les armes de la critique

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L’affaire

Classé dans : Non classé — 7 juillet, 2010 @ 11:13

M. Woerth est de plus en plus empêtré dans ses relations incestueuses avec le monde de l’argent et des combines politiques pour financer les partis. Ce monsieur sort d’HEC, comme son épouse, école peu connue pour son enseignement de la philanthropie et où l’on apprend comment faire suer de « la valeur pour l’actionnaire ». Il a travaillé pour le cabinet de conseil Arthur Andersen en France. Rappelons que ce cabinet (comme WC, Woerth Conseil) a été acculé à la faillite par suite de sa compromission dans l’escroquerie d’ENRON. Il a été le digne élève de Jean-François Mancel, député de l’Oise condamné il y a quelques années pour ses magouilles par ce qui reste de justice française. Il s’est occupé de l’Association pour le développement de l’Oise (ADO), laquelle était sans doute une pompe à fric pour le RPR local : études bidon, voyages à l’étranger, repas gargantuesques, journées chevalines, etc. Mais Woerth est aveugle : il ne s’est alors rendu compte de rien ; il fait la paire avec la sourde Liliane Bettencourt. 

Comme, du reste, il ne voit aucune incompatibilité ou conflit d’intérêts entre ses ex-fonctions de ministre du budget, chargé de poursuivre la fraude fiscale, de trésorier de l’UMP depuis 2002 et de fondateur du « 1er Cercle » qui organise des repas à la cantine du Bristol entre M. Sarkozy et de riches admirateurs qui versent au moins 3 000 euros à la caisse de l’UMP. Mais moins de 7 500, comme le veut la loi pour les seules personnes physiques. Loi qui est facile à contourner, par exemple en rameutant les membres de sa famille pour cette bonne œuvre sociale. On s’étonne que la HALDE n’ait pas signalé cette discrimination, car au nom de quoi, dans leur philanthropie, les ouvriers charpentiers n’auraient-ils pas le droit de se cotiser pour 30 euros ? 

Mme Woerth, qui fait partie de la crème de Chantilly comme son maire d’époux, a été embauchée par M. de Maistre, descendant de Joseph le contre-révolutionnaire français auteur des fameuses « soirées de St-Petersbourg », dans une officine (Clymène) qui gère les dividendes perçus par Mme Bettencourt au titre de sa détention d’actions dans l’Oréal dont elle est encore le plus gros actionnaire avec Nestlé (dans les 30 %). Rappelons que l’Oréal a été fondée par François Dalle, grand ami de Tonton, et père de Liliane. La petite histoire raconte que l’Oréal aurait bien profité de la spoliation des biens des Juifs pendant l’ère nazie et aurait même expérimenté ses produits sur la peau de prisonniers des SS (avec Mengele ?).  Mme Woerth, qui a démissionné après la découverte de l’affaire, n’a rien vu, rien entendu sur les comptes en Suisse de sa daronne canonique, ni sur son île paradisiaque aux Seychelles. Donc M. Woerth n’a pas pu être informé de la chose par elle, qui a pour lui les yeux de Clymène. Or cette officine a pour raison sociale, comme tous les cabinets d’avocats d’affaires, de faire de « l’optimisation fiscale ». Traduisez évasion fiscale. 

Las, pour son procès contre sa mère au titre de l’abus de sa faiblesse par M. Banier (procès reporté et que le procureur de Nanterre, M. Courroye [de transmission de son ami Sarko ?] voulait empêcher), la fille a utilisé des enregistrements clandestins effectués par le « majordome » de Mme Bettencourt. D’où il ressortirait la fraude fiscale et que Woerth aurait demandé à de Maistre d’embaucher son épouse. 

Toujours mieux et toujours au conditionnel, la mère Bettencourt aurait signé des chèques de 7 500 euros pour Mme Pécresse, M. Woerth et pour l’UMP, soit 22 500 euros pour le même parti… L’astuce est simple ; la loi, concoctée à la 6-4-2 pour mettre de l’ordre dans le financement des partis, permet leur prolifération au point que les excellences en ont créé 42 (dont une association de soutien à Woerth et un particule pour Pécresse). Dès lors un généreux donateur peut donner à chaque sous-parti de la holding partitaire majoritaire, ce qui explique les 22 500 euros, légaux. Il est inutile d’essayer d’expliquer aux avocats d’affaires devenus politicards ou l’inverse la différence entre légalité, légitimité et moralité. La même loi, pondue sans doute sur un coin de table par les socialistes lors des affaires concernant le PS, autorise des dons de 4 600 euros pour chaque candidat en campagne. Mme Bettencourt pourrait donc signer un chèque de 4 600 euros à chaque candidat UMP à toutes les élections. Rappelons qu’il s’agit d’élections démocratiques dans « un Etat de droit » ! Un banquier suisse a fait écrire par la République de Genève que Mme Woerth faisait de fréquents déplacements en Suisse et pas pour faire du tourisme. 

L’ex-comptable de Mme Liliane Bettencourt, soupçonnée d’être partie avec des documents de sa patronne, vient de déclarer que Woerth avait reçu 150 000 euros en liquide en mars 2007 pour financer la campagne de Tsarkozy ; démenti aussitôt par l’Elysée. Aïe, la Dalle est en pente et glissante même si d’après les autorités il y a que dalle dans le dossier. Du coup, Courroye se tâte et envisage des poursuites, sous réserve de l’authenticité des enregistrements, contre Maistre et  Bettencourt, voire plus haut. Serait-ce parce qu’il n’a pas obtenu le poste de procureur général à Paris qu’il pourrait virer sa cuti pro-sarkozyenne ? 

Ladite ex-comptable a aussi dit que l’on voyait souvent l’ex-maire de Neuilly manger chez les Bettencourt. Au café, dans le petit salon, on servait les enveloppes garnies. Propos confirmé par l’ex-chauffeur du couple. Que croyez vous qu’il arriva ? Mitron 1er, général Boulanger en plus petit, se marra : en tant qu’ami des riches pour lesquels il est premier de Corday, il assura qu’il ne connaissait guère Mme Bettencourt et qu’il ne l’avait vue que 2 fois. D’heureux chefs de la droite entrent dans la bataille : tout ceci n’est que rumeur, ragot, diffamation exploités par des socialistes « sans conscience ». Les « chiens »  (lire les journalistes) sont lâchés comme pour Bérégovoy et Salengro. 

On apprend aussi que Mme Bettencourt n’aurait pas subi de contrôle fiscal pendant 15 ans alors que la norme est de tous les 3 ans pour les grosses fortunes Serait-ce à relier aux largesses de Mme Bettencourt pour l’UMP ?  Que Woerth a décerné la légion d’honneur à Maistre, qu’il a dîné chez Liliane, que les services fiscaux n’ont guère réagi quand le procureur de Nanterre a transmis au fisc un signalement sur les possibles fraudes fiscales de Banier, que la pauvresse bête en cour a reçu du fisc un chèque de 30 millions au titre du bouclier fiscal et que M. Woerth n’était pas au courant, ce qui a  bien fait rigoler Charasse, ex-ministre du budget sous Tonton (tu m’acoutes ?). 

Les socialistes, pourtant bien discrets et n’ayant exploité l’affaire qu’assez tardivement, sont accusés par le pouvoir de « populisme » et de vouloir déboulonner Woerth parce qu’il conduit la réforme des retraites… Parallèlement, deux sous-ministres (le fidèle Castro du Grand Paris, spécialiste du cigare mais pas pour le même usage que Clinton ; le tricheur sur permis de construire et grand voyageur à 116 000 euros d’avion privé) démissionnent ou sont démissionnés pour sauver le soldat Woerth. Avec les affaires Boutin, Estrosi, Amara, Yade, c’est le bal des vampires suceurs de fonds publics. Mais il faut sauver Woerth car il est la dernière ligne de défense avant qui vous savez. 

Car notre parangon de vertu a déjà connu le vent du boulet ; une affaire de réaménagement de son logement à Neuilly à prix d’ami par la promotrice en même temps dans les petits papiers de la mairie RPR a fait promptement l’objet d’un refus de poursuivre du procureur des Hauts-de-Seine. Je vous laisse deviner qui. Une révélation de ce qu’il transportait des valises de billets en Suisse pour le compte d’Henri Leconte du temps où il était avocat dans un cabinet d’affaires a été publiée et n’a pas fait l’objet d’un procès en diffamation. 

Pour un anar, il n’y a dans ces révélations rien de bien surprenant. Il sait depuis longtemps que le pouvoir corrompt et que le pouvoir absolu corrompt absolument, comme disait Montesquieu. Les scandales politico-financiers-affairistes sont le lot de tout pouvoir d’Etat, fût-il assis sur la démocratie représentative : banqueroute frauduleuse de Law, affaires des diamants de la reine, krach de la compagnie de Panama, affaire des ventes de décorations, scandale de la Garantie Foncière et Pouillon, affaire URBA, chalandonnettes, avions renifleurs, diamants de Bokassa, rétro-commissions d’ELF, contrat des sous-marins vendus au Pakistan, etc. Mais Nicolae Sarkozescu a en outre eu le tort de couloir « une démocratie irréprochable ». C’est raté. Mais on va s’amuser longtemps ; l’imProglio ne fait que commencer et chaque jour apporte son contingent de révélations croustillantes. 

Comme Chiracos, le président est intouchable pendant son mandat. Dieu merci, vu l’état des socialistes, il peut être réélu en 2012 car il ne manquera pas de se représenter ne serait-ce que pour avoir 5 ans de plus de paix. En attendant, le sémillant nouveau ministre du budget annonce la douloureuse pour cause de crise et de nervosité des marchés financiers vis-à-vis de la France surendettée. Parions que cela ne suffira pas à les rassurer puisqu’après une relance insuffisante le pouvoir va saborder la reprise en installant la « rilance », combinaison de rigueur et de relance suivant le bon mot de Mme lagarde-Michu. On n’a pas fini de rigoler. Vive la République, vive la France. On va se faire avoir comme les bleus. 

Le meccano de la Générale capitaliste

Classé dans : politique — 8 juin, 2010 @ 9:49

Quand on voit à partir du glossaire économique les exactions permanentes du système capitaliste on est amené à s’interroger sur sa logique profonde, laquelle n’a été que modifiée et exacerbée par la mondialisation du commerce, par les avancées technologiques de l’informatique et surtout par la libre circulation des capitaux. Il y a des « stabilités » dans ce régime ; mais il y eu aussi des changements importants. 

Les faits révèlent des invariants qui structurent la logique profonde du système capitaliste et qui en font un système particulier quelles que soient les formes qu’il prend en fonction de l’évolution des contextes dans lesquels il opère. Cela met en relief sa capacité d’adaptation malgré ses constantes.  Le capitalisme a pour détermination la recherche de la maîtrise de la nature à des fins soi-disant utiles aux communautés humaines. Le capitalisme a pour but et pour effet de pousser sans cesse à l’accumulation des biens et du profit, même sans se préoccuper de ses conséquences sur la nature elle-même. Et encore moins sur les êtres humains à commencer par les travailleurs.

Le capitalisme tend à la concentration par suite de sa recherche constante d’économies d’échelle en vue de la rentabilité, ce qui suppose l’extension du marché pour le producteur capitaliste. Cette extension peut être générale et tous les capitalistes peuvent en profiter s’ils ont les moyens de production nécessaires. Si le capitaliste trouve, dans un marché peu porteur, des concurrents sur son chemin, il fera tout pour les éliminer et s’emparer de leur part de marché. C’est donc un tour de passe de passe que de lier capitalisme, libre-échange et libéralisme. Par construction, la réalité du capitalisme est la tendance au monopole et il résulte de la concurrence qui est nécessaire aux capitalistes pour absorber les concurrents, pour réaliser la plus grande concentration possible des moyens de production et de circulation.

Le capital repose indéniablement sur la détention individuelle des moyens de production. C’est ce que Marx a appelé les rapports de propriété qui sont juridiques et permettent légalement l’appropriation des productions et des usines et machines. Mais l’enjeu des rapports de propriété est celui des rapports réels de production : il faut d’un côté » une main d’œuvre qui est obligée de vendre sa « force de travail », qui plus est « librement », et de l’autre un patron qui donne du travail dans ses propriétés productives. De tout temps, le capital a cherché à obtenir des lois qui rendent les travailleurs mobiles et libres de se vendre au meilleur  moins-disant : contre le servage, les esclaves, les convicts, etc. Ou incapables de se défendre comme avec les lois de la Révolution française contre les corporations et les « coalitions ». Les rapports réels de production sont le plus important des paramètres car si les capitalistes avaient le pouvoir effectif de domination et d’exploitation sans lois de protection du salariat (ce qu’ils ont finalement obtenu actuellement des gouvernants) ils se passeraient des rapports juridiques de propriété. Le recours au droit est une contrainte d’ordre politique pour le capital. Car un régime sociopolitique démocratique ne peut pas durer s’il n’a pas un minimum de légitimité. Le problème est donc renforcé par l’émergence de la démocratie : les politicards ont intérêt à se faire élire ; il leur faut donc donner des gages aux citoyens. Donc, lier démocratie et capitalisme est un non-sens. Les capitalistes s’en passeraient facilement comme on le voit en Chine ou comme on l’a vu avec Pinochet au Chili. On a même vu une théorie feldgrau, vert-de-gris, celle de l’ordo-libéralisme tudesque pour énoncer que l’Etat devait être fort pour imposer l’absence libérale de tout droit social. Du reste, le capital lutte toujours pour faire voter des bonnes lois à son profit. La loi, le droit lui servent à éradiquer la contestation au nom du respect dû à la législation…pondue par des représentants que tout le temps les capitalistes essaient d’acheter ou de presser (lobbys, députés à leur solde déposant en séance des « cavaliers législatifs », etc.). On observe au passage que l’exigence de liberté du travail n’a rien à voir avec la morale ou l’humanisme ou le libéralisme. Il s’agit de pouvoir voler aux autres capitalistes la main d’œuvre nécessaire à sa boutique.

Le capitalisme est une gigantesque machine à détruire du capital. Schumpeter a même appelé cela « la destruction créatrice » par l’innovation qui fait abandonner les anciennes machines même encore performantes. C’est sans doute un effet un effet de la concurrence, effet pervers pour les capitalistes qui ne peuvent pas suivre en investissant dans des technologies plus productives. C’est un gaspillage permanent de moyens et de ressources.

Le capitalisme repose sur le profit, sur la transformation du capital marchandise ou machine en argent, sur « la valeur actionnariale » comme on dit aujourd’hui, c’est-à-dire sur la confiscation maximale des fruits du travail. C’est un système automatique à logique fatale : les capitalistes individuels ne peuvent échapper à ses règles sauf à faire faillite ; il est général et indépendant de ses acteurs. C’est un système bouclé, c’est-à-dire d’interdépendance des facteurs.

Mais depuis 30 ans le capitalisme dit « post-moderne »a changé, non dans sa logique intrinsèque, mais dans ses modalités. Le cycle n’est plus M A M (ce n’est pas Michèle Alliot-Marie mais marchandise-argent-marchandise) mais A M A. les flux financiers qui circulent sont devenus très supérieurs à ceux de marchandises. 2500 à 3000 milliards de dollars circulent tous les jours dans les deux sens. Ce qui est mondialisé, c’est la finance ; pour le commerce ce ne l’est pas plus qu’en 1913. Le profit résulte pour une large part d’opérations financières. La logique n’est plus seulement de faire du profit, même plus de le maximiser, mais d’en faire toujours plus encore et encore. Les opérations de bourse dominent les stratégies managériales ou d’entreprises : OPA, OPE, LBO, rachat de ses propres titres par l’entreprise pour en faire augmenter la valeur à profit global constant (le même divisé par moins de titres augmente le dividende versable à chacun).

Le capitalisme actuel est régi par la maximisation de la « valeur actionnariale » pour les propriétaires du capital financier sous forme d’actions vendables en bourse. Les dirigeants ont pour fonction de valoriser au maximum le patrimoine financier de l’entreprise, c’est-à-dire la valeur des titres-valorisation boursière, laquelle dépend peu des dividendes versés mais  surtout des plus-values en bourse. Les technocrates, qui visaient surtout à accroître la puissance de l’entreprise, notamment en achetant la paix sociale, n’existent plus (contrairement aux analyses de J-K Galbraith sur l’ère des managers lors de la phase du capitalisme moderne des 30 glorieuses). Les managers à l’ancienne ont perdu le pouvoir parce que la dispersion des titres est révolue par suite, notamment, de l’emprise des fonds de pension capitalisée. Mais surtout les managers new look  ont compris que leur rémunération dépendait de leur capacité à faire suer de la valeur pour l’actionnaire. De grands groupes bancaires ou d’investissement  ou des fonds de pension (investisseurs institutionnels ou zinzins) détiennent aujourd’hui de suffisamment gros paquets d’action pour que leurs exigences de rentabilité financière soient satisfaites par les dirigeants d’entreprises plus ou moins multinationales. La montée considérable en puissance des fonds de pension résulte directement des modalités, qui se généralisent peu à peu, d’assurances-vie individuelles et des régimes de retraite par capitalisation lancées par le capitalisme anglo-saxon. Les manageurs (les « agents ») sont alors soumis à la pression des propriétaires (« le principal ») pour faire de l’excellent chiffre trimestriel, c’est-à-dire pour être plus rentables à très court terme que leurs concurrents, sinon lesdits propriétaires transportent leurs fonds dans des entreprises plus performantes au plan financier. Par ailleurs, le principal appâte le manager avec des salaires mirifiques, des parachutes en or, des « retraites -chapeau »  et des stock-options. Ce qui pousse les manageurs à faire gonfler, y compris artificiellement, le cours des titres : ce qui rapporte dans les stock-options, ce sont les plus-values sur vente des titres à échéance.

L’enjeu principal est l’énorme pression exercée sur toutes les entreprises (rappelons-nous que le capitalisme forme un système automatique auquel nul ne peut échapper)pour augmenter la rentabilité par tout moyen : baisse des salaires et dégradation des conditions de travail, mise sous pression et en concurrence exacerbée des fournisseurs et prestataires de services, délocalisations dans les pays sans taxes, sans fiscalité (d’où le développement des paradis fiscaux devenus nécessaires au recyclage des profits afin d’ échapper aux impôts dans le pays du siège social), sans écologie, sans droit du travail sans protection sociale et à faibles coûts de main d’œuvre, baisse du coût des transports (concurrence dans le camionnage, pavillons de complaisance, bateaux poubelles) ; dégraissages (downsizing), réorganisations (reengineering), autonomisation des opérateurs (empowerment, par exemple par raccourcissement des lignes hiérarchiques et mise en place de groupes autonomes de travail), sous-traitance aux moins-disant par externalisation des fonctions annexes. Dans les pays développés, reprise de toutes les garanties apparues dans les Etats-providence : retraites par répartition, SS, salaires minima, indemnités de chômage, CDI et temps complet au profit des CDD, de l’intérim et du temps partiel (exigence de flexibilité), suppression ou diminution des impôts pour les riches ou baisse des charges sociales payées par les entreprises, reportées sur les contribuables ou avec diminution des droits, etc. les conséquences sur le travail sont terribles.

Un enjeu caché réside dans la perte de légitimité du pouvoir politique et de l’Etat dont les dirigeants en sont réduits à proclamer qu’ils ne peuvent rien faire contre ce toboggan où une fois sur la pente on ne peut plus s’arrêter. Et c’est largement vrai même si certains pays (ceux de l’Europe du Nord) arrivent encore à sauver les meubles momentanément. C’est vrai car le système est automatique, autocinétique ; le tonneau des Danaïdes n’a pas de fond, la spirale vers le moins-disant n’a pas de fin, sauf politique, mais maintenant à un niveau international. Car le système entraîne la mise en concurrence non seulement des salariés mais encore des peuples, des régimes sociaux, des modes de production. C’est du reste ce à quoi s’applique ne varietur depuis 30 ans l’Union européenne avec son dogme de la concurrence libre et non faussée et son refus de toute harmonisation (notamment fiscale) et de toute intervention publique dans le capital.

Le capitalisme post-moderne est marqué du sceau de la flexibilité. Aucune culture ne prend un produit clé en main ; les marchandises et services doivent, pour être vendus partout, être adaptables aux mœurs locales ; par ailleurs l’individualisme régnant fait que les individus, pour se distinguer les uns des autres, demandent de la variété. Pour ces raisons, le capitalisme est une « économie de la variété ». Il n’est plus question de commander une Ford T, à condition qu’elle soit noire. Il faut, afin de rester dans des enveloppes de coût raisonnable de production, produire du standard, mais modulable. Par exemple pour une auto, avec le même châssis, le même moteur, les mêmes roues, la même boîte de vitesse, etc.,  on peut jouer sur les formes, les couleurs, les équipements, les performances. Cette nécessaire double adaptabilité (culturelle et consommatoire individuelle) rend obsolète le travail à la chaîne sur des séries standard car la transformation des chaînes de production pour une production différente est extrêmement coûteuse.

Pour développer sa rentabilité le capital cherche des « économies d’échelle ». L’idée est simple : plus la production vendue est élevée, à facteurs de production constants, plus le coût de la dernière unité produite (le fameux coût marginal) est faible, ce qui déjà permet d’être plus rentable que le concurrent  dont le marché est moins vaste. En effet, les frais de structure ou « charges fixes » sont amortis sur une plus grande quantité d’objets produits. Il se trouve que les moyens modernes sont hyper productifs et que par construction les marchés nationaux sont trop étroits. Sauf normalement pour de grands pays comme les USA, la Chine, l’Inde ; cependant les 2 derniers ont actuellement choisi de faire financer leur développement par les exportations de biens ou de services. C’est pourquoi le capital financier ne cesse d’exiger l’ouverture des frontières pour disposer d’un marché d’échelle mondiale, ce qui le conduit à la variété, ce qui le pousse à la flexibilité tout en se concentrant en vue des économies d’échelle. Ce qui le conduit aussi à vendre au maximum des produits standards ou des biens « variables » à la marge. La variété est évidemment un des moyens d’étendre son marché et l’innovation en vue d’une offre diversifiée vers une clientèle hétérogène une façon d’éliminer les concurrents grâce à un monopole momentané.

L’exigence de rentabilité a eu des conséquences majeures : le remplacement de la primauté de la production par celle de la finance, l’appel aux sous-traitants étrangers au détriment de l’emploi local, l’aggravation des inégalités, la précarisation du travail, le développement outrancier du crédit, la concurrence exacerbée entre pays. Ces résultats proviennent de plusieurs causes, lesquelles sont interdépendantes.

* L’énorme productivité des moyens de production actuels ne peut être accompagnée de profits que si les biens et marchandises s’exportent partout afin de faire des économies d’échelle sur le volume de la production vendue. C’est pourquoi depuis plus de 30 ans, des lobbys patronaux se sont employés à faire pression sur les politiciens de façon que les frontières soient annihilées. En Europe, l’European Round table (ERT), club des grosses entreprises européennes (ou l’‘AFEP, association française des entreprises privées, soit les gros bonnets du CACa(a)40, a obtenu, notamment du curé Delors (livre blanc et grand marché lors de sa  présidence de l’UE), l’ouverture totale des marchés à la concurrence. Cependant, il n’en reste pas moins que les moyens de production sont sous-employés ce qui conduit à une concurrence de plus en plus sauvage. A cela s’ajoute que désormais bien des domaines sont dans les rendements croissants car le coût direct des moyens de production est très faible par rapport aux frais d’investissement. Toute production supplémentaire vendue au-delà du point mort est du bénéfice. Ce n’et pas si nouveau car aux lendemains de la libération du nazisme et pour obtenir las aides du plan Marshall la France, notamment, a dû accepter le cinéma américain pour cette raison : que les producteurs Yankees amortissent leurs coûts sur un vaste marché.

*  L’abondance de pognon à la recherche  d’espaces d’investissement rentable ou sûr : les Etats pétroliers, les multinationales, les riches détaxés un peu partout, la Chine et l’Allemagne avec leurs excédents commerciaux. Ce fric s’accommode de taux d’intérêt assez faible si la dette a l’air assurée. C’est du reste pourquoi il fallait libérer la circulation des capitaux pour en bénéficier. Or les excédents commerciaux des uns (des Huns) se transforment, sou pour sou, en appel de capitaux prêtés par les autres pour couvrir les déficits ; ce qui rend la sphère financière inéluctable pour les Etats endettés, ce qui les a poussés à accepter la libre circulation des capitaux. Les Etats ont choisi de financer leurs déficits, parfois leurs investissements (le programme nucléaire français), par l’appel à des emprunts sur un marché international des capitaux, ce qui les a mis sous la coupe desdits marchés. Parce que les emprunts internationaux coûtaient moins chers que les locaux et parce que l’épargne locale n’offraient pas les ressources nécessaires (sauf, notamment en France, mais c’était plus coûteux).

* Des Etats qui ont laissé filer la protection sociale au profit de la dette généralement extérieure, puis qui se sont lancés dans des politiques de compétitivité en abaissant les charges sociales pesant sur les entreprises, y compris celles qui n’étaient pas dans la concurrence internationale.

* Des Etats qui ont vu dans la spéculation financière une source de profits pour leurs banques et leurs assureurs ou leurs multinationales, lesquels, du reste, on fait pression sur les politiciens pour avoir les mains libres. Des Etats qui ont tout fait pour favoriser les profits au nom de la compétitivité et qui ont compensé la perte de pouvoir d’achat des salariés par l’appel au crédit pas cher et aux productions importées à bas coût à partir de pays les moins-disant dans tous les domaines.

* Des multinationales qui ont vu dans les marchés extérieurs la possibilité d’acheter au moindre coût et de vendre ou de produire au plus bas prix possible pour éliminer leurs concurrents et vendre plus, qui ont vu dans la spéculation financière le moyen d’arrondir leurs bénéfices.

* Des banques et autres financiers qui ont poussé à la dérégulation pour spéculer afin de maximiser leurs bénéfices. Ces instances ont reçu le renfort des économistes à la mode chez les gouvernants, tous convaincus de l’excellence des théories, et les journaleux stipendiés et idéologisés par les « réservoirs de pensée » libérale.

  * Ces politiques ont été facilitées et accélérées par les nouvelles technologies de l’information et de la communication qui ont une grande importance dans la financiarisation du capitalisme. Les NTIC ont multiplié de façon exponentielle la vitesse de traitement et de circulation des informations et les capacités de son stockage. Elles permettent le travail à distance. Elles facilitent les échanges d’idées et donc la créativité car les cadres concepteurs surfent sur Internet. Le coût de l’information, de l’accès aux données, aux centres de ressources est devenu presque négligeable relativement aux autres dépenses. Elles permettent l’accélération de la circulation financière en temps réel. Elles ont facilité l’appel aux paradis fiscaux et rendu le traçage des fonds, de l’évasion fiscale, des trafics illicites et de la corruption très difficile. Elles ont permis le développement des opérations hors bilan via des filiales off shore. Elles ont rendu plus productives les tâches de gestion et d’administration (y compris à distance), de même qu’elles ont facilité celles de conception assistée par ordinateur. Le développement des NTIC (le Web, le Wi, l’ADSL sur fibres optiques)  a aussi produit  que ce que l’on vend de plus en plus souvent ce ne sont plus seulement des produits ou des services mais « des accès » à leur mise à disposition.

 *  L’écroulement du communisme en tant que système socio-économique et comme idéologie a renversé les rapports de force en faveur du capitalisme débridé (même en Chine), triomphant et envahissant.

 * Les évolutions socio-culturelles (hédonisme, relativisme des valeurs, culte de soi et de l’authenticité, autonomie anti-hiérarchique, etc. ont procuré au capital de nouvelles occasions d’expansion, mais ceci concerne avant tout l’influence de la publicité, de la mode, de la gadgétisation, de la différenciation des produits en regard du caractère ostentatoire des consommations. Elles ont fini, à partir de l’individualisme matérialiste libéral, l’apparition de l’immoralité, de la cupidité rapace dans les affaires. Cela a été facilité par une comptabilité new look dite au prix de marché et par les conflits d’intérêt dans les agences de notation.

La transformation du capitalisme en mondialisation financière et en primauté de la rentabilité exponentielle n’est pas une auto-création spontanée de sa nouvelle logique. Ce qui prouve que les lois du capital n’ont rien d’intemporel. Ce sont des décisions politiques qui ont installé les lois propices à l’expansion de la finance à la place du capitalisme de production et d’industrie. Ces lois sont en général issues du court-termisme des dirigeants politiques, de leur incompétence, de leur façon politicarde de se sortir de la merde par des expédients non étudiés quant à leurs conséquences quand le pays sombre économiquement, de leur propension à la corruption, de leur soumission aux sirènes capitalistes usant de l’arme fatale de la fermeture des usines. C’est un effet malheureux de la fausse démocratie soi-disant représentative.  

 

 

 

 

L’impunité de l’Etat d’Israël

Classé dans : politique — 2 juin, 2010 @ 6:06

L’abordage dans les eaux internationales de la flottille humanitaire, fût-elle organisée par des islamistes patentés, est encore un exemple de ce que l’Etat israélien est au-dessus des lois de la communauté mondiale. Ce n’est qu’une péripétie dans une longue histoire d’exactions, à commencer par la façon dont les Palestiniens ont été chassés de leurs terres en 1948. Ce sont même des historiens israéliens qui ont dévoilé le pot aux roses.

On sait que depuis 1967, Israël occupe la Cisjordanie (il y avait aussi le territoire de Gaza, il y a aussi le Golan syrien) indûment malgré de nombreuses résolutions des Nations Unies. Et puis il y a la construction, presqu’achevée, du « mur de séparation », qui empiète, soi-disant pour des raisons de sécurité, sérieusement sur le futur territoire palestinien, car il dessine des frontières qui vont au-delà de la « ligne verte ». Ce mur divise des villages, empêche les travailleurs des territoires de rejoindre leurs terres ou d’aller travailler en Israël ou de visiter leur famille établie à Jérusalem-Est, sauf à franchir des check points humiliants et où l’on attend des heures son entrée, y compris pour des ambulances.

Le territoire est quadrillé par des routes ou autoroutes réservées aux Israéliens et qui morcellent les terres agricoles et balkanisent le territoire palestinien ; les Palestiniens ne peuvent pas circuler sans papiers délivrés au compte-goutte. Les colonies ne cessent de s’étendre (croissance de 5 % par an) ou de se multiplier malgré toutes les tentatives de paix. On observe qu’elles ont essaimé au fur et à mesure des pourparlers de paix au point que l’on peut se demander si ceux-ci n’avaient pas pour but caché de faciliter cette progression avec laquelle les palestiniens se sont estimés floués par leurs propres négociateurs, ce qui a favorisé l’émergence du Hamas. En tout état de cause, Israël tenait a cette extension afin de se donner des marges de manœuvre dans les négociations notamment en vue d’échanges de territoires. Ces colonies disposent d’une sorte de no man’s land dans lequel  les Palestiniens ne peuvent s’aventurer, y compris quand il s’agit de travailler leurs terres, sans risquer de très gros ennuis car des colons excités s’y livrent à des « ratonnades » ou tirent à vue. Jérusalem-Est est patiemment grignotée par des expropriations arbitraires, des interdictions de construire pour les Arabes israéliens. Les oliveraies, les orangeraies, les plantations palestiniennes sont souvent détruites sans indemnisation pour l’extension des routes et des colonies. Israël a monopolisé les eaux du Jourdain, l’espace aérien, les frontières, les voies d’accès.

Depuis 2007 Gaza est sous blocus sous prétexte que le Hamas, qui s’est emparé illégalement de ce territoire contre l’autorité légitime des Palestiniens, évacué par Israël afin de s’étendre ailleurs et surtout afin de ne pas le nourrir (les règles internationales prévoient que les occupants doivent répondre aux besoins de la population), ne reconnaît pas l’Etat Israélien. C’est une stratégie constante de cet Etat que d’exciper de sa non-reconnaissance et du « terrorisme » afférent pour continuer d’occuper la Cisjordanie et maintenant mettre les Gazaouis  sous embargo. C’était déjà  le cas lors de l’OLP et du Fatah d’Arafat. Par ailleurs, ce sont les Israéliens qui ont suscité le développement du Hamas, comme les USA avaient soutenu les talibans contre l’URSS, pour faire pièce à Arafat avec les conséquences que l’on sait : rivalité entre l’autorité palestinienne d’Abbas et le Hamas qui a organisé la  sécession de Gaza. Le blocus de gaza depuis 2007 est une énorme punition collective d’une population de 1,5 millions d’habitants sur un territoire de 40 km de long sur 10 de large. Les pêcheurs de Gaza ne peuvent plus sortir en mer car la zone côtière qui leur est ouverte est ridicule. Les Gazaouis manquent de tout, à commencer de travail car lors de sa dernière intervention Israël a méthodiquement détruit toutes les installations de production. Ils ont le nez maintenu au-dessus de la fosse à purin grâce à l’aide internationale humanitaire, provenant notamment et beaucoup de l’UE. Les entrées de matériaux de construction pour reconstruire et reloger les gens dont les habitations ont été détruites sont numérotées, même pour l’Hôpital que la France s’est engagée à réparer… On sait que l’Etat hébreu s’amuse à retenir le plus longtemps possible le produit des exportations palestiniennes ou les droits de douane ou taxes d’importation à leur profit. Il s’agit vraisemblablement d’affamer ce peuple pour que le maximum de gens aille chercher à survivre ailleurs. Dans ces conditions l’aide européenne sert indirectement l’Etat d’Israël comme si l’on était dans des vases communicants. En effet, cette aide dispense la puissance occupante de subvenir aux besoins des occupés. Plus fantastique encore est le fait qu’Israël vient d’être admis à l’OCDE en y incluant les productions agricoles ou industrielles de la Cisjordanie. Les Occidentaux consacrent donc l’idée d’annexion de celle-ci par les occupants et cela sans la moindre légitimité.

Il faut rappeler qu’en droit international (et dans le droit normal tout court des pays démocratiques), les punitions collectives sont interdites. Et ce n’est même pas efficace car le seul résultat tangible est le soutien massif des Gazaouis au Hamas et l’hostilité des peuples d’Arabes à Israël. On se rappelle les très meurtrières (pour les populations civiles) interventions d’Israël au Liban et à Gaza après des lancements  de roquettes sur son territoire idiotement effectués par le Hezbollah libanais et le Hamas de Gaza. Ces réponses étaient manifestement disproportionnées. Certes Israël a raison de punir ces attaques, mais il faut se souvenir que le nombre de victimes israéliennes est dérisoire par rapport à celui des palestiniennes ou libanaises. On sait qu’Israël mène des attentats « ciblés » contre des opposants y compris à l’étranger, évidemment sans le moindre jugement ; par exemple le chef spirituel du Hamas, cheikh Yassine, vieillard aveugle et paralytique, a été zigouillé par un missile. Les maisons où des « terroristes «  sont présumés être sont détruites par des missiles expédiés par des drones, ce qui souvent tue toute la maisonnée familiale même quand la personne visée n’y est pas. Quand un terroriste est attrapé, sa maison est rasée, tant pis pour ses autres occupants. On a la pénible impression que la vie des Palestiniens, généralement des civils non impliqués, n’a aucune valeur. Et aussi celle des étrangers soutenant le peuple palestinien : une jeune américaine a ainsi été écrasée par un engin de terrassement lors d’une manifestation.

La communauté internationale supporterait-elle tout cela de la part d’un autre pays ? La réponse est non. Enfin presque toujours sauf quand il s’agit d’alliés de la Chine ou de la Russie qui ont aussi un droit de veto. Si cela dure depuis 1967, c’est à cause du soutien indéfectible des USA et de l’UE, laquelle d’ailleurs joue un double jeu puisqu’elle finance largement la Cisjordanie du Fatah et l’humanitaire à Gaza. A l’ONU, à cause du droit de veto US, Israël n’est jamais puni que par des remontrances. Ainsi, l’arraisonnement de la flottille humanitaire (9 morts, une trentaine de blessés) dans les eaux internationales vient de faire l’objet d’une simple admonestation et de la demande d’une enquête menée par le coupable lui-même avec sa propre police, ses propres enquêteurs, sa propre justice ! Les USA (administration Obama) ont plié devant le gouvernement israélien qui a obtenu de continuer ses extensions de colonies dans la zone de Jérusalem malgré l’ouverture d’une négociation sur la création de deux Etats (stoppée ou encalminée actuellement à cause de cela). Mme Clinton vient cependant de critiquer le blocus de Gaza…

Rappelons qu’Israël a aussi le soutien des pays arabes du coin : l’Egypte (qui a obtenu sa part de Sinaï), la Syrie (qui veut récupérer le Golan), la Jordanie. Cela risque de ne pas durer tant les populations arabes sont remontées contre leurs gouvernements qui laissent faire leur puissant voisin pour ne pas se fâcher avec les USA (qui aide économiquement l’Egypte, bien que moins qu’Israël). Du reste, l’Egypte vient de rouvrir le terminal de Rafah pour que les Gazaouis puissent s’approvisionner sans passer par des tunnels interdits (par Israël et l’Egypte) et dangereux. Par ailleurs, la Turquie (la plupart des 9 morts dans l’assaut des bateaux sont des Turcs et c’est une organisation humanitaire turque, proche des islamistes, qui était  chef de file de l’opération) peut fort bien désormais retirer son soutien à l’Etat israélien.

Puisque la France est si soucieuse des droits de l’homme, je suggère à M. Sarkozy d’organiser une opération humanitaire de livraisons à Gaza avec un bateau de guerre. Par exemple, la Jeanne d’Arc. Si les Israéliens la coulent, ce ne sera pas grave : elle est en train d’aller à la casse. Au passage, on verra si les soldats israéliens sont aussi courageux contre un bateau de guerre et un équipage bien armé, lui, et si leur gouvernement osera l’attaquer ?

La justice

Classé dans : politique — 23 mai, 2010 @ 10:58

La justice est le soubassement du droit. En parler en univers libéral, c’est comme roter à la table des banquiers ou déféquer sur le green des dirigeants de grosses boîtes. D’ailleurs, les économistes nous préviennent gentiment qu’ils ne s’occupent ni de morale ni de justice. Hayek, en tant que sociologue-économiste a prétendu que la justice sociale n’existait pas. Pourtant quelques rares économistes, comme Amartya Sen par exemple, s’en préoccupent.    Il y a deux grandes conceptions actuelles de la justice : celle de l’égalité des situations et conditions, d’obédience socialiste, celle de l’égalité des chances relevant du libéralisme politique. La 1ère tend à réduire les écarts de richesse et de positions sociales entre les citoyens elle s’attaque en principe aux hiérarchies et aux inégalités en place parce qu’il en va de la cohésion sociale ; en effet les inégalités créent de l’envie et du ressentiment, elles divisent et empêchent la coopération bien utile au développement économique. Par ailleurs, il s’agit de faire en sorte que l’égalité politique se traduise en égalisation économique des statuts et positions dans la hiérarchie sociale car « on ne saurait avoir la démocratie à la ville et la monarchie à l’usine » (Marc Sangnier). A quoi s’ajoute le fait que les droits  politiques, égalitaires formels, proclamés par la Révolution française, sont contredits par les inégalités réelles. Cette antinomie n’a jamais été résolue parce que, en réalité, cette révolution a été d’inspiration économique libérale et a ouvert les vannes des asymétries de pouvoir (suppression des corporations, interdiction des coalitions, donc liberté des patrons et assujettissement des ouvriers). Il a fallu attendre la république des Jules » et le début du 20ème siècle pour que soient crées des protections envers le travail et mis en place des dispositifs compensateurs des inégalités ; par exemple l’impôt progressif sur le revenu et la taxation des héritages. Le « solidarisme » de la république radicale, barbichue et du cassoulet, au nom de la dette sociale de chaque individu vis-à-vis de la société et de la dette de celle-ci envers les individus, a consisté à aider le travail tout en conservant un régime libéral et capitaliste ne touchant en rien à la propriété. L’idée était que l’amélioration du sort du travailleur avait des effets positifs sur sa santé et donc sur sa capacité de travail. De même, l’éducation « laïque, gratuite et obligatoire » (égalitaire mais seulement pour le primaire et jusqu’au brevet) a été créée pour que les travailleurs disposent d’une éducation primaire nécessaire à leur insertion dans le monde professionnel et facilitant l’essor des forces productives. En même temps, les « hussards noirs de la république » étaient chargés de repérer les enfants prometteurs issus des classes sociales défavorisées pour faciliter la « circulation des élites » (thème socio-économique propagé par les fascistes Mosca et Pareto), gage d’apport de sang neuf et portage d’une espérance de promotion justifiant la société des propriétaires. Il faut quand même se souvenir que tout un courant important du socialisme français se battait contre l’égalitarisme en prônant en même temps l’égalité des chances et la promotion par le mérite.       

Au 20ème siècle, le socialisme, devenu essentiellement marxiste et collectiviste, s’est encroûté. Il prônait la révolution mais comme les temps n’étaient pas mûrs, il s’accommodait d’une société assurant des protections et des garanties au salariat, offrant des services publics égalitaires car ouverts à tous et s’arcboutait sur le principe de l’égalité de traitement. Il acceptait les inégalités issues de l’économie de marché, mais en en restreignant les effets par la redistribution et par la limitation des écarts de revenus nets après impôts. Cela s’est traduit par le fait que toutes les assurances sociales étaient fondées sur des cotisations des travailleurs et des patrons sans participation étatique, sans surplus d’impôts pour les plus riches et en laissant au capital sa liberté d’action. Cependant, la sécurité apportée aux travailleurs avait une grande conséquence économique : elle leur permettait de se projeter dans l’avenir, de pouvoir emprunter grâce à un salaire stable, de devenir propriétaires (ce qui est un gage de soumission surtout quand on n’a pas encore remboursé ses emprunts) ; elle diminuait l’angoisse du lendemain et était donc favorable à la productivité notamment par une meilleure motivation au travail. Elle était en même temps plus satisfaisante pour la paix sociale et la coopération car les tensions compétitives entre acteurs étaient limitées.   

Or, cette politique, largement mise en place après la 2ème guerre mondiale (programme du CNR), a conduit à l’apparition de corporations puissantes, capables par leur pouvoir de nuisance d’arracher des privilèges aux puissants, soucieuse « d’avantages acquis » et surtout défendant avant tout leurs mandants déjà installés dans le travail. Les « insiders » défendaient leur bastion contre les « outsiders » et cela parce que le statut de salarié, surtout dans un service public, donnait tout : salaire meilleur, retraite, assurance-maladie, etc. Toutes ces choses sont critiquées par les libéraux qui y voient un empêchement à l’atteinte du « taux de chômage naturel » et à la diminution des coûts salariaux, ce qui nuit à la compétitivité. Les outsiders étaient donc exclus du monde du travail et de ses maigres avantages alors que, dixit le libéral, le système de protection sociale, de service public « gratuits », de redistribution encourage « l’assistanat ». Au lieu d’être mobiles, imaginatifs, dynamiques, les travailleurs surprotégés se complaisent dans leur situation.       

Que faire ? C’est la 2ème conception de la justice qui est fondée sur l’égalité des chances. Cette démarche laisse intacte les hiérarchies en place et ne vise aucunement à réduire les inégalités de position sociale et de revenu ou patrimoine. Elle est fondée sur le « mérite » et la « vertu ». Celui qui a des capacités et se défonce peut monter dans la hiérarchie existante à condition que l’égalité des chances au départ soit assurée. Il faut que la compétition entre individus pour se propulser le plus haut possible soit ouverte à tous au démarrage. Ensuite les parcours et les réussites peuvent diverger, mais ils sont donc conditionnés par le mérite individuel. La république française a suivi cette voie méritocratique, notamment avec le plan Langevin-Wallon, la création du collège unique, la démocratisation des universités. Le problème, soulevé par la Cour des Comptes en mai 2010, est que la chose s’est faite dans le cadre du principe d’égalité de traitement qui s’accommode fort mal des différences entre élèves et régions.       

Aux yeux des libéraux, cette approche a d’énormes avantages, outre celui déjà vu de ne rien toucher aux structures sociales inégalitaires et aux hiérarchies sociales. Elle signifie aux gagnants qu’ils sont des vainqueurs méritant leur succès et aux perdants qu’ils sont des minables responsables de leur échec. Se trouvent ainsi justifiées les inégalités sociales résultant de la compétition et la concurrence entre compétiteurs. Les libéraux ne manquent pas de mettre en relief les avantages économiques du mérite, de la compétition vertueuse, des inégalités. Ces dernières sont un aiguillon (une « incitation » chez les économistes, alors que la 1ère conception de la justice développe des « dés-incitations ») pour se démener afin de devenir le plus riche possible. Le mérite justifie que les inégalités existent, ce qui pousse chacun à envier les autres et donc à « travailler plus pour gagner plus », ce qui se traduit en productivité extensive et en volume de production. La vertu pousse chacun à bien faire son travail, à être plein de probité, à respecter la propriété, à faire montre de sympathie et d’imitation envers les riches, ce qui assure la paix sociale et la sécurité des affaires et de l’ordre social capitaliste et individualiste.       

Evidemment, on peut questionner les prémisses de la doctrine de l’égalité des chances. Le mérité est-il vraiment individuel ? Sûrement pas car tout le monde reçoit beaucoup de la société (dette solidariste) et car personne ne se réalise tout seul sans la coopération des autres. Le mérite est largement socialisé ou collectif et la part individuelle qu’on peut lui consentir est relativement limitée. C’est ce que, du reste, on trouvait dans les « groupes autonomes de production » (lancés chez Volvo, years ago) avant que tout ne fut individualisé (objectifs, salaires, primes, récompenses, carrières, etc.) par le management moderne. Le mérite est-il soluble dans la réussite, est-il essentiellement financier ou patrimonial ? Un moine n’a-t-il aucun mérite ou un médecin des pauvres ou de MSF ?      

Et s’agit-il vraiment de vertu ? De laquelle ? De la protestante du travail et de l’épargne ? (Voir Weber et l’éthique du protestantisme en regard du développement du capitalisme). Ou est l’honneur ou le courage ou le respect de la parole donnée ? D’ailleurs, l’observation des pratiques capitalistes et financières récentes montre facilement que ce qui règne ce sont la fraude, le truquage, la manipulation, le secret, la ruse, l’immoralité, l’ostentation, le mépris des autres, l’enrichissement sans cause, etc. Et qu’en est-il du respect de la dignité humaine et de l’égalité (libérale) de considération quand les écarts de richesse atteignent la stratosphère ? D’ailleurs les vertueux promoteurs de l’égalité des chances aujourd’hui, comme Sarkozescu ou Bush, ont restauré l’héritage quasiment sans droits de succession, ce qui évidemment contrevient au principe du mérite.       

Sur ces entrefaites, les sociétés sont devenues multiculturelles et on y a acquis le « droit à la différence ». La société est scindée en communautés qui toutes s’estiment lésées et se concurrencent dans la surenchère à la plus discriminée. Du coup, les libéraux anglo-saxons ont inventé « l’affirmative action » (discrimination positive) qui consiste à compenser les handicaps subis par telle ou telle communauté pour restaurer l’égalité des chances : les Noirs, les Latinos, les femmes, les homosexuels, les handicapés, etc. On a donc désormais des Noirs qui vont dans les grandes universités américaines et qui émigrent dans les quartiers chics des suburbs. Le résultat est que les autres Noirs restent dans des ghettos désertés par la upper class noire et qu’ils restent tout autant qu’avant victimes des inégalités et de la pauvreté. En effet, la promotion de quelques uns grâce à la discrimination positive n’affecte en rien la structure des classes sociales aux USA et ailleurs. Autre résultat, les communautés ont tendance à rechercher la différenciation et à jouer sur la victimisation différentielle, ce qui les oppose les unes aux autres, à tout le moins les sépare. Ainsi M. Dieudonné est-il devenu antisémite parce que l’holocauste des Juifs, sans cesse rappelé, faisait oublier la traite des Noirs et l’humiliation des Arabes au Moyen-Orient. Cela est évidemment un effet encouragé par le libéralisme au nm de l’égalité des chances car pour conserver l’ordre social inégalitaire le mieux est encore de diviser pour régner. Aux atomes individuels s’ajoutent des molécules groupales tout autant séparées et en concurrence pour les bienfaits publics et la charité privée. Du reste, la thèse du primat du mérite entraîne que les gagnants de la compétition via l’égalité des chances puissent choisir leurs bons pauvres, ceux qui font des efforts et méritent d’être aidés à titre personnel et sous le regard inquisiteur des dames patronnesses.      

La compétition entre mérites personnels fait que l’angoisse et le stress des personnes redouble : peur de ne pas être à la hauteur, d’être méprisé, de n’être pas sélectionné pour une promotion, d’être lourdé, etc. cela a naturellement un coût économique : mauvaise santé, abus de tranquillisants, stress pouvant aller jusqu’au « burn out » (dépression brutale et subite comme si l’on s’était consumé de l’intérieur) et au suicide, rivalités non coopératives pour gêner le concurrent et néanmoins collègue, camouflage de l’information pour ne pas l’aider et se réserver une asymétrie de pouvoir, etc.       

Comme toujours les oppositions tranchées et dogmatiques sont fausses ; la bonne conception de la justice serait d’assurer non pas une égalité de conditions sociales mais une égalité d’accès et de moyens dans des structures mises à disposition de tous (services publics) et une égalisation minimale des rétributions et des conditions de bonne vie, comme cela existait avant le triomphe de la finance. Dans ce cadre, il importe d’empêcher l’émergence de corporations et de groupements non seulement axés sur la défense de leur bout de gras, ce qui est légitime dans une société démocratique et pluraliste, mais encore disposant de moyens de nuisance bien au-delà de leur poids réel et de leur part dans la population. La corporation est légitime ; il suffit de contrer ses effets négatifs. Bien sûr, il faut ajouter à cela une vraie égalité des chances ; celle-ci ne peut reposer sur des dispositifs ou des aides à usage individuel. Elle doit donner des moyens structurels (des droits « restitutifs », disait Durkheim) de compensation des inégalités sociales, elle doit reposer sur une organisation et non s’en remettre aux mécanismes du marché et à des compensations individuelles postérieures aux structures sociales sans y toucher.     

Cependant, nul ne saurait récuser l’utilité de la notion de mérite comme celle d’égalité. Mais l’égalité des chances à la sauce libérale, notamment d’aide aux discriminés et de filet de sécurité à grosses mailles pour les vaincus de la compétition, conduit à ne pas créer les moyens et les structures qui forment la base d’une égalité des chances loyales. Je souligne que chez Proudhon il y a prise de position ferme pour l’égalisation des conditions car les forces collectives sont interdépendantes et liées dans une « solidarité organique », car toute fonction, même la plus humble est nécessaire aux autres, car les tâches les plus pénibles devraient être reconnues et bien mieux payées que dans le capitalisme. Il y a aussi prise en compte du mérite et de l’égalité des chances. Il y a enfin que les structures socio-économiques assurent que les échanges sont équilibrés et que des structures ad hoc permettent l’accès possible aux plus hautes fonctions. Chez lui il ya socialisation de la justice dans ses deux formes, lesquelles ne sont pas opposées, ni séparées mais combinées. Et ce qui les combine, c’est la réciprocité, c’est la « mutualité ». 

 

C’est la mouise… pour les peuples européens

Classé dans : politique — 15 mai, 2010 @ 4:59

 

La spéculation, depuis début mai, attaque sauvagement les pays européens membres de l’Eurogroupe. L’UE a mis beaucoup de temps à réagir à la crise de la dette grecque qui remonte déjà à plus de huit mois. Les réticences de l’Allemagne à aider un pays « club med » y sont pour beaucoup. Mais la nature même des traités européens avec la monnaie unique, la BCE et le pacte de stabilité, aussi. Dans leur cadre, il était interdit à  la BCE d’acheter des dettes des Etats membres et de faire des emprunts, le déficit budgétaire annuel ne devait pas dépasser 3 % du PIB et la dette 60 %.  La France et l’Allemagne ont outrepassé ces limites en 2005, ce qui a autorisé tout le monde à en faire autant. La BCE ne devait s’occuper que de l’inflation et de la stabilité des prix, aucunement de la croissance et de l’emploi ni de l’inflation immobilière ou des actifs financiers. 

Il en ressort que la politique monétaire, rigoureuse sur demande de l’Allemagne pour abandonner le mark au profit de l’euro, dépend de la BCE, de même que celle du taux de change de l’euro, lequel est descendu hier 14 mai à 1,23 dollars pour 1 euro, pour le plus grand bien de la Germanie qui est le seul pays vraiment compétitif et exportateur (au 2/3 dans l’UE !) au plan international. Les pays n’ont plus la possibilité de dévaluer (au profit des Gibbies qui ont laissé la livre se déprécier de 25 %) pour retrouver de la compétitivité par les prix. Il ne reste que la politique budgétaire et fiscale ou la stratégie industrielle et commerciale. 

Les grands manitous de la construction européenne, dès le départ avec le mort Schumann et compagnie, puis le curé Delors (sans Barre) ont pensé que le processus d’unification économique entraînerait l’unification politique ; ensuite que la monnaie commune serait le ressort d’une politique économique, fiscale et budgétaire commune. On voit les résultats puisque rien de tel n’existe. On n’a que le grand marché de la « concurrence libre et non faussée », y compris et surtout pour la libre circulation des capitaux, et la sacro-sainte monnaie unique. Ces deux dimensions sont en fait les mâchoires d’un étau qui met les peuples européens en concurrence les uns avec les autres et conduit au chacun pour soi, qui est devenu avec la crise un sauve-qui-peut. Cet étau fonctionne tout seul sans que les gouvernements puissent le desserrer. Cela a été voulu : par les Rosbifs qui ont saboté l’Europe en permanence dès leur entrée en 1973 grâce à Pompidur et ont toujours voulu uniquement d’une zone de libre-échange dominée par les USA, par les Teutons qui ont vu là le moyen de dominer par l’économie et qui ont poussé à l’élargissement à l’Est après la chute de l’URSS (Etats amis, atlantistes, nouveaux marchés et espace de main d’œuvre bon marché, donc comme leur zone d’influence au détriment des pays du Sud de l’Europe), par la France qui abandonnait le leadership économique de l’Europe aux Prussiens, qui protégeait son agriculture et qui s’imaginait garder la puissance politique et militaire. 

Nos grands politicards pro-européens ont tout simplement oublié que c’est l’Etat qui crée la monnaie et non celle-ci celui-là. Alors chacun a mené une politique à la fois commune et différente. Commune au plan économique du « marché total » ouvert à tous les vents internationaux, alors que d’autres pays faisaient du protectionnisme camouflé,  et au plan du financement des déficits budgétaires par l’emprunt à l’étranger. En fait, les gouvernements ont le plus souvent laissé filer la dette car on pouvait emprunter moins cher sur le marché international des capitaux bourré de pétrodollars et des excédents commerciaux des pays émergents. De plus, cela leur permettait de ne pas prendre les mesures nécessaires pour équilibrer le budget, ce qui aurait eu des répercussions sur le climat social au moment exact où les charges sociales progressaient (vieillissement, chômage). Enfin, cela permettait le casino financier favorable aux banques et investisseurs et cela assurait une rente aux prêteurs nationaux, les mêmes du reste qui ont été quasiment exonérés d’impôts. Ce faisant, les pays européens se sont mis d’eux-mêmes sous la coupe des marchés financiers et des spéculateurs. On peut aussi légitimement penser que ce laxisme était voulu ; en effet, au bout d’un certain temps la dette devient insoutenable, comme les trous sociaux, et alors le gouvernement peut crier : TINA, there is no alternative (leitmotiv de Thatcher), il faut sabrer dans les dépenses sociales, privatiser les services publics, n’aider que ceux qui sont vraiment dans la merde. C’est pourquoi, in petto, les gouvernants se réjouissent du label Hellène : il faut faire comme lui, prendre d’impopulaires mesures d’austérité afin de sauver la rente, le casino financier et le capitalisme « libéral ». Et les peuples européens sont maintenant en train de comprendre que la fête est finie ; on passe à l’austérité partout, plus vite que prévu, à cause de la spéculation internationale. Laquelle n’est pas totalement injustifiée car l’Europe a, comme les USA, vécu au-dessus de ses moyens en régime capitaliste de concurrence sauvage et mondialisée. 

Commune aussi dans les visées gouvernementales : instaurer le règne du libéralisme, faire prévaloir l’idéologie libérale des « marchés efficients », faire régner le fric, récompenser le « mérite », la prise de « risque », punir les feignasses assistées qui vivent aux crochets de l’Etat, sacraliser la propriété et le patrimoine.  C’est pourquoi, partout, les gouvernements se sont lancés dans la course au moins-disant social ou fiscal et ont favorisé les riches et les entreprises en supprimant ou baissant leurs impôts. NAP-au-LEON, empereur des Français de Neuilly-Auteuil-Passy au Léon breton, a du reste fait très fort en 2007 (bouclier fiscal, presque plus de droits de succession, aides à l’accession à la propriété, etc.). Soit dans les 30 milliards en moins pour les recettes publiques, dont 20 pour les riches ; à quoi s’ajoutent les 75 milliards des 468 niches fiscales nouvelles ou anciennes, les 63 milliards d’aides aux entreprises (plus sans doute dans les 100 milliards de fraude fiscale ou sociale), les 4 milliards pour les heures.sup détaxées, les 3 milliards pour la restauration (TVA à 5,5 au lieu de 19,6). On comprend pourquoi le budget monte en 2010 à 450 milliards dont 150 de déficit. 

Mais différente aussi car chaque pays a dû se battre avec les moyens du bord. Les Fridolins ont maximisé leur avantage comparatif et compétitif en sauvant leurs capacités industrielles : sous-traitance délocalisée à l’EST tout en gardant les productions de haute technicité, purge sociale sous Schröder-Hardt, TVA sociale, le tout correspondant à une dévaluation-compétitivité de 10 %. Evidemment sur le dos des autres pays qui ont vu leurs importations de Germanie s’accroître et leurs exportations diminuer. Mais rira bien qui rira le dernier ; en effet si ces autres pays entrent en période de déflation, par suite de leurs politiques d’austérité au moment même où il faudrait relancer l’économie, alors les Saxons ne pourront plus y exporter. Mais les Doriphores sont tenaces et coriaces : ils visent sans doute une zone Mark constituée avec l’Europe de l’EST. 

Les Grands-Bretons ont poussé, via notamment les paradis fiscaux comme les îles Anglo-Normandes, sur la finance qui représente 13 % de leur PIB (en 2007) et 20 % de l’emploi (avec les emplois induits). Ils n’ont rien épargné (taux d’épargne -4 % du revenu contre + 11 en France) et se sont livrés aux délices de l’immobilier à crédit. Ils ont encore 16 % de leur PIB dans l’industrie mais celle-ci a été largement achetée par l’étranger. L’Anglais est endetté à hauteur de 154  % de son revenu contre 75 en France. Les Ibères-Nation ont tout mis sur le tourisme et l’immobilier et n’ont à côté aucun secteur d’exportation et de compétitivité. La verte Erin a attiré les sièges d’entreprises internationales par un impôt sur les sociétés à 12 % contre 30 en moyenne européenne, a vécu à crédit et à l’immobilier. Patatras. Le Coq gaulois a laissé filer les déficits pendant 30 ans, saboté sa petite industrie au profit des grands champions nationaux (ex-grands projets gaulliens ou entreprises publiques) plus ou moins privatisés, délocalisé, y compris des secteurs clefs, ce qui fait que la France n’a plus que 15 % de son PIB dans l’industrie, a joué le jeu de l’emploi déqualifié détaxé de cotisations sociales jusqu’à 1,6 SMIC. Résultat : 48 milliards de déficit de la balance commerciale en 2009, stagnation des salaires pour ne pas dépasser le seuil de 1,6 SMIC, non-développement des emplois qualifiés vers la recherche et l’innovation, croissance molle depuis longtemps. 

Donc les marchés financiers et les spéculateurs savent très bien que les pays européens, dans l’ensemble, sont trop endettés et auront une croissance très faible (0,1 % en France au 1er trimestre 2010 contre 0,4 attendu) faute de compétitivité et par manque de consommation ratiboisée par l’austérité. Ce qui fait que des doutes spéculatifs sont permis sur leur capacité à rembourser leur dette. Les gouvernements en 2008/2009 ont sauvé et renfloué les banques en transformant les dettes privées (des banques et financiers et autres assureurs) en dettes publiques. Maintenant, lesdites banques et les spéculateurs jouent contre l’euro à cause des dettes publiques qui ont grimpé en flèche pour les soutenir lors de la crise des liquidités de 2008. Les gouvernements sont alors pris à leur propre piège et, attaqués, doivent précipiter les mesures de restauration des équilibres budgétaires. Evidemment sur le dos des peuples, des petits, des sans grades car il n’est pas question de toucher à l’ordre libéral. 

 Les banquiers et financiers le savent et se moquent des gouvernements qui ne peuvent que serrer le kiki à leurs peuples. Non, la crise n’est pas finie, loin de là ; on va vers la déflation à la grande joie des USA, de la Chine et des autres pays émergents. Après tout, pourquoi ces peuples de l’ex-Tiers Monde n’auraient-ils pas droit au luxe occidental ? Le problème c’est que ce n’est pas eux qui en profitent : ce sont leurs gouvernements, leurs politicards, leurs financiers, leurs industriels. On le voit bien en Chine où l’exposition de Shanghaï va montrer la radicale coupure de classes sociales entre les « mingongs » (émigrés des campagnes en ville et démunis du passeport de cette ville, donc sans droits, pas même à l’école pour leurs enfants), la classe moyenne, la paysannerie et les riches. 

Les gouvernements ont sauvé le soldat Goldman-Sachs qui a aidé la Grèce à maquiller ses comptes, vendu des titres pourris qu’elle avait fait coter au mieux par les agences de notation et qui maintenant spécule contre les dettes de l’Europe. Elle a eu recours à son instrument favori, le Credit Default Swap (CDS, échange de défauts de crédit) dont elle est à la fois le créateur et le vendeur. C’est une assurance contre les risques ; quelqu’un (un fonds de pension ou autre) qui a un gros paquet d’obligations d’un trésor européen craint sa perte de valeur par risque de non-remboursement. Il achète une assurance CDS dans laquelle le vendeur dudit CDS s’engage à couvrir les pertes et touche donc une prime fonction du risque de défaut. Et ensuite les spéculateurs sur les dettes achètent du CDS à tout va en jouant à la baisse de la devise et de la dette concernées. Plus le prix des CDS augmente (car le risque sur le  «  sous-jacent », c’est-à-dire l’actif de base dont le CDS est un « produit dérivé », à savoir la dette, augmente) plus le pays emprunteur voit ses taux d’intérêt augmenter. Ce qui nous fait une jolie boucle auto-réalisatrice. Les G 20 ne devaient-ils pas réguler et contrôler la phynance ? 

Le taux de change

Classé dans : politique — 10 mai, 2010 @ 5:28

On sait que depuis 1973 les monnaies sont flottantes. Ce qui revient à dire que ce sont les marchés (monétaire, des changes, financiers) qui fixent leur valeur relativement les unes aux autres. Par aiileurs, les différents pays ont emprunté à tout-va sur les marchés financiers internationaux, ce qui les a mis sous leur coupe. Les spéculateurs sont alors à l’affût et suivent de près le niveau d’endettement des Etats de même que leur fiabilité de remboursement. C’est ainsi que la Grèce, qui avait triché avec l’aide payante de Goldman Sachs, s’est retrouvée bien dépourvue quand la bise fut venue début 2010. Depuis, les PIGS (Portugal, Italy, Greece, Spain), suivant le surnom que les britanniques leur ont donné, sont dans l’œil du cyclone et la Commissions européenne et l’euro-group jouent les pompiers. L’euro est descendu à 1,27 dollars avant de remonter par suite de la décision du 9 mai de créer un fonds de soutien européen de 60 milliards (violation du traité de Maastricht et du pacte de stabilité qui prévoient que l’UE ne peut aider un de ses membres en difficulté) et un « mécanisme » de garantie de 440 (rachat des dettes d’un pays en empruntant sur les marchés financiers internationaux), plus 250 de plus par le FMI.  L’Europe craint que le taux de change de l’euro baisse trop car à ce moment-là ses dettes libellées en dollars augmenteraient et car cela pourrait déclencher un processus inflationniste (montée des taux d’intérêts en regard du gonflement de la dette) très dommageable pour ses chéris, à savoir les rentiers et autres détenteurs d’actifs. C’est la raison pour laquelle la Grèce ne peut se retirer de l’euro, solution gentiment suggérée par les Teutons (qui ont ruiné le pays en l’occupant en 39/45), car sa dette atteindrait des sommets astronomiques en dollars. Déjà qu’elle ne peut pas rembourser…    

Pourtant, du temps où il existait des monnaies nationales en Europe, la dévaluation, donc l’abaissement du taux de change de la devise du pays, permettait de retrouver de la compétitivité par les coûts pour exporter et améliorer la balance commerciale. L’inconvénient était un renchérissement des importations et donc de l’inflation importée. Mais alors, les Etats conservaient la maîtrise de leur politique monétaire : taux de change, taux d’intérêt, masse monétaire. Avec l’euro et la BCE, ces fantaisies ne sont plus de mise. Il en reste plus aux pays que leur politique budgétaire (sous réserve d’observer les critères du pacte de stabilité monétaire : pas plus de 3 % de déficit et 60 % du PIB d’endettement),  industrielle (sous réserve de respecter les règles de la concurrence et de ne pas créer ou entretenir de monopoles) et fiscale dans certains domaines (le taux de TVA est par exemple encadré).   

C’était malin. En effet, avec l’euro, d’un côté, et les règles économiques et commerciales de la concurrence ouverte, libre et non faussée, de l’autre, et sans politique du change et avec un budget limité, les pays adhérents à l’euro se mettaient dans une situation intenable par hyper concurrence entre eux. C’était un bon moyen de pousser les gouvernements à mettre en place le libéralisme sauvage conforme aux saintes écritures du marché total qui équilibre tout et aboutit à l’optimum. Ce fut alors chacun pour soi et Dieu pour tous. Ainsi l’Allemagne s’est lancée dans les années 90/2000 dans une politique de désinflation compétitive (baisse de ses coûts) pour exporter dans les autres pays et accumuler des excédents commerciaux, exactement comme dans les rapports entre les USA et la Chine. Pour ce faire, la Teutonie avait besoin de la monnaie commune et du pacte de stabilité qui, en fait, ne faisait que changer le mark de nom. La Germanie (tous pour Hun, Hun pour tous) pouvait ainsi forcer ses concurrents soit à faire pareil qu’elle, soit à voir se dégrader leur situation au profit des Tudesques. Nos voisins d’Ultra Rhin gardaient leurs saucisses et avaient Francfort comme siège de la BCE. La France suivait avec le franc fort.  Pourquoi Tonton Mythe Errant a-t-il passé ce deal  en contrepartie de son (l)aval à la réunification saxonne? Pétain, mais c’est bien sûr. Ce n’est sans doute pas par intelligence prospective vu que celui-ci était parfaitement défavorable à la France. C’est sûrement parce que c’était un bon moyen de mettre le pays entre les mâchoires d’un étau (pas de degré de liberté du change et concurrence échevelée) qui obligeraient son peuple indocile à baisser pavillon devant les mécanismes fatals et automatiques de l’économie européenne libéralisée. En effet, le gouvernement, obligé de prendre des mesures pour soutenir la concurrence (mise en place de tous les poncifs libéraux résumés dans le consensus de Washington) de la France avec les autres pays, pouvait dire à ses électeurs grugés : ce n’est pas moi, c’est l’UE. Les Prussiens n’avaient pas non plus bien réfléchi aux conséquences à long terme de leur attitude. Ils ne rêvaient que de reconstituer le grand Reich et de dominer l’Europe par le bais de leur politique monétaire rigoureuse. Ce ne fut donc pas machiavélique car les dirigeants politiques ne pensent pas, sauf aux prochaines élections.    

Le résultat est que, avec la crise grecque accompagnée de la situation calamiteuse de l’Espagne et autres, dont l’éternelle France, l’euro est en danger. Même les Casques-à-Pointe ont fini par comprendre qu’il fallait le défendre car si les autres pays sont entraînés dans la tourmente, l’Allemagne ne pourra plus rien leur vendre et ses habitants travailleront pour le roi de Prusse. De plus, les banques tudesques ont beaucoup d’argent en Grèce (comme la France à hauteur, elle, de 53 milliards d’euros) et le non-remboursement des dettes grecques auraient des conséquences fâcheuses sur celles-ci. Et l’UE se rend enfin compte qu’on ne peut pas unifier l’Euro-group, constitué de pays très disparates à tout point de vue, à partir de l’unicité d’une monnaie et du seul marché : il faut aussi des politiques et des règles communes en matière fiscale, budgétaire, il faut une politique économique et industrielle européenne avec une « gouvernance » formalisée, il faut des règles et un contrôle de la fiance communs. La route sera longue car les égoïsmes nationaux prédominent, Anglais en tête qui se sont bien gardés de rejoindre l’euro-group et ont rejeté la partie sociale du traité de Lisbonne. Ils ont donc pu laisser descendre la livre afin de redevenir compétitifs en coûts et de continuer à jouer au Monopoly financier qui fait 20 % de leur population active. Sinon, la dette, puissant acide prussique des taux de change contrôlés par les marchés financiers, ne pourra être gérée que pays par pays suivant la bonne vieille stratégie des Horaces et des Curiaces ou plutôt des Voraces et des Coriaces. 

La dette

Classé dans : Non classé — 8 mai, 2010 @ 11:39

En France un banquier du privé, mais oui, a été chargé d’examiner le problème de la dette du pays. Ce qui a transpiré de son rapport avait pour but d’effrayer le bon peuple : environ 1 200 milliards d’euros de dette publique en 2007, à laquelle il fallait rajouter les engagements de l’Etat en matière de retraites des fonctionnaires. C’était amusant parce que le versement des retraites est un flux alors que la dette est un stock. On rigolait aussi  parce que M. Pébereau, président de la BNP, ne déduisait pas de la dette les actifs de l’Etat, dans les 500 milliards à l’époque. L’étude évacuait la dette privée. Et pour cause parce que le solde des dettes des Français considérés globalement (ou entreprises), une fois décompté les créances sur l’étranger, était légèrement positif. Il n’y a donc pas de dette privée française vis-à-vis de l’étranger. Rien d’étonnant à cela parce que les Français épargnent 12 % de leur revenu (-4,4 % au R-U) et ne sont endettés qu’à 75 % dudit revenu (153 % en G-B). Par ailleurs, les avoirs privés des Français avoisinent les 10 000 milliards d’euros en 2010. Depuis, le vertueux gouvernement, qui avait commandé ce rapport pour insinuer dans l’esprit des gens qu’ils allaient devoir se serrer la ceinture, notamment en ne remplaçant pas 1 fonctionnaire partant en retraite sur 2, a multiplié les largesses pour les riches et les entreprises (il y en a pour 30 milliards en plus depuis 2007) tout en créant une vingtaine de petites taxes par ci par là supplémentaires. Patatras, la crise est survenue en 2008 en Europe. En 2009, le déficit budgétaire a grimpé à 7,5 % du PIB (norme de l’UE, pas plus de 3) et la dette, sans cesse accrue par les déficits, à 1 485 milliards (77,8 % du PIB, contre 60 % de norme européenne). Et ce n’est pas fini malgré une toute petite reprise de la croissance (1 % espéré en 2010).     

Et voyons cette pauvre Grèce grugée par le gouvernement droitier de Caramanlis qui a passé la patate chaude à Papandréou le socialo. Elle a appelé l’avaricieuse UE au secours. Elle a 273 milliards d’euros de dette, soit 115 % de son PIB ; son déficit est de 13,6 % du PIB ; les agences de notation, US comme par hasard, lui ont serré le kiki en abaissant la note de ses emprunts et désormais si elle emprunte toute seule elle doit payer 9 % de taux d’intérêt (l’Allemagne ou la France, 3). Du coup les hedge funds spéculent à la baisse et à découvert sur sa défaillance. Pourtant le Japon, en stagnation dans les années 90-2000, a une dette publique qui représente 220 % de son PIB et n’est pas visé par les spéculateurs ou les agences. Why ? C’est parce que la dette publique japonaise est détenue par les Japonais à près de 95 % (environ 40 % pour les Gibbies pour une dette publique de 85 % du PIB fin 2009). Or les pays occidentaux, USA en tête comme toujours et promptement imités, avaient choisi l’endettement pour faire face à la croissance de leurs dépenses notamment sociales ; et ils avaient préféré emprunter à l’étranger car il y avait d’énormes liquidités flottantes (rente pétrolière, etc.) cherchant à se placer sûrement. C’est ce qui explique le succès de la doctrine de la libre circulation mondiale des capitaux. On pouvait placer les emprunts d’Etat ou des entreprises publiques comme EDF facilement à l’étranger. Les vannes furent ouvertes en France sous les excellences mitterrandiennes, les Delors, Fabius, DSK, etc. La dette doit être remboursée et les intérêts servis, ce qui pèse sur le budget de l’Etat : en prévision pour 2010, la France doit supporter 43 milliards de service de la dette, soit pas loin de la recette procurée par l’IRPP (48,9). Servir la dette, intérêts et principal, revient donc à se passer de dépenses utiles comme si le « coût d’opportunité » (c’est la perte subie par rapport à un placement plus avantageux) de celle-ci était inférieur aux avantages de ces dernières.   

La France put donc commencer à tirer des chèques en bois sur un avenir à crédit et ne pas faire de réformes structurelles. Ce n’était plus l’Allemagne paiera mais l’étranger prêtera le pognon. Comme les gouvernements ne cherchent qu’à se dépatouiller à court terme de leurs ennuis sans réfléchir aux conséquences à long terme, ils ne virent pas qu’ils mettaient d’eux-mêmes leur pays sous la coupe des marchés financiers et en plus sans créer une puissante agence européenne de notation, laissant ainsi aux USA le soin de les assommer ultérieurement. Vous me direz que les USA empruntaient eux-mêmes à tire larigot pour financer leurs déficits budgétaires et commerciaux. Certes, mais le dollar est la seule monnaie de réserve internationale puissante et quasi monopoliste et les Chinois en profitèrent pour le deal : je t’achète tes obligations du trésor en dollars si tu me laisses vendre ma camelote chez toi. Comme le dollar est accepté et recherché par tous les pays hors zone Euro, les USA peuvent tranquillement emprunter ou laisser tomber le cours du dollar en faisant tourner la planche à billets. Ce n’est pas le cas de l’UE qui, du reste, se l’est interdit avec le traité de Maastricht, la monnaie unique et l’indépendance de la BCE. Ce qui explique du reste que les Teutons qui critiquent la Grèce vont quand même s’exécuter en leur prêtant car si non toute la zone euro risque de s’écrouler par effet domino : sur la liste d’attente des agences US de notation on a déjà l’Espagne, le Portugal, l’Italie, l’Irlande. Cette générosité n’est pas gratuite, en fait la France va emprunter à 3 % et prêter  à la Grèce les 16,8 milliards sur lesquels elle s’est engagée à 5%. Espérons que cela marche quand même car les banques françaises sont engagées pour 53 milliards dans les dettes grecques. 

Le rapport Pébereau négligeait la différence entre dette publique et privée ; or chez les Gibbies et les Yankees, la dette privée est énorme et supérieure à la publique. En Grande-Bretagne, la dette privée représente 224 % du PIB fin 2009 pour 85 pour la dette publique. Du reste, comme la crise a fait s’écrouler la valeur des dettes privées et des « actifs » qui sont fondés dessus le sauvetage financier opéré par les USA, et autres pays, consiste à substituer de la dette publique à la privée pour maintenir les liquidités nécessaires à l’économie ; Jusqu’où ? La réponse française est sans doute le plus haut et le plus longtemps possible car ce sera le moyen de détruire le modèle social installé en 1945 par application du programme du conseil national de la résistance (CNR) pour instaurer enfin un système libéral de chez libéral. C’est pourquoi le gouvernement joue la montre en attendant les élections de 2012. L’oubli Pébereau sur la dette privée a sans doute quelque chose à voir avec l’idée que celle-ci fait les choux gras des banques qui prêtent par exemple à 20 % pour les cartes de crédit renouvelable ; c’est plus profitable que le taux d’intérêt de la dette publique et c’est assez sûr quand on ne se livre pas aux excentricités rapaces des subprimes.      

Le rapport Pébereau n’a pas l’air de faire la différence entre les emprunts suivant leur destination. Or il y a des emprunts qui rapportent plus qu’ils ne coûtent, par exemple si vous empruntez à 2 % et prêtez à 5 (ce qu’ont fait les banques pour se refaire une santé) ou si vous investissez dans un projet qui vous rapportera bien plus de 2 %. C’est ce que font les hedges funds et les private equities (LBO) en profitant de l’effet de levier de la différence des rendements. C’est ce que font les industriels US en investissant dans des délocalisations en Chien ou ailleurs. C’est ce que pourrait faire la France en grandeur bien supérieure à celle du grand emprunt sarkozyen pour financer l’investissement et la recherche développement. De façon générale, un surplus de dette consacré à l’investissement n’est pas à rejeter au nom d’un principe absolu : la dette, c’est mauvais et ce sont les générations futures qui vont la payer. Mais non car elles vont profiter des investissements s’ils sont réalisés à bon escient au lieu de servir à colmater les trous des dépenses courantes et de fonctionnement. Les emprunts-dettes sont aussi valables s’ils permettent de développer les « externalités positives » : infrastructures de transport, de communication, d’éducation, etc. Ou s’ils permettent des économies futures et diminuent alors les importations ou les frais généraux du pays : économies d’énergie par exemple. C’est ce qu’avait dû dire le rapport Juppé-Rocard qui préconisait un vrai grand emprunt de 130 milliards au lieu des 35 consentis dont 20 déjà engagés auparavant !      

Et la dette n’est pas si mauvaise si elle reste cantonnée dans le territoire national et financée par les Français eux-mêmes. Il faut cependant faire attention à ce qu’elle ne rapporte pas qu’aux rentiers tout en étant payée par les moins aisés, car les impôts qui en découlent servent les remboursements en capital et en intérêts pour ceux qui ont les moyens de souscrire aux emprunts, ceux-là mêmes que le bouclier fiscal exonère. Il faut aussi éviter de prêter aux multinationales implantées en France, fussent-elles françaises, qui en profiteraient pour assécher l’épargne française et bénéficier de l’effet de levier en investissant à l’étranger. L’épargne française doit être réservée aux emprunts d’Etat finançant des investissements ou des externalités positives, au développement des services publics et aux PME, PMI et autres activités locales ou de proximité. La dette doit servir au développement, ce qui ne veut pas dire seulement la croissance comme on le verra ultérieurement. 

Puis survient la crise de la dette grecque par rapport à laquelle l’UE a tergiversé pendant des mois. En ce 6 mai 2010, c’est l’euro et la dette publique des pays européens qui sont dans le collimateur des spéculateurs, lesquels ne font pourtant qu’exploiter la situation dans laquelle ils se sont mis. Aussitôt l’UE bande ses muscles de toute urgence pour faire front. Mais nos braves dirigeants européens restent dans l’optique du marché total sans voir que c’est celui-ci qui a créé les déséquilibres structurels commerciaux et financiers (USA/Chine et Allemagne/ UE) qui minent leur économie. On se contente de rustines sur les problèmes financiers. Pourquoi ? Parce que, en réalité, la crise est une « divine surprise » pour tous ces dirigeants libéraux qui veulent sauver le soldat capitalisme. En effet, grâce à elle, ils vont pouvoir accélérer leur programme de destruction de l’Etat-providence dans tous les domaines sociaux et des services publics. La France vient de sortir son plan « d’austérité », celui-là même qu’elle avait soigneusement camouflé avant les élections régionales. L’exemple de la Grèce montre ce qui pend au nez des peuples européens. Oremus, mes biens chers frères.

 

 

La raie publique

Classé dans : Non classé — 1 mai, 2010 @ 11:12

Celle-ci vient de ce que le peuple est aujourd’hui sans cesse niqué par les politiciens et autres dirigeants. Le procès Pasqua, père, en Cour de justice de la raiepublique vient de s’achever : non-lieu pour 2 affaires, un an avec sursis sans suspension d’éligibilité pour la 3ème .  Il est vrai que sur les 15 membres du jury, 12 sont des « représentants de la nation », lesquels ont peut être leurs propres turpitudes (Charlie a sûrement des dossiers) et ne mangent pas leurs chers collègues. 

En restant dans le cadre de la Vème raiepublique pour ne pas assommer le lecteur, moult affaires ténébreuses montrent combien la France est une fausse démocratie et une république bananière. Qui se souvient de l’affaire de la Garantie Foncière, de l’enlèvement du colonel Argoud ex-OAS, du meurtre après rapt de Medhi Ben Barka, de l’assassinat de Broglie, de celui de Fontanet, du « suicide » de Boulin, de la tuerie d’Auriol par le SAC dont Charlie était un des fondateurs, de la disparition du pasteur Doucé, des « avions renifleurs » de Chalandon (et des « chalandonnettes »), etc. ? Plus près de nous, il y a eu les fausses factures pour financer les partis politiques. Seul le PS a été condamné (affaire URBA) bien que la chose ait été bien répartie et ensuite amnistiée. Le PR (Par exemple M. Longuet) a eu droit à une relaxe. M. Chirac avait mis Paris en coupe réglée pour rester maire et préparer ses campagnes présidentielles ; plus d’une douzaine d’affaires l’ont concerné : fausses factures, corruption des marchés publics, « frais de bouche », liasses de billets pour payer ses voyages, emplois fictifs d’amis de Corrèze ou de politiciens pour son staff, etc. Le sieur (car c’est une huile) vient enfin d’être mis en examen après une longue latence pour cause d’immunité présidentielle. Il y a eu les marchés corrompus pour la rénovation des lycées d’Ile de France dans laquelle tous les partis touchaient au prorata de leur poids politicard dans la région. Nous eûmes l’affaire ELF et vedettes de Taïwan. Nous avons maintenant l’affaire des sous-marins livrés au Pakistan moyennant  grosses commissions et rétro-commissions, Ballamou regnante pour l’élection présidentielle de 1995, Tsarko étant ministre du budget et principal soutien de « l’Ottoman » aux chaussettes de soie. Le Levantin a été président de la société du Tunnel du Mont-Blanc, sinécure à 50 000 francs par mois pendant que ladite société méprisait les questions de sécurité ce qui déboucha sur un incendie qui fit 39 morts. On a vu DSK  soupçonné d’intérêts illégaux à la mutuelle des étudiants (non-lieu). M. Dray a vu le boulet passer pas loin parce qu’il faisait de la « montre », mieux qu’une Rolex avant 50 ans. On a bien rigolé jaune avec l’inénarrable procès de l’hipponyme Galouzeau de Villepin pour l’affaire Clearstream même si l’acquittement a été suivi de l’appel du parquet par  un sbire de la présidence, Marin, qui sait naviguer entre deux eaux troubles et dans les gorges profondes, ce qui promet de nouvelles réjouissances en 2011. 

Le président de la rupture n’est pas indemne de tout soupçon. Voir déjà l’affaire Balladur qui remonte avec l’assassinat de 9 employés de la DCN au Pakistan. Mais  on a eu aussi une sombre histoire de travaux menés dans la propriété des bords de Seine d’icelui par une entreprise du bâtiment bien en cours à la mairie de Neuilly. L’affaire a été récusée par le procureur des Hauts de Seine, le bien-nommé « Courroie », nommé par le pouvoir. Certains ont écrit, sans procès en diffamation aux fesses, que M. Sarkozy, du temps où il était avocat d’affaires (sic), portait des valises de billets en Suisse pour le compte d’Henri Leconte, gaucher mais pas gauche pour fuir le fisc français. Mais tant qu’il n’y a pas eu de jugement, l’impétrant est présumé innocent. 

Les édiles locaux et régionaux ne sont évidemment pas hors circuit de la corruption et cela d’autant plus que les lois de décentralisation Defferre, développées par Raffarien,  leur ont conféré bien de nouveaux pouvoirs. Les commissions départementales d’attribution de surfaces de vente pour les grands distributeurs ont facilité la corruption politique en veux tu en voilà. Et les routes et les bâtiments publics et tous les marchés publics ne sont sûrement pas blancs bleus. On sait que les maires délivrent les permis de construire, ce qui a entraîné une palanquée d’affaires de construction dans des couloirs d’avalanche, les sites protégés et dans des zones inondables. On a vu le résultat avec la tempête Cynthia qui a fait 53 morts. Et le pouvoir feint de découvrir le problème alors que celui-ci est patent depuis des lustres. Alors, l’illustre président s’empare du problème avec vigueur. 

Il est clair que l’abus de bien social (ou le recel d’abus) est souvent accompagné de la corruption active des édiles et autres politiciens. Cela tombe mal : le gouvernement se proposait de changer la loi sur les délits d’abus de biens sociaux afin de les faire quasiment disparaître. Las, MAM a dû remettre le projet dans sa poche. Reste le projet d’éliminer le juge d’instruction, indépendant, au profit du parquet, dans la main du pouvoir, avec un vague contrôle par un juge-capitaine ad hoc. Cela ferait s’évanouir toutes les affaires impliquant des politicards et des dirigeants d’entreprise grâce à la procédure des enquêtes préliminaires, lesquelles aboutiraient à l’absence des poursuites. Las, la Cour européenne des droits de l’homme regarde l’affaire avec suspicion pour cause d’autorité judiciaire peu indépendante en France. De plus, les magistrats de la Cour de cassation viennent de s’opposer à la solution gouvernementale et MAM va sans doute revoir sa copie pour ces deux raisons. Rappelons qu’une opportune loi Fauchon, de chez Fauchon, a exonéré les maires et autres de toute responsabilité pénale dans les accidents survenus par suite, par exemple, d’accidents causés par des défauts des installations municipales si l’édile n’en avait pas connaissance. 

On sait aussi que la détention du pouvoir politique a permis de faire passer toutes les lois favorables à la fiance et à la spéculation ; lois votées et mises en place par les politicards de toutes obédiences : suppression du contrôle des changes, liberté de circulation des capitaux, libre-échange dans le tout-marché de la « concurrence libre et non faussée », privatisation des entreprises et services publics, destruction du code du travail, détricotage de la sécu et de la protection sociale, etc. ; avec, pour soumettre le peuple, la profusion des lois répressives. On est donc maintenant dans la réprivée et cela pour deux raisons : d’un côté le pouvoir a été personnalisé et médiatisé (ce que les « primaires » vont accentuer en abaissant notablement le rôle des partis politiques), de l’autre il décide et agit en faveur des intérêts privés contre le bien public, le bien commun, l’intérêt général. 

Et ce n’est pas près de finir. Cette politique est encore jeune et comme l’a dit Jeanne Calment : la république libérale et capitaliste n’a qu’une seule ride et elle assise dessus. cela me rappelle un dessin de Siné en 1968 dans « l’enragé », anagramme de général: un choitte à la turque avec un trou en forme de croix de Lorraine et du papier hygiénique bleu blanc rouge; cela montraait bien la valeur du vote populaire en Raiepublique.

L’esprit de Philadelphie

Classé dans : Non classé — 11 avril, 2010 @ 4:52

Ce titre m’est inspiré par le dernier livre, éponyme, du grand juriste du droit du travail Alain Supiot. Cet auteur nous rappelle que c’est dans cette ville, le 10 mai 1944, qu’a été proclamée la 1ère Déclaration internationale des droits à vocation universelle. Il s’agissait de créer un nouvel ordre international fondé sur le Droit et la Justice, cette déclaration concernant les buts de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Dans la foulée on eut les accords financiers de Bretton Woods et la création de l’ONU, puis, en 1948, la Déclaration universelle des doits de l’homme. O tempora, O mores, les temps ont bien changé. Depuis environ 30 ans les finalités et valeurs d’un monde respectueux de la dignité humaine et de la justice sociale, finalités proches de celles procurées par le Conseil National de la Résistance en France qui présidèrent à la mise en place dans notre pays d’un Etat providence et lancèrent la période des « 30 glorieuses » (1945-1975), ont été éradiquées par le libéralisme moderne. Ce dernier repose sur une foi aveugle dans la perfection du marché autorégulateur qui harmonise spontanément les intérêts et affecte au mieux les ressources. Il n’y a rien de mieux que « l’ordre spontané du marché » (Hayek), que l’ouverture totale des frontières aux échanges internationaux, laquelle permet à chaque pays de faire valoir ses « avantages comparatifs » (Ricardo, devenus « compétitifs dans la novlangue actuelle) dans la division internationale du travail, que la libre circulation des capitaux à l’échelle planétaire qui permet d’allouer l’argent disponible aux investissements les plus utiles (lire rentables).

La chose a été « démontrée scientifiquement » par la théorie de l’équilibre général, devenue la science économique « normale » (Kuhn) en économie. Mais seulement à certaines conditions (par exemple, information pure et parfaite, homogénéité des préférences [les consommateurs ont la même psychologie], réversibilité des investissements [le temps ne compte pas], rationalité des opérateurs, transparence, atomisme des agents, absence de contraintes sur les échanges, etc.) que les journalistes et les politiciens oublient de signaler, conditions évidemment jamais réalisées en vrai. A quoi s’est ajouté la théorie du primat de l’offre sur la demande (resucée de l’idiotie de J-B Say : « les produits s’échangent contre les produits ») propulsée par l’école de Chicago fondée par Milton Friedman, l’économiste préféré de Reagan, Thatcher et… Pinochet. En gros, il s’agit de libérer totalement l’offre, c’est-à-dire les entreprises, de toute contrainte étatique : pas de contrôle des prix, pas de SMIC, pas de freins aux licenciements, pas d’intervention monétaire créatrice d’inflation, ouverture des frontières, etc., de limiter le rôle de l’Etat à la fonction de « veilleur de nuit » et de supprimer les services publics et sociaux Ces bonnes préconisations ont été reprises par tous les gouvernants et tous les « organes » (au sens de Soljenytsine) de la planète. Notamment par le FMI, la Banque mondiale qui imposèrent aux pays en difficulté le fameux consensus de Washington.

La crise mondiale commencée à l’automne 2007 aurait dû faire justice de toutes ces balivernes car elle a montré dans la pratique qu’il n’y avait aucune perfection, encore moins automatique, des marchés. Eh bien, non cela repart comme en 40 malgré les gesticulations des gouvernants au G 20 et les rodomontades de Nicolae Sarkozescu contre les banquiers et la phynance. On continue donc à séparer l’économique du politique, le matériel de la morale ou du spirituel, à nier les besoins des populations et des travailleurs (logement, santé, emploi, éducation et formation, cadre de vie, organismes de défense de leurs droits comme les syndicats, sécurité contre les aléas, dignité) et à détruire la planète pour cause d’accumulation sans frein et de maximisation des profits. Supiot (de Satan aux yeux des libéraux) montre bien comment l’Europe en est arrivé aux extrémités libérales. Il observe que le libéralisme s’est transformé en dogmatisme idéologique très éloigné des considérations de la vieille économie politique des fondateurs comme Adam Smith ou John Stuart Mill. Ce mouvement s’est évidemment lancé parce qu’il y avait des intérêts sordides bien ancrés pour certains acteurs (les multinationales, les financiers, les experts, les « réservoirs de pensée », etc.) et parce que les politiciens n’ont jamais fait que de se dépatouiller le nez au vent des problèmes qu’ils avaient eux-mêmes créés notamment en adoptant les vues des économistes libéraux.

Les gouvernants ont suivi la révolution reaganienne en déréglementant à tout va pour créer les conditions du « marché total » dans tous les domaines. Comme Supiot le montre, la création de l’étau économique (ouverture totale et généralisée des économies dans les marchés de biens, de marchandises et de capitaux à l’international, 1ère mâchoire, et la prégnance des Etats nationaux pour le social, le fiscal ou l’environnemental locaux, 2ème mâchoire), a reposé sur l’accroissement du rôle national des Etats et sur la transformation du droit en instrument manipulable au service d’intérêts particuliers. Cet étau a conduit directement à l’emprise et à la généralisation du moins-disant dans tous les domaines : social, fiscal, environnemental, etc. Il a mis tous les peuples de la terre en compétition les uns avec les autres de façon que tout le monde se trouve sur un toboggan où on ne peut pas s’arrêter ni freiner avant de tomber dans le trou qui le termine. Le droit a perdu sa référence à des valeurs comme la justice ou l’égale dignité des hommes ou la protection des plus faibles. Les idéologues ont au contraire postulé l’affaiblissement de l’Etat et même la disparition de la politique (Fukuyama). Ils ont, du reste, tout fait pour que la prophétie se réalise au niveau international puisque des organes experts, dépourvus de la moindre légitimité démocratique (Commission européenne, OMC, FMI, organes de normalisation, notamment comptables, etc.), propulsent de nouvelles règles de dérèglementation (en fait de substitution d’une nouvelle réglementation libérale) au profit des acteurs économico-financiers. Et chaque fois que les peuples ont dit non, comme ce fut le cas en France lors du référendum sur le traité constitutionnel européen, refusé à 55 % des voix en 2005, les gouvernants se sont arrangés pour violer leur souveraineté.

 Dans le cadre de l’étau économique mondial mis en place, effectivement l’Etat local a perdu du pouvoir. Cela a été compensé par son renforcement à l’échelon national. En effet, il faut un Etat fort et peu démocratique pour imposer aux peuples les restrictions de son rôle social et donner de nouvelles lois qui les forcent à s’y plier. C’est pourquoi on a observé que moins l’Etat est protecteur pour s’adapter à la concurrence internationale en étant « compétitif » plus il est devenu répressif pour le commun des mortels et indulgent pour les crimes en col blanc. Mais l’Etat local, de plus en plus centralisé et autoritaire, comme on le voit en France avec la présidence bonapartiste de Zébulon 1er, est malin ; il a camouflé l’extension de ses pouvoirs par la mise en place de prétendues « autorités » indépendantes (par exemple, la Commission de régulation de l’énergie ou la Haute autorité de la santé, etc.) dont il organise la composition, définit le rôle et nomme les membres… Et il se défausse de ses responsabilités en disant : ce n’est pas moi, c’est l’Europe, c’est l’OMC, etc.

En fait, l’Etat n’est pas moins fort qu’avant au plan local ; il a été tout simplement privatisé, comme le droit. Ce n’est pas étonnant car en France les grands serviteurs de l’Etat ont fait place aux avocats d’affaires et aux USA, depuis longtemps, les sphères du pouvoir sont envahies par des banquiers et soumises aux lobbys en tout genre (notamment des labos pharmaceutiques et des assureurs). Le droit n’est plus édicté en fonction du bien public et de l’intérêt général ; il est instrumenté en faveur des milieux privés et des riches. De ce point de vue, les trois 1ères années de la présidence de Gnafron 1er sont particulièrement éclairantes : extension du bouclier fiscal pondu par l’hipponyme Galouzeau de Villepin, suppression de l’impôt sur les successions et sur les donations et de la taxe professionnelle, diminution des cotisations sociales des entreprises, crédits d’impôts pour l’accession à la propriété, travail en plus pour gains en plus (heures sup détaxées), une vingtaine de petits impôts supplémentaires pour le vulgum pecus, réformes, au profit de gestionnaires nommés, des hôpitaux et des Universités, déremboursements de sécurité sociale, réforme du droit du travail (bientôt des retraites), giclées ininterrompues de lois répressives (droit pénal), mise en place d’un gouvernement bis de conseillers de l’Elysée, future suppression du juge d’instruction avec mise au pas du parquet, etc. de façon générale, il y a simultanément privatisation du droit et augmentation des pouvoirs de l’exécutif (l’augmentation des droits du parlement, comme les faits le prouvent, est un faux-semblant), personnalisation du pouvoir via un aréopage de fidèles et les nominations de féaux aux postes de responsabilité (avec limogeage de ceux qui ne plaisent plus ou auraient failli dans l’application des directives sarkozyennes). Entre 2002 et 2008, 30 milliards ont été ainsi sortis des impôts dont 20 en faveur des riches.

Supiot nous rappelle que les grands penseurs du politique, comme Hobbes, avaient bien montré que la société civile ne peut s’installer dans la durée sans assurer la paix, la sécurité, la justice et le bien commun. Dans ce cadre, le droit est essentiel car il est le moyen primordial de la puissance souveraine et publique pour faire respecter et développer un pacte social suffisamment juste pour faire l’objet du consensus des citoyens. Quand il n’y a pas d’instance arbitrale, tierce et neutre, à la fois politique et juridique, au-dessus des parties, comme l’a vu Hobbes, il n’y a pas de société civile. Il n’y a que la « guerre de tous contre tous » où « l’homme est un loup pour l’homme », il n’y a qu’une juxtaposition de sauvages en compétition dans le « struggle for life » cher à Spencer et aux racialistes. Eh oui, en privatisant le droit et en le cassant, les libéraux ont en fait ré-institué une jungle darwinienne. C’est pourquoi ils parlent de « gouvernance », comme dans une entreprise, et non de gouvernement, de « régulation » (terme sociologique, depuis la catastrophe) et non de réglementation (terme juridique). Ces termes évacuent le politique comme instance suprême de la société civile et le droit comme règles pour les rapports sociaux et le bien commun.

Supiot ne dit pas que, en réalité Hayek a perdu la partie libérale ; il ne jurait que par l’ordre spontané du marché et aussi la quasi disparition de l’Etat. Ce qui a gagné, c’est « l’ordo-libéralisme » inventé par les Prussiens (au sens figuré) dans les années 30. Cette doctrine disait clairement que l’Etat, le pouvoir politique, devait imposer juridiquement un ordre favorable à la liberté économique des renards libres dans les poulaillers libres. Et elle est devenue après la guerre la clef de « l’économie sociale de marché » chère à Ehrard (humanum est). Depuis, au sein de l’UE les Teutons se battent pour imposer cette conception. Cela tombe bien car elle converge avec celle des anciens pays de l’Est ralliés à l’UE à qui-mieux-mieux avec l’élargissement de l’Europe au lieu de son approfondissement et de sa transformation en vrai Etat fédéral. Cela sied bien aussi au cheval de Troie anglo-saxon et hyper libéral qu’est le Royaume-Uni (le Supion britannique associé au calamar géant US) depuis son entrée dans la communauté. On peut donc dire que l’élargissement et les traités libéraux (ensuite poussés par les entrants en provenance de l’Est qui sont aujourd’hui la majorité des 28 membres de l’UE) ont forgé l’Europe purement économique et ultra libérale que nous connaissons.

A la différence du libéralisme politique, qui est fondé sur la démocratie et l’Etat de droit respectueux des libertés et sécurités des individus, le libéralisme économique repose sur le dogmatisme, le culte du progrès et sur l’instrumentation du droit. En face, le communisme, qui s’est effondré en 1989 (mur de Berlin) et en 1991 (disparition de l’URSS), est analogue : scientisme, progrès des « forces productives », dogmatisme marxiste, suppression du droit individuel au profit des gouvernants. Ce sont donc des frères jumeaux. Il n’est pas surprenant qu’avec la disparition du socialisme collectiviste en Europe, ils soient devenus siamois. Les dirigeants de l’Est n’on fait que changer de dogmatisme sans abandonner leur conception utilitariste de l’ordre juridique manipulable à volonté pour favoriser les desseins des gouvernants. Cela convenait aux vues des gouvernements libéraux et de socialisme en peau de lapin de l’Ouest et aux approches thatchériennes des Gibbies, reprises par Blair le fidèle toutou de Bush. Du reste Thatcher l’aurait dit : on lui aurait demandé sa plus grande réussite ; elle aurait répondu Blair. Cela correspondait aussi aux idées des socialistes français comme les Fabius, les DSK et autres Delors (en barre). Exit donc le programme de Philadelphie et celui du CNR dont l’es-maoïste Kessler demande la destruction.

Car, vous l’aurez noté, les nouveaux maîtres socialistes ou libéraux sont souvent des anciens collectivistes ou apparatchiki reconvertis en oligarchie et dirigeants d’entreprises privatisées, par exemple en France ou en Russie. Les pauvres Russes après 70 ans de communisme ne comprenaient rien à l’essence du droit ; les Occidentaux leur ont alors fourgué leur nouvelle conception instrumentale de cette instance fondée sur la morale de la dignité humaine et de l’intérêt général. Ce fut pratique pour offrir à prix cassé les anciens combinats aux oligarques et aux financiers européens. Bon appétit, messieurs…

Des effets positifs de la crise… pour certains

Classé dans : Non classé — 5 avril, 2010 @ 11:24

La crise ne fait pas que des malheureux ; certaines catégories sociales tirent leur épingle du jeu et ont même intérêt à sa perpétuation. On a naturellement les banquiers et autres financiers qui y trouvent de nouvelles occasions de spéculation. Par exemple, en jouant contre l’Euro par attaque des « maillons faibles » de l’UE, à savoir la Grèce et autres « PIGS » (Portugal, Italy, Greece, Spain). Le but est de faire monter les taux d’intérêt des emprunts des pays en difficulté en sachant que l’UE est construite de telle façon que chaque pays joue solo et que l’aide directe de la BCE et des Etats membres à leurs collègues est interdite par les règles de l’Eurogroup cristallisées dans le traité de Maastricht. On vient de le voir : une promesse d’aide conditionnelle sous forme de garantie d’emprunts et de prêts (2/3 Eurogroup, 1/3 FMI) vient d’être péniblement accouchée sous la houlette de la résistive Angela Merckel et de l’agité Zébulon 1er. La stratégie consiste à acheter à crédit (avec un dépôt de réservation très faible, c’est-à-dire « à découvert) et à terme des dettes européennes à un prix donné en espérant que la valeur desdites dettes baissera avant l’échéance. On observe que ces spéculations ne sont toujours pas interdites. De même, les prix des matières 1ères et des produits agricoles sont victimes de la crise, ce qui procure de bonnes occasions de spéculer à la baisse sur des marchés boursiers inorganisés (non réglementés) dits de « gré à gré » qui autorisent les échanges à découvert. Malgré les effets de manche de l’avocat présidentiel ces marchés existent toujours sans régulation.
Les banques, renflouées par les Etats, en profitent pour emprunter auprès d’eux à bas taux pour prêter à un taux plus élevé en finançant par exemple des spéculations plus juteuses que de prêter aux entreprises (surtout PME, PMI) comme on le voit en France malgré les injonctions du pouvoir leur demandant d’accroître le volume des prêts. Il ne reste pour prêter que le fonds OSEO créé par l’Etat. Du coup, les faillites pour manque de trésorerie se multiplient, ce qui est camouflé derrière le grand succès des auto-entrepreneurs dont le revenu mensuel moyen pour cette activité est de 600 euros en sus des indemnités de chômage ou d’une petite retraite. Les faillites font des heureux car la vente des biens industriels ou commerciaux des faillis se fait sous forme de braderie dans laquelle les concurrents encore en lice font des emplettes à prix cassés. Par ailleurs, la crise a entraîné une baisse de 40 à 60 % des cours des titres des entreprises cotées, ce qui permet à la Chine, notamment, de se payer de belles entreprises comme VOLVO, achetée 1,8 milliards alors que Ford l’avait payée 5,8 il y a 5 ou six ans. Les concurrents peuvent donc absorber leurs ennemis, par exemple avec un emprunt qui fournit de bons intérêts et des commissions aux banques ou en raflant les titres en bourse ou en rachetant pas cher une entreprise sous LBO prise à la gorge par la crise et surtout le fait qu’elle doit payer (principal et intérêts) son propre achat antérieur par un fonds spéculatif (c’est le principe même du LBO, toujours non-interdit).
Les faillites des entreprises et celles des personnes surendettées font le bonheur des professions de charognards. Les huissiers prospèrent comme les syndics de faillite. Sont heureux aussi les propriétaires encombrés par des baux en cours et qui peuvent se servir de défauts de paiement de loyers pour virer les locataires et relouer plus cher et plus sûr. Qui ne voit aussi que les « psy » s’enrichissent avec un afflux de dépressifs et de personnes rendues malades par les incertitudes de leur situation. De même les pharmaciens et les labos s’engraissent avec la vente de tranquillisants et autres médocs soignant les petits bobos de l’anxiété, par exemple les crises de zona. Les boîtes de crédit à la consommation avec cartes revolving ne sont pas si malheureuses car la clientèle ayant besoin de soudures financières se développe alors que le gouvernement n’entend réformer qu’à la marge ce crédit aux taux réels usuraires, lesquels ne seront pas plafonnés ! Mis à mal par la prime à la casse, les vendeurs de voitures d’occasion vont retrouver la santé lorsque ladite prime sera supprimée, ce qui ne saurait tarder vu l’impécuniosité de l’Etat.
Les déficits étatiques et sociaux ayant explosé par suite de la crise, les Etats devenus impécunieux diminuent les dépenses publiques et sociales. Cela fait les choux gras des assureurs et des complémentaires de santé ou des assurances-vie des futures retraites individualisées par capitalisation en compensation de la baisse des retraites par répartition. On peut dès lors légitimement se demander si l’Etat ne laisse pas volontairement filer les déficits (et cela depuis longtemps) afin de mettre les Français devant une situation catastrophique à terme. A ce moment-là, le gouvernement, fût-il socialiste, aura beau jeu de dire, comme en Grèce, que la baisse des salaires des fonctionnaires, des retraites, des prestations sociales, la hausse des impôts, le déremboursement des médicaments et la rentabilisation des hôpitaux, la suppression des services publics, etc. sont obligatoires car le pays sera en faillite. Cela fait le bonheur des dirigeants qui peuvent momentanément faire des risettes aux riches et aux entreprises en sachant que ce sera plus tard le cochon de consommateur-contribuable qui paiera la note. Evidemment ils sont payés de retour avec des contributions à leurs campagnes électorales et les faveurs d’une presse amicale. Ce que la crise permet, c’est la quiétude et l’irresponsabilité du gouvernement. C’est pourquoi Epiméthée 1er (celui qui réfléchit après en langue grecque ancienne) peut, malgré la récente raclée reçue aux élections régionales, affirmer qu’il ne changera rien à son programme (dont le bouclier fiscal, la détaxation des heures-sup, la quasi suppression de l’impôt sur les successions, les réductions d’impôts pour accession à la propriété, le non-renouvellement d’une partie des fonctionnaires partant en retraite, etc.). Les riches peuvent donc encore momentanément danser sur le volcan en pensant que lors du futur krach du pays, que les spéculateurs attendent en tapinois après avoir mangé les PIGS, ils seront préservés.
L’euro a baissé, non pas tellement à cause des spéculateurs comme les Hedge Funds, toujours non régulés ni contrôlés, qui ne font qu’exploiter la situation, mais à cause de la crise, laquelle entraîne évidemment et normalement la baisse de valeur de la monnaie commune. De même la livre a beaucoup perdu. Les exportateurs se réjouissent car le prix de leurs produits exprimé en dollars baisse puisqu’il faut moins de dollars pour les acheter. Mais les consommateurs vont payer la note car les importations renchérissent. Les distributeurs vont sûrement en profiter pour maintenir leurs marges car la hausse des prix de leurs achats à l’étranger sera répercutée sur les clients.
D’autres bénéficiaires de la crise se trouvent au FN et chez les socialistes en peau de lapin car les régionales ont servi de test de mécontentement des citoyens. Mais aussi pour toute la corporation politicarde. Car l’abstention peut être une aubaine pour les politicards car, si les citoyens se désintéressent de plus en plus de la politique, ils peuvent vaquer à leurs petites stratégies perso pour être candidats à la candidature, à leurs chamailleries internes, à la force de leur parti indépendamment de l’intérêt général. Comme cela, les politicards professionnels pourront continuer de se partager le marché électoral entre eux.
Et le monde pourra continuer de s’agiter au grès des mauvais vents de la finance. Finalement la crise est bonne disciple du prince de Lampedusa : « il faut que tout change pour que rien ne change », et de Darty en 1968 : « pendant le saccage, la vente continue ».

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