les armes de la critique

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Présentation du blog

Classé dans : Non classé — 27 juin, 2009 @ 8:50

Le présent blog vise à réfléchir aux événements et questions d’actualité présentés par les faits et discours politiques ou économiques. Il émane d’un socialiste libertaire déjà bien rassis (65 ans), ex-militant syndical (CFDT puis CGT), chroniqueur au Monde Libertaire, intervenant dans http:/divergences.be. Il s’agit de décrypter les choses et d’en dégager la ligne générale derrière les discours plus ou moins mensongers et les pratiques réelles. L’auteur s’appuie sur sur une dizaine d’ouvrages de sciences sociales qu’il a pondus (sans succès) et sur sa bonne vieille expérience d’homme engagé. Le blog reprend  la vieille idée de Marx: substituer à la critique par les armes, les armes de la critique. tant pis si ses propos finiront dans la « critique rongeuse des souris ». L’auteur est un vieux disciple de Proudhon.

la mort annoncée des principes généraux du droit

Classé dans : politique,politique — 26 juin, 2009 @ 11:52

                      

Aujourd’hui et maintenant depuis longtemps le droit (lois, décrets, ordonnances, règlements, circulaires, comportements policiers non sanctionnés et même incités pour faire du chiffre), dès 1983 quand les socialistes se sont convertis à l’économie mondialisée, est manipulé. L’histoire, l’évolution de la morale, les projets de penseurs (Beccaria, Kant, Voltaire, etc.) ont fait que, notamment,  s’était installé depuis 2 siècles le principe moral de l’individualisation des peines, compte tenu du parcours de l’accusé et des circonstances atténuantes possibles. Les peines-planchers le foutent en l’air.

On revient sur plus de deux siècles de législation disant qu’un fou est irresponsable et ne peut être jugé (ex article 64 du code pénal). La loi Hadopi en préparation (en plus techniquement inepte) sur le piratage audio-visuel prévoit des sanctions à l’égard des contrevenants télé-chargeurs de fichiers prétendus privés. C’est une innovation car ce serait là encore une autorité administrative, voire privée, qui sanctionnerait sans jugement, sans débat contradictoire, sans audience publique. La loi CESEDA (2004, sur les conditions d’entrée des étrangers) a repris un antique délit d’assistance aux étrangers en situation irrégulière (reprise  du régime de Vichy, après la guerre). Cette loi, dont maintenant le pouvoir (via Ganelon-Besson, transfuge stipendié de l’olifant, pardon, de l’éléphant PS) annonce qu’elle ne vise que les « passeurs » et trafiquants,  alors que justement elle ne le précise pas, est maintenant de plus en plus appliquée à des bénévoles. Ainsi, est mis en place, à rebours de la morale historique qui prône la solidarité et salue l’altruisme, le « délit de solidarité » !

Le pouvoir Tsarkozyen a la ferme intention de réduire fortement les pénalités contre la délinquance en col blanc (par exemple, le délit d’abus de biens sociaux ne partirait plus de la date de sa découverte mais de celle de son émission, c’est-à-dire que dans la plupart des cas le délit serait découvert après être prescrit, délai de prescription que, du reste, on veut diminuer). Notez, du reste, les peines ridicules des manageurs : 3 ans avec sursis et 225 000 euros d’amende pour le patron de la filiale de Total dans le procès AZF qui a fait 31 morts et causé énormément de dégâts (comme pour les procès d’explosion de gaz alors que GDF avait décidé de ralentir la suppression des fontes cassantes !) ! Déjà, et de façon bien plus insidieuse, on diminue les moyens déjà ridicules de l’inspection du travail et on a supprimé l’enquête qu’elle menait lors des accidents du travail ayant entraîné mort d’homme. On a aussi réduit les interventions de la médecine du travail (examen tous les 2 ans au lieu d’un, triplement du nombre de salariés à examiner). Désormais la DRIRE ne sera plus consultée sur la dangerosité des installations industrielles ! déjà les organes publics de contrôle (AFFSET, AFFSAPS, etc.) sont tellement dépourvus de moyens autonomes qu’ils sont amenés à contresigner les études bidon des firmes comme Monsanto, Novartis ou autres. déjà, les patrons siègenet dans les tribunaux des affaires sociales et dans les commissions d’appréciation des maldies professionnelles. la responsabilité des édiles a aussi été supprimée pour les faits dont ils n’auraient pas eu connaissance…Déjà on a supprimé la responsabilité pénale des chefs d’entreprise au profit de la personne morale qu’est l’entreprise qu’ils dirigent. Nous avons alors des accidents ou des nuisances sans responsables autrement qu’au civil, malgré des manœuvres et des décisions qui ont mis clairement en danger la vie d’autrui, délit dont le pouvoir abuse de plus en plus à l’encontre des pékins ordinaires. Or La justice a pour principe normal, attesté par l’histoire et les mœurs, que les justiciables doivent être traités sur un pied d’égalité quel que soit leur statut social et leurs manquements. Eh bien, comme on vient de le voir on est dans le fameux deux poids, deux mesures. Selon que vous serez puissant ou misérable…

Tsarko veut faire supprimer le juge d’instruction afin d’empêcher que des affaires sensibles, en général financières ou de corruption politicarde, soient jugées. La technique est simple : le plaignant ne pourra s’adresser qu’au parquet, lequel ne serait pas indépendant  comme l’a vu la Cour de justice européenne;  il ne pourra plus déposer une plainte avec constitution de partie civile auprès d’un juge d’instruction. Le parquet se contentera d’ouvrir « une enquête préliminaire », laquelle se déroulera dans le secret,  sans communication des pièces aux parties ; et alors, sans que personne ne puisse évaluer pourquoi et comment, il lui suffira d’arrêter l’investigation. Foin du vieux  non-lieu appuyé sur un raisonnement officiel.

Du coup, l’accès équitable à la justice (égalité de traitement,  procès équitable) bon vieux principe général du droit et norme morale très ancienne, est d’ores et déjà mis en pièces. La suppression du juge d’instruction institutionnalisera ce déni de justice. Autres principes généraux du droit foutus en l’air :

  • Juger sur des actes est remplacé par la dangerosité (rétention des violeurs, bandes) et la présomption d’innocence est alors remplacée par celle  de culpabilité potentielle
  • Juger des individus, autrefois seuls responsables, est remplacé par la responsabilité collective des bandes sans preuve d’appartenance (il suffit d’avoir été là au mauvais moment comme dans l’affaire de Tarnac. Ainsi, si quelqu’un a piraté dans une famille (sous réserve de la preuve…), c’est toute la famille qui est privée d’ordinateur avec accès à internet
  • Le droit à une audience publique et à un débat contradictoire est supprimé par le plaider- coupable
  • Toute sanction relevait d’un jugement  préalable par une autorité judiciaire (présomption d’innocence) ; désormais avec Hadopi on sanctionne avant tout jugement
  • La liberté d’expression du ministère public à l’audience a déjà été sanctionnée par la garde des sceaux
  • L’individualisation des peines est remplacée par les peines automatiques en cas de récidive (peine- plancher)
  • L’accès correct à la justice est supprimé par les comparutions immédiates
  • Le droit de connaître son accusateur est supprimé par la délation sous X et l’impunité nouvelle  des « indics »
  • L’équilibre entre les ressources et la capacité contributive (dans la constitution)  a été foutu en l’air depuis 2002 (et même avant sous  les socialos) avec les réformes fiscales en faveur des riches
  • La charge de la preuve est de plus en plus inversé ; par exemple, c’est aux poursuivis de prouver qu’ils ont bien mis des pare-feux adaptés pour éviter le piratage de leur ordinateur ou que ce ne sont pas eux qui ont piraté des logiciels
  • L’indépendance de l’autorité judiciaire est de plus en plus réduite ou va être réduite, etc. Notamment par la réforme du conseil supérieur de la magistrature, laquelle augmente radicalement le nombre de « représentants de la société civile »…nommés par le pouvoir !

la finance antilibérale de Proudhon

Classé dans : Non classé — 19 juin, 2009 @ 10:24

 La crise que nous vivons par suite de la rapacité des financiers, du laxisme des autorités de tutelle, de la corruption des agences de notation et de l’hyper-libéralisme avide et égoïste des soi-disant élites amène à revenir sur les conceptions financières de Proudhon, à l’occasion du 200ème anniversaire de sa naissance le 15 janvier 1809.

Chez les libéraux, la monnaie n’est qu’un voile. Cela signifie qu’elle n’a qu’un rôle d’étalon de mesure de la valeur, de moyen de paiement et de réserve de valeur par thésaurisation. Marx et Proudhon observent que la détention de monnaie (le capital financier) est une réserve de puissance, bien au-delà de la thésaurisation de l’avare et de la conservation du patrimoine du rentier. L’argent est aussi un stock de valeur affectable à différents usages, dont l’investissement. Mais c’est aussi un moyen de corruption des représentants politiques, de spéculation, d’enrichissement sans cause, de domination de ceux qui en sont dépourvus. Ceci n’amène pas à jeter le bébé avec l’eau du bain car la monnaie demeure le meilleur moyen de réalisation des échanges économiques et d’augmentation de la vitesse de circulation de la production.

Chez Proudhon, la monnaie n’est pas un simple instrument ; c’est avant tout une institution collective, une création sociétale au même titre que la langue. Celle-ci a pour fin la circulation des idées grâce au langage commun. De même la monnaie sert à la circulation des biens et marchandises grâce à un équivalent général de mesure de la valeur fondé sur la confiance des acteurs socio-économiques. Cette confiance généralisée est sociale par construction, par définition une « force collective », une représentation commune. Du reste, la racine même du mot fiduciaire dans la monnaie fiduciaire (pièces et billets) est la foi en, la confiance. Ensuite, l’organisation même de la circulation monétaire est un processus social dont nul ne saurait avoir le monopole, ni l’Etat (lequel impose le cours forcé de sa monnaie malgré les dévaluations), ni les banques privées, pas même la Banque de France qui, à l’époque, était d’ailleurs privée. La monnaie, dont l’origine et le mode de circulation sont sociaux, doit donc être socialisée, mutualisée, ce qui signifie que les conceptions financières de Proudhon sont indissociables de son fédéralisme mutuelliste.

Proudhon observe que la détention d’un stock de monnaie, d’un capital financier, offre à ses propriétaires un privilège énorme, celui de la liquidité.  Le « capitaliste » se trouve ainsi dans une relation de pouvoir asymétrique avec ceux qui n’ont pas d’argent et en ont besoin pour un achat ou un investissement (d’où le crédit). Il en profite pour fixer ses conditions à l’emprunteur qui n’a pas le choix. L’argent est donc non seulement une réserve de précaution mais encore et surtout un instrument inégalitaire du pouvoir, un moyen de puissance sans contrepartie, un vecteur d’asservissement. On sait que chez notre auteur le pouvoir non partagé, la puissance abusive, le monopole sont des horreurs. Cela attente à la liberté, laquelle est la possibilité d’user de ses pouvoirs et  capacités réels pour participer au concert social et se protéger. Chez Proudhon, force d’action, pouvoir de réalisation de ses buts, liberté sont des termes quasi synonymes. Or l’argent-capital en tant que propriété privée procure un pouvoir sur les autres alors que sa fonction est sociale et doit être mise au service de tous. Du coup, la justice est mise à mal ainsi que la liberté. Le domaine financier chez notre penseur social est ainsi non séparable de sa conception d’un régime sociopolitique fondé sur la liberté et la justice.

 Proudhon observe que dans les sociétés modernes, ce n’est pas l’argent qui est le principal facteur du dynamisme économique, mais le crédit. Ce dernier permet d’avoir tout de suite ce dont on a besoin et qu’on ne peut pas payer d’un seul coup. Il permet d’acheter commodément des biens durables, comme une maison, ou d’investir en étalant la dépense dans le temps par le biais de l’amortissement de l’emprunt. Le crédit accélère donc la circulation économique et l’échange, de même que l’investissement. Le crédit dans les sociétés capitalistes est rémunéré par le paiement d’un intérêt soi-disant présenté comme la contrepartie d’un risque pris par le banquier ou le prêteur. Le taux d’intérêt dépend certes de la demande et de l’offre de capitaux, mais il dépend aussi des rapports de force, des abandons consentis aux opérateurs privés par la puissance publique et des prédations bancaires (ou des organismes de crédit) qui, comme tout le monde maintenant, exigent 15 % de rémunération de leur argent. D’ailleurs, il suffit de constater les choses : les crédits à la consommation par carte de crédit en quelque sorte « revolving » (Cetelem, Cofidis, Sofinco, Sofinoga, etc.) atteignent des taux d’intérêt de 16 à plus de 20 % sans que les pouvoirs publics ne s’en émeuvent puisqu’ils ont fixé en France le taux d’usure à 21 % (et cela uniquement pour les prêts bancaires alors que ce sont les banques qui détiennent la plupart des boîtes de crédit revolving !).  Ces boîtes de crédit sont les nouveaux usuriers.  Foin de cette emprise : Mme. Lagarde (et Michard, comme Bouvard et Pinochet) vient de sortir une nouvelle réglementation aux insuffisances notoires car les banquiers y conservent l’essentiel de leur pouvoir.

Ce n’est pas étonnant car il y a une endogamie entre l’Etat, le Trésor, et les financiers via les énarques qui circulent dans les deux sens (banque privée, ex-noyau dur balla(dur) ien privatisé) et fonction publique. Le gouvernement en appelle même aux banquiers pour analyser la dette publique de la France (M. Pébereau, ex-socialo, PDG de la BNP, proprio de Cetelem,  qui a affolé le bon peuple, but visé, en parlant en 2007 des 1200 milliards d’euros de dette de la France, sans en déduire les actifs pourtant solides : EDF, détenue à 87,5 %  par l’Etat, valait à l’époque plus de 150 milliards !).  M. Sarkozy, qui cherche des gains de pouvoir d’achat, trouverait là un moyen d’action rapide. L’intérêt est aussi justifié par les libéraux au nom de la préférence pour le présent, c’est-à-dire que consommer maintenant en empruntant reporte les choses dans le temps alors que la valeur actuelle du prêt (préférence pour la liquidité de Keynes) est plus grande que dans le futur, sans même parler de la dévaluation de la monnaie. Sans doute, mais le temps compte pour tout le monde et il n’y a pas de raison pour que seuls les capitalistes financiers exploitent la préférence pour le présent.

 Par ailleurs, cette préférence reste à démontrer puisque très souvent les investissements montrent au contraire une préférence pour le futur, soit parce que l’on espère une rentabilité supérieure, soit parce que l’on veut laisser une trace dans l’histoire par exemple avec un beau monument, soit pour épater la galerie par une dépense ostentatoire qui rappellera au peuple la générosité et la munificence du futur défunt (Veblen, Théorie de la classe de loisirs). Il y a de très nombreuses raisons pour acheter ou bâtir quelque chose maintenant plutôt que d’attendre d’en avoir les moyens sans pour autant que cela soit une préférence pour le présent. On trouve là un des vices profonds du libéralisme économique, à savoir qu’il est fondé sur une psychologie individualiste de bazar ou de café du commerce sans consistance par rapport à la diversité des motivations humaines et vis-à-vis de la construction sociale des désirs et des besoins par la socialisation des personnes, par les groupes d’appartenance et de référence, par la culture et les mœurs.

Contre ce système capitaliste fondé sur la rentabilité des capitaux prêtés, Proudhon se révulse. Il observe déjà que ce n’est pas le banquier qui prend les risques réels. En fait le banquier les « mutualise », les défaillances étant couvertes par tous les autres emprunteurs, à la différence près que cette mutualisation n’est qu’un foisonnement assurantiel des pertes, qu’un calcul financier d’intérêts à base de probabilités et de statistiques, très loin de tout projet moral de solidarité et de réciprocité, de tout projet politique d’équilibration des rapports de pouvoir. Par ailleurs, le banquier prend des immenses précautions : gages, hypothèques, nantissements, réception obligatoire dans sa banque des revenus de l’emprunteur. Où est le risque ? Il est en fait chez l’emprunteur qui pour des raisons diverses pourrait se trouver dans l’impossibilité de rembourser. Dès lors, l’intérêt n’est pas la rémunération d’un risque mais un prélèvement indu sur la production future de l’emprunteur. Dès lors, la prise de risque n’est pas un acte individuel du banquier, mais un processus social et assurantiel de couverture mutuelle. Enfin, ce n’est pas le banquier qui fait confiance à l’emprunteur ; c’est ce dernier qui croit malencontreusement que son banquier prend à cœur son intérêt. Pour ces différentes raisons Proudhon pense que le crédit doit être socialisé et « gratuit », c’est-à-dire que le taux d’intérêt disparait au profit, si j’ose dire, d’agios limités aux frais de gestion.

Ce n’est pas tout. Notre auteur analyse le mécanisme du crédit. C’est un multiplicateur économique qui accélère la circulation et permet de développer les échanges. Prenons un exemple. J’ai reçu 10 000 euros (ce qui ne crée rien et ne fait que déplacer l’argent), je les mets en dépôt chez un banquier, lequel par ailleurs grâce à la bienveillance de l’Etat, c’est-à-dire des gouvernants au service du capital, ne me verse aucun intérêt. Ledit banquier va pouvoir prêter disons 90 % de ce dépôt (les 10 % manquant sont dus au fait que les banques sont tenues à disposer de « réserves obligatoires » à la banque centrale pour faire face aux remboursements des dépôts ; en fait le taux réel est de seulement 2 %, mais j’ai pris 10 pour simplifier les calculs).  Revenons à notre dépôt initial de 10 000 euros, ayant donné lieu à un prêt de 9 000. Ces 9 000 peuvent générer aussi 90 % soit 8100 de nouveau prêt à un 3ème larron. Et ainsi de suite sans limitation, ce qui fait qu’une même somme déposée produit un volume de crédit très supérieur à son montant initial. Et cela joue car les banques prêteuses ne sont pas  en général les mêmes.

Ce qui permet de signaler que, par effet de système, même si chaque banque reste dans le respect de la règle des réserves obligatoires, l’enchaînement des prêts et leur dispersion font que globalement, prises toutes ensemble, les banques ont prêté bien au-delà de l’ensemble de leurs détentions de  dépôts de (10 % dans notre exemple, 2 % en réalité). Proudhon, évidemment, ne voit pas de raisons à ce que ce processus multiplicateur (ou effet de levier dans le langage des financiers actuels), dont l’origine est sociale, soit privatisé par des banques et favorisé par des gouvernants au service du capital financier. La chose est d’importance puisque aujourd’hui 90 % de la masse monétaire en circulation provient de la monnaie de crédit ou monnaie scripturale ; la monnaie fiduciaire n’est donc plus qu’à 10 % au maximum. Si l’on tient compte des sommes en circulation avec la spéculation internationale (dettes  « titrisées »,  produits dérivés, etc.) on arrive à la somme fabuleuse de 60 fois le PIB mondial de 60 000 milliards de dollars.

 Et comme la monnaie n’est plus assise sur quoique ce soit de réel et physique depuis 1973 (abandon par les USA de l’étalon de réserve-or, début des monnaies dites flottantes), on peut affirmer que cette somme démentielle ne repose sur rien, est imaginaire et virtuelle sauf pour ceux qui en vivent, à savoir les banques, les fonds d’investissement, les fonds de pension, les assureurs, les agences de notation, les cabinets de conseil, etc.  10 % du PIB britannique est fondé ainsi sur du fictif. L’économie moderne repose sur un développement immodéré et exponentiel du crédit, bien au-delà de son utilité ; la finance actuelle a réussi le tour de force de garantir la dette par le crédit et celui-ci par la dette, c’est-à-dire la solvabilité (non contrôlée) des débiteurs.  C’est la raison pour laquelle Proudhon se proposait, en enlevant la finance aux banquiers, « de faire mourir la propriété à petits feux », stratégie évolutive, lente et « réformiste » qui évidemment ne convenait pas aux révolutionnaires patentés et autoproclamés qui songeaient, eux, à organiser « une Saint Barthélémy des propriétaires ». Aux yeux de notre financier libertaire, s’il y avait un seul secteur économique à socialiser, mutualiser et fédérer ce serait naturellement la finance.

Cependant, la réorganisation solidariste de la finance chez Proudhon ne saurait être séparée de la mise en place d’un ensemble de contre-structures régulatrices et coordonnatrices de l’activité économique. Ainsi, dans l’ordre socio-économique notre auteur préconise des contre-structures opposées au laisser-faire libéral. Nous les avons déjà repérées et je n’y reviens pas ici. Autre originalité : le lien social ne peut pas être fondé seulement sur un intérêt (associationnisme) ou sur une valeur (socialisme utopique) ; il doit combiner les deux. C’est ce que font les assurances mutuelles qui développent la solidarité comme but et qui « mutualisent » financièrement les risques. Les assurances privées détournent ce sens-là de la mutualité pour se contenter d’un foisonnement des risques (dûment sélectionnés par ailleurs) indûment baptisé mutualisation, travestissant ainsi une opération commerciale en une fausse morale volée aux mutualistes.

C’est pourquoi Proudhon voulait socialiser et mutualiser la finance à la fois sur la base de l’intérêt mutuel et sur les valeurs de solidarité et de coopération en créant la Banque du peuple assurant le crédit gratuit et développant une monnaie de circulation, d’échange et de crédit assise sur des gages réels et sur la mise en réseau coopératif des acteurs sociétaux. La solution était simple : apports de personnes devenant ainsi coopérateurs sous forme de souscription de certificats de dépôt ou sous forme de titres représentant des matières et des produits, échanges financiers sous forme de lettres de change transmissibles au sein du réseau de producteurs, commerçants, consommateurs et payables à échéance par la banque au dernier détenteur en monnaie légale. Entretemps, les lettres de change peuvent être rédigés en monnaie parallèle, sans cours légal ou forcé (appelons-la le proudhon) avec les effets multiplicateurs de crédit décrits plus haut dus à leur circulation et aux possibilités d’escompte entre échangistes. C’est pourquoi en bout de course avec cette circulation accélérée de la monnaie de crédit il n’y a plus qu’a convertir le solde en monnaie légale, solde très inférieur (analogue au dépôt initial dans le processus de crédit) au montant ayant circulé. En même temps, il est clair que les échangistes se garantissent mutuellement dans une sorte d’assurance financière généralisée. Galbraith dénoncera « l’illusion monétaire » et du crédit  qu’il trouve aussi chez Proudhon. Je m’inscris en faux : le système proudhonien, gagé sur des valeurs réelles et contrôlé par le réseau des associés ne saurait conduire à l’hyperinflation de crédit que las Anglo-Saxons ont facilité depuis 20 ans.

Proudhon analyse que la monnaie en régime capitaliste de son époque est en dernière instance fondée sur une garantie réelle, à savoir le stock physique d’or (ou aussi l’argent à une époque donnée) de la banque centrale (étalon-or). L’or a été pris comme étalon pour des raisons historiques de commodité : il est imputrescible, durable, stockable, liquide, transportable, divisible en pièces circulant facilement. Mais Proudhon a une idée géniale : ce sont les marchandises, les produits finis ou semi-finis, les matières premières qui peuvent constituer une grosse part des fonds de garantie de la Banque du Peuple par rapport à la monnaie qu’elle émet et aux prêts qu’elle consent. Par cette monnaie gagée sur la production et ses intrants ce sont les producteurs et les consommateurs, les prêteurs et les emprunteurs qui se garantissent mutuellement. De plus, la banque du Peuple est une sorte de coopérative socialisée et mutualisée cogérée en mains communes entre toutes les parties prenantes, bien au-delà d’un groupe de technocrates d’un conseil d’administration de grossiums financiers privés qui ne gèrent une banque qu’en fonction de leurs intérêts particuliers. Le conseil de surveillance de la Banque du Peuple, composé donc d’une représentation directe des intéressés (associés, salariés), doit faire le maximum pour conserver sa monnaie en réserve de valeur digne de confiance. Il dépend d’un réseau socialisé de producteurs, de commerçants, d’acheteurs et d’emprunteurs organisés en coopérative de crédit. Par ailleurs, les garanties physiques de la banque ont encore pour énorme avantage de stabiliser les cours et les prix, puisque les valeurs stockées peuvent être réalisées au moment le plus favorable et en fonction de la demande que la dite banque permet de réguler dans le temps. Cette idée à été reprise, il y a plus de 60 ans, par Keynes (le Bancor proposé lors de la conférence de Bretton-Woods) et refusée au profit du gold exchange standard dollarisé) et par Mendès-France pour stabiliser les cours mondiaux des matières premières et pour doter les PVD de moyens de crédit garanti par leur production.

Dans l’esprit proudhonien, il faut aussi rattacher la banque centrale (devenue banque du peuple cogérée en mains communes par les acteurs socio-économiques concernés : fournisseurs, consommateurs, industriels, représentants des collectivités territoriales, salariés de la banque) à la fédération socio-économico-politique. En effet, il faut éviter de séparer la banque centrale de l’Etat car si elle lui appartient elle peut lui consentir des avances et lui prêter gratuitement. En effet, on ne se prête pas à soi-même et on ne se fait pas payer de taux d’intérêt. Cette idée simple a été éradiquée en catimini en France vers 1973 ; du coup l’Etat doit emprunter et ainsi nourrir grassement les prêteurs, les rentiers et les banquiers privés. Certes, l’Etat pouvait en abuser en se laissant aller à l’inflation. C’est pourquoi la chose a été supprimée au profit du capital et du patrimoine, contre les emprunteurs, ce qui, inflation aidant, organisait en douceur « l’euthanasie des rentiers ». En voilà une bonne idée (revenir à la banque d’Etat) pour des socialistes qui cherchent un programme comme Diogène cherchait un homme, hors de son tonneau, avec sa lanterne.

CONCLUSION : il n’y a pas photo entre le libéralisme pratique et le proudhonisme projeté 

Pour me couvrir, pas de pépin. Je serai bref dans la conclusion de la comparaison. Le modèle libéralo-capitaliste nous a tous conduit à la catastrophe parce qu’il contient dans sa structure et sa logique même des vices fondamentaux  de construction. Laquelle est une production, en ce qui concerne ses règles, de la fausse démocratie politique que les lacunes du libéralisme politique ont fait mettre en place. Ces manques ont été exploités avec bonheur par les politiciens pour favoriser le capital, en général, et le capital financier tout particulièrement depuis 30 ans. Les politicards en ont profité pour réduire encore plus la démocratie, puisque celle-ci, si elle était réelle, serait un obstacle permanent aux inégalités en tout genre que développe le capitalo-libéralisme. Et c’est pourtant ce modèle inefficace et immoral que les puissants veulent perpétuer à coups de rustines et de renflouement des financiers dont la rapacité a conduit au désastre. Alors qu’aucun des fondements de ce système social ne tient plus la route : son anthropologie, sa morale, ses principes politiques, ses structures économiques et financières !

En face des libéraux pratiques purs et durs, à l’instar de notre Naboléon national, nous avons une méduse, un mollusque sans idées, sans projet, sans stratégie. Et pour cause ce socialisme libéral, ce capitalisme socialiste nous a menés en bateau depuis 1981 ; il nous a carrément menti  en continuant de se parer des plumes du socialisme, sans faire son Bad Goedesberg comme l’ont fait les Tudesques ou sa « 3ème voie comme l’ont dit et fait les Gibbies, tout en vendant le pays au capital financier. Présenter un projet fondé sur la justice, ce qui est la valeur et le principe même du socialisme en tant « qu’optimisme de l’avenir », serait mettre en relief que les socialistes en peau de lapin ont trahi depuis longtemps. Alors, ils naviguent à la godille, comme Tsarko aux godillots, font du cinéma, étalent leurs querelles de personnes (de personne, au sens strict, nobody à l’appel), font du suivisme médiatique dans le sillage de Sarkocescu, et désertent pour un maroquin ou une fonction. Après Agésilas, hélas, mais après Attila, holà, et avec Attali, hi hi et avec Sarkozy, ola. Les socialistes sont comme le sapeur Camembert qui creusait un nouveau trou pour y mettre la terre du précédent.

En face encore, nous avons les crypto communistes, trotskistes, socio-démocrates. Mélenchons-les : ils se valent dans le néant vis-à-vis de nécessaire refondation de la société. On ‘est pas sorti de l’auberge (rouge) avec eux.

Et pourtant ces gens-là, ces brêles, ont devant eux un corps de pensée parfaitement constitué, un bébé bien conformé et viable, l’anarchisme sociétaire de Proudhon ; à la fois libéral et libertaire, socialiste et mutuelliste, politique et économique, social et juridique, justicialiste et efficace…Il n’y a qu’à l’actualiser comme je m’y efforce depuis des années. Ces cochons sont comme une truie devant un couteau. Ils ne savent que psalmodier : des cochons, décochons, décochons nos traits, détruis- détrui-détruisons l’ennemi, pour sau…  pour sau… pour sauver l’apatride, c’est-à-dire le capital !

Le lecteur réfléchira et choisira ce qu’il préfère…

Les Français sont feignants

Classé dans : politique — 18 juin, 2009 @ 10:50

                                                        

La littérature libérale met souvent en avant que les Français ne travaillent pas assez par rapport, notamment, aux autres européens. C’est pourquoi le candidat Tsarkozy avait inventé le slogan : « travailler plus pour gagner plus ». Ce langage a eu du succès car, effectivement, nombre de personnes aimeraient travailler davantage pour faire bouillir leur maigre marmite. Parmi elles, on trouve les salariés à temps partiel non choisi, par exemple les caissières de supermarchés qui viennent de faire grève massivement  la semaine dernière au grand étonnement de leurs patrons. On trouve aussi les smicards qui préfèreraient parfois moins de RTT et plus de travail en heures supplémentaires. Car, évidemment, la question essentielle demeure celle du pouvoir d’achat qui peut augmenter soit par la hausse des revenus, soit par la baisse des prix, soit par une combinaison des deux. Et, en gros, les mesures d’augmentation du temps de travail pour avoir des heures sup ne concernent que 30 à 40 % des salariés

Les études de l’INSEE   (www.insee.fr) sur les salaires et le pouvoir d’achat, celles qui sont montées en épingle par le gouvernement et les libéraux de tout poil, font apparaître une hausse du Smic de 37 % entre 1978 et 2007. Les autorités affichent moins que dans le même temps le pouvoir d’achat du revenu salarial annuel a stagné en euros constants. D’où vient cet écart qui conforte le sentiment de baisse du pouvoir d’achat dans la population ? Elémentaire, Watson, c’est à cause des raisonnements en moyenne globale chers aux gouvernants. Car entretemps le pourcentage de salariés à temps partiel, intermittents, intérimaires ou à domicile par rapport à l’ensemble des salariés est passé de 17 % à 31. Le revenu des temps partiels a baissé tandis que celui des temps plein augmentait parallèlement ce qui produit une moyenne stable. En revanche, les revenus de la rente, eux, augmentaient bien plus. Entre 96 et 2006 les loyers perçus progressaient de 66 % et les dividendes de 143. Les salaires bruts ne progressaient que de 48 % dans la même période (Alternatives économiques numéro spécial 76).

Lesdits salariés à temps partiel ou à contrats de travail atypiques n’ont pas clairement perçu (merci aux syndicats ou aux partis qui auraient dû les informer) que les largesses sarkoziennes sur les heures sup étaient à deux vitesses. Lesdites heures sur les temps complets sont détaxées de cotisations sociales salariales (et patronales), payées 25 % de plus et dispensées d’IRPP. En revanche, les temps partiels ont vu leurs heures « complémentaires » plafonnées à 10 % de leur temps de travail. De plus elles ne sont pas majorées ni exonérées. Rappelons que l’un des maîtres mots du libéralisme est « l’équité ». Ce genre de mesures (5 à 6 milliards d’euros en année pleine) profite donc essentiellement aux salariés à temps complet et aux patrons qui peuvent ainsi faire travailler plus les travailleurs en place avant d’hypothétiques embauches. Soulignons que, au passage, la durée légale du travail (35 heures par semaine) s’en trouve éliminée de fait. Le seul obstacle à faire davantage d’heures, ce qui est le sens du travailler plus, est la durée maximale de 48 heures. Gageons que cette limite ne tardera pas à voler en éclats. C’est déjà fait chez les Gibbies au nom de « l’opt-out » qui permet à un salarié de négocier « d’égal à égal » sa durée de travail avec son patron. Du reste, ce sont les patrons qui décident des heures sup et qui, souvent, ne les payent pas… De façon générale, il devient clair que le « travailler plus » se fait au détriment des temps partiels (31 % du salariat et en majorité des femmes et des jeunes) qui ne pourront guère en profiter.

Il est aussi clair que le travailler plus ne concerne pas encore les retraités (sauf cas spéciaux comme les militaires) qui ont vu  leur pension (par suite de la suppression en 1986 de l’indexation des retraites sur les salaires, de la réforme Balladur de 1993 dans le privé, de la  réforme du calcul des points dans les régimes complémentaires, de la CSG à taux plein contrairement aux cotisations antérieures)) augmenter de 0,2 % de 2000 à 2004 alors que le salaire moyen augmentait de 4,8% ( d’Alternatives économiques). Et ce n’est qu’un début. Il faut s’attendre à moins 25 % sur 20 ans pour les retraites du privé. Le minimum vieillesse (628 euros pour une personne seule, RMI des vieux) n’a pas été revalorisé depuis 10 ans. D’où l’annonce surprise de Tsarkozy d’une revalorisation de 25 % sur 5 ans avec un acompte de 200 euros bientôt en 2008. Ce minimum concerne 650 000 personnes. Les petites retraites (580 euros), que le candidat avait promis de revaloriser, touchent 3,5 millions de gens. Ca va être duraille de les augmenter car elles ne concernent pas l’Etat…Notons que ces retraites sont inférieures au seuil de pauvreté de 681 euros (2006 à 50 % du revenu médian ; c’est passé à 60 en 2007 en appliquant une norme européenne) pour une personne seule (50 % du revenu médian d’après les statistiques françaises alors que les européennes demandent 60 %).

Il y a donc déjà de personnes qui voudraient travailler plus ou qui sont oubliées par les réformes tsarkoziennes. Mais est-il si sûr que globalement les Français travaillent peu ? Là, il ne faut pas considérer la durée légale (35 h) mais l’effective. La France en est à 35,3 heures hebdo début 2007 (Hollandais 30,1, Danois 34,1, Anglais 34,7, Allemands 34,9 [alternatives économiques]). Ces chiffres sont une moyenne entre les salariés à temps plein et à temps partiel. Or, seuls 17 % des salariés français sont à temps partiel (et ils travaillent 22,7 heures par semaine) alors que la moyenne européenne est à 21 (et elle travaille 19,8 heures). CQFD.

Ce qui est vrai aussi, c’est que seuls 63 % des Français en âge de travailler (taux d’emploi de la population active) occupaient un emploi en 2006, contre 71 % en Grande-Bretagne, 73 en Suède, 77 au Danemark (toujours d’après Alternatives économiques). C’est que les jeunes de moins de 25 ans et les vieux de plus de 55 ne sont pas sur le marché du travail. 60 % des plus de 60 ans ne travaillent plus car ils ont été évacués par les entreprises au profit de jeunes moins payés et soi-disant plus productifs. Quand aux jeunes, ils essaient de poursuivre leurs études ou ils font « des stages » non rémunérés (grand merci au gouvernement qui vient de fixer la barre minimale  à 30 % du Smic pour les stages de plus de trois mois). Mais l’objectif de Tsarkozy n’est pas d’augmenter le taux d’emploi mais plutôt d’allonger la durée effective du travail des salariés à temps plein comme vecteur de la croissance par le plus de travail  comme soi-disant gage d’un enrichissement collectif.

Ce qui prouve, soit que Sarkozy et ses conseillers ne connaissent pas grand-chose à l’économie, ce dont je doute, soit que c’est délibéré car c’est la solution la plus rentable pour l’économie libérale favorable au patronat. En Effet, l’existence « d’une armée industrielle de réserve », qui plus est renforcée par « l’immigration choisie » pousse à la dégradation des revenus salariaux et des conditions d’emploi et de travail. De plus, faire turbiner au maximum les salariés en place (tant pis pour les suicides et les « burn out ») a l’avantage d’augmenter la productivité sans investir davantage et sans payer de nouvelles cotisations sociales car les heures sup en sont exonérées.

Or rien ne prouve, bien au contraire, que l’augmentation de la durée du travail produit de la richesse. L’histoire montre déjà le contraire : depuis 1960 le PIB a été multiplié par 4 alors que la durée annuelle du travail chutait d’un bon tiers. Car ce qui compte le plus c’est la productivité horaire du travail. Les statistiques actuelles montrant que les pays les moins riches en PIB par habitant sont ceux où la durée du travail est la plus longue et où le taux d’emploi est le plus élevé. Pour faire de la productivité globale (production totale rapportée au nombre de travailleurs) on peut augmenter la durée du travail et le nombre de travailleurs. C’est le choix traditionnel des patrons en quelque sorte esclavagistes qui obtiennent alors une productivité pour ainsi dire extensive. Mais vous pouvez aussi augmenter la productivité horaire des travailleurs (compétence, organisation machines performantes, etc.). C’est une productivité intensive liée à la productivité globale des facteurs. Je crois que le choix est facile pour un non libéral. Or la productivité horaire des Français au travail (essentiellement tranche des 25-55 ans) est une des plus élevées du monde. Cependant, elle est en train de perdre du terrain faute d’investissements suffisants dans les nouvelles technologies. Et il n’y a pas que la productivité. Il y a aussi la qualité. Là, les Français savent faire comme le montrent les industries du luxe et les productions des terroirs.

Il est donc clair que les Français travaillent et ne demandent qu’à travailler. Il est clair aussi que le patronat a renoué avec sa vieille stratégie de travail sous-payé et non qualifié ou de non-reconnaissance des qualifications. C’est cette méthode qui avait failli tuer l’industrie automobile française dans les années 65-75 : on s’était contenté d’importer des immigrés en provenance des anciennes colonies (Algérie surtout) en les payant avec une fronde et en les logeant dans des bidonvilles (dont l’immense de Nanterre), pendant que les Japonais investissaient dans les nouvelles technologies et méthodes d’organisation et de travail. La stratégie actuelle, en continuité avec l’ancienne au nom de la rupture, est largement facilitée parce que les exonérations de charges sociales sont plafonnées pour les salaires inférieurs à 1,6 Smic. Du coup, le patronat fait tout pour que lesdits salaires n’aillent pas au-delà. On a toujours le patronat et la droite les plus bêtes du monde ; et les socialistes ne sont pas plus malins.

Il est clair encore que même réalisées les promesses de campagne laisseront de côté le pouvoir d’achat de la moitié des Français non concernés par les heures sup et les rachats de RTT. On attend les futures statistiques de l’INSEE, organe gouvernemental alors que dans la plupart des autres pays elles sont produites par des organismes indépendants, avec impatience.

the secret of financial mountains

Classé dans : politique — 18 juin, 2009 @ 10:40

 

                                             Aujourd’hui survient une crise monétaire et financière dans un monde où tous les clignotants étaient au vert. Les prémices en remontent à  juillet 2007 quand les prêts hypothécaires dits de subprime s’écroulèrent. C’était en quelque sorte une catastrophe annoncée dont l’origine doit tout à la rapacité des innombrables frères Dalton du capital financier d’outre-Atlantique. Les descendants des immigrants européens et des esclaves Noirs communiaient dans le prétendu rêve américain: en travaillant plus, on peut gagner plus et on peut accéder à la propriété de son petit chez soi. Le rêve est si fort que les petits américains des classes sociales les plus déshéritées voulaient à tout prix devenir propriétaires comme signe visible d’accès à la position de petit bourgeois. Cela produisait une profusion de ces petites maisons à l’américaine en bois, construites pour ne durer que 50 ans au maximum et alignées en rang d’oignon dans de paisibles banlieues. Il était entendu dans les codes culturels que demeurer dans les centres villes, sauf dans les quartiers très huppés, signifiait qu’on appartenait à la caillera. Las, les salaires stagnaient depuis 20 ans et l’accès à la petite maison mais avec très grande cuisine devenait problématique.    Alors d’avides et rapaces financiers inventèrent les subprimes. C’est simple. On accorde des prêts à taux variable, ledit taux et les amortissements du capital étant faibles au début de l’emprunt, on s’arrange pour que l’accédant n’ait quasiment à payer pendant les premières années de remboursement. Ce qui signifie que l’heureux propriétaire ne paye que les intérêts et n’amortit pas le capital pendant ces années-là. En conséquence, les dernières annuités sont très lourdes. Mais l’emprunteur, dont les narines étaient toujours au ras de merde et de la banqueroute pendant des années, avait fait le pari que ses revenus auraient augmenté entretemps et que la valeur de son bien aurait augmenté. Les Ricains, du reste, avaient inventé le prêt revolving en hommage à M. Colt. Ceci consiste à renouveler les capacités d’emprunt au fur et à mesure que le capital restant dû diminue et que la valeur immobilière du bien augmente. En 2007, le futur président Tsarkowitch a proposé cette heureuse innovation pour augmenter le pouvoir d’achat des braves travailleurs français. Les génies US de la  pompe à phynance, chère au père UBU, avaient tiré des chèques en blanc sur l’avenir, avaient encouragé la propension à tout claquer des amerloques (taux d’épargne zéro et endettement à 120 % du revenu)) et s’étaient manifestement moqués des conséquences perverses de cette machine à mouvement perpétuel. Il en était résulté une belle bulle spéculative immobilière, les prix ne cessant de monter, ce qui avait poussé tout le monde à acheter dans l’espoir de consistantes plus-values. Des margoulins, des escrocs, même pas Tapie dans l’ombre, plaçaient ces prêts mirifiques le plus souvent à de pauvres types éblouis par leur future promotion sociale. Des VRP sans scrupules, nouveaux « carpetbaggers » payés à la grosse commission, tiraient les sonnettes le soir, plaçaient leur pied dans l’entrebâillement de la porte à la façon traditionnelle des voyageurs de commerce fourguant des encyclopédies et faisaient signer un contrat. Le signataire, éberlué et souvent un peu éméché après deux ou trois verres de bourbon, poussé par son épouse qui se voyait déjà faire des bras d’honneur à ses anciens voisins, signait, parfois d’une croix. Il n’avait pas lu les petits caractères ni les annexes qui énonçaient les vraies conditions du prêt.    

   Le processus n’avait pas du tout été contrecarré par le génie de la FED, Alan Greenspan qui avait maintenu des taux d’intérêt très bas. Ce responsable des finances américaines (FED ou réserve fédérale) s’était au contraire frotté ses blanches mains car cela faisait marcher le commerce et soutenait la croissance par le biais du florissant marché immobilier et le crédit revolving. Tant pis si cela créait une bulle spéculative. Les affaires marchaient et les yankees pouvaient acheter à foison de la camelote chinoise, la Chine achetant en contrepartie des titres du trésor américain.    Il faut savoir que les banques sont tenues d’avoir une consistante « réserve obligatoire » de fonds garantissant les crédits qu’elles consentent. Si ces réserves descendent en-dessous de la norme légale, par exemple si la banque fait de grosses pertes, ce qui au passage fait aussi chuter sa capitalisation boursière (la valeur à la bourse de l’ensemble de ses propres actions), elle est obligée de les reconstituer (on dit se refinancer). Elle le fait en empruntant des fonds auprès des autres banques ou en se couvrant auprès de la banque centrale, à un taux qui est précisément ledit taux directeur fixé par la FED. Las, en septembre 2006, la FED augmenta son taux directeur, qui gouverne l’ensemble des taux d’intérêt, y compris celui des titres d’Etat, parce que les acheteurs de dollars (Japon, Chine,) [ou les vendeurs de pétrole en dollars] commençaient à la trouver saumâtre : la valeur du dollar baissait et il était plus judicieux de placer ses réserves en euros, devise qui augmentait. Les emprunts du trésor US à l’étranger devenaient ainsi plus juteux. 

   Comme les taux des emprunts des heureux propriétaires grâce aux subprimes étaient variables, ces derniers furent saisis à la gorge par des mensualités souvent doublées. De fil en aiguille, la plupart ne pouvaient plus payer, surtout en fin d’emprunt quand on amortit le principal à toute berzingue. Les prêteurs vendirent alors les maisons en brandissant les titres d’hypothèque. Du coup, le marché immobilier s’effondra, ne laissant aux emprunteurs que les yeux pour pleurer puisqu’ils ne pouvaient même pas rembourser leurs dettes. Par voie de conséquence, la valeur des créances détenues par les banques et autres organismes financiers comme les fonds spéculatifs s’effondra aussi.  Pourtant les créances hypothécaires avaient été « titrisées », c’est-à-dire regroupées (avec tout un tas d’autres titres de créances) en gros paquets d’obligations vendables à la bourse comme les actions. Pour cacher la merde au chat, ces paquets avaient été mélangés avec d’autres titres moins risqués, ce qui produisit des sortes de pâte feuilletée dans laquelle une chatte n’aurait pas retrouvé ses petits. Ce n’était pas par hasard tant l’imagination des requins de la finance est fertile pour rendre les choses opaques, pour empêcher tout contrôle public de leurs véritables engagements et pour dissimuler toute responsabilité. L’astuce des banques étaient de mettre les titrisations et les produits dérivés (assurances d’assurances sur les risques spéculatifs) hors bilan.    Début 2008, la catastrophe devenait clairement visible. De grandes banques (Citigroup, Merrill Lynch) affichèrent 10 milliards de dollars de pertes au dernier trimestre 2007. La BNP était touchée, de même que la Deutsche Bank, et même une banque mutuelle ( ?), le Crédit agricole dont la filiale Alcyan affichait 300 millions d’euros de pertes. La banque de prêts immobiliers Northern Rock, chez les Gibbies frôlaient la faillite qui aurait été assurée si la banque d’Angleterre n’était pas venue à son secours. Et commença le processus : baisse des réserves obligatoires, impossibilité de vendre ses actions dont la valeur avait baissé de moitié (devenues des « produits toxiques comme les titrisations et autres dérivés), donc obligation d’emprunter. Mais à qui ?  Les banques ne se prêtent plus les unes aux autres tant qu’on ne sait pas leur situation réelle et que leurs comptes n’ont pas été apurés des créances douteuses et correctement provisionnés. Elles doivent restreindre le crédit et elles rechignent donc à consentir de nouveaux prêts aux consommateurs et aux entreprises, car elles n’ont plus assez de liquidités et parce qu’elles ne veulent plus prendre autant de risques. La spirale infernale est lancée : pas de crédit et taux plus élevés signifient ralentissement de la consommation et de l’investissement, donc arrêt de la croissance. Pour éviter le krach (une déflation brutale) les banques centrales se mirent à fournir les liquidités nécessaires à l’économie. Elles prêtèrent des centaines de milliards de dollars ou d’euros ou de livres aux banques. 

   Les européens n’étaient pas indemnes. Leurs banquiers avaient aussi investi dans les subprimes en les dissimulant dans des « sicav dynamiques », lisez pouvant rapporter gros.  Même le Crédit Agricole en France s’était laissé aller à ces juteuses facilités et avait beaucoup perdu (5 milliards). Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés. L’action salvatrice des banques centrales, aux frais des citoyens,  avait permis de vérifier l’adage : les profits sont privés, les pertes socialisées et publiques.    Les autorités publiques, dont Mme Lagarde-Michard en France, tentèrent de rassurer. Patatras, les marchés ne suivaient pas, d’où le minikrach du 21 janvier. Car la confiance a disparu. Comment en effet ne pas craindre l’avenir quand on risque d’être saisi ou de voir la valeur de son bien chuter, ce qui tue le crédit revolving et force à l’épargne, laquelle est à zéro en % du PNB chez les GI. C’est fait ; le marché immobilier US a déjà chu de 20 à 30 %. Comment faire confiance à des banquiers, des fonds d’investissement, des assureurs qui vous fourguaient des titres pourris, souvent en le sachant comme dans l’affaire Enron ? Et, ô miracle de la psychologie des foules grégaires, la théorie new look des « anticipations rationnelles » s’est vérifiée. Quand les autorités prennent une décision, les gens se doutent qu’il y a magouille sous roche et prennent les devants pour contrecarrer les effets de ladite décision. Ainsi, l’annonce de Bushman d’injecter 140 milliards de dollars dans l’économie pour restaurer la consommation a eu l’effet inverse. Et l’histoire continue ; le 22/1/08 la FED abaissait de 0,75 points son taux directeur, ce qui le porte à 3,50% soit moins que celui d’inflation US à 4,1 en 2007 ! Certes, ça allège le coût des emprunts…mais aussi le revenu des emprunts d’Etat pour les pays acheteurs desdits emprunts. Vont-ils continuer à en souscrire alors que les USA vivent eux-mêmes à crédit revolving en pompant les liquidités mondiales au détriment des pays qui en auraient besoin pour investir. Les bourses ne se sont redressées que très momentanément suite à cette 2ème mesure de la FED. Affaire à suivre… 

    On appelle même au secours les fonds dits souverains, c’est-à-dire les immenses capitaux détenus par certains Etats comme la Chine ou les Emirats Arabes qui envisagent une bonne affaire à long terme car ils rachèteraient des banques ayant déjà perdu la moitié de leur « capitalisation boursière ». Ces Etats y sont aussi tenus  car si l’économie américaine s’effondrait, si la valeur du dollar chutait, ils ne pourraient plus vendre leur camelote aux Ricains ou leurs réserves en dollars se transformeraient en roupies de sansonnet. Ce qui ferait augmenter les restrictions de crédit car la masse monétaire en circulation deviendrait insuffisante. 

   On en est maintenant aux plus grandes craintes sur la croissance mondiale. En effet, si les USA n’achètent plus, les exportateurs européens, chinois, etc. ne vendront plus. Or les USA font plus de 25 % des importations mondiales. D’où récession, chômage, course aux clients par baisse des prix et dumping, hausse des taux  d’intérêt pour couverture des risques, et tout le cycle de la déflation. Bien chers frères, prions les prions nous attaquent.    Le lecteur peut se demander pourquoi un système financier mondial aussi désastreux perdure. Elémentaire, mon cher Watson. C’est que beaucoup de salopards individualistes et avides y ont intérêt. En vrac, nous avons les banquiers et les assureurs qui placent des titres et des assurances-vie avec de belles commissions ou profits, nous avons les agences de notation qui risqueraient de perdre des clients (aux USA, elles ont le droit de conseiller les entreprises !), les fonds d’investissement, les bourses et courtiers en bourse, les fonds de pension qui doivent faire le maximum de plus-values pour servir les retraites, les multinationales qui peuvent racheter les firmes concurrentes avec leurs propres actions dans les OPA ou OPE, les manageurs qui touchent des plus-values sur leurs stock options, les politiciens qui sont financés par ceux qui précédent dans cette liste, les lobbys qui défendent tous les intérêts de leurs mandants, les journaleux libéraux qui tirent notoriété (et fonctions de conseils) de leurs articles à la gloire de la finance, les boîtes de conseil en management qui vivent des commandes des manageurs, etc. 

   Le lecteur aura aussi compris pourquoi les incitations gouvernementales vers les retraites par capitalisation, les compléments de salaire par distribution de titres et plans d’épargne d’entreprises, les dégrèvements fiscaux pour les PEA, la baisse de la taxation des plus-values et des revenus financiers, les assurances-vie individuelles conduisent à encore plus de financiarisation, donc à encore plus de risques pour les salariés. Et le pire c’est que voter à droite ou à gauche n’y change rigoureusement rien. 

les sarkonomics

Classé dans : politique — 18 juin, 2009 @ 10:38

Le comte-président Tsarkozy de Super-Nova reprend du poil de la bête et occupe le terrain par des visites et des déclarations. A Chantilly, car il choisit quand même de s’adresser à la crème, il annoncé le re-développement du « gaullisme social » avec l’intéressement et la participation. Il s’agit de ressusciter l’association capital-travail et de nourrir le pouvoir d’achat, sa promesse majeure lors des élections présidentielles. La future loi « de modernisation économique » doit par ailleurs, sous l’impulsion décisive de Tsarko, pénaliser  les entreprises qui ne lanceraient pas de négociation sur les salaires et de réformer les lois Raffarin, Royer et Galland (et même la  très récente loi Chatel) sur la distribution. Nous avons déjà eu la loi TEPA qui accordait 7 milliards de réduction d’impôts aux plus aisés et 5 milliards aux prolos sous forme d’heures supplémentaires et de RTT détaxées. On a la loi  sur le RSA de Martin Hirsch, celle qui crée des trappes à mauvais emplois et pousse à ne pas augmenter les salaires.  Cela fait partie d’une politique inaugurée sous Chiracos , ce qui veut dire que Tsarkozy n’est pas dans la rupture mais dans la continuité en faveur des riches.

Les cadeaux aux riches ne sont pas récents. Le taux d’imposition maximal et marginal de l’IRPP est constamment descendu pour arriver à 40 %, notamment avec  le trotskyste Jospin qui l’avait baissé de deux points, le mettant à 52 %. Sous Villepin, on est arrivé à 40 %. L’impôt sur les sociétés est descendu à 33,3 %. Tsarkozy veut l’abaisser à 20 %. Les exonérations de cotisations sociales et d’impôts et les subventions pour les sociétés représentent 65 milliards d’euros en 2007, dont 23 pour les exonérations de cotisations sociales en dessous de 1,6 SMIC. Ce qui, du reste, pousse les entreprises à ne jamais dépasser ce seuil de salaire. Les dividendes ne seraient plus taxés sous le comte-président qu’à 16 %  (versement à la base, au lieu d’intégration dans le revenu fiscal). Le patronat se fout dans la poche (moyennant un léger arrosage des syndicats) les 22 milliards de la formation professionnelle continue. Il a été révélé qu’il se payait grassement sur la bête du 1 % patronal de financement du logement. Passé partout, entre subventions, prédations et exonérations on peut estimer à 100 milliards d’euros minimum les sommes retirées du financement des services publics par l’impôt au profit du capital et des riches.

Un rapport vient de constater que depuis 2002 les « niches fiscales » (486, dont investissements dans les DOM-TOM, y compris pour des hôtels de luxe et des bateaux de plaisance, loi Malraux sur la restauration de monuments historiques, lois de Robien, Scellier ou Borloo sur les investissements locatifs, privilèges des journaleux, emplois de service à domicile, etc.) ont fait passer les déductions d’impôt de 50 à 73 milliards  d’euros ? Tsarkozy a encore accéléré le phénomène avec la quasi-suppression des droits de succession pour les riches et la recréation d’une déduction d’impôt pour les accessions à la propriété. Il a eu aussi le culot d’installer le bouclier fiscal de l’ISF et des impôts, y compris la CSG et la RDS, les taxes foncière et d’habitation pour le logement principal à 50 % du revenu.  Ce qui, dit au passage, exonère les riches de toute participation à des impôts ou cotisations supplémentaires.  Ainsi 3800 contribuables ont reçu un gros chèque de remboursement du trop perçu. La fraude fiscale représente dans les 40 milliards par an ; rien à fiche : on préfère faire la chasse aux « faux chômeurs », les « faux » certificats d’arrêt de travail et aux truqueurs des assurances sociales, soit dans les 300 millions maximum. De façon générale, les cadeaux aux riches sont accompagnés par la taxation des petits ; les franchises médicales récentes et le droit des toubibs aux dépassements d’honoraires ou la réorganisation des hôpitaux en sont le meilleur exemple.

L’intéressement (loi de 1959) concerne environ 4,2 millions de salariés pour 6 milliards ; il est versé à 75 % par les entreprises de plus de 1000 salariés ; la participation (loi de 1967) touche 5 millions de salariés des entreprises de plus de 50 employés pour 6 milliards aussi (essentiellement versés par les boîtes de plus de 1000 salariés). Or il y 23,5 millions de salariés pour une population active de 25. Le projet serait d’étendre ces belles choses à tous contre un crédit d’impôt de 20 % des sommes concernées pour les entreprises (soit suite à des 1ers accords, soit seulement pour le supplément en cas d’accords anciens). Le salarié qui consommerait ces ressources d’intéressement ou de participation paierait l’IRPP dessus ; s’il conserve les apports pendant 5 ans, pas d’IRPP, seulement CSG et CRDS.

Pour qu’il y ait intéressement, encore faut-il qu’il y ait des bénéfices consistants, ce qui n’est guère le cas des TPE (très petites entreprises), des PMI ou des PME.  Il en résulte que la majeure partie des employés ne recevra pas grand-chose. Ensuite, il est clair que ces largesses entraîneront, comme par le passé, un ralentissement des augmentations générales de salaire et que des rémunérations prévisibles et certaines seront remplacées par des gains aléatoires liés aux résultats des entreprises. Par ailleurs, ces sommes ne donnent pas lieu aux cotisations de retraite. C’est pourquoi, comme cela contribuera à une diminution supplémentaire des pensions (après les lois Balladur de 93, Fillon de 2003, d’alignement des régimes spéciaux et loi Bertrand sur 41 ans de cotisation qui conduisent à une diminution de 30 % des taux de remplacement du dernier salaire par la pension), les salariés auront tout intérêt à conserver l’argent pour assurer mieux leur vieillesse, ce qui revient à de la capitalisation et de l’épargne. On ne voit pas alors ce que cela produirait sur le pouvoir d’achat à moyen terme ni pour les heureux bénéficiaires ni, encore moins, pour les frustrés. On voit aussi que les retraités feront tintin, leurs pensions étant seulement liées à l’inflation, laquelle est en permanence sous-estimée par les statistiques d’Etat. Enfin, il faudrait savoir dans quoi les sommes concernées vont être placées : dans le capital de l’entreprise ? Risques de faillite ; dans des fonds d’investissement ? Risques de krach boursier, auquel cas les salariés auront perdu à la fois sur leurs salaires et sur leur intéressement. Le pire, c’est que malgré la crise mondiale liée à ces pratiques les sarkonomics prersévèrent.

Les  mesures prises sont donc inégalitaires, hasardeuses et renforcent les avancées vers le tout service rendu à la finance par les gouvernements. Au passage, il convient de noter qu’elles présentent la caractéristique principale des sarkonomics, à savoir la fragmentation des différents types de salariés (public/privé, garantis/précaires, internes/intérimaires, grosses boites/très petites, florissantes/vivotantes, etc.), leur mise en conflit et l’exacerbation des jalousies. Ce n’est pas nouveau à droite suivant le bon vieux principe du diviser pour régner.

Le revenu de solidarité active (RSA), qui peur coûter dans les 3 à 4 milliards, peine à trouver son financement en ces temps de « faillite » et de caisses vides malgré les promesses électorales. Eureka, Sarkozyx invente son financement par une razzia sur la prime pour l’emploi (PPE, créée par lou Jospin et régulièrement augmentée, maigrement, depuis). Rappelons que la PPE est une subvention étatique aux petits salariés disposant d’un emploi ; les érémistes et autres chômeurs en sont donc exclus. Le Monde a fait faire le calcul : sur 9 millions de salariés touchant la PPE, les ménages ayant moins de 1,15 Smic de revenu ne seraient pas concernés ou touchés, ceux de moins de 1 smic y gagneraient un chouïa, et les 2,5 millions entre 1 ,2 et 1,4 smic y perdraient. C’est funambulesque : les pauvres ayant le nez juste au-dessus de la fosse à purin paieraient pour ceux qui y ont les yeux !  PPE, solution libéralo-socialiste du trotskyste Jospin, et RSA imaginé par un chrétien social ont comme effet pervers commun d’encourager les patrons à payer le moins possible leurs salariés puisque l’Etat compense en assurant un revenu minimum de survie. Cette belle solution a été inventée par Milton Friedman, pape du monétarisme et de la révolution néoconservatrice.

Le mitron, général Boulanger en herbe, veut frapper les boîtes qui ne négocieraient pas sur les salaires en leur sucrant 10 % (pour commencer) des exonérations de charges sociales pour les employés payés moins de 1,6 smic. Il était annoncé que cela serait fait en cas d’absences de résultats positifs comme suite aux négociations. Mais Mme Parisot a froncé ses sourcils. Tsarko a donc fait machine arrière : la négociation suffira avec compte rendu auprès de l’Inspection du travail. Cela sera évidemment d’une efficacité redoutable.

Il ne sera pas touché à l’âge légal du départ en retraite à  60 ans, avait-on dit. Boutefeux vient de parler de 67…. Ce n’est pas le problème car ce qui compte c’est la durée de cotisation portée bientôt à 41 ans. Comme à 60 ans, énormément de salariés n’auront pas ces 41 années, soit il leur faudra travailler au-delà de 60 ans, à supposer que les patrons ne les forcent pas à rejoindre la cohorte des 38 % de 55/65 ans qui sont exclus de la population active, soit leur retraite sera amputée des annuités manquantes, ce qui est évidemment le but visé sans l’avouer. Cependant, sa grandeur Tsarko 1er envisage d’inciter les entreprises à mieux conserver ses vieux travailleurs, au besoin par des dispositifs et des pénalités dont on ne connait pas le contenu. Du reste, le gouvernement n’a toujours pas trouvé les moyens d’imposer une limite aux actuelles négociations sans fin sur l’âge de la retraite et le nombre d’annuités de cotisation pour les travailleurs exerçant des métiers pénibles et vivant en moyenne 7 ans de moins que les cadres.

 On ne toucherait pas non plus aux 35 heures comme horaire hebdomadaire légal du travail. Manqué, Porcinet, alias Xavier Bertrand, projette une loi donnant aux patrons le droit de négocier l’horaire de travail, chez eux très localement dans chaque établissement,  ce qui interdirait les heures sup chez eux en-dessous du volume négocié. Donc, à condition que cela reste local, la barre des 35 heures n’existera plus. Si on passait par exemple à 45 heures, en respectant la limite actuelle de 48 heures par semaine, il n’y aurait plus d’heures sup payées plus pour gagner plus. Porcinet, par ailleurs, prévoit que l’accord soit minoritaire en regroupant des syndicats ne représentant que 30 % des salariés. Cela va dans le même sens que l’obligation progressive d’accepter n’importe quel emploi  après deux propositions (à deux heures de trajet journalier et au salaire calqué sur l’indemnité de chômage de 57,8 %), que le CDD pour vieux (Villepin) et la suppression des exemptions de recherche d’emploi passé 57ans et demi.

Les sarkonomics-boys veulent mettre de la concurrence dans la distribution par droit d’ouvrir des supermarchés de moins de 1000 m2 pour favoriser l’implantation de magasins low cost. Mais la France a déjà la plus grande densité européenne de grandes surfaces et nombre de chaînes ont ouvert des succursales low cost sous un autre nom. En réalité le problème n’est pas là. Il réside dans la toute-puissance des 5 centrales d’achat liées à ces chaînes, lesquelles font passer leurs fournisseurs sous les fourches Caudines, externalisent et délocalisent et empochent les rabais sans diminuer les prix en proportion. Alors, Zorro-Tsarko a imaginé (loi sur la modernisation de l’économie de 2008) de libérer les négociations entre fournisseurs et distribution. Qu’en attendre ?  Les petits commerces (boucheries, poissonneries, etc.) vont dépérir à la vitesse V, écrabouillés par les grandes centrales d’achat.  Là encore cette stratégie d’augmentation du pouvoir d’achat par la baisse des prix poussera à un chômage accru. Les manifs paysannes de juin 2009 montrent les résultats de cette politique.

Cette politique est en outre fondée sur une analyse des couches sociales votantes ; eh oui, pour être réélu, il faut se préparer une majorité. C’est pourquoi, lors de la campagne électorale Tsarko avait promis d’arroser tout le monde. Il n’en avait évidemment pas l’intention car il savait que l’Etat était impécunieux et lourdement endetté. D’où la segmentation des bienfaits sarkozyens en fonction des populations méritantes et susceptibles de bien voter. D’abord les riches, peu nombreux mais qui détiennent les réseaux et les ressources d’influence qui lui permettront, comme le nabot l’a dit, ensuite de «  faire du fric ». Ensuite les classes plus qu’aisées, les « bobos » qui votent bien ou qu’il faut arracher au socialisme à paillettes dont Jackland et Delanoix sont les plus beaux spécimens. Puis, il faut ne pas désespérer les plus pauvres, non pas pour leur vote puisque le plus souvent ils ne votent plus, mais pour éviter qu’ils ne se révoltent. Reste l’immense et disparate « classe moyenne », celle qui va de deux fois le smic dans le ménage à une certaine aisance. C’est avec celle-ci que la sarkonomics est en délicatesse. A force de pomper dedans pour secourir les plus pauvres sans faire contribuer les riches à la solidarité sociale, elle risque de se détacher de la droite. Mais Tsarko est un redoutable politicard. Il a compris la situation. Cette classe a peur d’être déclassée et de rejoindre les exclus dans la chute sociale. Du coup, elle tend à se regrouper autour d’un sauveur énergique.  C’est de l’exorcisme pour ses peurs et c’est de l’envoûtement des pauvres auxquels elle ne vaut pas ressembler. Cette classe, dans sa partie inférieure, a aussi peur pour sa sécurité et celle des biens qu’elle veut faire protéger jalousement. Alors, pour compenser sa dégradation économique graduelle, il suffit d’une politique sécuritaire et répressive. C’est simple, c’est beau la politique libérale…

connards de chômeurs

Classé dans : politique — 18 juin, 2009 @ 10:36

  D’après la vulgate des économistes néolibéraux, les patrons n’embauchent sur le « marché du travail » que quand la désutilité marginale des salaires et des charges, soit le coût salarial à consentir pour le dernier embauché, est égale à l’utilité marginale de la production : ce que rapporte ledit dernier salarié dans les ventes supplémentaires « puissanciellement » [Proudhon] attendues par l’entrepreneur. Le patron n’achète pas du travail mais de la production espérée, c’est-à-dire de « la force de travail » sur le marché des offres de service par les demandeurs d’emploi. Le point d’équilibre est atteint ainsi dans un « taux naturel du chômage », car, à ce prix-là tout le monde sera embauché, dixit le néolibéral.  Contrairement à ce que disent les opposants, ce n’est pas idiot. C’est même du marxisme transformé en modèle mathématique. En effet, ceci dit que plus les salaires et les charges y liées baissent plus les patrons embaucheraient. Et on peut compter sur la concurrence entre travailleurs à l’échelle mondiale pour faire baisser les salaires et annuler toutes les protections sociales (et autres). Ce que ne disent guère les libéraux, c’est que la concurrence entre entreprises va faire baisser les prix, ce qui diminue l’utilité marginale de la production et renforce donc la course à la baisse de la désutilité des salaires pour les patrons. On en arrive ainsi à une spirale vicieuse sans fin de baisse concomitante des prix et des charges salariales. Cette course vers le retour au 19ème siècle est évidemment accentuée par la progression constante de « l’armée industrielle de réserve », c’est-à-dire des chômeurs, par suite de l’accès des femmes (du Nord) ou des paysans (du Sud) à l’emploi. Tsarkozy n’a retenu que le premier membre de l’équation : l’heureuse baisse des prix qui va augmenter le pouvoir d’achat à salaire constant. Notre omniprésident n’a pas percuté sur le fait que les salaires baissaient parallèlement. Notre nouveau génie de l’économie gouvernementale n’a pas compris que cette course était perdant-perdant, car en réalité le pouvoir d’achat ne peut que baisser compte tenu des charges fixes pour le salarié : loyers, transports, taxes locales, prélèvements sociaux, eau (l’usager domestique paye seul la réparation des pollutions dans un contexte d’élévation des normes sanitaires), chauffage, assurances (les dégâts indemnisés par suite de l’extension des catastrophes naturelles sont reportés essentiellement sur les assurés domestiques), etc. Ces charges fixes et contraintes représentent maintenant 75 % du budget des prolétaires et sont très largement sous-estimées par l’INSEE dans le calcul de l’inflation et du pouvoir d’achat. Il s’ensuit que la consommation stagne (en attendant le développement de celle des pays en voie de développement, que les équipements sont sous-utilisés et que la concurrence entre firmes pour la maîtrise des marchés s’exacerbe. Du coup les patrons soit veulent baisser les salaires pour produire moins cher que le concurrent, soit améliorer la productivité en investissant dans des machines plus performantes et économes en travail humain, soit faire travailler plus longtemps les salariés en place (les « insiders »). Ce qui accroît le chômage et fait donc encore plus baisser les salaires. Résultat des courses à Neuilly la consommation continue de baisser car la demande « solvable » diminue.

  L’empereur des proches Carpathes et des Français réunis observe cependant que la demande française se maintient. C’est vrai. En effet, les Français sont conduits à puiser dans leur épargne pour continuer de consommer. Cela finira par s’arrêter lorsqu’ils auront une épargne zéro comme aux USA et seront très lourdement endettés. Tsarkozy poussait cependant à l’endettement, notamment avec la possibilité de crédit revolving en fonction de l’envolée des prix de l’immobilier. La crise des « subprimes » aux USA lui a indiqué ce qu’il faut en penser. Jusqu’à quand durera ce petit jeu ?

  Face à la rationalité patronale, les libéraux mettent celle des travailleurs. Ces derniers, très forts en calcul, ce que ne montrent pas les derniers résultats comparatifs des réussites scolaires, arbitrent entre les désutilités de la perte de loisirs et de consommation et l’utilité du salaire. C’est pourquoi, comme nous l’allons voir, ils sont responsables du chômage.

  Le salarié est un pleutre, un couard, un risquophobe. Il préfère toucher un salaire régulier. C’est pourquoi il passe un deal avec le patron : tu me verses un salaire constant, même en période de mévente, en échange je n’exige pas une rétribution élevée ; patron, tu lisses les salaires dans la durée ; en revanche je serai sage : je ne demanderai pas plus et je ferai des heures sup. Du coup, le salaire versé est en moyenne supérieur au taux d’équilibre optimal du marché du travail ou taux naturel de chômage. Il en est de même du SMIC qui est un obstacle à l’atteinte du taux naturel de salaire. C’est pourquoi les patrons n’embauchent plus, mais la faute en revient à ces cons de salariés qui prennent une assurance de stabilité des salaires contre tout risque.

  Le salarié est un rusé et même un salaud. Il est le seul à savoir ce qu’il vaut réellement (compétence, ardeur au travail, etc.). Il dispose donc d’une « asymétrie d’information » en sa faveur. L’embaucher peut être désastreux : manque de productivité, malfaçons, tirage-au-flan (aléa moral à l’embauche de ces dissimulateurs).  Le patron, dans l’ignorance, peut opérer « une sélection adverse » (prendre un mauvais risque au lieu d’un bon). Le salarié est un porteur « d’aléa moral » car il ne joue pas forcément avec les bonnes règles du jeu et profite de son horrible pouvoir de non information sur sa valeur réelle. S’en débarrasser coûte cher en « turn over », donc en « coûts de transaction » (frais de recrutement, de passation des contrats, indemnités de licenciements, etc.). Alors, le patron pour minimiser les risques de la sélection adverse et les coûts de transaction paye ses salariés plus chers que ses concurrents afin d’attirer et de conserver les meilleurs présents sur le marché du travail. Le problème est que les autres patrons en usent de même, ce qui fait que les salaires grimpent au-dessus « du taux naturel » du marché sans chômeurs, lequel, comme on l’a compris, s’établit toujours au plus bas niveau possible compte tenu de la demande solvable et de l’offre de services des demandeurs d’emploi en surnombre. Bis repetita placent, cette violation dudit taux naturel de chômage est encore un empêchement au plein emploi. A cause de ces putains de roublards de salariés.

  Le salarié est une feignasse. Il préfère les loisirs au travail. S’il peut vivre grâce à des allocations diverses (RMI, APL, API, indemnités de chômage, etc.) il préfère se tourner les pouces en tant qu’adepte du moindre effort. Seule la peur du licenciement le maintient dans le droit chemin. Hélas, 3 fois, toutes ces indemnisations rendent la perte d’emploi peu menaçante et le marché du travail « imparfait ». On a déjà vu le cas du tire-au-flanc, cas que du reste la nouvelle économie néolibérale a érigé au rang de modèle. Ces indemnités ou revenus de remplacement éliminent donc la peur du chômage, ce qui fait grimper bien au-delà du taux naturel de salaire. Salopiots, misérables, vous méritez votre sort ; retournez donc aux galères : ça vous poussera vers le sain et saint travail. Et il ne viendra pas à l’esprit de « l’homme aux écus » que justement c’est la flemme qui a été le principal moteur de l’invention, comme moyen d’économiser de la peine.

  Le salarié est égoïste et méchant. Quand il est dans une entreprise (insider), il s’oppose à l’arrivée de nouveaux travailleurs (outsiders). S’il en arrive, il fera tout pour les décourager (mise en quarantaine, dénonciations calomnieuses, pneus crevés, etc.). L’outsider est tout aussi prédateur : il accepte un moindre salaire pour dégommer les salariés en place. Le travailleur est donc naturellement méchant ; il se met de lui-même en concurrence avec les autres. Car, évidemment, si cette concurrence entre travailleurs existe elle n’est due qu’à leurs égoïsmes mutuels, ce qui est démontré par la théorie économique.

  Le salarié est joueur, « primesautier » (eh oui, il y a une théorie économique de la chose !). Il n’a pas compris que les patrons font tout ce qu’ils peuvent pour conserver les employés : DRH aux petits soins, primes, intéressement, écoute, récompense du mérite, etc. Mais le salarié reste toujours prêt à aller voir ailleurs si l’herbe n’est pas plus tendre et plus verte. Il préfère toujours un picotin virgule 1 d’avoine à un seul.  Figurez vous qu’il met ainsi les entreprises en concurrence ! Il joue à chercher mieux, ce que lui permettent encore plus les indemnités de chômage. Alors, le patron se résigne à la malignité du salarié et cherche à le « fidéliser » par un « salaire d’excellence ». Chacun l’imitant, le taux naturel de salaire s’en trouve allégrement outrepassé. Et c’est bien de la seule responsabilité des travailleurs.

  Toutes ces élégantes théories sont en même temps du plus haut comique…de répétition et de surréalisme. Et pourtant elles sont on ne peut plus sérieuses. Mais elles camouflent le plus important : la concurrence est un système indépendant des acteurs économiques mais organisé légalement par les autorités étatiques au service du patronat ; dans ce système automatique et à logique imparable le chômage n’est pas le problème. C’est la solution contre les mauvaises exigences des travailleurs et pour la baisse des salaires et avantages et protections sociaux. L’inconvénient est que la demande solvable stagne ou diminue, ce qui pousse les capitalistes les moins adaptés à fermer boutique au profit des plus gros qui piquent leurs parts de marché. Ce dernier n’est pas plus gros, mais il est réparti entre moins de firmes. CQFD : la concurrence finit par aboutir au monopole ce qu’avait montré Proudhon dans « Philosophie de la misère »), ce qui contrevient à toutes les saintes écritures du libéralisme.

les raisons de la crise actuelle

Classé dans : politique — 15 juin, 2009 @ 11:14

Les raisons de la crise sont économiques et politiques. Sur le versant politique,  ce sont des décisions politicardes qui depuis 30 ans ont crée les conditions du capitalisme dérégulé parce que lesdits politiciens (libéraux ou socio-démocrates) étaient eux-mêmes convaincus des vertus de la libre circulation de tout, à commencer par le fric, dans le libre-échange généralisé et la « concurrence libre et non faussée » chers à l’OMC et à l’UE. En outre, les politiciens pouvaient ainsi faire de la fuite en avant pour se dépatouiller des conséquences de leurs décisions antérieures et afficher un seul objectif, celui de la croissance, en piquant des parts de marché nationales aux pays concurrents grâce au dumping dans tous les domaines. La publicité  intra muros dans les pays développés ne suffisant plus à faire croître les besoins suffisamment pour assurer la rentabilité du capital, les politicards se sont lancés dans la mondialisation des marchés en fidèle toutou des nécessités du capital. A signaler une décision politique majeure, très oubliée : en 1973 (Fiscard d’Estaing)  en France, la banque centrale n’a plus eu le droit de faire des avances au trésor, puis en 76 (Barre) les prêts de celle-ci à l’Etat ont été taxés par le même niveau des intérêts que sur le marché (avant c’était seulement au niveau de l’inflation).

Sur les causes économiques, il y a avant tout que le capital, devenu très productif grâce aux nouvelles technologies, ne pouvait se contenter d’un marché national : il avait besoin de se mondialiser afin de profiter d’économies d’échelle que les ventes locales n’assuraient plus et alors que la disparition des colonies ne permettait plus de marchés captifs au profit de la métropole. Au début produire local mais exporter mondial était devenu une nécessité de la rentabilité du capital productif. Mais le capital, devenu dominé par les multinationales, a très rapidement compris qu’il pouvait jouer sur les différentiels de législation (sociale, fiscale, environnementale, de droit du travail, de gestion des niveaux de vie, etc.) pour faire produire, au moindre coût, la pacotille qu’il pouvait écouler grâce à la publicité, à la téléréalité, à la complicité des journaleux devenus presque tous d’obédience libérale. C’était en même temps un moyen d’accroître la taille des marchés pour rentabiliser des équipements à la fois coûteux et très productifs. Les multinationales et les banquiers (trouver du fric partout aux meilleures conditions en mettant les capitaux en concurrence) ont donc fait pression pour obtenir la libre circulation de tout : marchandises, services, monnaies flexibles et sans gage réel (depuis 1973 avec l’annulation des accords de Bretton-Woods sur la convertibilité du dollar en or), capitaux, etc. La conséquence de l’ouverture des marchés, de la libre circulation des capitaux, du droit à délocaliser ou d’acheter chez le pays le moins-disant entraînait la mise en concurrence des travailleurs du monde entier, malgré la disparité fantastique de leurs conditions de vie et de travail. Il en a résulté une baisse incessante des rémunérations et des protections sociales en Occident (et au Japon) afin de pouvoir s’aligner sur les pays les moins-disant, et ainsi de suite car un moins-disant trouve toujours un pays capable de dire encore moins et car alors tout pays s’arrange pour être encore moins-disant.

Du coup, le partage de la valeur ajoutée entre le capital et le travail, autrefois assis sur les progrès de productivité pendant les « 30 glorieuses », a été conduit à une baisse d’environ 10 points au détriment du salariat. Les salaires en termes réels (corrigés de l’inflation) ont plongé, le pouvoir d’achat réel a diminué ou stagné. Le capital a alors, avec l’heureuse complicité des politiques, trouvé deux solutions : le crédit illimité et revolving pour que les prolos achètent quand même quitte à être insolvables, ce que les organismes de crédit (Sofinco, Cetelem, sofinoga,  etc.,  généralement détenus par des banques) ont encouragé, l’Etat réservant le taux d’usure (21 % quand même en 2008) aux seules banques en ignorant leurs filiales de crédit usuraire à la consommation. C’est le crédit sans garanties, notamment dans le domaine immobilier, qui a créé la crise des subprimes,  quand les taux d’intérêt ont augmenté (fin 2006, début 2007) alors que les prolos  anglo-saxons avaient bêtement souscrit des emprunts à taux variable après les deux 1ères années de remboursement du prêt et que la bulle immobilière, qui permettait de revendre le bien avec bénéfice (et même d’emprunter encore plus suivant ce que préconisait Tsarkozy), s’est écroulée (autrefois au Japon, 2007 aux USA).

Parallèlement, ce qui veut dire que la crise est due à une coalescence de facteurs convergents formant un système immaîtrisable si on n’en change pas totalement les règles du jeu, il y avait abondance de capitaux (notamment des pétro-dollars après les 2 chocs pétroliers de 1973 et de 1979, puis ensuite la nécessité pour les riches et les multinationales de placer au mieux leurs petites économies liées à la réduction à quia de la part des prolos dans la répartition des richesses). Lesquels capitaux, tout naturellement en régime capitaliste, cherchaient le maximum de rémunération. C’est pourquoi, les politicards leur ont accordé le droit d’aller n’importe où sans contrôle des changes. De plus, les gouvernements virent dans cette libre circulation des capitaux à l’échelle mondiale l’occasion d’emprunter au plus bas taux d’intérêt. C’est ainsi que dès 1983, les socialos en France ont fait financer le programme électro-nucléaire par l’emprunt, payé via les tarifs par les usagers.

La circulation des capitaux flottants à la recherche d’une rémunération attrayante dépend de plusieurs choses. Déjà des lieux (la Chine, l’Inde, le Vietnam) où l’on peut le mieux pressurer le travail afin de maximiser la rentabilité des « investissements directs à l’étranger » (IDE), investissements encore productifs. Où des espaces où l’on peut acheter au moindre coût toujours en opprimant le travail et en négligeant les coûts sociaux et environnementaux de la production ; Wal Mart et les grandes enseignes de la distribution en France sont des spécialistes des « sweat shops, sans répercuter la baisse des prix ainsi obtenue sur les consommateurs. La menace de la délocalisation, de la sous-traitance, de la concurrence avec des offreurs moins-disant est devenue aussi la vache à lait de la distribution via leurs grandes centrales d’achat. Mais le problème fondamental est la baisse de rentabilité du capital (sous-consommation, surproduction, concurrence sévère entre capitalistes pour dénicher les créneaux les plus rentables).

Il y est répondu par les restructurations et délocalisations et sous-traitances en tout genre et par les concentrations, fusions, absorptions pour des effets de taille, par le stress productiviste pour les employés. Il y est répondu aussi par la demande pressante auprès des pouvoirs politiques de privatiser : la sécu, les retraites, les assurances, les services publics. Le but est de trouver de nouveaux espaces d’investissement rentable pour le capital. Merci ô politicards qui avaient répondu favorablement à cette exigence. Et, last but not least, par le report des risques sur le salariat, les petits épargnants et les populations. Pour maximiser le profit financier, le capital (banques, assurances, multinationales) a pris des risques énormes. Mais trop c’est trop et contrairement à l’entrepreneur « schumpétérien », la finance ne prend pas de risques. La manip consiste à les répercuter sur les salariés : salaires atones mais primes de résultats (individualisées) et intéressement ou participation, assurances vie privées ou retraites par capitalisation (fonds de pension, lesquels sont largement à l’origine des exigences de rentabilité), prêts à taux variable, etc. Il est clair aussi que les formes de travail telles que le temps partiel, l’intérim, les CDD, les heures sup, l’entreprise unipersonnelle ou l’auto-entrepreneur, sont des bons moyens de faire supporter aux travailleurs les aléas de la demande afin de maintenir le taux de profit en assurant la flexibilité de l’usage de la main d’oeuvre.

De plus, rapidement, l’investissement productif a été dépassé  par le spéculatif : LBO, rachat de ses propres titres par la multinationale afin de faire grimper la valeur boursière des actions restantes, achat d’entreprises avec ses propres titres, etc. sont devenus le bon moyen de rentabiliser le capital détenu par les fonds de pension et les fonds spéculatifs. Opportunément, la comptabilité a été changée : les actifs sont valorisés à leur valeur de marché (« fair value »), les agences de notation sont devenues juges et parties (évaluatrices et conseil des entreprises évaluées), les paradis fiscaux ont été institutionnalisés afin de permettre aux multinationales de jouer sur les prix de transfert entre leurs filiales en fonction des endroits où la fiscalité était la plus faible et aussi de placer leurs capitaux disponibles sans droit de regard du fisc, les banques ont pu mélanger, via des filiales, leurs activités d’affaires avec celle de dépôt pour engranger de grasses commissions dans leur rôle d’intermédiaire dans les fusions, absorptions, rachats par LBO, les compagnies d’assurance (Dont AIG en quasi faillite si les USA n’y avaient pas injecté 175 milliards de dollars) ont été autorisées à se développer dans les risques financiers sans limites. Et la spéculation a pu s’en donner à cœur joie via les « produits dérivés » ou assurances d’assurances d’assurances contre les risques de spéculation foireuse et à l’infini (PIB mondial, 60 000 milliards de dollars, masse des produits financiers sans garantie, 600 000 milliards de dollars) contre les aléas des bourses. Toujours mieux, les banques et les assurances ont pu titriser les créances, c’est-à-dire les regrouper en millefeuilles, quelle que soit leur origine et leur degré de garantie, et les transformer alors en obligations vendables sur les marchés financiers,  afin de reporter les risques sur les cochons d’acheteur (en France, ce sont les SICAV « dynamiques » vendues par les banques ou introduites dans les assurances-vie hors celles rédigées en euros). Bien mieux, les banques, sous le regard bienveillant des autorités de régulation des marchés financiers (SEC aux USA, AMF en France), en contravention avec leurs obligations dites de Bâle (disposer de réserves et de capitaux propres suffisants avant de consentir du crédit, 8 % des prêts alloués), ont été autorisées à mettre hors bilan (donc non compté dans leurs obligations de sécurité et de solvabilité) leurs opérations dans les produits dérivés et la titrisation.

Pour couronner le tout, les rétributions des manageurs ont connu une croissance exponentielle en fonction de la « capitalisation boursière » de leur boîte (valeur de l’ensemble des actions sur les marchés) : stock-options (développées et largement défiscalisées en France par Fabius et DSK), parachutes dorés, retraites « chapeaux ». Ces braves gens avaient donc tout intérêt à faire péter le cours de l’action de leur entreprise, y compris par des moyens frauduleux (Enron, Parmalat, Vivendi, etc.).

Bref, il se trouve que comme les capitaux sont largement excédentaires par rapport à la demande solvable, laquelle a beaucoup diminué par suite du nouveau partage de la valeur ajoutée et des progrès de productivité, il y avait inéluctabilité d’une crise financière mondiale, les bulles immobilières et financières étant devenues incontrôlables. Il y avait en même temps crise de la demande car les prolos occidentaux étaient réduits à la portion congrue et les classes moyennes des PVD encore incapables d’acheter suffisamment alors que les moyens de production se trouvaient ainsi sous-employés, ce qui diminue la rentabilité du capital. La croissance exponentielle de la finance sans garanties réelles avait pu masquer ces processus ou les encourager ; las, à force d’être trop manipulée la corde a cassé.

Dans les phénomènes ci-dessus décrits, on ne saurait négliger le rôle du dollar, sans garantie depuis 1973. Le dollar en tant que seule véritable monnaie de change et de réserve internationale accorde des privilèges exorbitants aux USA. Ils peuvent rembourser leurs emprunts à l’étranger dans leur propre monnaie ; ils peuvent alors éventuellement faire tourner la planche à billets (dévaluation) pour rembourser. Les pays exportateurs, payés en dollars, n’ont pas intérêt à les conserver et en profite pour investir aux USA, lesquels drainent ainsi l’essentiel de l’épargne mondiale et des excédents commerciaux. Certes le dollar a beaucoup diminué par rapport à l’euro, mais il reste encore très largement surévalué compte tenu des déficits commerciaux et budgétaires des USA (très aggravés par la crise, les plans de relance, les rachats de banques, etc.). Le dollar n’a pas assez baissé parce qu’il reçoit le soutien indéfectible de la Chine (réserves en dollars plus détention de bons du trésor US pour environ 1500 milliards de dollars). Il y a un deal : je te laisse vendre ta camelote à mes consommateurs assoiffés, via Wal Mart et autres, et tu finances mes déficits. Le deal a atteint ses limites ; cependant la Chine est bien obligée de soutenir encore le dollar car sinon la valeur de ses réserves s’effondrerait. Il faut pourtant s’attendre à une dévaluation de fait du dollar et de bien des monnaies, donc ensuite à une inflation des prix (en fait une transcription des anciens prix dans la nouvelle monnaie dévaluée pour en conserver la valeur réelle). Tant mieux, ce sont les rentiers qui paieront.

Donc, avant de saluer les résultats du G 20, il aurait fallu analyser correctement la situation et les processus qui y ont conduit. Car les effets d’annonce dudit G 20 sont à côté de la plaque : rien sur le rôle du dollar et le système mondial des changes entre monnaies ou  sur une nouvelle monnaie internationale (malgré la demande de la Chine), rien sur les relations des banques centrales à leur Etat ni sur leur rôle, presque rien sur le contrôle des banques et des compagnies d’assurance, rien sur les fonds de pension ou fort peu sur les spéculatifs, de la poudre aux yeux sur les paradis fiscaux et leur véritable rôle dans les menées des multinationales mondialisées malgré les rodomontades de Zébulon 1er  (ex-avocat d’affaires),  pas grand-chose sur les agences de notation, rien en fait sur les rémunérations des banquiers et des manageurs, rien sur les raisons profondes de la crise (sous-consommation, excédent de capitaux nomades, baisse de la rentabilité du capital), rien sur le partage de la valeur ajoutée entre capital et salariat, rien sur les méfaits des systèmes de protection sociale privés et/ou par capitalisation, rien sur l’encadrement des produits dérivés ou titrisés, rien sur les responsabilités des politiques dans la mise en place d’un capitalisme financier totalement dérégulé, rien ou presque sur la démocratisation du FMI pour les PVD malgré le triplement de son budget à destination des pays en difficulté (avec encore des « plans d’ajustement structurel » ?), 1 000 milliards de dollars en plus pour la relance mondiale sans savoir d’où ils viennent  (ils proviendront de la planche à billets pour éponger les déficits et de futurs impôts sur le populo). En réalité, le G 3 (USA, Chine, G-B et ses satellites) s’est contenté de sauver les meubles en mettant quelques rustines sur la faillite du système, l’enjeu étant de laisser encore et toujours au capitalisme financier anglo-saxon la bride sur le cou. Notre nanoprésident, qui a réclamé le mérite du « succès » de ce G3, a en fait regardé passer le train néolibéral anglo-saxon : il a sifflé après la guerre de 14-18 (abandon de l’étalon-or), puis en 1971-73 (abandon de l’indexation du dollar sur l’or alors qu’il était la seule monnaie ainsi gagée, ce qui en faisait la seule monnaie de réserve internationale) ; là il vient de siffler une 3ème fois. Cela aurait dû être pour siffler la fin de la partie…

Et la crise est loin d’être terminée. Les banques et les assurances regorgent déjà d’actifs « toxiques » (sans valeur : produits dérivés, titres ayant perdu 90 % de leur valeur, créances douteuses, etc.). Cela va empirer : suite à la crise devenue économique (crédit restreint, rentiers ruinés, salariés au chômedu, retraités en capitalisation spoliés, propriétaires immobiliers lessivés, salaires en berne, donc demande en chute libre), les faillites vont se multiplier, les licenciements augmenter, les impayés croître, la valeur des titres baisser ; donc des actifs toxiques nouveaux vont s’ajouter aux anciens non encore apurés. Et pour cause : comment avec 60 000 milliards de dollars de PIB mondial assécher 600 000 milliards de produits dérivés et autres crédits surmultipliés et sans gage réel ?

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