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la marchandisation de l’école

Classé dans : politique — 30 novembre, 2011 @ 11:19

La marchandisation de l’école
On sait les dégâts des politiques libérales dans les services publics, dont les structures de formation, de la maternelle à l’Université. On a, en vrac, la suppression de dizaines de milliers de postes, des RASED, de la formation pédagogique des maîtres en UIFM, la fin programmée de l’accès des enfants de 3 ans aux classes maternelles (remplacées par des sortes de « jardins d’enfants » comme ceux de Peppone dans les Don Camilo), la réforme du secondaire (pour soi-disant permettre aux élèves de choisir leur orientation et leurs options en fonction de leur « livret de compétences » et de leur évaluation), les séances de rattrapage dites de soutien personnalisé pour les élèves en difficulté, les prétendues évaluations des compétences (pour repérer les enfants à problème) sous forme de quizz et de petits exo (axés sur « les compétences de base » ; lire, écrire, compter, ce qui faisait déjà rêver Jules Ferry), l’ouverture des écoles et universités sur le monde des entreprises avec stages « de découverte » ou de 1ère expérience, les formations en alternance ou d’apprentissage, la loi LRU qui donne aux présidents d’université les pleins pouvoirs (sélection, recrutement, promotion, gestion, recherche de financements ou de fondations privés, choix des thèmes de recherche, etc.), la promotion des proviseurs et chefs d’établissement au rang de petits chefs napoléoniens, le développement de l’évaluation (de sanction et de tri, non pas formative et informative), le primat de « l’orientation », c’est-à-dire de la sélection des élèves vers des filières adaptées aux besoins utilitaires des entreprises, l’implication de ces dernières en tant que « fondations » pour compléter les budgets, le développement des heures.sup en lieu et place de recrutements, lesquels peuvent être faits via l’ANPE avec des gens recalés aux examens ou des prestataires extérieurs (truffés de retraités), la disparition programmée des « humanité » pour cause d’inutilité professionnelle, développement des boîtes privées de soutien scolaire ou de préparation aux concours ou examens, encouragé par des réductions d’impôt (soi-disant aides à la personne), subventions accrues pour les écoles privées, etc. , etc.
Toutes ces évolutions, sous prétexte de modernisation et de « benchmarking » (comparaison) avec l’étranger (voir enquête PISA ou classement de Shangaï), prises en ordre dispersé, n’ont l’air de rien. Pourtant elles relèvent de la même inspiration néolibérale et de la même stratégie des petites étapes (non réversibles ou « stratégie incrémentale ») par tranches de salami étalées dans le temps et séparées les unes des autres pour cacher le dessein réel des gouvernements. Il convient de décrypter, de « déconstruire » l’idéologie sous-jacente et les buts cachés (et en faveur de quels acteurs) de cette réformite aiguë et de deviner où celle-là va conduire le système de formation français.
En ce qui concerne l’idéologie il y a inspiration avant tout par la théorie économique dite standard. Celle-là suppose que les « marchés sont efficients » en régime de « concurrence pure et parfaite » (infinité d’offreurs et de demandeurs en ordre dispersé), « d’ophélimité » (transparence) de l’information, d’absence de coûts pour les reconversions d’industrie et de personnels. Le krach boursier de 2008 et les oligopoles de multinationales révèlent ce qu’il en est. Réellement : un modèle purement théorique qui, pourtant, est appliqué avec ferveur par les gouvernants et les experts du FMI, de l’OMC, de l’OCDE, de l’UE. Sur cette déjà fausse théorie s’appuie celle de l’offre : ce sont les entrepreneurs qui créent la demande et toutes les utilités ; par exemple, ils offrent les emplois. Quel retournement de sens ! Car les employeurs, en réalité, demandent des travailleurs capables d’occuper lesdits emplois sans moufter et, si possible, pour des queues de cerise sans protection sociale, sans droits syndicaux. Hélas, c’est facile à trouver, en Chine notamment. Ce sont les travailleurs qui offrent leur travail que les employeurs demandent pour faire de la production de marchandises de l’argent. Pour couronner l’idéologie économiciste libérale, s’ajoute le « monétarisme » qui reprend en fait la vieille théorie quantitative de la monnaie : celle-ci n’est qu’un voile, un simple étalon de mesure qui varie en fonction des émissions de monnaie, sources d’inflation et surtout de comportements de précaution et d’anticipation pour contrer la baisse de valeur des actifs et des rentes que ladite inflation amène. Or la monnaie (dont celle de crédit) n’est pas qu’un étalon de mesure des valeurs ; c’est aussi un moyen de paiement et une réserve de valeur et de puissance pour ceux qui en détiennent ; c’est pourquoi ils tout fait pour que l’inflation soit éradiquée, ce qui est le seul rôle de la BCE à partir du moment où elle est indépendante du pouvoir politique. L’idéologie a inspiré les gouvernants et les a poussés à la mettre en place via l’ordo-libéralisme teuton, à savoir que la détention du pouvoir législatif, détenu à la suite « d’élections démocratique » permet de faire voter les bonnes lois favorables au capital et à la finance.
Parallèlement, il y a eu l’action des multinationales et des banques ou des financiers pour étendre leurs marchés et développer leurs profits en produisant dans les pays low cost. Cela, ce n’est pas de l’idéologie, laquelle ne sert qu’à justifier les choses ; c’est du simple calcul gestionnaire et la simple application de la logique de maximisation des profits. Les multinationales (et les patronats) ont poussé à la mondialisation et à la transformation des boîtes (flexibilité, productivisme intensif, précarité du salariat, soi-disant gestion autonome des travailleurs, concentration sur le cœur de métier et externalisation ou délocalisation du reste, critères et objectifs de gestion avec statistiques, tableaux de bord, comptabilité, rémunérations au mérite et « responsabilisation du personnel sur les objectifs, demande de dévouement corps et âme du travailleur à l’entreprise, etc.) pour des raisons pratiques (techniques, commerciales et financières). Les dirigeants politiques ont accepté leur pression pour des raisons idéologiques, la théorie économique justifiant les choses : a priori pour les politicards imprégnés (comme les oies cendrées de Lorenz) à l’ENA, à HEC ou à Sciences-po ; après coup, pour justifier leur demande de libre circulation de tout, pour les patrons qui plus intéressés aux résultats de la « valeur pour l’actionnaire » via les stock-options. Résultat : la logique de la rentabilité à outrance, du toujours plus de fric, de la gestion über alles, de la toute- puissance du marché s’est imposé partout ; en 1er lieu dans le privé, ensuite dans le public à grands coups de New Public Management, de LOLF (loi organique des lois de finance), de RGPP (révision générale des politiques publiques). Le public, via les politicards, a donc adopté les critères de gestion du privé. Et cela dans tous les domaines des services publics, ce qui naturellement impacte l’éducation.
Tous les poncifs de « l’école capitaliste » (beau livre récent de Christian Laval) sont en place : les établissements sont dirigés par des petits chefs dotés des pleins pouvoirs (cela, c’est une accentuation portée par le sarkome de Sarkozy qui ne conçoit le pouvoir que sous sa forme napoléonienne) ; les profs sont gérés à la sauce RH (la responsable des RH du ministère était de la DRH de la RATP ; M. Chatel, ministre, ex-DRH chez l’Oréal : évaluations, bilans de compétences, rémunérations au mérite, usage des heures.sup, volant de main d’œuvre en CDD ou intérim, etc.) ; les élèves sont fichés et fliqués (fichier « base-élèves ») dès le plus jeune âge (afin de repérer les déviants sous prétexte de repérage des difficultés des élèves à problème) ) et sont dotés d’un livret de compétences (à l’instar de l’ex-livret ouvrier au 19ème siècle), lequel va être informatisé et communicable à des autorités extérieures (mairies, police, justice) sans aval des parents ; les écoles et les profs sont mis en concurrence via la future suppression, déjà bien entamée, de la carte scolaire et via les privilèges accordés à l’enseignement privé ; des « comparaisons » entre résultats des établissements permettent aux « clients » des services éducatifs de sélectionner les établissements, d’évaluer les profs qui y exercent (mauvais lycée égale mauvais profs), etc. Les connaissances sont complétées, voire éliminées à terme, par des « compétences », exactement comme dans les entreprises où elles ont remplacé les qualifications fondées sur des savoirs et des savoir-faire et corrélées avec des positions professionnelles (fixant les niveaux de salaire et de hiérarchie dans les conventions collectives). Lesdites compétences sont limitées aux savoirs fondamentaux de base (lire, écrire, compter à la sortie du primaire) et intègrent des savoir-être (traits de personnalité, attitudes vis-à-vis de l’entreprise ou de l’école ou de l’autorité, dévouement, fidélité à l’entreprise, souplesse d’échine, état d’esprit « positif » et non critique, capacité relationnelle et à « travailler en équipe », etc. ; panoplie complète de la RH en boîte). Les élèves sont responsables de la « construction d’eux-mêmes » en dehors de toute prise en considération de leur contexte social (comme dans les boîtes où les performances individuelles et les objectifs ignorent les collectifs de travail, les institutions, l’environnement économique et culturel). Ils s’auto-orientent dans les classes de transition et de choix (dès la 3ème ; il est question de supprimer le collège unique au profit d’une « personnalisation des parcours », avec mise en apprentissage dès 14 ans) avec l’aide des centres d’orientation et des profs transformés en psychologues de comptoir. Certes, dans l’école capitaliste les élèves des bonnes familles disposent, eux, de parents au courant des arcanes de l’éducation, de cours particuliers, de conseils avisés par le réseau familial. L’école aggrave donc les inégalités culturelles si bien montrées par Bourdieu et Passeron, years ago (les contenus et examens étaient calibrés sur les classes aisées).
A l’université, sous la poussée européenne bien volontiers acceptée (notamment par Jospin lors du « processus de Bologne » : avoir dans 10 ans la meilleure économie de la connaissance dans le monde ; suivi par le traité de Lisbonne) on a mis en place l’uniformisation des diplômes européens (le « LMD », licence, master, doctorat) pour pouvoir comparer les universités en mesurant et comparant les parcours professionnels les et les salaires des étudiants issus de telle ou telle université. Les frais de scolarité augmentent (parfois illégalement) ; on s’oriente vers les processus anglo-saxons où ils sont énormes comme, du reste, dans les écoles de commerce francaouis. C’est tout cela de gagné pour l’Etat et cela permet aux institutions les plus chères de recruter des profs prestigieux (ce qui justifie qu’elles soient coûteuses et vice versa). La chose est justifiée par la théorie économique du « capital humain » (Gary Becker). La formation personnelle est considérée comme un investissement privé dont la rentabilité dépend des rémunérations futures espérées et capitalisées lors de la carrière professionnelle ; les rétributions dépendent évidemment de la qualité de la formation suivie et par construction plus une école est célèbre (ce qui est estimé à partir des succès des anciens élèves : nombre de prix Nobel, de 1ers ministres, de PDG, etc.) plus l’investissement doit être élevé. On reconnaît là un raisonnement typiquement circulaire, spécialité de la pensée libérale. Evidemment cette logique économique pour un bien public amène une compétition féroce entre établissements, ce qui ne va pas tarder à descendre jusque vers les écoles primaires.
La formation est donc bel et bien intégrée à un processus général de marchandisation des services publics ; ce n’est pas étonnant quand on sait que les politicards, du reste idéologiquement acquis à cette logique, cèdent tout aux lobbies financiers et industriels. Lesquels cherchent des lieux où investir et où faire suer le burnous au maximum alors que la sphère privée de la production s’épuise par suite de surcapacités de production et de concurrence mondiale entre pays moins-disant. On est déjà dans une école à deux vitesses : cycle court et professionnel pour les enfants des classes sociales inférieures, cycle long et prometteur pour les autres ; cependant même le cycle long voit ses contenus orientés vers l’utilité professionnelle, la spécialisation, l’opératoire au détriment du général et des humanités. Faut-il rappeler que même chez Jules ferry l’éducation devait donner à chacun les moyens de conduire sa vie et d’être un citoyen apte à faire des choix sur la base de connaissances générales ? Par ailleurs, comme dans le privé, les profs sont pris dans un étau entre le travail prescrit par le ministère (à la place de l’autonomie dans leurs méthodes), les objectifs préfixés et imposés (circulaires et protals petits chefs) en termes de performances exigées, l’évaluation de leur mérite (lié auxdites performances exigées). Qui a dit que le libéralisme était fondé sur la liberté ?

Comment démondialiser ?

Classé dans : politique — 23 novembre, 2011 @ 12:35

C’est la dernière tarte à la crème, partagée par Montebourg, Mélenchon, Le Pen et certains « économistes atterrés » (pas tous ; on peut sortir de cette catégorie des personnes comme Jacques Sapir, Frédéric Lordon). En réalité, il faudrait décapitaliser, « délibéraliser », d’abord les esprits, et ensuite l’économie, laquelle est à replacer dans la société et non à part. Il faudrait aboutir à une société fédérée, où l’économique n’est pas séparée du politique, du sociologique et du juridique, une fédération socio-politico-économique à base de mutuelles, de coopératives elles-mêmes associées et fédérées. La banque, l’assurance, les services publics, les grandes entreprises seraient socialisées (orientées en main commune par une représentation des acteurs concernés : les usagers, les collectivités locales et régionales, les syndicats, les associations) à partir de leur décentralisation et de leur gestion de base par les travailleurs. Et il se trouve que des linéaments consistants de cette logique existent déjà et il faut se coopératives, mutuelles, associations, AMAP, SELS, secteur social, banques publiques (La poste, CDC, banque de France), etc.  existent déjà ; il faudrait les coordonner, les organiser, les socialiser, les financer. C’est ce que devrait faire un pouvoir politique démocratique et orienté par la justice et le bien commun. Hélas, cette démarche demande un projet à assez long terme et surtout mené avec continuité et ténacité. Evidemment, on n’en a rien vu dans le programme socialiste en peau de lapin de « little Gouda ». 

Mais la crise est là et s’aggrave à la vitesse V ; il faut donc des mesures de court terme pourvu qu’elles dessinent un horizon de changement radical contre ce libéralo-capitalisme pourri. Des solutions qui tapent dans la caisse et qui asservissent la finance aux besoins sociaux. 

  • Créer un euro-franc à usage interne, géré par une banque de France socialisée, laquelle ferait à nouveau des avances à l’Etat comme c’était le cas avant 1973. Cette banque émettrait aussi des emprunts d’Etat sans passer par les banques privées (celles-ci ont obtenu, years ago,  le monopole desdits emprunts), donc directement auprès de l’épargne française qui est considérable. Depuis 1973 les gouvernants français, de droite ou de gauche, se sont acharnés à confier les emprunts étatiques aux banques privées et aux marchés financiers internationaux sous prétexte que les taux d’intérêt étaient plus faibles. Le résultat en est la dette publique à 1 700 milliards, dont 66% détenu par l’étranger. La banque de France se voit interdire des prêts aux banques privées (aujourd’hui elles peuvent emprunter à la BCE, via ses filiales nationales, à 1 % à 3 mois pour monter des spéculations à plus de 6 %). L’euro-franc pourrait être dévalué ou, ce qui revient au même, faire l’objet d’émissions monétaires comme le pratique la FED ou la Banque d’Angleterre. Cela, évidemment, contrevient aux règles européennes ou de la zone euro ; punir la France, cependant, est peu probable car alors l’Europe se priverait du marché français. Il suffit d’un peu de courage et d’abandonner l’idéologie libérale. Le mieux serait évidemment que la BCE achète les obligations publiques ou émettent des euro-bonds pour toute la zone euro. Mais comme les Teutons n’en veulent pas, ni les Gibbies… 

  • Regrouper la CDC, la Banque postale, le Crédit coopératif, les caisses d’épargne (séparées de la BCPE, la banque créée par Tsarkowitch et confiée à un copain), le Crédit agricole, le Crédit mutuel pour créer un grand pôle bancaire socialisé et mutualisé chargé de recueillir les dépôts et de financer le tiers secteur social, les PME et les PMI. Cette banque émettrait des « bons de circulation », sorte de lettres de change, gagés sur la production, les stocks de produits finis ou en cours ; ce serait une monnaie de crédit et de paiement offerte à l’ensemble des coopérateurs qui viendraient dans son réseau d’échanges (c’était l’idée socialiste de « banque du peuple », reprise par Proudhon). Ainsi le volume et la vitesse de circulation du « numéraire » (avec cette monnaie « parallèle ») seraient adaptés aux besoins de la production et de la consommation en liant les producteurs aux consommateurs dans un réseau coopératif et mutuelliste. 

  • Il est créé une banque spécialisée dans le financement de la recherche et de l’innovation et dans l’investissement à risques avec de nouvelles activités. Cette banque réunit les fonds alloués à la recherche par l’Etat et est alimentée par une taxe sur les investissements des boîtes françaises à l’étranger et par la part de l’impôt sur les sociétés attachée aux dividendes distribués aux actionnaires et non réinvestis (avec augmentation de l’impôt des sociétés sur lesdits bénéfices non réinvestis). Elle finance uniquement des recherches fondamentales, publiques ou privées, ou stratégiques pour des industries nouvelles ou redéployées pour le pays. 

  • Les EPIC (EDF, GDF, SNCF, France-télécom, RATP, la Poste) sont socialisés et soustraits aux directives européennes sur les services publics. Leurs fonctions sont à nouveau intégrées (par exemple production, transport, distribution pour l’électricité ou le gaz, circulation et réseau pour la SNCF). Le service des eaux, du traitement des déchets, de l’assainissement est décentralisé, fédéré et géré en régie par les municipalités (fin des concessions de service public à VEOLIA et consorts). Il est créé un service public décentralisé de l’achat et de la vente de logements, concentrant l’offre et la demande et taxant les transactions à un prix forfaitaire de gestion (et non en pourcentage comme le font les agences immobilières privées, enfin mises en concurrence avec un mode public de gestion). Il en est de même pour les pompes funèbres et les transports municipaux. Car les services publics sont à enlever à l’accumulation privative du capital et à la logique du profit ; ils sont en effet des pompes à fric pour la financiarisation privée de la société tout entière. Et merde à l’Europe comme dirait Cambronne. 

  • La finance est à nouveau réglementée : pas d’options de vente ou d’achat à terme, pas d’opérations à découvert ou « à nu », pas de CDS, CDO, ABS (donc pas de produits dérivés ouvrant la route de la spéculation dès leur simple existence, notamment sur les produits agricoles et les matières premières ou les dettes publiques), pas de « titrisation des dettes, interdiction d’utiliser des paradis fiscaux  (en attendant leur suppression internationale ou au minimum européenne) pour les particuliers et entreprises ; en cas de délit les biens en France sont confisqués, les fraudeurs sont déchus de la nationalité française et bannis), coupure stricte entre les banques de dépôt et les banques d’affaires (donc plus de banque universelle à la française, celle où la partie affaires fourgue des produits financiers aux clients de la partie dépôt ou pique des dépôts pour spéculer), limitation de l’effet de levier (volume des prêts ou engagements des banques à partir de maigres fonds propres ; actuellement, une banque s’engage souvent pour 32 fois ou plus le niveau propre) en imposant que ne soit pas engagé plus de 5 fois les fonds propres (soit des réserves ou du capital propre égal à 20 % des prêts), interdiction des LBO (leverage buy out, achat par effet de leviers d’une boîte avec peu de cash, par un emprunt par exemple à 80 % du montant de l’opération, ledit emprunt étant remboursé et servi par l’acheté !), suppression des privilèges de l’assurance-vie ou de l’épargne retraite capitalisée, etc. les exilés fiscaux sont interdits d’exercice et de vente en France. Ce sont des 1ères idées pour supprimer la finance spéculative et lui enlever tout moyen de pompage de fric sur le pays. 

  • Les grandes surfaces sont soumises au prix unique du fournisseur (pas de négociation entre le Goliath-centrale d’achat et le Micromégas-fournisseur ; les prix agricoles sont contrôlés, les transformateurs de produits agricoles (par exemple Lactalis pour le lait) se vient imposer un prix d’achat conforme au coût de revient. De façon générale, la production française est soumise à de vraies normes de qualité et les magouille sur les étiquettes interdites (par exemple, le camembert fabriqué en Normandie, avec du lait importé, pasteurisé est interdit au profit du camembert de Normandie, au lait cru issu de vaches normandes paissant en Normandie). Le but est de faire baisser les prix en ratiboisant l’énorme rente des supermarchés et d’assurer des débouchés aux productions françaises de qualité. 

  • La France institue des droits de douanes compensateurs des différentiels déloyaux (de normes, de coût du travail, de fiscalité, de défense de l’environnement, de droit du travail et de protection sociale). Ce ne sont pas une « TVA sociale » (remplaçant les cotisations patronales) mais des taxes nouvelles de protection de la production française. Ainsi les tomates ou fraises espagnoles ou les cochonnailles tudesques à salaires compressés (saisonniers Marocains ou venus des PECOS, ex-pays de l’Est) sont taxées. La TVA sociale germaine est annulée par un droit équivalent de 3 %. Les assemblages prussiens, marqués made in Germany, mais produits dans les PECOS, sont victimes d’une compensation salariale et de taux de change (les Teutons achètent en euros forts des produits à devise faible hors zone euro). 

  • Les multinationales sont imposées sur leur valeur ajoutée en France et sur leurs bénéfices à l’étranger sans déduction de leurs pertes qui sont organisées pour faire les bénefs là où il n’y a pas d’impôt et les pertes là où il y en a grâce à des prix de transfert trafiqués. C’est ainsi que Total, avec 10 milliards de bénéfices ne paye pas un sou d’impôt en France ! il s’agit de trouver de nouvelles ressources fiscales sans exploiter les seuls citoyens. Dans la même veine, les exonérations ou niches fiscales ou sociales  en tout genre des entreprises sont supprimées ; il y en a pour plus de 100 milliards dont 30 pour les cotisations sociales exonérées pour moins d’1,6 SMIC ou les 35 heures ou les heures.sup. 

  • La justice fiscale, détruite par tous les gouvernements, est restaurée. IRPP, CSG, RDS sont fusionnés, rendus progressifs avec tranche maximale à 70 % (41 aujourd’hui, 65 sous Jospin), les revenus financiers ou immobiliers sont taxés comme les salariaux. Les niches fiscales ou sociales (486 pour 70 milliards sans utilité ou efficacité) sont supprimées, notamment le quotient familial. En revanche, les allocations familiales sont remplacées par une allocation universelle par enfant fonction de son âge et de ses études, allocation intégrée dans le revenu déclarable. La TVA est modulée : 0 % sur les produits ou services nécessaires (résidence principale, transports urbains, eau, gaz, électricité, nourriture (ordinaire ou bio ou de qualité), téléphone fixe, abonnement internet, livres, etc. ; 15 % sur les produits non indispensables (petite auto, DVD, CD, etc.) ; 80 % sur les produits de luxe (grosses autos, caviar, grands restaurants, bijoux de valeur, écoles de luxe, etc.) ; 100 % pour le super luxe (bateaux, villas, limousines, voitures de sport. La TIPP est transformée en taxe-carbone pour subventionner les productions et constructions écologiques ; cependant elle est fortement accrue pour les transports routiers, les bateaux de plaisance, les grosses cylindrées. Les subventions aux écoles privées sont supprimées et reconverties dans la restauration de l’enseignement public, lui aussi socialisé (cogéré par les personnels, les parents d’élèves, les élèves majeurs, les syndicats ; décentralisé et fédéré). But : restaurer la justice et orienter les consommations vers la défense de l’environnement. 

  • L’armée est supprimée et est reconvertie en coopération avec l’étranger des Pays les moins avancés (PMA) ou en développement (PVD) ; le matériel de guerre est détruit. On économisera ainsi une bonne partie des 32 milliards budgétés de ladite armée. La police est socialisée et, comme les pompiers, fait appel à des bénévoles dûment sélectionnés. Le sénat est supprimé au profit d’un conseil économique et social ayant pouvoir législatif ; le nombre des députés est ramené à 300 avec 5 000 euros d’indemnité et c’est tout ; les services publics étant socialisés et fédérés, les administrations centrales sont passées à la moulinette ; les départements sont supprimés, de même que les communes remplacés par des communautés d’agglomération et de vraies provinces autonomes ; les pseudo-agences, commissions, hautes autorités ou conseils truffées de prébendes et de sinécures au service du pouvoir sont supprimées ; les partis se fiancent par leurs seules cotisations d’adhérents mais les financements occultes sont traqués (comme la fraude fiscale ou sociale des entrepreneurs) et hyper sévèrement punis . On élimine ainsi les doublons de compétences et les frais dispendieux de sur-administration. 

Et ainsi de suite. Le lecteur a noté que ces mesures font disparaître plus de 200 milliards de dépenses et éliminent largement le déficit. La nouvelle fiscalité devrait, en sens inverse, redonner de grandes ressources. Economies et nouvelles recettes pourront ainsi être consacrées à l’éducation, à la santé publique, aux services publics, à un revenu universel inconditionnel, au logement, à l’emploi et à la qualification, au développement des industries, à l’institution judiciaire, etc. On aura ôté au capital nombre d’espaces d’investissement et de marchandisation de la vie sociale tout en restant un pays d’économie marchande enfin policée et supprimant les rentes et monopoles ou oligopoles dans les activités relevant du bien commun non marchand. On aura aussi au passage enlevé des lieux ou des moyens de corruption et un peu réévalué la démocratie. 

N’accablons pas le soldat PSA

Classé dans : Non classé — 18 novembre, 2011 @ 10:34

Hier 15 novembre le comité central d’entreprise de PSA a annoncé la suppression de 5 000 emplois en Europe dont 4 000 en France. Les syndicats et le PS ont aussitôt hurlé à la mort et stigmatisé les « délocalisations » industrielles. Ces « organes », au sens de Soljenitsyne, devraient plutôt réfléchir aux conséquences des décisions qu’ils prirent antérieurement ou qu’ils laissèrent passer sans grande protestation ou lutte. Car ce sont bel et bien les socialistes qui, dès 1983, ont lancé la France dans la course de la mondialisation sans ceinture ni bretelles (même pas d’autoroutes quand Jospin a envisagé de les céder au privé, ce qu’a fait l’hipponyme Galouzeau de Villepin). 

Car, après tout, PSA ne fait que se conformer au comportement requis dans un monde de libre-échange et de circulation générale des capitaux. PSA fait du profit, ce qui est le motif des capitalistes et le moteur du capitalisme. Or il se trouve que la libéralisation de tout en forme de mondialisation financière ou de globalisation du commerce, des transports et du fric a aggravé la donne : il faut cracher, encore et encore, de « la valeur pour l’actionnaire » en univers concurrentiel entre les peuples. La logique de l’hyper rentabilité s’est imposée aux entreprises. Pour ce faire, elles font flèche de tout bois : chercher les pays les moins-disant dans tous les domaines (salaires, protection sociale, lois environnementales, fiscalité, droit du travail) pour s’y implanter et augmenter leurs marges ; spéculer sur leurs actions, privilégier les revenus financiers, racheter des concurrents pour les dépecer et voler leurs brevets (affaire Molex ou Pechiney, par exemple), placer leurs liquidités dans des investissements juteux mais non industriels (comme une filiale de crédit « revolving »), etc. 

En fait les boîtes n’ont pas le choix, ce qui prouve que le libéralisme n’est jamais qu’un système obligatoire de contraintes camouflé en discours de la liberté pure et parfaite des acteurs. PSA n’est qu’un pion, un atome téléguidé, dans le système néolibéral que les gouvernants ont mis en place depuis 30 ans au nom de dogmes économiques tels que « l’efficience des marchés », les bienfaits de la spécialisation au sein du libre-échange, les avantages de l’investissement à l’étranger pour aider au développement des pays de faible finance, etc. Ce bla bla bla est à la fois une religion des soi-disant élites, qui a standardisé les idées et les comportements en faisant passer ses normes pour indiscutables, un mensonge patent controuvé par la réalité et la crise, une justification des logiques d’action, lesquelles sont en réalité imposées par la situation de mise en concurrence de tous contre tous. 

PSA, pour survivre doit dégager toujours plus de profit. C’est pourquoi cette boîte délaisse les marchés peu porteurs (celui de l’Europe stagne et celui de la France a perdu plus de 5 % en 2010) et investit là où il y a des acheteurs potentiels. PSA a investi en Chine en s’associant avec un industriel local (figure imposée par le pouvoir politique communiste et libéral). PSA a même mis un centre de recherche dans ce pays ce qui va lui faire perdre l’autonomie de ses brevets. Le capital, évidemment, n’a pas de patrie ; il n’a que des intérêts. PSA est une grosse mouche à merde qui se cogne dans un bocal et raisonne à court terme en fonction des cours de bourse établis automatiquement par des machines informatiques ; cette boîte n’a pas vu les risques qu’elle prenait en Chine : celui de voir son associé créer sa propre entreprise et l’accuser ensuite de voler ses modèles et sa technologie. Inutile d’aller devant les tribunaux : ils sont aux ordres du parti rouge (sang) dont l’ex-associé est sûrement un protégé sinon un membre. C’est une mésaventure qui est déjà arrivée à Danone… PSA peut évidemment exciper que si on ne fait pas cela, les concurrents le feront. C’est ce qu’a fait Siemens qui a donné sa technologie de TGV à la Chine qui maintenant exporte son propre modèle furieusement copié sur ladite Siemens. De même le nouvel avion chinois est une bonne copie de l’airbus 320 ; de même la Chine construit aujourd’hui ses propres centrales nucléaires (imitées de la technologie française) et entend bien les exporter. Ce qui disent que l’Occident continuera de vendre des produits à forte valeur ajoutée, de l’invention, de l’immatériel, des brevets sont maintenant des menteurs. La Chine sait faire tout cela et forme des quantités astronomiques d’ingénieurs et de chercheurs (après les avoir envoyés étudier à l’étranger, surtout aux USA, d’où ils reviennent au bout de 5 ans d’imitation des méthodes et des savoirs occidentaux). 

La seule responsabilité de PSA, mais surtout de l’ensemble des multinationales, c’est d’avoir fait pression sur les gouvernements pour qu’ils libéralisent tout. Mais c’est pour deux raisons elles-mêmes imposées par les circonstances : primo, la fantastique productivité des moyens modernes qui oblige à disposer d’un bien plus vaste marché que le territoire national ; secundo, pour avoir du fric à faible taux d’intérêt eu égard à la masse vertigineuse de capitaux flottants à la recherche d’un placement (par exemple, les pétrodollars ou les profits des multinationales ou les revenus non imposés et exponentiels des riches). Les vrais responsables du chaos actuel sont les politicards et les financiers et vice versa puisque ces derniers sont dans les gouvernements ou « les conseillent » comme les « visiteurs du soir » de Ouistiti 1er (Minc, Pébereau) ou sont nommés par eux dans les banques ou ailleurs avec de juteux allers-retours entre le privé et le public (revolving doors, comme on dit aux USA). C’est le système politique de représentation « démocratique » qui est pourri jusqu’à la moelle. PSA n’y est pas pour grand-chose. 

Ca y est, on est en haut du toboggan

Classé dans : politique — 18 novembre, 2011 @ 10:32

Le sauvetage de la zone euro (et du monde) par Merkozy a duré 4 jours. Papandréou en demandant un référendum en Grèce (et la démocratie ? fouchtra) sur le plan de sauvetage et la cure d’austérité afférente a foutu par terre le diktat germano-français. Les menaces du couple UBU pour maintenir la pompe à phynance ont permis de virer Berlusconi avec sa grande gidouille et en ont rajouté dans l’incertitude en Italie. Celle-là a vu le taux d’intérêt de ses emprunts obligataires monter à plus de 7 %, ce qui est insupportable par rapport à une dette de plus de 1 900 milliards d’euros (120 % du PIB). Cependant l’Italie a un déficit primaire nul (avant le service de la dette), 4% de déficit par rapport au PIB et seulement 40 % de sa dette est détenu par l’étranger, ce qui n’est pas le cas de la France (déficit structurel primaire important, 5,7 % en tout et 65 % de la dette appartenant aux non-résidents) qui est donc dans une situation aussi mauvaise (sans doute pis) que ce pays surtout disqualifié par l’absence de confiance en Berlusconi. D’ailleurs le ministre des finances gibbies vient d’enfoncer le clou en admonestant la France ; il est vrai que les banques anglaises sont très impliquées dans notre pauvre pays et que l’U-K fait 43 % de son commerce en Europe. Belle hypocrisie de la perfide Albion qui a laissé sa monnaie se dévaluer de 10 % par « quantitative easing », (assouplissement quantitatif), soit achat de dettes publiques par la banque d’Angleterre, ce qui signifie émission de monnaie (360 milliards d’euros pour les Gibbies, 960 pour les Ricains). Comme les Prussiens elle fait de la « désinflation compétitive » sur le dos de ses voisins. 

Sarkusconi aurait tort de se vanter. La dette de la France court rapidement vers 1 800 milliards et le taux d’intérêt  des obligations à 10 ans est monté à 3, 3 % (1,74 pour la Teutonie, le « spread », c’est-à-dire l’écart de taux avec ce pays, passant alors à 1,54 alors qu’il y a 6 mois les taux étaient équivalents). Standard and Poors a mis le royaume de Rodomont 1er sous surveillance pendant 3 mois quant à sa note Triple A (authentique avantage de l’andouille). Il faut considérer que l’affaire est dans le sac car les CDS (credit default swap, échange de défaut de paiement) sur la dette française s’envolent, ce qui signifie que les marchés financiers parient sur la faillite du pays. En fait, les agences de notation ne sont jamais qu’un (mauvais) thermomètre ne faisant que prendre le pouls desdits marchés. Le casser ne servirait à rien tant que les marchés ont la bride sur le cou, malgré les tartarinades du G 20 présidé par Raskoltignac 1er, et tant que les déséquilibres structurels (surtout la balance commerciale, les inégalités de pouvoir d’achat et l’injustice fiscale) dureront. 

Le sauvetage annoncé le 27 octobre pour la Grèce était une escroquerie et les marchés l’ont tout de suite vu. Les banques y sont censées abandonner 50 % de leurs créances publiques (soit 100 milliards sur 200). Or Merkozy leur a consenti une garantie de 30 milliards, ce qui abaisse l’addition à 70 pour toutes les banques européennes. Le plan prévoit que le FESF (fonds européen de solidarité) passe à 1 000 milliards mais c’est par un montage digne du regretté Ponzi : en fait, le FESF garantirait 30 % des nouveaux emprunts des futurs faillis de l’euro à la manière d’un vulgaire « rehausseur de crédit », c’est-à-dire d’un assureur comme AIG dont le sauvetage a coûté 185 milliards aux USA en septembre 2008. Par ailleurs, un fonds mondial serait créé pour que les pays émergents y apportent leur soutien (on parle de 73 milliards pour la Chine) ; ce genre de fonds fonctionne à l’instar des SPV (special purpose vehicle, support à but spécial ; ô combien) offshore pour faire de la finance hors bilan dans des paradis fiscaux. L’ensemble des garanties souscrites par Rodotarin 1er dépasse les 100 milliards d’euros (sans compter les 80 sur les actifs pourris de Dexia renflouée en plus de 10 milliards par les gouvernements belge et français) qu’il faudrait ajouter à la dette frankaoui en cas de défaillance des emprunteurs. Le 2ème plan d’austérité de Tsarkocescu (4 novembre, 7 milliards, après celui d’aout, 11 : en tout 18 avec 15,2 de recettes nouvelles contre 2,8 de dépenses en moins), petit bricolage très en dessous des problèmes, est déjà mort-né. La commission européenne a aussitôt annonce qu’il était insuffisant car la croissance ne serait que de 0,6 au lieu du 1 estimé en novembre. D’ailleurs les CDS s’envolent… Tsarko joue la montre en prévision des élections. La grosse pilule, très amère pour le peuple, viendra après. Le but de la manipulation est d’accroître le chaos pour ensuite se présenter en sauveur (après avoir joué au faux protecteur) et alors imposer encore plus de libéralisme en faveur de la rente et du monopole. Car la faillite du système est par lui (et par les autres dirigeants politicards européens) interprétée non pas comme un vice de construction d’icelui mais comme une insuffisance d’application de ses recettes qui impliquent l’austérité pour les peuples afin de le sauver. 

Les banques françaises n’ont pas que des obligations publiques (qui leur coûteraient 7,5 milliards sur les 15 engagés en juin 2011 suite à la rémission de 50 % de la dette grecque). Elles ont aussi des créances privées (42 milliards en juin) car elles ont, par exemple, acheté des obligations des banques grecques, lesquelles sont truffées de dette publique et la décote de 50 % va les mettre en faillite en transformant leurs obligations en emprunts russes. Cet « événement de crédit » (vocabulaire d’euphémisme pour défaut de paiement), entraîné par le refus allemand de monétiser les dettes des pays cigales ou PIGS (c’est-à-dire de faire acheter des obligations publiques par la BCE comme le fait la Federal Reserve US ou la Banque d’Angleterre ou de créer des « euro-bonds » garantis par la BCE), risque de coûter très cher aux banques françaises. Et si les autres PIGS s’y mettent, Italie en tête, c’est la faillite assurée. Rappelons que la dette propre (sale mais en propre plutôt) de l’Etat UMP avoisine les 1 700 milliards d’euros soit 85 % du PIB ; cette dette a été accrue d’environ 700 milliards depuis 2002, dont 500 sous Tsarkozy régnant. Une bonne partie de ce surcroît provient des cadeaux fiscaux en faveur des riches et des multinationales (70 à 80 milliards par an, cadeaux commencés sous Jospin). Cette situation explique que Tartarin 1er soit allé à Canossa devant les exigences de stabilité financière des Teutons : pas de monétisation des dettes, mise à contribution des banques, contrôle a priori des budgets des Etats par la Commission européenne (avant leur discussion dans les parlements !), plans d’austérité pour diminuer les déficits, règle d’or (pas de budget en déséquilibre), refus de porter le FESF à 2 000 milliards, à 1 000 seulement et encore sans apport de cash, etc. La France ne pèse plus rien face aux Tudesques… 

On se demande pourquoi la France ne voulait pas mettre les banques à contribution. Jean-Michel Quatrepoint (dans son dernier livre : mourir pour le Yuan) apporte la réponse… qui fait froid dans le dos. C’est à cause des CDS qui sont des assurances prises sur les titres en tout genre, notamment sur les dettes publiques. C’est un contrat avec prime d’assurance qui augmente en fonction du risque porté par l’actif assuré. Vous pouvez ainsi assurer la maison de votre voisin (donc sans la posséder) et souhaiter qu’elle brûle. Si une assurance est compréhensible, il est inacceptable qu’on spécule dessus car dans ce cas ce n’est pas le risque qui augmente mais la prime pour faire croire qu’il en est ainsi. C’est pure spéculation à la baisse mais qui, en tant qu’auto-réalisatrice, entraîne plus de risque réel. Qui plus est les opérations de CDS (et même de CDS de CDS) se font sur des marchés inorganisés et opaques (de gré à gré) et à découvert (à nu, c’est-à-dire sans détenir le titre). Personne ne sait combien il y a de CDS sur les dettes européennes en circulation. Rappelons simplement qu’en 2008 il y avait pour 600 000 milliards de dollars de produits dérivés (d’une dette ou engagement primaire gagée sur un actif réel ; soit dix fois le PIB mondial) et pour 60 000 de CDS. On estime au bas mot les CDS sur la dette grecque et européenne à 620 milliards (chiffre issu de la chambre de compensation des CDS qui n’offre qu’un solde des opérations). C’est sûrement bien plus. Or en cas de défaut de paiement, il faudrait solder les CDS que les banques US détiennent en masse. Ce qui explique que les USA tiennent beaucoup à ce que la zone euro fasse le ménage et aide ses pauvres. Sinon, on aurait une autre crise analogue à celle des subprimes. Car les CDS sont comme les subprimes une pyramide d’engagements obligatoires reposant sur une pointe hyper riquiqui de valeur matérielle réalisable. Les CDS sont supposés liquides (aisément cessibles ou transférables comme actifs valorisés) mais en cas de krach ils ne vaudraient plus rien et seraient invendables, ce qui ruinerait les financiers US. 

Le vrai problème de la France (et des cigales européennes) est le déficit commercial structurel (54 milliards en 2010 contre 150 d’excédent pour la Germanie) lié à la désindustrialisation (14 % du PIB français actuel est industriel contre 30 en Allemagne et 20 en Italie ; la France n’a plus que 3,8 % de parts de marché dans les échanges mondiaux), laquelle provient du libre-échange sans protection vis-à-vis de la concurrence déloyale, de la libre circulation des capitaux qui vont là où c’est le plus rentable et où on peut faire mousser de la « valeur pour l’actionnaire » (ROI, return on investment), de l’euro trop fort qui est un désavantage compétitif pour l’économie et une sécurité pour les propriétaires d »actifs et d’obligations. Ces déficits commerciaux sont compensés par un flux financier de sens inverse sous forme d’apports des excédentaires (comme la Chine pour les USA ou l’Allemagne pour les cigales). Il faut souligner que la libre circulation des capitaux a fait que l’épargne française, considérable à 16 % du revenu national, s’est transportée à l’étranger (hors l’immobilier) notamment via les contrats d’assurance-vie en euros (donc pleins d’obligations étatiques des pays cigales) ; par ailleurs, les multinationales réservent leurs profits aux actionnaires (dont plus de 45 % sont étrangers) aux investissements financiers (rachat de boîtes par OPA ou autre manip) au lieu de création d’activités et aux délocalisations. Cette désindustrialisation constante et même accélérée explique que le pays n’ait plus les moyens de sa protection sociale et de ses services publics. 

Le déficit provient donc de la désindustrialisation, laquelle a en outre apporté chômage et baisse du pouvoir d’achat pour les travailleurs. Les plans d’austérité ne font qu’aggraver les choses. On ne peut pas compter sur les banquiers, qui ont infiltré les gouvernements. Aux USA, c’est patent depuis longtemps ; en Italie, Mario Monti, successeur de Berlusconi, était juste avant consultant pour Goldman Sachs, comme Draghi, remplaçant de Trichet à la BCE, avait travaillé avec la même banque pour trafiquer les comptes de la Grèce, comme Papademos, ex-ministre grec ayant aidé à les trafiquer et nouveau ministre après la démission Papandréou, ou Sutherland ex-commissaire européenne. Les gouvernements sous influence bancaire ne peuvent envisager autre chose que la survie de la finance et la protection des avoirs des riches et des multinationales. C’est aussi ce qui explique le refus de la BCE (avec l’Allemagne) de monétiser les dettes car cela pourrait amener de l’inflation vu que la contrepartie serait de la création monétaire, donc de fric en circulation ce qui a des effets inflationnistes et diminue la valeur du capital et des intérêts. En revanche, la BCE encourage la baisse des salaires, des cotisations sociales, l’augmentation du temps de travail et de l’âge de la retraite, la souplesse des licenciements, etc. La nouvelle crise, ou plutôt la continuation de celle de 2008 par d’autres moyens, va développer l’aplatissement des choses au niveau de la Chine et consorts. C’est ce qu’il fallait faire pour le plus grand bien des multinationales et de la finance. Et ne comptons pas sur les USA pour aider l’Europe : ils ne sont pas en meilleur état et ils tiennent à sauver les privilèges du dollar (monnaie de réserve internationale) que l’on peut émettre à volonté pour payer ses dettes ; en effet les pays qui détiennent de la dette US en rachètent de peur que si les dollars excessifs ne sont pas pris par eux leur valeur diminue en faisant fondre leurs réserves accumulées dans cette monnaie. 

La mondialisation pour les nuls

Classé dans : politique — 18 novembre, 2011 @ 10:30

L’ambition de ce texte est modeste ; il ne vise qu’à montrer les rouages de la spirale infernale dans laquelle les décisions politiques prises par les gouvernants de tout poil en vue de libéraliser totalement le commerce et la circulation des capitaux ont entraîné le monde. C’est un système en quelque sorte autocinétique qui a été mis en place et que plus aucun gouvernant ne peut maîtriser en restant dans le cadre néolibéral qui a été plébiscité par les politicards depuis 30 ans. Cette mécanique infernale est un étau à deux mâchoires : le libre-échange et la libre circulation des capitaux ; cette mécanique a une seule justification : « les marchés sont efficients » car ils conduisent automatiquement à l’équilibre de l’offre et de la demande et amènent la meilleure affectation possible des ressources vers les investissements les plus rentables. Et une seule valeur, présentée comme absolue, universelle et atemporelle : l’utilité des biens désirés par les consommateurs pour leur satisfaction optimale. 

Le libre commerce permet la circulation des marchandises ; la libre circulation des capitaux autorise que les investissements productifs aille dans les espaces où ils dégagent le maximum de profit (lieux sans lois substantielles pour la défense des salaires, de la protection sociale, de l’environnement, de la fiscalité, etc.). Par ailleurs, grâce à la libre circulation des biens, les produits peuvent revenir à bas prix chez les investisseurs. C’est ce qui explique les délocalisations de la production dans lesquelles il est apporté la technologie la plus moderne associée au plus bas coût de la main d’œuvre. En outre, les profits, toujours grâce à la libre circulation des capitaux, peuvent être situés dans de paradis fiscaux afin d’échapper à l’impôt. Ces profits pharaoniques, puisque les entreprises sont loin de répercuter les faibles coûts de production sur les consommateurs, alimentent ensuite une masse énorme de capitaux flottants à la recherche de la meilleure rentabilité. Celle-ci se retrouve dans la spéculation ; par exemple aux USA, 40 % des profits d’avant crise provenaient des placements financiers des entreprises. Lesdits paradis fiscaux permettent aussi, en l’absence de contrôle des changes et des sorties de capitaux, l’évasion fiscale des particuliers qui cherchent à placer au mieux leur pognon, comme, du reste, les mafias à travers le monde. Ils permettent aussi aux banques d’avoir une activité fantôme via des boîtes aux lettres de spéculation (les SPV, special purpose vehicle) car elles y logent leurs opérations les plus risquées. L’on voit donc que la libre circulation des capitaux est nécessaire au libre-échange et vice versa. Ce sont donc bien les deux faces d’une même monnaie de contrebande. Ce système bipolaire a eu des conséquences catastrophiques et a produit des effets en chaîne, notamment le plus important, à savoir la mise de la planète sous les lois, appliquées partout et pour tout, de la rentabilité à au moins deux chiffres (les ridicules 15 %). Dès lors, les investissements productifs sont devenus très inférieurs aux spéculatifs et financiers. 

Voyons maintenant l’enchaînement des conséquences de ce système. Il a globalement mis tous les pays et tous les travailleurs de la planète en concurrence pour l’emploi et les salaires. C’est ce qui entraîne la précarité et la flexibilité des emplois avec la multiplication du temps partiel contraint, des CDD, de l’intérim. Cela produit une pression constante sur les rémunérations, le temps de travail et l’âge de la retraite, la protection sociale, le droit syndical et social. Les emplois directement perdus par délocalisation des usines (avec désindustrialisation afférente) ne sont pas tout. Il y a aussi des pertes indirectes dans les activités connexes, notamment de service. Et il y a cette pression vers le moins-disant en toute matière. Il s’en est suivi une baisse de la part du travail dans la valeur ajoutée (environ 7 points). Mais cette part (environ 63 % sur la longue période) a été augmentée indûment par le transfert dans le salariat de rémunérations faisant autrefois partie des profits, donc de la part du capital dans la VA : Salaires mirifiques des patrons, disparition des courtiers en bourse et des agents de change devenus salariés des banques, avocat salariés au lieu de profession libérale, etc. En outre, la part salariale a été déséquilibrée par leurs hautes rémunérations ce qui fait que le salaire médian (celui qui regroupe la moitié des salariés) progresse bien moins vite que le salaire moyen. C’est l’effet Bill Gates : quand il pénètre dans un bar, le salaire moyen explose mais le médian reste identique à une personne près. Il va de soi que le chômage, le travail partiel, la stagnation voire la régression des salaires ont beaucoup diminué les recettes de la protection sociale tout en augmentant les dépenses de solidarité et même de charité (associations et ONG). Et malgré les importations low cost, le pouvoir d’achat a reculé pour les plus défavorisés, ce qui est masqué par son calcul en moyenne, grande spécialité de l’INSEE aux ordres du gouvernement pour cacher l’augmentation de la pauvreté (8 millions de pauvres en France, soit 13,5 % de la population). Dès lors, la crise est structurelle et économique. 

Cela explique la cause (secondaire) financière du déclenchement de la crise dès 2007 (et non septembre 2008 avec la faillite de Lehmann Brothers). En effet, les industriels et les distributeurs ont compensé la baisse du pouvoir d’achat par le crédit à gogo (dans les 2 sens du terme). Les banques, dont le crédit est le métier, se firent des gonades en or avec les intérêts et la revente de biens immobiliers (après saisie) dont les emprunts n’avaient pas été payés. Cependant, l’immobilier avait cru de façon démesurée grâce au crédit facile ; donc ses prix montaient ce qui permettait à la fois de rembourser l’emprunt avec une plus-value et d’emprunter encore plus sur la différence entre le montant de l’emprunt et le prix de marché du bien (chose que Tsarko voulait transposer en France). Las, cela fonctionnait comme une pyramide de Ponzi : cela ne marche que s’il y a de nouveaux entrants dans la combine. Or le marché immobilier s’est effondré par suite de la hausse des taux d’intérêt (décision de la FED, banque centrale US) et de la multiplication des faillites personnelles (chômage et faibles salaires accentués). Du coup, la valeur des biens hypothéqués (le « sous-jacent ») diminuaient et le crédit revolving s’est cassé la figure. D’où la crise des subprimes

Mais les banques avaient réussi à transférer les risques des prêts immobiliers douteux sur le voisin et à la finance mondialisée. Cela s’est fait par la titrisation et les produits financiers dérivés et »structurés », genre CDO (credit debt obligation) et les assurances de type CDS (crédit default swap). Il faut dire que les autorités financières étatiques avaient laissé se développer ces produits toxiques à l’infini au nom de la répartition des risques, de la « liberté d’entreprendre » et de l’efficience des marchés. On a donc eu des titres vendus partout et donnant une cascade de faux actifs organisés en millefeuille impénétrable car leur base réelle, à savoir le « sous-jacent », (l’hypothèque de départ ou l’actif servant de garantie pour les prêts à la consommation, par exemple une automobile ou un frigo) était d’un montant ridicule par rapport à la montagne d’engagements réels assis sur des sommes fictives. On avait bien une pyramide d’actifs (titres de produits financiers soi-disant garantis par un bien réel pour lequel les prolos avaient emprunté) mais reposant sur sa pointe. Par suite du retournement du marché immobilier la pyramide s’est écroulée et les pseudo-actifs ne valurent plus rien. Or, à l’échelle mondiale, les organes financiers (banques, assurances, fonds de pension, fonds d’investissement, etc.) étaient truffés de ces actifs bidonnés mais très juteux. 

Le retournement a eu deux conséquences. Une crise systémique partout dans le monde à cause de la diffusion généralisée des produits financiers toxiques ayant perdu toute valeur ou n’inspirant plus confiance quand à leur valeur réelle. Car la doctrine reposait sur l’hypothèse de concurrence pure et parfait entre individus atomisés et séparés. Or, il ne s’agissait pas d’atomes opérant séparément mais d’énormes molécules, qui plus est imbriquées les unes dans les autres et aux opérations interconnectées (à savoir les gros opérateurs financiers, banques en tête, lesquelles s’étaient gavées de ces titres parc qu’ils rapportaient très gros ; ce sont ces intervenants qui offrent et vendent des titres, donc constituent les soi-disant marchés financiers). Pour que cela ne se voie pas, ils les avaient mis dans les SPV off shore. Le marché était en fait lui-même systémique et oligopolistique, loin des hypothèses libérales de la concurrence « libre et non faussée ». Le krach a commencé en fait avec la faillite des « rehausseurs de crédit » (comme AIG), qui avaient garanti les engagements pour 20 à 30 % de leur montant. C’est drôle parce que c’est comme cela que le FESF (fonds européen de stabilité financière) porterait sa force d’intervention à 1 000 milliards (décision européenne du 27/10, tant vantée par Tsarko) : au lieu d’emprunter sur les marchés pour prêter aux Etats, il garantirait 25 % des emprunts directs desdits Etats ! Or si vous garantissez 25 % d’un emprunt de 1 000 milliards (par exemple italien) cela ne fait que les 250 qui restent aujourd’hui dans le FESF sur les 440 initiaux. Autre plaisanterie : l’Europe créerait un autre fonds, abondé par les pays émergents (du reste très réticents) qui prêterait aux futurs faillis. C’est amusant parce que c’est une sorte de SPV ! La zone euro, pour s’en sortir, crée donc des machins libéralo-financiers qui sont à l’origine de la crise ! 

La conséquence du krach a été que les fonds propres des banques (leurs actifs propres) chutèrent de très haut ; comme elles ne peuvent pas prêter sans rester dans un ratio fonds propres/engagements (règles de sécurité bancaire : 7%), elles diminuèrent leurs prêts ce qui accentua la déprime économique. Par ailleurs, se méfiant les unes des autres quant à leurs actifs toxiques respectifs, elles ne se prêtèrent plus entre elles. C’est le 2ème aspect : une crise des liquidités et du crédit conduisant à la récession. Pour la freiner, les gouvernements leurs firent des prêts à très faible taux, voire nationalisèrent (Par exemple, la Northern Rock chez les G-B). Las, lesdits gouvernements s’endettèrent eux-mêmes à mort pour prêter aux banques, ce qui gonfla magistralement les dettes publiques. En univers libéral, sauf cas particulier, il ne vient pas aux dirigeants l’idée de socialiser la banque et le crédit ! Ni de réguler et contrôler le secteur financier (interdire les ventes à découvert, les CDS, les LBO, la titrisation, les spéculations sur les matières premières ou agricoles, etc. au lieu des tartarinades du G 20). Les banques en profitèrent pour re-spéculer afin de se refaire (sur les emprunts d’Etat, sur les matières 1ères, les taux de change, etc.) en empruntant à 1 % aux Etats et en montant des opérations risquées bien plus rentables. 

En dernière phase, après la structurelle et la bancaire, les Etats, pour sauver les banques, la liquidité et le crédit, ont substitué de la dette publique à la dette privée. Du coup, les marchés financiers les ont pris dans le collimateur quant à leur capacité d’emprunter encore ou de payer. C’est la raison de la crise de l’euro. Pour restaurer leur crédibilité, les Etats se lancent tous dans des plans d’austérité, souvent drastiques (Grèce, Portugal, Irlande, Espagne). Las, ces remèdes de cheval (Hongre, sans doute) vont tuer le malade en entraînant une baisse de la croissance, sinon une récession de longue durée. Sarkofoirus 1er  joue ce petit jeu de la politique du pire pour préparer le retour au libéralisme absolu. On va donc vers des peuples de plus en plus fauchés et incapables de rembourser car les rentrées fiscales vont plonger et donc le déficit s’accroîtra au lieu de diminuer. Le malade mourra guéri ; alors on pourra lui imposer des règles libéralissimes au lieu de revenir au modèle des « 30 glorieuses ». Mais, en restant en logique libérale, pourquoi ne pas faire crédit aux gens pour soutenir l’activité ? On pourrait alors recommencer le cycle : pouvoir d’achat maintenu à crédit (1er moment structurel), innovation financière, krach de la bulle (2ème moment), sauvetage des banques et endettement public, puis crise de la dette étatique (3ème moment). And so on… 

 

L’Europe, vas-is-tas ?

Classé dans : politique — 9 novembre, 2011 @ 12:32

C’est une mécanique hyper libérale et cela depuis ses débuts en 1954 (CECA) et surtout 1957 (traité de Rome entre pays fondateurs). Elle a été créée par des technocrates (Monnet, Schumann pour la France), soi-disant pour arriver à la paix perpétuelle, grâce à une stratégie économiciste : l’union politique proviendrait peu à peu des effets du commerce entre pays. L’intégration économique dans un grand marché unifié par les mêmes règles et concurrentiel développerait des interdépendances automatiques, conduirait à d’heureuses spécialisations, etc. dont tout le monde profiterait. Cette stratégie des petits pas économiques (courts, saucissonnés, étalés afin que les couillons de peuples ne voient pas où on voulait les amener, suivant la bonne vieille tactique du salami chère à Staline ou du bout du tunnel dans laquelle on rajoute une nouvelle portion dès que l’on voit la lumière) était perverse et délibérée chez les « élites » européennes. Celles-ci, depuis la conférence Lippmann en 1938, avaient adopté soit le libéralisme anglo-saxon, soit l’ordo-libéralisme teuton (détenir démocratiquement le pouvoir pour faire voter les lois et règles adaptées à une économie « sociale » de marché). Quand les Gibbies ont intégré l’UE en 1973, après une longue opposition gaullienne, la quadrille libéral était en place, les Teutons du « miracle économique » allemand (dû en fait à ce que les Ricains avaient abandonné en 1953 la quasi-totalité de leurs créances sur la Germanie) marchant « la mano en la mano », avec les libéraux anglais tchatchériens. Un des principes du traité de Rome, à savoir « la préférence communautaire » dans les échanges, a disparu alors des écrans radar ; l’Europe est devenue la région la plus ouverte du monde au libre-échange, sauf en ce qui concerne la PAC grassement « subventionnante » pour les gros agriculteurs, dont le prince Charles et le prince Albert. 

La mise en place de « la concurrence libre et non faussée », du tout-marché sans union sociale, budgétaire (budget communautaire : 1 % du PIB de l’Europe ! contre 25 % aux USA) ou fiscale, a été symbolisée par « l’acte unique » de 1986, précédé du livre blanc pondu sous la houlette du curé Delors. Le tout-marché a été ensuite accentué par le traité de Maastricht en 1992 (suivi du pacte de stabilité après les critères de convergence des économies pour ledit traité : pas plus de 3 % de déficit budgétaire, moins de 60 % du PIB en dette publique). Puis l’étau a été fermé par l’arrivée de l’euro en 2002. Rendons grâce à Trichet, le retraité qui a irradié l’Europe avec l’euro fort (traduit en français : le Franc-Fort mais sans les saucisses) au grand profit de la Teutonie et contre la compétitivité par le taux de change pour le reste de l’Europe. La Germanie a alors délocalisé sa productivité à l’Est à faible coût salarial. D’où un double effet de rentabilité : par la productivité équivalente à celle des industries développées et par les faibles charges salariales. Puis elle a payé ses sous-traitants dans les ex-pays de l’Est en euro alors que les ventes-exportations se faisaient en roupies de sansonnet, genre zloty. Et quand l’euro montait, l’achat en zloty ou autre se faisait encore moins cher. Il ne restait plus qu’à assembler en Germanie et à apposer une étiquette « made in Germany » pour vendre moins cher dans le reste de l’UE (faibles coûts unitaires de production des éléments sous-traités et gains de change entre monnaies). 

De quoi cet étau est-il fait ? D’un côté, nous avons le libre-échange sans freins, sans réserves contre toutes les formes de dumping, le primat de l’exportation comme moyen de stimuler la croissance, les règles communes de la concurrence ouverte à tous les vents ; de l’autre, on a la zone euro avec monnaie unique pour 17 pays. Avec l’euro et les contraintes du pacte de stabilité, les pays concernés ne disposent plus de la possibilité de dévaluer pour améliorer leur compétitivité afin d’exporter (plus de politique monétaire) ; avec le pacte, les mêmes pays ont mis leur budget sous contrôle des autres (plus de politique budgétaire nationale alors que les transferts budgétaires dans l’UE entre pays sont très faibles et ne permettent pas de compenser les déséquilibres structurels). Qu’est-ce qui reste pour être compétitif ? Le dumping en tout genre, par exemple fiscal avec les 12 ,5 % d’impôt sur les sociétés en Irlande, écologique avec les flottes de pêche de l’Espagne qui font de la surpêche y compris hors de leurs eaux territoriales, social avec la désinflation compétitive allemande (indemnités et durées de chômage rognées, pas de Smic dans l’agriculture avec appel à des salariés agricoles de l’Est, obligations d’accepter des jobs à 1 euro de l’heure ou à 5 en fonction de leur nature, TVA sociale de 3 % ; etc.), financier avec les paradis fiscaux des Gibbies et les privilèges de la City (20 % du PIB de la G-B viennent du secteur financier !). Car la libre circulation des biens, des services, des capitaux et des travailleurs a mis les différents pays en concurrence sauvage les uns avec les autres, ce qui crée des déséquilibres structurels de compétitivité et d’inflation et pousse au moins-disant dans tous les domaines où, notamment, les règles européennes exigent l’unanimité (fiscal, social, etc.). Ce système de forces mécaniques suppose que tout le monde exporte, ce qui est évidemment impossible au sein de l’Europe. Reste l’autre monde, mais celui-ci est monopolisé par les pays à faible salaires, souvent à haute productivité dans certains secteurs (par suite de la délocalisation des techniques), à durée du travail incontrôlé, sans système de protection sociale, sans lois protectrices de l’environnement, voire par les pays fraudeurs, voleurs de brevets, contrefacteurs, etc. C’est le sens réel de la désinflation compétitive en tant que nom savant pour rigueur et austérité pour les peuples. D’ailleurs, si tout le monde s’y mettait en plus des Tudesques alors on entrerait dans la spirale infernale de la récession en Europe car personne n’achèterait à ses voisins. C’est ce que Merkel a compris pour accepter de sauver la Grèce en imposant ses conditions, posées par le parlement allemand, à Tsarko, soi-disant leader et sauveur du monde. Et même de l’univers Au passage, certains pays se sont désindustrialisés comme la France (14 % d’industrie dans le PIB aujourd’hui contre 21 en Italie et 25 en Allemagne) au profit d’autres, alors que c’est la production exportée (par exemple, l’Allemagne obtient 70 % de ses excédents commerciaux dans la zone euro) qui fait la fameuse croissance et nourrit le commerce. 

Ce système de forces impersonnelles, celles confiées par les pouvoirs politicards et libéraux, fussent-ils socialistes, à la finance mondialisée et aux mécanismes de marché, a fait que certains pays accumulent des excédents commerciaux et les autres des déficits. Or les pertes des uns étant les gains des autres, il se produit un flux financier de sens inverse dans lequel les perdants empruntent et nourrissent une dette augmentant sans fin. Jusqu’à ce que la corde casse à cause de ces trop grands déséquilibres commerciaux et financiers. Du coup, les taux d’intérêt des obligations étatiques divergent (France, 3 %, Italie 6 %, Allemagne, 2,30 %) alors que, soi-disant, l’euro permettait à tout le monde d’emprunter au même faible taux (vrai au début) ; ce qui a poussé certains pays à la dette privée (Espagne, Irlande) ou publique (France, Italie), de plus en plus exponentielle.  Les marchés et les agences de notation finirent par en prendre acte, les 1ers en s’assurant contre les dettes pourries (via les fameux CDS) et en vendant les obligations étatiques qu’ils détiennent ; c’est du reste ce qu’ont fait les banques européennes avant qu’on leur impose 50 % de décote sur la dette grecque, les seconds en baissant les notes des Etats sans équilibre budgétaire. C’est la seule solution qu’offre le système capitaliste que les dirigeants mondiaux veulent sauver malgré sa faillite. 

Et la situation européenne a sans cesse été aggravée par l’arrivée de nouveaux pays dans l’UE sans qu’il y ait davantage d’intégration politique, sociale, fiscale de la zone. Pourquoi cet élargissement continu ? Parce que les Allemands y voyaient l’occasion de réoccuper leurs vieux « lebens raum » (cercle vital) en faisant turbiner les PECOS (ex-pays de l’Est soviétisé) comme sous-traitants à bas prix. Parce que les Grands-Bretons y trouvaient le moyen de n’arriver qu’à une zone de libre-échange leur laissant leur autonomie de relation avec les USA. Parce que les PECOS croyaient que l’UE les enrichirait vite fait bien fait et que 50 ans de communisme les avaient convertis au libéralisme. Parce que la France pensait ainsi conserver le pouvoir pour ses politicards sans abandonner leurs privilèges locaux. Parce que l’euro permettait aux pays pauvres ou endettés d’emprunter à bas taux, ce qui a nourri la bulle immobilière en Espagne. Parce que tout le monde pensait pouvoir jouer son jeu perso pour prospérer au détriment des autres. Et, de façon générale, parce que l’élargissement permettait, aux yeux des dirigeants des pays les plus développés, de faire pression sur les salaires (via ceux, très faibles, des PECOS ou autre Portugal) et la protection sociale au nom de « la contrainte extérieure ». L’élargissement s’est fait sans tenir compte des caractéristiques structurelles des pays entrants. Cela a pu se faire à cause d’une contradiction institutionnelle fondamentale : le commerce relève d’une Europe supranationale, quasiment fédérale alors que sur le plan politique on en est resté à une Europe des nations (une confédération de pays indépendants et non une fédération d’Etats unis tout en conservant la gestion de leurs propres affaires, seul ce qui les dépasse ayant été remis à l’Etat fédéral : la monnaie, les poids et mesures, la politique extérieure, etc. par ailleurs si le gouvernement de l’UE est le conseil européen des chefs d’Etat ou de gouvernement, ce n’est vrai que pour les choses fondamentales. Pour l’important, comme les règles commerciales, c’est la commission qui gouverne et fait les directives de façon parfaitement technocratique. La commission, alliée à la Cour de justice de la communauté européenne (CJCE) a ainsi pu imposer le libéralisme absolu en Europe avec l’appui d’un parlement bidon et très majoritairement acquis au capitalo-libéralisme. 

Pourquoi les politicards français, notamment socialistes, ont-ils plié devant l’ordo-libéralisme et le tout-marché anglo-saxon ? Parce que, déjà, formatés par l’ENA et Sciences-po, ils communiaient dans l’idéologie libérale et voulaient imiter les succès à l’étranger (d’où la vague des modèles : japonais, coréen, allemand, etc.) ; ils voulaient aussi se dépatouiller du lisier où ils s’étaient mis en faisant de la relance par la consommation et des nationalisations (imitation des vieilles recettes de Keynes qui ne marchent que dans une économie largement fermée). Ils pensaient surtout que la construction européenne, avec sa force impersonnelle, extérieure et automatique, obligeraient ces couillons de Français, crispés sur leurs « avantages acquis », à se plier à des diktats indépendants de la France et de son gouvernement, alors que justement c’était ce dernier qui organisait la chose en abandonnant la souveraineté du pays. Il ne faut pas négliger cependant des intérêts prosaïques car moult politicards et hauts fonctionnaires associés au développement de l’Europe heureuse se sont reconvertis dans les affaires notamment en poussant à la privatisation des firmes publiques qu’ils dirigeaient par suite des nationalisations. Ils se sont aussi implantés dans les « organes » comme la Commission européenne (Delors) ou l’OMC (Lamy), chose impossible s’ils n’avaient pas affiché leurs options libéralo-capitalistes. 

Il était ridicule de vouloir une monnaie unique alors que les différents pays constituant l’UE ou la zone euro étaient hétérogènes tant dans leur niveau de développement et de vie que dans leurs législations en tout domaine sauf pour ce qui est du sacro-saint commerce concurrentiel. Cela supposait que c’était l’économie et la monnaie qui feraient l’Etat fédéral européen alors que l’histoire montre que l’Etat a toujours précédé une monnaie commune. C’était idiot de penser que les forces du marché libéral induiraient progressivement la convergence économique et c’est l’inverse qui s’est produit à cause de la concurrence sauvage entre modèles socio-économiques très hétérogènes. Cela n’a induit que des déséquilibres entre pays et la compétition entre les peuples, chacun de ceux-ci, eu égard à l’absence d’aides européennes (et de possibilité de dévaluer ou, théoriquement, de faire du déficit budgétaire), se battant avec ses propres armes de dumping et de contournement des règles communes. Qu’attendre d’autre d’une construction effectuée dans le plus pur esprit du capitalisme globalisé et sans frein et du libéralisme individualiste ? Qu’espérer d’autre d’une idéologie qui avec son anthropologie (la nature humaine est égoïste, intéressée et calculatrice) et sa conception de « neutralité axiologique » du droit et de la politique a jeté par-dessus bord tous les autres aspects de la condition humaine ? A savoir, la morale (entraide, solidarité, respect de la dignité de tous, coopération), l’esthétique (l’art étant devenu un commerce) et tout bêtement les relations sociales et l’intersubjectivité dans les familles, les groupes, les communautés. Ainsi la logique utilitaire et financière du capital a substitué les relations entre les choses (via l’argent) et entre les choses et les hommes (matérialisme impersonnel) aux rapports humains et sociaux de face à face dans l’intersubjectivité. Fondée sur ces prémisses capitalistes, l’Europe ne pouvait être qu’un échec sauf pour les riches. Il faut la reconstruire sur des bases vraiment socialistes, c’est-à-dire partant de la justice et de la recherche d’une société libre d’égaux. Ne nous y trompons pas ; la crise européenne et de l’euro vient de ses vices de construction et de ses déséquilibres structurels (notamment commerciaux). La crise financière n’en est que la conséquence et ne régler que celle-ci (surtout avec des rustines et des emplâtres de court terme) ne résoudra rien. 

Le grand gagnant a été l’Allemagne qui a joué les « passagers clandestins » (profiter du système sans payer sa part). Las, s’il n’y a pas de réformes structurelles, antimondialisation  et anticapitalistes, l’Europe va éclater en commençant par la zone euro. Les rustines présentement posées (y compris celle du 22 octobre à Bruxelles) sont loin des nécessités : politique industrielle commune, harmonisation des législations, au moins 25 % de budget commun, aides structurelles et transferts de fonds entre pays, BCE achetant (officiellement) des emprunts d’Etat (monétisation des dettes et emprunts, par exemple sous forme d’avances de la BCE aux Etats), droit des pays à une autonomie budgétaire, mutualisation des dettes (euro-bonds), protections aux frontières contre la concurrence déloyale, etc. Il est donc à prévoir que le dernier rafistolage de la zone euro ne tiendra pas jusqu’aux élections françaises. 

Même en univers libéral et commercial, Il faudrait abandonner cette monnaie unique au profit d’une monnaie commune réservée aux transactions internationales. En même temps, il y aurait retour aux monnaies nationales afin que celles-ci puissent se différencier en fonction des conditions structurelles de chaque pays (en productivité, en charge salariale et protection sociale, en taux d’inflation) de façon à maintenir la compétitivité de chacun. Evidemment, ces différences évolutives feraient que les parités entre monnaies évolueraient (par exemple moins 20 % pour la lire, plus 25 % pour le mark). On aurait une autorité monétaire européenne chargée de lisser les évolutions, de calculer les bons taux de change, de les stabiliser de façon que dans l’intervalle ils soient fixes pour sécuriser les transactions. Cela supposerait un Etat (oh le vilain mot) fédéral… 

La mondialisation pour les nuls

Classé dans : politique — 9 novembre, 2011 @ 12:16

L’ambition de ce texte est modeste ; il ne vise qu’à montrer les rouages de la spirale infernale dans laquelle les décisions politiques prises par les gouvernants de tout poil en vue de libéraliser totalement le commerce et la circulation des capitaux ont entraîné le monde. C’est un système en quelque sorte autocinétique qui a été mis en place et que plus aucun gouvernant ne peut maîtriser en restant dans le cadre néolibéral qui a été plébiscité par les politicards depuis 30 ans. Cette mécanique infernale est un étau à deux mâchoires : le libre-échange et la libre circulation des capitaux ; cette mécanique a une seule justification : « les marchés sont efficients » car ils conduisent automatiquement à l’équilibre de l’offre et de la demande et amènent la meilleure affectation possible des ressources vers les investissements les plus rentables. Et une seule valeur, présentée comme absolue, universelle et atemporelle : l’utilité des biens désirés par les consommateurs pour leur satisfaction optimale. 

Le libre commerce permet la circulation des marchandises ; la libre circulation des capitaux autorise que les investissements productifs aille dans les espaces où ils dégagent le maximum de profit (lieux sans lois substantielles pour la défense des salaires, de la protection sociale, de l’environnement, de la fiscalité, etc.). Par ailleurs, grâce à la libre circulation des biens, les produits peuvent revenir à bas prix chez les investisseurs. C’est ce qui explique les délocalisations de la production dans lesquelles il est apporté la technologie la plus moderne associée au plus bas coût de la main d’œuvre. En outre, les profits, toujours grâce à la libre circulation des capitaux, peuvent être situés dans de paradis fiscaux afin d’échapper à l’impôt. Ces profits pharaoniques, puisque les entreprises sont loin de répercuter les faibles coûts de production sur les consommateurs, alimentent ensuite une masse énorme de capitaux flottants à la recherche de la meilleure rentabilité. Celle-ci se retrouve dans la spéculation ; par exemple aux USA, 40 % des profits d’avant crise provenaient des placements financiers des entreprises. Lesdits paradis fiscaux permettent aussi, en l’absence de contrôle des changes et des sorties de capitaux, l’évasion fiscale des particuliers qui cherchent à placer au mieux leur pognon, comme, du reste, les mafias à travers le monde. Ils permettent aussi aux banques d’avoir une activité fantôme via des boîtes aux lettres de spéculation (les SPV, special purpose vehicle) car elles y logent leurs opérations les plus risquées. L’on voit donc que la libre circulation des capitaux est nécessaire au libre-échange et vice versa. Ce sont donc bien les deux faces d’une même monnaie de contrebande. Ce système bipolaire a eu des conséquences catastrophiques et a produit des effets en chaîne, notamment le plus important, à savoir la mise de la planète sous les lois, appliquées partout et pour tout, de la rentabilité à au moins deux chiffres (les ridicules 15 %). Dès lors, les investissements productifs sont devenus très inférieurs aux spéculatifs et financiers. 

Voyons maintenant l’enchaînement des conséquences de ce système. Il a globalement mis tous les pays et tous les travailleurs de la planète en concurrence pour l’emploi et les salaires. C’est ce qui entraîne la précarité et la flexibilité des emplois avec la multiplication du temps partiel contraint, des CDD, de l’intérim. Cela produit une pression constante sur les rémunérations, le temps de travail et l’âge de la retraite, la protection sociale, le droit syndical et social. Les emplois directement perdus par délocalisation des usines (avec désindustrialisation afférente) ne sont pas tout. Il y a aussi des pertes indirectes dans les activités connexes, notamment de service. Et il y a cette pression vers le moins-disant en toute matière. Il s’en est suivi une baisse de la part du travail dans la valeur ajoutée (environ 7 points). Mais cette part (environ 63 % sur la longue période) a été augmentée indûment par le transfert dans le salariat de rémunérations faisant autrefois partie des profits, donc de la part du capital dans la VA : Salaires mirifiques des patrons, disparition des courtiers en bourse et des agents de change devenus salariés des banques, avocat salariés au lieu de profession libérale, etc. En outre, la part salariale a été déséquilibrée par leurs hautes rémunérations ce qui fait que le salaire médian (celui qui regroupe la moitié des salariés) progresse bien moins vite que le salaire moyen. C’est l’effet Bill Gates : quand il pénètre dans un bar, le salaire moyen explose mais le médian reste identique à une personne près. Il va de soi que le chômage, le travail partiel, la stagnation voire la régression des salaires ont beaucoup diminué les recettes de la protection sociale tout en augmentant les dépenses de solidarité et même de charité (associations et ONG). Et malgré les importations low cost, le pouvoir d’achat a reculé pour les plus défavorisés, ce qui est masqué par son calcul en moyenne, grande spécialité de l’INSEE aux ordres du gouvernement pour cacher l’augmentation de la pauvreté (8 millions de pauvres en France, soit 13,5 % de la population). Dès lors, la crise est structurelle et économique. 

Cela explique la cause (secondaire) financière du déclenchement de la crise dès 2007 (et non septembre 2008 avec la faillite de Lehmann Brothers). En effet, les industriels et les distributeurs ont compensé la baisse du pouvoir d’achat par le crédit à gogo (dans les 2 sens du terme). Les banques, dont le crédit est le métier, se firent des gonades en or avec les intérêts et la revente de biens immobiliers (après saisie) dont les emprunts n’avaient pas été payés. Cependant, l’immobilier avait cru de façon démesurée grâce au crédit facile ; donc ses prix montaient ce qui permettait à la fois de rembourser l’emprunt avec une plus-value et d’emprunter encore plus sur la différence entre le montant de l’emprunt et le prix de marché du bien (chose que Tsarko voulait transposer en France). Las, cela fonctionnait comme une pyramide de Ponzi : cela ne marche que s’il y a de nouveaux entrants dans la combine. Or le marché immobilier s’est effondré par suite de la hausse des taux d’intérêt (décision de la FED, banque centrale US) et de la multiplication des faillites personnelles (chômage et faibles salaires accentués). Du coup, la valeur des biens hypothéqués (le « sous-jacent ») diminuaient et le crédit revolving s’est cassé la figure. D’où la crise des subprimes

Mais les banques avaient réussi à transférer les risques des prêts immobiliers douteux sur le voisin et à la finance mondialisée. Cela s’est fait par la titrisation et les produits financiers dérivés et »structurés », genre CDO (credit debt obligation) et les assurances de type CDS (crédit default swap). Il faut dire que les autorités financières étatiques avaient laissé se développer ces produits toxiques à l’infini au nom de la répartition des risques, de la « liberté d’entreprendre » et de l’efficience des marchés. On a donc eu des titres vendus partout et donnant une cascade de faux actifs organisés en millefeuille impénétrable car leur base réelle, à savoir le « sous-jacent », (l’hypothèque de départ ou l’actif servant de garantie pour les prêts à la consommation, par exemple une automobile ou un frigo) était d’un montant ridicule par rapport à la montagne d’engagements réels assis sur des sommes fictives. On avait bien une pyramide d’actifs (titres de produits financiers soi-disant garantis par un bien réel pour lequel les prolos avaient emprunté) mais reposant sur sa pointe. Par suite du retournement du marché immobilier la pyramide s’est écroulée et les pseudo-actifs ne valurent plus rien. Or, à l’échelle mondiale, les organes financiers (banques, assurances, fonds de pension, fonds d’investissement, etc.) étaient truffés de ces actifs bidonnés mais très juteux. 

Le retournement a eu deux conséquences. Une crise systémique partout dans le monde à cause de la diffusion généralisée des produits financiers toxiques ayant perdu toute valeur ou n’inspirant plus confiance quand à leur valeur réelle. Car la doctrine reposait sur l’hypothèse de concurrence pure et parfait entre individus atomisés et séparés. Or, il ne s’agissait pas d’atomes opérant séparément mais d’énormes molécules, qui plus est imbriquées les unes dans les autres et aux opérations interconnectées (à savoir les gros opérateurs financiers, banques en tête, lesquelles s’étaient gavées de ces titres parc qu’ils rapportaient très gros ; ce sont ces intervenants qui offrent et vendent des titres, donc constituent les soi-disant marchés financiers). Pour que cela ne se voie pas, ils les avaient mis dans les SPV off shore. Le marché était en fait lui-même systémique et oligopolistique, loin des hypothèses libérales de la concurrence « libre et non faussée ». Le krach a commencé en fait avec la faillite des « rehausseurs de crédit » (comme AIG), qui avaient garanti les engagements pour 20 à 30 % de leur montant. C’est drôle parce que c’est comme cela que le FESF (fonds européen de stabilité financière) porterait sa force d’intervention à 1 000 milliards (décision européenne du 27/10, tant vantée par Tsarko) : au lieu d’emprunter sur les marchés pour prêter aux Etats, il garantirait 25 % des emprunts directs desdits Etats ! Or si vous garantissez 25 % d’un emprunt de 1 000 milliards (par exemple italien) cela ne fait que les 250 qui restent aujourd’hui dans le FESF sur les 440 initiaux. Autre plaisanterie : l’Europe créerait un autre fonds, abondé par les pays émergents (du reste très réticents) qui prêterait aux futurs faillis. C’est amusant parce que c’est une sorte de SPV ! La zone euro, pour s’en sortir, crée donc des machins libéralo-financiers qui sont à l’origine de la crise ! 

La conséquence du krach a été que les fonds propres des banques (leurs actifs propres) chutèrent de très haut ; comme elles ne peuvent pas prêter sans rester dans un ratio fonds propres/engagements (règles de sécurité bancaire : 7%), elles diminuèrent leurs prêts ce qui accentua la déprime économique. Par ailleurs, se méfiant les unes des autres quant à leurs actifs toxiques respectifs, elles ne se prêtèrent plus entre elles. C’est le 2ème aspect : une crise des liquidités et du crédit conduisant à la récession. Pour la freiner, les gouvernements leurs firent des prêts à très faible taux, voire nationalisèrent (Par exemple, la Northern Rock chez les G-B). Las, lesdits gouvernements s’endettèrent eux-mêmes à mort pour prêter aux banques, ce qui gonfla magistralement les dettes publiques. En univers libéral, sauf cas particulier, il ne vient pas aux dirigeants l’idée de socialiser la banque et le crédit ! Ni de réguler et contrôler le secteur financier (interdire les ventes à découvert, les CDS, les LBO, la titrisation, les spéculations sur les matières premières ou agricoles, etc. au lieu des tartarinades du G 20). Les banques en profitèrent pour re-spéculer afin de se refaire (sur les emprunts d’Etat, sur les matières 1ères, les taux de change, etc.) en empruntant à 1 % aux Etats et en montant des opérations risquées bien plus rentables. 

En dernière phase, après la structurelle et la bancaire, les Etats, pour sauver les banques, la liquidité et le crédit, ont substitué de la dette publique à la dette privée. Du coup, les marchés financiers les ont pris dans le collimateur quant à leur capacité d’emprunter encore ou de payer. C’est la raison de la crise de l’euro. Pour restaurer leur crédibilité, les Etats se lancent tous dans des plans d’austérité, souvent drastiques (Grèce, Portugal, Irlande, Espagne). Las, ces remèdes de cheval (Hongre, sans doute) vont tuer le malade en entraînant une baisse de la croissance, sinon une récession de longue durée. Sarkofoirus 1er (sous le règne duquel la dette a augmenté de 500 milliards) joue ce petit jeu de la politique du pire pour préparer le retour au libéralisme absolu. On va donc vers des peuples de plus en plus fauchés et incapables de rembourser car les rentrées fiscales vont plonger et donc le déficit s’accroîtra au lieu de diminuer. Le malade mourra guéri ; alors on pourra lui imposer des règles libéralissimes au lieu de revenir au modèle des « 30 glorieuses ». Mais, en restant en logique libérale, pourquoi ne pas faire crédit aux gens pour soutenir l’activité ? On pourrait alors recommencer le cycle : pouvoir d’achat maintenu à crédit (1er moment structurel), innovation financière, krach de la bulle (2ème moment), sauvetage des banques et endettement public, puis crise de la dette étatique (3ème moment). And so on… 

 

Youp la boum

Classé dans : politique — 2 novembre, 2011 @ 12:07

Après les rustines du 27 octobre, le duo Merkel-Tsarko pensait avoir enfin résolu au moins pour quelques temps, sans doute celui des élections, la crise grecque et de l’euro. Patatras, Papandréou veut faire un référendum pour consulter les Grecs. Enfer et damnation, ce projet redouble les incertitudes, ce qui horripile les marchés financiers. D’où la descente des bourses mondiales et la virilité froissée de Tartarin 1er. Celui-ci s’est aussitôt rebiffé et en bon père fouettard, mâtiné de père Ubu, a menacé les Grecs. Evidemment ce n’est qu’une rodomontade car tout charbonnier, fût-il grec, est maître chez lui.

Pourquoi cette folle initiative peu orthodoxe du sous-pape Andréou ? C’est que le peuple grec n’apprécie pas le diktat de la mère UBU-Merkel, comparse de Zébulon 1er. Ce diktat rappelle les mauvais souvenirs de l’occupation de la Grèce par les fridolins en 39/45, occupation qu’ils n’ont du reste jamais remboursée. La Grèce se voyait imposer non seulement un 3ème plan de rigueur extrême en 18 mois mais encore un contrôle de son exécution, dans les 2 sens du terme, par des émissaires extérieurs venus de l’Europe et du FMI. Le 1er ministre grec ne pouvait ignorer la fronde de la population et s’est rappelé que son pays avait inventé la démocratie. D’où son pari : soit les grecs approuvent le plan de rigueur et le maintien dans la zone euro, ce qu’il espère sans doute car les Grecs sont dans le fameux TINA tchatchérien (« there is no alternative »), soit ils le refusent et alors ils devront se dépatouiller par leurs propres moyens, façon Argentine. S’ils approuvent, le pacte pour sauver la Grèce aura une légitimité qui rejaillira sur Papandréou et les socialos grecs.

On peut aussi que le bonhomme pense faire un peu de chantage à l’UE pour que le plan soit atténué et étalé davantage dans le temps. Mais la crise n’attend pas et les spéculateurs visent déjà l’Italie alors que déjà le Portugal, l’Irlande et l’Espagne sont sur le fil du rasoir. L’Italie a vu hier le taux d’intérêt de ses obligations dépasser les 6 %, ce qui rend la charge de sa dette d’autant plus insoutenable. Une tranche de 8 milliards de prêt devait être livrée à la Grèce début novembre ; elle risque de ne pas l’être ce qui provoquera aussitôt la banqueroute du pays. Les banques françaises perdraient aussitôt les 12 milliards d’obligations grecques qu’elles détiennent (rassurez vous ; elles en avaient bien plus avant mais elles en ont beaucoup vendu en anticipant la catastrophe). Pourquoi les banques achetaient-elles de la dette grecque ? C’est parce qu’elles empruntaient à 1 % à la BCE et prêtaient alors déjà à plus de 6. On ne va donc pas pleurer et on s’inspirera de l’adage juridique : « nemo auditur turpidinem suam allegans », nul ne peut être entendu quand il excipe de sa turpitude (ainsi on n’a pas à rembourser les dettes de jeu illicite). Pour rigoler, on rappelle que cette maxime vient d’un procès célèbre dans lequel un plombier non payé avait réalisé les salles d’eau d’un lupanar. Le plombier, qui avait saisi la justice s’est vu opposer qu’il ne pouvait pas ignorer le caractère immoral et illicite (quoique légal !) des installations.

Surpris par le référendum envisagé par les grecs, notre président Naboléon 1er a mauvaise mine car il est désappointé comme on dit chez Caran d’Ache. Il se gargarisait d’être le sauveur de l’euro, le protecteur du bas de laine franzose, tout en se pliant aux exigences tudesques, le président à aura internationale et très écouté. Il l’avait dit à la télé et, fouchtra, son beau château de cartes s’effondre. La pièce (de boulevard et Pécuchet) péniblement montée est dans les choux de Bruxelles. Le G 20 de Cannes (3 et 4 novembre) va se transformer en G vain  pour les puissants et G geint pour les Grecs. Duracell 1er croyait profiter de la crise pour se refaire une santé mais, hélas pour lui, son discours et ses actes sont démentis par l’aggravation de la crise. Il croyait avoir saisi le kairos (moment opportun), il a obtenu crisis. Car il ne fait guère de doute maintenant que les 18 mois d’atermoiements et de palinodies européens n’ont pas fait avancer le schmilblic ; au contraire car l’indécision a tout aggravé ; l’incendie aurait pu être éteint au début avec un seau d’eau par une UE en Réunion et maintenant les canadairs risquent de ne pas suffire. Attendons-nous à des attaques sauvages contre l’Italie et l’Espagne par suite du défaut de paiement grec et vraisemblablement de l’éclatement de la zone euro. Les 1 000 milliards de garanties du FESF risquent de peu peser face aux 1 900 milliards de dettes italiennes dont la charge pèse déjà 5,6 % du PIB italien. La France avec ses 1650 milliards (plus 150 fin 2012) ne se porte pas très bien non plus.

Las, les dirigeants n’ont toujours pas compris, et surtout n’en veulent pas à cause de leur idéologie et de leurs intérêts liés à ceux de la fiance et des multinationales, que le capitalisme est mort. Mais il est comme le coyote des dessins animés : il ne réalisera qu’il va tomber qu’une fois au-dessus du précipice. Et cela malgré tous les effets de manche de notre Speedy Gonzalez national. Le pire est qu’il peut être réélu tant les socialos nous bourrent le mou sans programme de rechange solide. Oremus. Ora pro nobis.

Les banques, qu’elles crèvent

Classé dans : politique — 27 octobre, 2011 @ 11:14

La banque franco-belge Dexia, après avoir déjà été sauvée en 2008 pour plus de 6 milliards, est de nouveau en faillite et va être saucissonnée en 3. Cette banque avait passé avec succès les récents stress tests  (9ème sur 91 banques testées en Europe)! Elle est plombée par la masse de ses actifs toxiques (en subprimes), ses créances en dettes publiques (dont les grecques qui vont être restructurées en perdant au moins 50 % de leur valeur) et le fait que les autres banques refusent de lui prêter pour faire face à ses énormes besoins de trésorerie. Dexia s’est illustré par des prêts hautement risqués (à taux variable indexé par exemple sur le Franc suisse qui augmente) auprès des collectivités locales et même des hôpitaux. Sur ces entrefaites, une agence de notation (Standard and Poors) abaisse les notes de la BNP et du Crédit agricole. Car les banques détiennent trop d’obligations pourries des Etats en quasi faillite : il y en aurait, en cas de défaillance, pour entre 200 et 300 milliards de décote qui s’annonce à 50 % de la créance (la dette publique grecque est de 350 milliards, dont 206 auprès des banques privées, donc la décote entraîne 103 milliards de pertes pour ces banques). Rodomont 1er, qui avait refusé la recapitalisation des banques, sachant que cela signifiait mise au pot par l’Etat déjà impécunieux et à la dette grossissant à la vitesse V, s’y résout sous la pression de la chancelière de fer et de l’opinion teutonne qui la tient. Soulignons que le Bundestag, lui, débat des problèmes alors que Tsarko fait les choses tout seul dans son coin avec ses experts. Il faut dire que les 5 plus grandes banques françaises se sont refait une santé depuis qu’elles avaient tenu la sébile à l’Etat (en 2008 ; depuis elles ont remboursé) : 25 milliards de profits en 2010, qui ont été largement transformés en dividendes au lieu d’être réinvestis dans leur capital ou fonds propres. Les banques sont infestées de prêts aux Etats « cigales », prêts qu’elles ont consentis parce que c’était très rentable (elles empruntent à 1 % à la BCE et prêtent largement à plus de 5). Elles craignent donc que les cigales fassent défaut. Dans ce cas, leurs fonds propres baisseraient de façon vertigineuse, alors que déjà leur capitalisation boursière (la valeur en bourse de leurs titres) a été divisée par 2. C’est pourquoi même Tsarko, après le FMI, demande leur recapitalisation. En effet, d’après les nouveaux accords de Bâle, ce trou en Suisse, les banques devront garder 9 % du montant de leurs créances (c’était 7 lors des accords dits Bâle III ; quel progrès !) et engagements à titre de fonds de garantie. Or les susdites baisses de capital les empêcheront d’atteindre ce ratio si elles ne se recapitalisent pas. Avec l’enjeu pour l’économie qu’elles ne puissent plus prêter aux entreprises et aux particuliers si elles descendent en dessous des 9 % (plus 2 % obligatoirement mis en réserve dans les banques centrales afin d’alimenter les prêts à court terme aux banques et le marché interbancaire des prêts de trésorerie entre lesdites banques). Les banques préfèrent que les Etats les recapitalisent, évidemment sans entrer dans leur conseil d’administration ou contre des garanties, ce que Tsarko n’avait pas demandé lors du précédent sauvetage. Mais les Etats sont déjà ruinés hormis l’Allemagne ou les Pays-Bas. 

Parallèlement, le FESF, doté de 440 milliards (à porter à 2 000 suivant Tsarko, 1 000 suivant Angela pour cause de crise aggravée ; 250 ont déjà été engagés…) va pouvoir se mettre en place puisque le dernier Etat, la Slovaquie, qui avait refusé de mettre au pot la semaine dernière, vient de revoter pour. Le FESF a pour mission d’emprunter pas trop cher sur les marchés financiers (à 3 %) afin de prêter aux pays dans la dèche moyennant un intérêt plus substantiel (6 % pour la Grèce) mais très inférieur à celui que ces pays trouveraient eux-mêmes sur lesdits marchés (du 16% pour la Grèce !). Le FESF est composé de garanties apportées par les Etats (Allemagne, déjà 211 milliards, France 90), lesquelles seraient à payer en cas de défection, ce qui alourdirait la dette du pays garant. Tsarko demande sa transformation en banque pour qu’il puisse emprunter à la BCE et prêter; l’Allemagne refuse ce statut qui tuerait l’indépendance de la banque centrale et ferait tourner la planche à billets. La grosse rustine, décidée hier dans la nuit du 26 octobre à Bruxelles, porte le FESF à 1 000 milliards mais sous forme de garanties assurantielles (20 à 30 % des apports des investisseurs privés chez les cigales seraient garantis comme dans un vulgaire CDS, cela même qui avait déclenché la crise des subprimes ! Par ailleurs, un fonds abondé par les PVD (Chine, etc. Contre quelles contreparties ?) prêterait aussi. Ce fonds serait en quelque sorte un Special Purpose Vehicle (support spécial ad hoc) à l’instar de ceux créés par la finance hors bilan ! La situation est aggravée par la mise sous surveillance de la dette de la France pour 3 mois par l’agence Moody’s et par SP ; si à l’issue de ce délai le note française diminue, alors la qualité de sa signature dans le FESF baisserait ce qui ferait aussi diminuer la note de cet organisme. On aurait une spirale vicieuse. On est donc au bord du précipice et on risque de faire un grand pas en avant. La situation est de plus en plus critique que les plans d’austérité décidés par les gouvernements, apeurés par les agences de notation (une baisse de leur note entraînerait une forte hausse des taux de leurs emprunts ou même les rendrait tricards sur les marchés financiers), font diminuer la croissance donc les rentrées fiscales et accroissent ainsi les dettes. Pourquoi les gouvernements font-ils quand même ces plans de rigueur ? Parce que c’est pour eux une « divine surprise » que ce regain de crise : ils vont pouvoir imposer leurs mesures libérales, saboter les services publics, détruire la santé et l’éducation en les livrant au privé sans que les peuples puissent moufter. Du moins le pensent-ils alors que se multiplient pourtant les mouvements indignés. Pour eux la crise n’est pas due au libéralisme mais à son insuffisance ; il leur faut donc passer la surmultipliée. Par ailleurs, il est probable que certains gouvernements, dont celui du Tartarin de Neuilly, ne seraient pas contrits par une défaite électorale ; cela obligerait la prétendue gauche à faire le sale boulot et assurerait leur victoire massive aux élections suivantes comme le pense très fort M. Copé ou ses partisans UMP. En même temps l’euro, qui devrait baisser par suite de la situation de la zone éponyme, se maintient ce qui handicape les exportateurs européens. Why ? Because les autres pays font baisser leur propre monnaie afin de demeurer compétitifs dans la concurrence internationale. Dans cette ruse, les USA sont les meilleurs : leur taux d’intérêt est nul en termes réels et ils font tourner la planche à billet en monétisant la dette (la banque centrale, la FED, achète des bons du trésor US à gogo sur le thème de « l’ajustement quantitatif » ; donc contre des dettes US la Fed émet des dollars). Du coup les investisseurs empruntent en dollars à très faible taux pour investir dans les PVD ou dans les obligations sûres (celles de l’Allemagne qui rapportent 3 % sans risques) ; en retour les pays investis ainsi vendent les dollars apportés par les investisseurs, ce qui maintient le dollar à la baisse. Et les Chinois en profitent car le Yuan est indexé sur le dollar. 

Les solutions européennes à la crise de la dette et aux difficultés des banques restent dans le sauvetage libéral à tout prix, c’est-à-dire contre les peuples, du système libéral pourtant en train de s’écrouler. Comme avant 1940, ils préfèrent la honte à la guerre mais ils auront les deux sous forme de luttes sociales. C’est pourquoi ils font tout pour sauver les banques capitalistes ; et malgré les moulinets sur talonnettes les gouvernements n’ont en fait rien entrepris de sérieux contre la spéculation, les paradis fiscaux, la finance de l’ombre, la puissance des financiers. On a eu que des mesurettes comme Bâle III, les « accords » entre paradis fiscaux (certains, du reste, étant restés en dehors comme les îles britanniques ou le Luxembourg ou le Delaware ou Hong Kong) et les Etats, l’hypothétique taxe sur les transactions financières. Rien contre les agences de notation, les Hedge Funds, les CDS, les produits dérivés (dont les CDO titrisés), les LBO, etc. Pas de séparation entre banques de dépôt (ou commerciales) et les banques d’affaires (ou d’investissement) sauf aux USA et chez les Gibbies. Tsarko n’a toujours pas cassé le modèle frenchy de banque universelle, dont la partie dépôts est utilisée par la partie affaires pour spéculer. Pas grand-chose contre les marchés inorganisés (sans contrôle, dits de gré à gré) dont les ventes à découvert (en empruntant l’actif pour le revendre à terme) ou « à nu » (c’est-à-dire sans avoir les fonds ou les actifs, notamment pour les CDS où on peut s’assurer contre la perte d’un bien que l’on n’a pas !)) sont le fer de lance de la finance fantôme, contre l’effet de levier (acheter en empruntant pour l’essentiel), etc. D’ailleurs la spéculation a repris de plus belle mais cette fois sur les matières premières, les produits agricoles et les dettes publiques. En outre, en France les banques peuvent continuer de rançonner leurs clients avec leurs prétendus frais, les dates de valeur (vous déposez 100 euros le 1er du mois, il ne vous est compté que les 3 ou 4) et sans rémunérer les dépôts. Il y a pourtant une solution bien simple pour se débarrasser des banques privées. Il suffit de créer une grande banque socialisée (dirigée par une fédération combinant les représentants des clients (déposants, transformés en « actionnaires »), des collectivités locales, des associations de défense, des salariés et, moderato de la puissance publique, des entreprises du tiers secteur social et coopératif) qui recueillerait les dépôts en les rémunérant et ferait la médiation entre les emprunteurs et les déposants, sans spéculer. Des éléments de cette banque existent déjà en France avec la banque postale, le crédit coopératif ou mutuel, la Caisse des dépôts et consignations et même le trésor où autrefois chacun pouvait autrefois avoir un compte. Il suffirait de les étendre et de les socialiser. Cette banque, bien moins onéreuse que les banques privées, les ferait peu à peu disparaître au nom de la « concurrence libre et non faussée » ! Il n’y aurait donc pas à les recapitaliser ; on se contenterait de les laisser crever en incitant les déposants à retirer leur fric en danger pour le mettre dans la banque fédérée. Cette banque serait autorisée à faire des avances au gouvernement comme cela se faisait autrefois avant que Pompidou et Giscard ne le suppriment pour forcer l’Etat à emprunter sur les marchés financiers (d’où le fait que 70 % de la dette extérieure publique française sont détenus par l’étranger et donc les pressions des agences de notation). Cette banque aurait le monopole des emprunts d’Etat, lesquels seraient ré-ouverts au public alors que les compradores socialistes ont donné aux banques privées l’oligopole de la chose (un pékin ne peut pas souscrire directement des obligations publiques et les banques se les réservent ; essayez donc aujourd’hui d’acheter des obligations d’Etat ; c’est quasiment impossible). Ainsi la dette publique pourrait être détenue par les résidents français au lieu d’être soumise à la spéculation internationale ; c’est ce qui la force du japon dont 97 % de la dette appartient aux Japonais ! On notera que tout a été fait pour obliger les pays à emprunter aux marchés financiers ou aux banques. C’est aussi la fonction de l’euro avec lequel il leur est interdit d’émettre de la monnaie ; ils n’ont donc plus de politique monétaire possible ni le droit de dévaluer. Grand vainqueur : la Teutonie qui depuis des lustres a imposé son « ordo-libéralisme » à l’Europe. 

On notera que ce qui a permis la spéculation sur les dettes d’Etat (suppression des avances de la banque de France, monopole de la souscription des emprunts publics donné aux banques privées, arrêt du contrôle des changes, libre circulation des capitaux, désindexation des salaires sur l’inflation, diminution des impôts sur les revenus financiers, distribution de stock-options, etc.) a été créé par les gouvernements libéraux, y compris socialistes. Or la monnaie et le crédit sont des biens publics que nul gouvernement ne peut confier légitimement à des banques privées. Même Adam Smith, dont les libéraux se réclament, avait prévu une exception pour la finance : celle-ci ne pouvait faire l’objet d’un marché autorégulateur ! Il faut donc aujourd’hui supprimer les banques privées, non par la force mais en les privant de déposants et d’outils de spéculation. On observera aussi que le rôle des parlements consiste à avaliser les décisions de l’exécutif pour appliquer les directives et les règlements européens (qu’ils ont déjà adoptés au sein du conseil). Sauf dans un cas, celui de la Germanie. En effet un arrêt déjà ancien de la cour constitutionnelle de Karlsruhe oblige le gouvernement teuton à faire examiner et approuver les projets de directives par le Bundestag, donc avant leur adoption par le conseil européen sur proposition de la commission de Barre-au-zoo. Ce qui confirme que la construction européenne, non seulement  a été faite en fonction des intérêts ordo-libéraux des Tudesques (l’ordo-libéralisme consiste à se servir de la loi érigée en fausse démocratie pour édicter les règles favorables au tout-marché concurrentiel) et cela depuis le début, mais encore que les cousins germains ont pris leur précaution pour empêcher toute directive contraire. C’est pourquoi Raskoltignac 1er  est obligé de mendier auprès d’Angela. C’est ainsi que les Fridolins ont imposé un euro fort et une BCE concentrée sur la seule inflation et interdite de prêts aux Etats. C’est tout bénef car la Germanie fait fabriquer en Europe de l’Est à bas salaires et à monnaie hors euro (donc si l’euro monte, la valeur des achats allemands à ces pays, exprimée en euros, baisse.) et fait assembler en Teutonie en ajoutant l’étiquette « made in Germany ». Par ailleurs, les Germains ont fait une politique de désinflation compétitive (équivalent à une dévaluation de 10 %, dont 3 % de TVA « sociale ») pour exporter chez les voisins tout en réduisant leur consommation intérieure. Félicitations. Que faisait la France (et les autres) pendant le « miracle allemand » ? Cela ne pouvait pas marcher car les pays unis sous une monnaie unique étaient trop hétérogènes et parce que les excédents commerciaux des uns étaient les déficits des autres, compensés par un flux d’emprunts de sens inverse. Résoudre les problèmes financiers ne servira à rien si ceux des déficits commerciaux structurels et de la désindustrialisation de l’Europe (hors Teutonie) ne sont pas réglés. Oremus. 

Et si la France vivait en autarcie ?

Classé dans : politique — 11 octobre, 2011 @ 11:29

L’UMP moque les propositions de Montebourg ou de Mélenchon pour ce qui est d’une « démondialisation » par un protectionnisme modéré contre la concurrence déloyale de moult pays. Elle souligne qu’un travailleur sur 4 opère pour l’exportation, ce qui ne fait jamais, grosso modo, que 25 % du PIB. Dans le PIB nous trouvons nombre d’activités prédatrices et rentières : la banque, la finance, l’assurance privée, qui sont socialisables, la publicité qui est à interdire. On a aussi des fonctions inutiles comme l’armée et ses bombinettes (dans les 40 milliards) ou surdimensionnées comme la poulaille en tout genre. Nous avons aussi les boîtes qui bénéficient d’une concession indue de service public et qui rançonnent le consommateur en étant aidées par des politicards bienveillants ; l’exemple typique en étant les compagnies des eaux. Nous avons les fonctions qui seraient mieux rendues, et cela pour beaucoup moins cher, par des organismes publics ; par exemple, les agences immobilières, qui taxent les transactions en pourcentage, pourraient être utilement remplacées par un service public municipal facturant au forfait. Nous enregistrons les délégations de service dans des partenariats public/privé dans lesquelles le profit accroît la facture. Car, on ne le dira jamais assez, une entreprise privée est toujours plus coûteuse qu’un service public bien géré car il y a le profit en plus. On compte dans le PIB la réparation de toutes les nuisances causées par l’industrie, la chimie, la pharmacie, les transports par camion ou avion, etc. On ferait mieux de prévenir. On a dans les fonctions publiques de vraies prédations comme, par exemple, l’activité des conservateurs des hypothèques en doublon avec celle des notaires. On a une sur- administration avec le millefeuille territorial ce qui fait des tas de notables rétribués et des redondances de compétences et de fonctionnaires. Ne croyez-vous pas que tout cela fait nettement plus que 25 % de PIB et que le supprimer compenserait la perte des exportations ? Je demande donc à un économiste distingué de faire le calcul, assez simple pour qui dispose des comptes nationaux, et qui, curieusement, n’est jamais fait par les statisticiens publics. Prenons le risque d’être accusé d’utopisme. Rêvons d’une France en quasi autarcie, sans monnaie, à économie fondée sur les coopératives et les mutuelles décentralisées, fédérées  et contractant entre elles sur le principe équivalent contre équivalent. Serait-on dans la misère ? Non, la France a de tout, même des bananes, du chocolat, du thé et du café, des épices (avec ses DOM-TOM) ; elle a 400 fromages, de nombreuses races de bovins superbes (Aubrac, Salers, Charolais, Limousine, Normande, etc.) ou de moutons ou de porcs et de volailles, des milliers de bons vins, des spiritueux nombreux et variés (cognac, armagnac, chartreuse, bénédictine, génépi, calvados, eaux de vie de fruit comme le kirsch, etc.). Elle a de longues côtes encore poissonneuses mais exploitées par les flottes étrangères jusque dans ses eaux territoriales. Elle a la plus grande forêt d’Europe et plein de gibier. Elle a encore des chercheurs, des toubibs, des enseignants, des ingénieurs de haut niveau. Elle n’a pas besoin de financiers, de banquiers, de traders, de pubards. Elle a trop de comptables chargés de calculer les recettes, les dépenses et les profits, d’administratifs, de cadres et de bureaucrates chargés de surveiller les travailleurs, de statisticiens au service du pouvoir ou des boîtes privées. Sans valorisation monétaire, tous ces gens sont à reconvertir dans des activités socialement utiles. La France, en revanche manque d’agriculteurs (eu égard aux exportations) mais sa production pour son territoire est bien suffisante en regard de ses besoins alimentaires et de sa productivité. On pourrait donc, en se contentant d’une production ajustée aux besoins, diminuer drastiquement l’usage des engrais, pesticides, fongicides et développer une agriculture « bio », on pourrait renouer avec l’élevage de prairie et développer la forêt (source de plaisir, de matériau-bois au lieu de béton, et de biomasse). On devrait supprimer les élevages intensifs de porcs et de volailles calibrés sur l’exportation et produisant du lisier et autres cochonneries, si j’ose dire, qui polluent les nappes phréatiques, les rivières et même les plages avec les algues vertes. 

De même, la productivité industrielle actuelle permet de réduire le temps de travail puisqu’on ne ferait fonctionner les machines que le temps nécessaire à la production satisfaisant les besoins. Il nous manque du pétrole et du gaz ? Faribole : on peut développer les transports en commun au lieu de la bagnole avec ses routes qui mangent les terres au profit du BTP et des compagnies d’autoroutes (privatisées par Villepin) ; on peut utiliser du gaz de biomasse et retrouver les bons vieux gazogènes utilisés pour les véhicules pendant la 2ème guerre mondiale (pour les transports locaux de marchandises) ; les algues peuvent en donner aussi et tout végétal ; on utiliserait les productions locales, notamment dans des AMAP, ce qui diminuerait les transports à distance, rendant le gazogène suffisant. Les matières organiques peuvent être utilisées pour faire des plastiques et autres biens issus du pétrole. On aura dans quelque temps l’énergie de l’hydrogène qui est non polluante. Les usages de dérivés du pétrole comme le kérosène (avions) peuvent être très lourdement taxés ; du reste la France n’est-elle pas très riche en sites et en monuments (d’où les 70 millions de visiteurs étrangers par an) que les Français pourraient aller voir au lieu d’aller faire par avion du bronze-cul ailleurs ? On n’a plus certaines industries manufacturières (produits bruns et blancs comme les téléviseurs, les PC, l’électroménager, etc.) ou pas assez ? On peut en recréer car si on ne le fait plus aujourd’hui c’est à cause de la spécialisation mondiale et du défaut de rentabilité des productions françaises concurrencées par le low costOn sait faire et on saura innover pour le futur grâce à la qualité de notre recherche enfin débarrassée des impératifs de rentabilité. On peut faire des économies de temps de travail : plus d’armée, beaucoup moins de politicards, de fonctionnaires administratifs et fiscaux, pas de publicitaires et d’agents de relations publiques, pas de financiers et banquiers, bien meilleure santé et diminution des frais médicaux (nature retrouvée, alimentation saine, plus de produits chimiques, moins de stress), moins de flics puisqu’il n’y aurait plus d’incitation à la consommation ostentatoire et rivale, bien moins de riches et donc moins d’envie et de vols, etc. Dans ce modèle de société frugale, égalitaire, libérée du pognon serait-on moins riche ? Bien sûr que non car aujourd’hui on calcule la richesse en termes monétaires et non en termes réels de satisfaction des besoins, de qualité de vie, de bonheur. On ne serait pas riche des nuisances, des gaspillages, des corruptions, etc. qu’amène l’argent-roi. On aurait le BBN (bonheur brut national) comme le Bhoutan dans l’Himalaya au lieu du PIB (production dans le pays) ou du PNB (PIB plus solde des échanges, y compris financiers, avec l’extérieur). En revanche, les profiteurs (banquiers, PDG, financiers, politicards, grandes surfaces commerciales, multinationales, industriels privés, publicitaires, communicants, etc.) seraient bien moins riches. S’ils ne sont pas contents, « qu’ils s’en aillent tous » (dixit Mélenchon). Mais leurs biens resteront en France, de même que leurs capitaux (la fraude sera très sévèrement punie) et ils perdront leur citoyenneté. Comme on dit, on ne peut être à la fois dedans et dehors comme le facilite la ridicule création de sièges de représentants des Français à l’étranger (plus 11 députés, plus 5 sénateurs, récemment !). 

Avec tout cela et la suppression des activités inutiles, serait-on malheureux ? On aurait certes moins de fric amis est-ce la vraie richesse ? On aurait plus facilement une « société des égaux » car les fruits de l’économie seraient bien mieux répartis et la richesse monétaire aurait disparu à l’étranger. On retrouverait beaucoup de temps libre pour des activités festives, relationnelles, amicales, artistiques, créatrices, etc. Le travail serait très partagé car les inutiles ou nuisibles ou budgétivores seraient remis au boulot dans des fonctions répondant aux besoins. On aurait moins de compétition, d’ostentation, de stress. Bref, on serait bien plus heureux et bien plus riche de qualité de la vie et des relations sociales. En fait, on n’aurait pas perdu de PIB ; seulement l’expression monétaire de celui-ci. 

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