les armes de la critique

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EDF ment

Classé dans : Non classé — 9 juillet, 2009 @ 11:40

                                                                   Rappelons qu’EDF n’est plus depuis 2005 un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC).  C’est une SA pouvant avoir des actionnaires privés (et avec des actions vendues à bas prix au personnel volontaire lors de l’introduction en bourse). L’Etat détient  actuellement environ 85 % des titres. Le titre a été offert en bourse pour 32 euros ; il en vaut 31 maintenant (il était monté avant le krach à 85). L’Etat, cela faisant partie du deal syndicats-Sarkozy en 2005, doit conserver au moins 51 % des titres. Il en était de même pour GDF qui a été bradé à Suez en 2007, ce qui malgré la promesse, a fait descendre la participation de l’Etat à 34 % du capital (et encore il a fallu faire grimper le cours de GDF en augmentant les tarifs de façon disproportionnée et en vendant ensuite les stocks achetés plus bas au nouveau tarif). C’est la même évolution que pour France-télécom et ce sera pareil pour EDF puis la Poste, car les promesses des gouvernants n’engagent jamais que les couillons qui les croient.

EDF conserve des missions de service public mais leur financement a été intégralement reporté sur les « clients » : aide aux familles démunies, tarif spécial de consommation minimale pour elles, avantages maintenus aux retraites d’EDF (passées au régime général et aux régimes généraux de complémentaires contre une « soulte », mais laissant à la charge d’EDF les avantages non disparus [dont le principal est que le taux de remplacement a été maintenu à 75 %  du salaire moyen des 6 derniers mois d’activité], alors que l’Etat sarkozyen avait promis d’éradiquer les régimes spéciaux), subvention aux énergies renouvelables (dont la production dite des auto-producteurs est obligatoirement rachetée par EDF à un tarif supérieur à son propre coût de production !), aide à la Corse et aux Dom-Tom.  Si on additionne toutes ces taxes nouvelles aux anciennes (taxe municipale et départementale variant entre 8 et 12 %), si on y ajoute la TVA, qui ô miracle s’applique non seulement au prix hors taxe mais aussi aux taxes, on arrive à Paris à une taxation de l’électricité, pourtant bien indispensable, à environ 38%. Et tenez-vous bien, dissimulée dans les comptes et inconnue du grand public, il faudrait à Paris y ajouter une « redevance de concession » de 400 millions de francs ! M. Delanoix ne s’en vante pas… (redevance existant aussi à Marseille et à Lyon et qui consiste à faire financer ces métropoles par le reste des régions et villes ou villages puisque les tarifs sont encore uniques sur le territoire au nom de l’égalité de traitement des usagers !).

Or donc, ne voilà-t-il pas que M. Gadonneix,  PG d’EDF, dit « so what ? ou Sot watt, réclame le 8 juillet 2009 une augmentation de 20 %  (sur 3 ans) des tarifs (domestiques, industriels ? ce n’est pas dit). Rappelons les taxes à Paris, soit 38 % du tarif hors taxes. Soyons  généreux et arrondissons à 40. Cela veut dire que le prix de l’électricité se verra ajouter 40% de 20%, soit plus 8 % en fait en plus des 20, donc plus 28 % environ. C’est la gabelle moderne ! Evidemment Sot watt n’a revendiqué que l’augmentation hors taxe…

Pourquoi une demande aussi exorbitante ? Rappelons que du temps de l’EPIC, géré par des Boîteux, des Massé, des Delouvrier, avant que les socialos n’y foutent des Ménage (repris de justice pour écoutes illégales) ou des Roussely, dit Brousse-lie car spécialiste de la terre brûlée ou Bruce Lit car c’est le président qu’a raté ou des Alphandéry (moins drôle que Robert), investissaient énormément, puis faisait baisser la dette (devenue colossale par suite des investissements nucléaires) tout en diminuant les tarifs. Et ne voilà-t-il pas que sans investissements de production, So What a re-haussé  la dette à environ 25 milliards d’euros. A quoi il faut ajouter les 3,2 milliards obtenus grâce au récent emprunt à prix d’or lancé dans le public français uniquement pour des raisons publicitaires et d’image.

Car Gado s’est en fait endetté et même surendetté. Comment ? En achetant des firmes à l’étranger, comme une grosse boîte (il y a cependant une procédure judiciaire aux USA pour cette affaire) aux USA (prix prévu dans les 4/5 Milliards) et surtout British Energy (production nucléaire) pour pas loin de 20 milliards (en partie payés par des ventes d’actifs). Car Gado-watt préfère acheter les concurrents étrangers qui sont plus rentables que la France où les tarifs sont « réglementés » par la puissance publique et inférieurs aux tarifs européens. Et maintenant la cigale se fait fourmi ! car l’argent dépensé à l’extérieur manque désormais pour investir en France ! Mais Gado, libéral formé aussi à Harvard après l’X et fervent partisan du benchmarking (comparaison), ment par omission. Car ledit benchmarking (que curieusement l’on n’applique pas dans ce cas) montre qu’EDF est moins endettée que les firmes multinationales de taille comparable. Elle peut donc continuer d’emprunter, ce qu’elle vient du reste de montrer, et sa notation est de type AAA (presque le mieux ; non, ce n’est pas l’association des amis de l’andouillette). Le but caché de la hausse des tarifs est donc déjà de ne pas trop augmenter la dette. En effet, la valeur boursière d’EDF  (total de la valeur des titres) est entrain de baisser par suite de la crise (baisse des valeurs et actifs mais aussi baisse des ventes, ce qui renforce la 1ère). Il s’ensuit que le taux d’endettement (dette sur valeur boursière propre ou sur l’ensemble des actifs) risque de grimper. La baisse boursière du titre est aussi liée au très maigre rendement des dividendes : en tant qu’ancien agent, j’avais acheté 72 titres (sur le marché pas en tant qu’agent car je ne voulais pas faire usage d’un nouveau privilège). Dividende 2009 : 40,53 euros pour 72 titres achetés 32 euros (2304) soit 1,17 % de rendement. On trouvera mieux, notamment avec le futur emprunt d’Etat.

Une raison, peut être la seule valable, mais cachée car trop compliquée pour ces ânes de Français, serait que les tarifs actuels ne correspondent plus au « coût marginal de développement ». C’est à vérifier.  Mais, si c’est le cas, ce serait un hommage du vice à la vertu car c’est L’Epic (sous Massé puis Boîteux) qui a inventé cette façon de tarifer. Aujourd’hui la SA EDF ne raisonne qu’en termes financiers, de coûts et de charges, de profits. D’où l’achat de British Energy, plus rentable.

Peut être croyez vous encore qu’un service public français doit d’abord servir la France. Illusion ; cela doit d’abord servir l’actionnaire. Il y a 2/3 ans, en été une panne accidentelle chez les Teutons a amené EDF à couper les clients d’Ile de France pour honorer le contrat de fourniture passé avec eux ! Couper les Français, malgré l’obligation de continuité du service, pour alimenter les Tudesques sans avoir de pénalité contractuelle, voilà un des bienfaits du libéralisme européen !

Sot watt se plaint de ce que les tarifs n’ont pas suivi  l’inflation (soi-disant moins 40 % en francs constants). Remarquons qu’il est normal dans un service public que les tarifs baissent à cause des progrès de productivité et des économies, notamment de personnel. Car ledit service doit obéir à un principe de « mutabilité » ; c’est-à-dire qu’il doit faire profiter ses « usagers » de toutes les améliorations effectuées dans tous les domaines. Evidemment, dans les SA, ces progrès sont phagocytés par les actionnaires. Adieu donc les principes de service public que le pouvoir continue pourtant d’afficher comme régissant encore l’entreprise. Et des progrès et des économies, il y en a. Déjà la boîte a bazardé tout son système interne d’écoles et de centres d’études, a vendu son parc immobilier pour devenir locataire de ses propres locaux (Roussely, etc., ce n’est pas forcément mieux car il faudrait prouver que louer est moins cher que d’être proprio), a porté la durée de vie des centrales à 40 ans au lieu de 30 (sur le papier, car justement une autorité indépendante est en train de les inspecter pour savoir si ce n’est pas dangereux ; et, tenez-vous bien !, EDF réclame déjà le passage à 60 ans, alors que l’inspection pour 40 n’est pas finie, sous prétexte qu’aux USA les ¾ des centrales ont obtenu les 60. Le benchmarker So what ? oublie que dans ce pays ce sont les lobbys énergétiques qui dirigent et, à l’instar d’Enron, des labos pharmaceutiques, de la finance, obtiennent tout ce qu’ils veulent de l’administration).

Autres économies : on rogne sur les salaires, et maintenant les dividendes des salariés et autres. Mais cela n’a pas empêché pas les dirigeants d’EDF d’avoir, par petites étapes (dont en 2009) multiplié leur rétribution par 8 à 10 par rapport à ce que touchaient les vrais serviteurs de l’Etat qu’étaient Massé, Boîteux ou Bergougnoux. Ces faibles augmentations des salaires,  ajoutées à des baisses d’effectifs  et à des passages massifs à la sous-traitance,  ont conduit à des grèves musclées avec coupures (et on appelle la maréchaussée plutôt que de négocier) et à une grève pour les opérations de maintenance, ce qui a retardé les plannings d’arrêts de tranche (entretien et révision), ce qui  conduit à importer du jus cet été chez les Gibbies, les Ibères, les Romains et les Germains.  C’est merveilleux ; les dirigeants se sucrent grassement et réduisent les agents à la portion congrue…comme ailleurs. Car EDF ne fait plus qu’appliquer les canons de l’économie libérale, concurrentielle, libre et non faussée. L e résultat brut d’exploitation, nommé désormais EBITDA ou à peu près, je m’en fous, est devenu la bible du management libéralo-capitaliste. Remarquez, ce serait pareil avec un EPIC qui obéirait à la logique libérale pure. Cela a du reste commencé dès 1989. Un secteur est victime tout particulièrement de cette course au profit ; c’est celui de la maintenance des centrales nucléaires sous-traitée à des sous-traitants de sous-traitants de sous-traitants (and so on, comme dirait So what ?) pour faire baisser les prix (et la formation et l’expérience des opérateurs). D’où le joli surnom reçu pas lesdits opérateurs extérieurs : « viande à rems ».

Donc, au lieu d’augmenter les tarifs, on pourrait réserver le pognon aux investissements de production en France à la place du rachat de boîtes étrangères (à prix d’or sans doute par surévaluation). On pourrait aussi revenir à la saine politique de productivité par l’investissement et l’organisation comme au bon vieux temps de l’EPIC.

Mais il y a une autre raison aux contorsions de Sot Watt. Les tarifs réglementés vont être supprimés par l’UE en 2010. Car au nom de la concurrence, il faut laisser jouer les prix. C’est magnifique ; d’habitude on invoque la concurrence pour les faire baisser. Là, ce sera pour les augmenter car les Teutons (et autres), munis de centrales au lignite (il faut donc les équiper de coûteux dispositifs de dépollution des fumées et d’enfermement du dioxyde de carbone), ont des coûts de revient supérieurs à ceux des grenouilles. C’est de la concurrence déloyale, pensez-donc ; grâce au nucléaire la France produit moins cher que les Tudesques ! Alors, Gado, sans doute poussé par le pouvoir qui veut lui faire endosser la chose, ou, c’est plus pervers se donner le luxe de rabattre ses prétentions pour défendre « le pouvoir d’achat » des Français, prend les devants. Comme disait l’autre : quand on ne peut rien aux phénomènes ou aux mystères, feignons de les organiser. Radio Gado ment, radio Gado est allemand (au lignite). 

la conception du pouvoir chez not’ maître

Classé dans : Non classé — 5 juillet, 2009 @ 7:58

 

                                                          

Notre Conducator a une idée très particulière du pouvoir ; du moins le croit-il en ignorant que sa rupture en ce domaine le rétrograde au rang des conceptions les plus éculées ; celles-ci bien entendu continuent de dominer dans les esprits mégalomanes des chefs ou autres « manageurs »  pour la plupart autoproclamés. Pour notre Lider (minimo ?) Maximo, Hun francisé de 2ème génération, le pouvoir c’est le droit de commander en étant obéi par les assujettis, sinon les sujets du monarque élu (eh oui, il y a des monarchies électives contrairement à ce qui a été répondu à  Joffrin,  du baveux Libération » ; il faut faire un peu de grec : monarchie signifie seulement gouvernement d’un seul).  D’où vient ce droit chez Tsarkocescu 1er ?  Elémentaire, mon cher François Fion : ce droit lui est conféré par le fait que il a été élu. Ce faisant, notre Caudillo confond deux notions : l’autorité et le pouvoir. L’autorité procède de la base vers le sommet ; elle se mérite ; elle est consentement à obéir à celui qui la détient. Le pouvoir, lui, émane du haut et descend sur la base ; il s’impose au besoin par la force, il s’exerce. Le pouvoir du chef est revendiqué comme attribution personnelle par nomination et est même présenté par lui comme étant sa propriété. L’autorité émane de la collectivité et repose sur un critère socialement reconnu de légitimité qui la fonde. Ce critère, si j’en crois Max Weber, peut être la compétence, la tradition ou le charisme ou aura personnelle. Dans le cas de notre Leader (price), ce ne peut être la tradition (à la place on a la trade-iction, l’addiction au commerce) puisqu’il la récuse au nom de la rupture. Est-ce son charisme ? J’en doute fort car il n’a rien du général de Gaulle (grand, cultivé, merveilleux écrivain, respectueux de la tradition républicaine et réformateur social, homme de conviction et de négociation, etc.), ni même de Pétain qui était auréolé par la victoire de Verdun  et son physique de beau vieillard en pleine forme.  Rappelons que normalement les titulaires provisoires du pouvoir suprême font preuve de retenue, de distance, de recul, de mystère, de majesté, ce qu’il a clairement aboli, notamment dans son langage vulgaire et sa syntaxe approximative. L’usage des talonnettes et, paraît-il, d’un coach en musculation du périnée (en tant que petit père inné du peuple), l’affichage bling bling à Rolex et à Ray-Ban, l’agitation des mouvements et des paroles, les colères contre les collaborateurs défaillants à ses yeux, l’affichage médiatique de sa nouvelle moitié si « pipole », la monopolisation de tous les pouvoirs comme s’il craignait d’en perdre la maîtrise, etc., tout cela ne plaide pas en faveur de son charisme. Tout se passe comme s’il  pressentait qu’il  n’en avait pas et qu’il lui faut des béquilles et des artifices pour le cacher. Reste la compétence. Eh bien, pas non plus : en dehors du droit des affaires (sachant qu’il piétine allégrement le reste du droit, avec sa sbire Arachid Data, notamment pour les principes généraux du droit et l’indépendance de l’autorité judiciaire), il ne me parait pas avoir des compétences en économie, en finance, en philosophie politique, en matière religieuse, en sociologie, etc. Par ailleurs, le Führer (de vivre) n’a pas encore compris qu’on « ne change pas la société par décret « (titre célèbre de Crozier, il y a bien 40 ans) : il faut négocier, discuter, mettre en débat public, prendre son temps pour ne pas bousculer les acquis sociaux et les traditions sans contrepartie et susciter des résistances (encore que…avec la complicité des syndicats fantoches et du social-libéralisme compradore du PS, notre grand chef ne risque pas grand-chose dans le domaine institutionnel). La résistance, faute de relais syndical ou politique, a lieu dans la rue. D’où la complainte du Prince : j’ai le pouvoir de l’Etat de droit (lire : j’ai le droit, par mon état, de tenir les rênes du pouvoir) par suite des élections de 2007, et ce n’est donc pas à la rue d’invalider ledit pouvoir qui m’a été légalement attribué. Ce qui ajoute un 4ème critère à la liste de Weber : la légalité ; objection, votre Altesse peu sérénissime, la légalité ne confère pas l’autorité parce qu’elle n’est pas un principe de légitimité. La loi n’a jamais été le critérium du juste, du bon, du bien ; elle n’est que le moyen dont disposent les représentants politiques pour établir un ordre juridique ; la loi établie n’est que le droit « positif » en place, qui peut parfaitement être illégitime parce qu’il peut violer la morale, les mœurs, la culture, l’histoire, la justice, les intérêts du plus grand nombre…Du reste, quelle légalité y a- t-il dans un mode de scrutin parfaitement inique et le bidouillage des circonscriptions électorales, la mainmise sur le  parlement avec des députés godillots, le primat des décrets et ordonnances de l’exécutif sur la loi votée ? Quelle légitimité y-a-t-il dans les lois que notre Conducator a fait voter et qui torpillent le droit social, le droit du travail, la fiscalité progressive, la sécurité sociale et l’hôpital public, l’université et la recherche au profit d’une optique libérale et managériale sans restriction ?  Ce Lider électif continue d’importer en France le modèle hyper-libéral anglo-saxon, alors même qu’il vient de faire faillite, contre le modèle social français établi dans la résistance (programme du Conseil National de la Résistance, CNR, dont le prince, ô surprise vient récemment de se réclamer !) qui est détricoté en contrebande. Voilà sa rupture, mais elle est illégitime (et faite sournoisement)  parce que le peuple ne l’a pas élu pour cela. Qu’est-ce alors que le pouvoir pour lui puisqu’il ne dispose ni de l’autorité ni de la légitimité ? La question est d’importance puisqu’il est un tenant, obsolète, archaïque, réactionnaire, de l’unicité du commandement édicté par le chef, comme à l’armée, ce qui ne l’a pas alarmé. Des chefs, munis du droit absolu de commander et de décider, il en met partout : à l’université, à l’école, au lycée, à l’hôpital. C’est que c’est comme cela qu’il pense le management, lequel est son modèle issu du privé pour la gestion de la chose publique (Res Publica). C’est parce que le chef est nommé personnellement. Par qui ? Par lui, parbleu, afin qu’il applique sa politique et lui fasse allégeance. Et celui qui ne le satisfait pas est tout simplement viré (ce ne sont pas les exemples qui manquent). Le chef pour lui n’est que le délégataire de son propre pouvoir. Il est à son service ; il est sa propriété ; il doit servir ses ambitions. Ce n’est qu’un pion. Son rôle n’est plus de défendre l’intérêt général et de promouvoir le bien public ; il est de réaliser les  desseins du big boss qui manage la France. Car le Caudillo n’est jamais que le préposé du Kapital.  Mais je m’aperçois que j’ai erré en affublant le big Chief (mol) des épithètes de Caudillo, Lider, etc. Car sa conception du pouvoir est rétrograde par rapport à ces différentes variétés de dictateurs. Ceux-ci prenaient soin de ne pas s’appeler chef mais guide, meneur, conducteur, animateur,  afin de cacher leur totalitarisme. Certes Tsarkocescu n’est pas un dictateur et il a au moins le mérite de ne pas cacher la couleur : il ne se prétend pas seulement guide, il affiche son statut de chef alors que même Louis XIV ne disait pas je veux mais nous voulons. Chez lui, c’est  « Je » à tout bout de champ. C’est bien de la rupture archi-rétrograde qu’il montre dans ce domaine. En fait, avec lui on revient au féodalisme, à l’idée du pouvoir comme apanage de l’UN (ce que La Boétie avait critiqué dans son Discours sur la servitude volontaire paru au 16ème siècle et sous-titré le Contr’ un !). On revient à Attila, roi des Huns. On retourne au pouvoir dans les chefferies comme si les Français formaient un peuple « pas assez entré dans l’histoire ». Car comme on disait contre Corneille : après Agésilas, hélas ; mais après Attila, holà ; et après Attali, hi hi… Le chef, chez notre chanoine de St-Jean de Latran, ne s’entoure que de béni-oui-oui, de Pathé-Marconi attachés à la voix de leur maître. Dans cette posture, foin de la créativité, de l’initiative et même de la responsabilité. Adieu la coopération, pourtant bien plus efficace que l’autoritarisme et la peur d’être révoqué. Même Berlusconi n’en use pas ainsi : l’Italie n’est pas à sa botte. L’ incompétence du chef,  en forme d’ignorance encyclopédique, se voit aussi dans sa conception de son rôle vis-à-vis de l’Etat. Il n’a pas  percuté que la notion d’Etat a été établie dès le 17ème siècle pour rendre le pouvoir de la société sur elle-même (la souveraineté) indépendant de toute personne, pour rompre avec le double corps du roi (le roi personne physique et le roi incarnation du corps social). L’Etat n’est qu’une fiction juridique pour symboliser la puissance souveraine et la faire passer du potentiel à la structure d’action ; c’est une forme d’organisation symbolique de la souveraineté (forme que l’anarchisme récuse comme tout pouvoir d’Etat). Comme notre chef à tous dit quasiment que l’Etat c’est lui puisqu’il a été légalement élu, on en revient à la personnalisation du pouvoir et de l’Etat, ce que justement les philosophes et les juristes libéraux avaient voulu proscrire dès le 17ème siècle ! Cela, c’est vraiment de la rupture par régression de près de 4 siècles. Ce qu’il n’a  pas pigé non plus, c’est que les représentants politiques ne sont pas les propriétaires de l’Etat, encore moins les possesseurs de la souveraineté, mais les détenteurs provisoires de l’exercice du pouvoir d’Etat afin d’utiliser la structure étatique pour conduire l’action politique. Car dans la philosophie libérale (que les Anars récusent mais dont le chef se réclame), l’Etat est non seulement impersonnel mais encore pérenne, institutionnalisé dans la très longue durée (ce qui est la définition de l’institution). Les dépositaires momentanés de l’exercice du pouvoir d’Etat sont donc illégitimes dès lors que leur passage au pouvoir se traduit par la coupure avec le passé, l’histoire et la culture du pays et la réduction des possibilités de l’avenir des générations futures à des tripatouillages circonstanciels pour favoriser leurs amis de la finance, de l’entreprise, des médias, du parti, tout en le camouflant suffisamment afin de se faire réélire. Car qui ne voit que le manageur en chef de l’entreprise France fait fi du passé et  obère le futur pour figer la société dans le modèle néolibéral de « la concurrence libre et non faussée » et la soumission au primat des USA ?  Toujours chez nos ancêtres libéraux de la philosophie politique, l’Etat doit être mis au service de l’intérêt général et du bien commun, non à celui d’intérêts particuliers, qui plus est historiquement marqués car le modèle libéralo-capitalisto-financier n’a rien d’universel ni de perpétuel. Il n’a guère que 30 ans… Notre propriétaire du pouvoir suprême ignore aussi que dans les sociétés libérales complexes, le pouvoir est un réseau formant système. Il n’y a pas le Pouvoir, avec un grand P, mais un système des pouvoirs, une interdépendance des pouvoirs tant en ce qui concerne leur contenu (pouvoir-savoir, pouvoir-avoir, pouvoir d’influence sociale, pouvoir politique), que pour leurs « sujets » de prise en charge (individus, organisations et institutions, entreprises, associations, etc.) et que pour leurs domaines de compétences (police, justice, économie, social, travail, santé, environnement, etc.). Cette complexité est l’autre nom de l’incertitude qui règne sur le résultat final de la confrontation permanente entre les pouvoirs. Elle ne dépend de personne et pourtant le chef a la fatuité, depuis son petit bureau, de vouloir régenter et contrôler la France, l’Europe, le monde comme s’il lui suffisait de claquer les doigts pour voir aussitôt ses volitions réalisées. Cela n’interdit pas de faire des projets (idée niée par le libéralisme actuel) mais requiert qu’ils soient élaborés collectivement avec tous les acteurs concernés. Mais, lui, il décide de tout tout seul (donc l’autre n’est pour lui qu’un toutou qui danse le one two two) et discute ensuite quand il s’étonne de rencontrer des oppositions. Notre super chef n’a pas compris que, à l’échelle de l’Europe, il n’était pas l’empereur mais seulement le Gauleiter de la France.  Last not least, chez Tsarkocescu le pouvoir, qui est évidemment une relation, est un rapport de domination et de subordination des autres, non un partage et un échange équilibré et symétrique. Du reste, son modèle est clair et même prôné et affiché : c’est celui du lien de subordination entre le manageur-chef et l’employé, cher à notre vieux contrat de travail, celui la-même que les socialos-libéraux en peau de lapin n’ont jamais modifié sur ce point… 

Psychanalyses de Tsarkocescu

Classé dans : Non classé — 3 juillet, 2009 @ 11:24

                                                       

Quand on examine le comportement de notre Conducator élu en 2007 on est perplexe. Lui qui veut détecter les comportements déviants dès la maternelle, qui veut faire enfermer les dingues ad vitam aeternam, lui qui veut empêcher par des décisions administratives les individus dangereux de sortir de taule, qui veut embastiller les bandes encore plus, qui veut sécuriser les écoles, karchériser les cités, etc. ne semble pas indemne des approches psychanalytiques. 

Le problème est que l’on ne sait pas laquelle lui appliquer. La psychologie d’Adler est une bonne candidate à l‘examen des conduites profondes du président. Rappelons que le comportement est observable par les tiers et qu’il a montré chez notre Caudillo de nombreux exemples de dérapage : colères contre les ministres, insultes (casse toi, pauv’con), bombage de torse (« descends, si t’es un homme tout en étant entouré de 200 CRS), mensonges éhontés (notamment celui de son rabibochage avec Cécilia, le temps de l’élection pour complaire à la droite catho, avant de s’en séparer 3 mois après et d’afficher sa nouvelle compagne), bling bling, affichage spectaculaire et spéculaire de sa nouvelle moitié, etc. Au contraire, la conduite, comme l’attitude, renvoie aux motivations profondes et permanentes du sujet, lesquelles s’actualisent en comportements lors des situations de relation. La psychologie adlérienne permet d’obtenir une 1ère analyse des conduites présidentielles. Rappelons qu’une des grandes conduites est le tout-à-l’égout, lequel, du reste, dispose de collecteurs importants que l’on appelle des « émissaires ». Comme bouc émissaire, comme émissaire.  L’omniprésident use abondamment des deux : le bouc émissaire (les terroristes de Tarnac, les voyous de la dalle d’Argenteuil, les bandes de la cité des 4000, les opposants en tout genre, la presse qui lui serait hostile ( !), la crise mondiale, les fonctionnaires drapés dans leurs acquis sociaux, les cons de Français qui ne comprennent pas sa géniale politique, etc. Cela permet d’éviter de s’interroger sur les conséquences de la politique libérale que le super président n’a cessé de soutenir et d’imiter. Et aussi l’émissaire, c’est-à-dire le délégué, le mandataire, le désigné pour le servir comme préposé aux basses œuvres. 

Revenons à Adler. Celui-ci nous explique que les complexes d’infériorité peuvent se transformer en sentiments de supériorité. Or le nano président a de multiples raisons d’être à l’origine complexé : pauvre (très relativement) chez les riches ; frère plus âgé et considéré comme supérieur, émigré de 2ème génération, études médiocres, diplôme de seconde zone, petite taille, physique peu avenant. D’où le renversement en sentiment de supériorité. Mais on se décide pas supérieur tout seul ; il faut que la supériorité soit reconnue et établie. D’où une volonté de puissance inébranlable et toutes les magouilles qui vont avec la conquête du pouvoir pour que les autres reconnaissent les éminentes qualités du chef en puissance puis avéré. Et souvenons-nous du précédent de Lapailleaunez (surnom donné à l’école de Brienne à Napoleone Buonaparte) de petite taille, peut être mauvais amoureux, ne sentant pas très bon et parlant un français très corsifié, et aux désastres où il a conduit la France. Le problème du sentiment de supériorité, c’est que ce n’est qu’un sentiment, lequel a besoin d’être certifié par le regard et l’attitude des autres. C’est pourquoi, l’omniprésident a besoin en permanence d’être rassuré sur ses capacités de séduction, d’être aimé, d’être suivi pour que le respect des autres lui confirme qu’il est effectivement le meilleur. Et malheur à celui qui l’ayant admiré perd ensuite l’estime du chef parce qu’il estimerait que l’impétrant lui aurait manqué. Triste situation d’immaturité psychologique où chacun se tient par la barbichette des signes mutuels d’amour réciproque à montrer sans cesse. C’est très anxiogène. 

Autre école : la bonne vieille  psychanalyse freudienne. Celle-ci diagnostique un narcissisme primaire chez tout enfant. C’est naturel et commun. Cependant, ce narcissisme, qui peut amener le sujet à vouloir réaliser ses volitions d’emprise sur ce qui l’entoure, est normalement tempéré par l’action du père, lequel, en tant que figure d’autorité et représentant de la culture fait acquérir les interdits sociaux au petit enfant. Il n’y a pas de société, il n’y a pas de culture sans intériorisation d’interdits et autres tabous et c’est le père qui, chez Freud, les fait acquérir. Eh bien, notre super président n’a guère eu de père puisque celui-ci s’est fait porter pâl(e) en abandonnant sa petite famille à la mère. Rappelons que chez Freud il y a 3 instances inconscientes de la personnalité : le ça, siège des pulsions, le surmoi, instance de l’intériorisation des interdits, le moi, lieu de l’autonomie de la personne en tant que sujet libre, raisonnable et capable de se conduire en société en endossant les multiples frustrations que ne manque pas de produire la vie individuelle en société. Privé de père, le surmoi  tsarkozyste est sûrement faible, ce qui veut dire que son moi narcissique et libidinal (libido, pulsion de vie et du sexe, d’où libidineux)  n’admet guère de limites à son ça : volonté de pouvoir, mégalomanie, désir de séduire, etc. En termes rousseauiste, cela signifie que l’amour de soi (que tout le monde a dans la société primitive sans inégalités sociales) se transforme en amour-propre ou attention permanente au regard des autres ou recherche incessante de l’approbation des autres. C’est ce que Adam Smith a transformé en sympathie par imitation : les pauvres ont de la sympathie pour les riches parce qu’il sont imitables en ce sens que tout le monde désire ce qui est désiré et montré par eux dans leurs possessions.  C’est sur cette psychologie de café du commerce qu’est bâti le libéralisme ! Il louange la jalousie (avoir ce que les autres ont) et sous-estime l’envie (détruire ce que les autres ont et que l’on n’a pas). Le passage de l’enfant à la maturité autonome exige chez Freud qu’il y ait des figures d’identification (idéal du moi, si je me souviens bien) auxquelles se raccrocher et qui servent de base à la construction de la personnalité. Mais  il faut aussi prendre son autonomie et se donner en outre un « moi idéal » comme modèle et visée « d’achievment » personnel.  D’où la possibilité de la mégalomanie et le discours permanent en termes de je, je, je qui est d’autant plus prégnant qu’il n’y a pas d’idéal du moi bien identifiable ou identifié. 

Nous avons aussi les développements de Mélanie Klein. A l‘origine, le bébé est un être totalement impuissant qui dépend entièrement de sa mère pour la réalisation du moindre de ses besoins. La mère est alors perçue par lui comme « imago » de toute-puissance ; c’est ce qui, si cette image persiste ensuite, donne la redoutable (imago) mère archaïque enfouie dans l’inconscient de l’adulte. Mais l’imago maternelle est clivée entre celle de la bonne mère qui accourt à ses cris pour le satisfaire et celle de la mauvaise mère qui ne vient pas et donc le menace de son retrait d’amour, chose impensable, sauf traumatisme profond par création d’un sentiment permanent et toujours réactualisé d’abandon, car alors le bébé périrait malgré sa libido de vie. Dès lors, toute personnalité est clivée, à des degrés divers en fonction de l’éducation, entre les deux imagos bonne ou mauvaise de la mère. D’où une angoisse permanente de perdre l’amour et les soins de la bonne mère, qui est pourtant la même que la mauvaise. Il n’y donc pas seulement clivage ; il y a aussi impossibilité de séparer les deux images et tout dépend de l’accentuation reçue dans l’esprit de l’enfant pour l’une ou l’autre image. Je pense que notre président a plutôt eu une mère versant sur le bon mais que pour des raisons que je ne connais pas, n’étant pas psychanalyste, il a incorporé l’image indifférenciée de la mère toute-puissante et a en permanence la peur d’être abandonné. D’où sa demande incessante de reconnaissance et d’admiration, sa mégalomanie, son désir de puissance absolue, son incapacité à reconnaître l’autre comme égal. Ainsi  a-t-il peut être développé plus que d’autres l’angoisse d’abandon, ce qui le pousse à faire des pieds et des mains pour être entouré afin de conjurer la menace de la solitude et de la non-reconnaissance de son identité et surtout de son excellence et de sa supériorité. 

Il y a aussi la psychologie profonde de Jung, père de la notion d’archétypes ou constantes enfouies de la psychologie humaine qui s’actualisent dans des symboles dont l’analyse historique et comparative, justement, permet de retrouver des déterminations universelles (les archétypes) dans toutes les cultures. Le pouvoir, dans ce qu’il a de sacré, est-il un de ces invariants transmis par la culture et intériorisés par certains ? Cela pourrait se détecter dans la conception du pouvoir développée par notre représentant en chef. Elle est des plus traditionnelles et renvoie à la mystique du chef quasiment prédestiné pour exercer les plus hautes fonctions et fondée sur l’unicité absolue du commandement. 

Et nous avons l’inénarrable Lacan dont je n’ai retenu que quelques idées-forces. Le phénomène majeur est l’accès au monde symbolique lors de l’âge du miroir : l’enfant perçoit qu’il est une entité grâce à son reflet dans la glace ; il accède ainsi à la conscience de soi. Mais, en même temps, il en résulte une « angoisse de morcellement » : l’image unifiée et unifiante du miroir crée la peur d’être coupé en rondelles séparées. Tsarkocescu ne serait-il pas tout le temps  dans la peur d’être saucissonné par le regard des autres, ce qui réactiverait l’insupportable angoisse de morcellement ? Par ailleurs, il y a le passage par le langage pour accéder au symbolique des interdits sociaux, car « l’inconscient est structuré comme un langage » et que le langage contient la symbolique sociale. Ce qui laisse inférer que l’acquisition du langage chez l’enfant est fondamentale. Mais lequel chez Tsarkocescu ? Le grec, le Magyar (ou HUN, eh eh,  comme symbole du non-morcellement),  le corse, le français de sa parentèle ? Un mix ? Cela expliquerait les difficultés que rencontre le nano président avec la syntaxe et la grammaire de la langue française. Mais s’il structure mal la langue, son inconscient n’est-il pas lui-même mal structuré ? Lacan analyse aussi que tout désir est désir d’un autre désir ? Celui de qui et avec quel contenu ? Il semble que le désir tsarkozyen soit le désir des riches, lequel est symbolisé par les signes de leur réussite, signes que évidemment pour être un pair (et manque) il faut pouvoir soi-même afficher : argent, pouvoir, renommée…Il imite les riches pour être en empathie avec eux car il reconnait que le désir des riches est légitime et est son modèle. On aura reconnu là la thèse libérale de l’empathie par imitation chère à Adam Smith. Thèse dont le remarquable défaut est d’être circulaire et autoréférentielle : son processus produit le désir d’imiter ce que les autres désirent comme désirable sans que l’on puisse sortir de ce désir mimétique qui se reflète à l’infini dans le désir du désir des autres. Ce qui nous amène à un grand auteur, à savoir René Girard, pour lequel l’identité mimétique des désirs conduit inévitablement au conflit entre « machines désirantes » (Deleuze et Guattari). C’est l’évidence même. Si Pierre (qui est en outre mon vrai jumeau) et moi, Jacques,  désirons Aglaé nous sommes forcément rivaux. Ce qui devrait donner à penser aux communistes égalitaristes puisque, alors, il ne suffit pas qu’un but soit identique pour qu’il devienne commun !  Bien au contraire ; la société ne peut être pacifiée que si elle est diversifiée et pluraliste et que l’expression, la mise en débat et la négociation entre acteurs différents dans leurs valeurs et leurs intérêts sont équilibrées grâce à des structures institutionnelles ad hoc. Une vraie démocratie, peut être ? 

Girard aggrave son cas : le mimétisme conduit à « la guerre de tous contre tous » chère à Hobbes. Et lorsque la société risque d’éclater, il faut exorciser le mal, le projeter à l’extérieur, en exonérer la société par désignation d’un bouc émissaire chargé de tous ses péchés. Et souvent le bouc émissaire dans les sociétés les plus anciennes est un couple de vrais jumeaux car leur identité physique est le symbole même du mimétisme qui a conduit la société aux portes de l’abîme. C’est pourquoi l’un des jumeaux de la louve romaine a tué l’autre. Tsarkocescu, en tant que chaud partisan du mimétisme ostentatoire et consumériste (Fouquet’s,  yacht de Bolloré, vacances de rêve chez Bush, Rolex, épouse riche et  glamour, etc.) fait du girardisme sans le savoir : les boucs émissaires sont les immigrés, les SDF, les pauvres, les chômeurs qui renvoient sur la société des riches les conséquences de leur mimétisme d’exclusion et qui  ternissent la bonne image de ladite société présentée faussement comme sociale et solidaire. Alors, autant exclure encore plus la possibilité de la mauvaise conscience des riches. Cachez ce (mal) sein que je ne saurai voir, ce malsain qui me culpabilise ! Zébulon 1er a bâti son succès sur un dérivé de qui m’aime me suive (imitez-moi car je vous imite) sans se rendre compte que son vrai slogan était : qui même me suive ! D’où le thème de l’identité nationale (pourtant porteuse du conflit mimétique) apparemment emprunté à Le Pen pour lui chouraver ses électeurs, mais conséquence profonde, en fait, du mimétisme tsarkozyen.  D’où le double discours de campagne et d’exercice du pouvoir. Le pas encore chauve sourit : voyez mes ailes, je vole au secours des riches, voyez ma peau,  je vous souris, prolos, car c’est la même que la vôtre que je vends aux riches sans vous le dire et en faisant semblant de la défendre. Sauf qu’il est aventureux de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué… 

Aux psychanalystes de trancher sur la personnalité de notre président (putain, encore 3 ans à tirer). Mais on voit déjà que dans tous les cas de figure nous avons à faire à une bizarre psychologie. Quand il veut substituer la prison (ce qui est déjà largement fait puisque 25 % des détenus relèvent en fait de la psychiatrie) aux soins psychologiques a-t-il pensé que lui aussi, au lieu de séjourner en asile, pourrait peut être un jour se retrouver en zonzon pour trahison du peuple? 

Radio Tsarko ment, radio Tsarko est so british

Classé dans : Non classé — 1 juillet, 2009 @ 10:29

                                      

Actuellement le pouvoir nous ment effrontément : la situation s’améliore, les banques apurent, elles se restaurent, etc. C’est tout à fait faux : la crise financière et banquière est très loin d’être terminée ; elle ne fait même que commencer. La seule chose apparemment réglée est la crise des subprimes ou crédits accordés aux prolos insolvables et « titrisés » (genre, si je me rappelle bien, CTO : Credit titrised obligations). Mais et maintenant ce sont les classes moyennes US (ou Rosbifs ou Ibères et ailleurs) qui deviennent incapables de payer leurs emprunts (cartes bancaires revolving et immobilier ou achat de voiture ou emprunt pour payer les études des enfants ou payer des frais médicaux, etc.). Ces créances ont été aussi titrisées (transformées en obligations en forme de mille-feuille). La cause de ces défaillances est simple : la récession, le chômage liés à la crise du crédit rendant désormais impossible d’emprunter encore et encore sans garanties. Les créances douteuses vont encore plus impacter la solvabilité des banques par augmentation des actifs toxiques (insolvables ou sans valeur). 

Mais ce n’est pas tout. Les entreprises vampirisées par des « LBO » (1500 en France ; le LBO consiste pour un fonds d’investissement à acheter une entreprise avec 10 % de cash et 90 % d’emprunt bancaire [fastoche quand le crédit pas cher et illimité dominait) et à faire payer l’emprunt par la firme rachetée tout en lui faisant suer le burnous pour augmenter sa rentabilité avant de la revendre avec plus-value 4 ans après, le tout rapportant 20 à 30 % de plus que le petit investissement de départ) sont aux abois ; par suite de la récession, les boîtes « lbotisées » ne peuvent plus servir l’emprunt. D’où un nouveau flux pharamineux de créances douteuses ou toxiques pour les banques. Parallèlement, la bourse n’arrive pas à redémarrer (et pour cause ; les perspectives de profit étant très amenuisées par la crise économique), ce qui a divisé par deux (en moyenne) la valeur des actifs boursiers et participations détenus par les entreprises et les banques ou les assurances. Les banques, étant tenues à des ratios de solvabilité en pourcentage de leur actif par rapport au volume de leurs prêts, ne peuvent donc plus prêter comme auparavant. Toujours mieux ; les banques et les assurances (là en tant que « rehausseurs de crédits », c’est-à-dire facilitateurs de l’obtention de crédits par assurance envers le prêteur) s’étaient lancées dans les Credit Default Swap, CDS. C’est ce qu’on appelle des assurances sur les produits dits dérivés. Qu’est-ce qu’un produit dérivé ? Exemple, un spéculateur achète ou vend à terme (une valeur boursière, une matière première, un bien alimentaire) et à découvert (c’est-à-dire en ne payant qu’une infime partie de ses engagements, partie actuellement ridicule, le reste représentant du crédit lui-même super-risqué). La chose étant hasardeuse car liée à l’évolution des cours et aux spéculations d’autres opérateurs, il prend une assurance ; c’est le CDS. Le problème est que l’on s’est aussi mis à spéculer sur les CDS initiaux, ce qui a produit des assurances d’assurances d’assurances, etc.,  des CDS de CDS de CDS, etc., donc en fait des dérivés de dérivés de dérivés and so on. En gros, sur la base d’une garantie réelle, par exemple de 5 % du montant de la spéculation avancée en cash par le spéculateur, on a usé et abusé du « multiplicateur de crédit » et abouti à des sommes engagées (sans base objective mais correspondant pourtant à des dettes réelles) infiniment supérieures à la garantie de base. 

C’est pourquoi aujourd’hui personne (sauf les banques et les assurances qui gardent le secret afin d’éviter la faillite immédiate, et encore) ne sait quel est le montant réel des engagements en produits dérivés et autres CDS. Les estimations tournent autour de 5 à 10 fois le montant du PIB mondial de 60 000 milliards de dollars ! Soit 300 000 à 600 000 milliards qui n’ont aucune garantie et qui pourtant représentent des dettes réelles. Tant que la chose n’est pas apurée, si elle le peut un jour eu égard à son volume monstrueux, fictif quant à l’argent réel engagé, réel quand à la dette représentée, la finance mondiale danse sur la volcan qu’elle a elle-même créé avec la bénédiction des pouvoirs publics et des politiques qui depuis 20 ans ont édicté des lois pour laisser aller la bride sur le cou à ladite finance. Politiques, qui, évidemment, nient leur responsabilité et accusent les banques tout en les renflouant et en essayant de sauver le système capitalisto-financier néolibéral à coup de réformettes à côté de la question. Par suite de la crise économique, les défaillances de crédit vont exploser : surendettement lié à la baisse des retraites, des salaires, au chômage, au temps partiel, aux faillites d’entreprises, etc. C’est déjà le cas dramatique des pays de l’EST inclus dans l’UE. Or, les banques Teutonnes (et autres sûrement) leur ont énormément prêté, notamment aux particuliers endettés en euros (devise des prêts) et remboursant en devise locale en voie de perdition (par exemple les lats lettons). D’où de nouvelles et très volumineuses créances douteuses pour les banques et autres organes de crédit. Dans ce cadre, ce qui fait plaisir c’est que les Rosbifs installés en France lorsque la livre valait 50 % de plus que l’euro sont maintenant pris à la gorge par leurs revenus dévalués. Car les Gibbies sont les 1ères victimes de la finance dont ils étaient les rois (10 % de leur PIB était lié à la finance et à leurs paradis fiscaux curieusement oubliés par le G 20 d’avril 2009 !). 

Les pauvres Lettons ont déjà subi une amputation de 20 % des salaires et 10 % des retraites.  Gageons que Sarko ment et que la même chose nous pend au nez ; c’est du reste pourquoi il a pris les devants en annonçant le passage de l’âge de la retraite à 67ans, ce qui signifie en fait une baisse radicale des retraites car actuellement il n’y a que 38 % de la classe d’âge 55-65 ans qui sont encore employés en France !  Et les banques continuent de camoufler leurs engagements risqués : exemple les Sicav garanties à leur valeur d’émission ont déjà perdu 50 à 80 % de leur valeur ; or la banque devra payer la valeur d’émission au terme du titre. Que fait-elle ? Elle impute pour l’instant le risque de perte au client qui a souscrit ladite sicav. Sous prétexte que tant que le client n’a pas vendu, il n’y a pas de perte mais que s’il vend (hypothèse) il y perd. Certes, mais s’il n’y a pas vente du titre, à son échéance, la perte (automatique) est pour la banque, ce qu’elle ne provisionne pas. J’ai écrit à ce sujet à l’AMF (Autorité des marchés financiers dont le patron, M. Jouyet, socialo ex-collaborateur du WC de Tarsko, vient d’être augmenté de 48 % !). La réponse est ce que je viens de dire sur tant que je n’ai pas vendu je n’ai rien perdu et que la décôte actuelle m’est imputable au cas (problématique alors que la perte à échéance pour la banque est sûre) où je vendrais. Nous avons donc une AMF parfaitement complice des manipulations des banques pour cacher leurs pertes prévisibles. C’est curieux ; en ce moment on n’entend guère Walter (de) Closets, grand pourfendeur des privilèges des agents de la fonction publique. Cependant Grosminet Sylvestre a repris du poil de la bête.  Ce n’est qu’un menteur. 

les dernières de supermenteur

Classé dans : politique — 28 juin, 2009 @ 10:05

Devant l’OIT, supersarko a défendu le droit du travail et demandé que l’OIT soit consultée avant tout accord international à l’OMC dirigée par le socialiste en peau de lapin Lamy (pas du peuple). Comme chiracos en Afrique du Sud « la maison brûle et on regarde ailleurs », on a de beaux discours sans effection dans le pays. On aimerait que le sauveur de l’humanité pratique la chose en France. Or, depuis 2002, Sarkocescu ne cesse de torpiller le droit du travail, d’accroître la répression, de rogner sur les prestations sociales. Bel exercice de dédoublement de la personnalité sur le thème: voyez mes ailes, je suis oiseau, voyez ma peau, je suis souris.

Devant le congrès réuni à Versailles, le nanoprésident a annoncé un grand emprunt alors que l’on en est déjà à 1500 milliards de dette fin 2009 (dont 140 de plus en 2009) et à 7,5 % du PIB en déficit du budget de l’Etat. cela me rappelle la logique du sapeur Camembert (il creuse un trou pour reboucher le précédent) affichée par un de mes stagiaires, years ago, lors d’un séminaire pour cadres supérieurs d’EDF, en même temps PDG de filiales de cet « EPIC ». Le bonhomme me dit: ma filiale est dans le rouge, est-ce que je peux faire un emprunt pour redresser les comptes? je fus obligé de lui répondre que dans un bilan le déficit est la différence négative entre l’actif et le passif et qu’une dette figurant au passif elle ne faisait qu’accroître le déficit. C’est la même logique que développe notre omniprésident qui ne veut toujours pas revenir sur sa loi TEPA d’aout 2007, laquelle diminue les recettes de l’Etat de 10 à 12 milliards par an année pleine…Tsarko était ministre du budget lors de l’emprunt Balladur de 110 milliards de francs, offre tellement coûteuse qu’il y a été mis unterme rapido et que l’emprunt a été racheté. Il ne s’agit donc, avec cette annonce, que de séduire les classes moyennes ruinées par la chute de la bourse entre 50 et 80 %. Et puis dans 15 ans, quand il faudra rembourser l’emprunt, Tsarko ne sera plus là. c’est cela la politique: tirer des chèques en blanc sur l’avenir. Rappelons que l’emprunt Giscard de 6 milliards de francs, gagé sur l’or, a coûté in fine 65 milliards! le but réel des emprunts auprès du public et non des marchés financiers (qui prêtent déjà au bas mot 15 milliards par mois) est d’offrir  une rente aux petits bourgeois.

 

Présentation du blog

Classé dans : Non classé — 27 juin, 2009 @ 8:50

Le présent blog vise à réfléchir aux événements et questions d’actualité présentés par les faits et discours politiques ou économiques. Il émane d’un socialiste libertaire déjà bien rassis (65 ans), ex-militant syndical (CFDT puis CGT), chroniqueur au Monde Libertaire, intervenant dans http:/divergences.be. Il s’agit de décrypter les choses et d’en dégager la ligne générale derrière les discours plus ou moins mensongers et les pratiques réelles. L’auteur s’appuie sur sur une dizaine d’ouvrages de sciences sociales qu’il a pondus (sans succès) et sur sa bonne vieille expérience d’homme engagé. Le blog reprend  la vieille idée de Marx: substituer à la critique par les armes, les armes de la critique. tant pis si ses propos finiront dans la « critique rongeuse des souris ». L’auteur est un vieux disciple de Proudhon.

la mort annoncée des principes généraux du droit

Classé dans : politique,politique — 26 juin, 2009 @ 11:52

                      

Aujourd’hui et maintenant depuis longtemps le droit (lois, décrets, ordonnances, règlements, circulaires, comportements policiers non sanctionnés et même incités pour faire du chiffre), dès 1983 quand les socialistes se sont convertis à l’économie mondialisée, est manipulé. L’histoire, l’évolution de la morale, les projets de penseurs (Beccaria, Kant, Voltaire, etc.) ont fait que, notamment,  s’était installé depuis 2 siècles le principe moral de l’individualisation des peines, compte tenu du parcours de l’accusé et des circonstances atténuantes possibles. Les peines-planchers le foutent en l’air.

On revient sur plus de deux siècles de législation disant qu’un fou est irresponsable et ne peut être jugé (ex article 64 du code pénal). La loi Hadopi en préparation (en plus techniquement inepte) sur le piratage audio-visuel prévoit des sanctions à l’égard des contrevenants télé-chargeurs de fichiers prétendus privés. C’est une innovation car ce serait là encore une autorité administrative, voire privée, qui sanctionnerait sans jugement, sans débat contradictoire, sans audience publique. La loi CESEDA (2004, sur les conditions d’entrée des étrangers) a repris un antique délit d’assistance aux étrangers en situation irrégulière (reprise  du régime de Vichy, après la guerre). Cette loi, dont maintenant le pouvoir (via Ganelon-Besson, transfuge stipendié de l’olifant, pardon, de l’éléphant PS) annonce qu’elle ne vise que les « passeurs » et trafiquants,  alors que justement elle ne le précise pas, est maintenant de plus en plus appliquée à des bénévoles. Ainsi, est mis en place, à rebours de la morale historique qui prône la solidarité et salue l’altruisme, le « délit de solidarité » !

Le pouvoir Tsarkozyen a la ferme intention de réduire fortement les pénalités contre la délinquance en col blanc (par exemple, le délit d’abus de biens sociaux ne partirait plus de la date de sa découverte mais de celle de son émission, c’est-à-dire que dans la plupart des cas le délit serait découvert après être prescrit, délai de prescription que, du reste, on veut diminuer). Notez, du reste, les peines ridicules des manageurs : 3 ans avec sursis et 225 000 euros d’amende pour le patron de la filiale de Total dans le procès AZF qui a fait 31 morts et causé énormément de dégâts (comme pour les procès d’explosion de gaz alors que GDF avait décidé de ralentir la suppression des fontes cassantes !) ! Déjà, et de façon bien plus insidieuse, on diminue les moyens déjà ridicules de l’inspection du travail et on a supprimé l’enquête qu’elle menait lors des accidents du travail ayant entraîné mort d’homme. On a aussi réduit les interventions de la médecine du travail (examen tous les 2 ans au lieu d’un, triplement du nombre de salariés à examiner). Désormais la DRIRE ne sera plus consultée sur la dangerosité des installations industrielles ! déjà les organes publics de contrôle (AFFSET, AFFSAPS, etc.) sont tellement dépourvus de moyens autonomes qu’ils sont amenés à contresigner les études bidon des firmes comme Monsanto, Novartis ou autres. déjà, les patrons siègenet dans les tribunaux des affaires sociales et dans les commissions d’appréciation des maldies professionnelles. la responsabilité des édiles a aussi été supprimée pour les faits dont ils n’auraient pas eu connaissance…Déjà on a supprimé la responsabilité pénale des chefs d’entreprise au profit de la personne morale qu’est l’entreprise qu’ils dirigent. Nous avons alors des accidents ou des nuisances sans responsables autrement qu’au civil, malgré des manœuvres et des décisions qui ont mis clairement en danger la vie d’autrui, délit dont le pouvoir abuse de plus en plus à l’encontre des pékins ordinaires. Or La justice a pour principe normal, attesté par l’histoire et les mœurs, que les justiciables doivent être traités sur un pied d’égalité quel que soit leur statut social et leurs manquements. Eh bien, comme on vient de le voir on est dans le fameux deux poids, deux mesures. Selon que vous serez puissant ou misérable…

Tsarko veut faire supprimer le juge d’instruction afin d’empêcher que des affaires sensibles, en général financières ou de corruption politicarde, soient jugées. La technique est simple : le plaignant ne pourra s’adresser qu’au parquet, lequel ne serait pas indépendant  comme l’a vu la Cour de justice européenne;  il ne pourra plus déposer une plainte avec constitution de partie civile auprès d’un juge d’instruction. Le parquet se contentera d’ouvrir « une enquête préliminaire », laquelle se déroulera dans le secret,  sans communication des pièces aux parties ; et alors, sans que personne ne puisse évaluer pourquoi et comment, il lui suffira d’arrêter l’investigation. Foin du vieux  non-lieu appuyé sur un raisonnement officiel.

Du coup, l’accès équitable à la justice (égalité de traitement,  procès équitable) bon vieux principe général du droit et norme morale très ancienne, est d’ores et déjà mis en pièces. La suppression du juge d’instruction institutionnalisera ce déni de justice. Autres principes généraux du droit foutus en l’air :

  • Juger sur des actes est remplacé par la dangerosité (rétention des violeurs, bandes) et la présomption d’innocence est alors remplacée par celle  de culpabilité potentielle
  • Juger des individus, autrefois seuls responsables, est remplacé par la responsabilité collective des bandes sans preuve d’appartenance (il suffit d’avoir été là au mauvais moment comme dans l’affaire de Tarnac. Ainsi, si quelqu’un a piraté dans une famille (sous réserve de la preuve…), c’est toute la famille qui est privée d’ordinateur avec accès à internet
  • Le droit à une audience publique et à un débat contradictoire est supprimé par le plaider- coupable
  • Toute sanction relevait d’un jugement  préalable par une autorité judiciaire (présomption d’innocence) ; désormais avec Hadopi on sanctionne avant tout jugement
  • La liberté d’expression du ministère public à l’audience a déjà été sanctionnée par la garde des sceaux
  • L’individualisation des peines est remplacée par les peines automatiques en cas de récidive (peine- plancher)
  • L’accès correct à la justice est supprimé par les comparutions immédiates
  • Le droit de connaître son accusateur est supprimé par la délation sous X et l’impunité nouvelle  des « indics »
  • L’équilibre entre les ressources et la capacité contributive (dans la constitution)  a été foutu en l’air depuis 2002 (et même avant sous  les socialos) avec les réformes fiscales en faveur des riches
  • La charge de la preuve est de plus en plus inversé ; par exemple, c’est aux poursuivis de prouver qu’ils ont bien mis des pare-feux adaptés pour éviter le piratage de leur ordinateur ou que ce ne sont pas eux qui ont piraté des logiciels
  • L’indépendance de l’autorité judiciaire est de plus en plus réduite ou va être réduite, etc. Notamment par la réforme du conseil supérieur de la magistrature, laquelle augmente radicalement le nombre de « représentants de la société civile »…nommés par le pouvoir !

la finance antilibérale de Proudhon

Classé dans : Non classé — 19 juin, 2009 @ 10:24

 La crise que nous vivons par suite de la rapacité des financiers, du laxisme des autorités de tutelle, de la corruption des agences de notation et de l’hyper-libéralisme avide et égoïste des soi-disant élites amène à revenir sur les conceptions financières de Proudhon, à l’occasion du 200ème anniversaire de sa naissance le 15 janvier 1809.

Chez les libéraux, la monnaie n’est qu’un voile. Cela signifie qu’elle n’a qu’un rôle d’étalon de mesure de la valeur, de moyen de paiement et de réserve de valeur par thésaurisation. Marx et Proudhon observent que la détention de monnaie (le capital financier) est une réserve de puissance, bien au-delà de la thésaurisation de l’avare et de la conservation du patrimoine du rentier. L’argent est aussi un stock de valeur affectable à différents usages, dont l’investissement. Mais c’est aussi un moyen de corruption des représentants politiques, de spéculation, d’enrichissement sans cause, de domination de ceux qui en sont dépourvus. Ceci n’amène pas à jeter le bébé avec l’eau du bain car la monnaie demeure le meilleur moyen de réalisation des échanges économiques et d’augmentation de la vitesse de circulation de la production.

Chez Proudhon, la monnaie n’est pas un simple instrument ; c’est avant tout une institution collective, une création sociétale au même titre que la langue. Celle-ci a pour fin la circulation des idées grâce au langage commun. De même la monnaie sert à la circulation des biens et marchandises grâce à un équivalent général de mesure de la valeur fondé sur la confiance des acteurs socio-économiques. Cette confiance généralisée est sociale par construction, par définition une « force collective », une représentation commune. Du reste, la racine même du mot fiduciaire dans la monnaie fiduciaire (pièces et billets) est la foi en, la confiance. Ensuite, l’organisation même de la circulation monétaire est un processus social dont nul ne saurait avoir le monopole, ni l’Etat (lequel impose le cours forcé de sa monnaie malgré les dévaluations), ni les banques privées, pas même la Banque de France qui, à l’époque, était d’ailleurs privée. La monnaie, dont l’origine et le mode de circulation sont sociaux, doit donc être socialisée, mutualisée, ce qui signifie que les conceptions financières de Proudhon sont indissociables de son fédéralisme mutuelliste.

Proudhon observe que la détention d’un stock de monnaie, d’un capital financier, offre à ses propriétaires un privilège énorme, celui de la liquidité.  Le « capitaliste » se trouve ainsi dans une relation de pouvoir asymétrique avec ceux qui n’ont pas d’argent et en ont besoin pour un achat ou un investissement (d’où le crédit). Il en profite pour fixer ses conditions à l’emprunteur qui n’a pas le choix. L’argent est donc non seulement une réserve de précaution mais encore et surtout un instrument inégalitaire du pouvoir, un moyen de puissance sans contrepartie, un vecteur d’asservissement. On sait que chez notre auteur le pouvoir non partagé, la puissance abusive, le monopole sont des horreurs. Cela attente à la liberté, laquelle est la possibilité d’user de ses pouvoirs et  capacités réels pour participer au concert social et se protéger. Chez Proudhon, force d’action, pouvoir de réalisation de ses buts, liberté sont des termes quasi synonymes. Or l’argent-capital en tant que propriété privée procure un pouvoir sur les autres alors que sa fonction est sociale et doit être mise au service de tous. Du coup, la justice est mise à mal ainsi que la liberté. Le domaine financier chez notre penseur social est ainsi non séparable de sa conception d’un régime sociopolitique fondé sur la liberté et la justice.

 Proudhon observe que dans les sociétés modernes, ce n’est pas l’argent qui est le principal facteur du dynamisme économique, mais le crédit. Ce dernier permet d’avoir tout de suite ce dont on a besoin et qu’on ne peut pas payer d’un seul coup. Il permet d’acheter commodément des biens durables, comme une maison, ou d’investir en étalant la dépense dans le temps par le biais de l’amortissement de l’emprunt. Le crédit accélère donc la circulation économique et l’échange, de même que l’investissement. Le crédit dans les sociétés capitalistes est rémunéré par le paiement d’un intérêt soi-disant présenté comme la contrepartie d’un risque pris par le banquier ou le prêteur. Le taux d’intérêt dépend certes de la demande et de l’offre de capitaux, mais il dépend aussi des rapports de force, des abandons consentis aux opérateurs privés par la puissance publique et des prédations bancaires (ou des organismes de crédit) qui, comme tout le monde maintenant, exigent 15 % de rémunération de leur argent. D’ailleurs, il suffit de constater les choses : les crédits à la consommation par carte de crédit en quelque sorte « revolving » (Cetelem, Cofidis, Sofinco, Sofinoga, etc.) atteignent des taux d’intérêt de 16 à plus de 20 % sans que les pouvoirs publics ne s’en émeuvent puisqu’ils ont fixé en France le taux d’usure à 21 % (et cela uniquement pour les prêts bancaires alors que ce sont les banques qui détiennent la plupart des boîtes de crédit revolving !).  Ces boîtes de crédit sont les nouveaux usuriers.  Foin de cette emprise : Mme. Lagarde (et Michard, comme Bouvard et Pinochet) vient de sortir une nouvelle réglementation aux insuffisances notoires car les banquiers y conservent l’essentiel de leur pouvoir.

Ce n’est pas étonnant car il y a une endogamie entre l’Etat, le Trésor, et les financiers via les énarques qui circulent dans les deux sens (banque privée, ex-noyau dur balla(dur) ien privatisé) et fonction publique. Le gouvernement en appelle même aux banquiers pour analyser la dette publique de la France (M. Pébereau, ex-socialo, PDG de la BNP, proprio de Cetelem,  qui a affolé le bon peuple, but visé, en parlant en 2007 des 1200 milliards d’euros de dette de la France, sans en déduire les actifs pourtant solides : EDF, détenue à 87,5 %  par l’Etat, valait à l’époque plus de 150 milliards !).  M. Sarkozy, qui cherche des gains de pouvoir d’achat, trouverait là un moyen d’action rapide. L’intérêt est aussi justifié par les libéraux au nom de la préférence pour le présent, c’est-à-dire que consommer maintenant en empruntant reporte les choses dans le temps alors que la valeur actuelle du prêt (préférence pour la liquidité de Keynes) est plus grande que dans le futur, sans même parler de la dévaluation de la monnaie. Sans doute, mais le temps compte pour tout le monde et il n’y a pas de raison pour que seuls les capitalistes financiers exploitent la préférence pour le présent.

 Par ailleurs, cette préférence reste à démontrer puisque très souvent les investissements montrent au contraire une préférence pour le futur, soit parce que l’on espère une rentabilité supérieure, soit parce que l’on veut laisser une trace dans l’histoire par exemple avec un beau monument, soit pour épater la galerie par une dépense ostentatoire qui rappellera au peuple la générosité et la munificence du futur défunt (Veblen, Théorie de la classe de loisirs). Il y a de très nombreuses raisons pour acheter ou bâtir quelque chose maintenant plutôt que d’attendre d’en avoir les moyens sans pour autant que cela soit une préférence pour le présent. On trouve là un des vices profonds du libéralisme économique, à savoir qu’il est fondé sur une psychologie individualiste de bazar ou de café du commerce sans consistance par rapport à la diversité des motivations humaines et vis-à-vis de la construction sociale des désirs et des besoins par la socialisation des personnes, par les groupes d’appartenance et de référence, par la culture et les mœurs.

Contre ce système capitaliste fondé sur la rentabilité des capitaux prêtés, Proudhon se révulse. Il observe déjà que ce n’est pas le banquier qui prend les risques réels. En fait le banquier les « mutualise », les défaillances étant couvertes par tous les autres emprunteurs, à la différence près que cette mutualisation n’est qu’un foisonnement assurantiel des pertes, qu’un calcul financier d’intérêts à base de probabilités et de statistiques, très loin de tout projet moral de solidarité et de réciprocité, de tout projet politique d’équilibration des rapports de pouvoir. Par ailleurs, le banquier prend des immenses précautions : gages, hypothèques, nantissements, réception obligatoire dans sa banque des revenus de l’emprunteur. Où est le risque ? Il est en fait chez l’emprunteur qui pour des raisons diverses pourrait se trouver dans l’impossibilité de rembourser. Dès lors, l’intérêt n’est pas la rémunération d’un risque mais un prélèvement indu sur la production future de l’emprunteur. Dès lors, la prise de risque n’est pas un acte individuel du banquier, mais un processus social et assurantiel de couverture mutuelle. Enfin, ce n’est pas le banquier qui fait confiance à l’emprunteur ; c’est ce dernier qui croit malencontreusement que son banquier prend à cœur son intérêt. Pour ces différentes raisons Proudhon pense que le crédit doit être socialisé et « gratuit », c’est-à-dire que le taux d’intérêt disparait au profit, si j’ose dire, d’agios limités aux frais de gestion.

Ce n’est pas tout. Notre auteur analyse le mécanisme du crédit. C’est un multiplicateur économique qui accélère la circulation et permet de développer les échanges. Prenons un exemple. J’ai reçu 10 000 euros (ce qui ne crée rien et ne fait que déplacer l’argent), je les mets en dépôt chez un banquier, lequel par ailleurs grâce à la bienveillance de l’Etat, c’est-à-dire des gouvernants au service du capital, ne me verse aucun intérêt. Ledit banquier va pouvoir prêter disons 90 % de ce dépôt (les 10 % manquant sont dus au fait que les banques sont tenues à disposer de « réserves obligatoires » à la banque centrale pour faire face aux remboursements des dépôts ; en fait le taux réel est de seulement 2 %, mais j’ai pris 10 pour simplifier les calculs).  Revenons à notre dépôt initial de 10 000 euros, ayant donné lieu à un prêt de 9 000. Ces 9 000 peuvent générer aussi 90 % soit 8100 de nouveau prêt à un 3ème larron. Et ainsi de suite sans limitation, ce qui fait qu’une même somme déposée produit un volume de crédit très supérieur à son montant initial. Et cela joue car les banques prêteuses ne sont pas  en général les mêmes.

Ce qui permet de signaler que, par effet de système, même si chaque banque reste dans le respect de la règle des réserves obligatoires, l’enchaînement des prêts et leur dispersion font que globalement, prises toutes ensemble, les banques ont prêté bien au-delà de l’ensemble de leurs détentions de  dépôts de (10 % dans notre exemple, 2 % en réalité). Proudhon, évidemment, ne voit pas de raisons à ce que ce processus multiplicateur (ou effet de levier dans le langage des financiers actuels), dont l’origine est sociale, soit privatisé par des banques et favorisé par des gouvernants au service du capital financier. La chose est d’importance puisque aujourd’hui 90 % de la masse monétaire en circulation provient de la monnaie de crédit ou monnaie scripturale ; la monnaie fiduciaire n’est donc plus qu’à 10 % au maximum. Si l’on tient compte des sommes en circulation avec la spéculation internationale (dettes  « titrisées »,  produits dérivés, etc.) on arrive à la somme fabuleuse de 60 fois le PIB mondial de 60 000 milliards de dollars.

 Et comme la monnaie n’est plus assise sur quoique ce soit de réel et physique depuis 1973 (abandon par les USA de l’étalon de réserve-or, début des monnaies dites flottantes), on peut affirmer que cette somme démentielle ne repose sur rien, est imaginaire et virtuelle sauf pour ceux qui en vivent, à savoir les banques, les fonds d’investissement, les fonds de pension, les assureurs, les agences de notation, les cabinets de conseil, etc.  10 % du PIB britannique est fondé ainsi sur du fictif. L’économie moderne repose sur un développement immodéré et exponentiel du crédit, bien au-delà de son utilité ; la finance actuelle a réussi le tour de force de garantir la dette par le crédit et celui-ci par la dette, c’est-à-dire la solvabilité (non contrôlée) des débiteurs.  C’est la raison pour laquelle Proudhon se proposait, en enlevant la finance aux banquiers, « de faire mourir la propriété à petits feux », stratégie évolutive, lente et « réformiste » qui évidemment ne convenait pas aux révolutionnaires patentés et autoproclamés qui songeaient, eux, à organiser « une Saint Barthélémy des propriétaires ». Aux yeux de notre financier libertaire, s’il y avait un seul secteur économique à socialiser, mutualiser et fédérer ce serait naturellement la finance.

Cependant, la réorganisation solidariste de la finance chez Proudhon ne saurait être séparée de la mise en place d’un ensemble de contre-structures régulatrices et coordonnatrices de l’activité économique. Ainsi, dans l’ordre socio-économique notre auteur préconise des contre-structures opposées au laisser-faire libéral. Nous les avons déjà repérées et je n’y reviens pas ici. Autre originalité : le lien social ne peut pas être fondé seulement sur un intérêt (associationnisme) ou sur une valeur (socialisme utopique) ; il doit combiner les deux. C’est ce que font les assurances mutuelles qui développent la solidarité comme but et qui « mutualisent » financièrement les risques. Les assurances privées détournent ce sens-là de la mutualité pour se contenter d’un foisonnement des risques (dûment sélectionnés par ailleurs) indûment baptisé mutualisation, travestissant ainsi une opération commerciale en une fausse morale volée aux mutualistes.

C’est pourquoi Proudhon voulait socialiser et mutualiser la finance à la fois sur la base de l’intérêt mutuel et sur les valeurs de solidarité et de coopération en créant la Banque du peuple assurant le crédit gratuit et développant une monnaie de circulation, d’échange et de crédit assise sur des gages réels et sur la mise en réseau coopératif des acteurs sociétaux. La solution était simple : apports de personnes devenant ainsi coopérateurs sous forme de souscription de certificats de dépôt ou sous forme de titres représentant des matières et des produits, échanges financiers sous forme de lettres de change transmissibles au sein du réseau de producteurs, commerçants, consommateurs et payables à échéance par la banque au dernier détenteur en monnaie légale. Entretemps, les lettres de change peuvent être rédigés en monnaie parallèle, sans cours légal ou forcé (appelons-la le proudhon) avec les effets multiplicateurs de crédit décrits plus haut dus à leur circulation et aux possibilités d’escompte entre échangistes. C’est pourquoi en bout de course avec cette circulation accélérée de la monnaie de crédit il n’y a plus qu’a convertir le solde en monnaie légale, solde très inférieur (analogue au dépôt initial dans le processus de crédit) au montant ayant circulé. En même temps, il est clair que les échangistes se garantissent mutuellement dans une sorte d’assurance financière généralisée. Galbraith dénoncera « l’illusion monétaire » et du crédit  qu’il trouve aussi chez Proudhon. Je m’inscris en faux : le système proudhonien, gagé sur des valeurs réelles et contrôlé par le réseau des associés ne saurait conduire à l’hyperinflation de crédit que las Anglo-Saxons ont facilité depuis 20 ans.

Proudhon analyse que la monnaie en régime capitaliste de son époque est en dernière instance fondée sur une garantie réelle, à savoir le stock physique d’or (ou aussi l’argent à une époque donnée) de la banque centrale (étalon-or). L’or a été pris comme étalon pour des raisons historiques de commodité : il est imputrescible, durable, stockable, liquide, transportable, divisible en pièces circulant facilement. Mais Proudhon a une idée géniale : ce sont les marchandises, les produits finis ou semi-finis, les matières premières qui peuvent constituer une grosse part des fonds de garantie de la Banque du Peuple par rapport à la monnaie qu’elle émet et aux prêts qu’elle consent. Par cette monnaie gagée sur la production et ses intrants ce sont les producteurs et les consommateurs, les prêteurs et les emprunteurs qui se garantissent mutuellement. De plus, la banque du Peuple est une sorte de coopérative socialisée et mutualisée cogérée en mains communes entre toutes les parties prenantes, bien au-delà d’un groupe de technocrates d’un conseil d’administration de grossiums financiers privés qui ne gèrent une banque qu’en fonction de leurs intérêts particuliers. Le conseil de surveillance de la Banque du Peuple, composé donc d’une représentation directe des intéressés (associés, salariés), doit faire le maximum pour conserver sa monnaie en réserve de valeur digne de confiance. Il dépend d’un réseau socialisé de producteurs, de commerçants, d’acheteurs et d’emprunteurs organisés en coopérative de crédit. Par ailleurs, les garanties physiques de la banque ont encore pour énorme avantage de stabiliser les cours et les prix, puisque les valeurs stockées peuvent être réalisées au moment le plus favorable et en fonction de la demande que la dite banque permet de réguler dans le temps. Cette idée à été reprise, il y a plus de 60 ans, par Keynes (le Bancor proposé lors de la conférence de Bretton-Woods) et refusée au profit du gold exchange standard dollarisé) et par Mendès-France pour stabiliser les cours mondiaux des matières premières et pour doter les PVD de moyens de crédit garanti par leur production.

Dans l’esprit proudhonien, il faut aussi rattacher la banque centrale (devenue banque du peuple cogérée en mains communes par les acteurs socio-économiques concernés : fournisseurs, consommateurs, industriels, représentants des collectivités territoriales, salariés de la banque) à la fédération socio-économico-politique. En effet, il faut éviter de séparer la banque centrale de l’Etat car si elle lui appartient elle peut lui consentir des avances et lui prêter gratuitement. En effet, on ne se prête pas à soi-même et on ne se fait pas payer de taux d’intérêt. Cette idée simple a été éradiquée en catimini en France vers 1973 ; du coup l’Etat doit emprunter et ainsi nourrir grassement les prêteurs, les rentiers et les banquiers privés. Certes, l’Etat pouvait en abuser en se laissant aller à l’inflation. C’est pourquoi la chose a été supprimée au profit du capital et du patrimoine, contre les emprunteurs, ce qui, inflation aidant, organisait en douceur « l’euthanasie des rentiers ». En voilà une bonne idée (revenir à la banque d’Etat) pour des socialistes qui cherchent un programme comme Diogène cherchait un homme, hors de son tonneau, avec sa lanterne.

CONCLUSION : il n’y a pas photo entre le libéralisme pratique et le proudhonisme projeté 

Pour me couvrir, pas de pépin. Je serai bref dans la conclusion de la comparaison. Le modèle libéralo-capitaliste nous a tous conduit à la catastrophe parce qu’il contient dans sa structure et sa logique même des vices fondamentaux  de construction. Laquelle est une production, en ce qui concerne ses règles, de la fausse démocratie politique que les lacunes du libéralisme politique ont fait mettre en place. Ces manques ont été exploités avec bonheur par les politiciens pour favoriser le capital, en général, et le capital financier tout particulièrement depuis 30 ans. Les politicards en ont profité pour réduire encore plus la démocratie, puisque celle-ci, si elle était réelle, serait un obstacle permanent aux inégalités en tout genre que développe le capitalo-libéralisme. Et c’est pourtant ce modèle inefficace et immoral que les puissants veulent perpétuer à coups de rustines et de renflouement des financiers dont la rapacité a conduit au désastre. Alors qu’aucun des fondements de ce système social ne tient plus la route : son anthropologie, sa morale, ses principes politiques, ses structures économiques et financières !

En face des libéraux pratiques purs et durs, à l’instar de notre Naboléon national, nous avons une méduse, un mollusque sans idées, sans projet, sans stratégie. Et pour cause ce socialisme libéral, ce capitalisme socialiste nous a menés en bateau depuis 1981 ; il nous a carrément menti  en continuant de se parer des plumes du socialisme, sans faire son Bad Goedesberg comme l’ont fait les Tudesques ou sa « 3ème voie comme l’ont dit et fait les Gibbies, tout en vendant le pays au capital financier. Présenter un projet fondé sur la justice, ce qui est la valeur et le principe même du socialisme en tant « qu’optimisme de l’avenir », serait mettre en relief que les socialistes en peau de lapin ont trahi depuis longtemps. Alors, ils naviguent à la godille, comme Tsarko aux godillots, font du cinéma, étalent leurs querelles de personnes (de personne, au sens strict, nobody à l’appel), font du suivisme médiatique dans le sillage de Sarkocescu, et désertent pour un maroquin ou une fonction. Après Agésilas, hélas, mais après Attila, holà, et avec Attali, hi hi et avec Sarkozy, ola. Les socialistes sont comme le sapeur Camembert qui creusait un nouveau trou pour y mettre la terre du précédent.

En face encore, nous avons les crypto communistes, trotskistes, socio-démocrates. Mélenchons-les : ils se valent dans le néant vis-à-vis de nécessaire refondation de la société. On ‘est pas sorti de l’auberge (rouge) avec eux.

Et pourtant ces gens-là, ces brêles, ont devant eux un corps de pensée parfaitement constitué, un bébé bien conformé et viable, l’anarchisme sociétaire de Proudhon ; à la fois libéral et libertaire, socialiste et mutuelliste, politique et économique, social et juridique, justicialiste et efficace…Il n’y a qu’à l’actualiser comme je m’y efforce depuis des années. Ces cochons sont comme une truie devant un couteau. Ils ne savent que psalmodier : des cochons, décochons, décochons nos traits, détruis- détrui-détruisons l’ennemi, pour sau…  pour sau… pour sauver l’apatride, c’est-à-dire le capital !

Le lecteur réfléchira et choisira ce qu’il préfère…

Les Français sont feignants

Classé dans : politique — 18 juin, 2009 @ 10:50

                                                        

La littérature libérale met souvent en avant que les Français ne travaillent pas assez par rapport, notamment, aux autres européens. C’est pourquoi le candidat Tsarkozy avait inventé le slogan : « travailler plus pour gagner plus ». Ce langage a eu du succès car, effectivement, nombre de personnes aimeraient travailler davantage pour faire bouillir leur maigre marmite. Parmi elles, on trouve les salariés à temps partiel non choisi, par exemple les caissières de supermarchés qui viennent de faire grève massivement  la semaine dernière au grand étonnement de leurs patrons. On trouve aussi les smicards qui préfèreraient parfois moins de RTT et plus de travail en heures supplémentaires. Car, évidemment, la question essentielle demeure celle du pouvoir d’achat qui peut augmenter soit par la hausse des revenus, soit par la baisse des prix, soit par une combinaison des deux. Et, en gros, les mesures d’augmentation du temps de travail pour avoir des heures sup ne concernent que 30 à 40 % des salariés

Les études de l’INSEE   (www.insee.fr) sur les salaires et le pouvoir d’achat, celles qui sont montées en épingle par le gouvernement et les libéraux de tout poil, font apparaître une hausse du Smic de 37 % entre 1978 et 2007. Les autorités affichent moins que dans le même temps le pouvoir d’achat du revenu salarial annuel a stagné en euros constants. D’où vient cet écart qui conforte le sentiment de baisse du pouvoir d’achat dans la population ? Elémentaire, Watson, c’est à cause des raisonnements en moyenne globale chers aux gouvernants. Car entretemps le pourcentage de salariés à temps partiel, intermittents, intérimaires ou à domicile par rapport à l’ensemble des salariés est passé de 17 % à 31. Le revenu des temps partiels a baissé tandis que celui des temps plein augmentait parallèlement ce qui produit une moyenne stable. En revanche, les revenus de la rente, eux, augmentaient bien plus. Entre 96 et 2006 les loyers perçus progressaient de 66 % et les dividendes de 143. Les salaires bruts ne progressaient que de 48 % dans la même période (Alternatives économiques numéro spécial 76).

Lesdits salariés à temps partiel ou à contrats de travail atypiques n’ont pas clairement perçu (merci aux syndicats ou aux partis qui auraient dû les informer) que les largesses sarkoziennes sur les heures sup étaient à deux vitesses. Lesdites heures sur les temps complets sont détaxées de cotisations sociales salariales (et patronales), payées 25 % de plus et dispensées d’IRPP. En revanche, les temps partiels ont vu leurs heures « complémentaires » plafonnées à 10 % de leur temps de travail. De plus elles ne sont pas majorées ni exonérées. Rappelons que l’un des maîtres mots du libéralisme est « l’équité ». Ce genre de mesures (5 à 6 milliards d’euros en année pleine) profite donc essentiellement aux salariés à temps complet et aux patrons qui peuvent ainsi faire travailler plus les travailleurs en place avant d’hypothétiques embauches. Soulignons que, au passage, la durée légale du travail (35 heures par semaine) s’en trouve éliminée de fait. Le seul obstacle à faire davantage d’heures, ce qui est le sens du travailler plus, est la durée maximale de 48 heures. Gageons que cette limite ne tardera pas à voler en éclats. C’est déjà fait chez les Gibbies au nom de « l’opt-out » qui permet à un salarié de négocier « d’égal à égal » sa durée de travail avec son patron. Du reste, ce sont les patrons qui décident des heures sup et qui, souvent, ne les payent pas… De façon générale, il devient clair que le « travailler plus » se fait au détriment des temps partiels (31 % du salariat et en majorité des femmes et des jeunes) qui ne pourront guère en profiter.

Il est aussi clair que le travailler plus ne concerne pas encore les retraités (sauf cas spéciaux comme les militaires) qui ont vu  leur pension (par suite de la suppression en 1986 de l’indexation des retraites sur les salaires, de la réforme Balladur de 1993 dans le privé, de la  réforme du calcul des points dans les régimes complémentaires, de la CSG à taux plein contrairement aux cotisations antérieures)) augmenter de 0,2 % de 2000 à 2004 alors que le salaire moyen augmentait de 4,8% ( d’Alternatives économiques). Et ce n’est qu’un début. Il faut s’attendre à moins 25 % sur 20 ans pour les retraites du privé. Le minimum vieillesse (628 euros pour une personne seule, RMI des vieux) n’a pas été revalorisé depuis 10 ans. D’où l’annonce surprise de Tsarkozy d’une revalorisation de 25 % sur 5 ans avec un acompte de 200 euros bientôt en 2008. Ce minimum concerne 650 000 personnes. Les petites retraites (580 euros), que le candidat avait promis de revaloriser, touchent 3,5 millions de gens. Ca va être duraille de les augmenter car elles ne concernent pas l’Etat…Notons que ces retraites sont inférieures au seuil de pauvreté de 681 euros (2006 à 50 % du revenu médian ; c’est passé à 60 en 2007 en appliquant une norme européenne) pour une personne seule (50 % du revenu médian d’après les statistiques françaises alors que les européennes demandent 60 %).

Il y a donc déjà de personnes qui voudraient travailler plus ou qui sont oubliées par les réformes tsarkoziennes. Mais est-il si sûr que globalement les Français travaillent peu ? Là, il ne faut pas considérer la durée légale (35 h) mais l’effective. La France en est à 35,3 heures hebdo début 2007 (Hollandais 30,1, Danois 34,1, Anglais 34,7, Allemands 34,9 [alternatives économiques]). Ces chiffres sont une moyenne entre les salariés à temps plein et à temps partiel. Or, seuls 17 % des salariés français sont à temps partiel (et ils travaillent 22,7 heures par semaine) alors que la moyenne européenne est à 21 (et elle travaille 19,8 heures). CQFD.

Ce qui est vrai aussi, c’est que seuls 63 % des Français en âge de travailler (taux d’emploi de la population active) occupaient un emploi en 2006, contre 71 % en Grande-Bretagne, 73 en Suède, 77 au Danemark (toujours d’après Alternatives économiques). C’est que les jeunes de moins de 25 ans et les vieux de plus de 55 ne sont pas sur le marché du travail. 60 % des plus de 60 ans ne travaillent plus car ils ont été évacués par les entreprises au profit de jeunes moins payés et soi-disant plus productifs. Quand aux jeunes, ils essaient de poursuivre leurs études ou ils font « des stages » non rémunérés (grand merci au gouvernement qui vient de fixer la barre minimale  à 30 % du Smic pour les stages de plus de trois mois). Mais l’objectif de Tsarkozy n’est pas d’augmenter le taux d’emploi mais plutôt d’allonger la durée effective du travail des salariés à temps plein comme vecteur de la croissance par le plus de travail  comme soi-disant gage d’un enrichissement collectif.

Ce qui prouve, soit que Sarkozy et ses conseillers ne connaissent pas grand-chose à l’économie, ce dont je doute, soit que c’est délibéré car c’est la solution la plus rentable pour l’économie libérale favorable au patronat. En Effet, l’existence « d’une armée industrielle de réserve », qui plus est renforcée par « l’immigration choisie » pousse à la dégradation des revenus salariaux et des conditions d’emploi et de travail. De plus, faire turbiner au maximum les salariés en place (tant pis pour les suicides et les « burn out ») a l’avantage d’augmenter la productivité sans investir davantage et sans payer de nouvelles cotisations sociales car les heures sup en sont exonérées.

Or rien ne prouve, bien au contraire, que l’augmentation de la durée du travail produit de la richesse. L’histoire montre déjà le contraire : depuis 1960 le PIB a été multiplié par 4 alors que la durée annuelle du travail chutait d’un bon tiers. Car ce qui compte le plus c’est la productivité horaire du travail. Les statistiques actuelles montrant que les pays les moins riches en PIB par habitant sont ceux où la durée du travail est la plus longue et où le taux d’emploi est le plus élevé. Pour faire de la productivité globale (production totale rapportée au nombre de travailleurs) on peut augmenter la durée du travail et le nombre de travailleurs. C’est le choix traditionnel des patrons en quelque sorte esclavagistes qui obtiennent alors une productivité pour ainsi dire extensive. Mais vous pouvez aussi augmenter la productivité horaire des travailleurs (compétence, organisation machines performantes, etc.). C’est une productivité intensive liée à la productivité globale des facteurs. Je crois que le choix est facile pour un non libéral. Or la productivité horaire des Français au travail (essentiellement tranche des 25-55 ans) est une des plus élevées du monde. Cependant, elle est en train de perdre du terrain faute d’investissements suffisants dans les nouvelles technologies. Et il n’y a pas que la productivité. Il y a aussi la qualité. Là, les Français savent faire comme le montrent les industries du luxe et les productions des terroirs.

Il est donc clair que les Français travaillent et ne demandent qu’à travailler. Il est clair aussi que le patronat a renoué avec sa vieille stratégie de travail sous-payé et non qualifié ou de non-reconnaissance des qualifications. C’est cette méthode qui avait failli tuer l’industrie automobile française dans les années 65-75 : on s’était contenté d’importer des immigrés en provenance des anciennes colonies (Algérie surtout) en les payant avec une fronde et en les logeant dans des bidonvilles (dont l’immense de Nanterre), pendant que les Japonais investissaient dans les nouvelles technologies et méthodes d’organisation et de travail. La stratégie actuelle, en continuité avec l’ancienne au nom de la rupture, est largement facilitée parce que les exonérations de charges sociales sont plafonnées pour les salaires inférieurs à 1,6 Smic. Du coup, le patronat fait tout pour que lesdits salaires n’aillent pas au-delà. On a toujours le patronat et la droite les plus bêtes du monde ; et les socialistes ne sont pas plus malins.

Il est clair encore que même réalisées les promesses de campagne laisseront de côté le pouvoir d’achat de la moitié des Français non concernés par les heures sup et les rachats de RTT. On attend les futures statistiques de l’INSEE, organe gouvernemental alors que dans la plupart des autres pays elles sont produites par des organismes indépendants, avec impatience.

the secret of financial mountains

Classé dans : politique — 18 juin, 2009 @ 10:40

 

                                             Aujourd’hui survient une crise monétaire et financière dans un monde où tous les clignotants étaient au vert. Les prémices en remontent à  juillet 2007 quand les prêts hypothécaires dits de subprime s’écroulèrent. C’était en quelque sorte une catastrophe annoncée dont l’origine doit tout à la rapacité des innombrables frères Dalton du capital financier d’outre-Atlantique. Les descendants des immigrants européens et des esclaves Noirs communiaient dans le prétendu rêve américain: en travaillant plus, on peut gagner plus et on peut accéder à la propriété de son petit chez soi. Le rêve est si fort que les petits américains des classes sociales les plus déshéritées voulaient à tout prix devenir propriétaires comme signe visible d’accès à la position de petit bourgeois. Cela produisait une profusion de ces petites maisons à l’américaine en bois, construites pour ne durer que 50 ans au maximum et alignées en rang d’oignon dans de paisibles banlieues. Il était entendu dans les codes culturels que demeurer dans les centres villes, sauf dans les quartiers très huppés, signifiait qu’on appartenait à la caillera. Las, les salaires stagnaient depuis 20 ans et l’accès à la petite maison mais avec très grande cuisine devenait problématique.    Alors d’avides et rapaces financiers inventèrent les subprimes. C’est simple. On accorde des prêts à taux variable, ledit taux et les amortissements du capital étant faibles au début de l’emprunt, on s’arrange pour que l’accédant n’ait quasiment à payer pendant les premières années de remboursement. Ce qui signifie que l’heureux propriétaire ne paye que les intérêts et n’amortit pas le capital pendant ces années-là. En conséquence, les dernières annuités sont très lourdes. Mais l’emprunteur, dont les narines étaient toujours au ras de merde et de la banqueroute pendant des années, avait fait le pari que ses revenus auraient augmenté entretemps et que la valeur de son bien aurait augmenté. Les Ricains, du reste, avaient inventé le prêt revolving en hommage à M. Colt. Ceci consiste à renouveler les capacités d’emprunt au fur et à mesure que le capital restant dû diminue et que la valeur immobilière du bien augmente. En 2007, le futur président Tsarkowitch a proposé cette heureuse innovation pour augmenter le pouvoir d’achat des braves travailleurs français. Les génies US de la  pompe à phynance, chère au père UBU, avaient tiré des chèques en blanc sur l’avenir, avaient encouragé la propension à tout claquer des amerloques (taux d’épargne zéro et endettement à 120 % du revenu)) et s’étaient manifestement moqués des conséquences perverses de cette machine à mouvement perpétuel. Il en était résulté une belle bulle spéculative immobilière, les prix ne cessant de monter, ce qui avait poussé tout le monde à acheter dans l’espoir de consistantes plus-values. Des margoulins, des escrocs, même pas Tapie dans l’ombre, plaçaient ces prêts mirifiques le plus souvent à de pauvres types éblouis par leur future promotion sociale. Des VRP sans scrupules, nouveaux « carpetbaggers » payés à la grosse commission, tiraient les sonnettes le soir, plaçaient leur pied dans l’entrebâillement de la porte à la façon traditionnelle des voyageurs de commerce fourguant des encyclopédies et faisaient signer un contrat. Le signataire, éberlué et souvent un peu éméché après deux ou trois verres de bourbon, poussé par son épouse qui se voyait déjà faire des bras d’honneur à ses anciens voisins, signait, parfois d’une croix. Il n’avait pas lu les petits caractères ni les annexes qui énonçaient les vraies conditions du prêt.    

   Le processus n’avait pas du tout été contrecarré par le génie de la FED, Alan Greenspan qui avait maintenu des taux d’intérêt très bas. Ce responsable des finances américaines (FED ou réserve fédérale) s’était au contraire frotté ses blanches mains car cela faisait marcher le commerce et soutenait la croissance par le biais du florissant marché immobilier et le crédit revolving. Tant pis si cela créait une bulle spéculative. Les affaires marchaient et les yankees pouvaient acheter à foison de la camelote chinoise, la Chine achetant en contrepartie des titres du trésor américain.    Il faut savoir que les banques sont tenues d’avoir une consistante « réserve obligatoire » de fonds garantissant les crédits qu’elles consentent. Si ces réserves descendent en-dessous de la norme légale, par exemple si la banque fait de grosses pertes, ce qui au passage fait aussi chuter sa capitalisation boursière (la valeur à la bourse de l’ensemble de ses propres actions), elle est obligée de les reconstituer (on dit se refinancer). Elle le fait en empruntant des fonds auprès des autres banques ou en se couvrant auprès de la banque centrale, à un taux qui est précisément ledit taux directeur fixé par la FED. Las, en septembre 2006, la FED augmenta son taux directeur, qui gouverne l’ensemble des taux d’intérêt, y compris celui des titres d’Etat, parce que les acheteurs de dollars (Japon, Chine,) [ou les vendeurs de pétrole en dollars] commençaient à la trouver saumâtre : la valeur du dollar baissait et il était plus judicieux de placer ses réserves en euros, devise qui augmentait. Les emprunts du trésor US à l’étranger devenaient ainsi plus juteux. 

   Comme les taux des emprunts des heureux propriétaires grâce aux subprimes étaient variables, ces derniers furent saisis à la gorge par des mensualités souvent doublées. De fil en aiguille, la plupart ne pouvaient plus payer, surtout en fin d’emprunt quand on amortit le principal à toute berzingue. Les prêteurs vendirent alors les maisons en brandissant les titres d’hypothèque. Du coup, le marché immobilier s’effondra, ne laissant aux emprunteurs que les yeux pour pleurer puisqu’ils ne pouvaient même pas rembourser leurs dettes. Par voie de conséquence, la valeur des créances détenues par les banques et autres organismes financiers comme les fonds spéculatifs s’effondra aussi.  Pourtant les créances hypothécaires avaient été « titrisées », c’est-à-dire regroupées (avec tout un tas d’autres titres de créances) en gros paquets d’obligations vendables à la bourse comme les actions. Pour cacher la merde au chat, ces paquets avaient été mélangés avec d’autres titres moins risqués, ce qui produisit des sortes de pâte feuilletée dans laquelle une chatte n’aurait pas retrouvé ses petits. Ce n’était pas par hasard tant l’imagination des requins de la finance est fertile pour rendre les choses opaques, pour empêcher tout contrôle public de leurs véritables engagements et pour dissimuler toute responsabilité. L’astuce des banques étaient de mettre les titrisations et les produits dérivés (assurances d’assurances sur les risques spéculatifs) hors bilan.    Début 2008, la catastrophe devenait clairement visible. De grandes banques (Citigroup, Merrill Lynch) affichèrent 10 milliards de dollars de pertes au dernier trimestre 2007. La BNP était touchée, de même que la Deutsche Bank, et même une banque mutuelle ( ?), le Crédit agricole dont la filiale Alcyan affichait 300 millions d’euros de pertes. La banque de prêts immobiliers Northern Rock, chez les Gibbies frôlaient la faillite qui aurait été assurée si la banque d’Angleterre n’était pas venue à son secours. Et commença le processus : baisse des réserves obligatoires, impossibilité de vendre ses actions dont la valeur avait baissé de moitié (devenues des « produits toxiques comme les titrisations et autres dérivés), donc obligation d’emprunter. Mais à qui ?  Les banques ne se prêtent plus les unes aux autres tant qu’on ne sait pas leur situation réelle et que leurs comptes n’ont pas été apurés des créances douteuses et correctement provisionnés. Elles doivent restreindre le crédit et elles rechignent donc à consentir de nouveaux prêts aux consommateurs et aux entreprises, car elles n’ont plus assez de liquidités et parce qu’elles ne veulent plus prendre autant de risques. La spirale infernale est lancée : pas de crédit et taux plus élevés signifient ralentissement de la consommation et de l’investissement, donc arrêt de la croissance. Pour éviter le krach (une déflation brutale) les banques centrales se mirent à fournir les liquidités nécessaires à l’économie. Elles prêtèrent des centaines de milliards de dollars ou d’euros ou de livres aux banques. 

   Les européens n’étaient pas indemnes. Leurs banquiers avaient aussi investi dans les subprimes en les dissimulant dans des « sicav dynamiques », lisez pouvant rapporter gros.  Même le Crédit Agricole en France s’était laissé aller à ces juteuses facilités et avait beaucoup perdu (5 milliards). Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés. L’action salvatrice des banques centrales, aux frais des citoyens,  avait permis de vérifier l’adage : les profits sont privés, les pertes socialisées et publiques.    Les autorités publiques, dont Mme Lagarde-Michard en France, tentèrent de rassurer. Patatras, les marchés ne suivaient pas, d’où le minikrach du 21 janvier. Car la confiance a disparu. Comment en effet ne pas craindre l’avenir quand on risque d’être saisi ou de voir la valeur de son bien chuter, ce qui tue le crédit revolving et force à l’épargne, laquelle est à zéro en % du PNB chez les GI. C’est fait ; le marché immobilier US a déjà chu de 20 à 30 %. Comment faire confiance à des banquiers, des fonds d’investissement, des assureurs qui vous fourguaient des titres pourris, souvent en le sachant comme dans l’affaire Enron ? Et, ô miracle de la psychologie des foules grégaires, la théorie new look des « anticipations rationnelles » s’est vérifiée. Quand les autorités prennent une décision, les gens se doutent qu’il y a magouille sous roche et prennent les devants pour contrecarrer les effets de ladite décision. Ainsi, l’annonce de Bushman d’injecter 140 milliards de dollars dans l’économie pour restaurer la consommation a eu l’effet inverse. Et l’histoire continue ; le 22/1/08 la FED abaissait de 0,75 points son taux directeur, ce qui le porte à 3,50% soit moins que celui d’inflation US à 4,1 en 2007 ! Certes, ça allège le coût des emprunts…mais aussi le revenu des emprunts d’Etat pour les pays acheteurs desdits emprunts. Vont-ils continuer à en souscrire alors que les USA vivent eux-mêmes à crédit revolving en pompant les liquidités mondiales au détriment des pays qui en auraient besoin pour investir. Les bourses ne se sont redressées que très momentanément suite à cette 2ème mesure de la FED. Affaire à suivre… 

    On appelle même au secours les fonds dits souverains, c’est-à-dire les immenses capitaux détenus par certains Etats comme la Chine ou les Emirats Arabes qui envisagent une bonne affaire à long terme car ils rachèteraient des banques ayant déjà perdu la moitié de leur « capitalisation boursière ». Ces Etats y sont aussi tenus  car si l’économie américaine s’effondrait, si la valeur du dollar chutait, ils ne pourraient plus vendre leur camelote aux Ricains ou leurs réserves en dollars se transformeraient en roupies de sansonnet. Ce qui ferait augmenter les restrictions de crédit car la masse monétaire en circulation deviendrait insuffisante. 

   On en est maintenant aux plus grandes craintes sur la croissance mondiale. En effet, si les USA n’achètent plus, les exportateurs européens, chinois, etc. ne vendront plus. Or les USA font plus de 25 % des importations mondiales. D’où récession, chômage, course aux clients par baisse des prix et dumping, hausse des taux  d’intérêt pour couverture des risques, et tout le cycle de la déflation. Bien chers frères, prions les prions nous attaquent.    Le lecteur peut se demander pourquoi un système financier mondial aussi désastreux perdure. Elémentaire, mon cher Watson. C’est que beaucoup de salopards individualistes et avides y ont intérêt. En vrac, nous avons les banquiers et les assureurs qui placent des titres et des assurances-vie avec de belles commissions ou profits, nous avons les agences de notation qui risqueraient de perdre des clients (aux USA, elles ont le droit de conseiller les entreprises !), les fonds d’investissement, les bourses et courtiers en bourse, les fonds de pension qui doivent faire le maximum de plus-values pour servir les retraites, les multinationales qui peuvent racheter les firmes concurrentes avec leurs propres actions dans les OPA ou OPE, les manageurs qui touchent des plus-values sur leurs stock options, les politiciens qui sont financés par ceux qui précédent dans cette liste, les lobbys qui défendent tous les intérêts de leurs mandants, les journaleux libéraux qui tirent notoriété (et fonctions de conseils) de leurs articles à la gloire de la finance, les boîtes de conseil en management qui vivent des commandes des manageurs, etc. 

   Le lecteur aura aussi compris pourquoi les incitations gouvernementales vers les retraites par capitalisation, les compléments de salaire par distribution de titres et plans d’épargne d’entreprises, les dégrèvements fiscaux pour les PEA, la baisse de la taxation des plus-values et des revenus financiers, les assurances-vie individuelles conduisent à encore plus de financiarisation, donc à encore plus de risques pour les salariés. Et le pire c’est que voter à droite ou à gauche n’y change rigoureusement rien. 

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