les armes de la critique

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connards de chômeurs

Classé dans : politique — 18 juin, 2009 @ 10:36

  D’après la vulgate des économistes néolibéraux, les patrons n’embauchent sur le « marché du travail » que quand la désutilité marginale des salaires et des charges, soit le coût salarial à consentir pour le dernier embauché, est égale à l’utilité marginale de la production : ce que rapporte ledit dernier salarié dans les ventes supplémentaires « puissanciellement » [Proudhon] attendues par l’entrepreneur. Le patron n’achète pas du travail mais de la production espérée, c’est-à-dire de « la force de travail » sur le marché des offres de service par les demandeurs d’emploi. Le point d’équilibre est atteint ainsi dans un « taux naturel du chômage », car, à ce prix-là tout le monde sera embauché, dixit le néolibéral.  Contrairement à ce que disent les opposants, ce n’est pas idiot. C’est même du marxisme transformé en modèle mathématique. En effet, ceci dit que plus les salaires et les charges y liées baissent plus les patrons embaucheraient. Et on peut compter sur la concurrence entre travailleurs à l’échelle mondiale pour faire baisser les salaires et annuler toutes les protections sociales (et autres). Ce que ne disent guère les libéraux, c’est que la concurrence entre entreprises va faire baisser les prix, ce qui diminue l’utilité marginale de la production et renforce donc la course à la baisse de la désutilité des salaires pour les patrons. On en arrive ainsi à une spirale vicieuse sans fin de baisse concomitante des prix et des charges salariales. Cette course vers le retour au 19ème siècle est évidemment accentuée par la progression constante de « l’armée industrielle de réserve », c’est-à-dire des chômeurs, par suite de l’accès des femmes (du Nord) ou des paysans (du Sud) à l’emploi. Tsarkozy n’a retenu que le premier membre de l’équation : l’heureuse baisse des prix qui va augmenter le pouvoir d’achat à salaire constant. Notre omniprésident n’a pas percuté sur le fait que les salaires baissaient parallèlement. Notre nouveau génie de l’économie gouvernementale n’a pas compris que cette course était perdant-perdant, car en réalité le pouvoir d’achat ne peut que baisser compte tenu des charges fixes pour le salarié : loyers, transports, taxes locales, prélèvements sociaux, eau (l’usager domestique paye seul la réparation des pollutions dans un contexte d’élévation des normes sanitaires), chauffage, assurances (les dégâts indemnisés par suite de l’extension des catastrophes naturelles sont reportés essentiellement sur les assurés domestiques), etc. Ces charges fixes et contraintes représentent maintenant 75 % du budget des prolétaires et sont très largement sous-estimées par l’INSEE dans le calcul de l’inflation et du pouvoir d’achat. Il s’ensuit que la consommation stagne (en attendant le développement de celle des pays en voie de développement, que les équipements sont sous-utilisés et que la concurrence entre firmes pour la maîtrise des marchés s’exacerbe. Du coup les patrons soit veulent baisser les salaires pour produire moins cher que le concurrent, soit améliorer la productivité en investissant dans des machines plus performantes et économes en travail humain, soit faire travailler plus longtemps les salariés en place (les « insiders »). Ce qui accroît le chômage et fait donc encore plus baisser les salaires. Résultat des courses à Neuilly la consommation continue de baisser car la demande « solvable » diminue.

  L’empereur des proches Carpathes et des Français réunis observe cependant que la demande française se maintient. C’est vrai. En effet, les Français sont conduits à puiser dans leur épargne pour continuer de consommer. Cela finira par s’arrêter lorsqu’ils auront une épargne zéro comme aux USA et seront très lourdement endettés. Tsarkozy poussait cependant à l’endettement, notamment avec la possibilité de crédit revolving en fonction de l’envolée des prix de l’immobilier. La crise des « subprimes » aux USA lui a indiqué ce qu’il faut en penser. Jusqu’à quand durera ce petit jeu ?

  Face à la rationalité patronale, les libéraux mettent celle des travailleurs. Ces derniers, très forts en calcul, ce que ne montrent pas les derniers résultats comparatifs des réussites scolaires, arbitrent entre les désutilités de la perte de loisirs et de consommation et l’utilité du salaire. C’est pourquoi, comme nous l’allons voir, ils sont responsables du chômage.

  Le salarié est un pleutre, un couard, un risquophobe. Il préfère toucher un salaire régulier. C’est pourquoi il passe un deal avec le patron : tu me verses un salaire constant, même en période de mévente, en échange je n’exige pas une rétribution élevée ; patron, tu lisses les salaires dans la durée ; en revanche je serai sage : je ne demanderai pas plus et je ferai des heures sup. Du coup, le salaire versé est en moyenne supérieur au taux d’équilibre optimal du marché du travail ou taux naturel de chômage. Il en est de même du SMIC qui est un obstacle à l’atteinte du taux naturel de salaire. C’est pourquoi les patrons n’embauchent plus, mais la faute en revient à ces cons de salariés qui prennent une assurance de stabilité des salaires contre tout risque.

  Le salarié est un rusé et même un salaud. Il est le seul à savoir ce qu’il vaut réellement (compétence, ardeur au travail, etc.). Il dispose donc d’une « asymétrie d’information » en sa faveur. L’embaucher peut être désastreux : manque de productivité, malfaçons, tirage-au-flan (aléa moral à l’embauche de ces dissimulateurs).  Le patron, dans l’ignorance, peut opérer « une sélection adverse » (prendre un mauvais risque au lieu d’un bon). Le salarié est un porteur « d’aléa moral » car il ne joue pas forcément avec les bonnes règles du jeu et profite de son horrible pouvoir de non information sur sa valeur réelle. S’en débarrasser coûte cher en « turn over », donc en « coûts de transaction » (frais de recrutement, de passation des contrats, indemnités de licenciements, etc.). Alors, le patron pour minimiser les risques de la sélection adverse et les coûts de transaction paye ses salariés plus chers que ses concurrents afin d’attirer et de conserver les meilleurs présents sur le marché du travail. Le problème est que les autres patrons en usent de même, ce qui fait que les salaires grimpent au-dessus « du taux naturel » du marché sans chômeurs, lequel, comme on l’a compris, s’établit toujours au plus bas niveau possible compte tenu de la demande solvable et de l’offre de services des demandeurs d’emploi en surnombre. Bis repetita placent, cette violation dudit taux naturel de chômage est encore un empêchement au plein emploi. A cause de ces putains de roublards de salariés.

  Le salarié est une feignasse. Il préfère les loisirs au travail. S’il peut vivre grâce à des allocations diverses (RMI, APL, API, indemnités de chômage, etc.) il préfère se tourner les pouces en tant qu’adepte du moindre effort. Seule la peur du licenciement le maintient dans le droit chemin. Hélas, 3 fois, toutes ces indemnisations rendent la perte d’emploi peu menaçante et le marché du travail « imparfait ». On a déjà vu le cas du tire-au-flanc, cas que du reste la nouvelle économie néolibérale a érigé au rang de modèle. Ces indemnités ou revenus de remplacement éliminent donc la peur du chômage, ce qui fait grimper bien au-delà du taux naturel de salaire. Salopiots, misérables, vous méritez votre sort ; retournez donc aux galères : ça vous poussera vers le sain et saint travail. Et il ne viendra pas à l’esprit de « l’homme aux écus » que justement c’est la flemme qui a été le principal moteur de l’invention, comme moyen d’économiser de la peine.

  Le salarié est égoïste et méchant. Quand il est dans une entreprise (insider), il s’oppose à l’arrivée de nouveaux travailleurs (outsiders). S’il en arrive, il fera tout pour les décourager (mise en quarantaine, dénonciations calomnieuses, pneus crevés, etc.). L’outsider est tout aussi prédateur : il accepte un moindre salaire pour dégommer les salariés en place. Le travailleur est donc naturellement méchant ; il se met de lui-même en concurrence avec les autres. Car, évidemment, si cette concurrence entre travailleurs existe elle n’est due qu’à leurs égoïsmes mutuels, ce qui est démontré par la théorie économique.

  Le salarié est joueur, « primesautier » (eh oui, il y a une théorie économique de la chose !). Il n’a pas compris que les patrons font tout ce qu’ils peuvent pour conserver les employés : DRH aux petits soins, primes, intéressement, écoute, récompense du mérite, etc. Mais le salarié reste toujours prêt à aller voir ailleurs si l’herbe n’est pas plus tendre et plus verte. Il préfère toujours un picotin virgule 1 d’avoine à un seul.  Figurez vous qu’il met ainsi les entreprises en concurrence ! Il joue à chercher mieux, ce que lui permettent encore plus les indemnités de chômage. Alors, le patron se résigne à la malignité du salarié et cherche à le « fidéliser » par un « salaire d’excellence ». Chacun l’imitant, le taux naturel de salaire s’en trouve allégrement outrepassé. Et c’est bien de la seule responsabilité des travailleurs.

  Toutes ces élégantes théories sont en même temps du plus haut comique…de répétition et de surréalisme. Et pourtant elles sont on ne peut plus sérieuses. Mais elles camouflent le plus important : la concurrence est un système indépendant des acteurs économiques mais organisé légalement par les autorités étatiques au service du patronat ; dans ce système automatique et à logique imparable le chômage n’est pas le problème. C’est la solution contre les mauvaises exigences des travailleurs et pour la baisse des salaires et avantages et protections sociaux. L’inconvénient est que la demande solvable stagne ou diminue, ce qui pousse les capitalistes les moins adaptés à fermer boutique au profit des plus gros qui piquent leurs parts de marché. Ce dernier n’est pas plus gros, mais il est réparti entre moins de firmes. CQFD : la concurrence finit par aboutir au monopole ce qu’avait montré Proudhon dans « Philosophie de la misère »), ce qui contrevient à toutes les saintes écritures du libéralisme.

les raisons de la crise actuelle

Classé dans : politique — 15 juin, 2009 @ 11:14

Les raisons de la crise sont économiques et politiques. Sur le versant politique,  ce sont des décisions politicardes qui depuis 30 ans ont crée les conditions du capitalisme dérégulé parce que lesdits politiciens (libéraux ou socio-démocrates) étaient eux-mêmes convaincus des vertus de la libre circulation de tout, à commencer par le fric, dans le libre-échange généralisé et la « concurrence libre et non faussée » chers à l’OMC et à l’UE. En outre, les politiciens pouvaient ainsi faire de la fuite en avant pour se dépatouiller des conséquences de leurs décisions antérieures et afficher un seul objectif, celui de la croissance, en piquant des parts de marché nationales aux pays concurrents grâce au dumping dans tous les domaines. La publicité  intra muros dans les pays développés ne suffisant plus à faire croître les besoins suffisamment pour assurer la rentabilité du capital, les politicards se sont lancés dans la mondialisation des marchés en fidèle toutou des nécessités du capital. A signaler une décision politique majeure, très oubliée : en 1973 (Fiscard d’Estaing)  en France, la banque centrale n’a plus eu le droit de faire des avances au trésor, puis en 76 (Barre) les prêts de celle-ci à l’Etat ont été taxés par le même niveau des intérêts que sur le marché (avant c’était seulement au niveau de l’inflation).

Sur les causes économiques, il y a avant tout que le capital, devenu très productif grâce aux nouvelles technologies, ne pouvait se contenter d’un marché national : il avait besoin de se mondialiser afin de profiter d’économies d’échelle que les ventes locales n’assuraient plus et alors que la disparition des colonies ne permettait plus de marchés captifs au profit de la métropole. Au début produire local mais exporter mondial était devenu une nécessité de la rentabilité du capital productif. Mais le capital, devenu dominé par les multinationales, a très rapidement compris qu’il pouvait jouer sur les différentiels de législation (sociale, fiscale, environnementale, de droit du travail, de gestion des niveaux de vie, etc.) pour faire produire, au moindre coût, la pacotille qu’il pouvait écouler grâce à la publicité, à la téléréalité, à la complicité des journaleux devenus presque tous d’obédience libérale. C’était en même temps un moyen d’accroître la taille des marchés pour rentabiliser des équipements à la fois coûteux et très productifs. Les multinationales et les banquiers (trouver du fric partout aux meilleures conditions en mettant les capitaux en concurrence) ont donc fait pression pour obtenir la libre circulation de tout : marchandises, services, monnaies flexibles et sans gage réel (depuis 1973 avec l’annulation des accords de Bretton-Woods sur la convertibilité du dollar en or), capitaux, etc. La conséquence de l’ouverture des marchés, de la libre circulation des capitaux, du droit à délocaliser ou d’acheter chez le pays le moins-disant entraînait la mise en concurrence des travailleurs du monde entier, malgré la disparité fantastique de leurs conditions de vie et de travail. Il en a résulté une baisse incessante des rémunérations et des protections sociales en Occident (et au Japon) afin de pouvoir s’aligner sur les pays les moins-disant, et ainsi de suite car un moins-disant trouve toujours un pays capable de dire encore moins et car alors tout pays s’arrange pour être encore moins-disant.

Du coup, le partage de la valeur ajoutée entre le capital et le travail, autrefois assis sur les progrès de productivité pendant les « 30 glorieuses », a été conduit à une baisse d’environ 10 points au détriment du salariat. Les salaires en termes réels (corrigés de l’inflation) ont plongé, le pouvoir d’achat réel a diminué ou stagné. Le capital a alors, avec l’heureuse complicité des politiques, trouvé deux solutions : le crédit illimité et revolving pour que les prolos achètent quand même quitte à être insolvables, ce que les organismes de crédit (Sofinco, Cetelem, sofinoga,  etc.,  généralement détenus par des banques) ont encouragé, l’Etat réservant le taux d’usure (21 % quand même en 2008) aux seules banques en ignorant leurs filiales de crédit usuraire à la consommation. C’est le crédit sans garanties, notamment dans le domaine immobilier, qui a créé la crise des subprimes,  quand les taux d’intérêt ont augmenté (fin 2006, début 2007) alors que les prolos  anglo-saxons avaient bêtement souscrit des emprunts à taux variable après les deux 1ères années de remboursement du prêt et que la bulle immobilière, qui permettait de revendre le bien avec bénéfice (et même d’emprunter encore plus suivant ce que préconisait Tsarkozy), s’est écroulée (autrefois au Japon, 2007 aux USA).

Parallèlement, ce qui veut dire que la crise est due à une coalescence de facteurs convergents formant un système immaîtrisable si on n’en change pas totalement les règles du jeu, il y avait abondance de capitaux (notamment des pétro-dollars après les 2 chocs pétroliers de 1973 et de 1979, puis ensuite la nécessité pour les riches et les multinationales de placer au mieux leurs petites économies liées à la réduction à quia de la part des prolos dans la répartition des richesses). Lesquels capitaux, tout naturellement en régime capitaliste, cherchaient le maximum de rémunération. C’est pourquoi, les politicards leur ont accordé le droit d’aller n’importe où sans contrôle des changes. De plus, les gouvernements virent dans cette libre circulation des capitaux à l’échelle mondiale l’occasion d’emprunter au plus bas taux d’intérêt. C’est ainsi que dès 1983, les socialos en France ont fait financer le programme électro-nucléaire par l’emprunt, payé via les tarifs par les usagers.

La circulation des capitaux flottants à la recherche d’une rémunération attrayante dépend de plusieurs choses. Déjà des lieux (la Chine, l’Inde, le Vietnam) où l’on peut le mieux pressurer le travail afin de maximiser la rentabilité des « investissements directs à l’étranger » (IDE), investissements encore productifs. Où des espaces où l’on peut acheter au moindre coût toujours en opprimant le travail et en négligeant les coûts sociaux et environnementaux de la production ; Wal Mart et les grandes enseignes de la distribution en France sont des spécialistes des « sweat shops, sans répercuter la baisse des prix ainsi obtenue sur les consommateurs. La menace de la délocalisation, de la sous-traitance, de la concurrence avec des offreurs moins-disant est devenue aussi la vache à lait de la distribution via leurs grandes centrales d’achat. Mais le problème fondamental est la baisse de rentabilité du capital (sous-consommation, surproduction, concurrence sévère entre capitalistes pour dénicher les créneaux les plus rentables).

Il y est répondu par les restructurations et délocalisations et sous-traitances en tout genre et par les concentrations, fusions, absorptions pour des effets de taille, par le stress productiviste pour les employés. Il y est répondu aussi par la demande pressante auprès des pouvoirs politiques de privatiser : la sécu, les retraites, les assurances, les services publics. Le but est de trouver de nouveaux espaces d’investissement rentable pour le capital. Merci ô politicards qui avaient répondu favorablement à cette exigence. Et, last but not least, par le report des risques sur le salariat, les petits épargnants et les populations. Pour maximiser le profit financier, le capital (banques, assurances, multinationales) a pris des risques énormes. Mais trop c’est trop et contrairement à l’entrepreneur « schumpétérien », la finance ne prend pas de risques. La manip consiste à les répercuter sur les salariés : salaires atones mais primes de résultats (individualisées) et intéressement ou participation, assurances vie privées ou retraites par capitalisation (fonds de pension, lesquels sont largement à l’origine des exigences de rentabilité), prêts à taux variable, etc. Il est clair aussi que les formes de travail telles que le temps partiel, l’intérim, les CDD, les heures sup, l’entreprise unipersonnelle ou l’auto-entrepreneur, sont des bons moyens de faire supporter aux travailleurs les aléas de la demande afin de maintenir le taux de profit en assurant la flexibilité de l’usage de la main d’oeuvre.

De plus, rapidement, l’investissement productif a été dépassé  par le spéculatif : LBO, rachat de ses propres titres par la multinationale afin de faire grimper la valeur boursière des actions restantes, achat d’entreprises avec ses propres titres, etc. sont devenus le bon moyen de rentabiliser le capital détenu par les fonds de pension et les fonds spéculatifs. Opportunément, la comptabilité a été changée : les actifs sont valorisés à leur valeur de marché (« fair value »), les agences de notation sont devenues juges et parties (évaluatrices et conseil des entreprises évaluées), les paradis fiscaux ont été institutionnalisés afin de permettre aux multinationales de jouer sur les prix de transfert entre leurs filiales en fonction des endroits où la fiscalité était la plus faible et aussi de placer leurs capitaux disponibles sans droit de regard du fisc, les banques ont pu mélanger, via des filiales, leurs activités d’affaires avec celle de dépôt pour engranger de grasses commissions dans leur rôle d’intermédiaire dans les fusions, absorptions, rachats par LBO, les compagnies d’assurance (Dont AIG en quasi faillite si les USA n’y avaient pas injecté 175 milliards de dollars) ont été autorisées à se développer dans les risques financiers sans limites. Et la spéculation a pu s’en donner à cœur joie via les « produits dérivés » ou assurances d’assurances d’assurances contre les risques de spéculation foireuse et à l’infini (PIB mondial, 60 000 milliards de dollars, masse des produits financiers sans garantie, 600 000 milliards de dollars) contre les aléas des bourses. Toujours mieux, les banques et les assurances ont pu titriser les créances, c’est-à-dire les regrouper en millefeuilles, quelle que soit leur origine et leur degré de garantie, et les transformer alors en obligations vendables sur les marchés financiers,  afin de reporter les risques sur les cochons d’acheteur (en France, ce sont les SICAV « dynamiques » vendues par les banques ou introduites dans les assurances-vie hors celles rédigées en euros). Bien mieux, les banques, sous le regard bienveillant des autorités de régulation des marchés financiers (SEC aux USA, AMF en France), en contravention avec leurs obligations dites de Bâle (disposer de réserves et de capitaux propres suffisants avant de consentir du crédit, 8 % des prêts alloués), ont été autorisées à mettre hors bilan (donc non compté dans leurs obligations de sécurité et de solvabilité) leurs opérations dans les produits dérivés et la titrisation.

Pour couronner le tout, les rétributions des manageurs ont connu une croissance exponentielle en fonction de la « capitalisation boursière » de leur boîte (valeur de l’ensemble des actions sur les marchés) : stock-options (développées et largement défiscalisées en France par Fabius et DSK), parachutes dorés, retraites « chapeaux ». Ces braves gens avaient donc tout intérêt à faire péter le cours de l’action de leur entreprise, y compris par des moyens frauduleux (Enron, Parmalat, Vivendi, etc.).

Bref, il se trouve que comme les capitaux sont largement excédentaires par rapport à la demande solvable, laquelle a beaucoup diminué par suite du nouveau partage de la valeur ajoutée et des progrès de productivité, il y avait inéluctabilité d’une crise financière mondiale, les bulles immobilières et financières étant devenues incontrôlables. Il y avait en même temps crise de la demande car les prolos occidentaux étaient réduits à la portion congrue et les classes moyennes des PVD encore incapables d’acheter suffisamment alors que les moyens de production se trouvaient ainsi sous-employés, ce qui diminue la rentabilité du capital. La croissance exponentielle de la finance sans garanties réelles avait pu masquer ces processus ou les encourager ; las, à force d’être trop manipulée la corde a cassé.

Dans les phénomènes ci-dessus décrits, on ne saurait négliger le rôle du dollar, sans garantie depuis 1973. Le dollar en tant que seule véritable monnaie de change et de réserve internationale accorde des privilèges exorbitants aux USA. Ils peuvent rembourser leurs emprunts à l’étranger dans leur propre monnaie ; ils peuvent alors éventuellement faire tourner la planche à billets (dévaluation) pour rembourser. Les pays exportateurs, payés en dollars, n’ont pas intérêt à les conserver et en profite pour investir aux USA, lesquels drainent ainsi l’essentiel de l’épargne mondiale et des excédents commerciaux. Certes le dollar a beaucoup diminué par rapport à l’euro, mais il reste encore très largement surévalué compte tenu des déficits commerciaux et budgétaires des USA (très aggravés par la crise, les plans de relance, les rachats de banques, etc.). Le dollar n’a pas assez baissé parce qu’il reçoit le soutien indéfectible de la Chine (réserves en dollars plus détention de bons du trésor US pour environ 1500 milliards de dollars). Il y a un deal : je te laisse vendre ta camelote à mes consommateurs assoiffés, via Wal Mart et autres, et tu finances mes déficits. Le deal a atteint ses limites ; cependant la Chine est bien obligée de soutenir encore le dollar car sinon la valeur de ses réserves s’effondrerait. Il faut pourtant s’attendre à une dévaluation de fait du dollar et de bien des monnaies, donc ensuite à une inflation des prix (en fait une transcription des anciens prix dans la nouvelle monnaie dévaluée pour en conserver la valeur réelle). Tant mieux, ce sont les rentiers qui paieront.

Donc, avant de saluer les résultats du G 20, il aurait fallu analyser correctement la situation et les processus qui y ont conduit. Car les effets d’annonce dudit G 20 sont à côté de la plaque : rien sur le rôle du dollar et le système mondial des changes entre monnaies ou  sur une nouvelle monnaie internationale (malgré la demande de la Chine), rien sur les relations des banques centrales à leur Etat ni sur leur rôle, presque rien sur le contrôle des banques et des compagnies d’assurance, rien sur les fonds de pension ou fort peu sur les spéculatifs, de la poudre aux yeux sur les paradis fiscaux et leur véritable rôle dans les menées des multinationales mondialisées malgré les rodomontades de Zébulon 1er  (ex-avocat d’affaires),  pas grand-chose sur les agences de notation, rien en fait sur les rémunérations des banquiers et des manageurs, rien sur les raisons profondes de la crise (sous-consommation, excédent de capitaux nomades, baisse de la rentabilité du capital), rien sur le partage de la valeur ajoutée entre capital et salariat, rien sur les méfaits des systèmes de protection sociale privés et/ou par capitalisation, rien sur l’encadrement des produits dérivés ou titrisés, rien sur les responsabilités des politiques dans la mise en place d’un capitalisme financier totalement dérégulé, rien ou presque sur la démocratisation du FMI pour les PVD malgré le triplement de son budget à destination des pays en difficulté (avec encore des « plans d’ajustement structurel » ?), 1 000 milliards de dollars en plus pour la relance mondiale sans savoir d’où ils viennent  (ils proviendront de la planche à billets pour éponger les déficits et de futurs impôts sur le populo). En réalité, le G 3 (USA, Chine, G-B et ses satellites) s’est contenté de sauver les meubles en mettant quelques rustines sur la faillite du système, l’enjeu étant de laisser encore et toujours au capitalisme financier anglo-saxon la bride sur le cou. Notre nanoprésident, qui a réclamé le mérite du « succès » de ce G3, a en fait regardé passer le train néolibéral anglo-saxon : il a sifflé après la guerre de 14-18 (abandon de l’étalon-or), puis en 1971-73 (abandon de l’indexation du dollar sur l’or alors qu’il était la seule monnaie ainsi gagée, ce qui en faisait la seule monnaie de réserve internationale) ; là il vient de siffler une 3ème fois. Cela aurait dû être pour siffler la fin de la partie…

Et la crise est loin d’être terminée. Les banques et les assurances regorgent déjà d’actifs « toxiques » (sans valeur : produits dérivés, titres ayant perdu 90 % de leur valeur, créances douteuses, etc.). Cela va empirer : suite à la crise devenue économique (crédit restreint, rentiers ruinés, salariés au chômedu, retraités en capitalisation spoliés, propriétaires immobiliers lessivés, salaires en berne, donc demande en chute libre), les faillites vont se multiplier, les licenciements augmenter, les impayés croître, la valeur des titres baisser ; donc des actifs toxiques nouveaux vont s’ajouter aux anciens non encore apurés. Et pour cause : comment avec 60 000 milliards de dollars de PIB mondial assécher 600 000 milliards de produits dérivés et autres crédits surmultipliés et sans gage réel ?

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