les armes de la critique

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Inégalités, pauvreté, précarité

Classé dans : Non classé — 5 avril, 2010 @ 11:24

Le gouvernement français a des timidités de violette en ce qui concerne la progression des inégalités et de la pauvreté, lesquelles sont liées à l’extension de la précarité et à la pression exercée sur le travail par la « mondialisation heureuse » (MINC). L’organe statistique d’Etat, à savoir l’INSEE, est à la fois mal outillé, malgré quelques progrès récents sous la pression des associations, pour saisir ces phénomènes et ses responsables, compradores nommés par le pouvoir, ne montrent pas un grand zèle pour faire évoluer les choses. Cependant l’INSEE vient de publier une étude sur la période 2004/2007: les 1 % les plus riches disposent de 5,5 % des revenus d’activité, de 32 % de ceux du patrimoine et de 48 % des financiers alétaoires (stock-options par exemple). Le nombre de personnes ayant plus de 100 000 euros de revenu a grimpéde 28 %, celui des plus de 500 0000 de 70 %!

Une association créée en 2003 à Tours, l’Observatoire des inégalités, vient de publier une étude sur la chose avec des chiffres arrêtés le plus souvent en 2007 car les services de l’Etat y sont restés. Je rappelle que Henri Güano, à l’époque directeur du plan et devenu conseiller spécial de qui vous savez, avait été viré par Jospin pour avoir publié une étude sur le problème. Entretemps ce fut le trou noir statistique à tel point que ce fut une association, le Réseau d’alerte sur les Inégalités (RAI), qui s’y colla avec un indicateur ad hoc le BIP 40 (40 indicateurs). Cela força la statistique publique à améliorer ses performances car la démocratique France n’a guère, pour ainsi dire pas, de moyens statistiques indépendants du pouvoir, au contraire de ce que l’on voit dans les pays anglo-saxons. Sauf des organismes comme ATTAC ou l’observatoire des inégalités, le secours catholique ou populaire, Emmaüs. Les syndicats ont des trucs mais fort peu diffusés en dehors d’eux. Serait-ce à dire qu’ils ne veulent pas gêner le gouvernement ? Fort heureusement, la revue Alternatives Economiques, qui est une SCOP, vient de publier un numéro spécial sur le sujet. Ce sera ma référence dans ce qui suit. Il appert que les inégalités ont régressé de 1970 à 1985 : le rapport entre le 10ème décile (la population est étagée en 10 déciles, 10 dixièmes, le 10ème étant le plus haut dans l’échelle des revenus) des plus riches (les 10 % les plus aisés) et le 1er (les 10 % les plus pauvres) était descendu de 4,5 fois à 3,5 en 1985. Puis cela a stagné ». Mais de 1997 à 2007 le rapport est passé de 4,8 fois (le revenu des plus riches est 4,8 fois plus élevé) à 4,5. Le 1er décile a été augmenté de 15,7 % (sur 10 ans en francs constants, soit une moyenne de 1,5 % de progression annuelle des revenus), les 5 % les plus riches (la moitié haute du 10ème décile) ont été augmenté de 12,8 %. Mais c’est une astuce statistique des compradores de ne raisonner qu’en moyenne et qu’en pourcentage. Il faut voir les résultats en chiffres absolus. Les prolos ont eu en fin de course 1360 euros par an de plus ; les 5 % les plus riches 4900. Sur la période 96/2006, les 0,1 % les plus riches ont eu 5400 euros de plus… par mois ! Les dirigeants des boîtes du CAC 40 touchent en moyenne 300 fois le SMIC ! C’est fastoche ; ces entreprises ont « un comité des rémunérations » composé de membres du conseil d’administration. Or 80 personnes trustent 40 % des sièges de CA des boutiques du CAC 40. Conclusion, c’est passe- moi la rhubarbe, je te passerai le séné. Normal dans une « société de puberté masculine » comme on dit chez les anthropologues.

Les inégalités de patrimoine (foncier, immobilier, financier), fort mal saisies par l’INSEE qui pourtant devrait accès aux statistiques de l’administration fiscale, sont encore pires. Bien que sous-estimés, le patrimoine moyen des cadres sup est en 2004 (notez les 6 ans de retard) de 200 000 euros, celui des indépendants supérieurs (professions libérales) de 500 000 ; le patrimoine médian (médian, celui qui divise la population en 2 parties égales) est de 83 000 euros. Les 25 % les plus pauvres ont 10 000 euros de patrimoine. C’est là qu’on mesure la générosité de la réforme fiscale de l’été 2007 qui a installé le bouclier fiscal, quasiment exonéré les gros patrimoines d’impôt sur les successions et créé des déductions d’impôt pour l’accession à la propriété. Rappelons que la valeur princeps du libéralisme en général et du sarkozysme en particulier est le « mérite ». Les héritiers voient donc leur mérite exonéré d’impôts !

Actuellement (2007) le revenu médian d’une personne seule est d’environ 1500 euros. Si l’on prend comme référence un seuil de pauvreté établi à 60 % du revenu médian, ceux qui n’ont que cela, soit 908 euros font partie des individus pauvres (1362pour un couple sans enfants, 2271 pour un ménage avec 2 enfants de plus de 14 ans). Les gouvernements français, socialistes en tête, ont longtemps rechigné avant d’adopter ce seuil de 60 %. Ils préféraient un niveau de 50. En 2007, avec le seuil de 50 % du revenu médian on a 4,2 % de pauvres, avec 60 on obtient 8 %. On s’explique donc facilement la préférence des politicards pour 50. De puis 2000, le nombre de pauvres a progressé de 600 000 personnes. Soulignons que le RSA-socle (ex RMI) est de 460 euros, l’allocation adulte handicapé de 697 (elle va atteindre 708 en 2010), le minimum vieillesse de 724 (le tout pour des personnes seules). Le revenu moyen des pauvres seuls (salaires plus allocations moins impôts) est de 744 euro, soit 18 % de moins que les 60 % du revenu médian (908). Mais M. Sarkozy a promis que le minimum vieillesse serait revalorisé de 25 % sous son mandat. Il a aussi promis que le nombre de pauvres diminuerait de 30 %. Le pari sera peut-être tenu grâce à une opportune modification du mode de calcul concoctée par le bon compassionnel M. Hirsch, lequel vient de se tirer du gouvernement. On croit comprendre pourquoi.

Il y a 3,7 millions de travailleurs pauvres si l’on ne prend pas en compte les revenus du ménage, 2 en le faisant. Il y a 3 à 3,5 millions de mal-logés car on ne construit pas assez surtout en Ile de France (39 000 logements en 2008 pour 12 millions d’habitants). Cela s’explique fort bien : les gouvernements ont tout misé sur les lois du marché ; c’est pourquoi entre 97 et 2007 les loyers ont augmenté de 30 à 50 %. 32,3 % des Français ne peuvent pas se payer une semaine de vacances. Sur 22,5 millions de salariés en emploi, on obtient 13 % de précaires. On a 17 % de temps partiel et 1/3 des femmes y sont contre 6 % des hommes. 9 % des femmes sont à temps partiel subi, 2,5 des hommes. Depuis la crise le nombre de chômeurs a progressé de 900 000 personnes, dont 2,7 millions dits de catégorie 1 (être disponible tout de suite, sans emploi et n’avoir pas travaillé dans le mois précédent). Il y a 11 % d’enfants des classes populaires (ouvriers et employés) dans les populations d’étudiants en doctorat alors qu’elles constituent 56 % de la population, 12 % de reçus à l’ENA, 16 % d’élèves des classes préparatoires. C’est que l’Education nationale, soi-disant dédiée à la promotion du mérite scolaire et à l’égalité des chances, régresse depuis longtemps : pas assez de maternelles (bientôt en concurrence avec « des jardins d’éveil »), apprentissage trop précoce de la lecture ce qui n’est pas possible sans l’acquisition préalable de la langue que l’on ne trouve que chez les classes aisées ou cultivées ; sélection, évaluation, orientation suivant des critère privilégiant les classes bourgeoises ; autolimitation des aspirations des enfants des classes populaires, boîtes privées, suppression de la carte scolaire, cours complémentaires, etc. Les temps sont donc très durs pour les classes défavorisées de la population française, notamment si on rajoute au tableau ci-dessus les nombreuses discriminations dont sont victimes les « ZUS », zones urbaines sensibles qui cumulent tous les inconvénients de la « société libérale avancée » inaugurée par Valérien Fiscard Déteint : logement, transports, écoles de 3ème zone avec profs débutants, chômage (jusqu’à 42 % de chômeurs dans les « cités » de la joie pour les 18/24 ans), mais ce n’est pas à Calcutta), contrôles au faciès, tendance au regroupement par ethnies, disparition des classes moyennes même issues de l’immigration, disparition des services publics, etc.

Qu’on se le dise ; cela ne pourra pas changer tant que l’on restera dans ce monde libéral du libre-échange internationalisé, du tout-finance à libre circulation des capitaux. Heureusement, M. Valls (à 3 temps : moi, moi, moi) va supprimer l’ISF, créer une tranche d’imposition à 70 % et diminuer les niches fiscales… Car le capitalisme est une machine d’accumulation qui joue sur les différences entre pays et fondée sur les vases communicants. Ce faisant, à très très long terme, le niveau de vie des PVD montera et celui des ex-pays industrialisés baissera ; c’est déjà en cours. Il reste à gérer la transition de façon que les niveaux s’égalisent vers le haut et non vers le bas pour les défavorisés, y compris dans les PVD. Mais c’est une autre politique, solidaire et coopérative, elle. Des ONG, des associations, des militants y travaillent et cela commence à porter des fruits contre les mauvais vents et marées du libéralisme que, pourtant, not’bon prince continue d’importer en France. Cela ne lui portera pas chance.

On l’a dans le fion, bien profond, le libéralisme capitaliste

Classé dans : Non classé — 21 mars, 2010 @ 12:38

 

Je lis dans certains baveux d’extrême gauche que le capitalisme étant l’abomination de la désolation et intrinsèquement pervers il faut le foutre en l’air en faisant la révolution. C’est exact, mais, merci, on a déjà donné avec Lénine, Staline, Mao, Castro, Pol Pot, Kim Il Jung. Dans cette conception de la révolution, il s’agit d’abattre violemment le pouvoir d’Etat pour, en détenant alors sa « violence légitime », organiser la société autrement. Il me semblait que Proudhon avait disqualifié cette stratégie en observant que la société formant un système il fallait lutter simultanément contre la triple tyrannie « du trône, du coffre-fort et de l’autel » (le politique, l’économique et l’idéologique).  C’est repris par Gramsci dans sa définition du bloc historique qui allie l’exploitation capitaliste, la domination politique et l’hégémonie culturelle. En d’autres termes la révolution sur une seule dimension du système (la politique) conduit inévitablement au retour au point de départ, ce qui est très bien en astronomie, beaucoup moins en sociologie. D’autres, plus prudents, ont pensé qu’il suffisait de conquérir le pouvoir par les urnes et démocratiquement (social-démocratie) lors des élections pour ensuite tourner les canons de la forteresse Etat contre ses anciens occupants. Cela revient au même mais plus lentement et sans effusions de sang. De toute façon, pour les raisons que l’on va décliner maintenant la révolution est devenue impossible.

 D’autres, bien rares comme Proudhon, ont pensé que « la révolution politique est le but (la liberté) et la révolution sociale le moyen ». C’est-à-dire qu’il ne saurait y avoir de changement politique vers la liberté et la justice que si la société s’y est préparée en profondeur dans toute son épaisseur, ses dimensions et sa variété. La stratégie consiste alors à créer des contre-structures dans lesquelles le peuple, les groupes, la société feront l’apprentissage d’un autre mode de société. Ces contre-structures étaient les mutuelles, les coopératives, les « compagnies ouvrières », la banque du peuple, les associations (notamment de consommateurs), l’éducation populaire, les « bourses du travail », les syndicats (pas chez notre auteur), etc., lieux de démocratie et d’action directes, de coopération et de solidarité. Un camarade révolutionnaire vient d’écrire récemment que cette stratégie ne changeait pas grand-chose à la logique et aux structures du capitalisme. C’est vrai dans un horizon de temps assez court ; c’est aussi conditionné à l’existence de forces politiques (y compris syndicales) qui ont un projet de transformation de la société et qui aident lesdites contre-structures à se développer et à faire tache d’huile ou boule, de neige. Le camarade voit bien que nos partis politiques de « gauche », soit on fait le lit du capitalisme financier et du libéralisme, soit n’ont rien compris au capitalisme moderne, soit proposent des « réformettes » applicables seulement localement alors que la situation est hélas mondialisée, soit voient dans l’écologie le 1er moteur.

L’existence d’un projet porteur d’anticapitalisme et la conjonction des forces conduiront à très long terme à réunir les acteurs dans quelque chose qui ressemblera au fédéralisme socio-politico-économique de Proudhon. Car ce dernier ne pense pas que la société puisse n’être qu’un réseau de contre-structures juxtaposées : celles-ci doivent être organisées et fédérées dans une conception globale et pluraliste des structures sociales, dotées de lois favorables à leur développement, aidées par l’évolution des rapports de force entre acteurs, autonomes mais interdépendants, favorables à « une nouvelle société. Le changement révolutionnaire quant à l’objectif visé (la transformation de la société) prendra beaucoup de temps ; le changement par la stratégie révolutionnaire classique est hors jeu. Nous sommes condamnés à être réformistes à cause du fonctionnement même des sociétés complexes et pluralistes. Encore faut-il que le réformisme soit guidé par un projet fédérateur et que chaque réforme de petit pas envisagée aille dans la bonne direction de la révolution sociale avec continuité de la stratégie. On ne peut aller au hasard : il faut que chaque tranche du salami réformiste préfigure le saucisson tout entier. C’est d’ailleurs ce qu’on fait et font les libéraux : chaque mesure est un point d’avancée et de non-retour dans la stratégie de retour au capitalisme sauvage du 19ème siècle. Et le projet fédérateur ne saurait être pondu par un seul acteur qui y rallierait les autres : il est le fruit de la coopération de terrain dans des projets communs menés dans la durée, coordonnés et envahissant peu à peu le champ social. Comme dit la philosophe chinois : le but est dans le chemin ; j’ajoute que l’envie de coopérer et de s’unir est dans la participation réussie des acteurs sociaux libres de s’engager et ouverts à la mise en débat pluraliste, dans la détermination commune des suites de l’action directe. Non dans des alliances électorales de circonstance.

Cela sera très long car déjà le pouvoir réel des puissants n’est plus aisément repérable, n’est plus localisé. Il est disséminé, éloigné, secret. Il forme un réseau en forme de toile d’araignée. Il est une pieuvre aux innombrables tentacules. Il n’est pas coordonné mais il résulte d’un intérêt commun puissant : celui de continuer de bénéficier des avantages et privilèges du capitalisme et, aujourd’hui, de la phynance. Cet intérêt commun qui unit les acteurs de la mondialisation n’empêche pas une certaine division des intérêts, par exemple entre ceux des industriels et ceux des financiers, entre ceux des politicards qui cherchent à être réélus en trompant le peuple et ceux des milieux économiques qui ne visent que la rentabilité exponentielle. Il n’empêche : la survie du système est l’enjeu majeur pour tous. C’est la combinaison variable et incertaine des intérêts qui forme le réseau don « la centre est partout, la circonférence nulle part ». Ce pouvoir est non-démocratique et il réside aussi dans les organes internationaux où s’affrontent les intérêts à court terme des différents pays, chacun se débattant dans la mondialisation comme une mouche dans un verre de lait ; le résultat est la perpétuation du système que nul ne veut changer ou n’a le pouvoir de modifier puisqu’il est englué dans le court terme de la survie de son pays.

Nous y sommes donc par la configuration actuelle du capitalisme mondialisé. Cela fait 30 ans que les politicards convertis au libéralisme, les économistes à la Hayek et à la Milton Friedman, les universités (travestissant les modèles économiques modernes qui établissent des conditions de validité de leurs hypothèses, lesquelles sont passées sous silence) n’enseignant que le libéralisme, les médias les plus puissants ne propageant que celui-ci, les banquiers et autres financiers, les dirigeants des multinationales, les agences de notation et de cotation, les cabinets de conseil en management et en gestion, les « think tanks », les « organes » comme le FMI, la Banque Mondiale, l’OMC, les G quelque chose, l’OCDE, l’UE, etc., ont commencé de mettre en place les structures de la globalisation.  Cela a réussi et désormais le système fonctionne tout seul.

Les structures en place sont le libre-échange intégral sans frontières et sans droits de douanes ou protections,  assis sur la « concurrence libre et non faussée » et la spécialisation économique des pays dans leurs « avantages comparatifs » (Ricardo) ou compétitifs sur le marché mondialisé. C’est aussi la libre circulation des capitaux partout et n’importe comment dans le monde,  sans régulation d’ensemble, sans freins à leur exportation, sans fiscalité modératrice,  sans engagement de durée des placements financiers, sans contrôle réel.  Ce qui a produit la place éminente et nécessaire au système des paradis fiscaux dans le monde financier, les manipulations des banques (mise des dettes hors bilan, émission de titres douteux, violation des règles prudentielles, spéculation), les stratégies des multinationales pour dégager plus de rentabilité (délocalisations, sous-traitance, importations low cost, absorptions/ fusions avec les concurrents, etc.), la toute-puissance des fonds financiers (de pensions, spéculatifs).

Le résultat, sans doute non prévu par les socialistes en peau de lapin car ils ne cherchaient qu’à se dépatouiller des problèmes nationaux de compétitivité en imitant les pays libéraux, est que tous les pays du monde sont dans un étau dont les deux mâchoires sont le libre-échange concurrentiel généralisé et la primauté absolue de la finance et de ses exigences de rentabilité par tous moyens. Les travailleurs et les pays ont été mis en concurrence sauvage les uns avec les autres dans un système autocinétique où personne, ni même un Etat fut-il puissant, ne peut rien contrôler, réguler, modérer, où ses lois de concentration, de « profitation », d’accumulation, de destruction de la nature, des hommes, des usines, des pactes sociaux d’après-guerre ne peuvent plus être abrogées sans un accord mondial multilatéral. Cet accord est aujourd’hui impossible car chaque pays joue solo pour essayer de sortir son épingle du jeu sans s’occuper des conséquences sur les autres. L’étau force tout la monde à une stratégie de moins-disant perpétuel dans tous les domaines : salaires, retraites, protection sociale, droit social et du travail, fiscalité « attractive », protection de l’environnement et de la santé publique (nuisances, dégâts des produits chimiques, pollutions, maladies professionnelles, etc.).

Mme Lagarde-Michu vient de vendre la mèche involontairement en s’en prenant à l’Allemagne. Depuis 10 ans (sous le socialiste Schröder) les Teutons font de la « désinflation compétitive » : salaires stagnants, âge de la retraite à 67 ans, TVA augmentée de 3 points, indemnités de chômage en peau de chagrin, délocalisations dans les ex-pays de l’Est à bas coûts, etc.  Le résultat est que les Germains n’importent plus, faute de demande interne, et piquent les marchés intérieurs des autres pays, ce qui explique leur excédent commercial époustouflant alors que les balances commerciales des autres pays européens sont en berne. Il est clair que dans l’UE, les excédents de l’un sont les déficits des autres. Et c’est vrai aussi dans les rapports entre les USA et la Chine : les exportations de l’une en Amérique sont les déficits d’icelle, ce qui fait que les excédents financiers de la Chine (2200 milliards de dollars, dont 800 d’obligations du trésor US) sont le déficit commercial et budgétaire des Yankees.

Ce que ne dit pas ou ne voit pas Mme Lamiche-Gardu , c’est que tous les pays européens  (et le monde entier) font pareil que les Saxons. Même augmentée de 3 points la TVA germaine reste inférieure à la franzose. La France, elle-aussi, détricote son droit du travail, ses retraites, sa protection sociale, sa fiscalité sur les sociétés et les riches. Mais elle le fait moins rapidement et moins bien que les Gibbies sous le socialiste Blair …  Chaque pays veille jalousement sur ses créneaux porteurs de « compétitivité » : le taux d’impôts sur les sociétés à 12,5 % en Irlande, l’immobilier touristique et les saisonniers immigrés et super exploités en Espagne, les paradis fiscaux et la finance spéculative en GB (15 % de son PIB), le bas coût du travail dans les PECO(s), etc. C’est logique car l’UE n’est qu’un grand marché concurrentiel, ouvert aux 4 vents mondiaux, sans harmonisation économique, financière, fiscale, sociale, etc. Il n’y a que la concurrence et la BCE qui ne s’occupe que de l’inflation et non de la croissance et du chômage (au contraire de la FED US). Qui plus, l’euro est un carcan qui interdit à l’UE d’emprunter ou d’aider un de ses pays membres comme la Grèce, qui rappelle les règles imposées par les Fridolins : pas plus de 3 % de déficit budgétaire, pas plus de 60 % du PIB comme dette publique. Et la dette privée, alors, considérable chez les Gibbies ?

Dans ce contexte hyper libéral, chaque pays essaie de sauver les meubles en s’adaptant au toujours plus de moins-disant. Politiquement et socialement, les gouvernants en sont réduits à justifier la dégradation de la situation en disant : « there is no alternative » (TINA) ou « c’est la faute de l’UE » ; or ce sont eux qui ont mis en place ce TINA en mettant aux tinettes le pacte social d’après guerre de 39/45. Le système qu’ils ont mis en place est une gigantesque machine dont le pays n’est qu’un engrenage partiel que les dirigeants essaient de faire tourner en y ajoutant un peu d’huile sociale locale. Voilà l’essence des rapports entre le niveau mondial ou européen et le champ national.

Mais cela se transmet aux niveaux inférieurs. Ainsi, la région n’est-elle que le lieu de graissage des rouages des décisions nationales que les élus régionaux ne peuvent qu’essayer de compenser dans la mesure de leurs faibles moyens. L’UMP hurle que les régions socialistes ont augmenté les impôts ; c’est vrai mais à partir d’une assiette très modeste parce que les budgets régionaux (27 milliards) ne représentent que 13 % des budgets de l’ensemble des collectivités locales. C’est aussi manipulateur parce que le pouvoir central a transmis aux régions et collectivités des responsabilités sans leur transférer les ressources correspondantes pour l’avenir : l’astuce consiste à le faire pour l’année N de transfert, sans ajuster les années suivantes. Exemple, le RSA qui s’est envolé depuis le transfert ; autre exemple, les TER qui ont été transmis en cachant l’état désastreux des infrastructures et des trains. Et pour le futur, avec machiavélisme, le pouvoir a sucré aux régions leur principale ressource assise sur la taxe professionnelle, supprimée et seulement compensée pour 2010. Il ne leur reste que les cartes grises et leur part de TIPP. Et en 2014 les régions seront quasiment fusionnées avec les départements (conseillers territoriaux au lieu de régionaux et généraux, 3 000 au lieu de 6 000). Et pour couronner le tout, le mode de scrutin sera modifié : majoritaire à un seul tour avec un chouïa de proportionnelle, ce qui assurera la victoire de la liste ayant recueilli d’emblée le plus de suffrages. Ainsi avec ce mode de scrutin, l’UMP aurait acquis 11 régions aux régionales de 2010 et si la stratégie tsarkozienne de liste unique avait marché (30 % espérés devant le PS et 26 obtenus au 1er tour) elle aurait gagné l’essentiel des régions dans un scrutin à un seul tour. Cela, c’est de la politique démocratique de haut vol.

Donc, dans les circonstances actuelles, la position anarchiste de refuser l’Etat et les magouilles électives est plus que jamais à l’ordre du jour. Et beaucoup l’adoptent puisque l’abstention, les nuls et les blancs sont montés le 14 mars à 55,2  % (53,5 + 1,7) ; à quoi il faut ajouter 8 % de non-inscrits…

Dette des pays du Tiers-Monde (PTM) et mondialisation financière

Classé dans : politique — 16 mars, 2010 @ 11:07

 

  Le problème de la dette des PTM est devenu patent depuis plus de 20 ans. Du point de vue des Institutions Financières Internationales (IFI) comme le FMI, la Banque mondiale, le « Club de Paris » pour les dettes publiques, le « Club de Londres » pour les créances des banquiers et investisseurs privés, etc., on craint de multiples cessations des paiements, pouvant entraîner un « effet domino » d’écroulement de tout le système monétaire et financier mondialisé. Le Mexique, par exemple, a suspendu le service de la dette ; L’Argentine lors de la crise de 2001 a fait craindre le pire avant d’être un peu renfloué par le FMI. Du point de vue des altermondialistes et d’associations comme le Comité pour l’annulation de la dette du Tiers-Monde (CADTM), il s’agit de faire cesser l’exploitation des PTM par les pays riches et les multinationales, de supprimer la « dette odieuse », de leur redonner les moyens d’investir et de se développer. Le problème est devenu si prégnant qu’il y a environ 10 ans, les prêteurs publics ont inventé un traitement de faveur pour les pays pauvres très endettés (PPTE, 49 pays). Mais les conditions mises à cette opération sont si draconiennes que seuls 19 pays sont aujourd’hui concernés et que sur ces 19, 3 ou 4 seulement ont vu un début d’exécution de la chose. Le 11 juin 2005, lors d’une réunion du G8 à Gleneagles en Ecosse, on afficha une remise de dette de 40 milliards de $ pour quelques PPTE. Le CADTM (voir son site : http://www.cadtm.org) montre aisément qu’il s’agit encore d’une escroquerie destinée à faire croire aux bons peuples occidentaux que l’on fait quelque chose contre la faim dans le monde. Cependant un pays a eu droit immédiatement à une remise de dettes occidentales : l’Irak après l’intervention de mars 2003 et les dégâts causés au pays et à ses installations pétrolières. Il faut ici rappeler que l’aide publique au développement avait été, years ago, fixée à 0,7 % du PIB. Aujourd’hui, Chirac plastronnant son mondialisme, la France en est à 0,34 % (0, 31du temps des socialistes jospiniens !), les USA encore en dessous et accordant leur aide très majoritairement à Israël et à l’Egypte. Seuls les pays scandinaves se sont exécutés…Rappelons aussi les prétendus objectifs du « Millénaire » affichés ensuite par le club des pays riches : faire disparaître la pauvreté en 10 ans. Les chiffres actuels montrent qu’au rythme adopté, il faudra en réalité 100 ans !

1) de quelques chiffres éloquents et effarants.

  Concentrons nous sur la dette extérieure, constituée pour 1/3 de dette publique (DP) par les IFI et les Etats et pour 2/3 de créances privées (CP) comme prêts par le secteur financier privé, par exemple par souscription des banques privées à des obligations émises par les PTM. Les DP sont à assez long terme (15 ans) et à taux d’intérêt modéré ou bonifié et concernent surtout des PTM qui ont des ressources naturelles ou agricoles à mettre sur le marché mondial. Les CP sont liées à des investissements de rentabilité pour les banques et à des opérations de délocalisation ou d’achat de firmes d’Etat récemment privatisées ou de maîtrise de ressources profitables. Ces CP sont à court terme (3 à 5 ans), à taux d’intérêt élevé et surtout variable. La dette extérieure des PTM en 2004 est de 2600 milliards de $, dont 58 % sont des CP.

  Dans ce cadre, la dette extérieure des PTM (DP + CP) est passée de 70 milliards de $ en 1970 à 2800 en 2005. Elle a donc été multipliée par 40 en 35 ans pour 5 milliards d’habitants. Remarquons que celle des USA qui représente 3400 milliards $ pour 300 millions d’habitants n’inquiète personne car les USA sont perçus par les marchés financiers comme ayant la capacité nécessaire de remboursement, alors que cette capacité se dégrade dans les PTM. De 1980 à 2005, les PTM ont remboursé 5800 milliards de $ pour un stock de dette de 540 en 1980. Pour 1 $ dû en 1980 les PTM ont remboursé 8 et en doivent encore 4…Les sommes versées pour le seul service des intérêts ont dépassé 450 milliards de $ en 2004, soit 5,5 fois le montant officiel de l’aide publique au développement, 78 milliards.

  La fortune de Mobutu au Zaïre était de 8 milliards en 1997 et la dette du pays de 12, celle des Duvalier de 900 millions contre 750 pour Haïti. Les taux d’intérêts réels, c’est-à-dire le taux nominal au moment de l’émission de l’emprunt (taux contractuel) moins l’inflation, sont passés de −2 % en 1970 à + 8,6 en 1981. Les multinationales rapatrient 104 milliards (bénéfices, royalties des brevets). Pendant ce temps, les dépenses de publicité au Nord sont de 1 000 milliards par an et celles d’armement de 1150 milliards en 2005.

     2) Un peu d’histoire de la dette après ces chiffres monstrueux qui montrent clairement que les pays riches pompent l’argent des PTM, ceux-ci, en termes de flux, renvoyant beaucoup plus (intérêts et amortissement des emprunts) que ce qu’ils reçoivent.

  Avant la décolonisation, dans les années 60-70, les occupants endettèrent leurs colonies pour créer des infrastructures (transport, énergie, lignes électriques) ou des installations pour exploiter les ressources minières ou fossiles de celles-ci ou pour développer des cultures intensives exportables chez eux et sur le marché mondial. Le tout sans servir la population. On a vu une très longue ligne électrique desservir les installations, sans alimenter ses voisins ou une voie ferrée de 1900 km vers le Katanga (ex Congo belge) réservée au transport de minerais. Et scandaleusement quand les colonisateurs se retirèrent, ils laissèrent la dette au pays décolonisé. C’est un premier aspect de la dette odieuse.

  Dans ces années 60-70, on encouragea les PTM (IFI en tête) à emprunter pour se développer. Soit dans la création d’usines de substitution d’une production manufacturée locale aux importations, soit dans l’exploitation de leurs ressources minérales, soit dans une agriculture d’exportation (cacao, café, huile de palme, bananes, ananas, coton, etc.) en lieu et place, souvent, des cultures vivrières. Le discours était : vous avez des ressources naturelles et de la main-d’œuvre, acquérez la technologie nécessaire pour les exploiter en vous spécialisant vers le marché mondial. Cette remarquable stratégie eut pour conséquence la surproduction de denrées et de matières (les PTM entrant en concurrence les uns avec les autres dans les mêmes produits), donc la baisse des prix, laquelle encouragea à produire encore plus pour compenser et entraîna ainsi la mise en place d’un cercle vicieux. Etait-ce par incompétence des IFI ? Sans doute pas : ce fut machiavéliquement encouragé par elles et le Nord pour se procurer matières et denrées à bas prix, pour ne pas dépendre d’un seul fournisseur, ce qui causa une rapide dégradation des termes de l’échange, rendit la balance commerciale structurellement déficitaire et amenuisa les capacités de remboursement de la dette. Sur ce dernier point, il y eut une prise en tenaille expliquant le déséquilibre de la balance commerciale : réduction de la valeur des exportations en volume et en prix, d’un côté, augmentation des importations en biens d’équipement et en produits agricoles ou alimentaires faute de cultures vivrières locales, augmentation des achats de produits manufacturés par les classes dirigeantes et la bourgeoisie aisées des PTM, de l’autre. La chose, si bien lancée continua évidemment sur son erre.

  Pour les installations manufacturières censées substituer la production locale aux importations, les experts n’avaient pas pensé à ce qu’il fallait des infrastructures pour les faire fonctionner correctement : travailleurs, qualifiés, banques locales, éducation, ingénieurs maîtrisant la technologie, à ce qu’il fallait aussi des machines adaptées au climat. N’a-t-on pas vu l’URSS exporter des bidets là où il n’y avait pas d’eau courante ?

  Ensuite, avec les deux chocs pétroliers de 1973-74 et de 1979, le Nord et les pays riches se mirent à regorger de pétro-dollars à placer coûte que coûte avec le quadruplement puis le doublement des prix du pétrole. Cette inflation par les coûts amena les USA à augmenter les taux d’intérêts. De plus, les pays du Nord entrèrent en récession à cause de ces mirifiques augmentations. Pour développer leur croissance, ils encouragèrent les PTM à emprunter moyennant l’achat de leurs produits et de contrats d’investissement pour leurs propres entreprises, genre Bouygues. Les PTM pour s’en sortir, car la plupart sont importateurs de pétrole, durent aussi emprunter. Parallèlement, les riches avaient de l’argent d’euro-dollars ou de pétro-dollars à placer. On les a vu alors encourager de plus belle l’investissement dans les PTM. Même des « éléphants blancs », c’est-à-dire de gigantesques installations (barrages voies ferrées, usines) inutiles, inexploitables, vite dégradées, furent construits par le Nord aux frais desdits PTM. Par exemple, Pourquoi ? Parce que les pays riches pouvaient ainsi fourguer leurs machines et autres biens d’équipement, leurs ingénieurs notamment en BTP, toucher des intérêts sur les prêts, engranger des bénéfices le cas échéant quand l’installation était utile et propriété des investisseurs extérieurs, placer leurs avocats,leurs experts, etc. moyennant finances juteuses. Ainsi, la domination des pays riches pouvait continuer, comme la guerre à la place de la politique, par d’autres moyens.

  Dans les années 80-90, le Nord ne s’embarrassa pas de scrupules pour conserver un accès peu coûteux aux richesses des PTM. Il suffisait de faciliter les exactions de dirigeants faciles à corrompre. Des concessions, des marchés, des productions étaient fournis aux pays riches, souvent ex-coloniaux, contre des liasses de beaux dollars données à des Mobutu, des Suharto, des Pinochet, ou autres Amine Dada. Des pourcentages des bénéfices leur étaient rétrocédés. Ces sommes partaient directement en Suisse ou autre paradis fiscal. En retour complémentaire, ces régimes pourris faisaient des petits cadeaux aux dirigeants occidentaux (les diamants de Giscard offerts par Bokassa) et finançaient leurs partis politiques avec des « rétro-commissions » occultes sur les passations de marchés. L’affaire ELF en est une parfaite illustration. Parallèlement, les dictateurs maintenus en place par les occidentaux ou tolérés au nom des affaires, devaient assurer leur sécurité contre la révolte des peuples saignés à blanc par le double détournement de leurs richesses (par leurs dirigeants et par les pays riches). A cette fin, ils achetèrent des armes (la France est un éminent vendeur d’armes…), ce qui augmenta la dette et donc la domination occidentale. C’est pour ces raisons que le plus clair de la dette est odieux, quoique cette politique fut lancée sous la bonne vieille françafrique de Foccart, puis du fils de Tonton, dit « papamadit ». Avec cette emprise, les « éléphants blancs » continuèrent. Ainsi en est-il de la construction du barrage Inga II au Zaïre à la fin des années 80, dont 6 turbines sur 14 fonctionnent car le site s’est ensablé, ce qui fait que la capitale, Kinshasa, est toujours victime de coupures de courant. La centrale nucléaire de Bataan aux Philippines, construite par le rosbif Westinghouse moyennant 17 millions de dollars US versés au dictateur Marcos, n’a jamais fonctionné : elle est construite sur une ligne de faille sismique !

  Depuis les années 90, se joue une autre musique, complémentaire et non-exclusive des prédations précédentes. La libre circulation des capitaux, le libre-échange propulsé par l’OMC, la mondialisation de la finance, le triomphe de l’idéologie libérale et de ses pratiques, ont changé les règles de l’harmonie. Déjà très endettés, les PTM rencontrèrent des difficultés de remboursement et de déficit budgétaire accrues. Les IFI, comme condition de leur renflouement, les soumirent à des « ajustements structurels » fondés sur le « consensus de Washington ». Il s’agissait de supprimer les prix subventionnés (eau, électricité, pain), de privatiser les services et les entreprises publics, de diminuer les dépenses sociales, de s’ouvrir au commerce international en baissant les droits de douane et les subventions à l’exportation, de faciliter l’entrée et surtout la sortie des capitaux (investissements des multinationales et rapatriement de leurs bénéfices, droit des capitaux à quitter le pays immédiatement en cas de crise) afin de rétablir les équilibres budgétaires et commerciaux et de retrouver une capacité de remboursement des prêts. Grâce à la libre circulation de l’argent, les nationaux des PTM purent placer leurs capitaux à l’étranger ou les sortir du pays sans problèmes, ce qui accroît très vite la pénurie de liquidités dans le pays (cas de l’Argentine en 2001 et de l’Asie lors de la crise de 1997). Ce chantage est évidemment une autre forme de domination. Pendant ce temps, grâce à ce chantage, mais surtout grâce au libre échange généralisé et à la liberté totale des capitaux, qu’il a permis d’installer, les multinationales purent investir dans les PTM : sweat shops, usines de montage, rachat des entreprises publiques ou des mines privatisées, achat de forêts qu’elles dévastèrent, achats de considérables plantations de denrées exportables, etc.

    3) Les causes ou les origines de la dette des PTM avec leurs conséquences.

  On a en déjà vu quelques unes lors de l’historique. Récapitulons et synthétisons.

* Causes exogènes, extérieures ou indépendantes de la volonté des PTM. 

  On pourrait raffiner en examinant les causes économiques et politiques. Ce serait trop long et surtout cela diminuerait l’appréhension des responsabilités des dirigeants des pays riches et des IF qui ont tout fait pour maintenir la domination du Nord sur les PTM.

+ La libre circulation des capitaux, en tant que condition des placements occidentaux (prêts et investissements) pour permettre leur entrée et surtout leur sortie en termes de retrait des prêteurs et investisseurs en cas de difficulté, pour cause de rapatriement des bénéfices et des royalties. Au passage, cela autorise l’évasion fiscale des nationaux des PTM. Cela conduit aussi à du surinvestissement, donc à des bulles spéculatives qui un jour ou l’autre éclatent provoquant un retrait brutal et massif des capitaux étrangers et nationaux, une crise bancaire et monétaire comme l’ont montré les récentes crises en Asie du Sud-est (97) et en Amérique latine depuis 1992. La libre circulation ouverte à l’étranger nuit à la création de solides banques locales, car elles ne font pas le poids vis-à-vis des banques multinationales. La libre circulation encourage les placements de maîtrise des ressources des PTM par les multinationales, donc la mise sous domination étrangère de l’économie.

+ Les potions des IFI (ajustements structurels préconisés par le consensus de Washington concocté par les IFI) qui ont obligé les pays endettés à privatiser à tout va, à diminuer les impôts sur les riches et les sociétés, à installer une politique d’austérité touchant les plus pauvres avant tout, à ouvrir leurs frontières et à perdre des droits de douanes et qui ont mis en concurrence internationale des productions locales peu compétitives avec des importations d’excédents occidentaux subventionnés ou des produits hyper compétitifs (du genre du lait en poudre de Nestlé, qui a supprimé l’allaitement au sein dans des pays où il n’y avait pas d’eau salubre !). Ceci a empêché le décollage d’industries manufacturières en proscrivant le protectionnisme en faveur des possibles industries naissantes. Les recommandations des IFI et de l’OMC ont conduit à la fois à la spécialisation des PTM et à leur mise en concurrence sur le marché mondial des mêmes productions, ce qui a dégradé les termes de l’échange (en prix et en volume) et amenuisé les ressources d’exportation dans le temps même où les PTM devaient importer plus de biens d’équipement et de consommation (faute de production locale pour ces derniers). De plus ces traitements par les IFI ont profondément ruiné des peuples déjà pauvres : fin des prix subventionnés pour les fournitures de base, dégradation des services publics (le PTM devant consacrer ses de plus en plus maigres ressources à rembourser la dette extérieure), privatisation des entreprises publiques (sur obligation des ajustements structurels et pour trouver de l’argent en vendant les bijoux de famille) et donc dégraissages de personnel. Le peuple se révoltant, les PTM ont accru la répression et ses moyens. En 2000, en Bolivie, le service de l’eau était passé sous la coupe de Bechtel (firme compradore US) qui avait doublé aussitôt les prix. Cela entraîna une grève générale et le blocage des transports, forçant le gouvernement à annuler la concession et à chasser Bechtel. EDF eut quelques ennuis de même type en Argentine et au Brésil…

+ L’action des multinationales pour s’emparer des ressources et des moyens de production « privatisés » par les PTM ou ouverts à l’investissement privé, grâce au libre-échangisme et à la libre circulation des capitaux prônés par les IFI et l’OMC. Par ailleurs, les multinationales maîtrisent les marchés et mettent les PTM en concurrence entre eux sur les mêmes produits. Que, du reste, les IFI ont fait produire dans des pays qui ignoraient ces cultures : le café au Vietnam, par exemple l’huile de palme en Indonésie. Qui ne connaît les agissements de l’United fruit en Amérique du Sud dans les années 70 ? Du coup, les bénéfices s’envolent à l’étranger et ne sont pas réinvestis dans les PTM. Ou pour placer leurs propres productions. Les seuls aspects positifs, si l’on ose dire, furent la création de manufactures locales d’assemblage ou de production dans des « sweat shops » (usines à sueur) de produits à faible valeur ajoutée comme les textiles ou les puces informatiques. Cette action est fondée sur la mise à profit par les multinationales des différentiels de législation sociale, fiscale, environnementale car elles seules maîtrisent l’enchaînement des étapes de la production et car elles peuvent jouer sur les prix de cession interne (prix de transfert, par exemple, là où la fiscalité est plus défavorable, on s’arrange pour produire à perte en minimisant les coûts réels). En outre, les multinationales jouent plutôt sur la sous-traitance, car ce qui est délocalisé, ce ne sont pas des usines, mais des productions intermédiaires. Ainsi, quand une multinationale trouve moins coûteux ailleurs, elle y part laissant les usines sur les bras des investisseurs locaux (grâce le plus souvent à des CP). Ainsi Nike, qui avait été attaquée à cause des conditions de travail a bien failli quitter le Vietnam où le pouvoir agitait les syndicats du parti communiste contre elle suite à une révolte des salariés. Par ailleurs, les multinationales ne délocalisent que les éléments de la chaîne de production, en se réservant la conception, le marketing et la vente. Enfin, les multinationales en profitent pour placer dans les PTM, leurs industries les plus dangereuses et polluantes par suite d’une absence de droit de l’environnement dans ces pays. Cet ensemble d’actions de multinationales, sans morale et sans souci social ou écologique, conduit pourtant les PTM à être d’une prudente lenteur dans l’amélioration de leurs législations, car ils risquent de perdre leurs seuls avantages compétitifs dans la division internationale du travail : faibles frais de main d’œuvre liés aux bas salaires, horaires démentiels, l’absence de syndicats et de protection sociale (retraites, accidents du travail, maladie), pas de coûts de protection de l’environnement et de la santé des travailleurs et des populations (voir Bhopal), surexploitation des terres, des mers et des forêts, etc.

+ Les politiques monétaires des pays occidentaux, très libérales et monétaristes, ont privilégié la rente et le patrimoine en jugulant l’inflation qui amenuise la valeur des prêts et en faisant augmenter les taux d’intérêt réel, ce qui a accru les charges de service de la dette des PTM. Certes, c’est pour tout le monde, mais dans la jungle, ce sont toujours les plus faibles qui s’en sortent le moins bien.

+ L’action des banques, des fonds d’investissement, des fonds de pension, des hedge funds (fonds spéculatifs ou fonds d’arbitrage), etc. Elles ont proposé des prêts car elles avaient beaucoup à placer et à rentabiliser au maximum. Pas folles, elles ont exigé des taux variables d’intérêt (afin de profiter des augmentations des taux directeurs des banques centrales), lesquels ont nettement augmenté par suite des politiques monétaires du Nord. Elles ont aussi obtenu haut la main, le droit de rapatrier leurs fonds. Elles n’ont guère perdu sur le secret des affaires et les paradis fiscaux. Cet argent facile a relancé l’inflation dans les PTM, a amené une surévaluation de certaines monnaies, ce qui a nui aux exportations, et a conduit à des investissements surabondants de même qu’à un manque de prudence dans la sélection des investissements. Les banques locales se sont retrouvées avec beaucoup trop de créances douteuse et les crises spéculatives les ont souvent conduites à la faillite, et, surtout, à l’incapacité de financer l’économie. Elles ont obtenu que les prêts soient rédigés en dollars (ou Euros ou Yen), ce qui a accru vertigineusement les dettes exprimées en monnaie locale quand les monnaies locales se sont effondrées lors des crises. De conserve avec les Etats et les multi-nationales des pays riches, les banques ont financé à tour de bras pour toucher des commissions (OPA, OPE, Fusions, émissions de titres), pour rémunérer des experts et autres conseils, pour recevoir des intérêts, pour percevoir les royalties, pour expatrier les bénéfices, ne laissant presque rien aux PTM pour s’autofinancer et se développer. De plus, les banques privées ont obtenu des IFI d’être privilégiées dans le remboursement des CP ; soit les 2/3 des dettes extérieures. On peut affirmer que les décisions des IFI servent avant tout à « solvabiliser » les CP. Cette politique nocive est appuyée par « les agences de notation » des pays et des grosses firmes quant à leurs capacités de remboursement. Notons que ces agences sont de droit privé et ne s’intéressent qu’au fric et aux dangers institutionnels. C’est pourquoi le CADTM préconise la mise en place d’audits indépendants et citoyens pour l’analyse des dettes (origine, nature, histoire, conditions, etc.).

   En conclusion de ce point, il doit être clair que les potions néolibérales ne sont pas du tout vécues de la même façon par les pays riches et les PTM. Cela dépend des ressources, des capacités, des rapports de force, des asymétries de pouvoir et d’information. La lutte entre les renards et les poules conduit inévitablement à la perte des volailles à la merci de capitaux volatiles (eh eh). Le principal responsable aujourd’hui de la dette exponentielle des PTM est donc l’ordre capitaliste, financier et néolibéral qui s’est installé, système qui par construction est favorable au Nord, d’autant plus que celui-ci, avec hypocrisie, ne s’applique pas les mêmes potions : subventions, vols de propriété biologique et du vivant, normalisation technique, réservation des marchés publics, normes en tout genre, etc. tout est bon pour faire du protectionnisme camouflé. C’est ce qui explique l’échec de l’OMC à Doha, le cycle de négociations qui devaient sans suivre (AGCS, sur les services et ADPIC, sur les droits de propriété intellectuelle et les brevets) étant en panne faute d’accord sur les questions agricoles et les médicaments génériques. On a vu aussi que la domination des PTM continuait par d’autres moyens à la fois plus subtils, plus cachés et plus efficaces. Ce n’est pas nouveau. Il y a déjà 30 ans on analysait la dégradation des termes de l’échange. S’y est ajouté l’emprise de la finance mondialisée. Pour ma part, supprimer la dette des PTM, n’aurait que peu d’effet à long terme si le système économico-financier néolibéral actuel continuait à l’identique. Ce n’est pas une raison pour ne pas le faire, ne serait-ce que parce que cela donnerait aux peuples exploités un ballon d’oxygène.

* Causes endogènes

+ Les dictatures, souvent facilitées ou mises en place par les décolonisateurs, ont spolié les PTM, avantagé les multinationales par la corruption (facile il suffit de sous-déclarer la production, de disposer ainsi d’une caisse noire -sans jeu de mots- pour isoler l’argent de la corruption versable dans des paradis fiscaux). Pour faire taire le peuple, elles ont acheté des armes. Ainsi le Nigeria, depuis les années 70, a reçu plus de 200 milliards de $ tout en restant un des pays les plus pauvres d’Afrique avec 70 % de sa population en dessous du seuil de pauvreté à moins de 1 $ par jour et par personne. Ces dictatures s’installèrent d’autant plus facilement que les colonisateurs n’avaient pas laissé une élite administrative et intellectuelle, n’avaient aucunement préparé à des structures démocratiques.

+ Les PTM ont aussi été laissés sans infrastructures solides : ports, transports, communications, santé, éducation, etc. ensuite, ils ont été poussés à emprunter pour acheter des prestations et des produits occidentaux alors en récession.

+ Les PTM ont trop souvent privilégié le court terme pour se sortir des situations urgentes ; ils ont peu préparé l’avenir, dans le cadre ; il est vrai, de moyens de plus en plus faibles et de contraintes de plus en plus fortes, par les IFI ou l’OMC, qui les ont dépossédés de leur souveraineté. Ils n’ont pas su, pas voulu ou pas pu conduire de grandes réformes comme la réforme agraire, problème récurrent qui tue la paysannerie à petit feu. Cela favorise les grandes exploitations, du genre des » latifundias », qui laissent en friche ou déboisent ou ne produisent plus que pour l’exportation.

+ La pingrerie de la nature et du climat qui les ont souvent prédisposés à une trop grande spécialisation de la production, donc à une faible diversité des ressources exportables. On pourrait espérer que l’actuelle flambée des prix leur profite enfin. Ce sera dur car les multinationales maîtrisent les marchés, manipulent les cours, volent le plus clair de la valeur en monopolisant les bénéfices et en faisant payer des royalties et des fausses prestations en tout genre.

  En conclusion, la dette sert à étrangler le Tiers-Monde et à maintenir l’impérialisme des pays riches, auxquels vient de s’adjoindre la Chine qui cherche à investir (et à investir en) l’Afrique. Dictature totalitaire communiste, la Chine est devenue l’Etat le plus dynamique du capitalisme et de la mondialisation libérale. Elle a tant besoin de matières premières ! Elle conjugue, avec de moins en moins de bonheur, une économie capitaliste avec plus des ¾ de sa population maintenue dans une misère digne des PTM les plus démunis ! Mais cette domination ne peut fonctionner qu’à l’intérieur d’un système néolibéral et financier qui règne totalement sur la planète ; sans celui-ci, la domination serait plus difficile. Mais alors, si l’idéologie de ce système a été propulsée depuis 30 ans, si les gouvernements des pays riches ont appliquée cette dernière, ne serait-ce pas pour tirer leur épingle du jeu, ce qui par effet de totalisation et asymétrie de pouvoir, produit la faiblesse accélérée des PTM ? La domination est alors à la fois voulue et résultante d’ « opportunités ».

 

                                                                     LEXIQUE

 

* Accord général sur le commerce des services (AGCS) propulsé par l’OMC pour privatiser tous les services, y compris ceux de santé, d’éducation de télécommunications, etc. ADPIC, accord sur les droits de propriété intellectuelle et commerciale.

* Ajustements structurels. Ensemble de réformes politiques et économiques réclamées par les IFI aux pays qui demandent de l’aide quand ils éprouvent des difficultés à rembourser leurs emprunts ou à servir les intérêts de la dette. Ainsi, de nouveaux prêts deviennent conditionnels. Ces ajustements contiennent une politique néolibérale absolue : libéralisation des marchés, libre circulation des capitaux, privatisation des services et des entreprises publics, suppression des monopoles d’Etat, suppression des prix subventionnés, orientation de la production vers l’exportation, cure générale d’austérité…etc.

* Club de Londres. Groupe informel rassemblant les banques privées détenant des créances )sur les PTM ; ce groupe se réunit périodiquement pour rééchelonner les créances privées (CP) sur les PTM ou autres pays en voie de développement.

* Club de Paris. Groupe informel crée en 1956 par les dix pays les plus riches du monde (19 aujourd’hui), dont le rôle est de trouver des solutions coordonnées et viables aux difficultés de remboursement des dettes publiques (DP) extérieures. Il ne traite donc que des créances entre gouvernements : par moratoire, suspension du versement des intérêts, rééchelonnement des DP des PTM.

* Consensus de Washington. Ensemble de recommandations libérales pour tous les gouvernements, base de contenu des ajustements structurels. Pourquoi de Washington ? Parce que la Banque mondiale et le Département du trésor US sont stationnés dans cette ville

* Dette extérieure : somme des dettes publiques et des créances privées détenues par l’étranger.

* Objectifs du millénaire. Ils résultent d’une déclaration signée par 189 pays en septembre 2000. Pour 20015, sont visés 8 objectifs qui visent à réduire la pauvreté et la mortalité infantile et maternelle, à améliorer la santé et l’éducation, à diminuer les maladies endémiques, dont le paludisme et le SIDA, un environnement durable et un développement soutenu. Au train où on va, ces objectifs pourtant modérés ne seront atteints qu’à la fin du 1er siècle du millénaire.

* Pays pauvres très endettés. En 1996, les IFI proposèrent à l’OCDE et au G8 un traitement, si j’ose dire de faveur, pour les pays les plus mal en point et incapables de servir leur dette. Cette aide, notamment par remise de dette, était conditionnée par l’observation de recommandations strictes (révisées à la hausse en 99). 49 PTM étaient « éligibles » ; seuls 19 subsistent aujourd’hui et 3 ou 4 ont vu un début d’exécution. Ainsi, la Côte d’ivoire, ne devenait éligible que si elle libéralisait totalement le secteur du cacao en 98-99. L’initiative PPTE a donné lieu en 2005, lors de la réunion du G 8 en Ecosse, à 40 milliards de $ de réduction de dette pour 18 pays. Des réductions sont encore envisagées pour 20, s’ils deviennent éligibles, c’est-à-dire s’ils passent sous les fourches caudines des IFI.

* Prix de transfert. Le prix de vente des produits issus de la filiale du pays A vers le B puis vers le siège de la multinationale. Ces prix sont manipulés pour effacer tout bénéfice imposable dans les rares pays avec une fiscalité sur les entreprises, ce qui gonfle ceux que l’on souhaite voir apparaître dans les pays sans fiscalité. L’Irlande est championne, pour l’instant, de la chose dans l’UE.

 

 

 

Sources : site Web du CADTM et « La mondialisation en 20 leçons, Editions Danger public, 2006

De la monopolisation du savoir par les libéraux

Classé dans : Non classé — 7 mars, 2010 @ 9:41

 Commençons par une distinction : la connaissance (comme le dit l’histoire de Félix Faure mort en épectase comme le cardinal Daniélou : le président a-t-il encore sa connaissance ? Non, elle est partie par un escalier dérobé) est individuelle et le savoir est collectif. C’est aussi le cas de culture qui est une création de l’histoire et de la vie commune dans une société donnée. La culture n’est évidemment pas à confondre avec la mise sur le pavois médiatique des « people » starisés par les firmes audiovisuelles, ni avec la production starisée lors des « victoires de la musique » ou les médias manipulés par les « majors » de l’empire audiovisuel. Elle n’est pas non plus à assimiler avec les artistes reconnus dans les panthéons étatiques à la Malraux ou à la Jack Lang. La culture réelle, populaire, est une autoproduction de la société sans qu’il y ait besoin que des excellences d’Etat ne la transforment en spectacle d’artistes autoproclamés ou valorisés par les médias ou les représentants de l’Etat. Ce qui a permis, via les Jack Lang et autre socialos, de remplacer les luttes sociales par des relativismes artistiques, reconnus, quelque merde qu’ils produisent. Chez les réseaux médiatico-producteurs, il ne faut plus s’en remettre à la common decency , mais éjaculer de l’art nouveau afin de remplacer le social et le politique par le culturel, c’est-à-dire la pseudo-culture des élites relativistes et le marché de l’art. Grâce à l’art, les classes moyennes n’ont plus à s’engager dans des luttes politiques ; il suffit qu’elles communient dans leur excellence de perception de « l’art nouveau » en tant qu’expression des différences et consécration de la primauté du relativisme culturel et moral. Le savoir, ou le stock de connaissances accumulées au cours des siècles est un capital cognitif et culturel à disposition de l’humanité tout entière. Il ne saurait être privatisé, d’autant plus, que, à l’inverse des biens matériels fongibles, son usage par l’un n’enlève rien aux autres. Le savoir n’est pas compétitif et rival. C’est en quelque sorte un bien public commun non privatisable puisque son acquisition par l’un n’enlève rien aux autres. Même en termes de l’économie normale, le savoir est un bien sans rivalité, sans exclusivité, sans consommation destructrice par son usage car l’utiliser ne le détruit pas ; c’est donc un bien public par construction au nom même de la définition de la chose par les 1ers libéraux : un phare, qu’aucun entrepreneur privé ne construira puisqu’il ne pourrait faire payer de redevances pour l’amortir, est un bien utile à tous et son usage par le bateau X n’en prive pas le bateau Y. C’est tout simplement du sens commun : il y a des biens qui par contenu intrinsèque ne relèvent pas du marché. Eh bien, les libéraux pratiques se sont évertués à transformer ce bien public, devant déjà devant être offert à tous au nom de l’égalité des chances, en propriété privée. Au 19e siècle, la querelle portait sur les droits d’auteur que les libéraux, souvent littérateurs de bas étage, voulaient porter à 50 ans après la mort dudit auteur. Dans « Les majorats littéraires », Proudhon montra facilement que la plus-value apportée par l’auteur était ténue puisque son savoir ou son savoir-faire provenait essentiellement de l’éducation que la société lui avait donnée et des travaux antérieurs d’autres auteurs, que son travail propre était hypothéqué par le savoir antérieur présent dans la société, que celle-ci avait donc un droit collectif préalable dans toute création individuelle supplémentaire. Toute création est dépendante du savoir et de la culture antérieurs et l’apport spécifique de l’auteur est faible en regard de ce qu’il doit à la société et à la culture. Il en découle que, oui, l’auteur a droit à une juste rémunération, laquelle est fixée par les ventes de sa production. Mais on ne voit pas au nom de quoi ses descendants, qui n’ont rien produit, bénéficieraient d’une rente sur les ventes posthumes dudit auteur. Il ne saurait y avoir de droits d’auteurs sauf à interdire le plagiat et à rémunérer les ventes du vivant de l’auteur. Evidemment, tous les littérateurs, lesquels, ne l’oublions pas, siégeaient souvent à la chambre, comme Lamartine, se sont élevés contre l’analyse proudhonienne, au demeurant fort juste sur « les gens de lettres ». Les choses ont empiré. Aujourd’hui, le libéralo-capitalisme fait flèche de tout bois : royalties, brevets, droits d’auteurs portés bientôt à 100 ans. Tel laboratoire va mener une mission dans un pays exotique pour y découvrir des plantes médicinales (en soutirant par ruse leurs secrets aux « hommes-médecine » et autres chamanes) et en tirer la substantifique moelle. Alors non seulement celle-ci sera brevetée mais encore la plante originelle « brevetée » fera que les « natifs », l’exploitant depuis des temps immémoriaux, devront alors cultiver en payant des redevances audit laboratoire. On a vu aussi que les séquenceurs de génome exigeaient un brevet sur la nature même de l’homme. On sait que les firmes de type Monsanto ou Novartis, qui inventent des OGM (maïs, soja, coton) soi-disant résistant aux parasites et aux duretés du climat, vendent en même temps et obligatoirement les semences de renouvellement (c’est-à-dire que l’agriculteur ne peut plus utiliser une réserve de semences pour replanter mais doit les recommander à Monsanto) et les pesticides associés. Par exemple, tel maïs ou tel coton transgénique, conçu pour supporter un pesticide, comme, par hasard, celui produit par Monsanto, est vendu avec obligation d’utiliser ledit pesticide. Et, évidemment à prix d’or puisqu’il y a monopole. Celui-ci est consacré par les autorités américaines qui ne vérifient même pas l’impact des transgéniques sur la santé humaine et par l’agence européenne de la santé (truffée d’experts stipendiés par les firmes et laboratoires privés) qui se contente d’avaliser les études fournies par les industriels sans vérifier le contexte d’utilisation ni les effets à long terme (exemple récent : une patate entérinée par le seul Barroso de la Commission européenne !)). On voit des firmes pharmaceutiques interdire la transformation de leurs produits en médicaments génériques, cela étant facilité par une trop grande durée de vie des brevets, établie pour protéger l’industrie pharmaceutique occidentale. On a vu ainsi contester le droit de l’Inde à produire des antiviraux contre le Sida ! On constate aussi que la prétendue révolution verte (meilleurs rendements pour faire manger le Tiers-Monde) par les OGM est une escroquerie car, si effectivement les rendements s’améliorent pendant 3 ou 4 ans, ensuite c’est la catastrophe sauf à utiliser de plus en plus de pesticides et de fongicides labellisés, très onéreux (soi-disant pour cause de brevet) et imposés par les firmes agro-chimiques à la Monsanto. D’où une vague de suicide de paysans indiens cultivant le coton et ruinés par le coût des produits chimiques et les faibles rendements des récoltes OGM. Par ailleurs, il est avéré que les plantes transgéniques, non confinées dans des parcelles étanches, finissent par éliminer les autres variétés, ce qui diminue la diversité des plantes en éliminant leurs espèces ancestrales et locales. Ainsi, le Mexique, lieu d’origine du maïs, voit ses plants originaires peu à peu éliminés. C’est très grave parce que si une nouvelle maladie attaquait des plantations désormais uniformisées de maïs transgénique, alors il n’y aurait plus de variété résistante, un peu comme lorsque la vigne française a été attaquée par le phylloxera (venu des USA) et qu’il a fallu importer des pieds porteurs américains pour lui résister (vigne hybride avec porte-greffe amerloque des anciens cépages). Aujourd’hui il n’y a plus que 150 à 200 plantes cultivées alors qu’il y en avait dans les 15 000 autrefois. On a vu la commercialisation de variétés anciennes par une maison qui voulait les sauvegarder interdite par les pouvoirs publics sous prétexte qu’elles n’étaient pas dans le catalogue officiel établi avec la FNSEA ! On a vu la traditionnelle décoction d’orties, vieux pesticide, interdite de vente par le même pouvoir chiraco-sarkozyen ! Dans le cadre du libéralisme économico-politique qui a tout subverti depuis 30 ans, le savoir est donc devenu un enjeu considérable de privatisation des productions intellectuelles collectives et historiques ou géographiques. Désormais, tout se vend, s’achète, se transforme en fric. On a vu que les humanités (histoire, géo, philo) et les connaissances générales délivrées au lycée étaient en grand danger pour cause d’inutilité commerciale et de ferment d’esprit critique. On constate que la réforme des programmes d’économie dans les lycées ne propulse que la théorie de l’équilibre général, invalidée par la crise, et évacue les thèmes gênants comme le chômage ou la précarité ou la pauvreté. C’est que le savoir est un enjeu de pouvoir et d’idéologie car, s’il est acquis par le plus grand nombre, il est dangereux pour le pouvoir vu qu’il aiguise le sens critique et ouvre l’esprit en donnant des moyens de comparaison. A propos, qui fait l’éloge permanent du « benchmarking », c’est-à-dire de la comparaison… commerciale ? Comme à l’université, le savoir transmis va vers l’opératoire, l’instrumental, le technique. Idem dans les facs spécialisées dans les sciences « positives », telles que le droit, discipline qui forme des avocats maintenant sans culture, ou l’économie transformée en science pure, normalisée dans une doctrine unique, réduite souvent à l’économétrie et aux statistiques. La science fait de plus en plus l’objet d’une coupure ridicule entre la « fondamentale » et « l’appliquée ». C’est la seconde, utile, opérationnelle qui est privilégiée par les nouveaux organismes de financement et de sélection des projets au profit des industriels qui vont bénéficier de subventions pour produire encore plus de gadgets. On a constaté que la fonction enseignement-recherche dans les universités serait soumise aux diktats du manager en chef que sera la président (itou dans les CHU) qui sélectionnera, pour des raisons financières, les bons projets utiles à un partenariat privé/public avec les industriels qui profiteront ainsi des moyens publics sans en payer, et de loin, la totalité des coûts. Ainsi le champ de la recherche sera-t-il fermé alors que la créativité dépend de son ouverture et de son degré d’échange et de discussion, sachant que la recherche est largement soumise au hasard et que le chercheur découvre seulement si on le laisse libre d’explorer des espaces inconnus ou presque vierges qui peuvent ouvrir à des bifurcations ou à des remises en cause sévères de la science normale. Et si le chercheur est libre d’échanger avec des collègues d’autres disciplines voisines Pour avoir imaginé de mettre la recherche sous la coupe de manageurs (les directeurs d’université ou de CHU nommés par le pouvoir), il faut vraiment ignorer totalement les travaux d’épistémologie scientifique qui montrent que la science ne procède pas seulement par accumulation des savoirs ou par mutation brusque mais par spontanéisme, par critique de la science « normale » en odeur de sainteté (se rappeler la bronca des médecins institutionnalisés contre Pasteur…), par échange en réseaux entre scientifiques de différents domaines. Car la science est devenue transdisciplinaire, ce qui suppose de grands lieux de recherche diversifiés (comme le CNRS que l’on est en train de saboter) où les savants-chercheurs puissent échanger, confronter, relier les recherches entre eux. En outre la « vérité » scientifique n’est jamais que ce qui est reconnu comme valable et prédictif par la communauté des savants (théorie de la « science normale » par Kuhn). Ce valide maintenant est questionné par les cas non résolus et par de nouvelles recherches dissidentes à condition que le pouvoir ou les pontifes de l’ancienne théorie ne les étouffe pas. Le savoir doit être systématisé, échangé, discuté et la connaissance répandue au maximum. C’est ce qu’empêchent les brevets, droits d’auteurs, royalties qui, en réalité, installent des monopoles, des droits de propriété indus en réservant le savoir aux experts (qui plus est de plus en plus pointus alors qu’il faudrait être en même temps généraliste pour pouvoir échanger avec les autres savants) et aux industriels. Schumpeter l’avait bien dit : l’innovation crée à la fois un monopole temporaire rentable pour l’entrepreneur et une destruction « créatrice » pour les industriels à la traîne dont les installations deviennent rapidement obsolètes. Proudhon nous aide à comprendre que la connaissance individuelle et collective est une force collective socialisée par construction. Cela anticipe la thèse du capital cognitif ou de l’économie de la connaissance ou de l’économie « immatérielle » : le savoir constitué et ses usages dans les connaissances des acteurs, via aussi des réseaux interactifs de partage et d’enrichissement mutuel, sont une propriété commune, un bien public par nature, une ressource collective que les capitalistes ne sont pas en droit de s’approprier bien que les gouvernants néolibéraux actuels leur en donnent légalement la possibilité et cela, donc, de façon tout à fait illégitime. En outre, cela montre que lesdits gouvernants ne comprennent rien à la façon dont l’économie moderne fonctionne ; ils font privatiser, monopoliser ce qui serait le ressort d’une plus grande efficacité, ce qui provient d’une coopération en réseaux, ce qui est aujourd’hui à la source de la richesse car, par exemple, désormais les coûts de production ne représentent souvent que 10 % de l’ensemble des frais. Ceux-ci sont de « l’immatériel », du cognitif, de l’imaginaire qui doivent appartenir à tout le monde pour être utilisés et diffusés au mieux, pour renforcer la créativité, pour développer les symbioses et interactions entre domaines cognitifs. Cependant, il n’est pas sûr que tous les gouvernants ne le comprennent pas ; certains sont au courant et alors ils le font exprès pour favoriser la rente et le monopole (comme dans la loi Hadopi). Drôle de libéralisme.

Lettre aux citoyens en vue des élections régionales de 2010

Classé dans : Non classé — 7 mars, 2010 @ 9:40

                                                                                                      (Imitation de la lettre de Proudhon aux ouvriers en 1864, en réponse au Manifeste des soixante, qui voulaient présenter des « candidatures ouvrières » aux élections de la même année)

Avertissement : les mots, les phrases de Proudhon sont ci-dessous mis en italique.

 

 

Citoyens, vous me demandez ce que je pense  des élections régionales de mars 2010 ; vous voulez savoir s’il convient d’aller veauter…Je croyais le mouvement électoral épuisé. Assurément je me suis réjoui du réveil de l’idée socialiste (NPG, NPA). On vous dit que depuis 20 ans, avec l’avènement du libéralisme et la mort de l’URSS,  il n’y a plus de classes ; que l’idée des candidatures de la vraie gauche se rétablit. Que le candidat est l’expression de la société, non d’un parti. Mais ce qui compte, c’est la situation créée par le                                      capitalisme et la crise que celui-ci a causé pour le peuple.

 

Quoi ! Il n’est pas vrai…que la société européenne se divise foncièrement en deux classes : l’une qui vit exclusivement de son travail ; l’autre qui vit…du revenu de ses propriétés, de ses capitaux, de ses dotations, pensions, subventions …bénéfices, dividendes, plus-values ? N’est-il pas vrai, à ce point de vue  de la répartition des fortunes et des produits, qu’il existe parmi nous deux catégories de citoyens… divisées entre capitalisme et salariat ? Mais toute notre  politique…, notre société reposent sur cette distinction… La division de la société en deux classes…étant donc indubitable… l’on a dû de tout temps se demander…si par une meilleure application des lois de la justice et de l’économie, on ne parviendrait pas à abolir une distinction si funeste… 

 

Eh  bien, que disent les nouveaux socialistes ? Ils sont convaincus que la question sociale peut être résolue… ils posent, comme signe…  leurs candidatures…La presse fulmine…on crie à l’anarcho-révolution, au terrorisme. Pourtant, la bourgeoisie n’est plus homogène ; il y a ce qu’on appelle la haute bourgeoisie ou féodalité financière, mercantile et industrielle, et la petite bourgeoisie ou classe moyenne inclinant de plus en plus au salariat…Ce que nous demandons… c ‘est une réforme économique qui nous permette à tous de vivre de notre travail.

 

Cela posé, je passe à la seconde question. Il s’agit de savoir si dans les circonstances actuelles, l’exercice du droit à l’éligibilité est bien pour la classe salariale le meilleur moyen d’arriver aux réformes qu’elle sollicite…  Considérons que le gouvernement (quasi) impérial  élu en 2007 a trouvé la principale cause de son succès dans la défaite de la démocratie rouge et socialiste…Sous ce gouvernement, la féodalité financière et industrielle…a complété son organisation et pris son assiette. 

Elle a soutenu Tsarkozy qui l’a payée de sa protection (bouclier fiscal augmenté, limitation des droits de succession, aides à l’accession à la propriété, exonération renforcée pour les entreprises des cotisations sociales, suppression de la taxe professionnelle) tout en taxant le petit peuple notamment avec les droits à la sécu. Les grandes compagnies ont formé leur coalition : la classe moyenne…s’est vue progressivement refoulée vers le prolétariat. 

 

Nous pouvons dire d’après cela, que sous ce régime qui nous a été fait depuis 2007, nos idées ont été mises…hors la politique…L’usage des médias nous est refusé. Tout ce qui …nous est permis de faire, c’est de protester aux grandes journées électorales ou syndicales…Ne perdez pas ceci de vue que, dans le système de compression qui pèse sur la démocratie, ce n’est pas telle mesure financière, telle entreprise, telle loi que nous avons à discuter : on n’a que faire de nous pour cela ; notre opinion est d’avance réputée non avenue. Pareils débats sont le propre de l’opposition constitutionnelle (socialo-libéraux en peau de lapin, MODEM)…Or pour nous affirmer dans notre refus de l’Europe néolibérale, nous n’avons besoin ni de représentants, ni de candidats… 

 

Il est vrai que la discipline de parti, l’allégeance au libéralisme obère la conscience (s’ils en ont encore une) des représentants inféodés à l’UMP…  Donc point de représentants, point de candidats ! J’ai parlé… du monopole de la presse et des médias…Nous ne voulons ni peu ni prou d’un régime qui depuis trois ans déprave nos mœurs politiques, fausse les idées et égare l’opinion… Donc, point de représentants, point de candidats ! 

 

Nous ne voulons pas des conditions dans lesquelles s’exerce le suffrage universel, et pourquoi ? Ce n’est pas seulement parce que les groupes naturels de population ont été subvertis par des circonscriptions arbitraires…C’est surtout parce que, avec le monopole d’une presse inféodée… les choses se trouvent combinées de manière à étouffer l’esprit démocratique…à couper la parole aux multitudes, réduites aux bêlements des troupeaux…Donc, point de représentants, point de candidats ! 

 

En mars 2005, lors du référendum sur le traité constitutionnel européen (TCE), le peuple a cru voter pour lui-même et comme souverain ; son vote a été nié par le pouvoir (traité simplifié de Lisbonne) et par l’Union européenne…A quoi bon, alors, des représentants…des candidats ? Beaucoup, parmi les salariés, n’aperçoivent pas ces incompatibilités profondes entre le système libéral européen, dans lequel on leur propose de persévérer, et leurs aspirations démocratiques et sociales. Cependant, nous ne pouvons pas être plus satisfaits de la politique de l’opposition que de ses idées économiques. C’est quasiment la même que celle de la majorité : sur 535 votes au parlement européen ces derniers temps, 19 votes socialistes seulement ont été différents de ceux de la droite libérale ! La politique de l’opposition, c’est son amour du parlementarisme, qui la ramènera au système européen technocratique et hyper-libéral.  La politique de l’opposition, c’est sa conduite lors du TCE en 2005 pour lequel elle a tout fait afin de faire voter pour le oui. Et vous lui enverriez des collègues ? Non, non ! Point de représentants, point de candidats ! 

Conclusion de cette lamentable intrigue : la démocratie, dont la prépondérance devait être établie par le référendum de 2005, ne compte plus maintenant…que comme l’instrument d’un replâtrage politique… 

 

Nous avons le droit…de protester contre cette espèce de scrutin, soit par le dépôt de bulletins blancs, l’abstention ou autre modalité de refus…si nous jugeons que la loi électorale…n’offre pas de garanties suffisantes au suffrage universel ! Point de représentants, point de candidats, point de participation.

 

Il n’est qu’une conclusion logique au vote antidémocratique et au chèque en blanc pour le néolibéralisme que l’on nous propose aux élections régionales de mars 2010, c’est que la démocratie ouvrière déclare … qu’elle désavoue l’opposition et le pouvoir libéral en place en France et en Europe et qu’elle renonce à se faire représenter.                                  

                                      

       

          

 

C’est reparti, mon kiki

Classé dans : Non classé — 5 mars, 2010 @ 10:39

Après avoir mis le monde entier dans la mouise en 2008, les financiers, renfloués à coup de milliards d’argent public par les différents Etats, se remettent à redistribuer des bonus considérables à leurs traders et à sur-rémunérer leurs dirigeants. La BNP affiche 5,8 milliards de bénéfices en 2009, largement acquis en faisant payer davantage ses services à ses petits clients, de bons taux d’intérêt aux entreprises, en boursicotant comme à l’accoutumée mais là en empruntant à bas taux à la banque centrale pour financer des spéculations juteuses.… Les banques ont officiellement refait leurs fonds propres et donc pourraient se remettre à prêter à des conditions normalisées, ce qu’elles ne font que très modérément malgré les besoins de l’économie et les amicales et médiatiques pressions gouvernementales. Et pourtant, l’économie profondément sinistrée aurait bien besoin de financement car les Etats qui ont mis tout leur fric dans le sauvetage de la finance et se sont en outre lourdement endettés pour ce faire n’ont pondu que de maigres plans de soutien à l’économie productive. Aux USA, l’administration a racheté les actifs « toxiques » des banques (plan Paulson secrétaire au trésor de Bush et ex-PDG de Goldman Sachs) à hauteur de 700 milliards de dollars, plus 180 pour sauver AIG (le plus gros assureur mondial) ; elle n’a trouvé que dans les 50 milliards pour sauver l’industrie automobile tout en exigeant le remplacement de ses dirigeants et des investissements dans les voitures économes en énergie et propres en dioxyde de carbone. La dette publique s’est donc substituée à la privée mais les pays ont atteint le maximum de leurs possibilités financières. Joseph Stiglitz dans son dernier livre « Triomphe de la cupidité » fait état de 12 000 milliards de dollars consacrés ou réservés en tout au sauvetage de la finance US et à la réparation ou à la prévention des dégâts, notamment avec les garanties qui lui ont été accordées pour aider les détenteurs de leurs obligations (en violation de la loi qui ne prévoit de garantir que les dépôts des clients dans les banques du même nom) et leurs actionnaires. Heureusement ces garanties ne seront sans doute pas très utilisées, mais c’est le contribuable qui en prend le risque. Malgré ce contexte, la finance, à commencer par les banques, se remet à ses petites pratiques ; c’est d’autant plus aisé que les rodomontades gouvernementales et du G 20 ont consisté à faire croire à l’opinion publique que l’on allait enfin re-réguler le système et à froncer les sourcils vis-à-vis des responsables de la finance privée. Sans contraintes car l’idéologie économique libérale, sévissant depuis 30 ans et qui aurait dû être éradiquée par la crise, bien qu’ayant montré sa fausseté, à savoir que l’idée que les marchés s’autorégulent tout seuls et automatiquement pour produire l’optimum de l’affectation des ressources est tout simplement absurde, continue de plus belle à régner dans les esprits gouvernementaux. C’est lamentable parce que nombre d’économistes modernes ont montré depuis longtemps que ce ne pouvait être vrai. Donnons des exemples. Il y a des relations « d’agence » entre le propriétaire et le gestionnaire des actifs ; par exemple, un fonds de pension a pour « agent » le PDG de l’entreprise dont il est actionnaire ; comme le dit FDP a investi dans énormément de boîtes, il n’ pas les moyens de contrôler tous ses agents. Il se contente de donner une ligne directrice, à savoir faites-moi le maximum de rendement, de valeur pour l’actionnaire. Pour s’assurer de la loyauté de l’agent les propriétaires les attachent avec des saucisses (stock options, parachutes dorés, retraites chapeau ; golden hello ou prime d’arrivée en or ; ces « incitations » sont perverses car elles poussent à tricher pour augmenter la valeur des titres). Mais l’agent peut tricher à son profit, d’où la théorie de « l’aléa moral » qui empêche la confiance dans les affaires. Il arrive même que l’agent soit au contraire trop fidèle ; par exemple les agences de notation ont avalisé comme sûrs les nouveaux produits financiers très risqués qu’inventaient les banques. Natürlich : ces agences étaient en même temps celles qui notaient lesdits produits pour les marchés financiers ; beau conflit d’intérêt. Ainsi, le secrétaire d’Etat au Trésor ou les conseillers financiers d’Obama (comme Bush avec Paulson ou Clinton avec Rubin), pourtant agents du pays en vue de l’intérêt général, sont largement inféodés à la finance où ils ont fait carrière auparavant. Ils privilégient donc l’intérêt des banques contre celui du pays. Il y a aussi les « asymétries d’information » entre intervenants, lesquelles déséquilibrent leurs rapports car les uns, par exemple les agents, savent des choses que les autres ne savent pas. Ces asymétries font que les acteurs du marché n’ont pas forcément des comportements convergents ou raisonnables, ce qui empêche l’équilibre postulé par la théorie des sublimes avantages de la concurrence sur des marchés libres et ouverts. Et cela sans même parler des délits d’initiés. Il y a les « externalités », c’est-à-dire le fait que les conséquences des décisions de A ou B sur les autres ou sur la nature ne sont jamais prises en compte par le marché car elles n’ont pas de système de prix, car le marché n’agit qu’à court terme et ne prend pas en compte les effets qualitatifs. Il y a encore les « incitations », c’est-à-dire les récompenses ou dispositions ou dispositifs qui encouragent certains acteurs à détourner les règles du marché à leur profit. L’exemple type en est les stock-options ; ces incitations perverses dans la plupart des cas ont été autorisées par les politicards en faveur de leurs amis de la phynance (qui eut bu boira, qui en a profité continuera) et du management. Il y a de plus certains biens ou services, appelés « biens publics » qui ne peuvent pas faire l’objet d’un marché. En effet, ils profitent à tous, comme un phare ou une digue, sans rivalité ni exclusivité ; dès lors personne ne veut les payer sur ses deniers car les autres les utiliseraient sans rien payer sauf s’il y a un péage possible (cas des autoroutes). Enfin, la théorie de l’équilibre général, celle qui justifie les manipulations des chantres du tout-marché qui s’équilibre tout seul, a été pondue par des gens sous forme de modèle hypothétique : la perfection du marché n’est atteinte que dans des conditions très restrictives que, évidemment, les thuriféraires de la « mondialisation heureuse » ont complètement zappé ; Il y a le fait que les marchés ne sont aucunement des systèmes impersonnels, sans acteurs consistants, sans règles, automatiques. Il y des institutions qui créent les marchés ; il y a des règles qui les régissent comme pour les contrats et les droits de propriété, règles du reste qui sont souvent établis par les politicards en faveur de leurs amis de la finance. De plus, il y a des acteurs dominants, organisés qui par leur hégémonie font que les marchés peuvent être par eux manipulés : banques, assureurs, agences de cotation et de notation, multinationales, fonds de pension, d’investissement, de spéculation, etc., qui n’ont rien à voir avec la masse atomisée des petits investisseurs individuels. Et les dirigeants continuent de faire comme si le marché n’était qu’une énorme cohue d’acteurs individuels atomisés ne pouvant pas se concerter. Et, justement, les gros acteurs financiers et leurs lobbys ont tout fait pour que les politiques détruisent les règles protégeant le marché au profit de réglementation en leur faveur ou en les laissant « s’autoréguler ». Eh bien, non, les responsables se moquent de ces acquis et reprennent la course que Stiglitz vient de qualifier de « triomphe de la cupidité ». Les banques, au lieu d’utiliser les fonds donnés par les contribuables pour refaire leurs capitaux propres et ainsi pouvoir refaire crédit, les ont consacrés à payer des bonus et de salaires mirobolants comme si de rien n’était. Elles ont profité des faibles taux d’intérêt à elles consenti par le gouvernement pour financer des spéculations. Bien mieux ; comme les Etats empruntent à qui mieux-mieux et se retrouvent avec des déficits et des dettes astronomiques, les fonds spéculatifs, que personne n’a songé à réglementer aux séances du G 20, se mettent à jouer à la baisse contre les emprunts (donc les monnaies) des pays les plus fragiles, celles des pays que les Britanniques ont joliment qualifiés de « PIIGS » : Portugal, Irlande, Italy, Grèce, Espagne (Spain) ! Et l’Europe n’a rien fait de tangible pour aider la Grèce ! La spéculation est simple comme bonjour ; il suffit de vendre à terme et à découvert des titres d’emprunt grecs (que l’on n’a pas encore) à un prix fixé tout en ne payant que 5 % à titre de garantie. L’espoir est de voir la valeur de ces titres plonger en dessous du prix fixé à l’échéance de « l’option ». A ce terme, il suffit d’acheter les titres au prix du marché et de les céder aussitôt au prix convenu ex ante à l’acteur qui avait passé le deal avec vous et qui jouait en sens inverse et ainsi d’empocher la différence de valeur de ces « sous-jacents » ayant présidé à la spéculation. Comme le pari est risqué pour les deux opérateurs, chacun a souscrit un Credit Default Swap (CDS, assurance pour couvrir la différence, ce qui était la grande spécialité d’AIG en tant qu’assureur). Les espoirs de gain ou de perte ont donc généré 2 assurances, ce qui gonfle d’autant le volume des CDS, lesquels, rappelons-le peuvent eux aussi être vendus sur un marché spéculatif. Et ainsi de suite. Autre astuce, plus directe, acheter à la baisse et à terme des CDS de couverture contre les risques de défaut des emprunts grecs ; s’ils baissent effectivement – et ils baisseront car acheter beaucoup de ces CDS montre la méfiance accrue vis-à-vis de ces titres et fait augmenter ipso facto les taux d’intérêt pour les emprunts suivants, ce qui dévalorise les actuels – on les revend au prix convenu ex ante et le fonds spéculatif empoche la plus-value (un CDS acheté 2 % du montant de l’emprunt boit sa valeur monter par exemple à 4 si l’emprunt devient plus risqué). Evidemment nos G 20 n’ont encore rien prévu pour s’occuper de tous ces titres pourris : CDO (titrisation), ABS, CDS… Tout cela est perçu par les requins de la phynance comme bien plus rentable que de prêter pour l’investissement et la demande solvable des consommateurs. Et pourtant on danse tous sur un volcan car la crise économique, elle, est loin d’être terminée. La récession entraîne en effet une baisse supplémentaire de la demande car les gens échaudés se mettent à épargner et, de plus, il y a encore plus de chômeurs ou de précaires ou de temps partiels ou de retraités dans la débine que ladite demande solvable s’en ressent. Du coup, les industries sont encore plus qu’avant en surcapacité de production, ce qui est renforcé par les récents progrès de productivité, et n’investissent plus. On peut donc s’attendre à un nouveau flux de faillites d’entreprises et de cessation de paiements par les individus, ce qui va augmenter les volumes de dettes impayées détenus par les banques ou par les acheteurs desdites dettes sous forme « titrisée ». Et pourtant c’est reparti comme en 40 ; les banques continuent de jouer solo et les gouvernants n’ont rien compris aux causes de la crise ; à l’origine elle est économique : les surcapacités de production liées à la stagnation des marchés solvables et aux énormes gains de productivité, les sommes fantastiques à la recherche de placements juteux, l’endettement affolant des ménages US par suite d’un crédit offert sans limites pour compenser la baisse du pouvoir d’achat, le déséquilibre astronomique des échanges internationaux entre la Chine (ou l’Inde, etc.) qui vend sa camelote aux USA (autre moyen de compenser la perte de pouvoir d’achat) tout en achetant à l’Amérique ses bons du trésor (700 milliards) et en accumulant des dollars issus de ses ventes (1500 milliards) dans ses réserves de change. Bien creusé, vieille taupe : un pays communiste converti à l’économie de marché fait la démonstration des illusions sur le marché autorégulé et de la compatibilité du libre-échange avec la dictature…

La désindustrialisation de la France

Classé dans : Non classé — 25 février, 2010 @ 10:30

 

L’industrie en notre beau pays tsarkozysé ne représente plus que 16 % du PIB, encore moins qu’en GB dont l’hyper président, racontant ainsi n’importe quoi comme souvent, avait dit qu’elle était moins industrialisée que les Froggies. Et le mouvement de perte des industries continue inlassablement malgré les rodomontades d’Estrosi, notre « motodidacte » sous-ministre de l’industrie et les artabanesques moulinets et effets de toge de Zébulon 1er. Déjà 75 % des véhicules Renault (50 pour Peugeot) sont produits à l’étranger (et aussi les pièces fournies par des sous-traitants), ce qui fait que maintenant acheter chez ce constructeur contribue à dégrader la balance commerciale. Et le terroriste industriel Carlos Ghosn veut produire la CLIO new look en Roumanie. ! 

M. De la Marge Qui Rit, PDG de Total, veut fermer les raffineries de pétrole (leur essence découle de leur existence comme disait Sartre), sachant que la firme s’est bien gardé d’investir dans la production de gasoil que le France importe largement bien que 53 % des véhicules y marchent désormais à ce carburant. Le pingouin aux moustaches en balayette de chiotte a bien compris l’intérêt financier de Total. C’est facile car n’importe quel agent comptable le comprendrait aussi. En effet, les marchés se développent en Asie et dans certains autres PVD. Parallèlement le marché francaoui baisse par suite de la crise, des biocarburants et des véhicules moins énergivores. Ensuite, les raffineries produisent à bien moindre coût dans les pays exotiques à salaires et prestations sociales compressées, sans protection de l’environnement et à fiscalité légère. Enfin, ces usines sont à la fois polluantes, émettrices de dioxyde de carbone et dangereuses. Autant les situer dans des pays où les habitants ne peuvent pas protester car s’ils le font la police est aussitôt là pour les matraquer, la « justice » pour les condamner et des nervis pour les zigouiller. On se souvient d’ailleurs que Total est du dernier bien avec la junte birmane avec la bienveillance de Kouchner. Il en découle que La Marge de Riz (auto) a intérêt à délocaliser les raffineries pour faire de « la marge, de la valeur pour l’actionnaire », désormais privé alors qu’avant c’était une firme d’Etat. 

Il est jouissif de constater la politique de gribouille (à but de discours électoral en vue des régionales) du gouvernement : je te favorise le biocarburant, je te fous des super taxes sur le carburant, je mets en place une écotaxe (raté pour l’instant) et on veut pourtant maintenir les raffineries ! Or, dans le contexte général du libre-échange mondialisé, la désindustrialisation a 3 causes : l’automation et la robotisation qui détruisent les emplois pour cause de productivité exponentielle quand les marchés n’absorbent pas la production, le commerce extérieur soumis à la concurrence et à la compétitivité (en baisse continue pour les « parts de marché » de la France avec aujourd’hui 3,8 % du commerce mondial), l’externalisation des activités de service, soit de faible valeur ajoutée (le ménage… ) soit de recherche-développement-invention. Que fait Tsarko en regard de ces 3 causes ? 

Et, évidemment, tous les PDG raisonnent de la même manière ; c’est normal car c’est la logique même du système capitaliste qui régit leurs décisions. C’est à cela que l’on peut voir que la personne des  dirigeants, pourtant remarquablement bien récompensés pour des décisions que n’importe qui prendrait, n’a aucune importance. C’est le système qui impose sa logique « rentabiliste ». Et c’est ce qui explique que, via les délocalisations et les prises de participation dans l’industrie chinoise, actuellement 56 % des exportations sinisées proviennent en fait de firmes occidentales implantées dans l’Empire du Milieu. On sait aussi que plus de 60 % des échanges mondiaux sont le fait de transferts internes aux multinationales entre leurs filiales et avec la maison-mère. C’est aussi ce qui fait le succès des exportations teutonnes dont les produits sont réalisés à bas coût en Europe de l’EST dans les pays récemment entrés dans l’UE. Ah, cette chère (onéreuse) Allemagne qui mène depuis longtemps une stratégie non coopérative négative pour ses soi-disant partenaires européens en délocalisant à l’Est, en instaurant une TVA « sociale » et en serrant le kiki à ses salariés et chômeurs (lois Hardt 4 sous le socialiste Schröder). Excusons-la car dans l’UE tous les pays ont été mis en concurrence sauvage et ne cherchent qu’à tirer leur épingle du jeu en jouant solo. L’Irlande avec son taux d’impôt sur les sociétés à 12,5 % (30 % en moyenne UE), la GB avec sa finance « paradis-fiscalisée » (10 % de son PIB) et sa dévaluation de la livre, l’Espagne avec sa spéculation immobilière pour touristes, son agriculture hors sol avec immigrés sous-payés et le déficit de sa balance commerciale, l’Italie avec son économie souterraine, la Grèce avec ses tricheries sur l’état de ses finances, la France avec ses déficits structurels depuis 30 ans, etc. On observe au passage que les dirigeants ne sont plus responsables de quoi que ce soit puisque c’est la mécanique fatale du système qui leur impose leurs décisions. 

Alors que peut faire Rodomont ou Tartarin ou Artaban en tant que dirigeant politique contre cette logique ? Réponse rien, malgré son agitation médiatique et ses convocations bidons de manageurs en chef dans les palais de l’ex-république. Déjà, légalement, le pouvoir ne peut pas intervenir dans la gestion des firmes privées. Il ne peut que créer le cadre législatif et réglementaire de leur activité et encore seulement sur le sol national. Il ne peut que taxer leurs bénéfices mais grâce à la théorie du bénéfice consolidé et aux effets des paradis fiscaux où les firmes localisent leurs profits en ne laissant sur le sol national que des filiales dénuées de marge, lesdits bénéfices ne sont taxés qu’à 8 % alors que le taux théorique de l’impôt sur les sociétés est de 33 %. S’il intervient pour protéger l’industrie du pays (ou l’agriculture ou la finance), la Commission européenne l’attaquera aussitôt pour protectionnisme et surtout atteinte à la « concurrence libre et non faussée ». L’OMC itou et les autres pays prendront des mesures de rétorsion. 

De plus ces effets de manches d’avocat (d’affaires) sont parfaitement hypocrites. En effet, ce sont les gouvernants qui depuis plus de 20 ans ont édicté des lois pour mettre en place le libre-échange généralisé, quelles que soient les situations des pays, lesquelles nécessitaient pourtant progressivité et protections, pour donner à la finance le privilège de la libre circulation partout sans entraves d’aucune sorte, pour fermer les yeux sur leurs combines pour ne pas respecter leurs obligations prudentielles et pour favoriser la valeur pour l’actionnaire, etc. Et cette logique systémique étant en place à cause d’eux (ce qu’ils oublient pour tromper les électeurs tout en désignant les banquiers comme boucs émissaires de leurs propres turpitudes), on ne peut plus y revenir sans entente internationale pour re-réguler le commerce et la finance mondialisés. Or, il ne peut y avoir de consensus international car moult pays ont intérêt au désordre installé et défendent mordicus leur pré carré de « compétitivité » comme on l’a vu plus haut en ce qui concerne l’Europe. 

Dès lors la désindustrialisation prospérera et cela d’autant plus que les exportateurs vendent maintenant leurs secrets de fabrique aux PVD pour obtenir à court terme un marché (d’avions, de trains, de centrales nucléaires, etc.). Ces derniers, de plus, comme le Brésil, l’Inde et la Chine (les « Bric »), investissent massivement dans la formation et la recherche-développement et, donc, l’avance technologique de l’Occident ne sera bientôt plus qu’un souvenir. Alain Peyrefitte avait écrit, years ago, « quand la Chine s’éveillera » ; on y est. Les PVD vont bientôt inventer plus que l’Occident ou le Japon… 

Or, je ne dirai jamais assez, c’est l’industrie productive, et tout ce qui l’aide à l’être (services dédiés à la facilitation de la production, services d’ingénierie et de recherche), qui est la base d’un revenu national que je qualifie de « primaire ». Pour le visualiser, il suffit de raisonner sur une économie fermée, en autarcie, sans échanges extérieurs. Si vous allez au cinéma, chez le coiffeur comme quand vous achetez de quoi bouffer, vous vêtir, vous transporter, vous chauffer, etc., c’est que vous avez un revenu issu de votre travail. Vous travaillez chez un coiffeur ? Votre salaire, après la marge dudit coiffeur, vient des gens qui lui achètent ses services, du reste comme les impôts, les indemnités de protection sociale, etc. parce que ces gens ont un revenu préalable qui vient de leur travail dans l’industrie ou l’agriculture productrices. Tout le revenu (montant des ventes moins les « intrants » autres que les charges de main d’oeuvre) vient des activités productrices de base. Cette marge produite dans la production est ensuite simplement répartie entre les différents acteurs sociaux : rentiers et leurs intérêts ou dividendes ou leurs loyers (des immeubles et des terres), salaires directs ou différés (retraites, protection sociale) des travailleurs, impôts de l’Etat et des collectivités locales, dividendes des investisseurs, frais fin anciers prélevés par les banques. Et ce sont les revenus de cette répartition qui permettent d’acheter des services privés (coiffeur, cinéma,  vacances in situ, etc.) et des services publics via l’impôt ou de thésauriser ou d’investir.  CQFD : aucun revenu secondaire ou prélèvement ex post ne peut exister s’il n’y a pas auparavant les marges nettes  issues de la production. Il en découle qu’un pays fermé sans industrie ou agriculture conséquentes vivote. C’est le cas de Cuba qui est plus est victime d’un embargo US. 

Si le pays n’est plus autarcique, les choses évidemment se compliquent. Cependant, il est clair que si sa balance commerciale entre ce qu’il vend de sa production interne et ce qu’il achète comme produits ou services externes est positive cela veut dire qu’il a plus produit (et vendu) que ce qu’il a acheté. La désindustrialisation française explique donc que la balance commerciale du pays soit devenue structurellement déficitaire. C’est donc la production interne exportée ou non, moins les importations, qui continue de servir de base au revenu d’un pays revenu. La chose se complique avec le solde des revenus financiers (balance des paiements) liés aux intérêts et dividendes des emprunts ou des placements dans les pays étrangers. On peut imaginer un pays sans production (le rêve de certains capitaines d’industrie qui voit leur entreprise sans usines) dont le revenu serait uniquement constitué de revenus financiers. C’est possible momentanément et c’est ce qui fait la gloire des retraités de Californie  ou de Floride via les fonds de pension investis à l’étranger pour suer du dividende et de la plus-value boursière. Las, cela vient de se casser la figure. Et, du reste, ce n’est pas tenable à long terme : les pays ainsi exploités peuvent se rebiffer (et les USA ne sont plus en position de défendre leurs émanations extérieures comme lors de la défense de l’United Fruit, fer de lance du coup d’Etat de Pinochet, devenue Chiquita, pour assurer les profits de leurs investisseurs et spoliateurs à l’étranger). En outre, les PVD vont se financer eux-mêmes par leur industrie propre et les délocalisations industrielles chez eux. 

Cette analyse montre donc que Epiméthée 1er se fiche de notre poire et que les rustines qu’il met en place ne sauveront rien du tout tant que l’on restera dans le système capitaliste actuel. En fait, ce qui compte pour lui, c’est la phynance dans laquelle les cabinets d’affaires font leur beurre même si cela ne profite qu’aux capitalistes (banquiers, manageurs, assureurs, financiers et… politicards associés. Ils profitent en effet des bénéfices de la chose à l’étranger sans se soucier de la production locale. 

 

Revaloriser le travail ? Chiche

Classé dans : Non classé — 23 février, 2010 @ 11:34

 

La valeur-travail est la tarte à la crème du vieux libéralisme économique fondé par Smith et Ricardo.  Marx reprend la valeur-travail comme origine de tout (rentes, salaires, impôts, profits, loyers, etc.) à partir de la création de valeur par le seul travail. Il montra que le temps socialement nécessaire à l’entretien de la force de travail, c’est-à-dire le travail considéré comme une marchandise vendable sur un marché libre, comme valeur d’échange différente de sa valeur d’usage par le capitaliste, était par exemple de 4 heures par jour et que si le capitaliste avait le pouvoir (organisé par le droit bourgeois en sa faveur, d’où la notion de rapports de propriété) de faire travailler 8 heures, alors ces 4 heures de plus donnaient la plus-value en tant que surtravail extorqué par la force du capital en place et du droit illégitime en actualité de service. Cette analyse puissante, pratiquée par les capitalistes actuels qui ne se rendent même pas compte de ce qu’ils la confirment, établit que ce qui intéresse les libéraux pratiques en économie, ce n’est pas la valeur morale et sociale du travail, encore moins la dignité des travailleurs, mais le temps d’activité pendant lequel on peut faire suer le burnous aux salariés et l’intensité avec laquelle on peut les faire turbiner. Quand Tsarkozy énonce qu’il faut « travailler plus pour gagner plus », cela signifie simplement qu’il faut que la durée du temps de travail augmente sur le jour, la semaine, le mois, l’année, la vie entière en obligeant à travailler plus longtemps.

Ce n’est pas le travail qui intéresse les libéraux, c’est le temps d’activité, c’est le temps extensif de sa durée combiné au temps intensif créé par les moyens d’une meilleure productivité. Et encore faut-il que ce temps d’activité soit flexible et variable en fonction du « carnet de commandes ». D’où  les raffinements de la précarisation du travail par le temps partiel, l’intérim, les horaires flexibles, la saisonnalité de l’activité, les CDD, etc., qui montrent que ce qui compte ce n’est pas le travail  ni les conditions de travail mais la mise à disposition du temps de travail des salariés en fonction des aléas de la demande et des exigences de rentabilité à 15 % du capital investi. En fait, le capital s’intéresse surtout à la productivité horaire du travail (PIB divisé par le nombre d’heures travaillées, excellente en France) sans vraiment chercher à augmenter la population active puisqu’il suffit de faire suer davantage le burnous aux actifs en actualité de service pour élever la production sans rien payer, si possible, en plus. Et les socialos en toc comme Martine Aux Abris avaient subtilement négocié les 35 heures contre la possibilité offerte au patronat  de rendre le travail plus intensif et plus flexible. D’où le cadeau tsarkozyen sous forme d’heures sup détaxées d’autant plus rentables que ladite productivité est élevée.

Le patronat et le pouvoir aiment tant le travail qu’ils s’échinent à minorer les chiffres du chômage et du sous-emploi. La France se réfère de plus en plus à la norme insensée du BIT permettant, soi-disant, des comparaisons internationales : pour être chômeur il faut être immédiatement disponible, ne pas avoir travaillé ne serait-ce qu’une heure dans la semaine précédente  (un mois en France) et chercher un emploi à temps plein ! Cela minore drastiquement le chômage et surtout ne tient aucun compte du sous-emploi et du statut des emplois, ni donc de la valeur des personnes et de leur dignité, ni de leur reconnaissance sociale.

Au surplus, le peu de considération que le libéralo-capitalisme a pour le travail est montré par la comptabilité. Celle-ci ne le prend jamais en compte comme un investissement ou un actif, mais comme une charge, comme un simple coût d’exploitation (de profytation, comme on dit désormais à la Guadeloupe). C’est très bizarre parce que, dans le même temps, a été pondue la théorie économique du « capital humain », dans laquelle les compétences, les connaissances, les potentiels des salariés sont entrevus comme « une ressource » à valoriser. A quoi s’ajoute que, à l’ère de « l‘économie immatérielle », de la « connaissance », des brevets et autres droits de propriété intellectuelle, les connaissances et capacités des employés sont  considérées comme des « actifs »  propriété de l’entreprise et non comme le résultat de la coopération des travailleurs de recherche ni comme un apanage du salarié créatif. Il devrait être clair, même pour un libéral, que l’innovation, le savoir, l’inventivité sont des productions collectives du travail socialisé, qui ne sauraient être brevetées pour un seul bénéficiaire et qui appartiennent à tout le monde dans leurs résultats. Or ce travail collectif et ce savoir commun est privatisé par le néolibéralisme capitalisto-financier.

La considération actuelle des libéraux pratiques pour le travail et les travailleurs est telle que les moyens de la médecine du travail ont été divisés (sous Villepin) par deux : doublement des vacations par médecin et passage à deux ans des visites au lieu de la périodicité annuelle. On note aussi que depuis toujours, les médecins du travail sont soumis aux patrons par le biais de structures de prise en charge dans lesquelles les seconds assurent la plus grande part des pouvoirs. Ce qui explique, du reste, que certains patrons se soient mis dans la poche les subventions ou les financements de la médecine du travail. On rappelle aussi l’insuffisance radicale et organisée de l’Inspection du travail, dont on peut tirer les inspecteurs comme des lapins sans grand émotion des dirigeants de l’Etat contrairement à la mort du moindre poulet de la maison Royco-Poulaga. On rappelle encore que les accidents du travail et les maladies professionnelles sont radicalement sous-évalués parce que les organismes patronaux, munis d’experts stipendiés, siègent dans les instances et les tribunaux de la Sécurité sociale, en face de fonctionnaires soit compradores  soit sans moyens. Et, en outre, Arachid Data vient de supprimer 44 Tribunaux des Affaires de Sécurité Sociale (TASS, sur 115) et 63 tribunaux de prud’hommes sur 271, alors que les délais de traitement des contentieux sont déjà exorbitants et que ces instances jugent des différends entre les petits et les gros. Cela améliorera sûrement la santé des travilleurs.

Le travail, du reste, n’est plus considéré comme une œuvre collective. Cela se voit dans la nouvelle réglementation du droit de grève dans les services publics : les grévistes doivent se déclarer individuellement en tant que tels 48 heures à l’avance. Rappelons que pour Proudhon, le travail était forcément collectif, coordonné dans l’interdépendance et coopératif. Il n’était pas, non plus,  qu’une activité de production ; il était « la force plastique de la société ». Il n’était pas qu’un acte productif ou une action productive. Il était en même temps, pour le salarié ou le collectif, une « œuvre » (comme l’a bien vu Hannah Arendt). Il était aussi « un mode universel d’enseignement » reliant spontanément la théorie et la pratique.

Le 20e siècle avait essayé de protéger le salariat en rééquilibrant les rapports de force de celui-ci avec le patronat. Le 21e, devenu tsarkozyste, mais dans la filiation du prétendu fainéant Chirac qui avait déjà largement amorcé la pompe de la fin d’un droit du travail protecteur (notamment en faisant simplifier le code du travail, ce qui a conduit à sa complexification et surtout à sortir du domaine de la  loi, au profit du décret, la plupart des domaines de la protection du travailleur), continue de renvoyer le travail aux conditions du 19e siècle. Ces choses-là laissent évidemment à penser que le travail n’a aucune valeur en dehors de l’activité économique, dans laquelle la nature ou la qualité du travail doit être réduite à sa plus simple expression, précarisée, flexibilisée pour cause de « valeur pour l’actionnaire ». Du reste, il aime tellement le travail qu’il l’a étendu au dimanche sous couvert de pseudo-volontariat et d’heures survalorisées (mais souvent non payées).

Les libéraux aiment tant le travail en tant que valeur que ce qui est analysé et suivi dans les statistiques du chômage, ce n’est pas le travail mais l’emploi. C’est ainsi qu’un travail (un emploi) à temps partiel ou/ et précaire est compté comme un emploi à temps plein alors que la moindre honnêteté statistique voudrait qu’un mi-temps soit compté comme un demi-emploi de façon à comptabiliser les prétendus emplois en équivalents emplois à plein temps. Il est clair que les libéraux ne s’intéressent pas au contenu ou au mode de travail (partiel, épisodique, précaire) mais au nombre d’emplois, fussent-ils parfaitement spoliateurs et déqualifiés. Par exemple, en France, les emplois de service à la personne ont été magistralement transformés en rapports de prestation  contractuelle individualisée et libérale entre un patron (un ménage ou une structure) et un employé (travaillant en moyenne 10 heures par semaine) via le chèque emploi-service (devenu le  chèque-emploi de service universel ou CESU) alors qu’il aurait fallu, pour échapper à la logique libérale, ne permettre l’usage de cette « force de travail » que dans le cadre d’organismes prestataires institués et d’un statut officiel des salariés. Et pour couronner le tout, les services à la personne font l’objet d’une niche fiscale…

Soi-disant libres d’organiser leur travail, les cadres sont tenus en laisse par les moyens modernes, téléphones et ordinateurs portables, et par les horaires journaliers. Le cadre est soumis à des exigences de rendement, via des objectifs qui lui sont imposés sous couvert de négociation de gré à gré, qui le transforment en prisonnier du boulot à toute heure. Le salarié lambda est, lui,  mis sous tutelle de groupe de groupes de travail autonomes ou semi-autonomes, de groupes d’expression où les déviants sont rapidement dénoncés et exclus. Ce n’est pas le groupe au travail qui intéresse le capital, c’est la pression de conformité du groupe sur le « mauvais »  travailleur. C’est conforme aux positions des libéraux pratiques du 19e siècle qui avaient vu dans le contrôle mutuel et l’espionnage des uns par les autres le meilleur moyen de la pacification sociale. Là encore, ce qui intéresse le capital, ce n’est pas la valeur du travail mais ce que les activités peuvent procurer comme valeur supplémentaire pour l’actionnaire. Tant pis si les externalités négatives sur la santé de cette pression sont niées par la médecine du travail inféodée et payée par la collectivité. Il est clair que le travail est redevenu une marchandise comme les autres. Il n’a pas de valeur morale ou de valeur d’épanouissement personnel, ou de coopération et de solidarité entre travailleurs. Il n‘est que résultats financiers valorisés par la bourse ; il n’est que variable d’ajustement pour maximiser la « valeur pour l’actionnaire ».

Le travail, la valeur du travail, les libéraux modernes n’ont que cela à leur bouche manipulatrice. On vient de voir quelle considération ils lui accordent. Chez Proudhon, le travail est d’abord un vecteur d’épanouissement et de réalisation  des capacités des travailleurs. Les milieux de travail sont les lieux où chacun peut développer ses compétences pour pouvoir, s’il en a les capacités, accéder aux plus hauts grades de l’organisation. Le travail est le moyen principal de la réalisation de la personnalité à condition qu’il soit correctement organisé et permette la promotion sociale et la formation professionnelle continue, à condition qu’il soit effectué dans une organisation coopérative et solidaire. C’est aussi un ressort d’acquisition de la morale de la solidarité et de la justice au sein même des collectifs où se développent les relations de travail. C’est en même temps l’origine de la valeur des biens et services. J’ai dit l’origine, je devrais dire seulement l’origine.

Ainsi, le travail ne saurait être seulement un moyen ou une ressource. C’est le fer de lance de l’implication de chacun dans le processus de production, à condition qu’il y soit considéré comme une personne ayant sa dignité à respecter et non comme on dit aujourd’hui : « une ressource humaine ». Car le travail, avant tout, est un système de relations sociales où normalement chacun a sa place, à condition évidemment qu’il soit organisé sur la base de la coopération dans l’interdépendance réciproque et la valorisation des tâches de tout un chacun. Dans une société n’obéissant qu’à la logique du profit, fondée sur la compétition et la seule réussite individuelle, il est clair que le travail ne peut pas être reconnu ; ce qui est admiré, ce sont les signes du prétendu mérite personnel, alors que, naturellement, personne ne peut réussir sans la coopération des autres ou sans vol pur et simple des fruits de cette coopération de fait.  

Toutes les enquêtes montrent que le travail demeure une des valeurs principales comme réalisation de soi, espace de relations avec les autres et signe d’insertion sociale. Cependant les tenants de la thèse de la disparition du travail ont involontairement raison : le travail, comme décrit  supra, n’existe plus chez les libéraux pratiques ; il a été réduit à un temps d’activité, le plus élevé et le plus flexible possible pour créer non pas des valeurs de cohésion sociale, mais de la valeur pour l’actionnaire et des commissions occultes pour les politiciens et les journalistes conformes et bien méritants.

 

Le problème des retraites

Classé dans : Non classé — 18 février, 2010 @ 11:54

 

Ce qui frappe le plus dans le traitement du problème des retraites par le pouvoir et par les journaleux, c’est non seulement un cas typique de pensée unique mais encore l’évacuation constante de moult paramètres essentiels  de la situation. Il est vrai que la chose est prédéfinie par un organe (au sens de Soljenitsyne) officiel, le « conseil d’orientation des retraites » (COR, au pied, car truffé de compradores) bourré de libéraux de tout poil et de membres stipendiés par le pouvoir ; du coup, les auteurs et organismes qui étudient la chose sans les œillères libérales sont passés à l’as. Essayons de remettre les tenants et aboutissants du problème dans une vraie problématique sans concessions à l’air du temps néolibéral.

Un 1er paramètre réside dans la démographie, qui ne se porte pas mal en France 65 millions d’habitants avec près de 2 enfants par femme comme descendance finale) ; cela veut dire que normalement le COR (au pied, Médor) devrait actualiser le niveau de la population active et donc augmenter le rapport affiché de 1,2 actif pour 1 retraité à l’horizon 2050. Rappelons aussi que ladite population peut augmenter avec l’immigration même « choisie ».

Il faut aussi tenir compte des progrès de productivité, lesquels impliquent que dans 20 ans le revenu national sera bien plus élevé et que donc la charge des retraites rapportée à celui-ci sera bien moindre que si on la calcule avec le PIB actuel. La vraie question est celle du partage des gains de productivité entre le capital et le travail. La part de ce dernier a régressé de 10 points depuis pas mal de temps ; les progrès de productivité peuvent être affectés en partie à la réduction du temps de travail, ce qui était un mouvement historique avant que le néolibéralisme ne force à s’aligner sur les pays les moins-disant pour cause de mise en concurrence mondialisée des économies du monde entier. Soulignons que cette réduction du temps de travail n’est pas forcément celle de la durée journalière ou hebdomadaire ou annuelle des choses. Elle pourrait parfaitement être affectée à l’âge du départ en retraite. D’autant que ce qui compte, ce n’est pas l’espérance de vie (en hausse depuis longtemps, 84 ans pour les femmes, 77 pour les hommes aujourd’hui) mais la durée de vie en bonne santé après la mise en retraite. Elle est, en moyenne, assez faible : plus 5 /10 ans, ce qui est fort injuste pour ceux qui ont commencé tôt et effectué des travaux pénibles, lesquels ont 8 ans d’espérance de vie de moins que les cadres. Notons que les négociations sur le sujet entre syndicats et MEDEF, commencés en 2004, n’ont toujours pas abouti !

Le partage des gains de productivité peut se traduire en gains salariaux, ce qui fait que des taux de cotisation augmentés sont beaucoup moins lourds au fur et à mesure du temps. Une cotisation de plus 2 % sur 1356 euros (SMIC) en 2010 ne fait que 1 % rapporté à un smic de 2712 en 2050 ; on pourrait donc augmenter les cotisations de façon assez indolore et progressive si les gains de productivité étaient partagés. Tsarkozy compte peut-être jouer sur l’âge de départ en retraite, actuellement de 60 ans depuis 1981 et surtout sur le nombre d’annuités de cotisations (41 en 2012, 42 en 2020, 40 aujourd’hui). L’approche de Zébulon 1er, comme on le voit, est purement comptable et financière, les vrais paramètres socio-économiques n’étant pas actionnés. Rappelons que l’âge moyen de demande de liquidation des droits à retraite est de 61 ans et demi, que l’âge réel est de 58 et que le taux d’activité des séniors culmine à 38 % contre 45 dans l’UE ou 60 en Suède. Cela signifie en réalité que mettre la retraite à 61 ans et plus et allonger la durée de cotisation conduit automatiquement à une baisse des pensions, ce que Epiméthée 1er (celui qui réfléchit après en grec) s’est engagé le 15/2/10 à ne pas faire. Soulignons que dans le privé, avec la réforme Balladur de 1993, les pensions vont d’ores et déjà diminuer de 20 à 30 %. Rappelons que avec l’indexation des retraites sur l’inflation et non plus sur les salaires, le pouvoir d’achat relatif des pensionnés vis-à-vis de celui des actifs va en prendre plein la gueule, sauf si, évidemment, les salaires n’augmentent pas, ce qui est l’attitude depuis toujours de tout capitaliste qui se respecte. 41 ans de cotisation quand l’âge moyen d’arrivée dans l’emploi est de 22 ans met la possibilité de la pension à taux plein sans les décotes instituées par Fillon en 2003 à 63 ans. Il est clair que le partage de la productivité est incompatible avec le fonctionnement et la logique actuels du capital. le pouvoir ne cherche donc que des rustines pour en compenser les dégâts au frais des pensionnés.

Même dans la démarche comptable, le mitron (général Boulanger en plus petit) ne regarde pas toutes les possibilités d’améliorer les comptes de l’assurance-vieillesse. Il y a par exemple à revenir sur le remplacement des salaires fixes et progressifs par des plans d’épargne d’entreprise et autres intéressement ou participation variables, incertains (quel peut être l’intéressement quand la majeure part des profits se dégage à l’étranger ou dans des paradis fiscaux ?) et qui ne payent pas de cotisations sociales, plans qui excluent là encore les retraités. On observe même que les plans d’épargne-retraite (PER, Perco) donnent lieu à une diminution du revenu imposable (jusqu’à 26 000 euros), ce qui ne profite qu’aux ménages qui payent l’IRPP, soit la moitié ; c’est surtout profitable aux contribuables les plus aisés. De même les stock-options sont un moyen élégant d’échapper aux cotisations sociales, ce qui d’après les calculs de feu Philippe Séguin à la Cour des comptes fait évaporer 300 millions au détriment de la Sécu. Autre solution financière vue d’un bon œil par les experts et le pouvoir, le système de retraites par points (on achète des « points » pendant son activité et ensuite on touche sa retraite en fonction de leur nombre ; c’est déjà en cours dans les systèmes complémentaires Agirc et Arcco) ; or la valeur du point est variable en fonction du rapport cotisants/pensionnés, ce qui produit un ajustement automatique et ne permet pas à l’impétrant de savoir à l’avance le montant de sa pension. Enfin, les financiers proposent un 3ème étage par capitalisation individuelle alors que cela existe déjà sous forme d’assurance-vie (dotée de privilèges fiscaux) versée en rente ou de Préfon (fonctionnaires). L’avantage serait de disposer de plus de fric pour se livrer à la spéculation ou investir ou garder français le capital des entreprises. L’inconvénient est évidemment que seuls les riches ou les aisés peuvent se doter de leur rente supplémentaire dans le mouvement ainsi installé d’individualisation des retraites. Et au bout d’un certain temps, les riches diront qu’ils ne veulent pas payer 2 fois et qu’ils exigent un régime entièrement en capitalisation individuelle, ce qui tuera toute solidarité collective et intergénérationnelle ; la crise mondiale actuelle qui a fait chuter de 50 % les pensions de la moitié des retraités US ou Gibbies (les autres n’avaient que la retraite d’Etat 30 à 40 % inférieure à la française) ne les a que momentanément refroidis.

Cependant, la variable la plus lourde se trouve dans la structure de l’emploi. Certes, les experts parlent du chômage qui fait perdre énormément de revenus à la Sécu alors que les dépenses augmentent. Ils pensent aussi au taux d’emploi des séniors (55-64 ans) qui n’est que de 38 %  (18 pour les 50/64 ans).  Ils oublient toutefois le faible taux d’emploi des jeunes (18/24 ans) et surtout les ravages du temps partiel qui affecte lesdits jeunes et les femmes. Or, dans les statistiques un emploi à temps partiel est compté comme un temps plein alors qu’il ne rapporte que la moitié en cotisations par exemple dans le cas d’un mi-temps. Sous-estimé aussi est le fait que les parcours de carrière sont devenus hachés et aléatoires, ce qui touche énormément les femmes et de plus en plus de salariés. La retraite moyenne des femmes dans le secteur privé est d’ores et déjà  de 670 euros !

La variable principale est donc dans la nature et le volume des emplois, ce qui suppose que la désindustrialisation (avec le chômage et la pression sur les salaires qui vont avec) du pays s’arrête, vu qu’elle n’est compensée que par des emplois de très mauvaise qualité à la fois en rémunération, en temps d’activité et en sécurité dans les services (dont les soi-disant « à la personne). Rappelons aussi que le pays ne peut se payer des emplois de service (ou dans les loisirs ou dans les activités publiques payées par l’impôt, etc.) que s’il ya déjà auparavant un revenu national dans la production (ou différentes ventes par exemple de tourisme ou de brevets ou de services financiers, ou différents revenus comme ceux des exportations ou des profits rapatriés, etc. alimentant des balances commerciale et des paiements positives). Et la variable supplémentaire et très importante se trouve dans le partage des gains de productivité.

Si donc on ne se contente pas de ficelles comptables et si on ne veut pas détruire le système de solidarité du régime de répartition tout en gardant un bon niveau des retraites ; le problème fondamental est de protéger l’industrie française qui est détruite, comme celle de l’Europe, par la concurrence sans foi ni loi instaurée depuis plus de 20 ans par le libre-échange entre pays n’ayant pas du tout les mêmes atouts de compétitivité, ni les mêmes protections sociales, et forcés alors de se livrer au dumping en tout genre (environnemental, fiscal, social, salarial, financier, etc.). C’est cette mise en concurrence des pays qui a transféré l’industrie en Chine (notamment par délocalisation de filiales de production ou achat de produits low cost), qui impose partout la même logique de rentabilité avec diminution des charges à commencer par les salariales, qui a conduit à ne plus donner sa part des gains de productivité au salariat.

Les projets actuels de réforme des retraites ne concernent que la marge ; ils ne visent qu’à placer le pays dans la concurrence internationale exacerbée et continuée ; ils cherchent à sauver les meubles du capitalisme. Malgré ses rodomontades, ses tartarinades, notre président à talonnettes essaie de sauvegarder le taux de profit et la finance. Or le problème prioritaire est de casser le dumping mondial entre pays et touchant à tous les domaines. Suggérons-lui une solution : instaurer des droits de douane compensatoires sur les produits ou services en provenance des pays usant dudit dumping, de façon, par exemple, que le différentiel de droits sociaux (ou de salaires compte tenu des niveaux de vie) entre la France et un pays soit annulé. Il ne le fera pas. En effet, quand il ne sera plus au pouvoir, il sera trop content de retrouver son cabinet d’avocats d’affaires, qui, comme les autres, est spécialisé dans les combines « d’optimisation fiscale », notamment pas passage dans les paradis fiscaux. Mettre au pas lesdits cabinets, les entreprises de conseil (KPMG, etc.), les agences de notation qui facilitent en permanence la spéculation,  l’évasion fiscale et la fuite des capitaux, ce serait pour ces gens-là tuer la poule aux œufs d’or, l’âne aux écus. Ils ont donc intérêt à la perpétuation du système car pour être avocat « d’affaires » (comme la majorité des 80 politicards français devenus automatiquement avocats, souvent sans avoir fait d’études de droit, à l’instar de l’hipponyme Galouzeau de Villepin ou de Copé, à la faveur d’une législation très spéciale), il faut d’abord qu’il existe un « monde des affaires ». N’a-t-on pas vu, autrefois dans son cabinet, le président travailler (avec l’aide d’un escroc condamné depuis) à l’évasion fiscale d’Henri Leconte en Suisse (cité par Xavier Harel ; lire son livre « La grande évasion » sur les paradis fiscaux) ?

Hélas, c’est utopique dans le monde actuel super-libéral, notamment dans l’UE, et totalement divisé, chaque pays voulant conserver ses moyens de compétitivité à commencer par le dumping et les paradis fiscaux. Depuis 30 ans les gouvernements ont cassé toutes les régulations et protections pour favoriser le capital financier. Et maintenant ils ne peuvent plus arrêter la machine à la Frankenstein qu’ils ont créée, sauf à s’entendre entre eux pour mettre en place de nouvelles règles mondiales ou à tout le moins européennes. Le monstre est devenu autocinétique, systémique et immaîtrisable. Comme il faudra des décennies pour revenir sur ce capitalisme débridé (même en Chine, eh eh), la seule stratégie efficace de mise en l’air du capitalisme est de créer,  animer et fédérer des contre-structures qui ne jouent pas suivant ses règles du jeu : coopératives, mutuelles, Sels, Amap,  associations, etc.  Des structures qui sont fondées sur l’entraide, la mutualité de services, l’égalité de considération et de traitement. Cela revient, cela se développe. Parallèlement, il faut développer les associations de défense et de révélation des manipulations en tout genre (certaines ONG). On a le regret de dire que les plus importantes sont d’origine anglo-saxonne, c’est-à-dire de la culture du fric et de l’égoïsme qui a fichu le monde entier dans la merde. Car, par exemple, l’avocat d’affaires, comme le bousier, prospère en arrondissant sa boule de caca. Il ne survit que si le merdier capitaliste et financier perdure. C’est du reste pourquoi ledit avocat appartient à un « cabinet » comme dirait Walter de Closets.

 

Encore une loi sécuritaire: La Loppsi

Classé dans : Non classé — 13 février, 2010 @ 12:12

C’est la nouvelle loi sécuritaire que le pouvoir vient de mettre en discussion au parlement.  Depuis 2002, on ne compte plus les lois sécuritaires (sans préjudice pour la loi Vaillant, socialiste,  de 2001) qui ont été votées et ont conduit à modifier le code pénal environ 50 fois. Cette inflation est en train de criminaliser à peu près tout et cela avec des peines de plus en plus lourdes, notamment en cas de récidive. C’est ce processus sans fin (on attend la réforme de l’ordonnance de 1945 sur la justice des mineurs ; on peut s’attendre à voir réapparaître le délit de blasphème ou d’injure envers la religion, etc.) qui a amené aussi l’inflation parallèle des gardes à vue (GAV) et des prisonniers (environ 65 000 pour 54 000 places).

Le gouvernement avait soigneusement camouflé que le nombre réel des GAV s’élevait à 800/900 000 car les délits routiers (200 000) étaient passés sous silence. La GAV est normalement réservée aux délits qui entraînent une peine de prison. Or, justement, la transformation de moult infractions en délits avec menace de peine de prison donne prise à la police pour augmenter sans fin lesdites GAV. Normalement, la GAV est une phase du processus d’enquête pour accéder à la « vérité ». Prenons le cas d’un type qui se fait piquer avec plus de 0,80 g d’alcool dans le sang. C’est clair, c’est un flagrant délit qui ne demande aucune enquête complémentaire. Le délinquant devrait donc être relâché après le procès-verbal. Et ce n’est qu’un exemple de l’abus de GAV parfaitement injustifiées.

On peut donc légitimement déduire de la profusion exponentielle des GAV qu’elles servent à autre chose : « attendrir la viande » comme on dit élégamment dans les usines (à obtenir des aveux, religion toujours en cours et en cour) Royco,  extorquer la signature d’un PV négatif pour le contrevenant présumé (pratique facile pour la maison Poulaga), punir ex ante et sans jugement à la place de la justice, humilier le gardé à vue en le menottant, le foutant à poil et en lui infligeant un examen rectal. Et finalement ces buts, qui violent en permanence le droit au respect de la dignité humaine, sont facilement atteints car tout est là pour forcer le prévenu à tenter de sortir le plus vite possible : cellules dégueulasses, obligation de demander pour aller aux toilettes, elles-mêmes immondes, pour avoir un verre d’eau, impossibilité de dormir sur un bat-flanc en dur, enfermement à plusieurs pour un seul moyen de repos, pas de chauffage ou, dans le meilleur des cas, couverture puante et repoussante, etc.  

Et ces conditions de privation de liberté sans jugement sont connues depuis bien longtemps ; le simple fait de n’y pas avoir remédié (y compris sous Jospin 1er fort peu Vaillant en la matière) montre bien que le pouvoir laisse faire car sans doute la situation lui convient et car il ne faut pas froisser l’entreprise pouleman à laquelle, du reste, on ne donne pas les moyens nécessaires à un traitement humain des gardés à vue. « Surveiller et punir », comme disait Foucault, telle est la doctrine. On est obligé de rappeler ici que le fondement du libéralisme, dont se réclament nos gouvernants, est la protection des libertés et droits individuels et le respect de la dignité humaine et des « droits de l’homme ». Mais le pouvoir a trouvé la solution : afficher la déclaration des droits de l’homme de 1789 dans les écoles comme moyen de rappeler l’identité nationale. Ce serait bien mieux de la faire dans les commissariats…  Et pourquoi pas celle de 1948, qui est onusienne et universelle ? Las, l’hécatombe policière progresse. La dernière manifestation est la mise en GAV d’adolescentes de 14 ans après une légère bagarre au lycée pour un bourre-pif ou la descente de gendarmes avec chien policier (un berger Allemand sans doute) dans un collège pour soi-disant mener une simulation d’opération anti-drogue !

De plus en plus, la police poussée à faire du chiffre par le pouvoir (les notes et les primes dépendent des résultats, désormais attendus comme objectifs et donc quasiment transformés en quotas à atteindre) se livre à des abus de pouvoir. Quand ce n’est pas  à des manipulations : le nombre de GAV indues spécieusement justifiées par des accusations de rébellion ou de blessures ou d’outrages à agents progresse. Fastoche, les abus sont examinés par la police elle-même avec les bœufs-carottes auxquels la justice délègue le plus souvent toute l’enquête en cas de plainte. Il ya bien la commission de déontologie de la sécurité qui étudie les cas les plus flagrants mais très opportunément le pouvoir ne cesse de réduire ses moyens car elle a pondu des rapports saignants sur les pratiques policières. Combien de « basanés » se sont-ils retrouvé en GAV pour avoir renâclé à un énième contrôle au « faciès » dans la même journée ?

Mais cela commence à devenir trop voyant ; même les politicards s’émeuvent de cet état de non-droit dans un prétendu « Etat de droit », ce qui est un autre leitmotiv du libéralisme et de la démocratie représentative. Les avocats réclament le droit d’assister aux actes de procédure dès le début de la GAV et pendant son cours. Le pouvoir jusqu’ici résiste car il part du principe que les avocats sont susceptibles de rapporter des choses aux complices encore en liberté du prévenu (seul mot qui reste car il n’est pas encore mis en examen, suivant la réforme sémantique qui a été opérée), ce qui nuirait à l’enquête et profiterait aux délinquants. Cela, c’est de la démocratie : suspecter a priori les avocats d’être des coupables potentiels alors qu’avant le jugement tout un chacun est présumé innocent ! Et la Cour européenne des droits de l’homme ne va pas tarder à s’en mêler, elle qui a déjà stigmatisé que, en France, le procureur n’était pas une autorité judiciaire indépendante du pouvoir comme le requièrent les textes européens.

Cependant, le problème des GAV n’est que très secondaire par rapport à la « judiciarisation » répressive des problèmes de sécurité par le pouvoir actuel. Il y a désormais tant de délits que, d’une part la délinquance augmente mécaniquement, ce qui perturbe l’objectif gouvernemental de la diminuer (belle contradiction), et d’autre part les citoyens peuvent redouter de se retrouver à tout moment englués dans une procédure pénale. C’est sûrement le but visé : terroriser tout le monde tout le temps, dissuader de toute réaction de façon, par exemple, que le citoyen ne puisse plus manifester ou se livrer à une grève musclée vis-à-vis des patrons voyous ; forcer les gens à rester chez eux à regarder la télé Bouygues, dresser la population apeurée contre la délinquance au nom de la « tolérance zéro », faire régner un climat sécuritaire pour que les gens votent bien et chouraver les voix du FN. Faire régner la peur, tel est le dogme. Le pouvoir répond qu’il ne s’agit que de peines maximales rarement infligées ; alors il ne s’agirait que de menacer… Cependant, même si la législation mise en place n’est pas encore appliquée, elle sert à punir et avertir. L’exemple est celui de la loi qui punit l’aide aux étrangers en situation irrégulière ; Ganelon-Besson prétend qu’elle ne sert pas contre les braves gens compatissants mais seulement contre les passeurs. Pur mensonge ; elle a déjà servi moult fois à intimider de braves gens, avec GAV à la clé et plus si affinités avec un procureur qui veut se faire bien voir du pouvoir. Du temps de Staline, les soviétiques étaient heureux que quand l’on sonnait à leur porte à 6 heures du matin ce fût le laitier et non le KGB. Désormais,  les adolescent(e)s en France seront soulagé(e)s si un coup de sonnette à 9 h n’est donné que par le facteur…

Et si ce pouvoir est maintenu en fonction, rien ne l’arrêtera ; couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans, criminalisation du simple fait d’appartenir « putativement » (c’est le bon adverbe renvoyant à la fois à pute et à censément)  à une bande, pénalisation du port de cagoules. On pourra cependant se rabattre sur la burqa qui ne serait interdite que dans les espaces publics…

Il faut rappeler que ce mouvement répressif s’accompagne d’une révolution réactionnaire de notre système juridique avec élimination progressive dans anciens principes généraux du droit. J’ai déjà traité de ce sujet auparavant. Cependant, prenons quelques exemples. La récente (sous le Chiracos des immeubles qui puent et où il y a du bruit) responsabilité pénale des personnes morales (en général des sociétés comme GDF ou Total qui ont causé un grave accident par négligence et surtout par lésinerie vis-à-vis des la sécurité), non seulement permet d’évacuer celle des personnes physiques qui ont pris les décisions néfastes, mais encore institue une responsabilité collective jusqu’alors refusée par le droit parce que la responsabilité ne peut être que le fait de personnes individuelles. Cette «réforme » est amusante parce que les libéraux au pouvoir passent par ailleurs leur temps à nous bassiner avec la responsabilité individuelle, par exemple des chômeurs, seuls responsables de leur sort, ce qui est effectivement la doctrine libérale. La pénalisation des bandes va dans le même sens : une responsabilité collective au lieu d’individuelle.

Les libéraux prônent le débat public. Mais plus maintenant en matière pénale avec les procédures qui l’excluent comme le plaider-coupable, lequel élimine une des clefs de l’ancien droit, à savoir l’audience publique, et qui va profiter bientôt d’une redoutable extension à tous les délits méritant moins de 5 ans de taule. Le vieux droit était fondé sur le principe de l’individualisation des peines ; cela disparaît avec les peines planchers et les sanctions automatiques en cas de récidive, avec les comparutions immédiates où de plus en plus on applique un barème lors d’une audience durant 5 minutes à tout casser. Le procureur et les juges avaient leur liberté de parole lors des audiences ; objection : désormais celui qui le fait est convoqué à la chancellerie pour se faire remonter les bretelles surtout s’il ne requiert pas la peine plancher (autrefois, il fallait justifier la peine maximale, aujourd’hui, c’est le contraire : il faut dire pourquoi on ne le fait pas !). Le nouveau droit pénal de nos libéraux affichés vise de plus en plus des risques potentiellement pris et non des actes répréhensibles ; c’est le délit de « mise en danger de la vie d’autrui », qui est désormais mis à toutes les sauces, même s’il se justifie en cas de négligence intentionnelle, dont justement les PDG sont exonérés au profit de la responsabilité de leur boîte. Bientôt, le simple fait de manifester pourra, si un accident survient (dans un 1er temps, avant de s’en passer ensuite, la seule manifestation étant supposée créer le danger), constituer le corps du délit.

Cela me rappelle une intervention de Me Moro-Gaffieri, years ago. Il défendait un individu surpris devant une bijouterie muni d’une pince-monseigneur et sans passage à l’acte. Le célèbre avocat avait plaidé qu’il portait sur lui tous les instruments du viol mais qu’il ne pouvait être poursuivi pour cela car le droit pénal ne connait que des actes et non des intentions. Eh bien, le droit « libéral » moderne propulsé actuellement par le pouvoir glisse peu à peu et subrepticement vers la pénalisation des intentions de même que des prises de risque. Rappelons que ladite prise de risque est le nouveau veau d’or des libéraux…  On y est déjà puisque la simple appartenance à une bande  fait suspecter d’avoir l’intention de faire des mauvais coups. Par ailleurs, notons que la tendance est au renversement de la preuve ; celle-ci devait être apportée par l’accusation ; on progresse vers l’inverse avec des accusés chargés de prouver leur innocence. Et que penser de la moderne acceptation dans le code de procédure pénale de la délation, de la rémunération des indics, du témoignage sous X, qui interdit aux contrevenants de se défendre. Certes, la délation est une pratique encouragée depuis toujours par les services de police. Mais jamais elle n’avait été institutionnalisée dans le droit.  Les libéraux actuels (en fait seulement en économie) ont donc, ou sont en train, de fiche en l’air les principes généraux du droit et même la morale instituée. Or ceux-ci font partie du pacte social au niveau de la défense des droits et libertés individuels dans tout Etat véritablement de droit ; des politicards seulement légaux du fait de leur élection (et non légitimes comme ils le prétendent car à ce compte là, Hitler ou Mussolini, élus, l’étaient autant qu’eux) et désignés pour le court terme se permettent ainsi de détruire les acquis historiques, institués, pérennes de la culture juridique du pays. Comme dirait Georges Marchais à sa femme : c’est un scandale que, curieusement, les journaleux institutionnels ne voient pas…

Doucettement, en plus d’ériger la peur en mode de gouvernement, le pouvoir insinue le passage à la procédure accusatoire des USA. Or, celle-ci requiert des procureurs indépendants ce que visiblement la sarkozye refuse avec la future suppression du juge d’instruction. Elle requiert aussi des avocats présents le long de toute la procédure et pouvant enquêter de leur propre côté notamment en payant des enquêteurs privés. La France policière et répressive n’ira pas jusque là. Elle prendra le mauvais côté de la procédure anglo-saxonne : les droits de l’accusation avec des procureurs inféodés, bien que le système US soit critiquable parce que les procureurs sont élus et donc soucieux de faire leur pub comme dans l’affaire Polanski. Mais elle refusera le droit d’enquêter de la défense bien que celui-ci institue une justice à 2 vitesses puisque seuls les riches peuvent se payer de bons avocats et des enquêteurs, comme aux USA.

De quoi Sarkozy est-il le nom, s’est demandé Alain Badiou ? Du pétainisme a-t-il répondu et il avait moult éléments pour le dire. Pour moi, il est simplement de la droite extrême, de la  bonne vieille droite réactionnaire, fut-elle républicaine comme Adolf Thiers : ordre moral, appel à la religion comme consolation et comme « préservatif » (Proudhon) contre la révolte, répression sauvage des manquements à la propriété, mérite individuel contre solidarité collective, droits de la propriété contre droits sociaux, droits théoriques (droits de l’homme abstraits) au lieu de droits réels (au logement, au travail, à l’éducation, etc. ) et ainsi de suite. Cette droite, tout à la fois calotine, moralisatrice, inégalitariste, anti-démocrate, bonapartiste, légitimiste, orléaniste, anti- républicaine et super libérale en économie au nom des « droits de propriété » et de la « valeur pour l’actionnaire », n’est pas nouvelle, n’est pas en rupture. Elle n’est qu’un retour à l’idéologie bourgeoise du 19ème siècle. La seule habileté, bien classique au demeurant, c’est de compenser la pratique de droite extrême par un discours socialisant. Ce n’est jamais que de la démagogie et du populisme clientéliste.

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