorte devenue une seconde nature inconsciente et refoulée ; et que l’on ne saurait interroger sans faire s’écrouler l’édifice de carton-pâte qui est fondé sur ces prémisses tout à fait fausses, controuvées et démenties par l’ethnologie moderne. Ces stéréotypes, ces bas-fonds de la doxa occidentalo-capitaliste passent pour évidents et incontestables au point que la prophétie libérale sur la nature humaine s’est pour ainsi dire auto-réalisée : car c’est bien sur ces bases que les gens globalement se comportent et raisonnent.

Le 1er fondement caché du libéralisme réside dans la nature pécheresse des hommes (tradition chrétienne depuis St-Augustin, mais aussi versant majoritaire de la pensée antique sur l’égoïsme intrinsèque et naturel des hommes ; à l’exception notable d’Aristote qui voyait les hommes comme naturellement sociables, civiques et politiques). Cet égoïsme donne la base des conduites intéressées, c’est-à-dire guidées avant tout par la recherche de l’intérêt personnel. L’idée est courante au 17ème siècle chez les premiers penseurs des Lumières ; lisons la Rochefoucauld et les matérialistes comme d’Holbach ou Helvétius ; rappelons-nous que Kant parlait de l’inconfortable asociabilité des hommes. Il y a là encore une exception avec Rousseau : « l’homme naît bon et la société le déprave ». A la fin du 18ème siècle, la chose est généralisée sous forme d’utilitarisme dans lequel l’homme raisonne en fonction des peines et des plaisirs personnels. Bentham ajoute, en moraliste, que la conduite individuelle doit cependant être orientée par « la recherche du bonheur du plus grand nombre ». Ce qui suppose d’admettre qu’il puisse y avoir des personnes sacrifiées à cet optimum ! De ce fait, l’égale dignité de chaque homme est jetée aux orties puisqu’il y a des individus que l’on peut exclure au nom du maximum de bonheur de la collectivité.  Adam Smith a bâti son économie libérale sur l’intérêt qui fait « que l’on n’attend pas son dîner de la bienveillance du boucher ». Mandeville  révèle le pot-aux-roses en prétendant que les vices privés (vanité, égoïsme, rapacité, etc.) sont des vertus publiques puisque chacun maximisant son intérêt contribue à la croissance économique. Cependant, Smith, qui est aussi un moraliste de l’école écossaise (oui, ça existe), montre que l’intérêt matériel n’est pas le principe majeur de la sociabilité ; c’est la sympathie, laquelle provient de ce que l’on respecte les riches et qu’on les imite puisqu’ils ont réussi et que l’on se mettrait bien à leur place. Il oublie toutefois que l’imitation peut se transformer en jalousie (avoir ce que les autres ont ou garder ce que l’on a) mais aussi en envie (détruire ce que les autres ont et que l’on n’a pas). Smith anticipe ainsi la « violence mimétique » chère à René Girard, violence qui débouche sur le sacrifice d’un bouc émissaire, le pauvre par exemple, ce raté sans mérite, fainéant, alcoolique, lapiniste, risquophobe si l’on en croit Malthus, Sarkozy et les élites libérales actuelles. C’est bien commode car l’existence des pauvres est en même temps la justification de leur sort et de la bonne image que le riche peut avoir de lui puisqu’il a réussi grâce à son travail et son talent. Autre apport (notez que cette pensée libérale dégueulasse émane en général des Anglo-saxons), celui du Rosbif Spencer qui transforma les idées de Darwin en « darwinisme social » : ce sont les plus adaptés à la concurrence dans le « struggle for life » qui sont les meilleurs ; les exclus ne sont que des inadaptés à la compétition généralisée. L’économie néoclassique de la fin du 19ème siècle transformera l’intérêt en « utilité » et pourra alors se lancer dans une approche du calcul rationnel des utilités et des coûts d’opportunité par les individus. L’homme n’est plus seulement intéressé ; il est aussi rationnel, calculateur, matérialiste ; il devient « homo oeconomicus ». D’où les développements économicistes actuels sur « les anticipations rationnelles » (Robert Lucas) ou le « capital humain » (Gary Becker), tous deux lauréats du prix de la banque de Suède en l’honneur d’Alfred Nobel (dit faussement prix Nobel d’économie).

Le deuxième postulat naturaliste du libéralisme est que l’homme n’est qu’un individu et que la société n’est qu’une collection d’individus atomisés comme des petits pois dans une boîte. L’homme n’a pas d’enracinement, d’attaches dans des communautés ; il s’est fait tout seul grâce à ses dons innés ; il n’a pas été socialisé, normalisé, orienté dans une culture préexistante. On se demande même comment il acquiert le langage.  Il est libre. Il se trouve cependant qu’il vit en société. Pourquoi ? Deux réponses libérales apparaissent. D’une part, c’est son intérêt parce qu’il peut ainsi échanger et bénéficier des avantages de la division du travail, ce qui profite à tous, même aux plus pauvres puisqu’ils peuvent ainsi acheter moins cher et se spécialiser dans une activité rentable à condition « de travailler plus pour gagner plus », ce qui à la longue le fait accéder à la propriété acquise par son travail. D’autre part, isolé l’homme ne peut pas défendre sa propriété, sa personne et sa descendance contre les autres ; les engagements risquent de ne pas être tenus, les voleurs et les assassins rodent, la sécurité des biens et des personnes n’est pas assurée. On vit dans un contexte où « c’est la guerre de tous contre tous » car « l’homme est un loup pour l’homme » (ce qui est peu flatteur pour les loups dont tout le monde peut constater qu’ils vivent en société coordonnée et qui respectent une hiérarchie tout en assurant la matérielle de tous les membres de la meute). Alors, suivant les analyses de Hobbes (cène), les hommes passent un « contrat social » pour assurer la paix et la propriété. Ce contrat, ce qui suppose des individus déjà rationnels par nature, consiste à ériger une puissance souveraine et absolue au-dessus des parties, un tiers neutre qui détiendra le pouvoir « de donner et de casser la loi » (Bodin) et le « monopole de la violence légitime » (Weber) pour faire respecter le contrat, les propriétés et la sécurité. Ce en quoi on voit que M. Sarkozy est hobbesien sans le savoir, de même qu’il ignore que monarchie ne s’oppose pas à élection puisqu’il y a eu dans l’histoire des monarchies électives (réponse au directeur du baveux Libération, Laurent Joffrin,  lors d’une conférence de presse du président en janvier 2008). Alors, dans le même mouvement les hommes dépassent l’état de nature, créent la société civile et l’Etat politique. Ce qui implique que le pouvoir politique, comme l’avait déjà dit St-Thomas d’Aquin, est la conséquence des passions humaines tempérées par la « droite raison » qui pousse à organiser la sécurité des relations sociales et commerciales. Dès lors, s’opère en plus une coupure « naturelle » entre les passions, sources de division, et la raison qui fait admettre la nécessité d’un maître pour maintenir l’ordre. Coupure reprise par Descartes pour garder son Kant à soi. C’est un 3ème axiome libéral : le pouvoir politique est supérieur et extérieur à la société.

Notons cependant un avis discordant quoique reposant sur les mêmes axiomes ; celui de Hayek, pape du libéralisme moderne, ex-autrichien devenu Gibby.  La société, certes, n’est que la résultante des interactions individuelles intéressées. Mais cette conséquence n’implique pas un pouvoir politique, un Etat (hors les fonctions régaliennes) intervenant sur la société ; celle-ci se construit spontanément dans un univers d’incertitudes que seul le marché (qui seul permet l’échange d’informations réduisant les aléas) peut coordonner. Et il fait cela automatiquement et bien mieux que tout projet de changement porté par des réformistes ou pis des révolutionnaires. Hayek naturalise ainsi le marché des passions et des intérêts, le rend mécanique et fatal, lui prête la qualité d’être « le meilleur des mondes possibles » car il harmonise tout. Voilà le conservatisme libéral justifié par l’évolutionnisme et le commerce et ainsi tout projet, toute fin, tout but de changement et de signification ou de valeur morale des conduites sociales sont récusés a priori comme « constructiviste », c’est-à-dire théorique et non compatible avec la nature réelle des hommes et de la société.

 

Comme les hommes sont individualistes et mus par leurs passions égoïstes, comment se fait-il que la démocratie ait fait son apparition ? Notons déjà que cette démocratie-là est en fait une procédure électorale atomistique établie pour désigner des « représentants » du peuple dans ce qui n’est qu’une « démocratie représentative » bourgeoise. Elle est donc très limitée, très ponctuelle, instantanée car réduite au seul moment du suffrage. Elle repose sur une coupure entre le peuple et le pouvoir politique, lequel ne peut être confié qu’à des gens cultivés et propriétaires (remplacés aujourd’hui par les experts). En effet, seul le propriétaire connaît son intérêt et est capable de raisonner correctement pour défendre ce qu’il a (d’où les débuts de la démocratie sous forme de suffrage censitaire). Elle élimine par construction l’expression des forces sociales réelles, c’est-à-dire des groupements réels, territoriaux ou professionnels ou associatifs. Ceux-là peuvent être consultés mais ils ne participent pas à l’élection et le pouvoir élu légalement (transformé en légitimement par M. Sarkozy) conserve en dernière instance la décision politique. Par ailleurs, les « constituants » (Français ou Américains) se sont méfiés de la « populace » ignare : ils ont pris leurs précautions pour que le peuple ne parvienne pas au pouvoir ; aux USA, cela consiste à différencier et équilibrer les pouvoirs de façon que ni les représentants, ni les sénateurs, ni le président exécutif et son administration ne puissent décider sans l’accord des autres. C’est ce qui explique l’impuissance d’Obama qui n’est pas le messie, seulement le mais si… Dans le même ordre d’idée, le pouvoir est équilibré entre les Etats et le pouvoir fédéral. De plus, aujourd’hui on constate que le pouvoir s’est éloigné dans des instances supranationales non élues et où les « experts », plus ou moins infiltrés par les lobbys, font la pluie et le beau temps.

Cependant la pseudo-démocratie a un grand mérite : elle permet de faire croire au peuple qu’il participe aux décisions, que son bien est pris en compte en tant qu’intérêt général ; de plus cela permet d’associer les représentants sociaux du peuple, comme les syndicalistes ou les associatifs, au système institutionnel, ce qui à la fois le légitime, rabaisse les exigences desdits représentants et les transforme en tigres de papier intéressés à la survie du régime d’où ils tirent prestige, honneur, rémunération, signes de reconnaissance (voitures, logements, médailles, invitations dans les hautes sphères, etc.). La fausse démocratie camoufle que les représentants et dirigeants soi-disant élus font les lois qui favorisent leurs amis, c’est-à-dire le capital. Il importe donc de respecter sa façade en trompe l’œil et à la Potemkine. Il importe de la maintenir, même comme coquille vide, pour perpétuer les croyances dans le caractère juste et sacré de la démocratie formelle et bourgeoise (Marx).

Un 3ème fondement du libéralisme se trouve, en tant que corollaire du 1er, dans le caractère fixiste, intemporel et universel (rationae loci et tempori) de la prétendue nature humaine égoïste, guerrière et compétitrice, individualiste, matérialiste. Pourtant l’ethnologie et les sciences humaines ont montré depuis longtemps qu’il n’y avait pas de nature humaine sauf en ce qui concerne pour ainsi dire le câblage de départ qui donne à chaque homme et à chaque culture un potentiel, un univers de possibilités, que justement les cultures actualisent et  transforment en spécificité ; et c’est la culture paticulière, du reste évolutive et ouverte aux relations extérieures, qui produit l’essentiel des attitudes, des normes et des représentations des personnes vivant en société. De ce fait, on trouve encore des cultures qui cultivent l’entraide, l’altruisme, la solidarité, la coopération, la frugalité, l’égalité, le respect de la mère nature. Mais aussi l’honneur et l’héroïsme du sacrifice pour la communauté. Voilà bien des valeurs que le libéralisme, si j’ose dire, ne valorise pas avec sa morale de boutiquier consistant à dire « enrichissez-vous », « chacun pour soi et le marché pour tous », conduisez-vous comme Harpagon veillant sur sa cassette ou un enfant soucieux de grossir sa tirelire.

Les Rosbifs

Classé dans : Non classé — 29 décembre, 2009 @ 11:57

Les Gibbies n’ont pas toujours été des champions du libre-échange ; en fait ils ont attendu d’être dominateurs pour l’imposer aux autres pays au 19ème siècle. Déjà au 17èmeme siècle, ils s’étaient réservé le monopole de la navigation afin de supplanter les Pays-Bas dans le commerce maritime. Leur libéralisme est avant tout opportuniste ; par exemple, ils avaient interdit à leurs petites gens d’acheter des cotonnades en provenance des Indes avant de lancer leur propre production mécanisée, celle qui a ruiné les produits indiens. Il fallait entretemps protéger les producteurs de laine anglais ; je vous laisse à penser du confort des sous-vêtements en laine alors imposés. Une des motivations de leur élan vers le libre-échange a été de faire baisser le prix de la nourriture en faveur de leurs industriels afin qu’ils puissent payer leurs ouvriers suivant « la loi d’airain des salaires » (Lassalle), c’est-à-dire au minimum vital incompressible. Il fallait faire baisser la valeur marchande de la « force de travail » (Marx). Notons que cette stratégie est toujours actuelle puisque c’est devenu le moyen, avec le crédit, de maintenir le pouvoir d’achat des salariés tout en diminuant les rémunérations et la protection sociale grâce aux délocalisations industrielles et aux achats à bas prix à la Chine (Wal Mart en étant le distributeur spécialiste).

Les « Tuniques rouges » se sont illustrées en Amérique du Nord par le traitement quasi génocidaire qu’ils ont réservés aux indiens pendant que les « Tuniques bleues » françaises s’en faisaient plutôt des alliés afin de combattre  les Rosbifs (surnom attribué à cause de la couleur de leurs uniformes et du caractère sanglant de leurs pratiques à l’égard des Indiens). Grâce auxdits Indiens, la France avait conquis le Canada que Louis XV a vendu aux Anglais (ces « quelques arpents de neige ») ; lesquels en ont profité pour virer les colons français (les Acadiens) qui se réfugièrent en Louisiane, laquelle fut elle aussi vendue mais aux Yankees par Napoléon 1er en 1802.

Les Rosbifs ne font pas de sentiment ; leurs conquêtes coloniales, à commencer par celle des Indes, ont visé avant tout à faire du profit. Notons cependant que leur politique a été plus subtile que celle des Français, très assimilationnistes, c’est-à-dire imposant leurs mœurs et leur mode de gouvernement aux indigènes : ils ont laissé le pouvoir local aux élites des pays conquis (chargées de faire régner l’ordre) et ils ont respecté les coutumes desdits pays. Toujours utilitaristes, ils ont rentabilisé leurs condamnés de droit commun ou politiques en les exilant dans leurs colonies dans un statut de servage pendant un temps assez long avant qu’ils ne recouvrent leur liberté : les « convicts » ont ainsi mis en valeur lesdites colonies dans un système de travail forcé.

Les Gibbies ont rapidement compris que les terres communales où les pauvres pouvaient glaner et faire paître leurs maigres troupeaux étaient utilisables pour une agriculture de « landlords » extensive ; ils ont alors privatisé ces terres (enclosures) pour forcer les pauvres, obligés alors d’aller en ville s’entasser dans des taudis, à aller travailler misérablement, ainsi que l’a décrit Dickens,  dans les usines créées lors de l’essor industriel du 19ème siècle. Et ils ne font rien à moitié : ils ont alors aussi supprimé les aides communales et ancestrales aux pauvres (suivant la doctrine de Malthus comme quoi aider les pauvres ne sert qu’à les faire se reproduire, ce qui aboutit à la famine car la production agricole ne suit pas le mouvement au rythme d’accroissement de la population) et créé « les work houses » ou maison de travail forcé pour les valides. Ne rions pas car la chose continue, notamment en France, avec l’obligation de prendre n’importe quel job après 3 offres du « pôle emploi » sous peine de perdre les allocations de chômage.

Les Rosbifs ont inventé les théories libérales les plus dégueulasses sur le plan moral : l’empirisme du « wait and see » et de la « real politics », le malthusianisme, l’utilitarisme, le « struggle for life » (Spencer) qui justifie que les pauvres méritent leur sort car ils sont les moins adaptés (les moins « employables » dans le vocabulaire moderne) à la lutte pour la vie.  Hayek, autrichien reconverti à la London school of economics et pape du néolibéralisme, a inventé le libéralisme totalitaire : pour lui la « grande société », composée d’atomes individuels comme des petits pois dans une boîte, est une institution spontanée dont le fonctionnement est impersonnel et automatique, ce qui en fait « le meilleur des mondes possibles », auquel évidemment il importe de ne rien changer notamment par des projets de réforme « constructiviste. Ainsi se trouve justifié le conservatisme le plus strict dans lequel les petits et les pauvres, les faillis du risque n’ont pas à se plaindre car ils sont victimes soit de leur absence de mérite soit des processus anonymes et mécaniques du marché. Les Britanniques ont aussi produit le relativisme des valeurs où toutes se valent sans hiérarchie de normes. C’est ce qui fonde le communautarisme dans lequel les communautés vivent juxtaposées les unes avec les autres sans se soucier du bien commun. D’ailleurs, l’intérêt général en tant que visée ou projet n’existe pas en Anglo-Saxie : il n’est que la résultante aléatoire de la multitude des décisions individuelles et des compromis utilitaires passés entre les acteurs sociaux. La société n’est qu’une convergence fortuite de destins personnels agités par la recherche de la satisfaction matérielle égoïste.

Les Britanniques n’ont pas de scrupules ; par exemple ils ont déporté leurs enfants trouvés ou abandonnés ou retirés à leur famille en Australie et en Afrique du Sud pour les y éduquer dans des orphelinats-casernes et les y former à servir les colons bien installés, qui éventuellement pouvaient en adopter. Ils ont laissé les Irlandais catholiques crever de faim lors de la grande famine de 1847/49. Jusqu’à une date récente, ils ont pourchassé les catholiques (la catholicisme y a longtemps été interdit et sanctionné) au titre de leur Etat confessionnel anglican.

La mentalité gibby se trouve ainsi à l’origine des perversions du néolibéralisme imposé par « la dame de fer » et simplement ripoliné en « 3ème voie » par le travaillisme blairiste, cette forme de socialisme capitaliste qui a partout loué les bienfaits du tout-marché, qui a refusé de changer les règles du jeu du kapital, se contentant de corriger un peu les inégalités au niveau de la redistribution des richesses. Et le pire, c’est que les Rosbifs ont réussi le façonnage de l’Europe à leur image ultralibérale.

La « perfide Albion » a perdu de vue la conjonction des Anciens entre pneuma (l’esprit), soma (le corps) et psyché (l’âme) : ils ont propulsé le pneumatique, la technique et les choses matérielles, l’envie comme seul moteur de la psychologie humaine. Ils ont laissé l’esprit à la publicité et l’âme aux différentes sectes qui y tiennent lieu de religion. La nature intégrée de l’homme (âme, esprit et corps) a été supplantée par l’émotion et le consumérisme matérialiste, ostentatoire, gaspilleur des ressources naturelles. Quelle belle civilisation  nous ont laissée les Anglais ! Mais cela touche à sa fin : le néolibéralisme s’écroule victime de la crise qu’il a lui-même suscitée et, juste retour des choses, les Grands-Bretons, qui ont tout misé sur la « pompe à phynance » se sont retrouvés en grande difficulté à cause de leur 10 % de PIB fondé sur le fric et la spéculation.

Joyeuses Pâques

Classé dans : Non classé — 26 décembre, 2009 @ 11:52

Cette année 2010 s’ouvre sous les meilleurs hospices. Obama va mette en place sa « sécu » US pour couvrir 31 millions d’amerloques sans assurance-santé sur 36. Déjà, ce ne sont pas 36 mais 46 millions d’américains qui ne sont pas couverts (sont assurés ceux qui souscrivent un contrat de droit privé, abondé ou non  par leur entreprise, ce qui diminue à la vitesse V pour cause de compétitivité par les coûts). Sont  soignés en plus les vieux (Medicare) et les pauvres (Medicaid) en-dessous d’un certain niveau de revenu. Au bas mot, les congressistes américains ont redécouvert la CMU francaoui (plus l’aide offerte à un seuil très bas en-dessous-des minima sociaux à ceux qui ne peuvent souscrire à une complémentaire !). Cette solution est merveilleuse : elle permet de rester dans la logique des assurances privées puisque ce qui va être donné sous Obama, c’est la possibilité subventionnée de souscrire une assurance privée. Adieu, pour le moment, la mise en place d’un secteur d’assurance public. Ce sera comme en France les aides au logement : cela permet aux proprios d’augmenter les loyers… C’est comme cela que les choses se passent quand on subventionne les gens pour qu’ils s’adressent au secteur privé…

Copenhague a foiré par suite de la mauvaise volonté de la Chine à s’engager, et surtout à être contrôlée, et des maigres efforts des USA d’Obama (en fait engagement de moins 4 % d’émissions de CO2 d’ici à 2020 [20 % affiché mais par rapport à 2009 au lieu de 1990 comme tout le monde]). Par ailleurs, les USA ont cru bon d’affirmer ne s’engager que si la Chine se faisait contrôler. C’était le meilleur moyen de tout faire capoter. Parallèlement, le superman français a joué les mouches du coche, solo, à des fins de politique interne, au détriment de l’union avec l’Allemagne et l’UE. Super Tsarko croyait avoir convaincu le Brésil (qui lui a faussé compagnie pour se coaliser avec les BRIC, Brésil, Inde, Chine) et l’Afrique et autres PMA, mais cette coalition (77 pays du tiers Monde en tout) s’est ralliée au Soudan qui a hurlé au colonialisme et à la dette carbone des Occidentaux qui polluent depuis 2 siècles. Il faut noter que les aides des pays développés aux autres pays (contre la déforestation, transferts de technologies, etc.) étaient particulièrement mesquines : 13 milliards par an jusqu’en 2020 et 100 après… Cela n’a pas empêché les Obama et les Tsarko de dire que la conférence avait fait de grands pas en avant… (vers le précipice) et de dire que si on n’était pas allé plus loin, notamment pour la création d’une agence mondiale de l’environnement, c’était à cause de l’ONU : comment négocier à 192 pays parfaitement hétérogènes ? Si l’on comprend bien, la démocratie ne permet pas de prendre des décisions ; il faut donc la supprimer. Mais qu’est-ce qui empêche les pays développés du G8 de décider de leur propre plan ? Notamment, l’UE qui a capitulé en rase campagne et n’a même pas maintenu ce à quoi tenaient les PVD et autres PMA, à savoir le protocole de Kyoto. Remarquez, on comprend la Chine : en fait 65 % de ses exportations sont produites par des usines des pays développés délocalisées chez elle ; il faudrait donc déflaquer les émissions de gaz à effet de serre pour exportation des quotas de la Chine…

Sur le front économique, la crise continue, le chômage progresse, la récession menace, l’inflation est en embuscade, les déficits publics sont énormes et vont créer des problèmes de financement du secteur privé pour cause de financement prioritaire de la dette publique, laquelle est devenue souvent si élevée que sa notation s’effondre et que certains pays (Grèce, Italie, Espagne, etc.) doivent déjà payer des sur-intérêts aux préteurs. Comme la crise économique et la faible croissance vont durer longtemps, il est probable que la dette se soldera par de l’inflation, des dévaluations, de nouveaux impôts. Parallèlement le protectionnisme a refait surface, notamment à coups de dévaluation compétitive comme dans le cas de la livre anglaise. Pour sauver le dollar, heureusement, la Chine continue d’en amasser pour exporter sa camelote aux USA.

Sur le front financier, la spéculation et les affaires reprennent grâce aux aides mirifiques consenties par les Etats aux banques et aux assurances privées, de même qu’à certains secteurs industriels en péril comme l’automobile. Les énormes liquidités injectées par les Etats servent maintenant à spéculer dans tous les domaines, y compris les tires de dette desdits Etats. Pourtant rien n’a été réglé par les 2  G20 tenus à ce jour.  Les paradis fiscaux perdurent car pour ne pas figurer sur leur liste noire il leur suffit de signer des conventions d’aide contre les détournements fiscaux avec 12 pays ; et pourquoi pas avec 12 autres paradis fiscaux ? De nombreux paradis fiscaux, détenus par la Grande-Bretagne et les USA, sont passés entre les gouttes. Il n’a pas été question de toucher aux « trusts » (on peut créer une boîte sans dire quels en sont les propriétaires nominatifs) des îles Anglo-Normandes ni aux privilèges de l’Etat du Delaware aux USA … Les agences de notation n’ont pas été réglementées, la titrisation continue, les produits dérivés perdurent, les réserves obligatoires des banques sont toujours très faibles, le LBO est maintenu, etc. Bref tous les instruments spéculatifs sont encore en place moyennant un engagement d’autocontrôle chez les banques ! Et on a encore dans les 600 000 milliards de produits dérivés, fondés sur des amoncellements de dettes de dettes, soit 10 fois le PIB mondial, qui traînent. Car le néolibéralisme amoral et « fricophone » est toujours là avec sa logique d’accumulation sans fin et de profit sans limite. Aucune régulation du capitalisme (ce qui est déjà insuffisant car c’est ce système tout-entier qu’il faut supprimer) n’est à l’ordre du jour.

 Et les financiers sont très loin d’avoir apuré leurs comptes des « actifs toxiques ». Exemple ; je me plaignis, il y a peu, à l’AMF (oui cette agence qui n’a trouvé aucun délit d’initié dans l’affaire EADS) de ce que le Crédit agricole m’imputait des moins-values sur un titre qu’il m’avait garanti, ce qui veut dire qu’à échéance la perte était pour le CA…  Réponse de l’AMF : tant que vous n’avez pas vendu, vous n’avez rien perdu ! Merci, je le savais déjà ; en revanche le CA devait provisionner cette perte potentielle pour lui. La reporter sur moi lui évitait de le faire. Et ce n’est que pour un titre et une banque ; conclusion : avec la bénédiction de l’AMF, les banques françaises n’ont pas provisionné leurs actifs toxiques et donc leurs pertes. CQFD.

Rien n’a été réglé sur le plan des désordres structurels internationaux : les déficits de l’Occident, USA en tête, contre les exportations des PVD et l’achat de dollars, voire d’euros, continuent, la désindustrialisation du Nord au profit du Sud perdure car il s’agit du profit des multinationales aiguillonnées par les fonds de pension pour suer de la rentabilité à 15 %  pour les « actionnaires ». La désindustrialisation n’est utile qu’aux multinationales. la Chine produit déjà les biens courants. Et on continue de lui vendre les technologies les plus avancées en lui refilant leurs secrets (exemple dy TGV chinois construit pas Siemens ou des centrales nucléaires par Areva ou de la dernière vente de Safran). Bientôt, donc, les pays developpés n’aurontplus rien à vendre! Du coup, les prolos du Nord sont de plus en plus au chômedu ou  précarisés ou à temps partiel, les salaires stagnent, les inégalités s’accroissent, la part des salariés dans le revenu national diminue, la protection sociale ne peut plus être financée, etc. On n‘a toujours pas de monnaie internationale indépendante du seul dollar et différents pays s’amusent à jouer sur les taux de change. Le FMI continue d’être dirigé par les pays riches et de conditionner ses prêts à des remises en ordre structurelle. L’aide aux PMA est toujours très en-dessous des 0,7 % de PIB (France 0,47 mais en trichant car on y compte même et par exemple les moratoires de dette et les bourses d’étude aux étudiants africains ou autres…).

L’Europe n’a toujours rien d’une union politique (on l’a bien vu à Copenhague) et, pour laisser le pouvoir aux grands ténors des grands Etats, Sarkocescu en tête, et au libéral Barroso on a nommé des seconds couteaux à la présidence et aux affaires étrangères (là, une rosbif a été installée alors que la G-B est le pays le plus hostile à la construction d’un fédéralisme européen !). Pendant ce temps-là, les « affaires continuent » : l’UE est l’espace de la concurrence entre ses pays par dumping social, fiscal, économique, monétaire, environnemental, chaque pays jouant perso pour tirer son épingle du jeu dans le grand marché européen, de « concurrence libre et non faussée » et ouverte à tous les vents mauvais du commerce international. Chaque pays attend la relance chez les autres afin d’y exporter, ce qui est un comportement classique de « passager clandestin ».

Il y a pourtant une solution très simple à tous ces désordres : créer des taxes différentielles sur les produits des pays moins-disant en tout domaine : taxe carbone, taxe sociale (absence des protection sociale et de droit syndical), taxe fiscale (différentiel de taxes sur les bénéfices des entreprises et les revenus financiers), taxe salariale (pour égaliser les niveaux de vie et les différences de salaires), taxe juridique (pour les droits d’auteur et les brevets, pour la protection des droits de propriété, pour l’assurance des droits individuels à la sécurité et à la liberté), taxe environnementale (lutte contre les nuisances, notamment pour la pureté de l’eau), le tout afin de protéger l’industrie européenne contre le dumping en ces matières et neutraliser les avantages compétitifs » des pays qui ne jouent pas le jeu commercial à armes égales. Ces taxes alimenteraient un fonds de développement du SUD en étant ristournées aux pays qui normalisent peu à peu leur situation. Et je vais même jusqu’à proposer que la France institue de telles taxes pour les produits en provenance des autres pays européens habitués du dumping : Irlande (dumping fiscal) , Allemagne (TVA « sociale », en fait dévaluation cachée, et délocalisations en Europe de L’Est et moins-disant social avec les lois Hardt, Espagne (dumping sur les saisonniers immigrés dans l’agriculture), G-B (dumping financier et paradis fiscaux), pays de l’Est (dumping énergétique et environnemental), etc. Cela éviterait peut être à la France de réformer de nouveau à la baisse son régime de retraites et ses prestations sociales (augmentées en fonction de l’inflation et non des revenus, ce qui les met maintenant à 40 % de perte de pouvoir d’achat en 15 ans et bien au-dessous du seuil de pauvreté calculé sur 60 % du revenu médian, lequel, du reste, n’arrive toujours pas à prendre en compte sérieusement, bravo l’INSEE, les revenus financiers et immobiliers). L’inconvénient est que notre pauvre pays n’est pas blanc-bleu : nitrates, déchets nucléaires, algues vertes, baisse de la protection sociale payée par les entreprises, etc. Tant pis si cela force l’UE à se doter enfin d’une harmonisation et de règles en ces matières au lieu de pousser toujours et encore à la concurrence entre pays européens sans foi ni loi.

Bonne année quand même…

Les Yankees

Classé dans : Non classé — 23 décembre, 2009 @ 12:10

Les Amerloques ont accoutumé de se présenter comme les défenseurs mondiaux de la paix et de la morale et … du libre-échange. Ce n’est pas tout à fait vrai. Remettons-nous les idées et l’histoire en place, comme je l’ai déjà fait pour les Schleus et le ferai ensuite pour les Rosbifs et les Grenouilles.

Les USA, qui se présentent comme n’ayant jamais fait de guerres coloniales, en ont en fait  produit plusieurs, il est vrai sur le seul territoire des Amériques considéré comme leur pré-carré. Ils ont fait la guerre à l’Espagne pour s’emparer de Cuba et de la Floride.  Ils ont volé la Californie et le Texas au Mexique. Gageons que si Lapaiilleaunez ne leur avait pas vendu la Louisiane en 1802 (et alentours soit environ un tiers de leur territoire actuel) ils auraient fait la guerre à la France.

Leurs interventions en Europe en 1917 puis en 1943, afin de sauver la démocratie contre les casques à pointe puis les nazis, ont été remarquablement tardives. Car les USA sont avant tout isolationnistes et unilatéralistes ; par ailleurs, il leur fallait attendre que le degré de destructions en Europe soit suffisamment élevé pour ensuite fourguer leurs aides et leurs produits et la reconnaissance de leur leadership mondial, notamment  via le dollar. Du reste, ils ont eux-mêmes participé aux destructions massives lors de leurs bombardements à très grande hauteur. Ainsi, visant la gare de St-Etienne, ils ont tout détruit sauf la gare. Ils ont quasiment rasé la Normandie de la carte.

En Amérique latine, sous prétexte de lutte contre le communisme aux beaux temps de la guerre froide, ils ont fomenté des complots (Pinochet au Chili ou contre le sandinisme au Nicaragua, par exemple) et soutenu, voire monté, l’opération Condor contre toutes les tentatives de démocratisation opposées aux dictatures sud-américaines. Ils ont zigouillé le Vietnam (notamment avec l’agent orange, c’est-à-dire de la dioxine) et porté la guerre au Cambodge et au Laos, ce qui a facilité l’arrivée des Khmers rouges. En Indonésie, ils ont aidé à la dictature des Suharto (500 000 « communistes » massacrés). Ils ont soutenu sans faille les exactions israéliennes dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967. Ils ont aidé les Talibans contre les soviétiques avec les conséquences que l’on sait. Ils ont honteusement menti pour envahir l’Irak et l’Afghanistan. Depuis toujours, ils s’opposent aux résolutions de l’ONU et refusent de signer les accords internationaux (Kyoto, mines antipersonnel, bombes à fragmentation, armes chimiques ou biologiques, etc.).

On voit ainsi que la contribution des Yankees à la paix mondiale est plus que discutable. Cela n’a pas empêché le va-t-en-guerre Kissinger, spécialiste de la « real politics », d’obtenir le prix Nobel de la paix ! Mais c’est dans le domaine économique que les Amerloques ont eu encore plus d’influence. Profitant de la ruine des « alliés » en 1945, ils ont assis leur domination financière (avec le dollar comme seule monnaie de réserve internationale) et leurs positions libre-échangistes avec les institutions financières internationales (IFI, c’est-à-dire FMI, Banque mondiale, Banque des Règlements Internationaux,  aides sous condition du plan Marshall). Les USA ont exporté le libre-échange en même temps que la « liberté », c’est-à-dire un modèle d’économie qui a conduit au désastre actuel. Pour ce faire, ils ont notamment poussé l’UE à s’agrandir sans cesse afin que cette zone (qu’il faudrait aussi ouvrir à la Turquie à leurs yeux) n’ait pas de vues politiques communes et se réduise à un marché totalement ouvert sur l’extérieur, de loin le plus ouvert des marchés.

Ils ont laissé filer leur monnaie quand cela les arrangeait, chose facile pour eux car les autres pays étaient forcés d’accepter le dollar, seule monnaie mondiale,  même quand les USA faisaient tourner la planche à billet pour éponger leurs déficits commerciaux et budgétaires. Ils ont poussé le monde entier au libre-échange et à la libre circulation du fric partout dans le monde, via les « plans d’ajustement structurel » propulsés par le FMI (qu’ils dominent) au nom du « consensus de Washington » : libéralisation des prix, suppression des subventions  pour les produits de nécessité, privatisation des services publics, équilibre budgétaire, ouverture au commerce international, spécialisation industrielle et surtout agricole, ouverture aux banques étrangères, etc. Ce qui a généralement achevé les pays en difficulté, ce pourquoi ils en avaient appelé à des prêts du FMI, en accroissant leur dette auprès du privé, dette devenue souvent écrasante et illégitime (car souscrite par les dictatures soutenues par l’Occident).

Ils ont inventé les pires saloperies de la finance : mixité des banques d’affaires et de dépôt, possibilité de mettre les spéculations hors bilan des banques et des assureurs, achats à terme et à découvert, titrisation, CDS et autres dérivés financiers ; ils ont laissé le crédit pas cher se substituer aux salaires, ce qui a produit les « subprimes » et les redoutables LBO. Ils ont mis en place une comptabilité démentielle qui enregistre la valeur des actifs des entreprises au jour le jour sur les marchés financiers, ce qui a poussé encore plus au court-termisme.  Ils ont créé les retraites par capitalisation et les fonds de pension (et les assurances santé privées, les fonds spéculatifs et les « private equities » spécialistes du LBO), lesquels fonds achètent des actions des entreprises pour y imposer un taux de rentabilité de 15 % pour « l’actionnaire ». Et toutes ces opérations financières ont eu pour but et pour effet de reporter les risques sur ces cochons d’ex-salariés. Car les USA ont largement abandonné leur industrie de biens de consommation (au profit de la Chine et consorts) pour se reconvertir dans le tertiaire, les services, la très haute technologie et… la finance (qui leur donne une part considérable de leur PIB) dont ils sont les leaders avec les Gibbies. Comme aux USA, ce sont les juristes qui gouvernent, les étudiants US en sciences et techniques ne sont pas assez nombreux ; d’où une surenchère pour attirer des étudiants de l’étranger, les former et les conserver grâce à de hauts salaires et de bonnes conditions de vie et de travail. Ce qui prive les pays exportateurs de leur matière grise… Du reste, nombre de prix Nobel US sont issus de l’étranger et ont été naturalisés américains.

Mais les conseillers ne sont pas les payeurs : les USA ont prôné le libre-échange tout en restant un pays tout à fait protectionniste pour ce qui est de leurs enjeux stratégiques ou politiciens (aviation, armes, agriculture, pharmacie, etc.). Dans la crise, dont ils sont pourtant les responsables avec leurs alliés rosbifs, ils ont accru leurs déficits et fait tourner la planche à billets pour subventionner ou racheter leurs banques et assureurs faillis et leurs actifs toxiques. Ils s’opposent à toute régulation financière mondiale sérieuse et protègent leurs propres paradis fiscaux, dont l’Etat du Delaware. Ils ont monté une gouvernance mondiale à deux, le G2, eux et la Chine : accepte mes produits et j’achète tes dollars  de bons du Trésor US (800 milliards) et j’engrange mes excédents commerciaux chez moi (1400 milliards) pour soutenir le dollar ; et soyons des compères dans le refus de mettre en place des normes, encore moins obligatoires et contrôlables, de diminution des émissions de CO2.

Ils ont en permanence sabordé les initiatives de l’ONU en vue d’une régulation multilatérale de l’ordre mondial au nom de leur unilatéralisme de toute-puissance. Et c’est ce modèle que le Nickatalope admire…

Comment transformer un service public en entreprise libérale ou de la conduite en douceur du changement vers un autre modèle de société; l’exemple d’EDF

Classé dans : Non classé — 21 décembre, 2009 @ 12:40

 

Largement ignoré est le « tournant commercial des années 70 ; le but était de vendre du kw.h nucléaire (en PWR sous licence US Westinghouse au lieu de la filière graphite-gaz qui produisait du plutonium pour la bombinette du grand Charles) car celui-ci est rigide (on ne peut arrêter et redémarrer les centrales nucléaires facilement ; elles devaient donner « la base ») et car vendre permettait de financer le programme. De plus dès 84, EDF s’est financé en empruntant à l’étranger parce que les socialos, curé Delors en tête,  avaient autorisé la libre circulation des capitaux. Les « dotations en capital » à EDF étaient supprimées, l’Etat ne finançant donc plus le service public et se mettant sous la coupe des marchés financiers extérieurs. Il fallait donc vendre pour financer les investissements nucléaires et pour absorber le courant…  Alors, la technique a perdu le primat au profit du commercial ; le but 1er du service public, à savoir répondre aux besoins publics et nationaux, a été remplacé par les susciter pour vendre ; on s’est lancé à fond dans le chauffage électrique, ce qui perdure vu que l’on consentait d’énormes cadeaux aux promoteurs pour qu’ils fassent des immeubles tout électrique, immeubles existant toujours et surconsommant du nucléaire (d’où les risques de coupure aujourd’hui avec 11 tranches en rade sur 58). Le tournant nucléaire est le début de la fin de la logique de service public et le commencement de l’instauration de la politique clientèle-commerciale. On notera que la chose s’est faite avec la participation du PCF-CGT-CCAS… et l‘opposition de la CFDT anti-nucléaire à l’époque. La chose s’est faite en douceur  côté personnel car l’époque était encore au service public étatique, à la croissance, au progrès, à la cogestion avec la CGT. Et nul ne vit que l’entreprise mettait le doigt puis le bras dans l’engrenage de la rentabilité à tout crin et de la démarche commerciale pour l’entreprise et éventuellement contre les vrais besoins de l’usager devenant consommateur.

Nous eûmes ensuite les lois Auroux (1982/84) avec les conseils d’atelier et de bureau. La direction, Bergougnoux régnant après Boiteux,  montait alors en 85/86  la « démarche qualité » comme fer de lance du 1er «  projet d’entreprise » ; il s’agissait en fait de donner du grain à moudre aux Conseils d’Ateliers et de Bureaux (CAB) d’Auroux pour qu’ils ne s’égarent pas dans des discussions contestatrices et pour restaurer l’autorité de l’encadrement promu animateur desdits CAB. Pour ce faire, Le Service de la Formation Professionnelle a pondu une démarche de résolution de problèmes en groupe (« l’arbre des causes ») à laquelle elle a formé l’encadrement chargé de conduire les réunions (violation de la loi Auroux dans laquelle l’animateur devait être choisi par le groupe CAB). A la même époque était lancé le projet de « formation socioprofessionnelle de l’encadrement », projet de formation utilitaire et à contenu de logique privée, pour la grosse DonDon (Direction de la Distribution). La  vieille démarche (stages RH, d’études de problème, d’organisation-gestion) visant à former des cadres ouverts, coopérateurs, démocratiques, critiques et lucides en prenait un grand coup dans les badigoinces sans pour autant être officiellement abandonnée.  Avec les CAB, s’instillait la logique libérale et surtout la transformation de l’encadrement en bon soldat de la direction. Avec leur animation par l’encadrement, commençait une révolution managériale consistant à faire des cadres les subordonnés de la direction et de ses commandements idéologiques ; le cadre devait faire allégeance à son chef et adopter son idéologie libéralo-capitaliste au lieu d’être au service du consommateur et du bien public. Dans ce dernier, il faut se souvenir qu’un agent pouvait refuser des actes contraires au service public (droit de résistance né quand les cheminots refusèrent d’obéir à des ordres vichystes)…

En 1989, la grosse Dondon lançait son opération de démarche clientèle, c’est-à-dire de suppression de l’usager au profit du client-roi, c’est-à-dire de soumission à la concurrence et à la logique managériale de type privé. Cela a commencé avec l’opération « fil rouge » consistant à changer le nom (et le logo) des centres de distribution avec un travail participatif du personnel. Ainsi Paris-Est est devenu Paris-Aurore. Depuis quelques années, suite à la démarche qualité, l’entreprise s’était lancée dans la logique de gestion du privé. C’est de cette période que datent la « révolution permanente » en matière d’organisation et de gestion, le tout pour se conformer aux canons du libéralisme et préparer la fin du monopole fermé exigée par Bruxelles. Bien avant sa transformation en SA (2005), EDF avait mis en place la logique financière et « rentabiliste » du privé. Parallèlement la formation des cadres supérieurs (chefs de centre et autres dirigeants d’exploitation) a été claquée sur celle des écoles de management tout en demeurant encore largement interne. Depuis, les centres d’études  ont été bazardés et on va se former dans les officines privées ; de même les écoles (de métier et nationales de métier) ont été aussi fermées et la Promotion Ouvrière (PO) supprimée au profit du Congé Individuel de Formation (CIF) à l’extérieur (après un concours interne  de promotion sociale). La culture de service public se trouvait torpillée par celle de la concurrence et de la rentabilité sous prétexte d’orientation à partir des vœux de la clientèle. Les « vieux » agents s’en trouvaient déstabilisés ; pour les mater, on changea le mode de recrutement des jeunes cadres au profit de profils libéraux et carriéristes, on modifia les critères de promotion vers « la compétence » (surtout de « savoir-être,  genre résistance au stress et aptitude au commandement), on orienta la PO vers des contenus et des objectifs de gestion, on développa la promotion sociale type CIF issue de la loi sur la FPC de 1972. De temps en temps les syndicats organisaient de grandes messes, pour noyer le poisson tout en s’arrangeant avec la direction dans le dos du personnel.

Parallèlement, les dirigeants ont été nommés par le pouvoir politique, l’idée étant de faire rendre à EDF du profit pour combler les déficits publics (impôts sur les bénéfices et rentes pour l’Etat). Adieu, les grands technocrates au service de l’Etat et du bien public façon Delouvrier, Massé, Boiteux, Bergougnoux ; bonjour les Ménage (vous avez bien lu : l’expert des écoutes téléphoniques illégales), Alphandéry (UDF), Roussely (dit Brousse-lie, le président qu’a raté, spécialiste de la culture sur brûlis), qui tous ont plié le service public aux exigences du pouvoir pour rendre de la plus-value.

Puis, sous Brousse-lie, ex-flic en chef, l’entreprise a pris le tournant international. On a tout bradé (centre d’études, écoles, immeubles, etc.) pour financer le développement à l’international en rachetant (à prix d’or surévalué) des maisons étrangères en Amérique du Sud et dans les ex-pays de l’Est, plus chez les GB et Edison-Italie, etc. On s’est relancé dans l’expansion de la dette (actuellement de 38 milliards d’euros après le rachat de Bristish Energy [centrales nucléaires bientôt déclassées) et d’une boîte (Constellation) aux USA ; on a cessé de baisser les tarifs afin d’exploiter la rente nucléaire sans en faire profiter les usagers (pourtant c’est une obligation de service public appelée principe de mutabilité), on a sous-investi en France (rappelons qu’EDF est dite aussi service national et qu’elle a été faite pour la consommation française), on a traîné les pieds face aux énergies renouvelables, etc. Un seul objectif : dégager du fric. Mais aussi parer aux attaques de Bruxelles en prenant les devants : s’ouvrir, oui mais à l’extérieur…  En même temps, surtout sous Roussely, on fit de la réforme revolving et des réformes de gestion, notamment en externalisant de plus en plus d’activités, comme dans le nucléaire avec « la viande à rem » des boîtes extérieures. Les modifications du type de recrutement et des modes de promotion et l’orientation de la formation vers l’opératoire ou l’instrumental et vers les logiques et les critères de gestion du privé (notamment, on a poussé dehors des vioques résistifs moyennant grosse indemnité vers la sortie grâce au « plan social » de 1999), ont produit leurs  fruits : un encadrement convaincu des méfaits de la gestion publique, individualiste, concurrentiel et apte à taper sur le personnel et les syndicats, soucieux de rentabilité et de « saine gestion » plus que d’éthique du service public.

Il faut reconnaître que la chose s’est faite progressivement, étalée dans la durée, par petits bouts, ce qui a produit que le personnel ne s’est vraiment rendu compte de la nocivité des changements obtenus par saucissonnage des problèmes et par petites étapes que dans la position du coyote qui ne tombe que quand il s’aperçoit qu’il est au-dessus du précipice. M. Roussely s’est illustré là encore par la réforme permanente des structures (5 ou 6 sous son mandat), sans doute dans le but de faire perdre le nord au personnel déboussolé en permanence et donc formaté pour le sauve-qui-peut individuel. Cependant, le mouvement vers le libéralisme a été beaucoup moins brutal et rapide que par exemple à France-télécom avec ses 30 suicides et 15 tentatives à base de harcèlement pour en virer les gens ayant encore le statut de fonctionnaire. Ce qui n’empêche pas qu’EDF ait cassé systématiquement les collectifs de travail afin de diviser pour régner et saucissonner les organismes représentatifs du personnel, lesquels ont eux-aussi été réformés pour diminuer notablement le contre-pouvoir syndical…  Reste la CCAS (caisse centrale d’activités sociales) et son 1 % sur le CA. Cela ne saurait durer  bien que la CGT y ait mis tous ses espoirs… de personnel et de ressources occultes.

En 2005, EDF devenait  une SA détenue à 87 % par l’Etat (84 maintenant) ; ça ne change pas grand-chose car la logique privée et l’internationalisation étaient déjà là. Sauf que pour se plier aux normes comptables internationales (mettre par exemple les engagements de retraite ou de mutuelle-santé  au passif, ce qui aurait mis l’entreprise en faillite aussitôt) on a supprimé le régime particulier pour le mettre à la sécu générale et dans l’Arrco ou l’Agirc et la mutuelle a été cassée en 2 (tout en restant obligatoire !), une mutuelle pour les vioques (qui ont vu leurs cotisations monter en flèche) et une pour les actifs (qui apportent aux vieux, pour l’instant « une subvention d’équilibre » de 1,39 % des salaires ; ça ne saurait durer). Le PCF-CGT-CCAS a laissé faire contre l’engagement ( !, voir GDF ou La Poste) de garder le capital étatique (promesse de Tsarkowitch en 2004 : l’Etat garderait la majorité du capital à plus de 51 %) et contre, in petto, la conservation de la CCAS et le reclassement de son personnel à EDF.

Sous Gadonneix, dit Sot Watt, l’entreprise a été coupée en rondelles ; le transport a été filialisé tout en restant à EDF ; notamment parce qu’il avait été apporté par l’Etat, sous Balladur, afin que ce dernier devienne actionnaire et touche des dividendes et alors que le réseau de transport appartenait déjà à EDF ! La DonDon a été éclatée (notamment pour cause de scission entre GDF (devenu GDF-Suez  privatisée à 66%  en 2008 malgré les promesses de Nicolae Sarkocescu) entre GDF et EDF. On a eu alors droit à 2 factures et 2 services clientèle, ce qui coûte sûrement moins cher ! Dès lors on a  3 entités séparés physiquement (et non pas seulement sur le plan comptable comme on dit à Bruxelles qui n’exige que cela et qui, en outre, n’impose pas le changement de statut du service public en SA, ni la privatisation) : la production, nucléaire à 80 %, le transport (RTE) et la distribution (ERDF, ex DonDon). ERDF est réduit à la portion congrue car la rente est conservée par la production et le transport. Le but est de limiter les ambitions du privé pour l’accès au réseau de distribution, ainsi devenu peu rentable. On reste dans l’hypothèse que jamais l’Etat ne privatisera pas le nucléaire ; les frais seront énormes : traitement des déchets, déclassement et destruction des centrales, risques d’accident que nul assureur privé n’a voulu assurer, le tout étant grossièrement sous-évalué dans le calcul du coût de revient du kw.h nucléaire (comme on a caché que les calculs des conséquences  du crash d’un avion sur une centrale n’étaient faits que pour un Cessna et non un avion de ligne…). Le RTE (réseau de transport de l’Electricité), qui sert à tous les opérateurs, doit rester public ou être géré par un organisme indépendant sous la houlette de la Commission de régulation de l’énergie (CRE). La casse n’est donc pas finie, l’UE poursuivant ne varietur malgré la crise de 2008 sa politique de libéralisation de tous les marchés publics.

Bref, tout est en place pour la « solution finale » ; et cela s’est fait en douceur par les efforts conjoints des gouvernements socialistes et UMP…  En effet, la stratégie du salami et des petits pas, avec petites réformettes à l’instant T ne défrisant pas trop le personnel (mais chaque étape constituant un point de non-retour), en cachant le but final de pur libéralisme, réclame de la continuité. Dieu merci, cela était assuré par la haute administration, gage de permanence, toute acquise aux thèses libérales et les politicards qui, qu’ils fussent de droite ou de gauche, en pinçaient tous pour le libéralisme tout en accusant faussement Bruxelles de les forcer au passage en SA et à l’ouverture du capital au privé. Et le personnel a perdu toute envie et toute capacité de résistance. Attendons-nous à la hausse des tarifs (il faudra payer les investissements retardés et évacués longtemps en France ; l’électricité est un produit spécial non stockable : le prix doit s’ajuster sur le coût de revient de la dernière unité produite, c’est-à-dire celle de la centrale la dernière mise en œuvre, donc la moins productive ; or EDF est environ 20 à 25% en dessous de ce coût moyen évalué pour l’UE, notamment par rapport à celui des Allemands). Un jour ou l’autre EDF paiera la taxe carbone, laquelle s’ajoutera aux multiples taxes qui grèvent déjà le prix de l’électricité : TVA à 19,6 % (pour un service indispensable !), taxes municipales et départementales (8 à 12 %) ; taxe de solidarité avec les démunis, taxe de contribution au service public (desserte Outre Mer ou en Corse, subvention des énergies renouvelables dont EDF achète la production … à ses concurrents à un tarif bien supérieur à son coût de revient), taxe sur le transport pour financer ce qui reste du régime spécial de retraites. Total : à Paris le consommateur paye dans les 38 % de taxes. C’est la nouvelle gabelle. Et en plus EDF verse à la ville de Paris (Marseille et Lyon aussi) « une redevance de concession » de 60 millions d’euros par an ! Finalement, c’est peut être le consommateur qui finira par perdre son calme. On observe aussi avec plaisir que des « coordinations » se font à la base (embouches, refus de la sous-traitance, salaires) contre les atermoiements des syndicats. Mais la direction applique maintenant les bonnes recettes du privé : appel à la police, procès en justice, licenciements pour faute grave, refus de « négocier sous la contrainte » ; jusqu’à quand cela marchera-t-il  quand Proglio monte son salaire à 2 millions d’euros contre 1,3 pour Gado ?  On observe aussi que les agents sont de plus en plus réticents à se mobiliser lors des catastrophes climatiques ; la tempête de 1999 est bien loin…

Toutefois, il n’y a pas eu beaucoup de suicides à EDF. C’est parce qu’on a vu que la conduite du changement y a été très étalée dans le temps faite en souplesse et en catimini quoiqu’avec constance politicarde et managériale. Il est vrai aussi qu’EDF reste un Etablissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) avec un personnel à statut. Il est encore vrai que ses agents, car il y reste encore une grande foule de « vieux » (plus pour longtemps) ont la fierté de l’entreprise de haute technologie et du service public ; c’est foutu à log terme. Alors, il faudra (on aurait déjà dû le faire si l’on avait voulut maintenir la langue française) changer le sigle : ce ne peut plus être Electricité de France (ce qui suppose « francitude » sur le seul territoire national et service de la seule nation comme on dit le roi de France et de Navarre) alors que 50 % des activités sont extérieures ; cela devrait être : Société française d’électricité, ce qui marque que seul son siège social est encore en France, ou société privée d’électricité, ce qui ne saurait tarder..

L’utilité libéralo-capitaliste

Classé dans : Non classé — 13 décembre, 2009 @ 12:48

 

Le libéralisme nous enseigne que c’est l’intérêt ou l’utilité qui mène les hommes. L’intérêt, à l’origine, s’entendait de tous les motifs personnels et égoïstes d’agir dans les relations avec les choses ou les autres ; il ne s’agissait donc pas que de l’intérêt matériel, qui, à l’usure si j’ose dire, est devenu le ressort majeur des motivations en univers de capitalisme financier. Il y avait aussi la gloire, l’honneur, la sécurité, la préservation de soi (amour de soi, passion orientée par le seul moi), l’amour propre (amour de son image dans l’esprit des autres, donc passion axée sur la relation avec l’autre en tant que désir de reconnaissance ou revendication d’identité), etc. Le libéralisme a ainsi sanctifié la philosophie des puces (devenues informatiques), celle des piqûres (épicurisme), à celle des (é)poux, des pique-têtes (stoïcisme). Des fleuves d’encre ont coulé pour décrire l’intérêt (devenu utilité, notamment en économie libérale) comme premier moteur de la relation à soi, aux choses, puis aux autres. A tel point que l’altruisme devenait une incongruité sauf à l’expliquer par l’idée qu’il ne serait que de l’égoïsme indirect et camouflé, notamment pour avoir bonne réputation en société ou pour mériter la grâce divine et acheter son salut dans un monde meilleur ou pour obtenir des faveurs et de la reconnaissance en retour, etc.

L’utilité libérale est majoritairement comprise comme individuelle, puisque la société n’existerait pas en dehors de la collection des individus qui la composent, et comme d’origine bio-psychologique en tant que liée à « la nature humaine » universelle, intemporelle et innée ou génétique pour l’espèce. Quelques francs-tireurs libéraux l’ont cependant pensée comme devant être sociale, à partir cependant des individus. Cela se trouve dans l’utilitarisme fondé par Bentham pour lequel il fallait se donner comme but moral des hommes formant société de « maximiser le bonheur du plus grand nombre ». Dès lors, ce qui est juste, mais alors seulement second, c’est d’augmenter le bien-être collectif ; la société n’est juste que si elle augment le plus possible le niveau de satisfaction de la majorité des gens. Cette position, qui fait partie pourtant du courant libéral, lequel contient bien des bifurcations ou embranchements, est affreuse et ignoble ; elle implique en effet qu’il puisse y avoir des êtres humains sacrifiés au bonheur du plus grand nombre. Se trouve ainsi niée la dignité intrinsèque de chaque homme, sa valeur devenant relative à sa contribution à la satisfaction générale et sa position pouvant être négligée.  L’égale dignité de chaque homme, sur laquelle repose la doctrine morale de Kant, est jetée aux orties avec pour conséquence l’acceptation de l’inégalité entre les hommes. Se trouve aussi et ainsi lancée une approche à la fois matérialiste, puisqu’il ne s’agit que de satisfactions bientôt réduites au seul aspect matériel de la vie, et calculatrice et rationaliste (plutôt de rationalité calculatrice), puisqu’il faut se donner la peine d’évaluer « ses plaisirs et ses peines ». Dans ce cadre, soit tout est calculable, quantifiable, ce qui est l’option choisie par le néolibéralisme actuel et par la prétendue science économique qui va avec, soit rien ne l’est et tout se vaut, ce qui est le leitmotiv de la philosophie moderne à commencer par celle de la soi-disant postmodernité. L’idée kantienne de la morale comme devoir être ou devoir agir comme  conduite  universalisable est mise à la poubelle ; en effet cet « impératif catégorique » (accompagné de l’exigence morale de toujours considérer l’autre comme une fin et jamais comme un moyen) implique que le principe de généralisation débouche sur une valeur morale (l’universalité) qui est supérieure à toutes les valeurs particulières, ce que nie justement le relativisme moderne pour lequel elles se valent toutes.

Du reste, le libéralisme n’a pas tardé à affirmer à la fois l’inégalité de nature des hommes (après avoir reçu le renfort du darwinisme à la sauce de la lutte pour la vie et de la sélection des meilleurs chères à Spencer, ou celui de la phénologie, de la crâniologie, de la biologie raciale, de l’innéité du crime,  etc.) et le primat du mérite individuel car les exclus sont les victimes de leurs propres carences. L’utilité de l’individu est mesurée par son mérite et l’intérêt personnel consiste à paraître méritant aux yeux des autres. Et le mérite, en univers de civilisation libérale, individualiste et matérialiste, compétitive et spectaculaire, est vient des signes ostentatoires de réussite ; c’est l’ère du bling bling, de l’opulence impudique, de la richesse. Et c’est évidemment par contraste celle de la disqualification des pauvres qui n’ont pas de Rolex à 50 ans, qui ont mérité leur sort parce qu’ils sont des ratés, des fainéants, des tire-au flanc, des assistés, des incapables, des « inemployables »…

Adam Smith, à la suite des philosophes écossais du 18ème siècle, a essayé de réhabiliter une approche de refus de l’intérêt comme seul motif (monisme) d’action humaine. L’homme voit dans l’autre un reflet de sa propre image et si celle-ci est positive alors il entrera en sympathie et l‘imitera. L’intérêt là est secondaire, le ressort de la sympathie vient de ce que pour chaque individu l’autre est un autre soi-même. Mais au nom de quoi peut-il y avoir sympathie par imitation ? Réponse de Smith : en se plaçant sous l’autorité « d’un spectateur impartial ». Qui donc ? La seule réponse cohérente est l’œil de la communauté extérieure aux deux protagonistes du mouvement d’empathie. Le spectateur impartial, c’est le système de conventions, de normes, de valeurs de la communauté ; c’est le regard de celle-ci sur votre comportement à partir de ses critères de réussite, d’utilité, de valorisation des bonnes conduites. Lesquelles sont donc forcées… C’est typiquement du puritanisme anglo-saxon, ce que l’on voit aux USA où chaque personne est obligée de se conformer aux normes des communautés. C’est donc cela la liberté libérale : le conformisme, la soumission, la normalisation ? Oui ; cependant Smith remet un peu de social dans l’intérêt ; il n’est plus individuel ; il dépend des conventions sociales préexistantes.

On approche alors du fond du vrai problème de l’opposition stérile entre égoïsme intéressé pour soi-même et altruisme intéressé par le rapport entre soi-même et l’autre dans un système de relations. Dire que tout part de l’intérêt n’est qu’un propos de café du commerce ; ce qui est important c’est de savoir de quel intérêt il s’agit, d’où il provient, comment il se forme, par quels processus, dans quelles conditions et dans quelles situations. La réponse libérale majoritaire, et aujourd’hui seule à dominer,  à toutes ces questions est simpliste. L’intérêt est personnel, impulsé par le seul individu qui privilégie d’abord son rapport à lui-même, comme s’il pouvait se donner tout seul ses normes de conduite et définir ses « utilités » en dehors de toute appartenance, de tout attachement, de toute insertion sociale. Smith, mis hors jeu par le libéralisme actuel, répond qu’il ya des conventions sociales qui « norment » et moralisent la nature des intérêts légitimes dans une société donnée. Bentham met l’utilité individuelle sous le primat et le contrôle de l’utilité sociale. Mais l’origine du processus réside toujours dans les individus atomisés et séparés.

On comprend alors qu’égoïsme individuel/altruisme solidaire est un faux débat. Si l’on accepte un acquis fondamental du vieux libéralisme, à savoir non pas l’individualisme néolibéral actuel mais l’individuation (Stirner) et le primat de la liberté personnelle (et des groupements) on est conduit à reconnaître la légitimité et la moralité du mouvement qui conduit chaque être humain à agir à partir d’abord de son estime de soi. Le vrai problème devient alors que ledit être ne s’y cantonne pas et ne devienne pas un jouet de son amour-propre (vanité, orgueil, envie, ostentation, solipsisme, etc.). Pour éviter de sombrer dans l’individualisme libéral, il faut qu’existent des structures sociales qui encouragent la générosité, l’altruisme, le souci des autres, la solidarité, l’entraide (Kropotkine) et qui procurent des espaces où cette attention à l’autre et aux autres puisse se réaliser et être valorisée. Il faut des processus, des méthodes, des activités, des parcours et des lieux où émergent des conventions et normes sociales propices au développement des principes et des valeurs d’égalité et de justice, de réciprocité, de mutualité (Proudhon). Car le problème réel est de procurer à la légitime individuation des occasions de se « composer » avec les différentes dimensions du social et de la sociabilité de façon que l’individu ne soit pas hors la société et que celle-ci ne phagocyte les personnes. Ce qui récuse à la fois le libéralisme individualiste et atomistique et le socialisme collectiviste où dans le 1er l’individu est roi et dans le second la société  totalitaire. Ce qui réfute le relativisme libéral où la seule valeur commune est l’utilité, toutes les autres devenant personnelles (ou communautaires) et relatives, et le collectivisme socialiste où l’idée que ce soit la personne qui choisisse librement et à partir de ses valeurs propres les objets et les espaces où elle investira son altruisme intéressé est refusée. Ce n’est pas un oxymore ; c’est « une composition » entre termes qui ne sont pas contraires et exclusifs l’un de l’autre (comme le disent libéralisme et socialisme) mais interdépendants et en recherche « d’équilibration » (Proudhon). Ce qui élimine la coupure libéralo-socialiste entre valeurs et intérêts. Altruisme valorisé et égoïsme intéressé ne sont que des « contradictoires » dont le contenu et les rapports ne dépendent que du type de civilisation dans lequel on se trouve.

Il faut alors observer que le libéralisme est construit sur l’hypothèse de la neutralité axiologique (refus de prendre en charge collectivement les conceptions du monde et les systèmes de valeur dans la sphère publique, ce qui donc les « privatise » au niveau des individus et des communautés, notamment via la laïcité) du droit et de la politique par rapport aux libertés individuelles ; cette idée est fausse parce qu’il est facile de prouver que la civilisation libérale repose au contraire sur des valeurs, qui plus est imposées à tout le monde, donc sans « neutralité axiologique » : utilité, risque, compétition, richesse, individualisme, mérite personnel et réussite matérielle, etc. Mais cette thèse est aussi lourde de conséquences : s’il n’y a plus de valeurs communes unissant le corps sociopolitique dans une approche commune et collective transcendant les individus privés et les communautés particulières (et aussi privées), alors pour faire société, pour créer le lien social et le développer il n’y a plus que le marché, c’est-à-dire l’échange entre intérêts privés. Le radicalisme libéral du refus des valeurs et de leur cantonnement dans la sphère privée conduit à la réduction de la société à sa seule dimension économique. D’où les thèses ineptes sur la disparition du politique et l’avènement du « village global » commercial et concurrentiel.

Pourquoi de telles bêtises libéralo-capitalistes perdurent-elles ? Elémentaire, mon, cher Sarko…  C’est que ces âneries sont intéressées, très : elles font croire que le pouvoir politique, soi-disant démocratiquement élu, est au-dessus des parties, est indépendant du capital, ne doit rien aux riches et aux puissants, que les politicards travaillent pour le bien commun et se dévouent à la république pour tous. Il n’en est rien car il est facile de prouver que la crise actuelle émane directement de décisions prises par les politiciens socialo-libéraux (qui, évidemment se sucrent au passage) en faveur de la « phynance » et des multinationales. C’est que ces mensonges idéologiques sont utiles : ils font croire que chacun est libre de mener sa vie comme il l’entend, que la compétition se fait à armes égales et donc que les riches et les puissants sont méritants, que les inégalités sont justifiées, que la poursuite d’intérêts matériels et personnels est légitime même en écrabouillant les faibles et immoralement. Ils font oublier au populo que les riches, en général, ne sont que des escrocs qui ont réussi, des héritiers sans réel mérite, des profiteurs des structures socio-économiques définies par l’Etat pour les favoriser. Rappelons que c’est Tonton qui a sauvé (le 2ème sauvetage) les affaires du baron Seillière, qui a fait financer Tapie (et bien d’autres aujourd’hui riches) par le Crédit Lyonnais, qui a nationalisé (en rachetant les titres au-dessus de leur cours !) pour recapitaliser et assainir et ensuite revendre au privé des entreprises devenues ainsi rentables.

Ces intérêts camouflés, ces utilités privatisées ont aussi l’avantage de mener une entreprise de division entre strates ou classes sociales : pauvres contre classes moyennes, chômeurs contre actifs, immigrés contre nationaux, petits bourgeois contre racaille, citadins prospères contre banlieues pourries, agents des services publics et fonctionnaires contre les salariés du privé, clandestins contre smicards officiels, etc. Cette « guerre de tous contre tous » est facilement justifiée : c’est un résultat de la guerre économique mondiale entre intérêts commerciaux, système contre lequel localement on ne peut rien faire ; alors que justement il a été mis en place par les politicards qui ont tout dérégulé. Alors, il ne reste au peuple qu’à courber l’échine et à chacun de tirer son épingle du jeu. Du reste, ce système offre des « opportunités » aux risquophiles et aux meilleurs. Si vous perdez, c’est que vous n’êtes pas dans la course car trop nul. Et c’est ainsi que, via notamment un bombardement médiatique et idéologique permanent, les exclus, les pauvres, les « prolos » cherchent à se pousser du col pour se placer au-dessus de leurs inférieurs et mériter l’estime de leurs supérieurs. « Bien creusé vieille taupe » : l’amour-propre utilitaire est devenu le ressort des divisions sociales et le moteur de la justification de l’individualisme néolibéral et inégalitaire. Le pauvre a peur de déchoir et pour ne pas être accusé de mériter son sort il se met à hurler avec les loups et à mépriser plus faible que lui. Dès lors, il vote pour le prétendant censé lui apporter reconnaissance (dans les allocutions familiales) et sécurité. La chouette de Minerve est enfin là, mais elle n’est pas chouette ; elle effraie.

La mort annoncée du colloque de Copenhague sur le climat

Classé dans : Non classé — 8 décembre, 2009 @ 11:57

Zébulon 1er, on se doit de le dire, se démène pour faire aboutir les négociations sur le sauvetage de la planète à l’horizon 2050 : voyage à Manaus, embrassades avec Lula, pressions diverses un peu partout. Notre Gnafron national a raison : la terre est en péril même si le pékin moyen ne le voit pas encore. A 450 ppm (parties par million en 2050, c’est le nombre de molécules de gaz par million de molécules d’atmosphère) de CO2, la terre est sans doute foutue d’après les prévisions du GIEC (groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat, organisme d’experts internationaux choisis par les gouvernements, organe donc international et gouvernemental mais moins technique qu’on ne le dit et plus politique que ce que l’on avoue). Lesquelles du reste sont sans doute minorées parce que ce sont les Etats qui décident du « résumé » des travaux qu’ils veulent bien laisser exfiltrer pour ne pas affoler le bon peuple et surtout pour se donner de la marge dans l’action et enfin pour ne pas trop heurter les puissants lobbys (de l’énergie, de l’industrie, de la pharmacie, de l’agro-alimentaire et de la finance) qui ne vivent que par la destruction de la terre au nom du profit capitaliste et de « la libre entreprise ».

Le GIEC a établi qu’il ne faudrait pas dépasser 450 ppm, niveau irréversible ensuite,  alors que l’on est déjà à 388 et que l’on prend en ce moment 3% de ppm de plus par an. Cela suppose que les émissions soient réduites de 25 à 40 % en 2020 par rapport à 1990. Il faut savoir que le CO2  vit 200 ans et que passé les 450 la chose sera cumulative et irréversible pour l’avenir, les nouvelles émissions s’ajoutant aux anciennes. Dans la meilleure des hypothèses, si rien n’est entrepris, la température moyenne de la terre augmentera de 2 degrés en 2020 (3 en France, et plus sur les pôles et les grandes montagnes). Toutes les terres autour de l’équateur seront dévastées par la sécheresse, le niveau de la mer montera de 50 cm à 1 m (en 2020, bien plus après), le permafrost (terre gelée notamment en Sibérie et en Alaska) fondra libérant des quantités gigantesques de CO2 et de méthane (gaz 10 fois plus nocif pour l’effet de serre que le précédent). Dans le fond des océans, de plus en plus acidifiés, ce qui tue le corail et les micro-éléments (dont le plancton), des volumes immenses de gaz sulfuré pourrait remonter à la surface et tuer toute vie marine puis terrestre. La catastrophe s’est déjà produite à l’ère du Prémien par suite d’éruptions volcaniques. Là, cela sera dû à l’action ou l’inaction humaine. Les pays les plus touchés seront- ceux du Sud et les plus pauvres comme le Bangladesh. Seuls bénéficiaires : la Russie et le Canada (plus l’Alaska US) qui pourront mettre en culture leurs immenses terres auparavant gelées et devenir le grenier du monde, arme alimentaire absolue…

C’est pourquoi Russie (qui a bien diminué ses émissions par suite de la destruction totale ou presque de son industrie à la soviétique) et Canada (qui, en outre bénéficieront de la navigabilité des océans du Nord par suite de la fonte de la banquise au printemps et en été) ne sont guère enclins à consentir des efforts. Ces deux pays sont déjà de grands pollueurs (schistes bitumineux de l’Alberta, production de gaz et de pétrole eu Russie).  Les USA, comme la Chine (40 % des émissions à eux deux), ne veulent pas s’engager sur des objectifs contraignants décidés au niveau international. Pourtant ce sont les 2 1ers pollueurs du monde (sauf que la Chine pollue 4 à 5 fois moins par habitant que les USA). Les USA  (après accord de la chambre des représentants mais pas du sénat) ont proposé de diminuer leurs émissions de 17 % en 2020 (et de 80 % en 2050) mais par rapport à 2005 (au lieu de 1990), ce qui correspond en fait à moins 5 %  en 2020 par rapport à la norme internationale. Le plan du 1er ministre australien (l’Australie est à la fois un des pays les plus pollueurs avec ses mines, ses élevages et des plus menacés) a été refusé par les députains.

Les pays en voie de développement, qui disent que l’accumulation de CO2 est due aux vieilles puissances occidentales depuis 200 ans, ne s’engageront que s’ils bénéficient d’aides (en argent, l’UE proposant 100 milliards d’euros par an jusqu’en 2030, et en technologies modernes sans payer les royalties des brevets). L’aide est indispensable pour inciter à ne plus massacrer les forêts, la déforestation (en Amazonie, en Indonésie, aux Philippines, en Malaisie, etc.) étant à l’origine de 20 % des émissions de CO2. Elle est aussi nécessaire pour compenser les pertes agricoles, développer l’agriculture vivrière locale et limiter la pêche qui a presque fait disparaître les ressources halieutiques. La Chine a déjà constitué un bloc de pays du Sud pour faire pression à Copenhague, notamment avec les pays dits du BRIC  (Brésil,  Russie, Chine, Inde). Cela va donc être très dur de parvenir à un accord, chaque gros pollueur préférant jouer solo, ce qui ne veut pas dire qu’il ne fera rien (la Chine a déjà compris et fait de gros efforts locaux ; de même les Etats locaux des USA comme la Californie ou le Texas), mais les USA  refuseront, comme sous Bush, toute contrainte internationale assortie d’un contrôle et de sanctions.

Quelques cinglés comme Allègre nient le réchauffement climatique lié aux activités humaines. Ils sont souvent stipendiés par les lobbys énergétiques très puissants, notamment aux USA, ce qui explique qu’Obama ne peut guère s’engager car le sénat et les républicains lui refuseront tout accord. D’autres communient dans le scientisme : la science et la technologie donneront les moyens de sauver la planète : capture du CO 2 à la sortie des centrales à combustible fossile, immersion de poussières de fer dans les océans, hydrogène et pile à combustible, fusion nucléaire, mise en place de capteurs des rayons du soleil dans l’espace (soit pour les renvoyer soit pour les transformer en énergie solaire), envoi de gaz sulfurés réfléchissants la lumière dans la stratosphère (ou l’atmosphère, ce qui serait sans doute dangereux).

Les plus sérieux misent sur les économies d’énergie (bâtiments, transports, véhicules propres, etc.)  et sur les énergies propres (éolienne, photovoltaïque, marémotrice, géothermie, solaire, biomasse, etc.). Les plus radicaux  réclament une logique de « décroissance ». Tout cela suppose un autre type de consommation et de croissance que celui développé par le libéralisme du tout-marché, de la concurrence folle, de la finance échevelée, de l’individualisme-roi, de la mondialisation ouverte à tous les vents de la circulation de tout et surtout du pognon. Bref du capitalisme fondé sur l’accumulation sans fin, sur le culte du profit et sur le déni des enjeux sociaux et environnementaux de la vie en société. Il va de soi que cette optique ne fait pas les affaires des multinationales, des financiers, des lobbys et des politicards largement assujettis aux puissances économiques dominantes. Ces gens-là font de la résistance tout en se préparant à investir dans le créneau porteur de la réparation des dégâts qu’ils ont eux-mêmes causés. D’où des espoirs, largement infondés puisque la logique capitaliste serait conservée, dans une nouvelle croissance axée sur la rénovation de l’existant, les énergies propres, les retraitements des déchets, l’assainissement des eaux, la dépollution, etc. On aurait ainsi « un capitalisme vert » dont l’ennui est ses propositions de correction seraient en même temps des incitations à ne rien changer sur le mode de consommation et sur la civilisation de la consommation à outrance. C’est comme avec les fameux droits à polluer sur un marché d’échange desdits droits à partir de quotas de pollution attribués (on ne sait comment) par les autorités étatiques (comme dans l’UE) : celui qui dépasse son quota peut en acheter à celui qui est en-dessous ou « planter des arbres ». Cette solution est typiquement libérale et ne fait que favoriser des échanges à pollution égale alors qu’il faudrait la diminuer. Dans ce cadre, normalement pour avoir un effet positif à long terme, il faudrait que les pollueurs soient contraints à des quotas de plus en plus faibles. C’est là que l’on voit que le Super-Zoro Tsarkozy est un menteur : en France, les grands pollueurs (industries pétrolières et minières ou d’aciéries ou énergétiques, transports, agriculteurs, pêcheurs, etc.) ont été exonérés des efforts notamment parce que la taxe carbone récemment créée ne les touche pas. Dans le même temps, malgré les affichages du «Grenelle de l’environnement » , on milite pour un circuit automobile de formule 1 (celui des Yvelines au-dessus d’une nappe phréatique vient à peine d’être évité), on laisse faire un nouvel aéroport vers Nantes (avec la complicité du socialiste local et députain-maire Ayrault), on ne fait pas grand-chose contre les algues vertes en Bretagne (surtout ne pas déplaire à la FNSEA et aux producteurs porcins du coin), on ne fait rien contre les transports routier (on a même baissé la taxe à l’essieu) au profit du ferroviaire, on laisse la bride sur le cou à l’agriculture productiviste et polluante, on va investir 30 milliards dans un métro automatique loin autour de Paris et desservant des « pôles d’excellence », alors que les transports collectifs transversaux et horizontaux entre localités sont oubliés, etc. La vérité est que seul le populo va payer la lutte pour la protection du climat, soit directement en étant taxé, soit indirectement en souffrant la répercussion indirecte des surcoûts éventuels pesant sur les entreprises. On le voit déjà avec les concessions d’eau à Veolia et Suez.

Voyez mes ailes, je suis oiseau, ma peau, je suis souris, voilà la contradiction tsarkozyste entre le discours environnemental et la pratique de soumission aux lobbys productivistes. Le problème est qu’avant de donner des leçons écologistes au reste du monde, il faudrait balayer devant sa porte… Tant d’hypocrisie promet pour le sommet de Copenhague… Avec la mondialisation du problème, il ya gros à parier que les pays qui ne feront rien (car ils ont avantage à être des « passagers clandestins ») gagneront des parts de marché par dumping environnemental. La solution est d’instituer des droits de douane compensateurs contre ces pays (Chine, USA, etc.). On aurait déjà dû le faire en ce qui concerne l’absence totale de droits syndicaux et sociaux. On ne le pas fait parce que ce sont les multinationales (et les financiers), Wal Mart en tête, qui ont eu intérêt à délocaliser (30 % de la production chinoise est assurée par des délocalisations] ou à acheter dans des pays à très bas coûts de production par suite d’absence chez eux de tout droit : social, syndical, environnemental) qui fixent les règles du jeu aux députains. La solution doit être assise sur le remboursement desdits droits de douane compensateurs aux pays qui font des efforts afin d’alimenter un fonds d’aide au pays du Tiers-Monde. Facile, non ? Cette solution n’est pas protectionniste ; elle est seulement compensatrice des effets dramatiques d’une concurrence sans règles et sans protections ; elle est en même temps un processus de rattrapage par financement des pays concourant à la lutte contre les gaz à effet de serre (GES) en taxant les mauvais élèves.

Au sujet du 2 décembre 2009

Classé dans : Non classé — 2 décembre, 2009 @ 12:31

 

Cette date anniversaire doit rappeler quelque chose au lecteur puisqu’il s’agit de celle du coup d’Etat de 1851 perpétré par napoléon le petit. Eh bien, avec  le Naboléon d’aujourd’hui nous prenons un chemin similaire. Les personnes qui ont le temps de s’intéresser à la chose publique ont sûrement remarqué que le pouvoir exercé par Gnafron 1er va vers de plus en plus de centralisation et d’autoritarisme.

Les députés et autres représentants, malgré les promesses et la révision de la Constitution en 2008, sont transformés en godillots. Le président leur adresse ses consignes en gardant la tête de l’UMP, parti aux colloques duquel il assiste sans vergogne malgré son rôle de représentant de tous les Français. La justification en est surprenante : les ex-présidents en usaient de même mais ils le faisaient en douce. Comme si faire comme les autres dans des comportements immoraux permettaient de justifer leurs fautes. Quel bel argument aussi, digne des moutons de Panurge, que d’imiter ses prédécesseurs, qui plus est au nom de « la rupture » ! Vive le « monocrate » des lemmings…

Le gouvernement est réduit au rôle d’exécutant taillable et corvéable à merci et Nicolae Sarkocescu annonce tout seul comme un grand les réformes, qui plus est sans avoir réfléchi auparavant à leurs conséquences et à leur faisabilité. Il se mêle de tout, y compris de la grippe A. L’autorité judiciaire est reprise en mains au profit du parquet qui, bientôt, conduira les instructions et les enquêtes préliminaires (lesquelles ont l’avantage de se faire dans le secret et sans accès de la défense au dossier ;  ce qui, du reste, est déjà en cours). La santé publique et les hôpitaux seront dirigés par des préfets sanitaires, directeurs des agences régionales de santé (ARS) nommés par le pouvoir et décidant de tout pratiquement sans contre-pouvoirs. Il en est de même dans les universités avec leurs directeurs tout-puissants et nommés ; il en est ainsi dans les lycées, etc.

Le « Gross paris » sera piloté par un superpréfet  et prendra la forme d’un superEPAD; les collectivités locales perdent de leur autonomie financière avec la suppression d’un gros tiers de la taxe professionnelle (compensée seulement pour un an ; réforme donc lancée sans que l’on ait défini la répartition des compétences et la durabilité du financement) et avec la continuation du transfert de charges étatiques vers elles avec compensation financière calée seulement sur l’état des dépenses au moment du transfert (exemple le RMI prévu pour 400 000 bénéficiaires alors que l’on est monté à 1,2 millions).

Les « agences », les commissions d’étude, les « hauts comités », etc., censés être neutres et se prononcer « à dire d’expert », sont en fait truffés de partisans du pouvoir, de courtisans, de f(l)éaux, de compradores fantoches dont la compétence reste à prouver mais dont l’allégeance au Conducator ou à ses sbires et l’adhésion à ses vues néolibérales sont, elles, assurées. Rappelons aussi que lesdites agences, soi-disant indépendantes, donnent la part belle aux représentants de l’industrie et des lobbys.

Le pouvoir dispose de la haute main sur la nomination d’environ 1 000 hauts fonctionnaires ou dirigeants de ce qui reste de structures publiques. Certes, hypocritement, les commissions parlementaires concernées examinent les propositions de nomination mais celles-ci ne sont théoriquement repoussées que s’il y a une majorité des 3/5èmes pour s’y opposer ; c’est facile avec un parlement « bleu horizon ». Là encore nous avons le fait du prince ; on l’a vu avec la nomination de Proglio à la tête d’EDF (fastoche : le CA d’EDF comporte 18 membres ; 6 syndicalistes, 6 hauts fonctionnaires, 6 « personnalités » nommées par l’Etat…).

Tout cela est dans la logique d’un pouvoir fort et partisan voulant implanter ses « réformes » par la violence d’Etat. Elémentaire, Watson, il suffit de nommer ses pions, « les copains et les coquins » partout. Et on trouve toujours suffisamment de gens sans morale, sans convictions, sans personnalité pour accepter ces postes pourvu qu’ils soient bien rémunérés. Le retournement de vestes est du reste encouragé au plus haut niveau ; c’est aisé car les morales en univers de compétition sauvage et de « concurrence libre et non faussée » sont devenues réversibles en quelque sorte par construction puisque la société moderne et individualiste ne valorise que cela.

On a eu une telle conception jacobine du pouvoir sous de Gaulle. Mais il y a de grosses différences avec les pratiques actuelles. La 1ère et sans doute la plus importante est que les hauts fonctionnaires d’alors étaient animés par le sens de l’intérêt général et du service de l’Etat. On n’a plus que des gens qui ne cherchent qu’à maximiser leur réseau de relation, leur carnet d’adresses, leur parcours et leur revenu en pratiquant « les revolving doors » (pantouflages et allers-retours entre le privé et le public). Ensuite, le pouvoir a institutionnalisé la mise en place de la logique du privé (rentabilité et finance) dans la fonction et les services publics, alimentant ainsi la propagation de l’idéologie néolibérale à tous les étages de l’Etat. Ce qui est à la mode gouvernementale, c’est « la gouvernance », le « corporate », l’efficacité comptable, la gestion quantitative en lieu et place de l’utilité et de la solidarité publiques. Enfin la logique des nominations partisanes en dehors de la compétence a été généralisée. on est donc plus proche de « l’Etat français » que du gaullisme ou de la République.

Certes tout ceci n’est pas nouveau ; ce n’est pas dans la rupture mais dans la continuité. Mais cela a été valorisé, érigé en principe d’adéquation au néolibéralisme, démultiplié, renforcé et accéléré par Zébulon 1er. Et c’est à ses actes de mise en place de la gestion financière et autoritaire dans le pays que l’on peut juger de ses grands discours « sociaux », écologistes, modernisateurs, de retour de l’Etat pour réguler la finance. C’est manifestement du flan, ce qui permet de poursuivre à toute vapeur et en catimini, derrière une parole mensongère, la destruction du pacte social défini par le Conseil nationale de la résistance pendant l’occupation nazie.

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