les armes de la critique

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La gauche capitaliste

Classé dans : politique — 18 août, 2011 @ 11:21

Certes à gauche, il y a beaucoup de riches ou enrichis grâce à la politique et ses connivences ; songeons à DSK et consorts. Il y a aussi beaucoup de renégats du marxisme. C’e n’est pas le vrai problème ; après tout pourquoi interdire à un riche de pistonner la gauche comme le fait M. Bergé ? Ce serait sombrer d’emblée dans la restriction des libertés. 

Le problème est bien plus grave : les socialos en peau de lapin, baptisés sociaux-démocrates, se sont totalement immergés dans le grand bain du capitalisme. Ils y adhèrent, ils le favorisent, ils le soutiennent. Songeons à ce que c’est sous les socialos que la libre circulation des capitaux, les avantages et libertés accordées à la finance, le plongeon dans le libre-échange sans règles autres que commerciales, la « concurrence libre et non faussée, les stock-options, les LBO, la désindexation des salaires sur l’inflation, le début de l’abaissement des impôts pour les riches, etc. ont démarré ou on été votés. Les socialos continuent d’afficher les valeurs antiques de la gauche : justice sociale, laïcité, solidarité, nécessité du collectif et du public, etc. Mais visiblement la pratique reste contraire ; le discours tourne à vide et les faits l’invalident depuis 1983 en France. En Allemagne, c’est un social-démocrate, Schröder, qui a installé le plan le plus antisocial de ce pays pour faire de la désinflation compétitive (pour exporter à moindre coût) au détriment de ses voisins. Au Royaume-Uni, le blairisme a mené une politique libérale ripolinée avec un peu plus de préoccupations sociales qu’en avait Mme Thatcher. En Espagne, les socialos se sont contentés des prêts à faible taux permis par l’euro pour faire de la spéculation immobilière et abaisser le chômage (aujourd’hui 20 %, record de la zone euro). 

Depuis longtemps, les socialos ne font que gérer le capitalisme et adhérer au libéralisme. Ils ont encouragé l’individualisme tout en le complétant par un zeste de communautarisme (un éléphant en Angleterre) ; ils ont fait dans le culturel, le relativisme des valeurs, la propulsion de la « différence » (ou « diff-errance), la liberté des mœurs, etc. Et cela sans voir que cela profitait au libéralo-capitalisme qui se nourrit des différences pour diviser et régner, qui préfère que les gens s’adonnent à leurs petits destins privés au lieu de s’investir dans le collectif. La gauche capitaliste n’a de cesse que d’encourager la consommation  alors que c’est le moteur du capitalisme financier et du libéralisme individualiste en même temps que la cause de la destruction de l’environnement. La différence avec la droite consiste à rééquilibrer les moyens des consommateurs défavorisés, via une redistribution plus équitable, ce qui évidemment permet à ces derniers d’avoir les narines juste au-dessus de la fosse à purin, ce qui les maintient dans un sentiment de résignation peu propice au changement. En gros, la réponse socialiste moderne aux injustices et à l’exploitation structurelle par le capital consiste à dire aux peuples : à partir du piquet auquel vous êtes attachés, voulez-vous 3,5 % de corde en plus pour aller brouter un peu plus loin l’herbe consumériste  pourtant tondue très ras par les puissants? 

Les socialo-capitalistes restent dans le champ de l’économie libérale dont ils « abreuvent les sillons » avec les larmes du peuple qui ne voit pas d’alternative plus séduisante que d’être exploité soit par la droite, soit par la gauche. « Bonnet blanc et blanc bonnet », disait Duclos years ago ; ça n’a pas changé comme dit Julot Essuie-glace pour lui. Ils ne proposent aucune réforme de structure pour avoir un autre modèle de société comme si le capital était la fin de l’histoire, de l’Etat et de la politique (thèse à la mode). Envers la crise, ils sont comme une poule devant un couteau sans manche. Ils ne savent pas que faire car ils ne veulent pas vraiment changer de système. Ils y sont trop bien installés avec leurs fiefs politiques, locaux, régionaux ou nationaux. Ils émargent grassement au budget de la république ; songeons qu’un « députain » (« un maréchal, des maraîchers, un général, des générés », un député, des…) nous coûte, passé partout, environ 22 000 euros par mois. Ils cumulent souvent les mandats électifs et ceux de leurs amis capitalistes qui les soutiennent (c’est dire leur dangerosité vis-à-vis de ces derniers). Il y a plus de 600 000 postes électifs en France (1 pour 100 habitants, record mondial). Bref, ils sont installés, institutionnalisés dans la pseudo-démocratie représentative, comme moult syndicats. Le système leur convient tout à fait. Pourquoi modifier quelque chose qui marche … pour eux et leurs confrères de la droite. Ils partagent la toile d’araignée libérale avec la grosse mygale UMP, eux n’étant qu’une épeire. 

La gauche capitaliste fait semblant de ne pas voir que les structures (fiscales, économiques, politiques, sociales), qui contiennent la logique « fricophile » du capital et « l’esprit du capitalisme » qui lui sert de ferment et de liant moral, sont porteuses de toutes les injustices et du désastre écologique en cours. Elle gère, elle fait de la « gouvernance » comme les copains de droite. Du temps de la gauche mitterrandienne, on a vu poindre un vague secrétariat d’Etat à l’économie sociale et fort peu de modifications des règles pour encourager et favoriser ce secteur porteur d’une autre conception de l’économie et des relations de travail.  Au contraire, on a permis à Bruxelles d’aligner la mutualité sur les règles commerciales empêchant ainsi celle-ci  de subventionner sa part sociale par sa composante commerciale. On a vu peu à peu (sous la droite et la gauche) les grands services ou entreprises publics passer dans la logique commerciale et de la rentabilité en reniant le principe de l’accès aux mêmes prestations pour tous. 

Pourtant, toutes les prémices ou solutions d’un autre modèle socio-économique existent ici et là. Il suffirait de les organiser, de les financer, de les fédérer au lieu d’exonérer le capital privé d’impôts et de cotisations sociales. Je ne vais pas le dire ici l’ayant fait avant et ailleurs. La réforme radicale et urgente à opérer tout de suite est la socialisation (au sens de participation de toutes les forces sociopolitiques à la définition d’objectifs mutualistes et de la autonome gestion par les salariés) de la banque, de l’assurance et du crédit. Tout cela serait chapeauté par la banque de France, devenue banque du peuple, laquelle referait des avances de fonds au pays. Ce secteur socialisé aurait pour mission 1ère de financer coopératives, mutuelles, entreprises d’insertion et de requalification-reconversion, associations d’aide aux personnes, etc. Parallèlement, il faudrait remplacer la démocratie représentative par celle que j’ai décrite dans « agir ensemble dans un monde partagé ». cela va bien au-delà de la VIème république du sémillant Monte-au-Bourg. 

Or que voit-on ? Angela et Tartuffe 2ème se réunir pour sauver l’Europe en deux heures, donc pour faire des effets d’annonce (gouvernement économique de la zone euro avec cette nouille de van Rompuy, règle d’or pour les déficits publics, taxe Tobin sur les transactions financières). Du vent et surtout du long terme alors qu’il faut contrer tout de suite la spéculation. En effet, il faudrait d’abord mettre d’accord les différents pays et faire voter les parlements. Ensuite, c’est conférer le leadership à la Teutonie, la France se rangeant à ses vues orthodoxes. Du reste, Tsarko a abandonné l’idée qu’il défendait auparavant des obligations européennes mutualisées. Que disent les socialistes en toc ? Pas grand-chose : ils critiquent les sous-entendus électoraux de Gnafron 1er et proposent des rustines sur une jambe de bois. Pôvre de nous ! 

Les mensonges capitalistes et libéraux

Classé dans : Non classé — 13 août, 2011 @ 9:37

La doxa gouvernementale et économico-financière prétend que les vertus du capitalo-libéralisme résident dans la prise de risque, la concurrence, l’épargne, le « doux commerce ». Commençons par le goût du risque. Sans être un expert on peut constater que toute la stratégie des 30 dernières années a été de reporter les risques sur d’autres acteurs que les firmes multinationales et les sociétés financières qui, pourtant, les suscitent pour les autres. Donnons quelques exemples majeurs. 

Les risques de crise de liquidité des banques et autres boîtes ont été massivement reportés sur les Etats chargés de garantir le crédit (en reconstituant les prêts interbancaires et en prêtant aux banques à des taux d’intérêt proches de zéro), l’épargne des particuliers hors portefeuilles d’actions ou d’obligations, d’assurer la mise à disposition de liquidités quand les titres et autres effets de commerce deviennent invendables (c’est l’effet d’un krach boursier ou de la méfiance quant au contenu et à la valeur réelle des fameux produits structurés), de sauver les banques en danger de faillite par aide à leur recapitalisation en fonds propres et par le rachat ou la garantie de leurs actifs toxiques. Ainsi pour contrer la crise de 2008, les Etats ont considérablement accru la dette publique afin de sauver la dette privée. Ils l’ont fait sans garanties, sauf la Grande-Bretagne qui a nationalisé ses banques en faillite. Et, ô merveille, la crise a permis de concentrer le secteur bancaire au point que les banques US sont devenues : « too big to fail », trop grosses pour faillir. Les gouvernants ont ainsi créé un « aléa moral », ce qui veut dire que les preneurs de risques peuvent y aller à fond car ils ne paieront pas les conséquences de leur prise de risque. Comme un assuré automobile tout risque sans franchise qui peut alors s’en donner à cœur joie car ce n’est pas lui qui paye. En général, pourtant, l’argument de l’aléa moral est réservé aux assurés sociaux qui chargeraient la barque de la sécurité sociale en surconsommant de la santé. Remarquez que c’est pour la même raison que le pouvoir tsarkozyste préfère enlever la paille de l’œil des assurés sociaux fraudeurs à la SS que la poutre des fraudeurs professionnels de la santé (fausses déclarations de soins ou de prestations) et des employeurs (fraudes aux cotisations et travail au noir). 

Les risques financiers ont été massivement reportés sur les peuples et les petits épargnants. La titrisation, qui transforme des créances individuelles détenues par les banques prêteuses en paquets de titres agglomérés vendables à la bourse, transfère les impayés, par exemple de crédits immobiliers, en pertes pour les acheteurs de ces produits plus ou moins structurés. Par ailleurs, cela permet aux banques de sortir leurs avoirs toxiques de leur bilan, donc de conserver leur ratio obligatoire de fonds propres. C’est d’autant plus facile que lesdits produits structurés ont été confiés à des filiales (special investment vehicules, SIV, ou special purpose entities, SPE) offshore dans des paradis fiscaux, filiales souvent minoritaires, ce qui permet de ne pas assumer les dettes éventuelles en cas de krach pour ces valeurs pourries. Cette diffusion massive, croisée, interdépendante de titres risqués a conduit à un risque systémique résultant de ce que tout le monde se tient par la barbichette. Et cela ne suffit pas : les financiers se couvrent contre les risques avec des assurances spéciales dites CDS, Credit Default Swap (échange de défaut de crédit). Ces CDS poussent au crime car ils consistent souvent à assurer un avoir que l’on ne possède pas en pariant sur la perte de valeur de ce bien financier. Pari de plus en plus juteux quand on joue à faire monter le prix de l’assurance, ce qui revient à organiser la prophétie des pertes voulues par les spéculateurs à la baisse agissant « à nu » ou à découvert (sans détenir la dette) et en empruntant aux banques à faible taux (effet de levier) pour payer la prime du CDS. 

Pis, les financiers, grâce aux gouvernements qui leur obéissent, ont obtenu (mouvement non terminé, hélas) que les salariés assument les risques d’entreprendre. Comment ? Elémentaire, Watson : remplacer la Sécu par des assurances individuelles, substituer aux retraites par répartition celles par capitalisation, promouvoir l’assurance-vie grâce à des détaxations, remplacer les progressions de salaire par des plans d’épargne d’entreprise en actions de celles-ci, etc. C’est le modèle anglo-saxon que Tsarko voulait importer en France avant le krach de 2008, lequel nous a valu le superbe discours de Toulon demandant la mise à mort (verbale) de la finance. Verbale, car notre Machiavel de pissotière a continué dans les faits le processus de libéralisation (voir la réforme, à la hussarde, des retraites). Le résultat est que le salarié perd sur tous les tableaux : son épargne, sa retraite, son salaire, sa santé, sa liberté (lois de plus en plus répressives), sa sécurité (Tsarko n’en peut mais et la délinquance sur les personnes augmente, la violence persiste comme le montrent les émeutes en Angleterre). 

La concurrence « libre et non faussée » est une blague peu drôle bien qu’elle soit présentée comme une condition impérative du fonctionnement libéral du capitalisme. Or ce dernier comporte une tendance à la concentration pour au moins deux raisons convergentes et cumulatives. La 1ère est d’origine technique : les moyens de production sont devenus si productifs par rapport à une demande solvable stagnante et précaire que les marchés nationaux ne suffisent pas. Il faut conquérir des marchés à l’international et un moyen pratique de le faire est d’absorber des concurrents, ce qui automatiquement fait grossir la firme. La chose est devenue facile avec les OPA et autres OPE dans lesquelles une boîte peut en racheter une autre par échange de  leurs titres. Ce qui revient à payer sans sortir d’argent frais et à créer donc de la monnaie, ce qui dans ce cas n’est pas surveillé par les banques centrales. Ce qui encourage aussi à tricher pour valoriser son action (sa valeur boursière) afin de payer en monnaie de singe. ENRON ou VIVENDI furent des spécialistes de ce jeu. La 2ème raison est financière : la concentration permet des « économies d’échelle » donc une meilleure rentabilité puisque les « doublons » sont éliminés et les employés superflus dégraissés. De plus, plus on vend plus on dégage de la marge quand le point mort a été atteint (niveau des ventes qui couvre juste les coûts de production), ce n’est que du bénéf. De plus, avec les moyens modernes les rendements sont devenus croissants et les coûts de production ne sont plus que de 10 % du prix de revient ; ce qui coûte cher à amortir, ce sont les dépenses fixes de recherche-développement, de conception, de lancement, de marketing et de pub. Produire des DVD ou des filmes ne coûte plus rien quand les dépenses initiales ont été couvertes. 

Le monde s’est couvert de multinationales apatrides en configuration d’oligopoles, ce qui montre à quel point les organes publics censés lutter contre la concentration ne peuvent pas ou ne veulent pas faire grand-chose. Sauf en Europe ou la grosse commission s’évertue à empêcher la naissance de champions européens face aux interventions étatiques aux USA, en Chine, en Corée du sud, etc. Ces multinationales, par le jeu des transferts entre filiales situées de façon à « optimiser » la fiscalité, ne payent plus guère d’impôts. De façon générale, les entreprises ont obtenu des baisses d’impôts, des exonérations de cotisations sociales, des « niches » fiscales et sociales en tout genre, de telle sorte que l’impôt a été massivement reporté sur les petits et les classes moyennes. 

L’épargne est censément la vertu principale demandée aux gens et aux entreprises bénéficiaires pour financer l’investissement productif et le développement. C’est l’ascétisme puritain des protestants qui aurait permis cette mentalité propice au capitalisme (Max Weber). C’est devenu faux. En effet, les riches n’épargnent plus ; ils spéculent ou touchent des intérêts sur les dettes publiques (ils le peuvent puisqu’ils sont presqu’exonérés d’impôts). Ils dépensent de façon ostentatoire (yachts, palais, autos, art, fêtes, danseuses, etc.) mais comme ils ont bien trop d’argent ils ne peuvent pas tout gaspiller. Alors, au lieu d’investir dans la production ils préfèrent prêter ou spéculer, d’autant plus qu’avant la crise c’était plus juteux. Une large part des petites gens vit dans l’insécurité et la gêne et ne peut rien épargner du tout. Les plus aisés ont de plus en plus de mal à acheter un logement ou à compléter leur retraite ou à s’assurer. Les boîtes par l’autofinancement (réinvestissement des profits) pourraient épargner et investir dans la production. Cela ne se fait plus : elles préfèrent les investissements financiers bien plus rentables et se sont mises à emprunter aux banques pour l’investissement productif et cela de façon plus que modérée car les capacités de production sont excédentaires. 

De façon plus profonde, le capitalo-libéralisme encourage au contraire et systématiquement la dépense, la consommation, le gaspillage, l’ostentation. Car, et c’est la logique du capital, pour transformer le capital-marchandise en capital-argent (le seul qui intéresse les capitalistes) il faut que la production soit vendue à des consommateurs solvables. C’est le rôle essentiel de la pub et du marketing que de pousser les gens à acheter du sable au Sahara ou de la glace au pôle Nord. L’épargne est dangereuse car elle entretient la sous-consommation de la production. Sauf si elle est investie (Keynes, car alors l’achat de biens productifs supplée à la consommation d’objets courants). La question ne se pose plus ; elle n’est pas réinvestie ou peu hors dans les spéculations, les OPA, OPE, etc. D’un côté, le capital a besoin de l’épargne pour accumuler, de l’autre il fonctionne à la consommation dilapidatrice et sans souci de l’environnement, de la santé et des ressources naturelles. 

Ces 3 contradictions ou mensonges libéraux (il y en a bien d’autres mais ce sont les principaux) expliquent que Tsarko, libéral pur sucre de chez libéral, n’ait que des rustines à proposer pour contrer les perversités du système financier, d’autant plus qu’il est mondialisé et pas franco-hongre. Cela explique aussi que les dirigeants de la planète (y compris chinois), tous plus libéraux les uns que les autres, ne fassent rien pour démonétiser les écritures libérales et réglementer les pratiques qui en proviennent, notamment celles de l’efficacité des marchés comme meilleur allocataire des ressources. Il en est de même pour les socialistes en peau de lapin qui vont se trouver piégés s’ils restent eux aussi dans la religion du marché et de la libre circulation des capitaux, et, de façon générale, dans leur acceptation du modèle capitalisto-libéral ; Tsarko leur fera manger leur chapeau pour une politique d’austérité et de réduction des déficits. Ils sont du reste déjà allés à Canossa baiser les pieds des agences de notation. Contre la règle d’or de Tsarko qui les met entre le marteau et l’enclume, ils se contentent d’arguer qu’elle doit s’appliquer dès 2012 et non en 2013 (car Tsarko peut profiter du budget 2012 pour soigner sa clientèle électorale !) ! Le problème est très simple : soit on reste dans l’enveloppe du capitalisme, financier ou industriel ou les deux, et on s’enfonce, soit on propose un autre modèle et on agit dans ce sens. Eh oui, camarades, il va falloir choisir une réforme radicale du système. Je vous conseille d’abandonner le marxisme, le libéralisme et de lire Proudhon et les anarchistes. 

mon dernier livre est sorti…

Classé dans : Non classé — 13 août, 2011 @ 9:04

Chers lecteurs

 

je vous signale la sortie de mon essai: « le capitalisme c’est le vol » aux Editions libertaires; facile à se procurer sur fnac.com ou amazon.fr. Ce livre analyse le fonctionnement actuel et réel du capitalisto-libéralisme; il montre que ses soubassemnts théoriques chargés de le justifier sont très fragiles. Il sert à comprendre la situation que j’analyse par ailleurs dans les articles ici.

Je vous donne au passage les titres de mes 2 meilleurs bouqions: « Agir ensemble dans un monde partagé » (l’harmattan) sur une vraiez démocratie; « Misère du droit » (EDILIVRE) qui montre comment le droit est essentiel mais est manipluél dans nos fausses démocraties.

Bonnes vacances et bonnes lectures

 

 

C’est le début de la fin pour le libéralisme occidental

Classé dans : politique — 7 août, 2011 @ 11:33

Tsarkozy a déjà sauvé l’économie mondiale à plusieurs reprises, ce qui lui vaut une recrudescence de faveur dans l’opinion des vieux, des riches, des libéraux intéressés au sauvetage du libéralisme du tout-marché et de la libre circulation des capitaux ; ce sont des benêts. Le dernier sauvetage (pour la Grèce) remonte au 21 juillet. C’est manqué encore une fois : les bourses s’écroulent comme celles de DSK, la croissance patine, les banques refusent de se prêter entre elles (marché interbancaire) et elles sont atteintes par la dévalorisation des dettes publiques ou privées en Grèce et ailleurs, le chômage remonte malgré toutes les astuces statistiques pour le camoufler, la dette grimpe inexorablement parce que les politiques d’austérité tuent la croissance, ce qui accentue les déficits. 

Supertsarko et ses confrères gouvernementaux ne mesurent pas l’ampleur des problèmes et en ignorent la vraie nature, la cause profonde. Celle-ci réside dans la croyance aveugle du libéralisme (leur dogme pourtant invalidé par la crise de 2008) dans les automatismes du marché et de la concurrence, lesquels marchés sont censés s’équilibrer d’eux-mêmes. L’ouverture totale des frontières aux marchandises et aux capitaux devait permettre l’affectation des investissements là où ils étaient les plus rentables, garantir la meilleure allocation des ressources et propulser la croissance mondiale. Les divers G 20, même depuis que Tsarko en est le président, n’ont proposé que des réformes cosmétiques et peu suivies d’effets. Or les marchés financiers sentent bien que les initiatives « gouvernementalesques » sont abracadrabrantesques et que les économies occidentales perdent pied. Tout imprégnées des bienfaits du libéralisme, les excellences politicardes depuis 30 ans n’ont pas vu que les multinationales, auxquelles ils avaient abandonné tout le pouvoir économique, en profiteraient pour jouer solo en faisant bondir leur « valeur actionnariale » (valeur en bourse de leurs titres) : délocalisations, sous-traitances, achats à bas prix à l’étranger « low cost », nouvelles usines porteuses de technologies copiables voire vendues clé en main, etc. Tout cela afin de maximiser leur rentabilité, leur « retour sur investissement », leur conquête des marchés. C’est cela qui faisait monter la valeur en bourse des actions par la combinaison des dividendes et des plus-values sur titres à la grande joie des investisseurs institutionnels (notamment les fonds de pension par capitalisation). Les excellences n’ont pas perçu non plus que les taux d’intérêt très bas encouragés par las banques centrales ouvraient la voie aux effets de levier considérables des emprunts pour acheter à crédit des entreprises (le fameux LBO monté par des fonds spéculatifs comme Carlyle ou Blackstone)) ou monter des spéculations en tout genre (sur les différentiels de parité des monnaies, sur les taux d’intérêt, sur les matières premières ou agricoles, sur les prêts immobiliers, sur les actions, sur les obligations étatiques, etc.). 

Les politicards étaient tout contents de pouvoir financer leurs politiques à crédit en empruntant sur les marchés financiers internationaux ; d’où la croissance incessante en France de la dette publique depuis 35 ans (1650 milliards d’euros fin 2011). Ils pensaient même se servir ensuite de la dette pour imposer des réformes antisociales sur le thème « on ne peut plus payer ». S’endetter permettait d’augmenter les cadeaux fiscaux aux riches (et, ô bonheur redoublé, de leur servir des intérêts !) et aux entreprises tout en maintenant momentanément le modèle social qui a été dégradé progressivement pour éviter que les assujettis ne voient pas tout de suite les enjeux cachés de cette stratégie. Ce que n’avaient pas compris et anticipé les politicards (hypothèse bienveillante car une autre serait qu’ils l’ont fait exprès afin d’aider les riches amis qui financent leurs campagnes électorales ; cette autre pensée est improbable car un politicard ne voit jamais plus loin que le bout du nez de ses intérêts), c’est que cette belle politique conduisait à la désindustrialisation (multinationales et LBO), à la compression des effectifs employés et des salaires, à la baisse du pouvoir d’achat global (chômage et diminution de la protection sociale), lequel cependant  devait être soi-disant maintenu par le crédit à bas taux et par les importations de produits low cost en provenance des sweat shops du Tiers Monde. 

Les politicards n’ont pas « intuité » non plus que la stratégie de conquête de marchés extérieurs, politique suivie par tous les gouvernements, n’était pas « gagnant, gagnant » ; les uns exportaient mais les autres importaient et creusaient ainsi le déficit de leur balance commerciale. Certains (l’Allemagne en Europe ou la Chine pour les USA) ont mené une politique non coopérative d’exportation au détriment de leurs voisins. Et la cerise sur le gâteau était que les profits ainsi dégagés pouvaient être prêtés aux importateurs pour combler leur déficit. C’est la loi de Langlois : tout déficit commercial est compensé en sens inverse par un flux équivalent de capitaux prêtés. La conséquence en a été une « lutte de tous contre tous », dans la concurrence généralisée entre pays et modèles sociaux ; les perdants voyant alors s’étioler davantage leurs capacités productives par suite de la productivité bien supérieure des exportateurs qui peuvent vendre moins cher et piquer les marché intérieurs des importateurs. Or, 2ème loi de Langlois, ce sont la production consommée en interne et les exportations (de produits, de fric ou de services) qui font la richesse d’un pays une fois défalqué le montant des importations. C’est pourquoi la situation de l’Allemagne n’est pas si bonne car si elle exporte beaucoup, elle produit de moins en moins en ayant confié la production (qu’elle importe pour assembler chez elle et mettre ainsi l’étiquette « made in Germany ») à des sous-traitants ou des délocalisés dans les ex-pays de l’Est (les PECOS). C’est comme quand vous achetez une Renault produite à 70 % ailleurs ce qui dégrade la balance commerciale, chose non anticipée par les excellences compradores, de droite ou de gauche. Par ailleurs, les Allemands se trouveront eux aussi en faillite quand les autres pays de l’UE, ruinés, ne pourront plus importer. 

Dans ce contexte, les marchés financiers n’ont pas tort de spéculer. Ils anticipent la décadence de l’Occident qui a exploité le reste du monde pendant bien trop longtemps. Déjà, l’Occident n’a presque plus d’industrie manufacturière ; la haute technologie est aussi copiée ; la recherche-développement se déplace rapidement vers les PVD, l’agriculture se développe bien plus ailleurs (achat de terres au Sud et même en Sibérie par la Chine, la Corée du Sud, les émirats pétroliers et boom du Brésil et de l’argentine avec le soja et les plantes produisant des agro-carburants). Bref, l’Occident n’aura bientôt plus grand-chose à vendre ; la croissance deviendra un souvenir même en développant les techniques écologiques car ses concurrents en profiteront pour ne pas se lancer eux-aussi dans un désavantage compétitif, fût-il momentané (la mise en place d’une économie verte demande de très coûteux investissements). Lesdits marchés savent très bien que les plans d’austérité rendent le remboursement de la dette difficile. Or l’Occident est hyper endetté : Grèce, 150 % du PIB, Irlande 120, Italie 100, France 85, Allemagne 80, USA 100, Espagne 65, etc. Les gouvernementaux en libéralisant tout ont ouvert la boîte de pandore et ne peuvent plus la refermer car la finance est devenue autonome et, en plus, occupe les plus hautes responsabilités politiques via les pantouflages public/privé en France ou les « revolving doors » (portes tournantes) aux USA. Ce qui explique que les gouvernements ne veulent pas ou ne peuvent pas la corriger. 

La zone euro et les traités européens (synthétisés dans le récent traité de Lisbonne qui reprenait le TCE rejeté pourtant en France par les citoyens en mars 5005) aggravent beaucoup la situation européenne car ce n’est qu’une région de libre-échange sans limite et sans coordination politique, économique et financière. Les pays de la zone euro ont perdu le droit de dévaluer pour être plus compétitifs ; ils ont perdu la possibilité d’avoir des avances quasi gratuites de leur banque centrale (chose faite en France sous Fiscard déteint et Pompidur) alors que les USA ne s’en privent pas (la FED fait déjà tourner la planche à billets) ; leur politique budgétaire est contrainte par les critères de convergence de Maastricht et le pacte de stabilité qui l’a suivi : pas plus de 60 % du PIB en dettes publiques, pas plus de 3 % de déficit budgétaire. Pour sauver la Grèce, on a inventé le fonds européen de stabilité financière (FESF) doté de 440 milliards. Mais ce fonds n’est pas encore en place car pour l’adopter il faut passer devant les parlements nationaux et il faut modifier le traité de Lisbonne (le FESF formalisé est prévu en 2013). En attendant la BCE bricole ; par ailleurs, 440 milliards c’est bien trop peu quand on voit que l’Italie et l’Espagne battent de l’aile (leurs obligations sont rémunérées à plus de 6 % contre 3 pour la France). On sait aussi que c’est l’euro qui a permis l’endettement des « cigales » à faible taux quasiment harmonisé vers le bas et qui a propulsé les excès de crédit au privé et aux particuliers. L’UE et la zone euro ont auparavant organisé la mise en concurrence de tous les pays entre eux, notamment pour la fiscalité, les droits sociaux, le droit environnemental, les politiques de compétitivité) : il n’y a donc pas de politiques communes ; même pas de budget européen consistant (1 % seulement du PIB de l’UE contre 25 aux USA). D’où un fonctionnement réel sur la base des égoïsmes nationaux et la compétition entre chefs d’Etat pour se prétendre le plus vertueux ou le plus actif. C’est là que Tsarko détient le pompon, mais c’est du village à la Potemkine. Et pourtant la droite le loue (non meublé) pour son volontarisme et son activisme ; elle ne se rend pas compte que ces 2 termes sont péjoratifs ! 

Tsarko agite ses petits bras, vitupère, se dresse sur ses talonnettes mais il ne changera rien à la situation car les gouvernements ont organisé antérieurement eux-mêmes leur impuissance et car l’Europe court à la désindustrialisation et aux déficits commerciaux. A moins d’un gouvernement fédéral de l’Europe, d’obligations mutualisées pour toute la zone euro et l’UE (opposition allemande garantie car alors le taux de ses emprunts augmenterait avec une moyenne européenne favorable aux pays en difficulté), d’un rôle de la BCE pour prêter aux Etats une horreur pour les libéraux), d’un fédéralisme socio-économique, d’un vrai budget commun, l’Europe sombrera malgré son sombre héros Tsarko.  Mais que les pays émergents ne se réjouissent pas ; à court terme, la faillite occidentale les privera de débouchés. Seuls de grands pays émergents ayant un immense marché intérieur encore fort mal pourvu pourront compenser en se développant pour leur interne. 

Réjouissons-nous ; c’en est fini de la domination US et occidentale et les rapports internationaux finiront par être rééquilibrés en faveur des émergents. Le capitalisme et le libéralisme sans freins sont mortellement blessés à long terme. Mais il faut hélas envisager de grandes souffrances  à moyen terme si l’Europe ne s’unit pas politiquement et n’adopte pas un autre modèle socio-économique. Ce n’est pas gagné tant la situation actuelle montre de francs-tireurs nationalistes chez les dirigeants politiques européens et des socialistes en peau de lapin. Mais cela finira par se faire car les peuples ne veulent pas mourir. Alors l’épisode Tsarko ne sera qu’une chiure de mouche sur les pages de l’histoire. 

L’impuissance des Etats ?

Classé dans : politique — 1 août, 2011 @ 11:28

On lit de plus en plus dans une littérature, sans doute ad hoc pour justifier l’emprise de l’économie et de la finance, que les Etats sont des dinosaures en voie de disparition. Lesdits Etats, en tant que puissance souveraine tant à l’intérieur qu’a l’extérieur des pays, seraient laminés de tous les côtés. Ils seraient réduits à pas grand-chose eu égard à leur enfermement dans des zones plus vastes et plurilatérales comme l’UE ou la CEI. Il est vrai que l’UE tient les manettes en ce qui concerne les affaires économiques, financières et budgétaires. Mais elle ne détient ni le fiscal, ni le social bien que les marges de liberté des adhérents soient limitées puisqu’on ne peut plus dévaluer dans la zone euro et que de lourdes contraintes pèsent sur les budgets, les déficits et le niveau d’endettement (pacte de stabilité et critères de convergence issus du traité de Maastricht. Mais il ne faut pas oublier que cet asservissement à l’Europe a été décidé par les gouvernants en tant que détenteurs (provisoires ; cela, ils le négligent) de l’exercice du pouvoir d’Etat ou souveraineté. C’est donc l’Etat qui a été puissant et en a profité pour abandonner son pouvoir. Il en est de même pour la domination du tout-commerce et de la finance internationalisée par la liberté totale des mouvements de capitaux. Ce sont des décisions étatiques (notamment en faveur de l’OMC) qui ont mis en place le système actuel, autocinétique et automatique, qui réduit à rien le pouvoir des Etats en matière économique et financière 

Il est notoire que les Etats sont attaqués de l’intérieur par les ONG et associations, par les lobbys économiques, par le régionalisme, par le multiculturalisme religieux ou ethnique. Cela signifie simplement qu’ils ne sont plus tout puissants et capables de faire de la politique « top down » (du haut gouvernemental vers le bas des assujettis priés de la fermer). Il y a donc davantage de contre-pouvoirs. Mais cela ne veut pas dire que la puissance de l’Etat, au moins sur le territoire national, s’en trouve diminuée. Les bons apôtres de la fin de l’Etat et de la politique et même de l’histoire, bien sûr intéressés à la suprématie du capitalisme financier et du libre-échange généralisé, confondent les différentes phases et moments des actions gouvernementalo-étatiques. Il y a une étape de préparation des décisions ; là les contre-pouvoirs interviennent et le pouvoir a été peu à peu obligé au moins de faire semblant de négocier, d’écouter, de consulter. Je dis faire semblant car, par exemple, le passage en force de Tsarkozy sur la récente réforme des retraites a bien montré la nature du simulacre de concertation avec les partenaires sociaux (obligée par une loi Fillon sur la consultation des syndicats en matière sociale, mais évidemment vidée de son contenu tout en maintenant son apparence). Il y a ensuite le moment de la décision et il devient clair alors que le pouvoir décide tout seul via un parlement  à sa botte et un exécutif qui a préparé la décision à faire voter par les godillots élus aux deux chambres législatives. Il en est de même dans les Etats fédéraux comme les USA ; les 50 Etats y ont certes bien plus de pouvoir que les régions françaises mais c’est bien le pouvoir central qui décide de l’essentiel pour la fédération. Enfin, il y a la mise en application qui peut évidemment rencontrer des résistances, voire ne pas avoir lieu (notamment car les décrets d’application ne sont pas pris, par exemple à cause de l’intervention des lobbys, lesquels du reste sont bien plus écoutés que les autres acteurs lors de la phase de préparation). 

Le semblant de participation de la « société civile » et de ses différents acteurs a été entraîné par la complexité grandissante des sociétés et par leur grande ouverture à l’extérieur. Cependant, le pouvoir technocratique et gouvernemental s’est démonétisé lui-même. Il avait produit trop de scandales, notamment en écoutant bien trop les lobbys industriels : amiante, ESB, sang contaminé, hormones de synthèse, mediator, vent de Tchernobyl arrêté aux frontières françaises, crise bancaire de 2008, mini tsunami en Vendée (autorisations de construire en zones inondables comme dans les couloirs d’avalanche) etc. Les acteurs de la société civile, en attendant d’autres catastrophes : nucléaires ou OGM, ou biologiques (disparition des abeilles, des poissons, de la diversité, des forêts) ou sanitaires ou environnementales (algues vertes, sécheresse, inondations sur sols trop bétonnés) se sont mobilisés pour rogner les serres du conglomérat étatico-financier. Il n’en reste pas moins que l’Etat est toujours là et puissant en face des atomes que sont les individus et des petites molécules associatives. On est toujours dans la dialectique de la puissance entre les zéros et l’infini. Ladite participation, en général tronquée, provient aussi de l’incertitude face à la multiplication des risques et de la nécessité d’étudier les problèmes avec le maximum de savoirs, y compris ceux des populations et profanes ; on a même inventé la notion de « recherche en plein air » opposée à celle de recherche « confinée » (dans les laboratoires et chez les experts). Le « one best way » (à tout problème, il n’y a qu’une solution, la meilleure) cher à nos technocrates énarques ou polytechniciens n’est plus de saison tant la technocratie se trompe et surtout trompe les populations et tant il est devenu évident qu’il y a plusieurs voies de recherche et de solution à un problème, lequel d’ailleurs n’est jamais isolé des autres (interdépendance, systèmes, réseaux). Il faut être un tyranosaure tsarkozyen pour s’imaginer tout régler tout seul à partir de son petit bureau. Même sur des talonnettes, one voit jamais alors plus loin que le bout de son (tar)tarin. 

Les Etats conservent des pouvoirs exorbitants en matière de libertés publiques et individuelles, de police, de sécurité, de répression. Et ils ont été renforcés de façon massive  sous prétexte de terrorisme et par suite de la crise économique et sociale impulsée par le néo-libéralisme depuis 30 ans. En effet, les dégâts sociaux ainsi causés ne manquent pas de susciter l’envie envenimée par la publicité, la révolte, le vol, l’incivilité, les bandes, la marginalisation en réaction à l’insécurité sociale et à la pauvreté. D’où la loi : plus la misère et l’inégalité s’accroissent, plus l’Etat réprime les déviants et opposants. Les révolutions dans le monde arabe montrent que cela ne marchera plus très longtemps. Plus la liberté économique des puissants augmente, plus celles des pauvres diminue. L’Etat conserve donc une fonction dans le nouveau partage des rôles induit par le libéralisme : à la globalisation, les choses sérieuses, c’est-à-dire la finance et l’économie mondialisées. 

Il en est ainsi parce que l’Etat, par construction, est de nature répressive et anti-démocratique. Certes, pour le cacher les libéraux ont inventé la démocratie représentative. Celle-ci n’est qu’un paravent car, en réalité, les procédures et le système électoral mis en place instaurent une oligarchie inféodée aux puissances d’argent et aux politicards professionnels qui en sont les fondés de pouvoir. Ce qui existe, c’est une oligarchie ploutocratique et maintenant médiatique qui s’auto-reproduit et qui ne manifeste que des alternances illusoires et cosmétiques. C’est ce qui explique que les gouvernants, qui font du cinéma aux G 20 ou 8 ou à l’UE, n’ont aucunement mis au pas et réglementé la finance au politique et sabordent le social et le secteur public pour lui permettre de « socialiser les pertes et privatiser les gains ». En fait, au niveau international, les agences de notation continuent de régner et le FMI de recommander des plans de rigueur. C’est ce qui fait comprendre qu’aucun frein n’a été mis au libre-échange sans contraintes et à la concurrence sauvage entre les peuples et leur modèle social. Par définition l’Etat est totalitaire. Certains pays ne le cachent même pas ; ce sont eux qui réussissent le mieux dans la concurrence internationale car ils disposent de tous les pouvoirs pour l’imposer à leur population quels que soient les conséquences pour elles. D’autres ont une apparence démocratique mais ne jouent pas le jeu de la concurrence ; ils sont interventionnistes et protectionnistes (Corée du sud, japon, USA). D’autres ont ouvert à fond les vannes d’entrée commerciale dans leur territoire (UE et les pays adhérents) grâce à la puissance de la loi et sabordent en réaction leur modèle social. D’ailleurs, c’est le régime de Pinochet, fidèle toutou du monétarisme et du libre-échange qui avait mérité les éloges des libéraux. 

On comprend que les Etats ne peuvent être véritablement démocratiques. Il faut donc supprimer l’Etat. Mais comme il est nécessaire que les peuples aient une vraie protection contre les méfaits du capitalisme, industriel ou financier, il  faut une organisation d’un pouvoir politique (dont l’Etat n’est qu’une modalité, qu’il soit unitaire ou fédéral) faisant coopérer et participer l’ensemble des forces sociales à la définition du bien public et à sa réalisation. Cette organisation politique n’est qu’une force d’animation, d’impulsion, de coordination. Elle est fédérative tout à la fois sur les plans économique, politique, social, environnemental, juridique. Elle procède « de la circonférence au centre », de la base au sommet ; comme disait Pascal : « le centre est partout, la circonférence nulle part. Elle respecte l’autonomie de toutes les collectivités de base, à la fois, territoriales, communautaires, économiques. Elle fait fonctionner les relations entre acteurs en les mettant en réseau dans le cadre d’un système politique commun. Ses élections se déroulent à la base à partir de ces collectivités représentées en tant que telles ; elles élisent leurs délégués aux échelons suivants de la fédération. Les élus n’ont qu’un mandat, renouvelable une seule fois. Ils ont un mandat impératif » en ce qui concerne leur mission de défense des finalités et buts de la collectivité qui les a élus. Ils disposent de degré de liberté sur les procédures et les objectifs intermédiaires, qui sont de nature tactique ; aucunement politiques ou stratégiques. La fédération réunit « la Marianne des champs et la sociale des cités » dans une double représentation : celle des territoires et celle des activités socio-économiques et cela par étages successifs, de la base au sommet, jusqu’au niveau de la fédération tout entière. 

Comme l’Etat « libéral » fonctionne mal, sauf en ce qui concerne l’émission de lois favorables au capital et la répression du peuple, on se demande pourquoi on ne passe pas à une organisation démocratique du pouvoir politique. C’est parce que l’Etat est une forteresse bien visible dont on peut tourner aisément les canons contre la population. Le pouvoir y est concentré de telle sorte qu’il suffit de l’y prendre, ce que, du reste, certains révolutionnaires patentés (Blanqui, Marx, Lénine, etc.) ont prôné. Pour eux, il suffisait de s’emparer de la bastille du pouvoir pour retourner ses obusiers contre les anciens occupants. Les politicards d’extrême gauche ont pensé que la révolution politique (s’emparer du pouvoir d’Etat) permettrait la suppression de la propriété privée des moyens de production et un changement radical de société. Proudhon, lui, disait : « la révolution politique est le but, la révolution sociale le moyen ». Car on ne peut pas transformer une société d’en haut par l’Etat alors qu’il s’agit de le supprimer en vue de la liberté politique de tous ; Pol Pot, Staline, Castro, Mao, etc. en ont fait la démonstration. Il faut d’abord préparer les forces économiques, sociales, culturelles à changer de modèle et à gérer le nouveau. La révolution sociale ne peut être que graduelle sans jamais perdre de vue que c’est le but de l’action autonome et directe des acteurs sociaux. Chaque expérimentation sociale à la base doit préfigurer le projet et faire une avancée vers ce dernier afin d’éviter à la fois le romantisme révolutionnaire et le réformisme utilitaire, plat et soi-disant pragmatique. 

Une organisation du pouvoir politique est nécessaire à cause de la souveraineté, c’est-à-dire de la puissance du peuple pour lui et sur lui-même. Les politicards libéraux ont accoutumé de parler de « l’Etat souverain » ; non, c’est le peuple qui est souverain. Or la souveraineté n’est qu’un potentiel si elle n’est pas organisée, structurée. En régime démocratique réel, cette structuration est sociologique, fondée sur les forces sociales existantes et mises en relation : en régime étatique (forme perverse du pouvoir politique), l’organisation est juridique et formelle, ce qui a quand même l’avantage de signifier que le pouvoir souverain n’appartient à personne hormis la collectivité du peuple tout entier. L’organisation du pouvoir politique permet la transformation de la souveraineté de potentiel en pourvoir effectif. Mais les « délégués » détiennent momentanément son exercice, ce qu’oublient les politicards de la pseudo-démocratie représentative : ils ne détiennent l’action du pouvoir souverain qu’à titre provisoire et révocable. L’enjeu est radical car la détention de le souveraineté législative permet de faire passer n’importe quelle loi contre l’intérêt général du pays. Or l’exercice de la souveraineté est le seul moyen que possède le peuple pour lutter contre les vents mauvais du libre-échange, de la libre circulation du fric, de la concurrence « libre et non faussée ». La souveraineté est loin d’être une conception obsolète comme nous le disent les libéraux actuels. Ce qui relève du Jurassik Park, c’est l’Etat comme forme d’organisation du pouvoir politique et la démocratie représentative dont les délégués perpétuent une coupure radicale entre les dirigeants et les dirigés. 

Comment les Teutons asservissent le reste de l’Europe

Classé dans : politique — 26 juillet, 2011 @ 11:24

Chacun aura constaté les atermoiements et les palinodies des dirigeants européens en ce qui concerne le problème de la dette grecque (portugaise, irlandaise puis bientôt italienne, espagnole, française et…, in fine, allemande), de l’euro et de la zone éponyme. Pour décrypter et « déconstruire » (afin de vous derrider) le phénomène, il faut faire un peu d’histoire. Enfin, après 18 mois de valse-hésitation et de discordes, les dirigeants européens se sont mis d’accord le 21 juillet 2011 : 159 milliards de plus pour la Grèce pour aller jusqu’en 2019,  renforcement du fonds européen de solidarité financière (FESF, 440 milliards déjà décidés avant) pour acheter des obligations grecques (sur le marché d’occasion ou directement lors de l’émission) et prêter à 3,5/4 % (au lieu de 6 avant) tout en portant la durée des emprunts de 15 à 30 ans. C’est une amorce de FMI européen ; projet à étudier d’un gouvernement économique de l’Europe (qui vivra verrat), mise à contribution des banques privées à hauteur de 59 milliards, dont 17 d’abandon de créances par ventes de titres dévalués, donc avec pertes d’environ 30 %)  et rachat de nouveaux emprunts grecs. Cela va-t-il calmer les spéculateurs ? Suite au prochain numéro car l’UE a dit : c’est pour sauver la Grèce et ce ne sera pas renouvelé pour d’autres pays. Soulignons que pour doter le FESF les autres pays vont garantir les emprunts grecs (15 milliards pour la France), donc s’endetter encore plus aux frais éventuels du contribuable si la Grèce ne rembourse pas. Les premiers européens ont pensé faire l’Europe sur la base de l’unification économique. Ensuite, ils ont versé dans le libéralisme de type germain, à savoir l’ordo-libéralisme qui consiste à coordonner les activités économiques et financières par des procédures, des lois et des règles, via l’Etat de droit libéral, grand ordonnateur de « l’économie sociale de marché ». La démocratie se réduit alors à une procédure législative qui permet aux majorités électorales de faire passer tous les règlements favorisant le libéralisme über alles. C’est cette conception de la construction européenne qui a prévalu dès le début. Nos excellences comprirent vite que pour éviter tout recul et toute contestation lors des alternances politiques il suffisait de transformer le système économique en mécanique automatique. Ce fut la grande œuvre du « socialiste » Jacques Delors, à la tête de la grosse commission européenne : avec l’acte unique de 1986, on se lançait dans le libre-échange, l’ouverture des frontières aux produits, services, capitaux et « hommes » (là, moderato pour cause d’immigration), la libre circulation du fric, la « concurrence libre et non faussée », la suppression des services et entreprises publics, les services avec « pays d’origine » comme règles du travail, des salaires et de la protection sociale (le fameux plombier polonais). C’en était fini du modèle de l’Etat providence » et de la « régulation fordienne » ou compromis entre patronat, pouvoir, syndicalisme et salariat, donc de cela même qui avait permis « les trente glorieuses » (1945-1975). Dès lors (lire Delors mais avec Barre), l’économie libéralisée devenait autocinétique et nul ne pouvait plus arrêter la mécanique infernale de la mise en concurrence des peuples et des modèles sociaux, pas même ceux qui l’avaient mise en place précisément dans ce but sans se rendre compte des dégâts que cela entraînerait sur le salariat et son pouvoir d’achat malgré l’importation de produits low cost manufacturés par des sous-traitants délocalisés et maintenant le pouvoir d’achat par la baisse des prix, etc.). 

Les avances des banques centrales, à faible taux d’intérêt, aux gouvernements furent supprimées et les dirigeants se lancèrent alors dans les facilités de la dette publique financée par les marchés financiers ou par des emprunts nationaux aux riches locaux, lesquels, parallèlement, étaient les bénéficiaires d’énormes réductions d’impôt afin que leur épargne alors augmentée soit prêtée aux pouvoirs publics. Ce fut fantastique : les riches exonérés prêtaient aux Etats impécunieux aux frais des contribuables pauvres (TVA et taxes en tout genre comme la TIPP sur les carburants) et des classes moyennes. En même temps, comme les salaires stagnaient, voire baissaient en monnaie  constante, on ouvrit les vannes du crédit à la consommation et à la spéculation immobilière. Puis vint l’ambition d’une monnaie commune. Les Froggies y voyaient le moyen de s’abriter de l’inflation sous l’aile d’une généralisation des principes du Mark et donc de s’interdire toute manipulation ou dévaluation de la monnaie, source d’inflation et surtout « euthanasie des rentiers », lesquels alors ne prêteraient plus. C’était l’imposition d’un nouveau mécanisme automatique pour contrer toute contestation par les opposants au libéralisme. C’était remplacer le débat démocratique par « la contrainte externe » (voulue aussi par les socialos qui y voyaient le moyen de se défausser de toute responsabilité dans la destruction du modèle social français) mise en place par des experts. C’était une caution donnée au monétarisme, lequel prétend que tout excès de monnaie conduit à l’inflation et détruit la sécurité des affaires. Les tenants du pouvoir tudesque y voyaient le moyen d’imposer leur orthodoxie bancaire : la banque centrale est indépendante du politique et ne s’occupe que de parer à l’inflation. Tout le monde pensa qu’une monnaie unique supprimerait les variations de taux de change entre monnaies (les parités), unifierait l’espace commercial, diminuerait « les coûts de transaction » (contrats rédigés en une seule monnaie et pas de couverture contre les risques de change), stimulerait le commerce, faciliterait les prêts à un bas taux d’intérêt presque commun puisque garantis par la même banque centrale (ho hisse, Francfort, siège de la BCE). Les Anglais gardèrent la liberté de leur monnaie car leur but dans l’UE c’est d’en faire seulement un espace de libre échange ouvert à tout vent sous l’aile des américains, lesquels ont pour la même raison poussé à l’élargissement sans limites. 

La machine infernale du libéralisme européen, propulsé par les dirigeants Verts-de-gris, combine le monétarisme (coupure entre le politique et le monétaire, lutte contre l’inflation), le libre-échange sans régulation et en concurrence illimitée, la monnaie unique dans l’indépendance absolue de la banque centrale (sans liberté budgétaire et monétaire des pays de la zone euro). Elle associe la ponte incessante et progressive (à la manière du rajout de tuyaux quand on aperçoit le bout du tunnel, avec étalement dans le temps et saucissonnage des mesures de façon qu’on ne voie le but qu’à la fin des opérations) d’un droit communautaire (directives européennes) supérieur au droit national et la vérification de son application par la Cour de Justice européenne (CJE) composée de juges désignés par les gouvernements et d’obédience hyper-libérale. La CJE, associée à la Commission, a fini par interdire toute union de firmes pour constituer des champions nationaux ou internationaux, ce qui a réduit à rien les coopérations industrielles hormis les anciennes (Airbus par exemple). Cette machine est plus libre-échangiste que le reste du monde et a supprimé toutes les protections (par exemple avec des droits de douane communs à 3 %) du marché intérieur européen à la grande joie des USA et de la Chine et consorts. Cette machine a été lancée dès le traité de Rome (1957) et chaque nouveau traité l’a renforcée. Cela se fait à la fois avec de nouvelles règlementations ordo-libérales, par la modification du mode de décision (la règle de la « majorité qualifiée » dans le commerce et l’économie ; la règle de l’unanimité pour le fiscal et le social), par l’élargissement de la zone UE (27 pays maintenant). Or les nouveaux pays sont encore plus fascinés par le modèle américain que les anciens et ne votent rien qui gêne leurs avantages comparatifs. De plus, ils se font un plaisir de s’opposer aux pays dominants, voire dominateurs (notamment « les arrogants » françaouis). Ce qui n’avait pas été prévu, c’est l’effondrement du bloc soviétique en 1991. Alors les ex-pays de l’Est (ou PECOS) postulèrent pour entrer dans l’UE. Les gouvernements Germains se mirent  à pousser à « l’élargissement de l’union européenne ». L’argument officiel était moral : ces pays avaient tant souffert de l’ère communiste qu’ils méritaient que l’Europe les accueille en son sein ; il fallait leur ouvrir la porte mais, attention, en gardant le porte-monnaie fermé. En effet, le budget ridicule de l’UE (1 % du PIB total, contre 25 pour l’Etat fédéral US) ne fut pas augmenté, ni même d’ailleurs les aides, y compris celles de la PAC. Les nouveaux entrants n’avaient qu’à jouer de leurs atouts pour être compétitifs. En réalité, les politicards prussiens savaient qu’une monnaie unique, sans la moindre coordination des politiques économiques et budgétaires entre pays très hétérogènes, avaient de grands avantages pour eux si le cercle infernal des adhérents grossissaient ; par ailleurs ils anticipèrent que les règles de convergence du traité de Maastricht puis du « pacte de stabilité » (in fine, pas plus de 3 % de déficit budgétaire, pas plus de 60 % du PIB comme dette publique, indépendance de la BCE centrée sur la seule inflation salariale et des produits ou services) gêneraient leurs voisins ainsi privés de toute politique monétaire autonome (jouer sur le taux de change pour être plus compétitif). Les Teutons laissèrent volontairement de côté la dette privée car l’idée était que le crédit à même et faible taux d’intérêt en Europe permettrait aux voisins d’acheter allemand. Ils en oublièrent que le crédit privé à gogo ouvrait les portes à la spéculation, notamment immobilière, ce qui fit les choux gras du développement fictif de l’Espagne, de l’Irlande, du Royaume-Uni, etc. Car les pays se divisèrent en 2 approches : la croissance externe par l’exportation (Allemagne surtout) et l’emprunt pour une croissance interne. Le problème est que certains pays (la Grèce, le Portugal, l’Espagne) ne peuvent pas exporter grand-chose et importent beaucoup car leur déjà faible industrie a été cassée par les pays industriellement compétitifs. Même maintenant, après le sauvetage du 22 juillet 2011, on ne sait pas comment la Grèce va assurer une croissance suffisante pour payer ses dettes. 

Le toboggan est rendu plus glissant avec l’euro comme monnaie unique. D’un côté un pays qui visait à la compétitivité : baisse des coûts salariaux par des lois iniques  du socio-démocrate Schröder (lois Hartz IV), TVA sociale de 3 points (sous Merkel, ce qui correspond à une dévaluation équivalente), délocalisations de la sous-traitance industrielle dans les PECOS.  Ce n’est plus du « made in Germany », mais du made by or for Germany. Et cerise sur le gâteau : quand l’euro monte, les monnaies des PECOS hors zone euro baissent, ce qui diminue le coût (exprimé en euro) des importations tudesques à partir de ses sous-traitants. Jackpot supplémentaire. C’est pourquoi les Germains, qui commercent essentiellement avec l’Europe (70 % de leur commerce extérieur), dégagent des excédents astronomiques de leur balance commerciale (plus de 150 milliards en 2010) quand la France affiche 54 milliards de déficit commercial. Elémentaire, Watson : des règles uniformes pour la concurrence dans le libre-échange, une monnaie serre-kiki pour tous et aucune harmonisation sociale, fiscale, budgétaire, économique, soit « la lutte de tous contre tous » et Dieu pour chacun, conduisent à ce résultat. On a donc vu chaque pays vouloir tirer son épingle du jeu en jouant les passagers clandestins du rafiot commercial Europe. Le moins-disant s’est généralisé : fiscal avec la baisse des impôts des riches et des sociétés (et des taux « attractifs, notamment en Irlande : 12,5 % d’impôt sur les sociétés contre 25 de moyenne en Europe ; ou la « flat tax » de certains PECOS, c’est-à-dire un IRPP à taux unique, donc un impôt non progressif) ; social avec la baisse des protections sociales, des droits à retraite ; environnemental (usines poubelles à l’Est, salarial (durée du travail, SMIC, désindexation des salaires de sur l’inflation, etc. ; privatisation et réduction des services publics (qui sont un moyen de plus de justice sociale avec leur accès ouvert à tous) ; attaques contre les services de santé, d’éducation, etc. Le gagnant pour le commerce est en même temps celui qui a fait le plus perdre à sa population. Certes, la Doryphorie est riche mais les Allemands sont plus pauvres que, par exemple, les Français. Et les fridolins oublient que si le reste de l’Europe est ruiné par leur compétitivité factice ils n’auront plus grand-chose à lui vendre. Tout le monde se tient par la barbichette dans le monde merveilleux de l’euro, de la concurrence et du libre-échange sans entraves.  Car ce qu’oublie les Fridolins, c’est que les excédents commerciaux des uns sont les déficits des autres et que cela s’accompagne d’un flux de capitaux de sens inverse vers les pays déficitaires forcés d’emprunter pour assurer leur matérielle. Tant mieux, le crédit est facile pour le privé encore plus que pour le public. Du reste, c’est la dette privée (des banques, des acheteurs immobiliers, des emprunteurs de tout poil) qui a plombé l’Espagne, l’Irlande, le Portugal, etc. Ces pays étaient d’ailleurs donnés en exemple car ils respectaient les critères du pacte de stabilité et n’avaient pas d’inflation salariale, seule surveillée par la BCE ; celle-ci était immobilière et a donné une bulle qui a crevé, ruinant les banques prêteuses. Or voilà que les dirigeants schleus (évidemment, je les oppose au peuple allemand, très estimable et par eux pressuré) refusent d’aider les « cigales », qu’ils ont eux-mêmes créés avec l’euro et le crédit à tout rompre. Voilà le résultat de l’ordo-libéralisme prussique : par des règles on peut créer les structures, dispositifs, rouages de l’appauvrissement de presque tous au profit de quelques uns : banquiers, financiers, dirigeants de multinationales, assureurs, politicards, pubards, journaleux compradores et médiatiques. Et le rôle de la France dans cette évolution mortifère ? Ce fut la ruée vers le libéralisme européen teutonisé, dès la mort du Général de Gaulle. Les socialos ne furent pas les moins ardents dès 1983 avec le « tournant de la rigueur ». Leur idée était simple ; faire jouer la fameuse contrainte externe d’une Europe technocratique pour démolir l’Etat social en disant : there is no alternative (TINA, le slogan de Thatcher) pour rendre le pays compétitif, profiter des facilités du crédit (30 ans sans équilibre budgétaire) avec l’euro, fourguer notre agro-alimentaire contre l’industrie. Rien ne montre plus la disproportion des forces que la fameuse photo de Tonton (tu m’acoutes) à la Kohl, la mano en la mano, avec le chancelier germain à Verdun. 

Le progrès, la prospérité, la croissance, le bonheur

Classé dans : politique — 10 juillet, 2011 @ 11:27

« Le siècle progresse, quel joli mot qui rime avec graisse. » Stendhal, Souvenirs d’égotisme 

 

La notion de progrès remonte au 18ème siècle ; elle est associée à l’idée de satisfaction matérielle continuellement accrue, incessante. Elle est connectée à celle d’utilité chère à Bentham. Elle implique un accroissement de la prospérité, de la richesse ; donc elle contient le concept de croissance dont l’économie fait ses choux gras et qui est signifiée par l’indicateur principal qu’est le PIB par habitant. Elle est indissociable de la montée de l’individualisme et de la subjectivité. Notamment, l’utilité est définie comme une préférence individuelle dans les objets de satisfaction. Le rôle des gouvernements utilitaristes est de maximiser le bien-être collectif, lequel n’est que l’agrégation des plaisirs personnels bien que Condorcet puis Arrow ait prouvé que rien de collectif ne pouvait émerger de la sommation  et de la hiérarchie des préférences individuelles. Plus tard, le progrès est devenu une évolution mécanique et fatale des sociétés modernes (notamment chez Hegel et Marx). 

Le progrès (matériel) a été vu par les 1ers libéraux comme un résultat du commerce, déjà dans « le doux commerce » de Montesquieu. Plus les échanges augmentaient, plus les richesses (les biens, les produits, les avoirs, les actifs, l’argent, etc.) circulaient et croissaient, plus les sociétés se pacifiaient. Pour ce faire, il suffisait que les gouvernements laissassent jouer librement les lois « naturelles » de l’économie comme le recommandèrent très tôt les physiocrates. Le « laissez faire, laissez passer », cher à Guizot, devint rapidement le leitmotiv des libéraux en impliquant la réduction du vivre ensemble aux contrats de gré à gré passés entre individus. L’Etat devait être un simple « veilleur de nuit » chargé de la sécurité des biens, des échanges et des personnes. Car, il se trouvait que la division du travail assurait à la fois des gains incessants de productivité et l’interdépendance des individus. Cette « solidarité mécanique » se suffit à elle-même pour assurer la cohésion sociale d’autant plus que la « main invisible » de « l’ordre spontané » du marché produisait « le meilleur des mondes possibles ». Cependant, très rapidement, des auteurs plaidèrent en sens inverse pour que l’Etat intervienne afin de réguler les marchés et les activités économiques en vue d’assurer une croissance plus équitable dans la redistribution de ses fruits entre les différents acteurs. Cette vision « socialiste » modérée conserve le but de partir des individus et de maximiser leur satisfaction en s’appuyant sur leurs libertés et leurs droits personnels. Il s’agit d’assurer plus de répartition (socialement juste) du bien alors que les libéraux ne s’intéressent qu’au juste (via l’égalité des chances). On voit que socialisme soft (social-démocrate) et libéralisme sont des frères jumeaux : protéger les droits individuels et développer l’économie en vue de la prospérité générale. Mais l’un pense que les individus et les groupes sont assez grands pour gérer seuls leurs intérêts et l’autre qu’une gestion publique est nécessaire afin d’éviter la jungle et la loi du plus fort. Car la production et l’échange libres n’assurent aucune garantie en ce qui concerne la répartition et la diminution des inégalités, c’est-à-dire la justice sociale. On note que le libéralisme privilégie la liberté et néglige l’égalité alors que le socialisme donne la priorité à l’égalisation des conditions et  des parcours en encadrant les libertés. Faux débat car liberté et égalité ne sont pas exclusives l’une de l’autre mais combinées et interdépendantes ; contradictoires mais « composées », en équilibration permanente mais circonstancielle des 2 termes, comme disait Proudhon. 

Stendhal avait bien compris que la nouvelle ère, qui culmine aujourd’hui avec le consumérisme (soi-disant fondé sur la liberté individuelle de désirer mais en réalité propulsé par la publicité), contenait un changement de culture et de valeurs. Ce consumérisme est fondé sur la liberté individuelle d’exercer ses préférences en dehors de toute norme sociale ou contrainte. Car en univers libéral, l’individu est indépendant, hors contexte social, non socialisé par un groupe d’appartenance. C’est faire fi des normes implicites encouragées par la publicité et le libéralisme : être beau, bronzé,  jeune, sexy, en bonne santé, mince, sportif, musclé, bien habillée, bien situé dans le concert social. C’est négliger que la possession des ressources pour se conformer au modèle est inéquitable. C’est oublier qu’aucune personne ne se fait elle-même sans relations aux autres. 

A la solidarité, au travail bien fait, à l’intérêt collectif, au don et à la générosité, à la bonne vie frugale et joyeuse, à la dignité se l’être,  à l’honneur, à la spiritualité et au dépassement de soi au-dessus du bas monde, à l’amour de soi, à la recherche de la justice, à la morale, etc. se substituaient l’individualisme, l’hédonisme (recherche du plaisir en lieu et place de l’eudémonisme ou recherche du bonheur), la rivalité ostentatoire, « l’amour propre », les « eaux glaciales du calcul égoïste » (Marx), le matérialisme le plus grossier avec la primauté de l’avoir et du paraître, la jouissance personnelle et sans limite, l’amour de l’argent, la rentabilité pour toute chose, la défense des inégalités, etc. Et pourtant les libéraux pur sucre prétendent que le libéralisme ne prône aucune conception du bien et de la morale ; on vient de voir celles qu’il a autorisées et même défendues. Car le libéralisme est le plus souvent aujourd’hui une consécration de l’ordre existant puisque celui-ci montre à l’œuvre les « lois » universelles et permanentes de l’économie. C’est pourquoi la croissance quantitative est devenue un synonyme de prospérité car l’idée sous-jacente est que plus le gâteau augmente de volume plus la part de chacun grandit sans que l’on remette en cause la distribution des portions. On espère ainsi assurer la paix sociale. 

Le règne de « l’homme sans qualité », attaché à la seule quantité, comporte une autre conséquence bien vue par Tocqueville : les affaires publiques, le bien commun, le bien-vivre ensemble, le sentiment d’appartenance à une communauté, la bonne vie pour tous,  bref la politique disparaît au profit des régulations automatiques de l’économie, de l’ordre marchand, la loi générale s’évanouit en faveur du contrat bilatéral entre 2 individus, la « gouvernance » (la bonne gestion de la croissance économique et la régulation des conflits entre lobbys) remplace le gouvernement. Parallèlement, la société n’est plus vue comme la « communauté majeure » d’appartenance ; elle devient une collection d’individus atomisés en interaction aléatoire. C’est oublier que le marché est un cadre institutionnel et que la distribution des ressources, de même que l’état des structures sociales, limite gravement les espaces de circulation individuels, les cheminements possibles et les choix effectuables et cela, comme par hasard, essentiellement pour les pauvres et les faibles. Miracle : la démocratie représentative, dans son approche quantitative et individuante, restaure l’équilibre des pouvoirs : un homme, une voix, la majorité statistique fait loi et donne les ressorts de la détermination de l’intérêt commun par ladite majorité électorale. Même la politique devient alors une question de chiffres et de simple gestion comptable. 

Déconstruisons le scénario du primat de la croissance en univers libéral. On a une conjonction, une congruence entre plusieurs dimensions : satisfaction matérielle, individualisme généralisé, liberté totale des désirs et préférences considérés comme extérieurs au politique pour autant « que la liberté de l’un ne nuise pas à celle des autres », refus du collectif, des normes sociales, des projets et du bien communs, limitation du rôle de l’Etat à la mise en place des conditions de la prospérité, évolution incessante vers le plus de progrès. Comme les préférences sont individuelles, comme elles ne sont pas cadrées par du collectif et des structures sociales (et le libéral, du reste, prône d’empêcher l’emprise du social sur les individus, libres de leurs croyances, conceptions, valeurs, désirs), il ne peut y avoir de consensus sur un contenu substantiel du bien commun, il n’existe pas d’échelle de mesure ou de valeur pour apprécier les évolutions, comparer les pratiques, qualifier les résultats. La seule évaluation possible devient la quantité de biens, le volume de richesse, en tant qu’observables et quantifiables dans un critère commun ; dès lors, il s’ensuit que le calcul monétaire est la seule méthode apte à saisir les progrès quantitatifs de la prospérité. C’est pourquoi le PIB est devenu le critère essentiel de l’opulence matérielle : il est calculé comme somme des valeurs ajoutées estimées en monnaie de compte (volume par prix de marché). Le quantitatif pour évaluer les choses a bien des mérites : c’est apparemment neutre et cela renvoie toute dispute sur le contenu, sur le sens de la production aux oubliettes. On ne se bat pour un taux de croissance ; on se contente de dire que le gouvernement n’a pas mené une bonne politique pour le maximiser. Du coup, la droite et la gauche politicardes s’engueulent sur les agrégats économiques au lieu de questionner la nature des critères du bien-vivre et du bien commun. Il est vrai que l’on entrerait, dans le cas contraire, dans des débats de choix de société, de valeurs, de projets. Courage, fuyons. Une approche quantitative et monétaire a aussi l’avantage de mettre les experts sur le pavois, ce qui permet aux politiques de se défausser de leurs responsabilités sur eux. De plus, le quantitatif financiarisés permet des comparaisons faciles entre pays et entre périodes gouvernementales plus ou moins alternées. 

C’est ainsi que ce qui a changé entre les 30 glorieuses de l’Etat social, industriel et planificateur et la période néolibérale lancée par Thatcher et Reagan, ce n’est que la disparition du partage de la croissance ; en aucun cas le primat de cette finalité chez les politiques. Las, les socialos de la gauche truffière, voire libidineuse, se lancèrent dans le tonneau des Danaïdes de la mondialisation ; notamment en libérant à tout-va la finance et les mouvements de capitaux, de même que le commerce en forme de libre-échange sans régulation. La recherche à tout prix de la compétitivité (bien établie par les statistiques quantitatives) devient le moteur de la croissance en univers mondialisé et hyper concurrentiel ; il faut exporter au maximum ; ce qui passe par la baisse de tous les coûts à commencer par ceux de main d’œuvre et de charges sociales ou fiscales. On entre ainsi dans le course au moins-disant généralisé et ont met tous les pays en concurrence, c’est-à-dire leurs modèles sociaux. Evidemment, un pays sans modèle social coûteux décroche le pompon dans la concurrence sauvage. Que faire pour gagner la bataille de la compétitivité ? Bien des choses, mais cela passe aussi par la mise en place d’une foultitude d’indicateurs, comme par hasard tous tirés du management des entreprises privées. Les indicateurs quantitatifs ont pour but de mesurer et comparer les résultats des actions gouvernementales en concurrence. La culture (la dictature) des objectifs quantitatifs et des résultats s’installe partout dans le secteur public sur la logique du privé. En France, c’est le but de la réforme générale des politiques publiques (RGPP) chère à Tsarkozy. C’est ainsi que la politique devient gestion économique et financière et que la gouvernance supplante le gouvernement. C’est ainsi que la « politique du chiffre » remplace celle des buts pour la société et le bien commun. 

Alors, il n’y a plus à s’étonner de la disparition du politique et de l’abstentionnisme ou de l’inconstance des citoyens : la gestion ne passionne personne, la réforme est l’autre mot pour régression du bien commun, l’alternance des politicards ne change rien puisqu’ils sont tous des « quantativistes » du progrès. On vote un coup à droite, un coup à gauche afin que ce ne soit pas toujours les mêmes qui tondent le peuple. Dans ce contexte, on s’intéresse à la vie privée des représentants car leurs vices personnels pourraient avoir des conséquences fâcheuses dans leur action publique. C’est tant mieux pour les médias qui remplacent le débat politique par l’étalage des politicards ; cela fait vendre et surtout cela ne change rien au modèle de société axé sur la prospérité matérielle, l’accumulation de capital, la consommation et le gaspillage. 

Les politicards objectent que la politique et l’Etat ont perdu leur puissance par suite de la mondialisation et de l’internationalisation des problèmes. Ils oublient facilement que ce sont eux qui ont créé les conditions de la globalisation sauvage et de la concurrence sans limites. Ils omettent de dire qu’au lieu de faire une Europe fédérale et coopérative, ils jouent perso et intérêts nationaux ; pas ceux du peuple, ceux des industriels et financiers qui financent leurs campagnes électorales. Ils cachent qu’ils sont imprégnés par le libéralisme capitaliste et refusent tout autre modèle de société. 

EDF, le colosse aux pieds d’argile

Classé dans : politique — 1 juillet, 2011 @ 11:29

Le fleuron de ce qui reste des entreprises publiques en France affiche une façade à la Potemkine. Il va lentement mais sûrement vers la dégradation après se demi-privatisation décidée en 2004, avec ouverture du capital en 2005. A l’époque, l’action a été introduite en bourse au prix sous-estimé de 32 euros (pour réussir l’opération et pour satisfaire les investisseurs ravis de privatiser le capital collectif) ; elle n’en vaut plus que 26, en baisse continue depuis 2010. Ce qu’il y a aussi d’amusant, c’est que les agents d’EDF avaient eu droit à des titres à prix d’ami (28 euros, si je me rappelle bien) au lieu d’une augmentation de salaire… Cela, avec la bénédiction des syndicats. 

EDF, c’est 42,5 milliards d’euros de dette au 1/1/2010 pour 17,5 milliards de résultat d’exploitation et 65 de chiffre d’affaires en 2010. Une opération comptable de vol des provisions constituées pour le démantèlement des centrales périmées (un fonds dédié est obligatoire) a rapporté 12 milliards mais la dette nette n’a baissé que de 8,1,  la ramenant à 34,4 au 31/12/2010 et cela malgré la cession du réseau britannique pour 6,7 milliards. En 2010, le bénéfice est tombé de 3,9 milliards en 2009 à 1 seul. Proglio a dû passer 1 milliard de provision pour rompre avec Constellation Energy, achetée aux USA (pour 4 milliards en 2009) d’en l’espoir d’y fourguer de l’EPR, et 915 millions chez sa filiale à 49,9 % Edison en Italie (pas de majorité suite à l’opposition de Berlusconi à la prise de contrôle d’Edison par EDF). De plus, le land allemand du Bade-Wurtemberg veut virer EDF d’ENBW où elle détient 45 % des titres. Malgré tout EDF a versé un dividende… supérieur au bénéfice de 2010 car l’Etat impécunieux et voleur est actionnaire à 85 %. 

Tout cela, c’était avant la catastrophe de Fukushima qui a entraîné le retrait de l’Allemagne et de l’Italie du nucléaire. Cela signifie qu’EDF devient le seul gros client d’Areva pour l’enrichissement de l’uranium (ex-Eurodif), le retraitement des déchets, la production avec eux de MOX (produit très dangereux, ce qu’a montré Fukushima) ; les prix vont donc monter pour notre cher producteur nationale d’électricité nucléaire. Mais qui va payer Doudou dis donc ? EDF, devenue leader dudit nucléaire en France après le non-renouvellement de Mme Lauvergeon à la tête d’AREVA, va devoir réviser ses ambitions françaises et tsarkozyennes pour la propagation des centrales EPR. Déjà, Abou Dhabi avait choisi la Corée du Sud  (petits réacteurs bien moins puissants et coûteux que l’EPR) dans un appel d’offre au grand dam de Tsarkozy et avec la complicité implicite de Proglio qui, lui, préconisait des centrales moins sûres… avant Fukushima ; après, changement de discours : il faut acheter de l’EPR car il serait beaucoup plus sûr. Cette affirmation est contestée par des experts par suite des déboires de l’EPR construit en Finlande. Ce dernier chantier a déjà pris 4 ans de retard et sont coût est passé de 3 à 6 milliards d’euros. A cette occasion, les autorités de sûreté ont constaté moult malfaçons dues à Bouygues et ont vu que le système de contrôle commande était très insuffisant (pas assez de redondance des circuits en cas de panne du réseau principal). Bouygues s’illustre aussi sur l’EPR de Flamanville en faisant appel à des sous-traitants faisant du trafic de main d’œuvre polonaise avec contrats de travail douteux et appliquant en France le droit social polonais (ouvriers payés 2 fois moins, sans SS, etc.). Bouygues forcerait aussi sur la sous-déclaration des accidents du travail à Flamanville. Comme EDF est le donneur d’ordre, la chose ne saurait manquer de rejaillir sur elle avec les pénalités y associées. Par ailleurs, Fukushima a lancé un grand  mouvement de hausse des normes de sécurité, ce qui va encore augmenter des coûts de construction déjà très élevés, de même que le prix du KWh. Ce dernier va monter à 60 euros le MWh alors que Proglio vient d’obtenir 42 (au lieu de 45 demandés contre 38 offerts) pour vendre le quart de son jus nucléaire à ses concurrents (suite à la loi NOME, nouvelle organisation du marché de l’électricité, imposée par Bruxelles et le gouvernement afin d’ouvrir le secteur à la concurrence « libre et non faussée) ! Devinez qui va payer la facture ? 

Le nucléaire en France s’est construit dès le début sur la base de décisions des gouvernements, par décrets, sans consultation du parlement. Les politicards ont monté un Meccano où tout se tient par la barbichette sous la houlette des ingénieurs X-Mines ; il a fallu attendre 2006 pour qu’une loi très modérée installe quelque contrôle des opérateurs nucléaires. Loi souvent violée et, mieux, sans décrets d’application, comme par exemple pour la surveillance du fonds dédié à doter par EDF pour provisionner le coût du démantèlement des vieilles centrales déclassées. Ce coût est estimé par EDF (!) à 35 milliards ; or la désaffection de Brennilis (1ère et minuscule centrale) va déjà couter 500 millions. Les experts étrangers ou indépendants (fort rares en France et souvent en conflits d’intérêts car ils font des ménages pour EDF) estiment le coût réel pour 58 tranches à entre 100 et 200 milliards d’euros. Devinez qui va payer ? La loi inappliquée de 2006 pour le contrôle du fonds a permis à EDF de le provisionner seulement 12 milliards fin 2010 (ce qui est exigé pour l’instant), après avoir pioché dedans. Sont très sous-estimés aussi les coûts de stockage des déchets, surtout pour ceux de très longue durée de vie pour lesquels seul le site de Bure existe aujourd’hui. Les Allemands avaient un site eux aussi ; celui-ci s’est révélé fuyant dans la nappe phréatique et on a été obligé de le vider. Quand aux assurances en cas d’accident, on est dans le ridicule : EDF est tenu à indemniser à hauteur de 91 millions et la France de 500 ; c’est à comparer aux dégâts de Fukushima estimés à entre 100 et 150 milliards d’euros ! Du reste, nul assureur n’existe pour de tels risques. Devinez qui va payer en cas de gros accident ou de la multiplication des « viandes à REM » développant un cancer à l’instar des travailleurs de l’amiante ? 

En catastrophe, le mot est juste, l’Europe vient d’imposer des « stress tests » comme pour les banques. La France a obtenu que ces tests ne porteraient pas sur les séismes ni sur le crash d’un gros avion genre les tours jumelles de New York en 2001. Mieux, il semble que ce soient les autorités françaises qui procéderont à ces tests et non des experts européens ! Or les experts en France sont juge et partie, stipendiés par le lobby nucléaire. Rappelons-nous les exploits du Professeur Pellerin (poursuivi mais en quelque sorte acquitté !) qui avait dit que le nuage radioactif de Tchernobyl s’était arrêté aux frontières de la France ; ou de l’inénarrable professeur Tubiana, directeur de la sûreté nucléaire à EDF, qui avait estimé le nombre de morts en Ukraine à 30 ! Gageons que les Allemands et autres finiront par obtenir des tests plus sérieux et plus indépendants au niveau européen. D’où il ressortira une remise à jour de nos centrales vers de nouvelles normes drastiques, ce qui augmentera encore les coûts. Devinez qui paiera ? Les tranches de type PWR (pressurized water reactor, licence Westinghouse, 17 en France dont Fessenheim) seront les 1ères touchées. 

EDF s’enorgueillissait d’exporter du jus ; cela est bien compromis car les capacités de production (en recul de 5 % en 2010) sont atteintes par les révisions de tranche dont le coût et la durée de travaux s’accroissent avec le vieillissement des installations, dont pourtant EDF et le gouvernement veulent porter la durée d’amortissement de 30 à 40 ans, voire plus (une mise à niveau pour prolongation de l’usage coûte 500 millions minimum et cela avant le durcissement des normes qui va se produire en Europe). Rappelons que le taux de disponibilité des tranches nucléaires françaises n’est pas fameux avec seulement 82 à 83 %,  en dessous du taux US ou britannique. Par ailleurs, les sécheresses se multiplient et déjà en 2011 l’étiage des rivières ou fleuves est bien bas ; rassurons-nous ; dans sa bienveillance le gouvernement autorisera EDF à continuer de pomper la flotte de tous en donnant une dérogation sur le seuil de température des eaux au-delà duquel il faut ralentir les centrales ou les fermer. Il est donc probable qu’avec un peu plus de temps, EDF ne vendra plus aucun courant même aux Allemands qui en auront pourtant besoin avec la fermeture très rapide de leurs centrales nucléaires. Devinez qui va payer les centrales à gaz ou au charbon qu’il faudra mettre en service pour passer les pointes de consommation et les étés ? De plus, la concurrence entre EDF, GDF-Suez et autres fournisseurs (dont une boîte dirigée par un ex-directeur commercial d’EDF !) s’intensifie ; il faudra bien veiller à ne pas estourbir les clients par des tarifs trop élevés. 

EDF avait poussé au chauffage électrique pour rentabiliser ses centrales ; manque de pot le chauffage devient bien trop ruineux pour les habitants des logements tout-électrique ; ils fuient et profitent des aides pour l’isolation, ce qui diminue heureusement la consommation, donc les résultats financiers d’EDF. EDF va sans doute perdre une bonne part de ses 500 concessions de barrage hydraulique (ouverture des appels d’offres à tout soumissionnaire au lieu du vieux monopole). Or les centrales hydrauliques produisent pour pas cher du tout (elles sont amorties, télécommandées et ont peu d’entretien sauf les grands barrages) et leur courant fait baisser le coût de revient moyen de l’électricité. C’est la raison pour laquelle le gouvernement avait cadeau à Suez de la CNR (compagnie nationale du Rhône). Une bonne nouvelle, toutefois : EDF Energies nouvelles (où EDF vient de prendre tout le capital) a obtenu un droit d’installation du photovoltaïque juste avant que le gouvernement n’amenuise très sérieusement les facilités offertes (aux frais des clients par le biais de la taxe de « contribution au service public de l’électricité), violant en cela son propre plan issu du Grenelle de l’environnement. Il doit y avoir des ondes favorables quelque part sous forme d’accointances… 

EDF est limitée dans l’augmentation des tarifs (elle réclame 5 % par an mais n’a eu que 2,8 au 1er juillet 2011). En effet, cela pèse sur le pouvoir d’achat et les taxes qui pèsent sur l’électricité ressemblent à la gabelle (40 % à paris !, on se rapproche de la TIPP à 60 % sur l’essence). Or on a vu qu’il faut s’attendre à un prix de revient fortement accru par suite des tribulations décrites ci-dessus. Dur, dur la vie de PDG et de ministre de Ganelon-Besson. 

Le climat social n’est plus ce qu’il était. Passons sur le choc des cultures de service public (chez les vieux agents) et de gestion libérale. Cela fait 20 ans que l’on y est et par le biais du recrutement et des promotions EDF a depuis longtemps une masse importante de béni-oui-oui. Je veux parler de ce que l’entreprise n’hésite plus à faire appel à l maison Pouleman, aux huissiers, aux tribunaux pour faire la chasse aux syndicalistes et aux grévistes. C’est la nouvelle forme du dialogue social à la sauce libérale comme aux USA. Parallèlement, les conditions salariales maigrissent. Les progressions générales de salaires sont en berne au profit de l’avancement au mérite (ou « prime de lèche ») et de l’épargne salariale. La cotisation retraite est passée de 7,85 % à près de 12. L’âge de la retraite légale va augmenter à partir de 2016. Il est question de diminuer voire de supprimer l’avantage des agents sur le prix de l’électricité, tentative avortée pour l’instant, avantage en nature (électricité à 10 % de son prix normal) dont la fiscalisation vient d’être joliment augmentée en douce. Tout cela dans le temps où les dirigeants se sucrent grassement. Un directeur délégué touche maintenant, fixe et primes variables compris, 60 000 euros par mois (400 000 francs) à comparer au salaire de l’ex-PDG Marcel Boiteux (environ 120 000 francs). Ah qu’il est loin le temps où les dirigeants d’EDF travaillaient en vue de l’intérêt général avec des écarts de salaire faible avec leurs troupes. Ces 60 000 euros sont à comparer au salaire du prolo de base, soit dans les 2200 euros. On est donc passé à une différence de près de 30 fois. Et ce n’est pas fini car Proglio  (spécialiste des « bonnes « relations avec les autorités concédantes, ami de Tsarko et ex-copain du clan pré-mafieux Guérini à Marseille) ramène à EDF ses copains de VEOLIA avec des contrats en or. On peut donc s’attendre à une explosion sociale un de ces quatre matins. 

Devant les menaces qui pèsent sur le nucléaire, EDF promet et promeut les énergies renouvelables (d’où sa reprise totale de sa filiale EDF-Energies Nouvelles). Il serait temps même si la différence de coût risque d’être ennuyeuse pour les tarifs et les clients. Qui va payer ? 

Il suffirait d’un incident obligeant EDF à fermer momentanément les tranches nucléaires de type PWR pour que l’entreprise s’effondre. Aussi, je ne saurais trop conseiller aux heureux détenteurs de titres EDF de les liquider illico presto ; ils ont déjà perdu de la valeur mais ce n’est rien à côté de ce qui risque d’arriver. 

Europe et multinationales

Classé dans : politique — 27 juin, 2011 @ 9:02

Les multinationales ont profité à merveille de la construction européenne, notamment de son élargissement incessant à de nouveaux pays (aujourd’hui 27, bientôt 28 avec la Croatie ou 29 avec la Turquie…). Ce sont la Grande-Bretagne et l’Allemagne qui ont poussé à l’élargissement indéfini ; la 1ère pour propulser un grand marché sans union politique, la 2ème pour étendre sa zone de marchés et de pays à bas salaires. Avec la connerie de la France qui n’y a rien compris ou, pis, a facilité le mouvement avec ses excellences hyper libérales, de droite ou de gauche. 

 L’Europe est régie par un « ordolibéralisme » d’inspiration allemande des années 30 et ensuite d’après guerre avec Luswig Ehradt.. Vasistas ? C’est l’idée que l’Europe se fait par le droit et les règles communautaires qui sont supérieures à celles des Etats. Or les seules règles générales édictées visent au libre-échange interne et externe à l’union ; elles sont commerciales et imposent la « concurrence libre et non faussée » dans tous les domaines depuis l’acte unique de 1986. Dans les autres domaines : le social, le fiscal, l’économique il n’y a pas de règles communes sauf celles décidées par le Conseil européen, aréopage des chefs de gouvernement, soit à la majorité relative, soit à l’unanimité. Le domaine fiscal, stratégique s’il en est relève de l’unanimité. Pour l’environnement, il y a cependant des règles générales ; notamment, l’UE a adopté une politique des 3 vingt : 20 % de consommation d’énergie en moins, 20 % d’énergies renouvelables dans la production, 20 % d’émission de CO2 en moins d’ici 2020. Rappelons qu’il y a 27 pays dans l’union dont 16 dans la zone euro. Soulignons que dès le début il a été présupposé que le « doux commerce » généralisé conduirait à la fédération politique. Sachons que le budget de l’Europe n’est que de 1 % du PIB (dont 40 % pour la PAC) contre 24 pour la fédération des Etats-Unis et que les anciens communautaires s’opposent à l’augmentation du budget, ce qui veut dire que les récents entrants n’ont eu comme aide que des clopinettes. Les « PECOS » (ex-pays de l’EST, pays de l’Europe centrale et orientale)) ont donc été obligés de se débrouiller pour entrer dans l’UE et y progresser malgré les énormes disparités de législation et de ressources. Enfin, depuis le début l’Europe est dirigée, notamment au sein de la commission, par des libéraux pur sucre, dont le célèbre Bolkenstein pape de la libéralisation totale des services avec application des règles, non du pays où ils sont rendus, mais de celles « du pays d’origine » (plombier ou routier polonais exerçant en France au tarif et aux règles sociales de la Pologne). 

 Il n’y a pas, évidemment dans ce contexte, de politique économique, industrielle, monétaire, budgétaire commune à part les règles du pacte de stabilité (3 % de déficit annuel du budget, 60 % du PIB comme niveau de dette publique). Par exemple, la dette privée qui a plombé l’Espagne et la Grèce (350 milliards de dette publique, sans doute 1 000 de dette privée) ou l’Irlande n’était pas concernée ; ou l’inflation des prix des  titres financiers et de l’immobilier était exclue de la surveillance par la BCE concentrée sur l’inflation… salariale et des prix des marchandises ou services. La seule chose qui reste, c’est la pression de diminution de la fiscalité des entreprises  et des riches: en France, depuis 2002, ce sont 100 milliards par an qui leur ont été donnés, dont 73 milliards de niches fiscales, plus 30 milliards de cotisations sociales sur les bas salaires, plus 8 milliards d’abaissement de la taxe professionnelle ; pas étonnant que le déficit budgétaire s’accroisse. C’est cohérent avec le choix libéral de remplacer les impôts des riches par l’emprunt auprès d’eux en leur versant des intérêts payés par les pauvres. C’est cohérent avec la stratégie de ruiner les services publics pour ensuite les accuser d’inefficacité alors que le privé, lui, serait efficace et moins coûteux, notamment via les partenariats privé/public (PPP, le privé construit et assure l’entretien contre un loyer exorbitant et de très longue durée). La gabegie du nouvel hôpital de Corbeil montre le contraire. 

Traités comme des parents pauvres, les (nouveaux) membres de l’UE utilisent avec bonheur le dumping fiscal, salarial, social afin de se développer et de se faire une petite place au soleil. Les multinationales sont passées maîtres en slalom entre les écarts de législation des différents pays, à commencer en Europe. Elles installent, par exemple, leurs filiales de production les plus juteuses dans le pays où l’impôt sur les sociétés est le plus faible (notamment l’Irlande où il est à 12,5 % au lieu de 23 de moyenne européenne). Ou dans les pays où les lois environnementales ou sociales sont squelettiques. Ou dans les paradis fiscaux (notamment les iles Anglo-Normandes des Britanniques). Pour l’aspect fiscal, les filiales facturent très cher leurs prestations aux sociétés ou autres établissements de la multinationale installés dans les pays à plus forte fiscalité. Résultat : elles y dégagent des pertes. Solution proposée par le fameux Bolkenstein (eh oui, mais là, c’est parce que le dumping fiscal déséquilibre la concurrence à laquelle il est fort attaché) : frapper le bénéfice total consolidé au niveau de la multinationale et le ventiler entre les différents pays où il y a des établissements au prorata des chiffres d’affaires ou des valeurs ajoutées. Ainsi, chaque pays n’applique son impôt que sur la part de la production totale de la multinationale effectuée chez lui. Mais cette solution est en panne de décision ; le conseil européen n’a pas trouvé le temps d’en discuter ! Les multinationales jouent donc sur les différences ; c’est pourquoi elles délocalisent la production dans les pays les moins-disant (Chine, Pecos, etc.) ou y achètent la camelote vendue en Europe ou dans le monde, grande spécialité de Wal Mart.  Les Teutons ont délocalisé une large part de leur industrie dans les ex-pays de l’Est où le coût du travail est 4 à 5 fois moindre (les PECOS, comme la Pologne ou la Bulgarie ou la Roumanie)). Les firmes automobiles françaises ne sont pas en reste : Renault ne produit en France que 20 % de ses bagnoles (PSA, 50). Il en résulte la désindustrialisation dans le reste de l’Europe et, ô merveille, la désintégration continue de la balance commerciale quand vous pensez acheter français, notamment en ce qui concerne les intrants produits par des filiales délocalisées ou des sous-traitants. C’est ce qui explique que la part de l’industrie dans le PIB français soit descendue à 12 % (au niveau de la Grèce). 

Qu’on se le dise : une multinationale n’a pas de patrie ; elle n’a que des intérêts, ce qui explique que les boîtes du CAC 40 répugnent au nouveau discours politicien sur le protectionnisme patriotique. D’où une opposition frontale avec les intérêts des PME et autres sous-traitants. Devinez en faveur de qui le pouvoir de Sarkocescu va arbitrer ? Les multinationales n’aiment que le marché mondial ouvert à toutes leurs combines. Elles font du 1er principe de Carnot (thermodynamique) sans le savoir : le rendement dépend de la différence de température entre la source chaude (les pays moins-disant) et la source froide (la fiscalité, les lois sociales, les lois sanitaires et écologiques, etc.). En concurrence les uns avec les autres grâce à l’UE, les pays se sont livrés à une lutte acharnée pour baisser leur source froide : fiscalité des sociétés, des patrons, des riches, amoindrissement des codes du travail et des forces syndicales ; baisse des cotisations sociales et des impôts locaux (d’où la réforme de la taxe professionnelle en France), baisse des salaires et des conditions de prise de la retraite et de protection sociale-maladie, disparition des structures de services publics, etc. Et dans cette course, le grand gagnant a été la Germanie avec les lois Hartz 4 de Schrôder et la TVA sociale de 3 points de Merkel ; les Tudesques ont réussi à baisser le coût interne du travail tout en délocalisant encore moins cher dans les PECOS. Cette politique de « désinflation compétitive » les a conduits à la stagnation de leur marché intérieur et à l’accroissement de leurs exportations en Europe au grand dam de leurs copains des différents pays. Les multinationales ne s’y sont pas trompées. Le problème posé par la solution germaine est qu’elle cousine avec la récession généralisée en Europe ; en effet, si tous les pays prennent des mesures pour diminuer leur demande intérieure comme l’a fait la Bochie, alors il n’y a plus de débouchés pour les producteurs encore européens. 

Et l’euro ; quelle merveille ! Les multinationales n’ont plus à se protéger contre les disparités et les variations des taux de change des monnaies au moins dans les 16 pays de la zone euro). Les firmes des Goths (ostro de l’Est et wisi de l’Ouest) sont ravis de la baisse de valeur des monnaies des PECOS car elles peuvent y acheter à plus bas prix à leurs sous-traitants ou dans le commerce low cost) lorsque les prix d’achat exprimés en monnaie locale sont convertis en euros forts. Elles encaissent la dégradation du change et ne poussent pas à une dévaluation de l’euro. 

Pendant ce temps et depuis longtemps aussi, la commission européenne, assistée efficacement par la Cour de Justice des communautés européennes (CJE), fait la chasse aux regroupements industriels dans l’Union pour le plus grand plaisir des protectionnismes japonais, américain ou chinois qui développent leurs géants sans obstacle en les subventionnant et en leur réservant les marchés intérieurs (par des normes, des questions de « sécurité », des brevets, etc.). L’Europe est bien la zone la plus ouverte à la concurrence pour le plus grand plaisir des multinationales, notamment étrangères. Elles font du lobbying à Bruxelles pour empêcher toute tentative de réglementation protectrice des industries européennes et d’harmonisation fiscale ou économique pu sociale. C’est facile car les institutions européennes ont organisé l’impossibilité d’en décider en modifiant leurs règles de représentation des pays et de participation aux prises de décision (ce qui a été avalisé par le traité de Lisbonne ayant remplacé le TCE refusé par les Français en 2005). Dans cette pétaudière, les petits pays pèsent relativement bien plus que les gros. 

Il s’ensuit que les petits pays s’opposent avec succès à toute modification allant dans le sens d’une harmonisation des politiques. Et pour cause puisque leur avantage compétitif réside dans l’absence de règles communes au grand plaisir des multinationales et des Etats qui depuis toujours jouent les uns contre les autres au nom de leur souveraineté locale. On verra le sort qui sera réservé au « pacte de compétitivité » passé entre Merkel et Tsarko (hausse de l’âge de la retraite, contention de l’inflation 

Comment les banquiers ont volé et volent les épargnants, les Etats et le monde

Classé dans : politique — 21 juin, 2011 @ 11:07

C’est une histoire navrante dans laquelle on peut voir que l’agitation verbale de Zébulon 1er  vise à conserver le statu quo tout en donnant l’impression d’être un révolutionnaire altermondialiste. Au commencement est le désir typiquement amerloque de devenir proprio comme signe visible de réussite sociale car les « tenants » (locataires) sont considérés aux USA comme du pipi de chat. C’est la version US du « si t’as pas une Rolex à 50 balais, t’as raté ta vie ». Ce désir est évidemment encouragé par les politicards de toute obédience puisque, pendant que le salarié paye les traites de son logement, il est tranquille : il aménage, il embellit, il ne fait pas grève, il participe à la vie sociale où il est reconnu comme personne et non plus comme prolo. On comprend pourquoi Gnafron 1er voulait importer ce modèle en France, modèle qui en plus enrichit les banques par le biais du versement des intérêts de l’emprunt et les municipalités via les taxes foncières. C’est pourquoi, du reste, on n’entend guère les « socialistes municipaux ». 

Las, après la révolution libérale de Reagan/Thatcher les salaires se sont mis à stagner et même souvent à reculer quand exprimés en dollars constants depuis 1970. Le revenu des Américains n’a globalement augmenté que parce que le taux d’activité des femmes  s’est accru et que les ménages ont eu alors un double salaire C’est un effet induit et voulu de la mise en concurrence des différents pays sur un marché mondialisé avec la libre circulation des capitaux : les pays les moins disant (frais de main d’œuvre, etc.) ont détruit les emplois industriels des autres et exercé une pression à la baisse sur les rémunérations. Accéder à la propriété devenait chose impossible pour les petites gens. Eureka : on a ouvert en grand les vannes du crédit, notamment immobilier. En plus des crédits hypothécaires dits «primes » pour les emprunteurs aisés et solvables, les banques inventèrent les « subprimes » pour les fauchés peu fiables. Pas de problème : en cas de défaillance de l’emprunteur, la banque ferait saisir le bien qui, ô miracle, aurait augmenté de valeur entretemps. En effet, le développement du crédit entraînait un boom immobilier et une inflation des prix des maisons et logements. Et ces plus-values immobilières attendues permettaient de souscrire des crédits supplémentaires à la consommation de type « revolving » (cartes de crédit renouvelable à 20 % de taux d’intérêt que Tsarko admirait tant). Il se trouve que les subprimes étaient à taux d’intérêt variable. Or, en 2005/2006, la FED augmenta son taux directeur afin de conserver et attirer des acheteurs de bons du trésor US comblant les énormes déficits budgétaires dus aux guerres d4irak et d’Afghanistan. Patatras, les taux d’intérêt montèrent en flèche, ce qui empêcha les pauvres de payer leurs traites mensuelles. De plus, dans ces prêts on ne payait le capital emprunté que vers la fin et les 1èeres années étaient à faible taux d’intérêt. Tout cela précipita les prolos dans la mouise. 

Dès 2006 et surtout dès début 2007, les banquiers d’affaires virent que le marché immobilier se retournait et que les défaillances d’emprunteurs en subprimes se multipliaient. Eureka et première solution véreuse : titriser les titres d’hypothèques, c’est-à-dire en faire des paquets par milliers, en les transformant en un effet financier unique vendable sur le marché. Ce sont les Assets backed Securities (ABS) qui ont l’avantage en étant vendables de transférer les risques aux acheteurs et de pouvoir ainsi être sortis alors du bilan des banques (qui auraient été obligées de passer des provisions pour pertes) et d’échapper aux obligations prudentielles (avoir 2 %  des engagements de la banque  en ressources propres et actifs). C’est le début de la finance fantôme dite aussi hors bilan. Las, ces papiers risqués finirent par avoir du mal à trouver preneur. Les subprimes ne représentaient pourtant que 4 % du PIB (600 milliards de dollars) contre une dette privée globale atteignant 190 % (près de 30 000 milliards). Pourquoi, alors, cet écroulement de la finance US ? C’est à cause de l’installation d’un risque systémique introduit par icelle. La titrisation fait partie de cette complexité où une chatte ne reconnaîtrait pas ses petits. 

Eureka bis. Les banques inventèrent alors la Collaterized Debt Obligation (CDO). Vasistas ? C’est « un produit structuré », regroupant différents paquets d’ABS (ou autres titrisés comme les MBS, mortage backed securities, paquets regroupant des créances sur les  hypothèques primes, ou tout autre titre de regroupement de créances par exemple sur les crédits voiture ou sur les prêts pour études ou traitement médical lourd)), hiérarchisés par niveau de risque ou découpés en tranches à taux d’intérêt différents, comme un millefeuille où la tranche supérieure serait de la nougatine (les bons du trésor US peu rentables mais sans risque) et l’inférieure de la génoise (les subprimes).  Quand il y a défaillance, ce sont les tranches du bas qui écopent en 1er ; ce sont celles qui rapportent le plus mais sont les plus osées et défaillantes en premier. C’est ce qui explique que les CDO s’écroulèrent car la génois a pourri tout le paquet comme une pomme véreuse dans un panier. Grâce aux subprimes, cependant, le CDO était un produit financier juteux sur lequel les banques européennes se précipitèrent aussi en les intégrant dans des « SICAV dynamiques ». En France, les banques « universelles » (à la fois de dépôt et d’investissement ou affaires) en achetaient dans leur partie affaires et celle-ci priait la partie dépôt de les fourguer aux petits épargnants. De façon générale, les banques souscrivaient des montagnes de CDO juteux. Las, les ABS plombèrent rapidement les CDO. Et, parallèlement, les banques avaient mis leurs CDO dans des filiales sises dans des paradis fiscaux. 

Eureka ter, ce qui a accru encore le risque systémique. On inventa alors génialement le Credit Debt Swap (CDS, échange de titres de dettes). Vasistas ? C’est une assurance contre la perte de valeur des titres : un acheteur de CDS paie une prime à un assureur (ce fut en général AIG, dont la faillite a été évitée car elle a été rachetée par le gouvernement US pour 185 milliards de dollars) ; en cas de perte, l’assureur la rembourse. Le CDS est merveilleux : vous pouvez (comme pour les ABS, CDO et tout autre titre  ou comme pour tout objet de spéculation) l’acheter à terme, à découvert ou « à nu ». C’est-à-dire sans dépôt de garantie ou avoir préalable existant. Auquel cas, en cas de perte, vous ne payez que la différence entre l’engagement et la réalité (vous promettez de vendre 100 titres à 90 euros (sans les avoir) en espérant qu’ils vaudront 80 euros dans 3 mois ; s’ils en valent 100 vous devez 100 multiplié par 10 [100 moins 90) à l’acheteur soit 1 000. C’est donc une perte sur un avoir fictif (ou un gain si vous avez spéculé à la hausse) sans avoir réellement acheté puis vendu la marchandise ou le titre ! On s’est rapidement retrouvé avec des CDO et des CDS au carré, au cube, etc. 

Mais le CDS a une autre qualité : c’est comme si vous pouviez assurer la voiture de votre voisin en espérant un accident ; on peut spéculer sur ce que les autres ont. Par exemple, des obligations de la dette grecque. Plus de CDS sont souscrits sur celle-ci, plus la confiance dans ladite dette diminue, plus sa valeur faiblit, plus les taux d’intérêt exigés pour la refinancer sont élevés. Ce qui ruine la Grèce et qui procure d’énormes bénéfices aux spéculateurs (des banques ou Hedge Funds, évidemment) à la baisse des titres de dette grecs. Et comment fait-on chez les spéculateurs pour acheter des CDS (ou des CDO ou des ABS) ? On emprunte au trésor US à 0,25 % ou à la BCE à 1 % (le fameux effet de levier de l’emprunt) ! Rappelons que Tsarko avait fait prêter des sommes considérables aux banques françaises pour qu’elles maintiennent et développent le crédit aux entreprises et aux ménages. Prêts sans contrepartie et vite remboursés car les banques ont profité de ces prêts à faible taux d’intérêt pour spéculer à nouveau : d’où la réapparition des bonus versés aux traders (seule règle : ils sont gelés pendant 3 ans) et les gros profits bancaires. Seuls les britanniques avaient nationalisé leurs banques pourries… 

Les banques ont multiplié à l’infini les « produits dérivés ». Vasistas ? En premier lieu, c’est une technique d’assurance ; par exemple, vous vendez à terme un stock de blé à un prix convenu à un acheteur prêt à prendre le risque d’une diminution de valeur du stock constitué. Votre capital, réel dans ce cas là est sauvé. Cet accord est le produit dérivé ; il est cessible sur le marché financier ; le blé qui sert de garantie réelle (ou tout autre matière ou produit ou créance réelle ou titre financier comme les actions ou obligations, etc.) est appelé le « sous-jacent ». Ensuite, c’est devenu de la spéculation pure à terme et à découvert. Les produits dérivés sont rapidement devenus des papiers (et surtout maintenant des écritures électroniques circulant à la vitesse de la lumière) sans garantie objective comme les ABS, CDO, etc. Qui plus est, les échanges de dérivés se sont rapidement faits sur des marchés inorganisés (sans surveillance publique ou de la corporation) dits de gré à gré (ou « over the counter », par-dessus le comptoir) entre échangistes. Pour ce faire en toute discrétion, les banques usèrent de filiales offshore dans des paradis fiscaux afin de développer l’évasion fiscale et surtout les activités hors bilan de cette finance fantôme. On en est arrivé ainsi à une pyramide, dont la pointe servait de base en reposant sur les subprimes pour une très petite part (600 milliards, 4 % du PIB US), de 600 000 milliards de dollars alors que le PIB mondial n’est que de 60 000 et le PIB US de 15 000. Cette pyramide, qui pourtant est imaginaire et n’offre aucune garantie objective, produit des engagements toxiques (et systémiques où tout le monde se tient par la barbichette) à respecter sans que, évidemment, il y ait les liquidités nécessaires pour les honorer. D’où la débandade des banques avec la faillite de Lehmann Brothers en septembre 2008 : personne ne savait ce qu’avaient les autres banques comme titres pourris, dès lors lesdites banques refusèrent de se faire crédit entre elles et coupèrent le crédit aux autres acteurs pour refaire leurs ressources et actifs sûrs afin d’éviter la faillite. 

Si les banques, les assureurs, les multinationales s’étaient mis à spéculer, c’est parce qu’il y avait une masse énorme de capitaux flottants à la recherche d’un placement (dont les dettes publiques) et parce que les entreprises étaient en situation de surproduction à cause de l’énorme productivité des moyens modernes et de la faiblesse de la demande au pouvoir d’achat faible malgré l’inondation de produits low cost en provenance de Chine et autres pays. Elles n’investissaient donc pas. Au contraire ; les entreprises rachetaient leurs propres titres pour en faire monter la valeur, notamment pour payer des fusions par échange d’actions. Les PDG poussaient à ces manœuvres à cause de leurs stock-options (titre de la boîte vendable après 5 ans ; d’où l’idée d’en gonfler la plus-value). La surproduction provient de ce que par l’accumulation des intérêts au fil du temps le capital cherche sans cesse à entasser des moyens productifs de profit. Mais quand écouler la production devient trop difficile, alors le capital s’accumule de façon purement financière pour le plus grand profit des organes de spéculation et en outre des fonds de pension par capitalisation. Au passage du capital productif est détruit par suite des fusions-acquisitions supprimant un concurrent et donnant lieu à des restructurations. 

Il doit être clair que les pratiques des banques et autres financiers ont été tout simplement autorisées et facilitées par les législations et les fausses régulations décidées par les politicards y compris socialistes (les Fabius, DSK, Bérégovoy, etc.). Cela a conduit au pied du gouffre ; le capital ne vas tarder à y tomber ; hélas avec nous. Il n’y a qu’à regarder la situation de la Grèce (dette publique de 154 % du PIB), du Portugal et de l’Irlande… A qui le tour ? Rien d’étonnant : en réalité, par la pratique des portes tournantes entre le public et le privé (le « pantouflage » en France), ce sont les banquiers qui dirigent la politique financière des USA, y compris avec Obama. Et en France, Tsarkowitch s’entoure des précieux conseils du banquier Pébereau et les inspecteurs des finances pantouflent dans la banque… 

Cela dit, la débâcle financière ne révèle que la surface des choses ; en profondeur, ce sont les énormes déséquilibres mondiaux qui en sont la cause : excédents commerciaux chinois contre déficits américains (ou  excédents allemands contre déficits européens des « cigales ») compensé en sens inverse par un flux de fric chinois  (2800 milliards de dollars de réserves dont 800 en bons du trésor) et des PVD vers le trésor US et l’Occident (ce devrait être l’inverse !), stagnation du pouvoir d’achat des salariés (malgré les achats low cost venant de Chine et autres PVD) contre fortunes croissantes (patrimoine immobilier et en titres financiers) et mal acquises des riches (poussés à spéculer car ne pouvant dépenser leur pactole), poids de la finance (20 à 30 % du PIB britannique) infiniment supérieur à celui de l’investissement productif, valse des taux de change et des taux d’intérêt entre pays nourrissant des spéculations, etc. Les G 8 et G 20, emmenés par Tartarin de Neuilly, n’ont rien prévu pour régler ces déséquilibres… 

PS : il faut féliciter la France d’avoir donné aux banques les meilleurs concepteurs de produits structurés grâce à son excellence en mathématique en général et financière en particulier, notamment via l’Université de Paris-Dauphine. Pour une fois que l’on est dans les meilleurs… C’est M. Tourre (de cochon) qui avait inventé un CDO particulièrement vicieux et fumeux que Goldman Sachs a vendu à des spéculateurs ou investisseurs tout en jouant à la baisse contre ce produit miracle ! Ce qui a ruiné les clients, d’où le procès intenté à Tourre (de vice) aux USA. 

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