les armes de la critique

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République et démocratie

Classé dans : politique — 28 février, 2011 @ 11:27

Chez les fervents de l’idéologie libérale, on confond pratiquement les 2 termes. Il est vrai que quand la réalité observable montre à la fois la politique comme raie publique et démocrassie on peut être enclin à ne pas chinoiser. Grave erreur. 

La démocratie n’est qu’une procédure juridique de mise en forme du pouvoir politique. Elle sépare le registre politique de l’économique et du social et le place même à l’extérieur et au-dessus de ces derniers. Elle est indifférente aux conceptions de la société et des rapports sociaux entre individus ou acteurs. Plus exactement, subrepticement, elle privilégie l’idée que la société n’est qu’une collection d’individus libres et raisonnables capables de défendre leurs intérêts particuliers dans le concert social. Tout y repose sur les droits individuels : droits-libertés (au travail, à la propriété, à l’intégrité, à l’autonomie, etc.) et droits-participation à l’expression sociale et politique (expression, manifestation, droit de vote, droit à l’information, etc.). Ces droits sont théoriques, c’est-à-dire possibles et ouverts, mais ne sont garantis qu’en tant qu’accès potentiel de tout un chacun à leur exercice. Ce sont des droits de et non des droits à. Vous avez, par exemple le droit de travailler ou de vous loger, mais vous n’avez pas droit à un travail réel ou à un logement effectif (ce qui a été corrigé en France par la loi DALO, loi qui rencontre d’énormes difficultés d’application car elle entre en contradiction avec le droit de propriété qui a été abandonné au marché immobilier). Pour des droits de type travail, logement, sécurité sociale, transport, etc., type qui donne accès à des biens et sécurités matériels, on a accoutumé d’appeler la chose : droits-créances (de l’individu sur la société). La démocratie ne garantit nullement la réalité de tels droits-créances. Cela provient de ce qu’elle s’attache avant tout aux libertés en laissant en marge le problème des inégalités de situation et de  condition. Dans le meilleur des cas, elle promeut l’égalité des chances en la liant au mérite individuel. Comme la société n’y existe pas, il s’ensuit que l’idée de nation non plus. La démocratie s’accommode facilement de la juxtaposition de communautés sans éprouver le besoin de lier ses habitants avec des valeurs communes supérieures et transversales à celles des communautés. En plus clair, la démocratie n’a pas vraiment besoin de citoyens unis dans une grande communauté de destin. 

La devise de la démocratie c’est : liberté, propriété, utilité, individualité. La démocratie suppose que l’intérêt général n’existe que comme résultante future des rapports et actions entre individus. Le libéralisme ajoute que cette interaction produit le meilleur état ou équilibre possible du bien commun, notamment en économie. Comme la société n’existe pas en tant qu’entité ayant une vie et une structure propres, il ne peut y avoir de projet pour la société, ni d’intérêt général pensable a priori. C’est le hasard et l’incertitude des relations qui déterminent le résultat sociétal atteint dans les interactions. Pour que l’optimum soit atteint et aussi que la démocratie soit réelle, il faut que des procédures et institutions formelles soient respectées : élections libres et à armes égales dans les compétitions électorales, liberté de s’associer (partis, syndicats, etc.), liberté et pluralisme de la presse, indépendance de la justice, neutralité de l’administration, garantie des droits individuels (à la vie, à la sécurité, à l’intégrité de chaque personne, respect de la minorité, séparation des pouvoirs -législatif, exécutif, judiciaire-, etc.). C’est ce qu’on appelle un Etat de droit. C’est déjà important car cela permet de se demander si le régime du magyar présidentiel est bien démocratique : neutralité de l’administration phagocytée par les nominations tsarkozyennes aux postes de responsabilité ? Indépendance de la justice ? Respect des citoyens par la police ? Pluralisme et indépendance de la presse et des médias ? Séparation des pouvoirs ou omni présence de l’exécutif et hyper présidence ? Et que dire des USA où les élections sont  à armes inégales car elles sont régies par des masses de dollars (on parle déjà de 1 milliard pour les élections présidentielles de 2012 !) apportées par les lobbys et les riches aux prétendants. On y arrive en France comme l’a montré l’affaire Woerth-Bettencourt. 

La république est bien différente. C’est un système intégré et intégrant les registres politiques, moraux, juridiques, économiques et politiques de la société tout entière. Le politique est dedans la société au lieu d’être au-dessus. La morale y régit les attitudes et les comportements des acteurs sociaux. Mais elle repose aussi sur la vraie démocratie. La république sans démocratie n’est pas la république ; mais la démocratie sans la république se suffit dans maints régimes (US, G-B). Ce qui caractérise essentiellement la république, c’est la place primordiale qu’y occupent la justice et la solidarité. C’est ce qui en fait une communauté nationale, c’est-à-dire de destin commun. Cela ne signifie pas le nationalisme mais le respect de la patrie ; ni le refus des communautés. Celles-ci sont à intégrer dans des valeurs communes à tous les citoyens, ce qui ne veut pas dire assimilation au nom d’une universalité desdites valeurs. Cela ajoute à la justice et à la solidarité l’exigence de neutralité politique vis-à-vis de toutes les conceptions du monde ou religions, c’est-à-dire la bonne vieille laïcité. La république, comme l’avait dit Montesquieu, repose sur la vertu, notamment avec le dévouement des représentants politiques et des fonctionnaires au bien public. La vertu interdit de faire voter des lois favorables aux riches et aux groupes de pression. En fausse démocratie, une fois élus les politicards peuvent favoriser les intérêts particuliers, et cela d’autant plus qu’en cas de revers politique ils pantouflent dans le privé. 

Comme disait Proudhon, là où est la justice, là est ma patrie. Car la république est affaire d’adhésion volontaire et réfléchie des individus aux lois de la cité, bien loi des approches teutonnes, communautaristes et ethnicistes de l’appartenance par naissance à une communauté de sang, bien loin des thuriféraires de la soumission à la tradition et à la kultur. Comme disait Renan, la nation est un plébiscite de tous les instants et non une appartenance naturelle, permanente ou forcée des citoyens à un ordre politico-communautariste. Ce qui signifie que la république des citoyens ne peut exister que si le lien social est défendu pour tous, qui si la justice est effective et progressive. Car sans justice il ne saurait y avoir de solidarité. C’est pourquoi la république met le paquet sur les droits-créances, lesquels visent à faire en sorte que chaque citoyen dispose des moyens d’une vie digne dans une égalité de considération. L’égalité des chances y est reconnue mais elle en se réduit pas à que le meilleur gagne dans une compétition de « struggle for life » si chère aux libéraux. Cette égalité des chances ne saurait advenir par des mesures de « discrimination positive » qui visent à subventionner l’accès au marché concurrentiel des personnes assistées comme dans le monde anglo-saxon. Elle est fondée sur la mise en place de structures, de procédures et de moyens qui la rendent objective. Donnons un petit exemple de ces structures : dans les lycées il devrait y avoir des heures d’études en commun dans de grandes salles avec des répétiteurs et des aides pédagogiques (pédagothèque, documentation) de façon que les élèves fassent leurs devoirs et apprennent ensemble sans que les parents puissent sans mêler, sans que les conditions de vie et de culture des classes sociales privilégiées puissent aider seulement leurs enfants. Ces études de 17 à 19 heures assurent l’égalité d’accès aux connaissances. Las ; il faut investir : salles, chauffage, éclairage, pions, répétiteurs. C’est moins coûteux de laisser les parents libres de payer les services d’une officine d’enseignement privé. Autre exemple : mettre en place des maisons des étudiants avec logement et services (restauration, laverie, internet, etc.) au lieu de donner une ALE pour que les étudiants se logent dans le privé au tarif du marché, qui plus est gonflé par ladite ALE. Autre exemple : l’allocation d’étude pour tout enfant en fonction de son âge ; allocation remplaçant la demi part d’impôt du quotient familial et intégrée dans les revenus familiaux. Les structures sont aussi des services publics ouverts à tous, loin des lois du marché. C’est encore l’offre de logements sociaux loin de l’immobilier privé. C’est la sécurité sociale universelle et non la CMU permettant d’aller chez des assureurs privés aux lois du marché. C’est la mise en place de moyens de formation et de qualification tout au long de la vie. C’est ce que Durkheim appelait des « droits restitutifs » de la société hypothéquée (dette sociale chère aux « solidaristes ») vis-à-vis de ses membres apportant leur travail et leurs idées à la république. Notons que c’est l’inverse chez Proudhon : c’est chaque individu qui a une dette vis-à-vis de la société qui l’a formé et des collectifs de travail qui l’ont rendu solidaire des autres travailleurs et qui donnent, grâce à l’interdépendance et à la coopération, un surplus à partager. 

La république est indissociable d’un projet commun des citoyens fondé sur le débat public décentralisé et participatif associant les corps intermédiaires et les représentants politiques libres de légiférer sans obéir aux diktats de l’exécutif. Ce projet, ce peut être la fédération, l’association et la mutualité chères au socialisme libertaire. La république part de la réalité sociologique de l’existence réelle des groupements (communes, associations, syndicats) et de la société comme ensemble sui generis différent de la somme de ses parties et composants, ayant une objectivité propre, tout en étant composite et devant respecter l’autonomie de ses éléments. C’est ce que violent le communisme totalitaire en imposant sa loi et en supprimant l’expression des collectivités intermédiaires (absence de démocratie) et le libéralisme en niant l’existence de groupes réels en dehors des individus (manque de pluralisme et de pensée sociologique). Cela dit en même temps que l’intérêt général de la communauté politique des citoyens ne saurait être défini d’en haut par des technocrates  (version UE) ou par des politicards élus sur la base d’un suffrage individualisant et atomistique leur conférant les pleins pouvoirs pour « donner et casser la loi » (version tsarkozyste). Nul ne connaît l’intérêt général a priori ; il doit être défini en tant que projet par la mise en débat des problèmes entre instances de tout niveau et les acteurs sociaux. C’est en quoi une république est une authentique démocratie bien plus sociale et pluraliste que la soi-disant démocratie représentative fondée sur les seuls individus votant en leur âme et conscience et isolément dans l’isoloir pour leur idée personnelle de l’intérêt général en leur demandant d’oublier leurs appartenances et références. 

Tsarko l’Allemand

Classé dans : politique — 23 février, 2011 @ 11:32

Après Tsarko l’Américain, fervent disciple de Bush II, voilà l’Allemand à la remorque d’Angela et propagandiste du « pacte de compétitivité » européen avec sa nouvelle copine teutonne. Il a failli être Tsarko le Britannique tant il admirait la « 3ème voie » de Blair. Las, la crise mondiale est passée par là et a quelque peu démonétisé le libéralisme en général et la finance en particulier, choses avant tout anglo-saxonn Après Tsarko l’Américain, fervent disciple de Bush II, voilà l’Allemand à la remorque d’Angela et propagandiste du « pacte de compétitivité » européen avec sa nouvelle copine teutonne. Il a failli être Tsarko le Britannique tant il admirait la « 3ème voie » de Blair. Las, la crise mondiale est passée par là et a quelque peu démonétisé le libéralisme en général et la finance en particulier, choses avant tout anglo-saxonnes. Par ailleurs, en tant que demi Hongre et époux d’une Italienne, notre président  bon françaoui, se montre plutôt apatride. On n’a rien contre mais cela place mal le bonhomme pour propulser « l’identité nationale » ou pour renouer avec le thème pétainiste de « la terre ne ment pas ». Tant de plasticité, notamment idéologique, est dans l’air du temps car, comme on le sait depuis longtemps, le capital n’a pas de patrie. Il n’a que des intérêts et déménage en fonction des taux de rentabilité et des assiettes et taux fiscaux. De plus, la doctrine libérale a sauté toutes les frontières pour justifier l’emprise du modèle de « la valeur pour l’actionnaire ». 

Notre bon prince nous avait accoutumé aux discours à géométrie variable en fonction des auditoires et des nécessités électorales d’un populisme grand teint. La démocrassie représentative exige en effet de ratisser large en racolant des suffrages chez les gens tentés par le Front National et autres électeurs en puissance prompts à s’effrayer du retour de la gauche interventionniste et de l’insécurité. Et en outre les circonstances ont changé puisque la crise a ressuscité la demande de régulation, de contrôle et d’intervention de l’Etat, précédemment voué aux gémonies libérales, notamment par Raskoltignac. Vous me direz, comme avec un argument typiquement sarkozyste, qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas. Ainsi, avec la volonté affichée pour le G 20 de réguler les marchés de matières 1ères, la finance, les paradis fiscaux, de revoir le système monétaire international et le rôle monétaire du FMI  et pour l’Union européenne de coordonner les politiques économiques et fiscales en bonne gouvernance sous la houlette du couple franco-allemand, on assiste à une poussée verbale de reprise en main du cours des choses par les Etats. 

Ne nous affolons pas ; il ne s’agit que de discours pour faire croire que le logiciel libéral a été abandonné alors qu’il n’en est rien dans les faits et que les « partenaires » sont fort loin d’avoir fait leur aggiornamento. L’électoralisme explique déjà ce revirement parolier. Mais il y a plus profond. Ledit logiciel est engrammé dans le cerveau reptilien de Tsarko. Il fait partie du patrimoine génétique de Rodotarin ; c’est le génotype tsarkozyen, auquel du reste il croit lui-même en tant que partisan du déterminisme génétique des homosexuels et des criminels. Mais, le phénotype, c’est-à-dire les marqueurs variables des gens ou espèces (la couleur de peau, la frisure des tifs, etc.), lui, peut changer. Ainsi, si le génotype de Naboléon est strictement libéral (propriété, responsabilité et mérite individuels, travail et patrie, concurrence pure et parfaite, libre et non faussée,  libre-échange généralisé, dénigrement du public et des fonctionnaires, primat de l’offre sur la demande, etc.), le bonhomme a pu colorier son phénotype et ses plumes en les parant des soudaines vertus de la régulation étatique et de la coordination économique entre Etats. Mais le génotype demeure : le prince ne veut pas qu’on touche de trop à la fiscalité si avantageuse pour le patrimoine. Il veut même supprimer l’ISF. De même, Tsarko ne peut ignorer le caractère hyper libéral du pacte gaulo-teuton de compétitivité qui prévoit, notamment, d’’imposer partout la désindexation des salaires sur les prix de même que des normes strictes de déficit budgétaire ; de façon générale, ce pacte est purement fondé sur des critères financiers et laisse de côté les aspects sociaux et environnementaux des choses. Ce pacte de compétitivité a un vrai nom, mais caché : c’est en réalité un nouveau pacte d’austérité dirigé contre les peuples européens pour leur faire gober l’adaptabilité renforcée à la concurrence internationale et intra-européenne. 

La psychologie nous apprend aussi à distinguer l’attitude (tendance profonde et permanente de l’esprit) et le comportement (adaptation stratégique aux évolutions et circonstances). Par exemple, supposons que je sois un Blanc costaud et raciste ; je vois un  frêle éboueur noir dans la rue, aussitôt s’actualise dans mon cerveau une injure (attitude) et vu que le Noir est malingre je la profère. Supposons que, toujours raciste dans mon attitude, je sois un Blanco maigrichon et le Blacko une armoire à glaces ; alors l’injure restera mentale car l’exprimer (comportement) est risqué. C’est du Tsarko  en matière électorale: l’attitude est en faveur des riches, des puissants et contre les risquophiles et assistés ; mais ces derniers sont nombreux et donc puissants pour les élections ; mon comportement doit en tenir compte bien que mon attitude fasse que je n’en pense pas un mot. 

Tsarko change donc son Musil d’épaule (comme « l’homme sans qualité »). Il se met à la colle avec Angela et à la remorque de l’Allemagne. Encore un modèle de réussite à imiter maintenant que les autres (japonais, américain, anglais, danois) ont capoté… Comme l’a dit Edgar Faure, ce n’est pas la girouette qui tourne mais le vent. Le modèle tudesque est-il si intéressant et probant au point d’en faire l’alpha et l’oméga européen sous forme de pacte de compétitivité ? 

Il ne faut pas se laisser obnubiler par l’excédent commercial allemand de 2010 (environ 150 milliards d’euros contre un déficit français de 50). Il faut se demander comment il est obtenu. Nos cousins germains ont commencé, sous le socialiste Schröder continué par Angela, à serrer le kiki aux salariés, aux chômeurs, à la protection sociale (« désinflation compétitive ») ; cela a déprimé la demande intérieure et donc poussé les feux de l’exportation. Par ailleurs, les Saxons ont délocalisé (sous-traitance et investissements industriels) dans les pays de l’Est nouvellement européens (d’où la pression allemande pour élargir l’UE aux PECO sans approfondir les règles communes hormis celles de la concurrence). Cela leur a permis de produire beaucoup moins cher, d’où le regain du chômage  chez eux: il suffit d’assembler en Allemagne les intrants délocalisés et d’estampiller le produit final « made in Germany ». Par ailleurs, il faut bien voir que l’euro fort est du pain bénit. En effet, nombre des ex-pays de la zone soviétique ne sont pas dans l’Euro-group. Si donc, l’euro augmente les importations prussiennes exprimées en euros valent moins cher car la valeur relative de la monnaie du produit exportateur diminue vis-à-vis de la devise (l’union ne fait pas la force commune mais celle de l’Allemagne) de l’Euro-group. De plus, le produit final baptisé  teuton va être vendu aux prix  allemands exprimés en euros… De même, les Teutons peuvent aller bronzer en Europe du Sud pour pas cher ou y acheter des villas. Enfin, l’euro fort et la zone euro ont permis aux cigales grecques ou espagnoles ou irlandaises ou portugaises de vivre à crédit car les taux d’intérêts des emprunts souverains de ces pays étaient plutôt ceux, nettement plus bas, de la zone euro, que ceux des marchés monétaires internationaux. Ces « cigales » ont donc pu acheter allemand, de même que les USA achètent chinois vu que ces derniers prennent en contrepartie les obligations souveraines US. L’Allemagne n’a donc aucun intérêt à saborder la zone euro puisqu’elle en est le principal bénéficiaire. Euro, d’ailleurs, qui est géré aux conditions qu’elle a imposées : indépendance de la banque centrale chargée uniquement de lutter contre l’inflation (des prix et salaires, car elle n’a rien fait contre celle des actifs immobiliers et boursiers) sans se préoccuper du taux de change ni des dettes privées (uniquement les publiques ); ce qui faisait que l’Espagne était un des meilleurs élèves de la zone euro avant de s’effondrer pour cause de bulle immobilière et d’endettement privé calamiteux. 

Plus fort ; l’Allemagne a instauré une TVA sociale de 2 points afin de taxer ses importations et d’améliorer sa compétitivité. Dans les faits, cela équivaut à une dévaluation d’un taux équivalent puisque les prix des importations sont renchéris de 2 %. Elle a donc reporté sur ses concurrents européens les effets de sa politique économique et fiscale. Les Gibbies en ont usé de même en laissant baisser la livre de 20 % et en augmentant leur taux de TVA de 3 points. 

Le modèle allemand implique que tous les pays se mettent à augmenter leurs ressources de compétitivité, y compris en tondant la laine sur le dos de leurs voisins. Economiquement, c’est un non-sens. En effet, dans un système assez fermé (80 % des échanges sont intra-européens), on ne voit pas comment tout le monde pourrait exporter, qui plus est en restreignant la demande intérieure avec des politiques restrictives et déflationnistes (baisse des salaires, des pensions et par voie de conséquence des prix). N’importe quel comptable public sait que les excédents des uns sont les déficits des autres…  Dans ces conditions, la course à la compétitivité entraîne celle au moins-disant à cause de la situation de concurrence sauvage qu’ont mise en place les traités européens et que le pacte de compétitivité aggraverait. 

Mais il y une astuce dans le projet franco-allemand : il demande des harmonisations, par exemple en matière de fiscalité européenne. Ainsi, le taux d’imposition des bénéfices des entreprises (impôt sur les sociétés, IS) serait commun (dans les 25 %). C’est pourquoi, les autres pays européens ont refusé le projet sarkomerkélien : les petits avantages comparatifs (par exemple l’IS à 12,5 % irlandais) des uns et des autres dans le « struggle for life » pourraient être laminés peu à peu. Ils ont bien compris que la nouvelle « entente cordiale » entre Frank et Deutsch Reich impliquait que les deux compères se feraient du gras sur eux. 

 

 

 

La présidence Tsarko ? Une chiure de mouche sur les pages d’histoire

Classé dans : politique — 10 février, 2011 @ 12:03

 

La présidence part en quenouille malgré le roué Tsar-and Co. En dépit de son agitation, de fil en aiguille maintenant rentrée, à base de populisme et de racolage des électeurs du Front national, il n’y peut rien. C’est que le prince est anachronique. En effet, il est un libéral pro-américain et tchatchérien au moment même où ce n’est plus de saison. 

Raskoltignac a été élu sur un programme hyper libéral habilement maquillé derrière un discours tout à la fois gauchisant et super droitier afin de ratisser large. Cela a réussi ; il faut ajouter que son adversaire n’avait pas grand-chose pour séduire l’électorat. Le Mitron, général Boulanger en plus petit, a sucé les mamelles du libéralisme. Pour ce dernier, le politique (souci du bien commun à long terme, de la justice et de la cohésion sociale) n’est qu’une instance secondaire qui passe après l’économie, laquelle doit être justement délivrée de toutes ses entraves par la politique (magouilles au jour le jour des politiciens « élus »). Il s’agit de laisser jouer les « lois naturelles » du marché et de la concurrence qui aboutissent mécaniquement et spontanément au meilleur équilibre possible. Dans ce contexte idéologique, il n’y a pas besoin du politique ni de projet pensé et construit pour améliorer les choses. Il suffit de s’abandonner aux forces du marché en les laissant jouer librement. Il n’y a pas besoin d’encourager la solidarité et la coopération puisque la « main invisible du marché » réglera tout, notamment en assurant la croissance qui permettra d’arrondir la part de gâteau de chacun sans modifier les règles de sa répartition entre les convives du « grand banquet de la nature ». Tant pis si cela promeut la compétition, la « lutte pour la vie », le stress.  Rodotarin, c’est le laissez faire, laissez passer des libéraux et des économistes. C’est le « enrichissez-vous » de Guizot et consorts, notamment en « travaillant plus pour gagner plus ». C’est le devenez propriétaires si cher aux politicards américains, ce qui a déclenché la crise des subprimes et la suite. C’est laisser la bride sur le cou aux financiers, industriels, commerçants, parfois escrocs et de moins en moins poursuivis, tout en augmentant la répression de la petite délinquance en vertu de la loi : plus les inégalités, la précarité, la pauvreté s’accroissent, par suite des conséquences du tout libéral, plus il faut « surveiller et punir » les « classes dangereuses ». 

Dans cette conception du monde et des rapports sociaux, le gouvernement est remplacé par la gouvernance, la loi par le contrat et la convention locale, les libertés par la répression et le soupçon, la régulation sociale par la force et la technocratie, la réglementation par les codes de « déontologie » des affaires ou les chartes de « bonne conduite » ou d’éthique. Cela tombe bien, c’est justement l’idéologie des avocats d’affaires dont Tsarkowitch a sucé le sein dans son cabinet. Ces avocats ne cherchent pas à faire respecter la loi ; tout au contraire leur travail consiste à la contourner, notamment pour faire « de l’optimisation fiscale » pour leurs riches clients. Il ne s’agit pas d’avoir des convictions et de monter un projet ; il faut simplement faire des coups juteux au coup par coup. Il n’y a pas à être cohérent dans une ligne de conduite continue et utile à la société ; il suffit d’attraper les « opportunités » au vol et de surfer sur les circonstances. Il n’y a pas de responsabilité sociale mais une obligation de résultat financier. La loi n’est qu’un instrument manipulable pour faire de bonnes affaires juridiques. Les dégâts du libéralisme ne sont pas à amoindrir mais sont le terreau des affaires car sans affaires il ne saurait exister de cabinets d’affaires. Or il y a d’affaires possibles surtout dans un monde privé et libéral. C’est pourquoi, peut s’y développer une engeance qui ignore tout de la nature du droit. Le président l’a montré avec constance en piétinant ses principes généraux et ses procédures, en s’en servant comme d’un outil circonstanciel en fonction des faits divers inquiétants le bon peuple, en réduisant la magistrature à l’état d’adjuvant (Kronenbourg) de la répression et du pouvoir, en la démolissant aux yeux de l’opinion publique, en lui faisant perdre toute stabilité par la multiplication incohérente des lois pénales. Donnons quelques exemples de la transformation de notre droit en direction du modèle américain : plus de débat contradictoire public avec le plaider coupable, plus d’adaptation du jugement au prévenu et au contexte avec les peines planchers, mise sous tutelle du parquet, rétention sans jugement des individus dangereux ayant purgé leur peine ou des aliénés, augmentation indéfinie des sanctions, multiplication des délits, etc. 

La chose s’accompagne de la très libérale idée que la religion est un moyen de calmer le peuple en lui faisant miroiter un monde meilleur dans l’au-delà, de même que l’appartenance à une communauté de base assure la paix par la surveillance mutuelle de ses membres et la mise en quarantaine des déviants ou supposés tels. Comme l’a dit le sous-pape Nicolas à la suite de Thiers (et bien d’autres) et en plein scandale de pédophilie chez les catholiques : l’instituteur ne vaudra jamais le curé pour éduquer les enfants. Il est vrai que le libéralisme encourage la recherche individuelle du salut et le besoin de compensations pour son triste sort. Tsarko surfe bien sur le regain de religiosité qui a saisi moult contemporains à la vue des méfaits du matérialisme et de l’hédonisme utilitaire du libéralisme actuel. Cela ne durera pas comme le montrent les événements survenus dans le monde Arabe malgré les « barbus ». Certes, le pouvoir peut embastiller beaucoup de monde mais pas tout le monde… il peut tuer beaucoup mais pas tous car alors qui travaillera pour les frelons ? 

La gouvernance libérale consiste à monopoliser toutes les clefs du pouvoir et à faire la chasse aux corps intermédiaires (syndicats, associations, collectivités locales). Le parlement plus que jamais devient une instance-croupion au service de l’exécutif. Toutes les autorités, agences, commissions sont bidonnées par le biais des nominations de leurs membres. Tous les postes de direction sont transformés en préfets aux ordres du pouvoir : ARS, recteurs, dirigeants de ce qui reste du secteur public, télévision publique, hauts magistrats, etc. Ils sont tous nommés en fonction de leur commune idéologie libéralo-capitaliste et leur allégeance à la personne du prince et de ses ministres. Il y a dans les 4 000 postes publics de responsabilité soumis à la discrétion du pouvoir. Ils sont phagocytés par le clan Ben Sarkozi, ce qui assure un envol de frelons prédateurs contre les abeilles productrices du pays, ainsi que l’avait dit Saint-Simon. 

La gouvernance libérale remplace le bon sens et la justice par une approche gestionnaire, comptable, quantitative, statistique (quitte à manipuler les chiffres, leur publication et leur présentation). Ainsi la gestion publique aura-telle la même logique et les mêmes indicateurs que la privée. Parallèlement, il faut réduire et désorganiser les moyens publics afin de les disqualifier et justifier leur transmission au privé soi-disant plus efficace. Il faut ainsi agrandir le territoire du privé afin qu’il trouve de nouveaux espaces d’investissement rentable et de placement de ses énormes excédents de liquidité. Par ailleurs, la notion de conflits d’intérêts est caduque puisque les intérêts privés sont toujours supérieurs à ceux du public et que seule la gouvernance privée, libre de ses mouvements, assure l’optimum socio-économique. Chaque « nominé » peut donc dire que ses propres utilités participent du bien commun. Du reste, l’économie, en univers d’idéologie libérale, n’est pas une affaire de morale mais d’efficacité. 

Derrière le nouveau discours de leader autoproclamé du G 20 et de sauveteur du monde retiré aux griffes de la finance rapace, la casse continue. Le discours ne sert qu’à se poser en défenseur putatif du travailleur, de la veuve, de l’orphelin, des honnêtes gens car pendant ce temps les affaires continuent. Raskoltignac a compris que la pilule de la crise était dure à avaler et il ne cherche que des boucs émissaires et des rustines pour faire croire qu’il domine le sujet. Alors qu’il continue d’adhérer à la source première de la crise à savoir le libéralisme, le tout-marché, le tout-finance, le tout-individualisme atomistique. Il croit toujours à la seule responsabilité individuelle, individualisme hors de propos qui est la constante de l’idéologie libérale. Celle-ci est commode : les « responsables » se font eux-mêmes et méritent ce qu’ils ont obtenu ; les risquophobes, les ratés, les irresponsables ne sont pas victimes d’un système ou des circonstances mais de leur propre inaptitude, qui plus est largement congénitale. 

Pourtant la crise a montré avec éclat que l’individualisme, l’équilibre spontané des « marchés efficients », l’absence de régulation et de contrôle politique sur l’économie et la finance ne marchent pas, ce qui a été démontré il y a longtemps. Mais les libéraux sont comme St-Thomas ; ils ne croient que ce qu’ils voient quand cela détruit leur foi. Là, ils ont vu et cependant ils continuent de croire bien que cela soit devenu un anachronisme. La réalité finira par l’emporter sur les fausses croyances libérales. Alors on verra que le règne d’Olibrius II (le 1er, avec un Y, fut un éphémère empereur romain, fantasque, jean-foutre et fanfaron) était une fiente (d’où le conseiller spécial Guano) de l’histoire de France. 

De toute façon, Rodoraskoltarintignac ne peut pas changer tout seul le système économique mondial, totalement dérégulé, qu’il a contribué à mettre en place sans en prévoir les conséquences. D’ailleurs, vraisemblablement, comme tout avocat d’affaires spécialisé, activiste, réactif, « urgentiste », volontariste, narcissique il ne connait pas grand-chose à la philosophie, au droit, à l’économie, à la sociologie, etc. Il se contente de croire aux écritures libérales dont le Dieu est le veau d’or. Avec une analyse sérieuse de la situation systémique actuelle de l’économie et de la finance mondialisées, il verrait qu’il ne faut pas compter sur les autres pays car ceux-ci, surtout les plus puissants, profitent du désordre international et ne veulent guère réformer le système qu’il faudrait plutôt mettre en l’air. Car un pays capitaliste, notamment quand il y voit son intérêt, ça profite comme les champignons qui pompent leur milieu pour prospérer (les saprophytes, les bien nommés). La France devrait donc, tout en luttant contre le capital et en cherchant peu à peu des alliés, se battre elle-même et retrouver de son indépendance vendue à l’Union Européenne et à l’OMC. Par exemple, elle devrait créer à ses frontières un droit compensatoire des différences de législation : sociale, du travail, de l’environnement, de l’impôt, etc. Cela lui permettrait de retrouver une compétitivité à armes égales avec des concurrents déloyaux ou différant d’elle, à son désavantage, dans tous les domaines. L’Allemagne l’a bien fait en instituant 3 points de TVA sociale, ce qui correspond à taxer les importations et à dévaluer et en jouant sur les faibles coûts des ex-pays de l’EST. Ce qui, cela dit au passage, lui permet de profiter de l’euro fort puisqu’elle achète pour sa propre production (elle fait du montage et appose l’étiquette teutonne ou elle délocalise) dans ces pays hors zone euro des produits dont la valeur exprimée en euros diminue quand celui-ci augmente. 

Ces droits compensatoires sortiraient le pays de la course au moins-disant généralisé qui saborde son industrie et son modèle social. Et ceci n’est qu’une des mesures qu’il faudrait prendre tout de suite pour extirper la France du tonneau des Danaïdes où ses dirigeants politiques, quelle que soit leur obédience, l’ont mise depuis 30 ans avec la libre circulation (seulement européens) des capitaux, des marchandises et produits et des travailleurs dans une concurrence « libre et non faussée » tout azymut. 

Les « hautes » autorités et les grosses commissions

Classé dans : politique — 17 janvier, 2011 @ 12:34

L’affaire du merdiator, supervisé par l’AFSSAPS (ex-agence du médicament), n’a rien de surprenant dans un régime de fausse démocratie knoutocratique. Pour le comprendre, il faut se placer dans le contexte : 

  • Le fait que l’Etat est depuis déjà longtemps subordonné à des structures internationales (OMC, UE, FMI, OCDE, etc.), à des multinationales plus puissantes que bien des Etats et à des « règles » économiques et commerciales mondialisées, le tout sans régulation mondiale. L’Etat national est devenu un nain politique avec la complicité des gouvernants qui ont installé leur propre dépossession de la souveraineté afin de favoriser le capital qui les finance et les enrichit. 

  • En revanche, l’Etat a conservé chez lui son monopole régalien de détention « de la violence légitime » et de production législative. Celle-ci donne aux gouvernants le pouvoir de faire des lois en faveur de leurs copains (notamment fiscales et financières pour la libre circulation des capitaux) et d’autres lois pour réprimer les résistances et les réactions des victimes de « la mondialisation heureuse ». Ensuite, la police et la justice, armées de ces lois de plus en plus répressives, s’en donnent à cœur joie pour faire la chasse aux exclus, aux précaires, aux pauvres mécontents de leur sort. 

  • On a alors assisté à un renforcement interne de l’Etat, à une recentralisation (voir la réforme territoriale de Tsarkowitch et la suppression de la source principale d’autonomie financière des communes, à savoir la taxe professionnelle ; voir la façon dont le « Gross paris » a été négocié et dont il sera mis en place, etc.) de l’administration et à l’emprise d’un président muni de super pouvoirs, à l’instauration de préfets-satrapes, nommés par le pouvoir, dans tous les domaines : autorités régionales de santé, directeurs d’hôpitaux, de lycées, recteurs d’académie, etc. le pouvoir actuel use largement de son droit de nommer des amis aux plus hauts postes de responsabilité : par exemple, les directeurs de chaînes médiatiques publiques, les hauts magistrats, les PDG des entreprises publiques, les membres du conseil économique, social et environnemental, les ambassadeurs, etc. Certes cela se pratiquait avant mais Tsarko a passé la surmulitpliée avec extension de ses pouvoirs et nominations de plus en plus politiciennes. 

Ainsi a été réalisée une doctrine libérale (en économie) teutonne : celle de l’ordo-libéralisme. Vasistas ? : une petite fenêtre de tir consistant à mettre en place un pouvoir politique fort, démocratique en apparence, pour imposer les lois favorables à l’économie sociale de marché » chère aux socio-démocrates tudesques. Cette doctrine justifie l’emprise des gouvernants et autres législateurs sur la société afin de la transformer par la force. Elle conduit à tout centraliser et à faire la chasse aux opposants. 

Ce qui est cependant important pour légitimer ce système, c’est de sauver la légalité démocratique d’un prétendu Etat de droit soucieux des libertés individuelles et du bien public. La limitation des libertés a pu se faire grâce à la « divine surprise » du terrorisme qui, mis à toutes les sauces répressives, permet aujourd’hui de poursuivre en justice n’importe quelle action et n’importe quel résistant. Et cela même préventivement, sans délit sur la base d’une soi-disant dangerosité ou d’intentions. Quant au bien public, il a été assimilé à la croissance et légitimé par lesthéories de « l’efficience des marchés », des bienfaits du libre commerce par la spécialisation dans les « avantages comparatifs », du primat de l’offre sur la demande. Citoyens, ne vous occupez de rien car les forces automatiques du marché réalisent spontanément « le meilleur des mondes possibles ». Cette « panglossie », cette pan-glossolalie a été répandue par les économistes libéraux, les « think tanks », les journaleux, les « organes » (OMC, FMI, etc.), les politicards de tout poil. Elle vient de se casser la figure avec la crise ; eh bien on recommence pourtant sans vergogne tout en faisant semblant de vouloir re-réglementer la finance (via les g 8,  G 20 et super Sarko). 

Mais l’Etat de droit doit être neutre par rapport aux acteurs et aux idéologies puisqu’il doit poursuivre l’intérêt général, au moins en apparence… Alors, en France (et ailleurs mais en France c’est caricatural), le pouvoir a inventé les instances d’expertise et de représentation des acteurs concernés, soi-disant indépendantes de lui. C’est la profusion d’agences (genre AFSSAPS, AFSSET ou agences régionales de santé), de « hautes autorités » (par exemple, la Haute autorité de la santé ou la HALDE), de commissions de « régulation (par exemple la CRE, commission de régulation de l’énergie), de médiateurs (type le futur « défenseur des droits ». 

Ces « organes » présentent de multiples avantages : le pouvoir peut y placer ses amis et les rémunérer avec ces sinécures ; le gouvernement définit la composition de ces machins, les critères d’accès et bien souvent en désigne les membres peu actifs en général. L’exécutif peut faire représenter les forces sociales qui lui conviennent (par exemple la FNSEA et pas la confédération paysanne) et choisir les bons experts (ceux d&signés par l’industrie et les lobbys). Il peut exciper de ce que les décisions prises ne sont pas de son fait mais de celui de la commission indépendante ayant pondu « à dire d’expert ». C’est ce qui explique que les « régulés » finissent par capter le régulateur au point de lui faire avaler de grosses couleuvres en toute indépendance putative du pouvoir. 

En effet, ces machins sont largement financés par les régulés (taxes, subventions, commandes d’études ou de contrôles) comme le montre clairement le cas de l’AFSSAPS qui doit presque tous ses moyens aux laboratoires pharmaceutiques. Même ainsi, l’organe n’a guère de moyens propres ; il doit faire appel à des experts externes qui très souvent ont des liens d’intérêt avec les régulés. Ils sont donc souvent dans une situation de conflit d’intérêt à l’instar des agences de notation US qui sont payées par les banques pour construire leurs produits financiers foireux et aussi ensuite pour les évaluer en vue de leur mise sur la marché (ce n’est pas l’acheteur des produits notamment « structurés » qui paye le notateur pour savoir les risques qu’il prend !). Faute de moyens indépendants, le prétendu régulateur se contente souvent de prendre clé en main des études bidonnées par le régulé. 

Dans le cas du loup-Servier, des sommets ont été atteints sans qu’Oeil-de-lynx 1er voie des inconvénients à son élévation au rang de grand officier de la légion d’honneur. Ce labo a utilisé les grands moyens : VRP (ex-visiteurs médicaux) sous forme d’accortes jeunes femmes (pas de jeunes hommes car la maison est homophobe) ; subventions aux chercheurs, publicités dans les journaux médicaux, édition de publications ou bouquins amis, financement de congrès, colloques, voyages d’étude dans des lieux paradisiaques, embauche d’ex-politicards de droite ou de gauche, envoi de propositions de lois clé en main aux députés amis (il y a en proportion et en chiffre absolu beaucoup de médecins au parlement…), placement de pions dans les instances gouvernementales, lobbying, menaces contre les auteurs de rapports défavorables, disqualification des opposants, rapports bidonnés, études camouflées, recrutement filtré par des ex de la police et des RG (pas de gays, d’athées, d’ex- gauchistes, de moricauds), etc. Quel palmarès ! 

Et maintenant on tire sur l’ambulance Ben Ali après, seulement après, qu’il s’est enfui et en l’ayant soutenu pendant des lustres. Avec ce que l’on vient de voir, est-on si sûr que le régime Ben Lusconi ou Ben Sarkosi soit bien un parangon de démocratie ? 

Tsark-ouille (aïe aïe), fripouille ?

Classé dans : politique — 30 décembre, 2010 @ 11:39

 

La question reste posée bien qu’il n’y ait aucune preuve. Et pour cause puisque notre petit Prince détient les clefs de la magistrature et d’un bonne partie des médias. Il n’empêche que des bruits et des éléments d’information le concernent. Attention, il faut être prudent et distinguer entre être concerné et être impliqué. C’est la blague des œufs au bacon : dans ceux-ci, la poule est concernée et le cochon impliqué. Je vais donc me contenter de recenser les différentes affaires dans lesquelles notre personnage apparait. 

Nous avons les travaux à prix d’ami effectués dans son ex-logement de Neuilly par une entreprise qui bénéficiait des permis de construire délivrés par la mairie. Un quidam a porté plainte mais il été renvoyé à ses chères études par le procureur Courroye (de transmission) nommé à Nanterre par qui vous savez malgré l’opposition du conseil supérieur de la magistrature. L’affaire a donc disparu sans être jugée. On sait aussi que les banquiers suisses prétendent que Tsark-ouille, alors avocat d’affaires, exportait des valises de billets pour le compte du tennisman Henri Leconte. Il est vrai que le président a eu l’audace d’attaquer la banque suisse et son secret bancaire. 

Il y a l’affaire des sous-marins de Karachi et de l’attentat contre les employés de la DCN pour cause supposée de non-versement des commissions promises aux Pakistanais impliqués dans le contrat passé en 1994, Ballamou étant prime minister et Tsarko ministre du budget. On a de forts relents de rétro-commissions pour financer la campagne présidentielle dudit Ballamou en 1995, Tsarko étant alors son porte-parole attitré. Quand Raskoltignac était ministre du budget, d’étranges sociétés avaient été montées au Luxembourg  (Heine, par exemple) pour payer les commissions et faire sans doute transiter les rétros. Un certain Boi(pot de)vin, ex-cadre à la DCN, chargé des commissions et des boîtes aux lettres pour les acheminer, aurait tenté de faire chanter Rikiki 1er pour 8 millions d’euros ; las, pas de preuves. Pour Fiscard Déteint, c’était le carat chic de Bokassa, pour Gnafron 1er, c’est du Karachi dans la colle. 

On vient d’annoncer le 29 décembre (Wikileaks, d’après un haut fonctionnaire de la banque de l’Afrique de l’Ouest CEDEAO après la mort d’Omar Bongo), que le dictateur du  Gabon aurait détourné 30 millions d’euros pour financer essentiellement le RPR puis l’UMP. Avec la Côte d’ivoire, c’est donc Gabon Banania à moins que ce soit défense d’y voir. 

On a eu droit aux péripéties de l’affaire Woerth-Bettencourt-De Maistre de laquelle suinte un filet de financement illicite des partis politiques RPR/UMP avec remise de décorations et parfum de conflit d’intérêt. L’affaire a été dépaysée à Bordeaux et saucissonnée en 4 ou 5 instructions, ce qui laisse à penser que si par hasard des parties cachées de l’iceberg remontent à la surface ce sera après les élections de 2012. 

Œil-de lynx 1er, sans doute pas au courant des manigances du loup-Servier pour fourguer son merdiator à un taux de 65 % de remboursement par la sécu, a décoré le vénérable patron du laboratoire de la grand croix d’officier de la légion d’honneur. Il est vrai que notre avocat d’affaires avait bien défendu dans son cabinet (c’est le mot adapté) les intérêts de ce monsieur très méritant et habitant Neuilly avec son labo. 

Suite au prochain numéro de la vie paisible d’une république putativement irréprochable. 

Environnement et économie

Classé dans : politique — 28 décembre, 2010 @ 11:34

 

Plusieurs événements récents laissent à penser que la défense de l’environnement et la lutte contre le réchauffement de la planète bleue, d’un côté, et l’économie et la finance, de l’autre, ne font pas bon ménage. Nous eûmes le « l’environnement, ça commence à bien faire » exprimé dans le langage de Gnafron 1er au salon de l’agriculture 2010, l’échec de la conférence de Copenhague, les très maigres réalisations de celle de Cancun (une aide de 100 milliards de dollars aux PVD pour adopter des technologies propres et ne pas déboiser). La France vient de saper aussi le photovoltaïque en réduisant brutalement les avantages des investisseurs. Hongre 1er a aussi fait siffler la fin de la récré pour la taxe carbone dont le montant était pourtant ridicule et dont avaient été exonérés les gros pollueurs (routiers, industries, agriculteurs, pêcheurs ; ce qui a fait que le conseil constitutionnel a censuré le projet). Ce qui a été négocié jusqu’à présent par les gouvernements, alors que l’alarme a été donnée dès 1970, n’est pas du tout à la hauteur des prévisions du GIEC, même les plus optimistes. Le réchauffement de la terre dépassera donc largement les 2 degrés admissibles au maximum (et même 1,5 maintenant que l’on a pris beaucoup de retard), ce qui conduira à des catastrophes écologiques en tout genre, surtout, comme par hasard, pour les pays les plus pauvres. 

Pourtant, les gouvernements et les industriels nous promettent monts et merveilles pour la « croissance verte » à base de technologies nouvelles, économes, propres, durables, créatrices d’emplois. Le hic, c’est qu’elles coûtent plus chers à court terme, ce qui est cependant imposé car il faut absolument diminuer les émissions de gaz à effet de serre au plus tard en 2015. L’os, c’est qu’il est impossible de se passer des énergies fossiles et des structures en place (par exemple pour les transports ou l’isolation des logements) d’un seul coup dans le temps même où il faut drastiquement investir dans le renouvelable et les économies d’énergie. En fait il faudrait tout de suite remplacer la sacro-sainte croissance productiviste et au moindre coût par le développement d’un autre type de société assurant démocratiquement la satisfaction des besoins de tous. C’est là que l’on peut commencer de comprendre pourquoi le monde poursuit sa lancée suicidaire. 

En effet le capitalo-libéralisme est fondé sur l’accumulation de produits en vue, non pas de leur valeur d’usage, de leur utilité en rapport à des besoins, mais pour le profit : plus on produit et plus on vend, plus il y a transformation des marchandises en capital-argent. Ce mode de production, qui implique la propriété privée des moyens de production pour la monopolisation des profits et rentes, a pour conséquence la course au gigantisme. En effet, plus les boîtes sont grosses, plus elles monopolisent les marchés et plus elles font d’économies d’échelle ; ce mécanisme est facilité par le fait que les moyens actuels de production sont si productifs que pour les rentabiliser il faut vendre en très grandes quantités sur le plus grand territoire possible. Et pour vendre partout, il faut être « compétitif », donc serrer les coûts (notamment de main d’œuvre)  au maximum. Il s’ensuit que par une logique automatique, le capitaliste va chercher les endroits où tout revient moins cher par le moins-disant dans tous les domaines (environnemental, social, fiscal, de la santé, de la protection contre les nuisances et produits dangereux, etc.) ; c’est ce qui explique la délocalisation de la production et l’importation de produits low cost

Le seul critère de décision des capitalistes est celui du rapport efficacité/coût, rapport biaisé par le fait que dans les dépenses ou les charges, les dégâts en tout genre (mines, industries polluantes, dioxyde de carbone, etc. ; comme dans le PIB où rien n’est pris en compte non plus comme externalités négatives) ne sont pas comptés : c’est la société, ensuite, qui paye les nuisances générales produites par les capitalistes. On voit au passage que la production capitaliste suppose de puissantes structures centralisées et totalitaires pour imposer aux peuples bien des exactions : énormes latifundia avec des terres volées aux populations, déforestation au profit de grands trusts forestiers internationaux, mines polluantes et exploitées en virant les voisins indigènes, immenses barrages avec expulsion sans indemnité des premiers occupants, pêche avec des filets de 20 km raclant le fond des mers et détruisant les fonds marins et la pêche artisanale, etc. Les firmes capitalistes ont donc besoin de l’appui de gouvernements compradores et corrompus pour procéder à ces expropriations et faire taire les victimes. En clair, le productivisme accumulateur pour le profit par la vente implique l’absence de  démocratie réelle. 

Ce régime de croissance quantitative, privative, spoliatrice, gaspilleuse,  antidémocratique est évidemment soutenu par tous les acteurs sociaux qui en profitent et dont la liste est facile à faire : il suffit de recenser tous ceux qui ont un intérêt pécuniaire au maintien du système. Ce sont les propriétaires des terres ou du sous-sol, les industriels notamment de l’agro-alimentaire, les hypermarchés et autres distributeurs, les assureurs, les banquiers, les journaleux stipendiés au libéralisme et chantres de « la société du risque », les syndicats « réformistes » ou non parfaitement institutionnalisés dans la protection du régime d’accumulation capitaliste et, évidemment, les gouvernants et autres « députains ». Le leitmotiv de ces puissants rentiers du système est « il faut préserver la compétitivité du pays dans la concurrence internationale ». Ne demandez pas qui a mis en place ladite concurrence comme ressort de l’accumulation au meilleur prix pour dégager le plus d’argent possible ; ce sont eux. En fait, ce bon discours cache que le but réel est de maximiser les profits en profitant au maximum des effets de rente (pétrolière, nucléaire, pharmaceutique par les brevets même périmés car maintenus par adjonction de poudre de perlimpinpin, etc.), de la baisse des coûts dans la course au moins-disant, par la perception de subventions en tout genre ou des exonérations de charges sociales et d’impôts, par la baisse de la part du salariat dans le revenu national, etc. Comme il n’y a que la rationalité efficacité/coût qui compte dans la logique des décideurs, il en découle que les solutions classiques (le tout- pétrole, le tout-énergies fossiles, les multinationales bien connues et supposées sans risque, etc.) sont privilégiées : elles sont sûres et rentables. C’est pourquoi, on n’investit que lorsque l’ancienne solution est moins rentable qu’une nouvelle ou que ladite nouvelle devient rentable compte tenu de la hausse du prix de la classique : exemples, les catastrophiques schistes bitumineux (ou les gaz de schiste que certains lorgnent déjà dans le Massif Central) ou les forages pétroliers offshore et de plus en plus profonds (voir la catastrophe causée par BP dans le golfe du Mexique). Et c’est la spécialité des banques que de ne prêter qu’aux riches, aux bien établis, aux rentables et non aux PME. C’est ce qui explique que les grandes banques soient les structures les plus polluantes car elles financent les industries les plus chargées en nuisance. 

Et bien que le productivisme émane d’un système, on culpabilise les gens individuellement en leur disant que leur voiture, leur éclairage, leurs déchets, etc. polluent, tout en les incitant à acheter des cerises du Chili en hiver, voire des 4/4. Le bon couillon se plie à ces injonctions relayées par les médias en oubliant que, en fait, c’est son argent déposé en banque (il y est forcé par le système) qui pollue le plus et de très loin. Car, comme on l’a déjà vu, ce sont les banques qui encouragent l’accumulation polluante en la finançant. Par ailleurs, les banquiers, via leur réseau de « conseillers clientèle » (en fait des commerciaux chargés de placer les produits rentables pour les financiers et non pas les clients), incitent leurs usagers à placer leur pognon dans les activités destructrices de la nature. C’est pourquoi les banques ne proposent guère les investissements socialement responsables (ISR) qui ne représentent en France que 2 % des placements. On préfère, par exemple, l’agro-business des carburants agricoles (éthanol de maïs ou de canne à sucre) qui devient rentables à cause des prix grimpants du pétrole et qui ont l’avantage de ne pas forcer à modifier les moteurs ni ne réseau de distribution de carburant. On aime aussi beaucoup la peu coûteuse huile de palme, que l’on met à peu près dans tout et pour laquelle on zigouille les forêts d’Indonésie ou des Philippines. Les banques fiancent des barrages destructeurs de l’environnement et des populations locales, des achats de terre vendues aux gouvernements corrompus, des mines et activités dangereuses, etc. 

Cependant les industriels et les banques commencent de redouter l’intervention des ONG et des associations de consommateurs. Alors, elles font installer des labels écologiques (en général autoproclamés) et font de la communication pour rendre publics leurs maigres, très maigres, investissements pour la défense de l’environnement. Par exemple Total a investi dans les 400 millions d’euros pour la bonne cause alors que ses bénefs sont de 12 milliards en 2009. Bien mieux, le capitalisme cherche à tirer profit de la crise environnementale. Au lieu de réglementations imposées et strictes pour diminuer les émissions nocives, il a inventé, grâce aux gouvernements, les « droits à polluer » (ou droits d’émission) vendables sur le marché du même nom, de même que le droit de dépasser son quota d’émission en investissant dans des pays où on est loin de le faire, ce qui est censé compenser. On observe alors qu’il est beaucoup moins coûteux, par exemple, de planter une forêt dans ces pays (pour faire « des puits de carbone »), d’investir à l’étranger peu développé que dans les pays très développés. Et, cela n’a pas loupé, le marché des droits d’émission est devenu un nouvel espace de spéculation. 

Ce système n’est pas réformable ; il faut sans cesse par des innovations, des expérimentations lui opposer des structures offrant un régime de développement démocratique, local, décentralisé, axé sur d’autres valeurs comme le partage, la solidarité, la participation, la qualité des produits, leur durabilité à long terme, la possibilité de les échanger dans des relation sociales de proximité et de coopération. C’est précisément ce que les puissants actuels ne veulent pas : les politicards ne veulent pas de la décentralisation et de la démocratie authentique ; les industriels et les financiers veulent continuer le libre-échange mondialisé et la concentration des moyens de production. Il y a de l’espoir car des structures porteuses de cette autre logique existent déjà (mutuelles, coopératives, associations de consommateurs ou autres, ONG, AMAP, agriculture bio. Sels, confédération paysanne, déclencheurs d’alertes, etc.). Malheureusement il faut craindre que le temps ne soit trop compté pour que la planète puisse être sauvée. 

 

 

Le libéralisme totalitaire

Classé dans : politique — 20 décembre, 2010 @ 12:21

Depuis 1989, date de l’effondrement du communisme comme mode de production et système social et, par voie de conséquence, de son idéologie, le libéralisme est présenté comme le seul régime sociopolitique et économique valable. Francis Fukuyama a même parlé de « fin de l’histoire ». Cet auteur est hégélien (et marxiste sans le savoir) : la suite des contradictions par la « négation de la négation » conduit au « savoir absolu » et effectivement à la fin de l’histoire puisque le cycle des contradictions dynamiques du sociétal s’achève avec le triomphe du savoir, c’est-à-dire de la technocratie. C’est ce qui fait que Hegel voyant Napoléon à Iéna ait dit qu’il avait vu la rationalité à cheval. 

Je vais montrer que le néolibéralisme (et le vieux libéralisme) fonctionne à la fois comme une religion et est en quelque sorte un copié-collé du communisme. La religion chrétienne (et les autres) affiche un Dieu, un dogme, un prophète, un espoir dans le futur pour les croyants, des « sachants » pour guider les pécheurs. Le Dieu communiste est le progrès ; celui-ci est imparable, inéluctable, automatique. Il est la croissance indéfinie des « forces productives » ; il est la maîtrise de la nature par la science. Ce qui signifie que les acteurs sociaux n’y peuvent rien (l’histoire n’a pas de sujet ; les contradictions menant au nirvana sont mécaniques et structurelles) et, donc, que « l’avenir est radieux » ; croire aujourd’hui, c’est penser qu’il y a  de l’espoir pour les générations futures auxquelles les présentes doivent se sacrifier. Le dogme est celui de l’évolution automatique vers la société sans classes, pacifiée, transparente à elle-même au nom du « sens de l’histoire » que le « marxisme scientifique » a découvert dans la mécanique des contradictions du capitalisme et de la société bourgeoise. Le prophète est évidemment Karl Marx en personne, ce gourou que les masses ouvrières communistes adorèrent parce qu’il leur avait donné l’espoir de devenir la classe princeps de l’histoire, celle dont la libération amènerait la fin du cycle des exploitations et de l’aliénation. Il y avait aussi des prêtres, des ayatollahs de la science marxiste, tels Lénine, Trostki, Staline et toute l’intelligentsia communiste stipendiée par le pouvoir, chargée de convertir le peuple via le « viol des foules par la propagande politique ». 

Le libéralisme fonctionne de la même manière. Son Dieu est l’argent, Mammon, le veau d’or,  le capital. Son dogme est « l’efficience des marchés » qui conduit à des équilibres automatiques et les meilleurs atteignables « dans le meilleur des mondes possibles » pourvu que la « concurrence soit libre et non faussée », notamment par des lois qui protégeraient le salariat, pourvu que la rationalité coûts/efficacité des entrepreneurs individuels puissent être libre de faire les meilleurs choix d’investissement ou de placement rentable. Ce dogme implique lui aussi une absence de sujet libre ayant des projets car c’est le marché qui gouverne automatiquement tous les comportements, la seule liberté des acteurs étant de s’y conformer. Le libéralisme a aussi son espérance : si on laisse agir les « forces du marché » (la concurrence, la spécialisation, la recherche des économises d’échelle par la concentration, le libre-échange qui permet d’acheter au meilleur rapport qualité/ prix sur toute la planète, la « responsabilité » des innovateurs, etc.), alors dans le futur la croissance économique fera que tout le monde pourra participer au « banquet de la nature ». Attendez, couillons de prolos licenciés pour cause de manque de rentabilité financière ; c’est pour votre bien car un jour vous profiterez d’un monde meilleur sur terre. L’avenir sera radieux … à long terme (mais comme disait Keynes, « à long terme, nous serons tous morts »). Le malheur est que « sur terre », on peut vérifier alors qu’au ciel des religions personne ne le peut. C’est ce qui a aussi tué « le socialisme dans un seul pays » : après 70 ans de communisme, le paradis su terre ne se voyait pas. Cela aurait dû tuer le libéralisme avec la crise éclatée en 2008 : l’efficience des marchés spontanément équilibrés a été démentie par les faits. A moins qu’il ne s’agisse que d’un purgatoire plein d’indulgences pour les riches et de maux pour les pauvres ; cependant le bout du tunnel, à savoir le paradis, est toujours possible malgré la transition dudit purgatoire. C’est un progrès : avec le communisme, on a eu l’enfer directement. 

Le libéralisme a son prophète, Adam Smith, et ses gourous comme Hayek, Friedman, etc. il a ses ayatollahs avec les économistes de l’équilibre général et de la théorie de l’offre ; il a ses propagandistes avec les « think tanks » (en France, par exemple « le Siècle qui vient de récupérer Mme Notat, ex-secrétaire générale de la CFDT). 

Donc, communisme et libéralisme c’est du pareil au même. Objection, rétorquent les libéraux : le communisme a entraîné la disparition de la liberté. Ben voyons ! ; est-il si sûr que le libéralisme soit si libertaire ? Ben, non. D’abord il faudrait distinguer entre la liberté réelle d’agir, ce qui suppose des moyens, du pouvoir effectif, et la liberté théorique, celle du droit bourgeois, celle des droits de (à se loger, à manger, à travailler…) au lieu des droits à. Et quelle est la nature de la liberté libérale ? Celle d’élire périodiquement « ses charlatans » (Proudhon) qui vont pondre les lois ad hoc pour favoriser leurs puissants copains, banquiers et industriels ou autres profiteurs ? Celle de consommer de la malbouffe, des gadgets, des choses inutiles, des trucs pour épater les voisins et faire de la « distinction » sociale ? Celle de spéculer au détriment des autres ? Et la liberté pour qui ? Pour tous ou seulement pour les puissants et les riches ? Bref, la liberté libérale n’est que le cache-sexe du pouvoir des puissants d’exploiter les autres, comme le pratiquait d’ailleurs la nomenklatura bureaucratique au temps des soviets. 

Cette convergence entre les deux écoles est en fait une conséquence de ce qu’elles partagent les mêmes prémisses apparues avec les « Lumières » : le progrès, la rationalité, la maîtrise de la nature, l’utilitarisme, le scientisme, l’évolutionnisme, l’eudémonisme, le culte du gouvernement contre la société civile autogérée. Les différences sont que le socialisme collectiviste est bien plus brutal et le libéralisme plus ouvert. Cependant, le communisme affiche la couleur alors que son concurrent idéologique et pratique joue la danse des sept voiles ; en d’autres termes, il est beaucoup plus rusé et trompeur. Les Cocos, de plus, ont nettement établi la ligne de démarcation entre les dirigeants et les dirigés. Les libéraux ont su faire croire que la liberté existait en s’appuyant sur la base très large des consommateurs. C’est une pure illusion de pouvoir maîtriser son destin et de conserver sa liberté. L’expression « le libéralisme totalitaire » n’est donc pas un oxymore : c’est la réalité observable. 

Les magouilles des « autorités » pour camoufler le développement de la crise

Classé dans : Non classé — 20 décembre, 2010 @ 12:19

L’UE et le FMI viennent d’annoncer une aide de 85 milliards d’euros (sous forme de prêts à 5,8 %  au lieu des 9 exigés par le marché monétaire international des obligations d’Etat !) pour l’Irlande au bord de la faillite parce qu’elle a sauvé ses banques privées en les nationalisant quasiment. L’aide a été prévue avec la création du fonds de stabilisation financière de l’UE, doté d’une possibilité de tirage de 750 milliards (440 du fonds, 60 d’urgence et 250 du FMI) pour les pays en difficulté : Espagne, Grèce, Portugal, Irlande, voire d’autres pays comme la G-B ou la France. Il faut savoir que l’Irlande a déjà renfloué ses banques en perdition à hauteur de 50 milliards, ce qui a fait passer le déficit du pays à 32 % du PIB. C’est pourquoi en contrepartie de l’aide ce pauvre pays va devoir exécuter un plan drastique de restrictions de la dépense publique de 15 milliards d’ici 2014 (moins 25 000 fonctionnaires, moins 10 % sur les salaires et pensions, TVA à 23 au lieu de 21, ponctions sur les aides sociales, etc.). Ce qui n’est pas dit par nos gouvernants, c’est que l’aide va surtout profiter aux banques européennes (allemandes, britanniques et françaises) très impliquées dans des prêts à l’Irlande (publics et privés ; mais aussi en Espagne, au Portugal, en Italie, en Grèce, etc.) et qui, en cas da faillite, seraient elles-mêmes percutées violemment. Là encore, le but réel de la manip est de sauver les banques privées encore une fois. Ce qu’il y a d’amusant c’est que l’Irlande va payer à l’UE 5,8 % de taux d’intérêt alors que les Fridolins empruntent à 2,6 et les Françaouis à 3,1. On aide donc l’Eire en faisant du bénéf… il faut aussi dire que la spéculation sur les marchés obligataires internationaux a été déclenchée par une initiative fridoline : les créanciers devraient accepter une restructuration des dettes publiques, c’est-à-dire un rééchelonnement et des pertes de créances. La crise de l’euro provient cependant du fait que c’est une monnaie sans Etat et qu’il n’y a aucune coordination économique et financière entre les membres de l’Euro-group. Les spéculateurs (dont les banques renflouées) jouent sur la différence des taux d’intérêt imposé aux pays en fonction de leur note donnée par les fameuses agences de notation US. Ils espèrent aussi faire des plus-values en jouant à la baisse de valeur des dettes passées (un nouvel emprunt avec un intérêt plus élevé fait automatiquement baisser la valeur des anciens car ils rapportent moins et sont suspects de défaillance). Là où on rigole jaune, c’est que s’il faut 85 milliards pour sauver l’Irlande il en faudra au moins 500 pour l’Espagne. Et la France avec ses 160 milliards de déficit en 2010 et sa dette montée à 1670 fin 2010  pour 2000 milliards de PIB ? L’Italie est aussi dans le collimateur des marchés financiers mais sa dette publique est essentiellement détenue par ses nationaux alors que la  grande France ne le fait qu’à 30 % (donc 70 % de sa dette sont détenus par l’étranger…) 

Les marchés financiers surveillent les déficits et la capacité de faire face aux dettes publiques ou privées, sachant par exemple que la dette publique irlandaise est venue de la transformation des dettes privées (liées à la spéculation immobilière facilitée par le fait que grâce à l’euro l’Irlande empruntait à un taux d’intérêt bien plus faible que si elle avait gardé sa monnaie) en publiques. Il faut noter que les déficits publics, par exemple en France, proviennent pour une très large part de l’énorme diminution des impôts pour les riches (72 milliards de niches fiscales) et  pour les entreprises (celles-ci ont 172 milliards de niches fiscales et sociales par exonérations d’impôts ou de cotisations sociales !). Bien entendu, ils ont été aussi aggravés par la crise et par le développement des besoins sociaux (santé, vieillesse, chômage, etc.). Bref, les marchés savent que des pays comme la France vivent à crédit et sifflent la fin de la récréation en  doutant de s capacité à payer ses dettes. Pour ce faire, Tsarkozy serre la ceinture des pauvres et des classes moyennes, mais encore très modérément. Sans doute joue-t-il la montre en vue des présidentielles de 2012 ; si tout ne se casse pas la gueule d’ici là. C’est bien parti pour : M. Trichet (nom prédestiné) vient de demander une grosse rallonge pour acheter des emprunts des Etats membres de l’UE, le plan de stabilisation financière de mai 2010 (750 milliards dont 500 pour l’UE) pouvant être insuffisant face aux attaques spéculatives et à la récession prévisible due aux plans de rigueur ici et là. 

Comment l’Eire en est-elle arrivée là ?  Elle encaissait des aides plus que substantielles de l’UE tout en jouant solo, notamment avec son taux d’imposition des bénéfices des sociétés à 12,5 % contre une moyenne de 27 en Europe. Malgré la demande de la France et de l’Allemagne, elle le conserve puisque l’aide consentie ne l’oblige pas à s’aligner. Ce taux lui a permis d’attirer des tas de sièges sociaux (surtout) et d’entreprises trop heureuses de disposer d’un paradis fiscal officiel. En outre, grâce aux banques européennes et à l’UE le crédit à bas coût (celui mérité par l’euro dans les agences de notation, note AAA, amis associés de l’andouillette) a permis une spéculation immobilière exponentielle. Avec ces deux mamelles, l’Irlande qui ne produit quasiment rien d’exportable, à la différence d’autres petits pays comme les Pays-bas, vivait sur un grand pied et était devenue le pays le plus riche d’Europe après le Luxembourg ! Il est à noter que le samedi 20 novembre le 1er sinistre d’Irlande déclarait que son pays pouvait faire face malgré un taux d’intérêt de ses emprunts étatiques à 9 % (2,6 pour l’Allemagne, 3,1 pour la France, 5,6 pour l’Espagne) pour ses emprunts et dimanche 24 demandait l’aide européenne ! Même scénario au Portugal qui s’estime en mesure de maîtriser sa situation. Parallèlement, l’euro descend à 1,33 dollars (fin novembre)  et joue au yoyo et les bourses chutent car plus les autorités entonnent le grand air de « tout va très bien Mme la marquise » plus les marchés voient là un aveu de faiblesse car si tout allait bien l’Europe n’aurait pas besoin de crier le contraire sur tous les toits. Notons que les 12,5 % sont un taux nominal d’imposition, pas le taux réel dont on doit rappeler qu’en France il est de 8 % pour les entreprises du CAC 40, spécialistes des paradis fiscaux et de l’évasion fiscale. Si le taux nominal de l’Irlande est effectivement appliqué, alors la France est un pays moins-disant … 

Les pays européens les plus touchés par la crise sont ceux qui ne produisent pas grand-chose sauf de la spéculation immobilière et financière. Car il faut le répéter sans cesse : seule la production, les services associés qui la permettent et les services vendables ou exportables (brevets, ingénierie, logiciels, armes [eh oui], etc.) fournissent une valeur ajoutée et un revenu « primaire » qui finance le reste en second : impôts, loisirs, protection sociale, services à la personne, commerces, activités bancaires et intérêts, assurances, rentes diverses, etc. L’immobilier ne s’exporte pas et a été construit à crédit notamment en Espagne ; il est pourtant compté dans le PIB et même pas pour sa valeur réelle ou coût de construction mais pour sa valeur gonflée par la spéculation effrénée. Cela vient du mode de construction de l’euro qui a mis sur le même plan de taux d’intérêts faibles pour la zone des pays dont la productivité et les exportations n’avaient rien de commun. Au grand bénéfice des Doryphores et, momentanément, de la spéculation immobilière fondée sur cette faiblesse des taux pour les pays les moins productifs comme l’Espagne et l’Irlande ou les moins sérieux comme la Grèce. Sans oublier la France qui vit à crédit depuis 30 ans. 

L’Irlande, ou plutôt le peuple irlandais de 4,5 millions d’habitants avec un taux de chômage de déjà 14 % va être soumis à un régime hyper sévère ; transposé en France, ce dernier amènerait à un emprunt de 1 000 milliards, à une TVA à 22 % et à la suppression de 2 millions de  postes de fonctionnaires … Gnafron 1er , pourtant, prétend ne pas augmenter les impôts et se contente de rustines annoncées malgré une dette passée à 1650 milliards, soit 85 % du PIB en 2010. Le Portugal subit le même sort que l’Irlande, de même que l’Espagne. La G-B a annoncé un plan de réduction des déficits de 100 milliards de livres (125 en euros), notamment avec le doublement des frais d’inscription à l’université et l’obligation des chômeurs de faire 30 heures de travaux pour les collectivités locales. Et seule la France est encore dans le « light ». Cela ne tiendra pas jusqu’aux élections de 2012 comme l’espère Sarkozescu. 

Le malheur est que ces restrictions massives, exigées par l’Allemagne, la BCE et le FMI, conduisent à la récession par suite de la réduction de la consommation des peuples concernés. Les pays auront ensuite encore plus de mal à réduire leurs déficits puisque les recettes fiscales, bien qu’augmentées en taux d’imposition, vont diminuer. CQFD. 

Par ailleurs, la spéculation financière, les bonus, les stock-options ont repris de plus belle après les injections massives de fonds pour renflouer les banques. On peut attendre un autre krach d’autant plus que les actifs toxiques antérieurs sont loin d’être apurés. Rappelons qu’il y avait pour 600 000 milliards de dollars de produits dérivés en tout genre, soit 10 fois le PIB mondial, somme astronomique montrant bien que la finance est une pyramide de valeurs imaginaires reposant sur la maigre pointe d’actifs réels comme les maisons ou les voitures en tant que gages d’un prêt initial. 

Comme les différentes séances du G 20 n’ont pas produit grand-chose contre les hedge funds, les LBO, les marchés à découvert et de gré à gré, les paradis fiscaux, les produits dérivés, etc. M. Tsarkozy aura bien du mal à y parvenir. En attendant les performances de notre génie national, devenu président dudit G 20, la crise continue… Notamment, les pays se mettent maintenant à jouer sur le taux de change de leur monnaie afin de la dévaluer pour être plus compétitifs par les prix. En même temps, on avance masqué vers un retour au protectionnisme. Enfin, bien que l’UE ait consacré 4589 milliards depuis 2008 à renflouer ses banques, dont 1 106 en 2009, le marasme perdure et les marchés financiers ne se calment pas. 

L’imProglio ou peau d’âne de Buridan entre picotin d’électricité et seau d’eau

Classé dans : Non classé — 25 novembre, 2010 @ 12:08

C’est un grand plaisir de voir comment les médias se sont précipités sur l’affaire de la double casquette et de la double rémunération du sieur Proglio, nouveau PDG d’EDF ; on dirait une meute affamée se battant pour un os à ronger, faute d’autres informations et d’analyses importantes à faire partager à leurs lecteurs ou auditeurs. Las, le soufflé va retomber car l’impétrant a, « sans état d’âme »,  renoncé, après un coup de fil de l’Olympe élyséen,  à ses 450 000 euros par an en tant que président non exécutif de Veolia où il consacrerait « un peu de temps tout en étant à 100 % à EDF », dixit Mme Lagarde-Michu au Sénat. Comme d’habitude, c’est un faux problème agité pour faire oublier l’essentiel.

Les journaleux et les politicards les plus remontés ou audacieux en ont profité pour nous chanter un couplet sur le mérite des grands patrons qui créent des emplois en sauvant l’industrie ; Proglio, du reste ne venant qu’au 17ème rang des rémunérations des managers du CAC 40 ; par ailleurs, s’ils n’étaient pas payés comme ailleurs, ces patriotes partiraient à l’étranger, ces fines mouches préférant les tartines les plus mielleuses au vinaigre, fût-il de Xérés. Bon, Proglio perd momentanément 450 000 euros ; gageons qu’on trouvera une autre combine pour le récompenser de ses immenses mérites (ça ne manque pas : stock-options, parachute doré, primes exceptionnelles revolving, golden hello, retraite chapeau [effectivement, chapeau pour Proglio avec ses 13 millions provisionnés par Veolia et pré-visionnés par lui ; enfin quelqu’un qui connaît le montant de sa future pension], etc.). Soyons sûrs que l’on trouvera aisément des « pros » pro-Proglio pour justifier la chose.

Nos fins analystes ne nous disent pas que cette course à l’avidité des super manageurs est liée aux mécanismes du capitalisme libéralo-capitaliste installé depuis 30 ans à grands coups de réglementation et de législation décidées par les politiciens socialos ou libéraux pour déréguler la finance nationale au profit de la mondiale où les capitaux circulent librement au nom de « la concurrence libre et non faussée ». Dans ce cadre, les grands patrons sont logiquement payés pour « créer de la valeur pour l’actionnaire », souvent constitué de fonds de pension par capitalisation. Si le salarié de Carpentras est pressuré à mort, c’est pour servir les pensions des veuves de Miami et de Californie. S’ils délocalisent ou achètent en Chine, ce qui détruit l’emploi industriel dans leur pays, c’est pour encaisser la différence de coûts entre les prix de revient dans ce pays sans protection d’aucune sorte et ceux des travailleurs des pays développés, tout en diminuant un peu les prix afin que le pouvoir d’achat ne s’écroule pas de trop et que leurs productions soient achetées. Cela dit en glissant au passage sur les moult manipulations utilisées pour gonfler la valeur des actions sur les marchés boursiers : comptabilité truquée (facile avec les nouvelles normes comptables pondues par une association, privée, de comptables anglo-saxons), rachat de ses propres titres par l‘emprunt (ça fait augmenter le dividende servi aux actions restantes, donc monter leur valeur), achat d’autres boîtes avec ses propres actions surévaluée afin de se concentrer, connivence avec les agences de notation, délits d’initiés, prix de transfert entre filiales, paradis fiscaux, recherche de quasi monopole (absorption des concurrents, logo, marque, pub, image) pour faire monter les prix, etc. Rappelons que ces combines ont été autorisées par les différents pouvoirs politiques, quelle que soit leur obédience idéologique, qui ont pondu les réglementations dérégulatrices ad hoc. Car contrairement à ce qui est dit par les néolibéraux, le libre-échange généralisé ne repose pas sur l’absence d’Etat mais sur sa force (notamment répressive en matière pénale, judiciaire et policière) capable d’imposer aux peuples des lois contraires à leurs intérêts. Notons que ces recettes sont bien connues et ne demandent qu’une intelligence limitée à la ruse, au maquignonnage et à l’amoralité (la preuve : bien des dirigeants se sont faits eux-mêmes sans avoir de diplômes). . La plupart des dirigeants que j’ai connus font montre d’une ignorance encyclopédique et dune « rationalité limitée ».

Ces patrons ont bien du mérite. Je pense que s’ils sont autant payés c’est comme prix de leurs remords ; ne doivent-ils pas, à leur cœur défendant, baisser sans cesse les effectifs et stresser le personnel à grands coups de reengineering, de downsizing, de kanban, de sous-traitance, d’externalisations, d’empowerment, de fusions-absorptions, de délocalisations, d’achats extérieurs auprès des moins-disant, etc. ? Ce n’est pas de leur faute puisque cela est imposé par la concurrence mondialisée ; mais ils se sentent coupables et il faut bien leur donner une compensation à la hauteur de leur mauvaise conscience. D’ailleurs, grâce à leurs émoluments ils font tourner le commerce et donc recréent des emplois dans le luxe et les services à la personne.

M. Proglio est exemplaire avec ses 1,6 millions par an à EDF, soit parait-il 45 % de plus que son prédécesseur, lequel avait été lui-même copieusement augmenté. Les fondateurs et dirigeants historiques d’EDF avaient à tout casser 1,6 millions… de francs. Est-ce à dire que Proglio a 6,59 fois plus de mérite que les Massé, Boiteux, Delouvrier ? Il est vrai que, entretemps, EDF est devenue une SA concurrentielle et internationale, séparée de GDF et détenue à 84 % par l’Etat. Notre homme a fait toute sa carrière à la CGE devenue Veolia. Cette entreprise est le prototype même de l’exploitation suivant la logique libérale des bienfaits des commandes ou concessions attribuées par la puissance publique locale : eau à l’origine, et extension aux pompes funèbres, à l’assainissement, au traitement des déchets, aux transports publics, etc. Donc dans les services rendus aux municipalités via la 1ère mouture des « partenariats public/privé dans le régime des concessions. Il se trouve donc que l’essentiel du développement de Veolia réside dans les bonnes relations (si l’on est indulgent) ou la corruption (si l’on est septique par assainissement des eaux) entre les autorités concédantes et le concessionnaire ; d’où toutes les affaires de corruption des politicards, notamment à Grenoble. Ca tombe bien : les concessions de distribution de l’électricité, de même que celles des barrages hydrauliques, vont faire l’objet de renouvellements et elles ne sont plus, grâce à l’UE, le monopole d’un concessionnaire obligé (hors régies ou anciennes régies pouvant, seules, le redevenir).

Le spécialiste des bonnes relations (c’est ma semaine de bonté) avec les autorités concédantes est donc l’homme de la masse idoine. Espérons qu’il négociera mieux qu’avant car à Paris (ou Lyon et Marseille), notamment, EDF verse 60 millions d’euros par an au titre d’une fumeuse « redevance de concession », en fait un vieux racket sur la ville de Paris quand elle était sous administration étatique. Je rappelle qu’en bon français une redevance est la contrepartie d’un service rendu par, en l’occurrence, le concédant. Lequel  puisque tout a été construit et payé par EDF, c’est-à-dire les usagers? M. Barbier, directeur de l’Express, baveux qui expédie les analyses à la vitesse de la lumière qu’est son patron, pense qu’il y a dans la double casquette du nouvel âne de Buridan un enjeu caché : une politique industrielle visant à constituer une entité privée/publique dont les activités associerait la puissance d’EDF au savoir-faire de Veolia. Il a raison sur un point, celui de l’art de soudoyer, de séduire les politiciens locaux. Quant à la complémentarité entre EDF, énergéticien, et VEOLIA, services, je demande à voir car seuls les déchets sont communs vu qu’on peut les brûler en produisant de l’électricité (ce que faisait EDF avec sa filiale TIRU avant qu’on la force à s’en séparer !). Et le Barbier (de ces villes vendues à Veolia) néglige que la Commission européenne ne verra sûrement pas d’un bon œil l’apparition d’une énorme groupe surpuissant, voire monopoliste. Enfin, lier logique privée et principes de service public n’est plus nécessaire : cela fait déjà bien longtemps qu’EDF fonctionne suivant la logique financière du capitalisme. Elle n’a guère à apprendre de Veolia. Par ailleurs Proglio n’est pas un si grand « capitaine d’industrie » que cela : la valeur du titre de Veolia a été divisée par 2 et le grand PDG a foiré deux OPA (dont celle sur GDF emportée par Suez-le- Burnous).

Et tout cela est justifié par l’idéologie libérale du mérite personnel comme si les grands patrons étaient seuls à faire tourner leur boutique. Ce mérite est bien limité et ne justifie nullement les rémunérations patronales souvent 100 à 150 fois plus élevées que celles des smicards (parfois 400). Déjà, il y en a pléthore, tous formatés par les mêmes grandes écoles ; or, en optique libérale, seule ce qui est rare est cher. Ensuite, comme ils font des allers et retours entre la haute fonction publique (voire la politique, l’adhésion partisane étant devenue un critère majeur de sélection)) et le privé, ils ne courent aucun risque puisque s’ils sont lourdés ils récupèrent un poste dans l’administration où, du reste, leurs droits ont continué de courir. Qui dit que la rémunération du mérite est liée au risque ? Par ailleurs, sont-ils bien les meilleurs ? On en doute quand on pense aux superbes échecs ou faillites organisés par des PDG issus de l’énarchie (Crédit Lyonnais, France-télécom, Vivendi, Société Générale ; par charité anarchiste, je ne rappelle pas le nom des impétrants).

Enfin, et de façon bien plus profonde, toute action est coopération, interdépendance et solidarité sociale, via la division du travail, comme l’avait établi sans contestation possible Proudhon avec sa théorie des « forces collectives » en 1840. C’est d’ailleurs ce qui lui faisait dire que tout créateur a une dette sociale vis-à-vis de la société et que donc sa production était hypothéquée par le sceau de la collectivité ; donc, les bénéfices ne sauraient être seulement attribués à l’auteur ou au manageur au nom de l‘invention personnelle ; ils doivent être majoritairement socialisés. De plus, comme toute production est collective, comme toutes les fonctions sont interdépendantes, rien ne justifie que seuls quelques uns tirent les plus gros marrons du feu : les salaires doivent tendre vers une égalisation incompatible avec des écarts fantastiques. Le vrai problème est donc que le libéralo-capitalisme repose sur l’individualisme et la privatisation des ressources et des moyens financiers.

Et maintenant il récupère le squelette de Charles de Gaulle

Classé dans : politique — 10 novembre, 2010 @ 11:45

Le général est mort le 9 novembre 1970 ; pendant 3 ans Rodotarin n’a pas cru bon de faire pèlerinage à Colombey ; mais pour ce 40ième anniversaire, il s’y rend en grandes pompes. Cela illustre son talent de sarkophage après avoir exploité les mânes des grands socialistes en 2007. Raskoltignac a la talonnette funèbre. Dans le cas présent, afin d’éviter la récupération d’ossements, la bonne question à se poser est de savoir en quoi Tsarkowitch est fondé à se réclamer de l’héritage gaulliste. 

Eh bien, nullement comme le souligne indirectement l’hipponyme Galouzeau de Villepin. De  Gaulle est sorti de l’OTAN au nom de l’indépendance de la France et de son autonomie nucléaire. Duracell 1er en est sorti, s’est mis sous la coupe du commandement US, obéit à ce dernier en Afghanistan où il met des troupes françaises (environ 1500 soldats) sans consulter le parlement, a signé un accord de coopération nucléaire avec les britanniques. O tempora, O mores. Comme dirait Montesquieu, vérité en 1960, autre vérité en 2007. 

De Gaulle a fait ressusciter l’économie et l’industrie du pays. Pour ce faire, il s’est entouré de grands commis de l’Etat (les Delouvrier, Massé, Debré, etc.) qui ne visaient que l’intérêt général de la France et ne pantouflaient pas pour faire du fric dans le privé. Sarkocescu, lui, est entouré de courtisans, de féaux avides de prébendes, de faveurs, de sinécures, de passage rapide dans le privé après avoir rempli leur carnet d’adresses grâce aux fonctions étatiques. De Gaulle voulait des serviteurs de l’Etat adhérant à un politique, Tsarko veut une allégeance à sa personne et a redonné vie au crime de lèse-majesté tout en transformant son entourage en « société de cour ». De Gaulle avait constitué des équipes gouvernementales, Tsarko divise pour régner, entretient les jalousies, dirige tout en n’ayant que des « collaborateurs ». Le général s’occupait des orientations à long terme, définissait les finalités avec hauteur de vue avec des lignes directrices et sens quasi visionnaire de l’anticipation. Le Nicktalope applique la politique du « chien crevé au fil de l’eau » (Metternich), réagit en fonction des circonstances, attaque tous les problèmes en même temps après les avoir saucissonnés, fait des coups, du spectacle, de la « com ». Le grand Charles rassemblait les Français, Gnafron 1er ne fait que les opposer les uns aux autres. Mon général avait à ses côtés des gaullistes de gauche (Vallon, Hamon, Capitant, etc.). Y-a-t-il autre chose que des sarkozystes de droite ? De Gaulle s’opposait aux partis, y compris au sien dont il ne s’occupait pas. Rodomont les a ressuscités et dirige le sien qui est à sa seule botte au point qu’il se permet de désigner son dirigeant officiel en dehors de toute participation des militants. 

De Gaulle était partisan du rôle éminent de l’Etat dans le développement socio-économique du pays, notamment avec le Commissariat général au plan et l’EPAD, avec les grands services publics ou EPIC comme EDF/GDF ou la SNCF, avec la DATAR et l’aménagement du territoire. Tsarko est un libéral à la sauce Thatcher ou Reagan ; le rôle de l’Etat en économie doit tendre vers zéro pour laisser le champ libre aux activités lucratives du privé comme celles du Groupe Médéric, dirigé par son frangin Guillaume, ex-CNPF, ex-failli pour sa petite boîte de textile. De Gaulle a partagé les ambitions du programme du Conseil national de la résistance. Mitron 1er, général Boulanger en plus petit, passe son temps à saborder la Sécurité sociale et l’Etat-providence afin de favoriser les assurances-vie, maladie du privé et les retraites par capitalisation chez Médéric et consorts. Notre bon prince n’a aucune politique industrielle sérieuse ; et pour cause puisque l’Etat ne doit pas intervenir. De Gazulle, de façon générale faisait de la grande politique, Tsarko n’est qu’un politicien opportuniste. 

De Gaulle consultait le peuple français par référendum. Lorsqu’il fut battu en 1969 sur le thème de la régionalisation, il partit se retirer à Colombey-les-deux-églises. Le gouvernement que soutenait Tsarko en 2005 perdit le référendum sur le TCE (traité constitutionnel européen). Chiracos resta et Naboléon, une fois élu en 2007, le fit adopter dans le dos des Français sous forme de traité simplifié dit de Lisbonne. Soyons justes : le 1er à violer le verdict des électeurs fut Tonton qui se maintint à la présidence malgré sa défaite aux législatives de 1986. 

De Gaulle n’aimait pas les patrons qui avaient largement collaboré avec l’occupant nazi pendant la guerre. Il voulait que la politique ne se fît pas « à la corbeille ». Badinguet II aime les riches, l’argent, le « bling-bling », les montres de luxe comme Julien Dray, les affaires dont il était avocat ; il adore les patrons new look, ceux qui appartiennent au privé et dirigent leur affaire (pas ceux qui ne sont que DG appointés d’une grosse firme). Il rêve de devenir riche lorsqu’il reviendra à la vie normale. Il favorise les banquiers qui nous ont conduits à la crise actuelle ; il a vu tout l’intérêt des carrières en forme de « revolving doors » (portes de saloon) qui permettent à des féaux de beaux allers-retours entre les fonctions publiques et privées. 

De Gaulle avait un train de vie modeste ; il payait ses factures d’électricité de son appartement privé à l’Elysée. Sarkusconi vit sur un grand pied, à la fois dans les palais officiels et dans les propriétés de son épouse ou de sa belle famille ou de ses amis patrons. De Gaulle avait l’esprit collectif et visait l’honneur ; Tsarko and Co est matérialiste tout en se servant de la religion comme adjuvant de la paix sociale ; il est super individualiste comme toute sa cour, hyper utilitariste et intéressé. 

De Gaulle avait du style, de la hauteur, de la distance ; c’était un grand orateur s’exprimant dans une langue parfaite tant à l’oral qu’à l’écrit. Il rédigeait lui-même ses discours. Le Nicktalope obscur-voyant fait peuple, tape sur le ventre ou l’épaule de tout le monde, se montre tactile, parle mal un vague français bourré de fautes de grammaire et de syntaxe avec un vocabulaire pauvre, se fait écrire ses interventions par des scribouillards. Sa gestuelle est pleine de tics et de mimiques tout juste adaptés à un prétoire de province profonde. Il est grossier et brutal dans ses relations avec ceux qui le gênent. Le général avait du charisme, Tsarko de l’esbroufe. Le général était grand, je ne parle pas de sa taille comme disait Napoléon à un grand : vous n’êtes pas grand, vous êtes haut. Tsarko est riquiqui à tous les points de vue 

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