les armes de la critique

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C’est la mouise… pour les peuples européens

Classé dans : politique — 15 mai, 2010 @ 4:59

 

La spéculation, depuis début mai, attaque sauvagement les pays européens membres de l’Eurogroupe. L’UE a mis beaucoup de temps à réagir à la crise de la dette grecque qui remonte déjà à plus de huit mois. Les réticences de l’Allemagne à aider un pays « club med » y sont pour beaucoup. Mais la nature même des traités européens avec la monnaie unique, la BCE et le pacte de stabilité, aussi. Dans leur cadre, il était interdit à  la BCE d’acheter des dettes des Etats membres et de faire des emprunts, le déficit budgétaire annuel ne devait pas dépasser 3 % du PIB et la dette 60 %.  La France et l’Allemagne ont outrepassé ces limites en 2005, ce qui a autorisé tout le monde à en faire autant. La BCE ne devait s’occuper que de l’inflation et de la stabilité des prix, aucunement de la croissance et de l’emploi ni de l’inflation immobilière ou des actifs financiers. 

Il en ressort que la politique monétaire, rigoureuse sur demande de l’Allemagne pour abandonner le mark au profit de l’euro, dépend de la BCE, de même que celle du taux de change de l’euro, lequel est descendu hier 14 mai à 1,23 dollars pour 1 euro, pour le plus grand bien de la Germanie qui est le seul pays vraiment compétitif et exportateur (au 2/3 dans l’UE !) au plan international. Les pays n’ont plus la possibilité de dévaluer (au profit des Gibbies qui ont laissé la livre se déprécier de 25 %) pour retrouver de la compétitivité par les prix. Il ne reste que la politique budgétaire et fiscale ou la stratégie industrielle et commerciale. 

Les grands manitous de la construction européenne, dès le départ avec le mort Schumann et compagnie, puis le curé Delors (sans Barre) ont pensé que le processus d’unification économique entraînerait l’unification politique ; ensuite que la monnaie commune serait le ressort d’une politique économique, fiscale et budgétaire commune. On voit les résultats puisque rien de tel n’existe. On n’a que le grand marché de la « concurrence libre et non faussée », y compris et surtout pour la libre circulation des capitaux, et la sacro-sainte monnaie unique. Ces deux dimensions sont en fait les mâchoires d’un étau qui met les peuples européens en concurrence les uns avec les autres et conduit au chacun pour soi, qui est devenu avec la crise un sauve-qui-peut. Cet étau fonctionne tout seul sans que les gouvernements puissent le desserrer. Cela a été voulu : par les Rosbifs qui ont saboté l’Europe en permanence dès leur entrée en 1973 grâce à Pompidur et ont toujours voulu uniquement d’une zone de libre-échange dominée par les USA, par les Teutons qui ont vu là le moyen de dominer par l’économie et qui ont poussé à l’élargissement à l’Est après la chute de l’URSS (Etats amis, atlantistes, nouveaux marchés et espace de main d’œuvre bon marché, donc comme leur zone d’influence au détriment des pays du Sud de l’Europe), par la France qui abandonnait le leadership économique de l’Europe aux Prussiens, qui protégeait son agriculture et qui s’imaginait garder la puissance politique et militaire. 

Nos grands politicards pro-européens ont tout simplement oublié que c’est l’Etat qui crée la monnaie et non celle-ci celui-là. Alors chacun a mené une politique à la fois commune et différente. Commune au plan économique du « marché total » ouvert à tous les vents internationaux, alors que d’autres pays faisaient du protectionnisme camouflé,  et au plan du financement des déficits budgétaires par l’emprunt à l’étranger. En fait, les gouvernements ont le plus souvent laissé filer la dette car on pouvait emprunter moins cher sur le marché international des capitaux bourré de pétrodollars et des excédents commerciaux des pays émergents. De plus, cela leur permettait de ne pas prendre les mesures nécessaires pour équilibrer le budget, ce qui aurait eu des répercussions sur le climat social au moment exact où les charges sociales progressaient (vieillissement, chômage). Enfin, cela permettait le casino financier favorable aux banques et investisseurs et cela assurait une rente aux prêteurs nationaux, les mêmes du reste qui ont été quasiment exonérés d’impôts. Ce faisant, les pays européens se sont mis d’eux-mêmes sous la coupe des marchés financiers et des spéculateurs. On peut aussi légitimement penser que ce laxisme était voulu ; en effet, au bout d’un certain temps la dette devient insoutenable, comme les trous sociaux, et alors le gouvernement peut crier : TINA, there is no alternative (leitmotiv de Thatcher), il faut sabrer dans les dépenses sociales, privatiser les services publics, n’aider que ceux qui sont vraiment dans la merde. C’est pourquoi, in petto, les gouvernants se réjouissent du label Hellène : il faut faire comme lui, prendre d’impopulaires mesures d’austérité afin de sauver la rente, le casino financier et le capitalisme « libéral ». Et les peuples européens sont maintenant en train de comprendre que la fête est finie ; on passe à l’austérité partout, plus vite que prévu, à cause de la spéculation internationale. Laquelle n’est pas totalement injustifiée car l’Europe a, comme les USA, vécu au-dessus de ses moyens en régime capitaliste de concurrence sauvage et mondialisée. 

Commune aussi dans les visées gouvernementales : instaurer le règne du libéralisme, faire prévaloir l’idéologie libérale des « marchés efficients », faire régner le fric, récompenser le « mérite », la prise de « risque », punir les feignasses assistées qui vivent aux crochets de l’Etat, sacraliser la propriété et le patrimoine.  C’est pourquoi, partout, les gouvernements se sont lancés dans la course au moins-disant social ou fiscal et ont favorisé les riches et les entreprises en supprimant ou baissant leurs impôts. NAP-au-LEON, empereur des Français de Neuilly-Auteuil-Passy au Léon breton, a du reste fait très fort en 2007 (bouclier fiscal, presque plus de droits de succession, aides à l’accession à la propriété, etc.). Soit dans les 30 milliards en moins pour les recettes publiques, dont 20 pour les riches ; à quoi s’ajoutent les 75 milliards des 468 niches fiscales nouvelles ou anciennes, les 63 milliards d’aides aux entreprises (plus sans doute dans les 100 milliards de fraude fiscale ou sociale), les 4 milliards pour les heures.sup détaxées, les 3 milliards pour la restauration (TVA à 5,5 au lieu de 19,6). On comprend pourquoi le budget monte en 2010 à 450 milliards dont 150 de déficit. 

Mais différente aussi car chaque pays a dû se battre avec les moyens du bord. Les Fridolins ont maximisé leur avantage comparatif et compétitif en sauvant leurs capacités industrielles : sous-traitance délocalisée à l’EST tout en gardant les productions de haute technicité, purge sociale sous Schröder-Hardt, TVA sociale, le tout correspondant à une dévaluation-compétitivité de 10 %. Evidemment sur le dos des autres pays qui ont vu leurs importations de Germanie s’accroître et leurs exportations diminuer. Mais rira bien qui rira le dernier ; en effet si ces autres pays entrent en période de déflation, par suite de leurs politiques d’austérité au moment même où il faudrait relancer l’économie, alors les Saxons ne pourront plus y exporter. Mais les Doriphores sont tenaces et coriaces : ils visent sans doute une zone Mark constituée avec l’Europe de l’EST. 

Les Grands-Bretons ont poussé, via notamment les paradis fiscaux comme les îles Anglo-Normandes, sur la finance qui représente 13 % de leur PIB (en 2007) et 20 % de l’emploi (avec les emplois induits). Ils n’ont rien épargné (taux d’épargne -4 % du revenu contre + 11 en France) et se sont livrés aux délices de l’immobilier à crédit. Ils ont encore 16 % de leur PIB dans l’industrie mais celle-ci a été largement achetée par l’étranger. L’Anglais est endetté à hauteur de 154  % de son revenu contre 75 en France. Les Ibères-Nation ont tout mis sur le tourisme et l’immobilier et n’ont à côté aucun secteur d’exportation et de compétitivité. La verte Erin a attiré les sièges d’entreprises internationales par un impôt sur les sociétés à 12 % contre 30 en moyenne européenne, a vécu à crédit et à l’immobilier. Patatras. Le Coq gaulois a laissé filer les déficits pendant 30 ans, saboté sa petite industrie au profit des grands champions nationaux (ex-grands projets gaulliens ou entreprises publiques) plus ou moins privatisés, délocalisé, y compris des secteurs clefs, ce qui fait que la France n’a plus que 15 % de son PIB dans l’industrie, a joué le jeu de l’emploi déqualifié détaxé de cotisations sociales jusqu’à 1,6 SMIC. Résultat : 48 milliards de déficit de la balance commerciale en 2009, stagnation des salaires pour ne pas dépasser le seuil de 1,6 SMIC, non-développement des emplois qualifiés vers la recherche et l’innovation, croissance molle depuis longtemps. 

Donc les marchés financiers et les spéculateurs savent très bien que les pays européens, dans l’ensemble, sont trop endettés et auront une croissance très faible (0,1 % en France au 1er trimestre 2010 contre 0,4 attendu) faute de compétitivité et par manque de consommation ratiboisée par l’austérité. Ce qui fait que des doutes spéculatifs sont permis sur leur capacité à rembourser leur dette. Les gouvernements en 2008/2009 ont sauvé et renfloué les banques en transformant les dettes privées (des banques et financiers et autres assureurs) en dettes publiques. Maintenant, lesdites banques et les spéculateurs jouent contre l’euro à cause des dettes publiques qui ont grimpé en flèche pour les soutenir lors de la crise des liquidités de 2008. Les gouvernements sont alors pris à leur propre piège et, attaqués, doivent précipiter les mesures de restauration des équilibres budgétaires. Evidemment sur le dos des peuples, des petits, des sans grades car il n’est pas question de toucher à l’ordre libéral. 

 Les banquiers et financiers le savent et se moquent des gouvernements qui ne peuvent que serrer le kiki à leurs peuples. Non, la crise n’est pas finie, loin de là ; on va vers la déflation à la grande joie des USA, de la Chine et des autres pays émergents. Après tout, pourquoi ces peuples de l’ex-Tiers Monde n’auraient-ils pas droit au luxe occidental ? Le problème c’est que ce n’est pas eux qui en profitent : ce sont leurs gouvernements, leurs politicards, leurs financiers, leurs industriels. On le voit bien en Chine où l’exposition de Shanghaï va montrer la radicale coupure de classes sociales entre les « mingongs » (émigrés des campagnes en ville et démunis du passeport de cette ville, donc sans droits, pas même à l’école pour leurs enfants), la classe moyenne, la paysannerie et les riches. 

Les gouvernements ont sauvé le soldat Goldman-Sachs qui a aidé la Grèce à maquiller ses comptes, vendu des titres pourris qu’elle avait fait coter au mieux par les agences de notation et qui maintenant spécule contre les dettes de l’Europe. Elle a eu recours à son instrument favori, le Credit Default Swap (CDS, échange de défauts de crédit) dont elle est à la fois le créateur et le vendeur. C’est une assurance contre les risques ; quelqu’un (un fonds de pension ou autre) qui a un gros paquet d’obligations d’un trésor européen craint sa perte de valeur par risque de non-remboursement. Il achète une assurance CDS dans laquelle le vendeur dudit CDS s’engage à couvrir les pertes et touche donc une prime fonction du risque de défaut. Et ensuite les spéculateurs sur les dettes achètent du CDS à tout va en jouant à la baisse de la devise et de la dette concernées. Plus le prix des CDS augmente (car le risque sur le  «  sous-jacent », c’est-à-dire l’actif de base dont le CDS est un « produit dérivé », à savoir la dette, augmente) plus le pays emprunteur voit ses taux d’intérêt augmenter. Ce qui nous fait une jolie boucle auto-réalisatrice. Les G 20 ne devaient-ils pas réguler et contrôler la phynance ? 

Le taux de change

Classé dans : politique — 10 mai, 2010 @ 5:28

On sait que depuis 1973 les monnaies sont flottantes. Ce qui revient à dire que ce sont les marchés (monétaire, des changes, financiers) qui fixent leur valeur relativement les unes aux autres. Par aiileurs, les différents pays ont emprunté à tout-va sur les marchés financiers internationaux, ce qui les a mis sous leur coupe. Les spéculateurs sont alors à l’affût et suivent de près le niveau d’endettement des Etats de même que leur fiabilité de remboursement. C’est ainsi que la Grèce, qui avait triché avec l’aide payante de Goldman Sachs, s’est retrouvée bien dépourvue quand la bise fut venue début 2010. Depuis, les PIGS (Portugal, Italy, Greece, Spain), suivant le surnom que les britanniques leur ont donné, sont dans l’œil du cyclone et la Commissions européenne et l’euro-group jouent les pompiers. L’euro est descendu à 1,27 dollars avant de remonter par suite de la décision du 9 mai de créer un fonds de soutien européen de 60 milliards (violation du traité de Maastricht et du pacte de stabilité qui prévoient que l’UE ne peut aider un de ses membres en difficulté) et un « mécanisme » de garantie de 440 (rachat des dettes d’un pays en empruntant sur les marchés financiers internationaux), plus 250 de plus par le FMI.  L’Europe craint que le taux de change de l’euro baisse trop car à ce moment-là ses dettes libellées en dollars augmenteraient et car cela pourrait déclencher un processus inflationniste (montée des taux d’intérêts en regard du gonflement de la dette) très dommageable pour ses chéris, à savoir les rentiers et autres détenteurs d’actifs. C’est la raison pour laquelle la Grèce ne peut se retirer de l’euro, solution gentiment suggérée par les Teutons (qui ont ruiné le pays en l’occupant en 39/45), car sa dette atteindrait des sommets astronomiques en dollars. Déjà qu’elle ne peut pas rembourser…    

Pourtant, du temps où il existait des monnaies nationales en Europe, la dévaluation, donc l’abaissement du taux de change de la devise du pays, permettait de retrouver de la compétitivité par les coûts pour exporter et améliorer la balance commerciale. L’inconvénient était un renchérissement des importations et donc de l’inflation importée. Mais alors, les Etats conservaient la maîtrise de leur politique monétaire : taux de change, taux d’intérêt, masse monétaire. Avec l’euro et la BCE, ces fantaisies ne sont plus de mise. Il en reste plus aux pays que leur politique budgétaire (sous réserve d’observer les critères du pacte de stabilité monétaire : pas plus de 3 % de déficit et 60 % du PIB d’endettement),  industrielle (sous réserve de respecter les règles de la concurrence et de ne pas créer ou entretenir de monopoles) et fiscale dans certains domaines (le taux de TVA est par exemple encadré).   

C’était malin. En effet, avec l’euro, d’un côté, et les règles économiques et commerciales de la concurrence ouverte, libre et non faussée, de l’autre, et sans politique du change et avec un budget limité, les pays adhérents à l’euro se mettaient dans une situation intenable par hyper concurrence entre eux. C’était un bon moyen de pousser les gouvernements à mettre en place le libéralisme sauvage conforme aux saintes écritures du marché total qui équilibre tout et aboutit à l’optimum. Ce fut alors chacun pour soi et Dieu pour tous. Ainsi l’Allemagne s’est lancée dans les années 90/2000 dans une politique de désinflation compétitive (baisse de ses coûts) pour exporter dans les autres pays et accumuler des excédents commerciaux, exactement comme dans les rapports entre les USA et la Chine. Pour ce faire, la Teutonie avait besoin de la monnaie commune et du pacte de stabilité qui, en fait, ne faisait que changer le mark de nom. La Germanie (tous pour Hun, Hun pour tous) pouvait ainsi forcer ses concurrents soit à faire pareil qu’elle, soit à voir se dégrader leur situation au profit des Tudesques. Nos voisins d’Ultra Rhin gardaient leurs saucisses et avaient Francfort comme siège de la BCE. La France suivait avec le franc fort.  Pourquoi Tonton Mythe Errant a-t-il passé ce deal  en contrepartie de son (l)aval à la réunification saxonne? Pétain, mais c’est bien sûr. Ce n’est sans doute pas par intelligence prospective vu que celui-ci était parfaitement défavorable à la France. C’est sûrement parce que c’était un bon moyen de mettre le pays entre les mâchoires d’un étau (pas de degré de liberté du change et concurrence échevelée) qui obligeraient son peuple indocile à baisser pavillon devant les mécanismes fatals et automatiques de l’économie européenne libéralisée. En effet, le gouvernement, obligé de prendre des mesures pour soutenir la concurrence (mise en place de tous les poncifs libéraux résumés dans le consensus de Washington) de la France avec les autres pays, pouvait dire à ses électeurs grugés : ce n’est pas moi, c’est l’UE. Les Prussiens n’avaient pas non plus bien réfléchi aux conséquences à long terme de leur attitude. Ils ne rêvaient que de reconstituer le grand Reich et de dominer l’Europe par le bais de leur politique monétaire rigoureuse. Ce ne fut donc pas machiavélique car les dirigeants politiques ne pensent pas, sauf aux prochaines élections.    

Le résultat est que, avec la crise grecque accompagnée de la situation calamiteuse de l’Espagne et autres, dont l’éternelle France, l’euro est en danger. Même les Casques-à-Pointe ont fini par comprendre qu’il fallait le défendre car si les autres pays sont entraînés dans la tourmente, l’Allemagne ne pourra plus rien leur vendre et ses habitants travailleront pour le roi de Prusse. De plus, les banques tudesques ont beaucoup d’argent en Grèce (comme la France à hauteur, elle, de 53 milliards d’euros) et le non-remboursement des dettes grecques auraient des conséquences fâcheuses sur celles-ci. Et l’UE se rend enfin compte qu’on ne peut pas unifier l’Euro-group, constitué de pays très disparates à tout point de vue, à partir de l’unicité d’une monnaie et du seul marché : il faut aussi des politiques et des règles communes en matière fiscale, budgétaire, il faut une politique économique et industrielle européenne avec une « gouvernance » formalisée, il faut des règles et un contrôle de la fiance communs. La route sera longue car les égoïsmes nationaux prédominent, Anglais en tête qui se sont bien gardés de rejoindre l’euro-group et ont rejeté la partie sociale du traité de Lisbonne. Ils ont donc pu laisser descendre la livre afin de redevenir compétitifs en coûts et de continuer à jouer au Monopoly financier qui fait 20 % de leur population active. Sinon, la dette, puissant acide prussique des taux de change contrôlés par les marchés financiers, ne pourra être gérée que pays par pays suivant la bonne vieille stratégie des Horaces et des Curiaces ou plutôt des Voraces et des Coriaces. 

La dette

Classé dans : Non classé — 8 mai, 2010 @ 11:39

En France un banquier du privé, mais oui, a été chargé d’examiner le problème de la dette du pays. Ce qui a transpiré de son rapport avait pour but d’effrayer le bon peuple : environ 1 200 milliards d’euros de dette publique en 2007, à laquelle il fallait rajouter les engagements de l’Etat en matière de retraites des fonctionnaires. C’était amusant parce que le versement des retraites est un flux alors que la dette est un stock. On rigolait aussi  parce que M. Pébereau, président de la BNP, ne déduisait pas de la dette les actifs de l’Etat, dans les 500 milliards à l’époque. L’étude évacuait la dette privée. Et pour cause parce que le solde des dettes des Français considérés globalement (ou entreprises), une fois décompté les créances sur l’étranger, était légèrement positif. Il n’y a donc pas de dette privée française vis-à-vis de l’étranger. Rien d’étonnant à cela parce que les Français épargnent 12 % de leur revenu (-4,4 % au R-U) et ne sont endettés qu’à 75 % dudit revenu (153 % en G-B). Par ailleurs, les avoirs privés des Français avoisinent les 10 000 milliards d’euros en 2010. Depuis, le vertueux gouvernement, qui avait commandé ce rapport pour insinuer dans l’esprit des gens qu’ils allaient devoir se serrer la ceinture, notamment en ne remplaçant pas 1 fonctionnaire partant en retraite sur 2, a multiplié les largesses pour les riches et les entreprises (il y en a pour 30 milliards en plus depuis 2007) tout en créant une vingtaine de petites taxes par ci par là supplémentaires. Patatras, la crise est survenue en 2008 en Europe. En 2009, le déficit budgétaire a grimpé à 7,5 % du PIB (norme de l’UE, pas plus de 3) et la dette, sans cesse accrue par les déficits, à 1 485 milliards (77,8 % du PIB, contre 60 % de norme européenne). Et ce n’est pas fini malgré une toute petite reprise de la croissance (1 % espéré en 2010).     

Et voyons cette pauvre Grèce grugée par le gouvernement droitier de Caramanlis qui a passé la patate chaude à Papandréou le socialo. Elle a appelé l’avaricieuse UE au secours. Elle a 273 milliards d’euros de dette, soit 115 % de son PIB ; son déficit est de 13,6 % du PIB ; les agences de notation, US comme par hasard, lui ont serré le kiki en abaissant la note de ses emprunts et désormais si elle emprunte toute seule elle doit payer 9 % de taux d’intérêt (l’Allemagne ou la France, 3). Du coup les hedge funds spéculent à la baisse et à découvert sur sa défaillance. Pourtant le Japon, en stagnation dans les années 90-2000, a une dette publique qui représente 220 % de son PIB et n’est pas visé par les spéculateurs ou les agences. Why ? C’est parce que la dette publique japonaise est détenue par les Japonais à près de 95 % (environ 40 % pour les Gibbies pour une dette publique de 85 % du PIB fin 2009). Or les pays occidentaux, USA en tête comme toujours et promptement imités, avaient choisi l’endettement pour faire face à la croissance de leurs dépenses notamment sociales ; et ils avaient préféré emprunter à l’étranger car il y avait d’énormes liquidités flottantes (rente pétrolière, etc.) cherchant à se placer sûrement. C’est ce qui explique le succès de la doctrine de la libre circulation mondiale des capitaux. On pouvait placer les emprunts d’Etat ou des entreprises publiques comme EDF facilement à l’étranger. Les vannes furent ouvertes en France sous les excellences mitterrandiennes, les Delors, Fabius, DSK, etc. La dette doit être remboursée et les intérêts servis, ce qui pèse sur le budget de l’Etat : en prévision pour 2010, la France doit supporter 43 milliards de service de la dette, soit pas loin de la recette procurée par l’IRPP (48,9). Servir la dette, intérêts et principal, revient donc à se passer de dépenses utiles comme si le « coût d’opportunité » (c’est la perte subie par rapport à un placement plus avantageux) de celle-ci était inférieur aux avantages de ces dernières.   

La France put donc commencer à tirer des chèques en bois sur un avenir à crédit et ne pas faire de réformes structurelles. Ce n’était plus l’Allemagne paiera mais l’étranger prêtera le pognon. Comme les gouvernements ne cherchent qu’à se dépatouiller à court terme de leurs ennuis sans réfléchir aux conséquences à long terme, ils ne virent pas qu’ils mettaient d’eux-mêmes leur pays sous la coupe des marchés financiers et en plus sans créer une puissante agence européenne de notation, laissant ainsi aux USA le soin de les assommer ultérieurement. Vous me direz que les USA empruntaient eux-mêmes à tire larigot pour financer leurs déficits budgétaires et commerciaux. Certes, mais le dollar est la seule monnaie de réserve internationale puissante et quasi monopoliste et les Chinois en profitèrent pour le deal : je t’achète tes obligations du trésor en dollars si tu me laisses vendre ma camelote chez toi. Comme le dollar est accepté et recherché par tous les pays hors zone Euro, les USA peuvent tranquillement emprunter ou laisser tomber le cours du dollar en faisant tourner la planche à billets. Ce n’est pas le cas de l’UE qui, du reste, se l’est interdit avec le traité de Maastricht, la monnaie unique et l’indépendance de la BCE. Ce qui explique du reste que les Teutons qui critiquent la Grèce vont quand même s’exécuter en leur prêtant car si non toute la zone euro risque de s’écrouler par effet domino : sur la liste d’attente des agences US de notation on a déjà l’Espagne, le Portugal, l’Italie, l’Irlande. Cette générosité n’est pas gratuite, en fait la France va emprunter à 3 % et prêter  à la Grèce les 16,8 milliards sur lesquels elle s’est engagée à 5%. Espérons que cela marche quand même car les banques françaises sont engagées pour 53 milliards dans les dettes grecques. 

Le rapport Pébereau négligeait la différence entre dette publique et privée ; or chez les Gibbies et les Yankees, la dette privée est énorme et supérieure à la publique. En Grande-Bretagne, la dette privée représente 224 % du PIB fin 2009 pour 85 pour la dette publique. Du reste, comme la crise a fait s’écrouler la valeur des dettes privées et des « actifs » qui sont fondés dessus le sauvetage financier opéré par les USA, et autres pays, consiste à substituer de la dette publique à la privée pour maintenir les liquidités nécessaires à l’économie ; Jusqu’où ? La réponse française est sans doute le plus haut et le plus longtemps possible car ce sera le moyen de détruire le modèle social installé en 1945 par application du programme du conseil national de la résistance (CNR) pour instaurer enfin un système libéral de chez libéral. C’est pourquoi le gouvernement joue la montre en attendant les élections de 2012. L’oubli Pébereau sur la dette privée a sans doute quelque chose à voir avec l’idée que celle-ci fait les choux gras des banques qui prêtent par exemple à 20 % pour les cartes de crédit renouvelable ; c’est plus profitable que le taux d’intérêt de la dette publique et c’est assez sûr quand on ne se livre pas aux excentricités rapaces des subprimes.      

Le rapport Pébereau n’a pas l’air de faire la différence entre les emprunts suivant leur destination. Or il y a des emprunts qui rapportent plus qu’ils ne coûtent, par exemple si vous empruntez à 2 % et prêtez à 5 (ce qu’ont fait les banques pour se refaire une santé) ou si vous investissez dans un projet qui vous rapportera bien plus de 2 %. C’est ce que font les hedges funds et les private equities (LBO) en profitant de l’effet de levier de la différence des rendements. C’est ce que font les industriels US en investissant dans des délocalisations en Chien ou ailleurs. C’est ce que pourrait faire la France en grandeur bien supérieure à celle du grand emprunt sarkozyen pour financer l’investissement et la recherche développement. De façon générale, un surplus de dette consacré à l’investissement n’est pas à rejeter au nom d’un principe absolu : la dette, c’est mauvais et ce sont les générations futures qui vont la payer. Mais non car elles vont profiter des investissements s’ils sont réalisés à bon escient au lieu de servir à colmater les trous des dépenses courantes et de fonctionnement. Les emprunts-dettes sont aussi valables s’ils permettent de développer les « externalités positives » : infrastructures de transport, de communication, d’éducation, etc. Ou s’ils permettent des économies futures et diminuent alors les importations ou les frais généraux du pays : économies d’énergie par exemple. C’est ce qu’avait dû dire le rapport Juppé-Rocard qui préconisait un vrai grand emprunt de 130 milliards au lieu des 35 consentis dont 20 déjà engagés auparavant !      

Et la dette n’est pas si mauvaise si elle reste cantonnée dans le territoire national et financée par les Français eux-mêmes. Il faut cependant faire attention à ce qu’elle ne rapporte pas qu’aux rentiers tout en étant payée par les moins aisés, car les impôts qui en découlent servent les remboursements en capital et en intérêts pour ceux qui ont les moyens de souscrire aux emprunts, ceux-là mêmes que le bouclier fiscal exonère. Il faut aussi éviter de prêter aux multinationales implantées en France, fussent-elles françaises, qui en profiteraient pour assécher l’épargne française et bénéficier de l’effet de levier en investissant à l’étranger. L’épargne française doit être réservée aux emprunts d’Etat finançant des investissements ou des externalités positives, au développement des services publics et aux PME, PMI et autres activités locales ou de proximité. La dette doit servir au développement, ce qui ne veut pas dire seulement la croissance comme on le verra ultérieurement. 

Puis survient la crise de la dette grecque par rapport à laquelle l’UE a tergiversé pendant des mois. En ce 6 mai 2010, c’est l’euro et la dette publique des pays européens qui sont dans le collimateur des spéculateurs, lesquels ne font pourtant qu’exploiter la situation dans laquelle ils se sont mis. Aussitôt l’UE bande ses muscles de toute urgence pour faire front. Mais nos braves dirigeants européens restent dans l’optique du marché total sans voir que c’est celui-ci qui a créé les déséquilibres structurels commerciaux et financiers (USA/Chine et Allemagne/ UE) qui minent leur économie. On se contente de rustines sur les problèmes financiers. Pourquoi ? Parce que, en réalité, la crise est une « divine surprise » pour tous ces dirigeants libéraux qui veulent sauver le soldat capitalisme. En effet, grâce à elle, ils vont pouvoir accélérer leur programme de destruction de l’Etat-providence dans tous les domaines sociaux et des services publics. La France vient de sortir son plan « d’austérité », celui-là même qu’elle avait soigneusement camouflé avant les élections régionales. L’exemple de la Grèce montre ce qui pend au nez des peuples européens. Oremus, mes biens chers frères.

 

 

La raie publique

Classé dans : Non classé — 1 mai, 2010 @ 11:12

Celle-ci vient de ce que le peuple est aujourd’hui sans cesse niqué par les politiciens et autres dirigeants. Le procès Pasqua, père, en Cour de justice de la raiepublique vient de s’achever : non-lieu pour 2 affaires, un an avec sursis sans suspension d’éligibilité pour la 3ème .  Il est vrai que sur les 15 membres du jury, 12 sont des « représentants de la nation », lesquels ont peut être leurs propres turpitudes (Charlie a sûrement des dossiers) et ne mangent pas leurs chers collègues. 

En restant dans le cadre de la Vème raiepublique pour ne pas assommer le lecteur, moult affaires ténébreuses montrent combien la France est une fausse démocratie et une république bananière. Qui se souvient de l’affaire de la Garantie Foncière, de l’enlèvement du colonel Argoud ex-OAS, du meurtre après rapt de Medhi Ben Barka, de l’assassinat de Broglie, de celui de Fontanet, du « suicide » de Boulin, de la tuerie d’Auriol par le SAC dont Charlie était un des fondateurs, de la disparition du pasteur Doucé, des « avions renifleurs » de Chalandon (et des « chalandonnettes »), etc. ? Plus près de nous, il y a eu les fausses factures pour financer les partis politiques. Seul le PS a été condamné (affaire URBA) bien que la chose ait été bien répartie et ensuite amnistiée. Le PR (Par exemple M. Longuet) a eu droit à une relaxe. M. Chirac avait mis Paris en coupe réglée pour rester maire et préparer ses campagnes présidentielles ; plus d’une douzaine d’affaires l’ont concerné : fausses factures, corruption des marchés publics, « frais de bouche », liasses de billets pour payer ses voyages, emplois fictifs d’amis de Corrèze ou de politiciens pour son staff, etc. Le sieur (car c’est une huile) vient enfin d’être mis en examen après une longue latence pour cause d’immunité présidentielle. Il y a eu les marchés corrompus pour la rénovation des lycées d’Ile de France dans laquelle tous les partis touchaient au prorata de leur poids politicard dans la région. Nous eûmes l’affaire ELF et vedettes de Taïwan. Nous avons maintenant l’affaire des sous-marins livrés au Pakistan moyennant  grosses commissions et rétro-commissions, Ballamou regnante pour l’élection présidentielle de 1995, Tsarko étant ministre du budget et principal soutien de « l’Ottoman » aux chaussettes de soie. Le Levantin a été président de la société du Tunnel du Mont-Blanc, sinécure à 50 000 francs par mois pendant que ladite société méprisait les questions de sécurité ce qui déboucha sur un incendie qui fit 39 morts. On a vu DSK  soupçonné d’intérêts illégaux à la mutuelle des étudiants (non-lieu). M. Dray a vu le boulet passer pas loin parce qu’il faisait de la « montre », mieux qu’une Rolex avant 50 ans. On a bien rigolé jaune avec l’inénarrable procès de l’hipponyme Galouzeau de Villepin pour l’affaire Clearstream même si l’acquittement a été suivi de l’appel du parquet par  un sbire de la présidence, Marin, qui sait naviguer entre deux eaux troubles et dans les gorges profondes, ce qui promet de nouvelles réjouissances en 2011. 

Le président de la rupture n’est pas indemne de tout soupçon. Voir déjà l’affaire Balladur qui remonte avec l’assassinat de 9 employés de la DCN au Pakistan. Mais  on a eu aussi une sombre histoire de travaux menés dans la propriété des bords de Seine d’icelui par une entreprise du bâtiment bien en cours à la mairie de Neuilly. L’affaire a été récusée par le procureur des Hauts de Seine, le bien-nommé « Courroie », nommé par le pouvoir. Certains ont écrit, sans procès en diffamation aux fesses, que M. Sarkozy, du temps où il était avocat d’affaires (sic), portait des valises de billets en Suisse pour le compte d’Henri Leconte, gaucher mais pas gauche pour fuir le fisc français. Mais tant qu’il n’y a pas eu de jugement, l’impétrant est présumé innocent. 

Les édiles locaux et régionaux ne sont évidemment pas hors circuit de la corruption et cela d’autant plus que les lois de décentralisation Defferre, développées par Raffarien,  leur ont conféré bien de nouveaux pouvoirs. Les commissions départementales d’attribution de surfaces de vente pour les grands distributeurs ont facilité la corruption politique en veux tu en voilà. Et les routes et les bâtiments publics et tous les marchés publics ne sont sûrement pas blancs bleus. On sait que les maires délivrent les permis de construire, ce qui a entraîné une palanquée d’affaires de construction dans des couloirs d’avalanche, les sites protégés et dans des zones inondables. On a vu le résultat avec la tempête Cynthia qui a fait 53 morts. Et le pouvoir feint de découvrir le problème alors que celui-ci est patent depuis des lustres. Alors, l’illustre président s’empare du problème avec vigueur. 

Il est clair que l’abus de bien social (ou le recel d’abus) est souvent accompagné de la corruption active des édiles et autres politiciens. Cela tombe mal : le gouvernement se proposait de changer la loi sur les délits d’abus de biens sociaux afin de les faire quasiment disparaître. Las, MAM a dû remettre le projet dans sa poche. Reste le projet d’éliminer le juge d’instruction, indépendant, au profit du parquet, dans la main du pouvoir, avec un vague contrôle par un juge-capitaine ad hoc. Cela ferait s’évanouir toutes les affaires impliquant des politicards et des dirigeants d’entreprise grâce à la procédure des enquêtes préliminaires, lesquelles aboutiraient à l’absence des poursuites. Las, la Cour européenne des droits de l’homme regarde l’affaire avec suspicion pour cause d’autorité judiciaire peu indépendante en France. De plus, les magistrats de la Cour de cassation viennent de s’opposer à la solution gouvernementale et MAM va sans doute revoir sa copie pour ces deux raisons. Rappelons qu’une opportune loi Fauchon, de chez Fauchon, a exonéré les maires et autres de toute responsabilité pénale dans les accidents survenus par suite, par exemple, d’accidents causés par des défauts des installations municipales si l’édile n’en avait pas connaissance. 

On sait aussi que la détention du pouvoir politique a permis de faire passer toutes les lois favorables à la fiance et à la spéculation ; lois votées et mises en place par les politicards de toutes obédiences : suppression du contrôle des changes, liberté de circulation des capitaux, libre-échange dans le tout-marché de la « concurrence libre et non faussée », privatisation des entreprises et services publics, destruction du code du travail, détricotage de la sécu et de la protection sociale, etc. ; avec, pour soumettre le peuple, la profusion des lois répressives. On est donc maintenant dans la réprivée et cela pour deux raisons : d’un côté le pouvoir a été personnalisé et médiatisé (ce que les « primaires » vont accentuer en abaissant notablement le rôle des partis politiques), de l’autre il décide et agit en faveur des intérêts privés contre le bien public, le bien commun, l’intérêt général. 

Et ce n’est pas près de finir. Cette politique est encore jeune et comme l’a dit Jeanne Calment : la république libérale et capitaliste n’a qu’une seule ride et elle assise dessus. cela me rappelle un dessin de Siné en 1968 dans « l’enragé », anagramme de général: un choitte à la turque avec un trou en forme de croix de Lorraine et du papier hygiénique bleu blanc rouge; cela montraait bien la valeur du vote populaire en Raiepublique.

L’esprit de Philadelphie

Classé dans : Non classé — 11 avril, 2010 @ 4:52

Ce titre m’est inspiré par le dernier livre, éponyme, du grand juriste du droit du travail Alain Supiot. Cet auteur nous rappelle que c’est dans cette ville, le 10 mai 1944, qu’a été proclamée la 1ère Déclaration internationale des droits à vocation universelle. Il s’agissait de créer un nouvel ordre international fondé sur le Droit et la Justice, cette déclaration concernant les buts de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Dans la foulée on eut les accords financiers de Bretton Woods et la création de l’ONU, puis, en 1948, la Déclaration universelle des doits de l’homme. O tempora, O mores, les temps ont bien changé. Depuis environ 30 ans les finalités et valeurs d’un monde respectueux de la dignité humaine et de la justice sociale, finalités proches de celles procurées par le Conseil National de la Résistance en France qui présidèrent à la mise en place dans notre pays d’un Etat providence et lancèrent la période des « 30 glorieuses » (1945-1975), ont été éradiquées par le libéralisme moderne. Ce dernier repose sur une foi aveugle dans la perfection du marché autorégulateur qui harmonise spontanément les intérêts et affecte au mieux les ressources. Il n’y a rien de mieux que « l’ordre spontané du marché » (Hayek), que l’ouverture totale des frontières aux échanges internationaux, laquelle permet à chaque pays de faire valoir ses « avantages comparatifs » (Ricardo, devenus « compétitifs dans la novlangue actuelle) dans la division internationale du travail, que la libre circulation des capitaux à l’échelle planétaire qui permet d’allouer l’argent disponible aux investissements les plus utiles (lire rentables).

La chose a été « démontrée scientifiquement » par la théorie de l’équilibre général, devenue la science économique « normale » (Kuhn) en économie. Mais seulement à certaines conditions (par exemple, information pure et parfaite, homogénéité des préférences [les consommateurs ont la même psychologie], réversibilité des investissements [le temps ne compte pas], rationalité des opérateurs, transparence, atomisme des agents, absence de contraintes sur les échanges, etc.) que les journalistes et les politiciens oublient de signaler, conditions évidemment jamais réalisées en vrai. A quoi s’est ajouté la théorie du primat de l’offre sur la demande (resucée de l’idiotie de J-B Say : « les produits s’échangent contre les produits ») propulsée par l’école de Chicago fondée par Milton Friedman, l’économiste préféré de Reagan, Thatcher et… Pinochet. En gros, il s’agit de libérer totalement l’offre, c’est-à-dire les entreprises, de toute contrainte étatique : pas de contrôle des prix, pas de SMIC, pas de freins aux licenciements, pas d’intervention monétaire créatrice d’inflation, ouverture des frontières, etc., de limiter le rôle de l’Etat à la fonction de « veilleur de nuit » et de supprimer les services publics et sociaux Ces bonnes préconisations ont été reprises par tous les gouvernants et tous les « organes » (au sens de Soljenytsine) de la planète. Notamment par le FMI, la Banque mondiale qui imposèrent aux pays en difficulté le fameux consensus de Washington.

La crise mondiale commencée à l’automne 2007 aurait dû faire justice de toutes ces balivernes car elle a montré dans la pratique qu’il n’y avait aucune perfection, encore moins automatique, des marchés. Eh bien, non cela repart comme en 40 malgré les gesticulations des gouvernants au G 20 et les rodomontades de Nicolae Sarkozescu contre les banquiers et la phynance. On continue donc à séparer l’économique du politique, le matériel de la morale ou du spirituel, à nier les besoins des populations et des travailleurs (logement, santé, emploi, éducation et formation, cadre de vie, organismes de défense de leurs droits comme les syndicats, sécurité contre les aléas, dignité) et à détruire la planète pour cause d’accumulation sans frein et de maximisation des profits. Supiot (de Satan aux yeux des libéraux) montre bien comment l’Europe en est arrivé aux extrémités libérales. Il observe que le libéralisme s’est transformé en dogmatisme idéologique très éloigné des considérations de la vieille économie politique des fondateurs comme Adam Smith ou John Stuart Mill. Ce mouvement s’est évidemment lancé parce qu’il y avait des intérêts sordides bien ancrés pour certains acteurs (les multinationales, les financiers, les experts, les « réservoirs de pensée », etc.) et parce que les politiciens n’ont jamais fait que de se dépatouiller le nez au vent des problèmes qu’ils avaient eux-mêmes créés notamment en adoptant les vues des économistes libéraux.

Les gouvernants ont suivi la révolution reaganienne en déréglementant à tout va pour créer les conditions du « marché total » dans tous les domaines. Comme Supiot le montre, la création de l’étau économique (ouverture totale et généralisée des économies dans les marchés de biens, de marchandises et de capitaux à l’international, 1ère mâchoire, et la prégnance des Etats nationaux pour le social, le fiscal ou l’environnemental locaux, 2ème mâchoire), a reposé sur l’accroissement du rôle national des Etats et sur la transformation du droit en instrument manipulable au service d’intérêts particuliers. Cet étau a conduit directement à l’emprise et à la généralisation du moins-disant dans tous les domaines : social, fiscal, environnemental, etc. Il a mis tous les peuples de la terre en compétition les uns avec les autres de façon que tout le monde se trouve sur un toboggan où on ne peut pas s’arrêter ni freiner avant de tomber dans le trou qui le termine. Le droit a perdu sa référence à des valeurs comme la justice ou l’égale dignité des hommes ou la protection des plus faibles. Les idéologues ont au contraire postulé l’affaiblissement de l’Etat et même la disparition de la politique (Fukuyama). Ils ont, du reste, tout fait pour que la prophétie se réalise au niveau international puisque des organes experts, dépourvus de la moindre légitimité démocratique (Commission européenne, OMC, FMI, organes de normalisation, notamment comptables, etc.), propulsent de nouvelles règles de dérèglementation (en fait de substitution d’une nouvelle réglementation libérale) au profit des acteurs économico-financiers. Et chaque fois que les peuples ont dit non, comme ce fut le cas en France lors du référendum sur le traité constitutionnel européen, refusé à 55 % des voix en 2005, les gouvernants se sont arrangés pour violer leur souveraineté.

 Dans le cadre de l’étau économique mondial mis en place, effectivement l’Etat local a perdu du pouvoir. Cela a été compensé par son renforcement à l’échelon national. En effet, il faut un Etat fort et peu démocratique pour imposer aux peuples les restrictions de son rôle social et donner de nouvelles lois qui les forcent à s’y plier. C’est pourquoi on a observé que moins l’Etat est protecteur pour s’adapter à la concurrence internationale en étant « compétitif » plus il est devenu répressif pour le commun des mortels et indulgent pour les crimes en col blanc. Mais l’Etat local, de plus en plus centralisé et autoritaire, comme on le voit en France avec la présidence bonapartiste de Zébulon 1er, est malin ; il a camouflé l’extension de ses pouvoirs par la mise en place de prétendues « autorités » indépendantes (par exemple, la Commission de régulation de l’énergie ou la Haute autorité de la santé, etc.) dont il organise la composition, définit le rôle et nomme les membres… Et il se défausse de ses responsabilités en disant : ce n’est pas moi, c’est l’Europe, c’est l’OMC, etc.

En fait, l’Etat n’est pas moins fort qu’avant au plan local ; il a été tout simplement privatisé, comme le droit. Ce n’est pas étonnant car en France les grands serviteurs de l’Etat ont fait place aux avocats d’affaires et aux USA, depuis longtemps, les sphères du pouvoir sont envahies par des banquiers et soumises aux lobbys en tout genre (notamment des labos pharmaceutiques et des assureurs). Le droit n’est plus édicté en fonction du bien public et de l’intérêt général ; il est instrumenté en faveur des milieux privés et des riches. De ce point de vue, les trois 1ères années de la présidence de Gnafron 1er sont particulièrement éclairantes : extension du bouclier fiscal pondu par l’hipponyme Galouzeau de Villepin, suppression de l’impôt sur les successions et sur les donations et de la taxe professionnelle, diminution des cotisations sociales des entreprises, crédits d’impôts pour l’accession à la propriété, travail en plus pour gains en plus (heures sup détaxées), une vingtaine de petits impôts supplémentaires pour le vulgum pecus, réformes, au profit de gestionnaires nommés, des hôpitaux et des Universités, déremboursements de sécurité sociale, réforme du droit du travail (bientôt des retraites), giclées ininterrompues de lois répressives (droit pénal), mise en place d’un gouvernement bis de conseillers de l’Elysée, future suppression du juge d’instruction avec mise au pas du parquet, etc. de façon générale, il y a simultanément privatisation du droit et augmentation des pouvoirs de l’exécutif (l’augmentation des droits du parlement, comme les faits le prouvent, est un faux-semblant), personnalisation du pouvoir via un aréopage de fidèles et les nominations de féaux aux postes de responsabilité (avec limogeage de ceux qui ne plaisent plus ou auraient failli dans l’application des directives sarkozyennes). Entre 2002 et 2008, 30 milliards ont été ainsi sortis des impôts dont 20 en faveur des riches.

Supiot nous rappelle que les grands penseurs du politique, comme Hobbes, avaient bien montré que la société civile ne peut s’installer dans la durée sans assurer la paix, la sécurité, la justice et le bien commun. Dans ce cadre, le droit est essentiel car il est le moyen primordial de la puissance souveraine et publique pour faire respecter et développer un pacte social suffisamment juste pour faire l’objet du consensus des citoyens. Quand il n’y a pas d’instance arbitrale, tierce et neutre, à la fois politique et juridique, au-dessus des parties, comme l’a vu Hobbes, il n’y a pas de société civile. Il n’y a que la « guerre de tous contre tous » où « l’homme est un loup pour l’homme », il n’y a qu’une juxtaposition de sauvages en compétition dans le « struggle for life » cher à Spencer et aux racialistes. Eh oui, en privatisant le droit et en le cassant, les libéraux ont en fait ré-institué une jungle darwinienne. C’est pourquoi ils parlent de « gouvernance », comme dans une entreprise, et non de gouvernement, de « régulation » (terme sociologique, depuis la catastrophe) et non de réglementation (terme juridique). Ces termes évacuent le politique comme instance suprême de la société civile et le droit comme règles pour les rapports sociaux et le bien commun.

Supiot ne dit pas que, en réalité Hayek a perdu la partie libérale ; il ne jurait que par l’ordre spontané du marché et aussi la quasi disparition de l’Etat. Ce qui a gagné, c’est « l’ordo-libéralisme » inventé par les Prussiens (au sens figuré) dans les années 30. Cette doctrine disait clairement que l’Etat, le pouvoir politique, devait imposer juridiquement un ordre favorable à la liberté économique des renards libres dans les poulaillers libres. Et elle est devenue après la guerre la clef de « l’économie sociale de marché » chère à Ehrard (humanum est). Depuis, au sein de l’UE les Teutons se battent pour imposer cette conception. Cela tombe bien car elle converge avec celle des anciens pays de l’Est ralliés à l’UE à qui-mieux-mieux avec l’élargissement de l’Europe au lieu de son approfondissement et de sa transformation en vrai Etat fédéral. Cela sied bien aussi au cheval de Troie anglo-saxon et hyper libéral qu’est le Royaume-Uni (le Supion britannique associé au calamar géant US) depuis son entrée dans la communauté. On peut donc dire que l’élargissement et les traités libéraux (ensuite poussés par les entrants en provenance de l’Est qui sont aujourd’hui la majorité des 28 membres de l’UE) ont forgé l’Europe purement économique et ultra libérale que nous connaissons.

A la différence du libéralisme politique, qui est fondé sur la démocratie et l’Etat de droit respectueux des libertés et sécurités des individus, le libéralisme économique repose sur le dogmatisme, le culte du progrès et sur l’instrumentation du droit. En face, le communisme, qui s’est effondré en 1989 (mur de Berlin) et en 1991 (disparition de l’URSS), est analogue : scientisme, progrès des « forces productives », dogmatisme marxiste, suppression du droit individuel au profit des gouvernants. Ce sont donc des frères jumeaux. Il n’est pas surprenant qu’avec la disparition du socialisme collectiviste en Europe, ils soient devenus siamois. Les dirigeants de l’Est n’on fait que changer de dogmatisme sans abandonner leur conception utilitariste de l’ordre juridique manipulable à volonté pour favoriser les desseins des gouvernants. Cela convenait aux vues des gouvernements libéraux et de socialisme en peau de lapin de l’Ouest et aux approches thatchériennes des Gibbies, reprises par Blair le fidèle toutou de Bush. Du reste Thatcher l’aurait dit : on lui aurait demandé sa plus grande réussite ; elle aurait répondu Blair. Cela correspondait aussi aux idées des socialistes français comme les Fabius, les DSK et autres Delors (en barre). Exit donc le programme de Philadelphie et celui du CNR dont l’es-maoïste Kessler demande la destruction.

Car, vous l’aurez noté, les nouveaux maîtres socialistes ou libéraux sont souvent des anciens collectivistes ou apparatchiki reconvertis en oligarchie et dirigeants d’entreprises privatisées, par exemple en France ou en Russie. Les pauvres Russes après 70 ans de communisme ne comprenaient rien à l’essence du droit ; les Occidentaux leur ont alors fourgué leur nouvelle conception instrumentale de cette instance fondée sur la morale de la dignité humaine et de l’intérêt général. Ce fut pratique pour offrir à prix cassé les anciens combinats aux oligarques et aux financiers européens. Bon appétit, messieurs…

Des effets positifs de la crise… pour certains

Classé dans : Non classé — 5 avril, 2010 @ 11:24

La crise ne fait pas que des malheureux ; certaines catégories sociales tirent leur épingle du jeu et ont même intérêt à sa perpétuation. On a naturellement les banquiers et autres financiers qui y trouvent de nouvelles occasions de spéculation. Par exemple, en jouant contre l’Euro par attaque des « maillons faibles » de l’UE, à savoir la Grèce et autres « PIGS » (Portugal, Italy, Greece, Spain). Le but est de faire monter les taux d’intérêt des emprunts des pays en difficulté en sachant que l’UE est construite de telle façon que chaque pays joue solo et que l’aide directe de la BCE et des Etats membres à leurs collègues est interdite par les règles de l’Eurogroup cristallisées dans le traité de Maastricht. On vient de le voir : une promesse d’aide conditionnelle sous forme de garantie d’emprunts et de prêts (2/3 Eurogroup, 1/3 FMI) vient d’être péniblement accouchée sous la houlette de la résistive Angela Merckel et de l’agité Zébulon 1er. La stratégie consiste à acheter à crédit (avec un dépôt de réservation très faible, c’est-à-dire « à découvert) et à terme des dettes européennes à un prix donné en espérant que la valeur desdites dettes baissera avant l’échéance. On observe que ces spéculations ne sont toujours pas interdites. De même, les prix des matières 1ères et des produits agricoles sont victimes de la crise, ce qui procure de bonnes occasions de spéculer à la baisse sur des marchés boursiers inorganisés (non réglementés) dits de « gré à gré » qui autorisent les échanges à découvert. Malgré les effets de manche de l’avocat présidentiel ces marchés existent toujours sans régulation.
Les banques, renflouées par les Etats, en profitent pour emprunter auprès d’eux à bas taux pour prêter à un taux plus élevé en finançant par exemple des spéculations plus juteuses que de prêter aux entreprises (surtout PME, PMI) comme on le voit en France malgré les injonctions du pouvoir leur demandant d’accroître le volume des prêts. Il ne reste pour prêter que le fonds OSEO créé par l’Etat. Du coup, les faillites pour manque de trésorerie se multiplient, ce qui est camouflé derrière le grand succès des auto-entrepreneurs dont le revenu mensuel moyen pour cette activité est de 600 euros en sus des indemnités de chômage ou d’une petite retraite. Les faillites font des heureux car la vente des biens industriels ou commerciaux des faillis se fait sous forme de braderie dans laquelle les concurrents encore en lice font des emplettes à prix cassés. Par ailleurs, la crise a entraîné une baisse de 40 à 60 % des cours des titres des entreprises cotées, ce qui permet à la Chine, notamment, de se payer de belles entreprises comme VOLVO, achetée 1,8 milliards alors que Ford l’avait payée 5,8 il y a 5 ou six ans. Les concurrents peuvent donc absorber leurs ennemis, par exemple avec un emprunt qui fournit de bons intérêts et des commissions aux banques ou en raflant les titres en bourse ou en rachetant pas cher une entreprise sous LBO prise à la gorge par la crise et surtout le fait qu’elle doit payer (principal et intérêts) son propre achat antérieur par un fonds spéculatif (c’est le principe même du LBO, toujours non-interdit).
Les faillites des entreprises et celles des personnes surendettées font le bonheur des professions de charognards. Les huissiers prospèrent comme les syndics de faillite. Sont heureux aussi les propriétaires encombrés par des baux en cours et qui peuvent se servir de défauts de paiement de loyers pour virer les locataires et relouer plus cher et plus sûr. Qui ne voit aussi que les « psy » s’enrichissent avec un afflux de dépressifs et de personnes rendues malades par les incertitudes de leur situation. De même les pharmaciens et les labos s’engraissent avec la vente de tranquillisants et autres médocs soignant les petits bobos de l’anxiété, par exemple les crises de zona. Les boîtes de crédit à la consommation avec cartes revolving ne sont pas si malheureuses car la clientèle ayant besoin de soudures financières se développe alors que le gouvernement n’entend réformer qu’à la marge ce crédit aux taux réels usuraires, lesquels ne seront pas plafonnés ! Mis à mal par la prime à la casse, les vendeurs de voitures d’occasion vont retrouver la santé lorsque ladite prime sera supprimée, ce qui ne saurait tarder vu l’impécuniosité de l’Etat.
Les déficits étatiques et sociaux ayant explosé par suite de la crise, les Etats devenus impécunieux diminuent les dépenses publiques et sociales. Cela fait les choux gras des assureurs et des complémentaires de santé ou des assurances-vie des futures retraites individualisées par capitalisation en compensation de la baisse des retraites par répartition. On peut dès lors légitimement se demander si l’Etat ne laisse pas volontairement filer les déficits (et cela depuis longtemps) afin de mettre les Français devant une situation catastrophique à terme. A ce moment-là, le gouvernement, fût-il socialiste, aura beau jeu de dire, comme en Grèce, que la baisse des salaires des fonctionnaires, des retraites, des prestations sociales, la hausse des impôts, le déremboursement des médicaments et la rentabilisation des hôpitaux, la suppression des services publics, etc. sont obligatoires car le pays sera en faillite. Cela fait le bonheur des dirigeants qui peuvent momentanément faire des risettes aux riches et aux entreprises en sachant que ce sera plus tard le cochon de consommateur-contribuable qui paiera la note. Evidemment ils sont payés de retour avec des contributions à leurs campagnes électorales et les faveurs d’une presse amicale. Ce que la crise permet, c’est la quiétude et l’irresponsabilité du gouvernement. C’est pourquoi Epiméthée 1er (celui qui réfléchit après en langue grecque ancienne) peut, malgré la récente raclée reçue aux élections régionales, affirmer qu’il ne changera rien à son programme (dont le bouclier fiscal, la détaxation des heures-sup, la quasi suppression de l’impôt sur les successions, les réductions d’impôts pour accession à la propriété, le non-renouvellement d’une partie des fonctionnaires partant en retraite, etc.). Les riches peuvent donc encore momentanément danser sur le volcan en pensant que lors du futur krach du pays, que les spéculateurs attendent en tapinois après avoir mangé les PIGS, ils seront préservés.
L’euro a baissé, non pas tellement à cause des spéculateurs comme les Hedge Funds, toujours non régulés ni contrôlés, qui ne font qu’exploiter la situation, mais à cause de la crise, laquelle entraîne évidemment et normalement la baisse de valeur de la monnaie commune. De même la livre a beaucoup perdu. Les exportateurs se réjouissent car le prix de leurs produits exprimé en dollars baisse puisqu’il faut moins de dollars pour les acheter. Mais les consommateurs vont payer la note car les importations renchérissent. Les distributeurs vont sûrement en profiter pour maintenir leurs marges car la hausse des prix de leurs achats à l’étranger sera répercutée sur les clients.
D’autres bénéficiaires de la crise se trouvent au FN et chez les socialistes en peau de lapin car les régionales ont servi de test de mécontentement des citoyens. Mais aussi pour toute la corporation politicarde. Car l’abstention peut être une aubaine pour les politicards car, si les citoyens se désintéressent de plus en plus de la politique, ils peuvent vaquer à leurs petites stratégies perso pour être candidats à la candidature, à leurs chamailleries internes, à la force de leur parti indépendamment de l’intérêt général. Comme cela, les politicards professionnels pourront continuer de se partager le marché électoral entre eux.
Et le monde pourra continuer de s’agiter au grès des mauvais vents de la finance. Finalement la crise est bonne disciple du prince de Lampedusa : « il faut que tout change pour que rien ne change », et de Darty en 1968 : « pendant le saccage, la vente continue ».

Inégalités, pauvreté, précarité

Classé dans : Non classé — 5 avril, 2010 @ 11:24

Le gouvernement français a des timidités de violette en ce qui concerne la progression des inégalités et de la pauvreté, lesquelles sont liées à l’extension de la précarité et à la pression exercée sur le travail par la « mondialisation heureuse » (MINC). L’organe statistique d’Etat, à savoir l’INSEE, est à la fois mal outillé, malgré quelques progrès récents sous la pression des associations, pour saisir ces phénomènes et ses responsables, compradores nommés par le pouvoir, ne montrent pas un grand zèle pour faire évoluer les choses. Cependant l’INSEE vient de publier une étude sur la période 2004/2007: les 1 % les plus riches disposent de 5,5 % des revenus d’activité, de 32 % de ceux du patrimoine et de 48 % des financiers alétaoires (stock-options par exemple). Le nombre de personnes ayant plus de 100 000 euros de revenu a grimpéde 28 %, celui des plus de 500 0000 de 70 %!

Une association créée en 2003 à Tours, l’Observatoire des inégalités, vient de publier une étude sur la chose avec des chiffres arrêtés le plus souvent en 2007 car les services de l’Etat y sont restés. Je rappelle que Henri Güano, à l’époque directeur du plan et devenu conseiller spécial de qui vous savez, avait été viré par Jospin pour avoir publié une étude sur le problème. Entretemps ce fut le trou noir statistique à tel point que ce fut une association, le Réseau d’alerte sur les Inégalités (RAI), qui s’y colla avec un indicateur ad hoc le BIP 40 (40 indicateurs). Cela força la statistique publique à améliorer ses performances car la démocratique France n’a guère, pour ainsi dire pas, de moyens statistiques indépendants du pouvoir, au contraire de ce que l’on voit dans les pays anglo-saxons. Sauf des organismes comme ATTAC ou l’observatoire des inégalités, le secours catholique ou populaire, Emmaüs. Les syndicats ont des trucs mais fort peu diffusés en dehors d’eux. Serait-ce à dire qu’ils ne veulent pas gêner le gouvernement ? Fort heureusement, la revue Alternatives Economiques, qui est une SCOP, vient de publier un numéro spécial sur le sujet. Ce sera ma référence dans ce qui suit. Il appert que les inégalités ont régressé de 1970 à 1985 : le rapport entre le 10ème décile (la population est étagée en 10 déciles, 10 dixièmes, le 10ème étant le plus haut dans l’échelle des revenus) des plus riches (les 10 % les plus aisés) et le 1er (les 10 % les plus pauvres) était descendu de 4,5 fois à 3,5 en 1985. Puis cela a stagné ». Mais de 1997 à 2007 le rapport est passé de 4,8 fois (le revenu des plus riches est 4,8 fois plus élevé) à 4,5. Le 1er décile a été augmenté de 15,7 % (sur 10 ans en francs constants, soit une moyenne de 1,5 % de progression annuelle des revenus), les 5 % les plus riches (la moitié haute du 10ème décile) ont été augmenté de 12,8 %. Mais c’est une astuce statistique des compradores de ne raisonner qu’en moyenne et qu’en pourcentage. Il faut voir les résultats en chiffres absolus. Les prolos ont eu en fin de course 1360 euros par an de plus ; les 5 % les plus riches 4900. Sur la période 96/2006, les 0,1 % les plus riches ont eu 5400 euros de plus… par mois ! Les dirigeants des boîtes du CAC 40 touchent en moyenne 300 fois le SMIC ! C’est fastoche ; ces entreprises ont « un comité des rémunérations » composé de membres du conseil d’administration. Or 80 personnes trustent 40 % des sièges de CA des boutiques du CAC 40. Conclusion, c’est passe- moi la rhubarbe, je te passerai le séné. Normal dans une « société de puberté masculine » comme on dit chez les anthropologues.

Les inégalités de patrimoine (foncier, immobilier, financier), fort mal saisies par l’INSEE qui pourtant devrait accès aux statistiques de l’administration fiscale, sont encore pires. Bien que sous-estimés, le patrimoine moyen des cadres sup est en 2004 (notez les 6 ans de retard) de 200 000 euros, celui des indépendants supérieurs (professions libérales) de 500 000 ; le patrimoine médian (médian, celui qui divise la population en 2 parties égales) est de 83 000 euros. Les 25 % les plus pauvres ont 10 000 euros de patrimoine. C’est là qu’on mesure la générosité de la réforme fiscale de l’été 2007 qui a installé le bouclier fiscal, quasiment exonéré les gros patrimoines d’impôt sur les successions et créé des déductions d’impôt pour l’accession à la propriété. Rappelons que la valeur princeps du libéralisme en général et du sarkozysme en particulier est le « mérite ». Les héritiers voient donc leur mérite exonéré d’impôts !

Actuellement (2007) le revenu médian d’une personne seule est d’environ 1500 euros. Si l’on prend comme référence un seuil de pauvreté établi à 60 % du revenu médian, ceux qui n’ont que cela, soit 908 euros font partie des individus pauvres (1362pour un couple sans enfants, 2271 pour un ménage avec 2 enfants de plus de 14 ans). Les gouvernements français, socialistes en tête, ont longtemps rechigné avant d’adopter ce seuil de 60 %. Ils préféraient un niveau de 50. En 2007, avec le seuil de 50 % du revenu médian on a 4,2 % de pauvres, avec 60 on obtient 8 %. On s’explique donc facilement la préférence des politicards pour 50. De puis 2000, le nombre de pauvres a progressé de 600 000 personnes. Soulignons que le RSA-socle (ex RMI) est de 460 euros, l’allocation adulte handicapé de 697 (elle va atteindre 708 en 2010), le minimum vieillesse de 724 (le tout pour des personnes seules). Le revenu moyen des pauvres seuls (salaires plus allocations moins impôts) est de 744 euro, soit 18 % de moins que les 60 % du revenu médian (908). Mais M. Sarkozy a promis que le minimum vieillesse serait revalorisé de 25 % sous son mandat. Il a aussi promis que le nombre de pauvres diminuerait de 30 %. Le pari sera peut-être tenu grâce à une opportune modification du mode de calcul concoctée par le bon compassionnel M. Hirsch, lequel vient de se tirer du gouvernement. On croit comprendre pourquoi.

Il y a 3,7 millions de travailleurs pauvres si l’on ne prend pas en compte les revenus du ménage, 2 en le faisant. Il y a 3 à 3,5 millions de mal-logés car on ne construit pas assez surtout en Ile de France (39 000 logements en 2008 pour 12 millions d’habitants). Cela s’explique fort bien : les gouvernements ont tout misé sur les lois du marché ; c’est pourquoi entre 97 et 2007 les loyers ont augmenté de 30 à 50 %. 32,3 % des Français ne peuvent pas se payer une semaine de vacances. Sur 22,5 millions de salariés en emploi, on obtient 13 % de précaires. On a 17 % de temps partiel et 1/3 des femmes y sont contre 6 % des hommes. 9 % des femmes sont à temps partiel subi, 2,5 des hommes. Depuis la crise le nombre de chômeurs a progressé de 900 000 personnes, dont 2,7 millions dits de catégorie 1 (être disponible tout de suite, sans emploi et n’avoir pas travaillé dans le mois précédent). Il y a 11 % d’enfants des classes populaires (ouvriers et employés) dans les populations d’étudiants en doctorat alors qu’elles constituent 56 % de la population, 12 % de reçus à l’ENA, 16 % d’élèves des classes préparatoires. C’est que l’Education nationale, soi-disant dédiée à la promotion du mérite scolaire et à l’égalité des chances, régresse depuis longtemps : pas assez de maternelles (bientôt en concurrence avec « des jardins d’éveil »), apprentissage trop précoce de la lecture ce qui n’est pas possible sans l’acquisition préalable de la langue que l’on ne trouve que chez les classes aisées ou cultivées ; sélection, évaluation, orientation suivant des critère privilégiant les classes bourgeoises ; autolimitation des aspirations des enfants des classes populaires, boîtes privées, suppression de la carte scolaire, cours complémentaires, etc. Les temps sont donc très durs pour les classes défavorisées de la population française, notamment si on rajoute au tableau ci-dessus les nombreuses discriminations dont sont victimes les « ZUS », zones urbaines sensibles qui cumulent tous les inconvénients de la « société libérale avancée » inaugurée par Valérien Fiscard Déteint : logement, transports, écoles de 3ème zone avec profs débutants, chômage (jusqu’à 42 % de chômeurs dans les « cités » de la joie pour les 18/24 ans), mais ce n’est pas à Calcutta), contrôles au faciès, tendance au regroupement par ethnies, disparition des classes moyennes même issues de l’immigration, disparition des services publics, etc.

Qu’on se le dise ; cela ne pourra pas changer tant que l’on restera dans ce monde libéral du libre-échange internationalisé, du tout-finance à libre circulation des capitaux. Heureusement, M. Valls (à 3 temps : moi, moi, moi) va supprimer l’ISF, créer une tranche d’imposition à 70 % et diminuer les niches fiscales… Car le capitalisme est une machine d’accumulation qui joue sur les différences entre pays et fondée sur les vases communicants. Ce faisant, à très très long terme, le niveau de vie des PVD montera et celui des ex-pays industrialisés baissera ; c’est déjà en cours. Il reste à gérer la transition de façon que les niveaux s’égalisent vers le haut et non vers le bas pour les défavorisés, y compris dans les PVD. Mais c’est une autre politique, solidaire et coopérative, elle. Des ONG, des associations, des militants y travaillent et cela commence à porter des fruits contre les mauvais vents et marées du libéralisme que, pourtant, not’bon prince continue d’importer en France. Cela ne lui portera pas chance.

On l’a dans le fion, bien profond, le libéralisme capitaliste

Classé dans : Non classé — 21 mars, 2010 @ 12:38

 

Je lis dans certains baveux d’extrême gauche que le capitalisme étant l’abomination de la désolation et intrinsèquement pervers il faut le foutre en l’air en faisant la révolution. C’est exact, mais, merci, on a déjà donné avec Lénine, Staline, Mao, Castro, Pol Pot, Kim Il Jung. Dans cette conception de la révolution, il s’agit d’abattre violemment le pouvoir d’Etat pour, en détenant alors sa « violence légitime », organiser la société autrement. Il me semblait que Proudhon avait disqualifié cette stratégie en observant que la société formant un système il fallait lutter simultanément contre la triple tyrannie « du trône, du coffre-fort et de l’autel » (le politique, l’économique et l’idéologique).  C’est repris par Gramsci dans sa définition du bloc historique qui allie l’exploitation capitaliste, la domination politique et l’hégémonie culturelle. En d’autres termes la révolution sur une seule dimension du système (la politique) conduit inévitablement au retour au point de départ, ce qui est très bien en astronomie, beaucoup moins en sociologie. D’autres, plus prudents, ont pensé qu’il suffisait de conquérir le pouvoir par les urnes et démocratiquement (social-démocratie) lors des élections pour ensuite tourner les canons de la forteresse Etat contre ses anciens occupants. Cela revient au même mais plus lentement et sans effusions de sang. De toute façon, pour les raisons que l’on va décliner maintenant la révolution est devenue impossible.

 D’autres, bien rares comme Proudhon, ont pensé que « la révolution politique est le but (la liberté) et la révolution sociale le moyen ». C’est-à-dire qu’il ne saurait y avoir de changement politique vers la liberté et la justice que si la société s’y est préparée en profondeur dans toute son épaisseur, ses dimensions et sa variété. La stratégie consiste alors à créer des contre-structures dans lesquelles le peuple, les groupes, la société feront l’apprentissage d’un autre mode de société. Ces contre-structures étaient les mutuelles, les coopératives, les « compagnies ouvrières », la banque du peuple, les associations (notamment de consommateurs), l’éducation populaire, les « bourses du travail », les syndicats (pas chez notre auteur), etc., lieux de démocratie et d’action directes, de coopération et de solidarité. Un camarade révolutionnaire vient d’écrire récemment que cette stratégie ne changeait pas grand-chose à la logique et aux structures du capitalisme. C’est vrai dans un horizon de temps assez court ; c’est aussi conditionné à l’existence de forces politiques (y compris syndicales) qui ont un projet de transformation de la société et qui aident lesdites contre-structures à se développer et à faire tache d’huile ou boule, de neige. Le camarade voit bien que nos partis politiques de « gauche », soit on fait le lit du capitalisme financier et du libéralisme, soit n’ont rien compris au capitalisme moderne, soit proposent des « réformettes » applicables seulement localement alors que la situation est hélas mondialisée, soit voient dans l’écologie le 1er moteur.

L’existence d’un projet porteur d’anticapitalisme et la conjonction des forces conduiront à très long terme à réunir les acteurs dans quelque chose qui ressemblera au fédéralisme socio-politico-économique de Proudhon. Car ce dernier ne pense pas que la société puisse n’être qu’un réseau de contre-structures juxtaposées : celles-ci doivent être organisées et fédérées dans une conception globale et pluraliste des structures sociales, dotées de lois favorables à leur développement, aidées par l’évolution des rapports de force entre acteurs, autonomes mais interdépendants, favorables à « une nouvelle société. Le changement révolutionnaire quant à l’objectif visé (la transformation de la société) prendra beaucoup de temps ; le changement par la stratégie révolutionnaire classique est hors jeu. Nous sommes condamnés à être réformistes à cause du fonctionnement même des sociétés complexes et pluralistes. Encore faut-il que le réformisme soit guidé par un projet fédérateur et que chaque réforme de petit pas envisagée aille dans la bonne direction de la révolution sociale avec continuité de la stratégie. On ne peut aller au hasard : il faut que chaque tranche du salami réformiste préfigure le saucisson tout entier. C’est d’ailleurs ce qu’on fait et font les libéraux : chaque mesure est un point d’avancée et de non-retour dans la stratégie de retour au capitalisme sauvage du 19ème siècle. Et le projet fédérateur ne saurait être pondu par un seul acteur qui y rallierait les autres : il est le fruit de la coopération de terrain dans des projets communs menés dans la durée, coordonnés et envahissant peu à peu le champ social. Comme dit la philosophe chinois : le but est dans le chemin ; j’ajoute que l’envie de coopérer et de s’unir est dans la participation réussie des acteurs sociaux libres de s’engager et ouverts à la mise en débat pluraliste, dans la détermination commune des suites de l’action directe. Non dans des alliances électorales de circonstance.

Cela sera très long car déjà le pouvoir réel des puissants n’est plus aisément repérable, n’est plus localisé. Il est disséminé, éloigné, secret. Il forme un réseau en forme de toile d’araignée. Il est une pieuvre aux innombrables tentacules. Il n’est pas coordonné mais il résulte d’un intérêt commun puissant : celui de continuer de bénéficier des avantages et privilèges du capitalisme et, aujourd’hui, de la phynance. Cet intérêt commun qui unit les acteurs de la mondialisation n’empêche pas une certaine division des intérêts, par exemple entre ceux des industriels et ceux des financiers, entre ceux des politicards qui cherchent à être réélus en trompant le peuple et ceux des milieux économiques qui ne visent que la rentabilité exponentielle. Il n’empêche : la survie du système est l’enjeu majeur pour tous. C’est la combinaison variable et incertaine des intérêts qui forme le réseau don « la centre est partout, la circonférence nulle part ». Ce pouvoir est non-démocratique et il réside aussi dans les organes internationaux où s’affrontent les intérêts à court terme des différents pays, chacun se débattant dans la mondialisation comme une mouche dans un verre de lait ; le résultat est la perpétuation du système que nul ne veut changer ou n’a le pouvoir de modifier puisqu’il est englué dans le court terme de la survie de son pays.

Nous y sommes donc par la configuration actuelle du capitalisme mondialisé. Cela fait 30 ans que les politicards convertis au libéralisme, les économistes à la Hayek et à la Milton Friedman, les universités (travestissant les modèles économiques modernes qui établissent des conditions de validité de leurs hypothèses, lesquelles sont passées sous silence) n’enseignant que le libéralisme, les médias les plus puissants ne propageant que celui-ci, les banquiers et autres financiers, les dirigeants des multinationales, les agences de notation et de cotation, les cabinets de conseil en management et en gestion, les « think tanks », les « organes » comme le FMI, la Banque Mondiale, l’OMC, les G quelque chose, l’OCDE, l’UE, etc., ont commencé de mettre en place les structures de la globalisation.  Cela a réussi et désormais le système fonctionne tout seul.

Les structures en place sont le libre-échange intégral sans frontières et sans droits de douanes ou protections,  assis sur la « concurrence libre et non faussée » et la spécialisation économique des pays dans leurs « avantages comparatifs » (Ricardo) ou compétitifs sur le marché mondialisé. C’est aussi la libre circulation des capitaux partout et n’importe comment dans le monde,  sans régulation d’ensemble, sans freins à leur exportation, sans fiscalité modératrice,  sans engagement de durée des placements financiers, sans contrôle réel.  Ce qui a produit la place éminente et nécessaire au système des paradis fiscaux dans le monde financier, les manipulations des banques (mise des dettes hors bilan, émission de titres douteux, violation des règles prudentielles, spéculation), les stratégies des multinationales pour dégager plus de rentabilité (délocalisations, sous-traitance, importations low cost, absorptions/ fusions avec les concurrents, etc.), la toute-puissance des fonds financiers (de pensions, spéculatifs).

Le résultat, sans doute non prévu par les socialistes en peau de lapin car ils ne cherchaient qu’à se dépatouiller des problèmes nationaux de compétitivité en imitant les pays libéraux, est que tous les pays du monde sont dans un étau dont les deux mâchoires sont le libre-échange concurrentiel généralisé et la primauté absolue de la finance et de ses exigences de rentabilité par tous moyens. Les travailleurs et les pays ont été mis en concurrence sauvage les uns avec les autres dans un système autocinétique où personne, ni même un Etat fut-il puissant, ne peut rien contrôler, réguler, modérer, où ses lois de concentration, de « profitation », d’accumulation, de destruction de la nature, des hommes, des usines, des pactes sociaux d’après-guerre ne peuvent plus être abrogées sans un accord mondial multilatéral. Cet accord est aujourd’hui impossible car chaque pays joue solo pour essayer de sortir son épingle du jeu sans s’occuper des conséquences sur les autres. L’étau force tout la monde à une stratégie de moins-disant perpétuel dans tous les domaines : salaires, retraites, protection sociale, droit social et du travail, fiscalité « attractive », protection de l’environnement et de la santé publique (nuisances, dégâts des produits chimiques, pollutions, maladies professionnelles, etc.).

Mme Lagarde-Michu vient de vendre la mèche involontairement en s’en prenant à l’Allemagne. Depuis 10 ans (sous le socialiste Schröder) les Teutons font de la « désinflation compétitive » : salaires stagnants, âge de la retraite à 67 ans, TVA augmentée de 3 points, indemnités de chômage en peau de chagrin, délocalisations dans les ex-pays de l’Est à bas coûts, etc.  Le résultat est que les Germains n’importent plus, faute de demande interne, et piquent les marchés intérieurs des autres pays, ce qui explique leur excédent commercial époustouflant alors que les balances commerciales des autres pays européens sont en berne. Il est clair que dans l’UE, les excédents de l’un sont les déficits des autres. Et c’est vrai aussi dans les rapports entre les USA et la Chine : les exportations de l’une en Amérique sont les déficits d’icelle, ce qui fait que les excédents financiers de la Chine (2200 milliards de dollars, dont 800 d’obligations du trésor US) sont le déficit commercial et budgétaire des Yankees.

Ce que ne dit pas ou ne voit pas Mme Lamiche-Gardu , c’est que tous les pays européens  (et le monde entier) font pareil que les Saxons. Même augmentée de 3 points la TVA germaine reste inférieure à la franzose. La France, elle-aussi, détricote son droit du travail, ses retraites, sa protection sociale, sa fiscalité sur les sociétés et les riches. Mais elle le fait moins rapidement et moins bien que les Gibbies sous le socialiste Blair …  Chaque pays veille jalousement sur ses créneaux porteurs de « compétitivité » : le taux d’impôts sur les sociétés à 12,5 % en Irlande, l’immobilier touristique et les saisonniers immigrés et super exploités en Espagne, les paradis fiscaux et la finance spéculative en GB (15 % de son PIB), le bas coût du travail dans les PECO(s), etc. C’est logique car l’UE n’est qu’un grand marché concurrentiel, ouvert aux 4 vents mondiaux, sans harmonisation économique, financière, fiscale, sociale, etc. Il n’y a que la concurrence et la BCE qui ne s’occupe que de l’inflation et non de la croissance et du chômage (au contraire de la FED US). Qui plus, l’euro est un carcan qui interdit à l’UE d’emprunter ou d’aider un de ses pays membres comme la Grèce, qui rappelle les règles imposées par les Fridolins : pas plus de 3 % de déficit budgétaire, pas plus de 60 % du PIB comme dette publique. Et la dette privée, alors, considérable chez les Gibbies ?

Dans ce contexte hyper libéral, chaque pays essaie de sauver les meubles en s’adaptant au toujours plus de moins-disant. Politiquement et socialement, les gouvernants en sont réduits à justifier la dégradation de la situation en disant : « there is no alternative » (TINA) ou « c’est la faute de l’UE » ; or ce sont eux qui ont mis en place ce TINA en mettant aux tinettes le pacte social d’après guerre de 39/45. Le système qu’ils ont mis en place est une gigantesque machine dont le pays n’est qu’un engrenage partiel que les dirigeants essaient de faire tourner en y ajoutant un peu d’huile sociale locale. Voilà l’essence des rapports entre le niveau mondial ou européen et le champ national.

Mais cela se transmet aux niveaux inférieurs. Ainsi, la région n’est-elle que le lieu de graissage des rouages des décisions nationales que les élus régionaux ne peuvent qu’essayer de compenser dans la mesure de leurs faibles moyens. L’UMP hurle que les régions socialistes ont augmenté les impôts ; c’est vrai mais à partir d’une assiette très modeste parce que les budgets régionaux (27 milliards) ne représentent que 13 % des budgets de l’ensemble des collectivités locales. C’est aussi manipulateur parce que le pouvoir central a transmis aux régions et collectivités des responsabilités sans leur transférer les ressources correspondantes pour l’avenir : l’astuce consiste à le faire pour l’année N de transfert, sans ajuster les années suivantes. Exemple, le RSA qui s’est envolé depuis le transfert ; autre exemple, les TER qui ont été transmis en cachant l’état désastreux des infrastructures et des trains. Et pour le futur, avec machiavélisme, le pouvoir a sucré aux régions leur principale ressource assise sur la taxe professionnelle, supprimée et seulement compensée pour 2010. Il ne leur reste que les cartes grises et leur part de TIPP. Et en 2014 les régions seront quasiment fusionnées avec les départements (conseillers territoriaux au lieu de régionaux et généraux, 3 000 au lieu de 6 000). Et pour couronner le tout, le mode de scrutin sera modifié : majoritaire à un seul tour avec un chouïa de proportionnelle, ce qui assurera la victoire de la liste ayant recueilli d’emblée le plus de suffrages. Ainsi avec ce mode de scrutin, l’UMP aurait acquis 11 régions aux régionales de 2010 et si la stratégie tsarkozienne de liste unique avait marché (30 % espérés devant le PS et 26 obtenus au 1er tour) elle aurait gagné l’essentiel des régions dans un scrutin à un seul tour. Cela, c’est de la politique démocratique de haut vol.

Donc, dans les circonstances actuelles, la position anarchiste de refuser l’Etat et les magouilles électives est plus que jamais à l’ordre du jour. Et beaucoup l’adoptent puisque l’abstention, les nuls et les blancs sont montés le 14 mars à 55,2  % (53,5 + 1,7) ; à quoi il faut ajouter 8 % de non-inscrits…

Dette des pays du Tiers-Monde (PTM) et mondialisation financière

Classé dans : politique — 16 mars, 2010 @ 11:07

 

  Le problème de la dette des PTM est devenu patent depuis plus de 20 ans. Du point de vue des Institutions Financières Internationales (IFI) comme le FMI, la Banque mondiale, le « Club de Paris » pour les dettes publiques, le « Club de Londres » pour les créances des banquiers et investisseurs privés, etc., on craint de multiples cessations des paiements, pouvant entraîner un « effet domino » d’écroulement de tout le système monétaire et financier mondialisé. Le Mexique, par exemple, a suspendu le service de la dette ; L’Argentine lors de la crise de 2001 a fait craindre le pire avant d’être un peu renfloué par le FMI. Du point de vue des altermondialistes et d’associations comme le Comité pour l’annulation de la dette du Tiers-Monde (CADTM), il s’agit de faire cesser l’exploitation des PTM par les pays riches et les multinationales, de supprimer la « dette odieuse », de leur redonner les moyens d’investir et de se développer. Le problème est devenu si prégnant qu’il y a environ 10 ans, les prêteurs publics ont inventé un traitement de faveur pour les pays pauvres très endettés (PPTE, 49 pays). Mais les conditions mises à cette opération sont si draconiennes que seuls 19 pays sont aujourd’hui concernés et que sur ces 19, 3 ou 4 seulement ont vu un début d’exécution de la chose. Le 11 juin 2005, lors d’une réunion du G8 à Gleneagles en Ecosse, on afficha une remise de dette de 40 milliards de $ pour quelques PPTE. Le CADTM (voir son site : http://www.cadtm.org) montre aisément qu’il s’agit encore d’une escroquerie destinée à faire croire aux bons peuples occidentaux que l’on fait quelque chose contre la faim dans le monde. Cependant un pays a eu droit immédiatement à une remise de dettes occidentales : l’Irak après l’intervention de mars 2003 et les dégâts causés au pays et à ses installations pétrolières. Il faut ici rappeler que l’aide publique au développement avait été, years ago, fixée à 0,7 % du PIB. Aujourd’hui, Chirac plastronnant son mondialisme, la France en est à 0,34 % (0, 31du temps des socialistes jospiniens !), les USA encore en dessous et accordant leur aide très majoritairement à Israël et à l’Egypte. Seuls les pays scandinaves se sont exécutés…Rappelons aussi les prétendus objectifs du « Millénaire » affichés ensuite par le club des pays riches : faire disparaître la pauvreté en 10 ans. Les chiffres actuels montrent qu’au rythme adopté, il faudra en réalité 100 ans !

1) de quelques chiffres éloquents et effarants.

  Concentrons nous sur la dette extérieure, constituée pour 1/3 de dette publique (DP) par les IFI et les Etats et pour 2/3 de créances privées (CP) comme prêts par le secteur financier privé, par exemple par souscription des banques privées à des obligations émises par les PTM. Les DP sont à assez long terme (15 ans) et à taux d’intérêt modéré ou bonifié et concernent surtout des PTM qui ont des ressources naturelles ou agricoles à mettre sur le marché mondial. Les CP sont liées à des investissements de rentabilité pour les banques et à des opérations de délocalisation ou d’achat de firmes d’Etat récemment privatisées ou de maîtrise de ressources profitables. Ces CP sont à court terme (3 à 5 ans), à taux d’intérêt élevé et surtout variable. La dette extérieure des PTM en 2004 est de 2600 milliards de $, dont 58 % sont des CP.

  Dans ce cadre, la dette extérieure des PTM (DP + CP) est passée de 70 milliards de $ en 1970 à 2800 en 2005. Elle a donc été multipliée par 40 en 35 ans pour 5 milliards d’habitants. Remarquons que celle des USA qui représente 3400 milliards $ pour 300 millions d’habitants n’inquiète personne car les USA sont perçus par les marchés financiers comme ayant la capacité nécessaire de remboursement, alors que cette capacité se dégrade dans les PTM. De 1980 à 2005, les PTM ont remboursé 5800 milliards de $ pour un stock de dette de 540 en 1980. Pour 1 $ dû en 1980 les PTM ont remboursé 8 et en doivent encore 4…Les sommes versées pour le seul service des intérêts ont dépassé 450 milliards de $ en 2004, soit 5,5 fois le montant officiel de l’aide publique au développement, 78 milliards.

  La fortune de Mobutu au Zaïre était de 8 milliards en 1997 et la dette du pays de 12, celle des Duvalier de 900 millions contre 750 pour Haïti. Les taux d’intérêts réels, c’est-à-dire le taux nominal au moment de l’émission de l’emprunt (taux contractuel) moins l’inflation, sont passés de −2 % en 1970 à + 8,6 en 1981. Les multinationales rapatrient 104 milliards (bénéfices, royalties des brevets). Pendant ce temps, les dépenses de publicité au Nord sont de 1 000 milliards par an et celles d’armement de 1150 milliards en 2005.

     2) Un peu d’histoire de la dette après ces chiffres monstrueux qui montrent clairement que les pays riches pompent l’argent des PTM, ceux-ci, en termes de flux, renvoyant beaucoup plus (intérêts et amortissement des emprunts) que ce qu’ils reçoivent.

  Avant la décolonisation, dans les années 60-70, les occupants endettèrent leurs colonies pour créer des infrastructures (transport, énergie, lignes électriques) ou des installations pour exploiter les ressources minières ou fossiles de celles-ci ou pour développer des cultures intensives exportables chez eux et sur le marché mondial. Le tout sans servir la population. On a vu une très longue ligne électrique desservir les installations, sans alimenter ses voisins ou une voie ferrée de 1900 km vers le Katanga (ex Congo belge) réservée au transport de minerais. Et scandaleusement quand les colonisateurs se retirèrent, ils laissèrent la dette au pays décolonisé. C’est un premier aspect de la dette odieuse.

  Dans ces années 60-70, on encouragea les PTM (IFI en tête) à emprunter pour se développer. Soit dans la création d’usines de substitution d’une production manufacturée locale aux importations, soit dans l’exploitation de leurs ressources minérales, soit dans une agriculture d’exportation (cacao, café, huile de palme, bananes, ananas, coton, etc.) en lieu et place, souvent, des cultures vivrières. Le discours était : vous avez des ressources naturelles et de la main-d’œuvre, acquérez la technologie nécessaire pour les exploiter en vous spécialisant vers le marché mondial. Cette remarquable stratégie eut pour conséquence la surproduction de denrées et de matières (les PTM entrant en concurrence les uns avec les autres dans les mêmes produits), donc la baisse des prix, laquelle encouragea à produire encore plus pour compenser et entraîna ainsi la mise en place d’un cercle vicieux. Etait-ce par incompétence des IFI ? Sans doute pas : ce fut machiavéliquement encouragé par elles et le Nord pour se procurer matières et denrées à bas prix, pour ne pas dépendre d’un seul fournisseur, ce qui causa une rapide dégradation des termes de l’échange, rendit la balance commerciale structurellement déficitaire et amenuisa les capacités de remboursement de la dette. Sur ce dernier point, il y eut une prise en tenaille expliquant le déséquilibre de la balance commerciale : réduction de la valeur des exportations en volume et en prix, d’un côté, augmentation des importations en biens d’équipement et en produits agricoles ou alimentaires faute de cultures vivrières locales, augmentation des achats de produits manufacturés par les classes dirigeantes et la bourgeoisie aisées des PTM, de l’autre. La chose, si bien lancée continua évidemment sur son erre.

  Pour les installations manufacturières censées substituer la production locale aux importations, les experts n’avaient pas pensé à ce qu’il fallait des infrastructures pour les faire fonctionner correctement : travailleurs, qualifiés, banques locales, éducation, ingénieurs maîtrisant la technologie, à ce qu’il fallait aussi des machines adaptées au climat. N’a-t-on pas vu l’URSS exporter des bidets là où il n’y avait pas d’eau courante ?

  Ensuite, avec les deux chocs pétroliers de 1973-74 et de 1979, le Nord et les pays riches se mirent à regorger de pétro-dollars à placer coûte que coûte avec le quadruplement puis le doublement des prix du pétrole. Cette inflation par les coûts amena les USA à augmenter les taux d’intérêts. De plus, les pays du Nord entrèrent en récession à cause de ces mirifiques augmentations. Pour développer leur croissance, ils encouragèrent les PTM à emprunter moyennant l’achat de leurs produits et de contrats d’investissement pour leurs propres entreprises, genre Bouygues. Les PTM pour s’en sortir, car la plupart sont importateurs de pétrole, durent aussi emprunter. Parallèlement, les riches avaient de l’argent d’euro-dollars ou de pétro-dollars à placer. On les a vu alors encourager de plus belle l’investissement dans les PTM. Même des « éléphants blancs », c’est-à-dire de gigantesques installations (barrages voies ferrées, usines) inutiles, inexploitables, vite dégradées, furent construits par le Nord aux frais desdits PTM. Par exemple, Pourquoi ? Parce que les pays riches pouvaient ainsi fourguer leurs machines et autres biens d’équipement, leurs ingénieurs notamment en BTP, toucher des intérêts sur les prêts, engranger des bénéfices le cas échéant quand l’installation était utile et propriété des investisseurs extérieurs, placer leurs avocats,leurs experts, etc. moyennant finances juteuses. Ainsi, la domination des pays riches pouvait continuer, comme la guerre à la place de la politique, par d’autres moyens.

  Dans les années 80-90, le Nord ne s’embarrassa pas de scrupules pour conserver un accès peu coûteux aux richesses des PTM. Il suffisait de faciliter les exactions de dirigeants faciles à corrompre. Des concessions, des marchés, des productions étaient fournis aux pays riches, souvent ex-coloniaux, contre des liasses de beaux dollars données à des Mobutu, des Suharto, des Pinochet, ou autres Amine Dada. Des pourcentages des bénéfices leur étaient rétrocédés. Ces sommes partaient directement en Suisse ou autre paradis fiscal. En retour complémentaire, ces régimes pourris faisaient des petits cadeaux aux dirigeants occidentaux (les diamants de Giscard offerts par Bokassa) et finançaient leurs partis politiques avec des « rétro-commissions » occultes sur les passations de marchés. L’affaire ELF en est une parfaite illustration. Parallèlement, les dictateurs maintenus en place par les occidentaux ou tolérés au nom des affaires, devaient assurer leur sécurité contre la révolte des peuples saignés à blanc par le double détournement de leurs richesses (par leurs dirigeants et par les pays riches). A cette fin, ils achetèrent des armes (la France est un éminent vendeur d’armes…), ce qui augmenta la dette et donc la domination occidentale. C’est pour ces raisons que le plus clair de la dette est odieux, quoique cette politique fut lancée sous la bonne vieille françafrique de Foccart, puis du fils de Tonton, dit « papamadit ». Avec cette emprise, les « éléphants blancs » continuèrent. Ainsi en est-il de la construction du barrage Inga II au Zaïre à la fin des années 80, dont 6 turbines sur 14 fonctionnent car le site s’est ensablé, ce qui fait que la capitale, Kinshasa, est toujours victime de coupures de courant. La centrale nucléaire de Bataan aux Philippines, construite par le rosbif Westinghouse moyennant 17 millions de dollars US versés au dictateur Marcos, n’a jamais fonctionné : elle est construite sur une ligne de faille sismique !

  Depuis les années 90, se joue une autre musique, complémentaire et non-exclusive des prédations précédentes. La libre circulation des capitaux, le libre-échange propulsé par l’OMC, la mondialisation de la finance, le triomphe de l’idéologie libérale et de ses pratiques, ont changé les règles de l’harmonie. Déjà très endettés, les PTM rencontrèrent des difficultés de remboursement et de déficit budgétaire accrues. Les IFI, comme condition de leur renflouement, les soumirent à des « ajustements structurels » fondés sur le « consensus de Washington ». Il s’agissait de supprimer les prix subventionnés (eau, électricité, pain), de privatiser les services et les entreprises publics, de diminuer les dépenses sociales, de s’ouvrir au commerce international en baissant les droits de douane et les subventions à l’exportation, de faciliter l’entrée et surtout la sortie des capitaux (investissements des multinationales et rapatriement de leurs bénéfices, droit des capitaux à quitter le pays immédiatement en cas de crise) afin de rétablir les équilibres budgétaires et commerciaux et de retrouver une capacité de remboursement des prêts. Grâce à la libre circulation de l’argent, les nationaux des PTM purent placer leurs capitaux à l’étranger ou les sortir du pays sans problèmes, ce qui accroît très vite la pénurie de liquidités dans le pays (cas de l’Argentine en 2001 et de l’Asie lors de la crise de 1997). Ce chantage est évidemment une autre forme de domination. Pendant ce temps, grâce à ce chantage, mais surtout grâce au libre échange généralisé et à la liberté totale des capitaux, qu’il a permis d’installer, les multinationales purent investir dans les PTM : sweat shops, usines de montage, rachat des entreprises publiques ou des mines privatisées, achat de forêts qu’elles dévastèrent, achats de considérables plantations de denrées exportables, etc.

    3) Les causes ou les origines de la dette des PTM avec leurs conséquences.

  On a en déjà vu quelques unes lors de l’historique. Récapitulons et synthétisons.

* Causes exogènes, extérieures ou indépendantes de la volonté des PTM. 

  On pourrait raffiner en examinant les causes économiques et politiques. Ce serait trop long et surtout cela diminuerait l’appréhension des responsabilités des dirigeants des pays riches et des IF qui ont tout fait pour maintenir la domination du Nord sur les PTM.

+ La libre circulation des capitaux, en tant que condition des placements occidentaux (prêts et investissements) pour permettre leur entrée et surtout leur sortie en termes de retrait des prêteurs et investisseurs en cas de difficulté, pour cause de rapatriement des bénéfices et des royalties. Au passage, cela autorise l’évasion fiscale des nationaux des PTM. Cela conduit aussi à du surinvestissement, donc à des bulles spéculatives qui un jour ou l’autre éclatent provoquant un retrait brutal et massif des capitaux étrangers et nationaux, une crise bancaire et monétaire comme l’ont montré les récentes crises en Asie du Sud-est (97) et en Amérique latine depuis 1992. La libre circulation ouverte à l’étranger nuit à la création de solides banques locales, car elles ne font pas le poids vis-à-vis des banques multinationales. La libre circulation encourage les placements de maîtrise des ressources des PTM par les multinationales, donc la mise sous domination étrangère de l’économie.

+ Les potions des IFI (ajustements structurels préconisés par le consensus de Washington concocté par les IFI) qui ont obligé les pays endettés à privatiser à tout va, à diminuer les impôts sur les riches et les sociétés, à installer une politique d’austérité touchant les plus pauvres avant tout, à ouvrir leurs frontières et à perdre des droits de douanes et qui ont mis en concurrence internationale des productions locales peu compétitives avec des importations d’excédents occidentaux subventionnés ou des produits hyper compétitifs (du genre du lait en poudre de Nestlé, qui a supprimé l’allaitement au sein dans des pays où il n’y avait pas d’eau salubre !). Ceci a empêché le décollage d’industries manufacturières en proscrivant le protectionnisme en faveur des possibles industries naissantes. Les recommandations des IFI et de l’OMC ont conduit à la fois à la spécialisation des PTM et à leur mise en concurrence sur le marché mondial des mêmes productions, ce qui a dégradé les termes de l’échange (en prix et en volume) et amenuisé les ressources d’exportation dans le temps même où les PTM devaient importer plus de biens d’équipement et de consommation (faute de production locale pour ces derniers). De plus ces traitements par les IFI ont profondément ruiné des peuples déjà pauvres : fin des prix subventionnés pour les fournitures de base, dégradation des services publics (le PTM devant consacrer ses de plus en plus maigres ressources à rembourser la dette extérieure), privatisation des entreprises publiques (sur obligation des ajustements structurels et pour trouver de l’argent en vendant les bijoux de famille) et donc dégraissages de personnel. Le peuple se révoltant, les PTM ont accru la répression et ses moyens. En 2000, en Bolivie, le service de l’eau était passé sous la coupe de Bechtel (firme compradore US) qui avait doublé aussitôt les prix. Cela entraîna une grève générale et le blocage des transports, forçant le gouvernement à annuler la concession et à chasser Bechtel. EDF eut quelques ennuis de même type en Argentine et au Brésil…

+ L’action des multinationales pour s’emparer des ressources et des moyens de production « privatisés » par les PTM ou ouverts à l’investissement privé, grâce au libre-échangisme et à la libre circulation des capitaux prônés par les IFI et l’OMC. Par ailleurs, les multinationales maîtrisent les marchés et mettent les PTM en concurrence entre eux sur les mêmes produits. Que, du reste, les IFI ont fait produire dans des pays qui ignoraient ces cultures : le café au Vietnam, par exemple l’huile de palme en Indonésie. Qui ne connaît les agissements de l’United fruit en Amérique du Sud dans les années 70 ? Du coup, les bénéfices s’envolent à l’étranger et ne sont pas réinvestis dans les PTM. Ou pour placer leurs propres productions. Les seuls aspects positifs, si l’on ose dire, furent la création de manufactures locales d’assemblage ou de production dans des « sweat shops » (usines à sueur) de produits à faible valeur ajoutée comme les textiles ou les puces informatiques. Cette action est fondée sur la mise à profit par les multinationales des différentiels de législation sociale, fiscale, environnementale car elles seules maîtrisent l’enchaînement des étapes de la production et car elles peuvent jouer sur les prix de cession interne (prix de transfert, par exemple, là où la fiscalité est plus défavorable, on s’arrange pour produire à perte en minimisant les coûts réels). En outre, les multinationales jouent plutôt sur la sous-traitance, car ce qui est délocalisé, ce ne sont pas des usines, mais des productions intermédiaires. Ainsi, quand une multinationale trouve moins coûteux ailleurs, elle y part laissant les usines sur les bras des investisseurs locaux (grâce le plus souvent à des CP). Ainsi Nike, qui avait été attaquée à cause des conditions de travail a bien failli quitter le Vietnam où le pouvoir agitait les syndicats du parti communiste contre elle suite à une révolte des salariés. Par ailleurs, les multinationales ne délocalisent que les éléments de la chaîne de production, en se réservant la conception, le marketing et la vente. Enfin, les multinationales en profitent pour placer dans les PTM, leurs industries les plus dangereuses et polluantes par suite d’une absence de droit de l’environnement dans ces pays. Cet ensemble d’actions de multinationales, sans morale et sans souci social ou écologique, conduit pourtant les PTM à être d’une prudente lenteur dans l’amélioration de leurs législations, car ils risquent de perdre leurs seuls avantages compétitifs dans la division internationale du travail : faibles frais de main d’œuvre liés aux bas salaires, horaires démentiels, l’absence de syndicats et de protection sociale (retraites, accidents du travail, maladie), pas de coûts de protection de l’environnement et de la santé des travailleurs et des populations (voir Bhopal), surexploitation des terres, des mers et des forêts, etc.

+ Les politiques monétaires des pays occidentaux, très libérales et monétaristes, ont privilégié la rente et le patrimoine en jugulant l’inflation qui amenuise la valeur des prêts et en faisant augmenter les taux d’intérêt réel, ce qui a accru les charges de service de la dette des PTM. Certes, c’est pour tout le monde, mais dans la jungle, ce sont toujours les plus faibles qui s’en sortent le moins bien.

+ L’action des banques, des fonds d’investissement, des fonds de pension, des hedge funds (fonds spéculatifs ou fonds d’arbitrage), etc. Elles ont proposé des prêts car elles avaient beaucoup à placer et à rentabiliser au maximum. Pas folles, elles ont exigé des taux variables d’intérêt (afin de profiter des augmentations des taux directeurs des banques centrales), lesquels ont nettement augmenté par suite des politiques monétaires du Nord. Elles ont aussi obtenu haut la main, le droit de rapatrier leurs fonds. Elles n’ont guère perdu sur le secret des affaires et les paradis fiscaux. Cet argent facile a relancé l’inflation dans les PTM, a amené une surévaluation de certaines monnaies, ce qui a nui aux exportations, et a conduit à des investissements surabondants de même qu’à un manque de prudence dans la sélection des investissements. Les banques locales se sont retrouvées avec beaucoup trop de créances douteuse et les crises spéculatives les ont souvent conduites à la faillite, et, surtout, à l’incapacité de financer l’économie. Elles ont obtenu que les prêts soient rédigés en dollars (ou Euros ou Yen), ce qui a accru vertigineusement les dettes exprimées en monnaie locale quand les monnaies locales se sont effondrées lors des crises. De conserve avec les Etats et les multi-nationales des pays riches, les banques ont financé à tour de bras pour toucher des commissions (OPA, OPE, Fusions, émissions de titres), pour rémunérer des experts et autres conseils, pour recevoir des intérêts, pour percevoir les royalties, pour expatrier les bénéfices, ne laissant presque rien aux PTM pour s’autofinancer et se développer. De plus, les banques privées ont obtenu des IFI d’être privilégiées dans le remboursement des CP ; soit les 2/3 des dettes extérieures. On peut affirmer que les décisions des IFI servent avant tout à « solvabiliser » les CP. Cette politique nocive est appuyée par « les agences de notation » des pays et des grosses firmes quant à leurs capacités de remboursement. Notons que ces agences sont de droit privé et ne s’intéressent qu’au fric et aux dangers institutionnels. C’est pourquoi le CADTM préconise la mise en place d’audits indépendants et citoyens pour l’analyse des dettes (origine, nature, histoire, conditions, etc.).

   En conclusion de ce point, il doit être clair que les potions néolibérales ne sont pas du tout vécues de la même façon par les pays riches et les PTM. Cela dépend des ressources, des capacités, des rapports de force, des asymétries de pouvoir et d’information. La lutte entre les renards et les poules conduit inévitablement à la perte des volailles à la merci de capitaux volatiles (eh eh). Le principal responsable aujourd’hui de la dette exponentielle des PTM est donc l’ordre capitaliste, financier et néolibéral qui s’est installé, système qui par construction est favorable au Nord, d’autant plus que celui-ci, avec hypocrisie, ne s’applique pas les mêmes potions : subventions, vols de propriété biologique et du vivant, normalisation technique, réservation des marchés publics, normes en tout genre, etc. tout est bon pour faire du protectionnisme camouflé. C’est ce qui explique l’échec de l’OMC à Doha, le cycle de négociations qui devaient sans suivre (AGCS, sur les services et ADPIC, sur les droits de propriété intellectuelle et les brevets) étant en panne faute d’accord sur les questions agricoles et les médicaments génériques. On a vu aussi que la domination des PTM continuait par d’autres moyens à la fois plus subtils, plus cachés et plus efficaces. Ce n’est pas nouveau. Il y a déjà 30 ans on analysait la dégradation des termes de l’échange. S’y est ajouté l’emprise de la finance mondialisée. Pour ma part, supprimer la dette des PTM, n’aurait que peu d’effet à long terme si le système économico-financier néolibéral actuel continuait à l’identique. Ce n’est pas une raison pour ne pas le faire, ne serait-ce que parce que cela donnerait aux peuples exploités un ballon d’oxygène.

* Causes endogènes

+ Les dictatures, souvent facilitées ou mises en place par les décolonisateurs, ont spolié les PTM, avantagé les multinationales par la corruption (facile il suffit de sous-déclarer la production, de disposer ainsi d’une caisse noire -sans jeu de mots- pour isoler l’argent de la corruption versable dans des paradis fiscaux). Pour faire taire le peuple, elles ont acheté des armes. Ainsi le Nigeria, depuis les années 70, a reçu plus de 200 milliards de $ tout en restant un des pays les plus pauvres d’Afrique avec 70 % de sa population en dessous du seuil de pauvreté à moins de 1 $ par jour et par personne. Ces dictatures s’installèrent d’autant plus facilement que les colonisateurs n’avaient pas laissé une élite administrative et intellectuelle, n’avaient aucunement préparé à des structures démocratiques.

+ Les PTM ont aussi été laissés sans infrastructures solides : ports, transports, communications, santé, éducation, etc. ensuite, ils ont été poussés à emprunter pour acheter des prestations et des produits occidentaux alors en récession.

+ Les PTM ont trop souvent privilégié le court terme pour se sortir des situations urgentes ; ils ont peu préparé l’avenir, dans le cadre ; il est vrai, de moyens de plus en plus faibles et de contraintes de plus en plus fortes, par les IFI ou l’OMC, qui les ont dépossédés de leur souveraineté. Ils n’ont pas su, pas voulu ou pas pu conduire de grandes réformes comme la réforme agraire, problème récurrent qui tue la paysannerie à petit feu. Cela favorise les grandes exploitations, du genre des » latifundias », qui laissent en friche ou déboisent ou ne produisent plus que pour l’exportation.

+ La pingrerie de la nature et du climat qui les ont souvent prédisposés à une trop grande spécialisation de la production, donc à une faible diversité des ressources exportables. On pourrait espérer que l’actuelle flambée des prix leur profite enfin. Ce sera dur car les multinationales maîtrisent les marchés, manipulent les cours, volent le plus clair de la valeur en monopolisant les bénéfices et en faisant payer des royalties et des fausses prestations en tout genre.

  En conclusion, la dette sert à étrangler le Tiers-Monde et à maintenir l’impérialisme des pays riches, auxquels vient de s’adjoindre la Chine qui cherche à investir (et à investir en) l’Afrique. Dictature totalitaire communiste, la Chine est devenue l’Etat le plus dynamique du capitalisme et de la mondialisation libérale. Elle a tant besoin de matières premières ! Elle conjugue, avec de moins en moins de bonheur, une économie capitaliste avec plus des ¾ de sa population maintenue dans une misère digne des PTM les plus démunis ! Mais cette domination ne peut fonctionner qu’à l’intérieur d’un système néolibéral et financier qui règne totalement sur la planète ; sans celui-ci, la domination serait plus difficile. Mais alors, si l’idéologie de ce système a été propulsée depuis 30 ans, si les gouvernements des pays riches ont appliquée cette dernière, ne serait-ce pas pour tirer leur épingle du jeu, ce qui par effet de totalisation et asymétrie de pouvoir, produit la faiblesse accélérée des PTM ? La domination est alors à la fois voulue et résultante d’ « opportunités ».

 

                                                                     LEXIQUE

 

* Accord général sur le commerce des services (AGCS) propulsé par l’OMC pour privatiser tous les services, y compris ceux de santé, d’éducation de télécommunications, etc. ADPIC, accord sur les droits de propriété intellectuelle et commerciale.

* Ajustements structurels. Ensemble de réformes politiques et économiques réclamées par les IFI aux pays qui demandent de l’aide quand ils éprouvent des difficultés à rembourser leurs emprunts ou à servir les intérêts de la dette. Ainsi, de nouveaux prêts deviennent conditionnels. Ces ajustements contiennent une politique néolibérale absolue : libéralisation des marchés, libre circulation des capitaux, privatisation des services et des entreprises publics, suppression des monopoles d’Etat, suppression des prix subventionnés, orientation de la production vers l’exportation, cure générale d’austérité…etc.

* Club de Londres. Groupe informel rassemblant les banques privées détenant des créances )sur les PTM ; ce groupe se réunit périodiquement pour rééchelonner les créances privées (CP) sur les PTM ou autres pays en voie de développement.

* Club de Paris. Groupe informel crée en 1956 par les dix pays les plus riches du monde (19 aujourd’hui), dont le rôle est de trouver des solutions coordonnées et viables aux difficultés de remboursement des dettes publiques (DP) extérieures. Il ne traite donc que des créances entre gouvernements : par moratoire, suspension du versement des intérêts, rééchelonnement des DP des PTM.

* Consensus de Washington. Ensemble de recommandations libérales pour tous les gouvernements, base de contenu des ajustements structurels. Pourquoi de Washington ? Parce que la Banque mondiale et le Département du trésor US sont stationnés dans cette ville

* Dette extérieure : somme des dettes publiques et des créances privées détenues par l’étranger.

* Objectifs du millénaire. Ils résultent d’une déclaration signée par 189 pays en septembre 2000. Pour 20015, sont visés 8 objectifs qui visent à réduire la pauvreté et la mortalité infantile et maternelle, à améliorer la santé et l’éducation, à diminuer les maladies endémiques, dont le paludisme et le SIDA, un environnement durable et un développement soutenu. Au train où on va, ces objectifs pourtant modérés ne seront atteints qu’à la fin du 1er siècle du millénaire.

* Pays pauvres très endettés. En 1996, les IFI proposèrent à l’OCDE et au G8 un traitement, si j’ose dire de faveur, pour les pays les plus mal en point et incapables de servir leur dette. Cette aide, notamment par remise de dette, était conditionnée par l’observation de recommandations strictes (révisées à la hausse en 99). 49 PTM étaient « éligibles » ; seuls 19 subsistent aujourd’hui et 3 ou 4 ont vu un début d’exécution. Ainsi, la Côte d’ivoire, ne devenait éligible que si elle libéralisait totalement le secteur du cacao en 98-99. L’initiative PPTE a donné lieu en 2005, lors de la réunion du G 8 en Ecosse, à 40 milliards de $ de réduction de dette pour 18 pays. Des réductions sont encore envisagées pour 20, s’ils deviennent éligibles, c’est-à-dire s’ils passent sous les fourches caudines des IFI.

* Prix de transfert. Le prix de vente des produits issus de la filiale du pays A vers le B puis vers le siège de la multinationale. Ces prix sont manipulés pour effacer tout bénéfice imposable dans les rares pays avec une fiscalité sur les entreprises, ce qui gonfle ceux que l’on souhaite voir apparaître dans les pays sans fiscalité. L’Irlande est championne, pour l’instant, de la chose dans l’UE.

 

 

 

Sources : site Web du CADTM et « La mondialisation en 20 leçons, Editions Danger public, 2006

De la monopolisation du savoir par les libéraux

Classé dans : Non classé — 7 mars, 2010 @ 9:41

 Commençons par une distinction : la connaissance (comme le dit l’histoire de Félix Faure mort en épectase comme le cardinal Daniélou : le président a-t-il encore sa connaissance ? Non, elle est partie par un escalier dérobé) est individuelle et le savoir est collectif. C’est aussi le cas de culture qui est une création de l’histoire et de la vie commune dans une société donnée. La culture n’est évidemment pas à confondre avec la mise sur le pavois médiatique des « people » starisés par les firmes audiovisuelles, ni avec la production starisée lors des « victoires de la musique » ou les médias manipulés par les « majors » de l’empire audiovisuel. Elle n’est pas non plus à assimiler avec les artistes reconnus dans les panthéons étatiques à la Malraux ou à la Jack Lang. La culture réelle, populaire, est une autoproduction de la société sans qu’il y ait besoin que des excellences d’Etat ne la transforment en spectacle d’artistes autoproclamés ou valorisés par les médias ou les représentants de l’Etat. Ce qui a permis, via les Jack Lang et autre socialos, de remplacer les luttes sociales par des relativismes artistiques, reconnus, quelque merde qu’ils produisent. Chez les réseaux médiatico-producteurs, il ne faut plus s’en remettre à la common decency , mais éjaculer de l’art nouveau afin de remplacer le social et le politique par le culturel, c’est-à-dire la pseudo-culture des élites relativistes et le marché de l’art. Grâce à l’art, les classes moyennes n’ont plus à s’engager dans des luttes politiques ; il suffit qu’elles communient dans leur excellence de perception de « l’art nouveau » en tant qu’expression des différences et consécration de la primauté du relativisme culturel et moral. Le savoir, ou le stock de connaissances accumulées au cours des siècles est un capital cognitif et culturel à disposition de l’humanité tout entière. Il ne saurait être privatisé, d’autant plus, que, à l’inverse des biens matériels fongibles, son usage par l’un n’enlève rien aux autres. Le savoir n’est pas compétitif et rival. C’est en quelque sorte un bien public commun non privatisable puisque son acquisition par l’un n’enlève rien aux autres. Même en termes de l’économie normale, le savoir est un bien sans rivalité, sans exclusivité, sans consommation destructrice par son usage car l’utiliser ne le détruit pas ; c’est donc un bien public par construction au nom même de la définition de la chose par les 1ers libéraux : un phare, qu’aucun entrepreneur privé ne construira puisqu’il ne pourrait faire payer de redevances pour l’amortir, est un bien utile à tous et son usage par le bateau X n’en prive pas le bateau Y. C’est tout simplement du sens commun : il y a des biens qui par contenu intrinsèque ne relèvent pas du marché. Eh bien, les libéraux pratiques se sont évertués à transformer ce bien public, devant déjà devant être offert à tous au nom de l’égalité des chances, en propriété privée. Au 19e siècle, la querelle portait sur les droits d’auteur que les libéraux, souvent littérateurs de bas étage, voulaient porter à 50 ans après la mort dudit auteur. Dans « Les majorats littéraires », Proudhon montra facilement que la plus-value apportée par l’auteur était ténue puisque son savoir ou son savoir-faire provenait essentiellement de l’éducation que la société lui avait donnée et des travaux antérieurs d’autres auteurs, que son travail propre était hypothéqué par le savoir antérieur présent dans la société, que celle-ci avait donc un droit collectif préalable dans toute création individuelle supplémentaire. Toute création est dépendante du savoir et de la culture antérieurs et l’apport spécifique de l’auteur est faible en regard de ce qu’il doit à la société et à la culture. Il en découle que, oui, l’auteur a droit à une juste rémunération, laquelle est fixée par les ventes de sa production. Mais on ne voit pas au nom de quoi ses descendants, qui n’ont rien produit, bénéficieraient d’une rente sur les ventes posthumes dudit auteur. Il ne saurait y avoir de droits d’auteurs sauf à interdire le plagiat et à rémunérer les ventes du vivant de l’auteur. Evidemment, tous les littérateurs, lesquels, ne l’oublions pas, siégeaient souvent à la chambre, comme Lamartine, se sont élevés contre l’analyse proudhonienne, au demeurant fort juste sur « les gens de lettres ». Les choses ont empiré. Aujourd’hui, le libéralo-capitalisme fait flèche de tout bois : royalties, brevets, droits d’auteurs portés bientôt à 100 ans. Tel laboratoire va mener une mission dans un pays exotique pour y découvrir des plantes médicinales (en soutirant par ruse leurs secrets aux « hommes-médecine » et autres chamanes) et en tirer la substantifique moelle. Alors non seulement celle-ci sera brevetée mais encore la plante originelle « brevetée » fera que les « natifs », l’exploitant depuis des temps immémoriaux, devront alors cultiver en payant des redevances audit laboratoire. On a vu aussi que les séquenceurs de génome exigeaient un brevet sur la nature même de l’homme. On sait que les firmes de type Monsanto ou Novartis, qui inventent des OGM (maïs, soja, coton) soi-disant résistant aux parasites et aux duretés du climat, vendent en même temps et obligatoirement les semences de renouvellement (c’est-à-dire que l’agriculteur ne peut plus utiliser une réserve de semences pour replanter mais doit les recommander à Monsanto) et les pesticides associés. Par exemple, tel maïs ou tel coton transgénique, conçu pour supporter un pesticide, comme, par hasard, celui produit par Monsanto, est vendu avec obligation d’utiliser ledit pesticide. Et, évidemment à prix d’or puisqu’il y a monopole. Celui-ci est consacré par les autorités américaines qui ne vérifient même pas l’impact des transgéniques sur la santé humaine et par l’agence européenne de la santé (truffée d’experts stipendiés par les firmes et laboratoires privés) qui se contente d’avaliser les études fournies par les industriels sans vérifier le contexte d’utilisation ni les effets à long terme (exemple récent : une patate entérinée par le seul Barroso de la Commission européenne !)). On voit des firmes pharmaceutiques interdire la transformation de leurs produits en médicaments génériques, cela étant facilité par une trop grande durée de vie des brevets, établie pour protéger l’industrie pharmaceutique occidentale. On a vu ainsi contester le droit de l’Inde à produire des antiviraux contre le Sida ! On constate aussi que la prétendue révolution verte (meilleurs rendements pour faire manger le Tiers-Monde) par les OGM est une escroquerie car, si effectivement les rendements s’améliorent pendant 3 ou 4 ans, ensuite c’est la catastrophe sauf à utiliser de plus en plus de pesticides et de fongicides labellisés, très onéreux (soi-disant pour cause de brevet) et imposés par les firmes agro-chimiques à la Monsanto. D’où une vague de suicide de paysans indiens cultivant le coton et ruinés par le coût des produits chimiques et les faibles rendements des récoltes OGM. Par ailleurs, il est avéré que les plantes transgéniques, non confinées dans des parcelles étanches, finissent par éliminer les autres variétés, ce qui diminue la diversité des plantes en éliminant leurs espèces ancestrales et locales. Ainsi, le Mexique, lieu d’origine du maïs, voit ses plants originaires peu à peu éliminés. C’est très grave parce que si une nouvelle maladie attaquait des plantations désormais uniformisées de maïs transgénique, alors il n’y aurait plus de variété résistante, un peu comme lorsque la vigne française a été attaquée par le phylloxera (venu des USA) et qu’il a fallu importer des pieds porteurs américains pour lui résister (vigne hybride avec porte-greffe amerloque des anciens cépages). Aujourd’hui il n’y a plus que 150 à 200 plantes cultivées alors qu’il y en avait dans les 15 000 autrefois. On a vu la commercialisation de variétés anciennes par une maison qui voulait les sauvegarder interdite par les pouvoirs publics sous prétexte qu’elles n’étaient pas dans le catalogue officiel établi avec la FNSEA ! On a vu la traditionnelle décoction d’orties, vieux pesticide, interdite de vente par le même pouvoir chiraco-sarkozyen ! Dans le cadre du libéralisme économico-politique qui a tout subverti depuis 30 ans, le savoir est donc devenu un enjeu considérable de privatisation des productions intellectuelles collectives et historiques ou géographiques. Désormais, tout se vend, s’achète, se transforme en fric. On a vu que les humanités (histoire, géo, philo) et les connaissances générales délivrées au lycée étaient en grand danger pour cause d’inutilité commerciale et de ferment d’esprit critique. On constate que la réforme des programmes d’économie dans les lycées ne propulse que la théorie de l’équilibre général, invalidée par la crise, et évacue les thèmes gênants comme le chômage ou la précarité ou la pauvreté. C’est que le savoir est un enjeu de pouvoir et d’idéologie car, s’il est acquis par le plus grand nombre, il est dangereux pour le pouvoir vu qu’il aiguise le sens critique et ouvre l’esprit en donnant des moyens de comparaison. A propos, qui fait l’éloge permanent du « benchmarking », c’est-à-dire de la comparaison… commerciale ? Comme à l’université, le savoir transmis va vers l’opératoire, l’instrumental, le technique. Idem dans les facs spécialisées dans les sciences « positives », telles que le droit, discipline qui forme des avocats maintenant sans culture, ou l’économie transformée en science pure, normalisée dans une doctrine unique, réduite souvent à l’économétrie et aux statistiques. La science fait de plus en plus l’objet d’une coupure ridicule entre la « fondamentale » et « l’appliquée ». C’est la seconde, utile, opérationnelle qui est privilégiée par les nouveaux organismes de financement et de sélection des projets au profit des industriels qui vont bénéficier de subventions pour produire encore plus de gadgets. On a constaté que la fonction enseignement-recherche dans les universités serait soumise aux diktats du manager en chef que sera la président (itou dans les CHU) qui sélectionnera, pour des raisons financières, les bons projets utiles à un partenariat privé/public avec les industriels qui profiteront ainsi des moyens publics sans en payer, et de loin, la totalité des coûts. Ainsi le champ de la recherche sera-t-il fermé alors que la créativité dépend de son ouverture et de son degré d’échange et de discussion, sachant que la recherche est largement soumise au hasard et que le chercheur découvre seulement si on le laisse libre d’explorer des espaces inconnus ou presque vierges qui peuvent ouvrir à des bifurcations ou à des remises en cause sévères de la science normale. Et si le chercheur est libre d’échanger avec des collègues d’autres disciplines voisines Pour avoir imaginé de mettre la recherche sous la coupe de manageurs (les directeurs d’université ou de CHU nommés par le pouvoir), il faut vraiment ignorer totalement les travaux d’épistémologie scientifique qui montrent que la science ne procède pas seulement par accumulation des savoirs ou par mutation brusque mais par spontanéisme, par critique de la science « normale » en odeur de sainteté (se rappeler la bronca des médecins institutionnalisés contre Pasteur…), par échange en réseaux entre scientifiques de différents domaines. Car la science est devenue transdisciplinaire, ce qui suppose de grands lieux de recherche diversifiés (comme le CNRS que l’on est en train de saboter) où les savants-chercheurs puissent échanger, confronter, relier les recherches entre eux. En outre la « vérité » scientifique n’est jamais que ce qui est reconnu comme valable et prédictif par la communauté des savants (théorie de la « science normale » par Kuhn). Ce valide maintenant est questionné par les cas non résolus et par de nouvelles recherches dissidentes à condition que le pouvoir ou les pontifes de l’ancienne théorie ne les étouffe pas. Le savoir doit être systématisé, échangé, discuté et la connaissance répandue au maximum. C’est ce qu’empêchent les brevets, droits d’auteurs, royalties qui, en réalité, installent des monopoles, des droits de propriété indus en réservant le savoir aux experts (qui plus est de plus en plus pointus alors qu’il faudrait être en même temps généraliste pour pouvoir échanger avec les autres savants) et aux industriels. Schumpeter l’avait bien dit : l’innovation crée à la fois un monopole temporaire rentable pour l’entrepreneur et une destruction « créatrice » pour les industriels à la traîne dont les installations deviennent rapidement obsolètes. Proudhon nous aide à comprendre que la connaissance individuelle et collective est une force collective socialisée par construction. Cela anticipe la thèse du capital cognitif ou de l’économie de la connaissance ou de l’économie « immatérielle » : le savoir constitué et ses usages dans les connaissances des acteurs, via aussi des réseaux interactifs de partage et d’enrichissement mutuel, sont une propriété commune, un bien public par nature, une ressource collective que les capitalistes ne sont pas en droit de s’approprier bien que les gouvernants néolibéraux actuels leur en donnent légalement la possibilité et cela, donc, de façon tout à fait illégitime. En outre, cela montre que lesdits gouvernants ne comprennent rien à la façon dont l’économie moderne fonctionne ; ils font privatiser, monopoliser ce qui serait le ressort d’une plus grande efficacité, ce qui provient d’une coopération en réseaux, ce qui est aujourd’hui à la source de la richesse car, par exemple, désormais les coûts de production ne représentent souvent que 10 % de l’ensemble des frais. Ceux-ci sont de « l’immatériel », du cognitif, de l’imaginaire qui doivent appartenir à tout le monde pour être utilisés et diffusés au mieux, pour renforcer la créativité, pour développer les symbioses et interactions entre domaines cognitifs. Cependant, il n’est pas sûr que tous les gouvernants ne le comprennent pas ; certains sont au courant et alors ils le font exprès pour favoriser la rente et le monopole (comme dans la loi Hadopi). Drôle de libéralisme.

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