les armes de la critique

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Lettre aux citoyens en vue des élections régionales de 2010

Classé dans : Non classé — 7 mars, 2010 @ 9:40

                                                                                                      (Imitation de la lettre de Proudhon aux ouvriers en 1864, en réponse au Manifeste des soixante, qui voulaient présenter des « candidatures ouvrières » aux élections de la même année)

Avertissement : les mots, les phrases de Proudhon sont ci-dessous mis en italique.

 

 

Citoyens, vous me demandez ce que je pense  des élections régionales de mars 2010 ; vous voulez savoir s’il convient d’aller veauter…Je croyais le mouvement électoral épuisé. Assurément je me suis réjoui du réveil de l’idée socialiste (NPG, NPA). On vous dit que depuis 20 ans, avec l’avènement du libéralisme et la mort de l’URSS,  il n’y a plus de classes ; que l’idée des candidatures de la vraie gauche se rétablit. Que le candidat est l’expression de la société, non d’un parti. Mais ce qui compte, c’est la situation créée par le                                      capitalisme et la crise que celui-ci a causé pour le peuple.

 

Quoi ! Il n’est pas vrai…que la société européenne se divise foncièrement en deux classes : l’une qui vit exclusivement de son travail ; l’autre qui vit…du revenu de ses propriétés, de ses capitaux, de ses dotations, pensions, subventions …bénéfices, dividendes, plus-values ? N’est-il pas vrai, à ce point de vue  de la répartition des fortunes et des produits, qu’il existe parmi nous deux catégories de citoyens… divisées entre capitalisme et salariat ? Mais toute notre  politique…, notre société reposent sur cette distinction… La division de la société en deux classes…étant donc indubitable… l’on a dû de tout temps se demander…si par une meilleure application des lois de la justice et de l’économie, on ne parviendrait pas à abolir une distinction si funeste… 

 

Eh  bien, que disent les nouveaux socialistes ? Ils sont convaincus que la question sociale peut être résolue… ils posent, comme signe…  leurs candidatures…La presse fulmine…on crie à l’anarcho-révolution, au terrorisme. Pourtant, la bourgeoisie n’est plus homogène ; il y a ce qu’on appelle la haute bourgeoisie ou féodalité financière, mercantile et industrielle, et la petite bourgeoisie ou classe moyenne inclinant de plus en plus au salariat…Ce que nous demandons… c ‘est une réforme économique qui nous permette à tous de vivre de notre travail.

 

Cela posé, je passe à la seconde question. Il s’agit de savoir si dans les circonstances actuelles, l’exercice du droit à l’éligibilité est bien pour la classe salariale le meilleur moyen d’arriver aux réformes qu’elle sollicite…  Considérons que le gouvernement (quasi) impérial  élu en 2007 a trouvé la principale cause de son succès dans la défaite de la démocratie rouge et socialiste…Sous ce gouvernement, la féodalité financière et industrielle…a complété son organisation et pris son assiette. 

Elle a soutenu Tsarkozy qui l’a payée de sa protection (bouclier fiscal augmenté, limitation des droits de succession, aides à l’accession à la propriété, exonération renforcée pour les entreprises des cotisations sociales, suppression de la taxe professionnelle) tout en taxant le petit peuple notamment avec les droits à la sécu. Les grandes compagnies ont formé leur coalition : la classe moyenne…s’est vue progressivement refoulée vers le prolétariat. 

 

Nous pouvons dire d’après cela, que sous ce régime qui nous a été fait depuis 2007, nos idées ont été mises…hors la politique…L’usage des médias nous est refusé. Tout ce qui …nous est permis de faire, c’est de protester aux grandes journées électorales ou syndicales…Ne perdez pas ceci de vue que, dans le système de compression qui pèse sur la démocratie, ce n’est pas telle mesure financière, telle entreprise, telle loi que nous avons à discuter : on n’a que faire de nous pour cela ; notre opinion est d’avance réputée non avenue. Pareils débats sont le propre de l’opposition constitutionnelle (socialo-libéraux en peau de lapin, MODEM)…Or pour nous affirmer dans notre refus de l’Europe néolibérale, nous n’avons besoin ni de représentants, ni de candidats… 

 

Il est vrai que la discipline de parti, l’allégeance au libéralisme obère la conscience (s’ils en ont encore une) des représentants inféodés à l’UMP…  Donc point de représentants, point de candidats ! J’ai parlé… du monopole de la presse et des médias…Nous ne voulons ni peu ni prou d’un régime qui depuis trois ans déprave nos mœurs politiques, fausse les idées et égare l’opinion… Donc, point de représentants, point de candidats ! 

 

Nous ne voulons pas des conditions dans lesquelles s’exerce le suffrage universel, et pourquoi ? Ce n’est pas seulement parce que les groupes naturels de population ont été subvertis par des circonscriptions arbitraires…C’est surtout parce que, avec le monopole d’une presse inféodée… les choses se trouvent combinées de manière à étouffer l’esprit démocratique…à couper la parole aux multitudes, réduites aux bêlements des troupeaux…Donc, point de représentants, point de candidats ! 

 

En mars 2005, lors du référendum sur le traité constitutionnel européen (TCE), le peuple a cru voter pour lui-même et comme souverain ; son vote a été nié par le pouvoir (traité simplifié de Lisbonne) et par l’Union européenne…A quoi bon, alors, des représentants…des candidats ? Beaucoup, parmi les salariés, n’aperçoivent pas ces incompatibilités profondes entre le système libéral européen, dans lequel on leur propose de persévérer, et leurs aspirations démocratiques et sociales. Cependant, nous ne pouvons pas être plus satisfaits de la politique de l’opposition que de ses idées économiques. C’est quasiment la même que celle de la majorité : sur 535 votes au parlement européen ces derniers temps, 19 votes socialistes seulement ont été différents de ceux de la droite libérale ! La politique de l’opposition, c’est son amour du parlementarisme, qui la ramènera au système européen technocratique et hyper-libéral.  La politique de l’opposition, c’est sa conduite lors du TCE en 2005 pour lequel elle a tout fait afin de faire voter pour le oui. Et vous lui enverriez des collègues ? Non, non ! Point de représentants, point de candidats ! 

Conclusion de cette lamentable intrigue : la démocratie, dont la prépondérance devait être établie par le référendum de 2005, ne compte plus maintenant…que comme l’instrument d’un replâtrage politique… 

 

Nous avons le droit…de protester contre cette espèce de scrutin, soit par le dépôt de bulletins blancs, l’abstention ou autre modalité de refus…si nous jugeons que la loi électorale…n’offre pas de garanties suffisantes au suffrage universel ! Point de représentants, point de candidats, point de participation.

 

Il n’est qu’une conclusion logique au vote antidémocratique et au chèque en blanc pour le néolibéralisme que l’on nous propose aux élections régionales de mars 2010, c’est que la démocratie ouvrière déclare … qu’elle désavoue l’opposition et le pouvoir libéral en place en France et en Europe et qu’elle renonce à se faire représenter.                                  

                                      

       

          

 

C’est reparti, mon kiki

Classé dans : Non classé — 5 mars, 2010 @ 10:39

Après avoir mis le monde entier dans la mouise en 2008, les financiers, renfloués à coup de milliards d’argent public par les différents Etats, se remettent à redistribuer des bonus considérables à leurs traders et à sur-rémunérer leurs dirigeants. La BNP affiche 5,8 milliards de bénéfices en 2009, largement acquis en faisant payer davantage ses services à ses petits clients, de bons taux d’intérêt aux entreprises, en boursicotant comme à l’accoutumée mais là en empruntant à bas taux à la banque centrale pour financer des spéculations juteuses.… Les banques ont officiellement refait leurs fonds propres et donc pourraient se remettre à prêter à des conditions normalisées, ce qu’elles ne font que très modérément malgré les besoins de l’économie et les amicales et médiatiques pressions gouvernementales. Et pourtant, l’économie profondément sinistrée aurait bien besoin de financement car les Etats qui ont mis tout leur fric dans le sauvetage de la finance et se sont en outre lourdement endettés pour ce faire n’ont pondu que de maigres plans de soutien à l’économie productive. Aux USA, l’administration a racheté les actifs « toxiques » des banques (plan Paulson secrétaire au trésor de Bush et ex-PDG de Goldman Sachs) à hauteur de 700 milliards de dollars, plus 180 pour sauver AIG (le plus gros assureur mondial) ; elle n’a trouvé que dans les 50 milliards pour sauver l’industrie automobile tout en exigeant le remplacement de ses dirigeants et des investissements dans les voitures économes en énergie et propres en dioxyde de carbone. La dette publique s’est donc substituée à la privée mais les pays ont atteint le maximum de leurs possibilités financières. Joseph Stiglitz dans son dernier livre « Triomphe de la cupidité » fait état de 12 000 milliards de dollars consacrés ou réservés en tout au sauvetage de la finance US et à la réparation ou à la prévention des dégâts, notamment avec les garanties qui lui ont été accordées pour aider les détenteurs de leurs obligations (en violation de la loi qui ne prévoit de garantir que les dépôts des clients dans les banques du même nom) et leurs actionnaires. Heureusement ces garanties ne seront sans doute pas très utilisées, mais c’est le contribuable qui en prend le risque. Malgré ce contexte, la finance, à commencer par les banques, se remet à ses petites pratiques ; c’est d’autant plus aisé que les rodomontades gouvernementales et du G 20 ont consisté à faire croire à l’opinion publique que l’on allait enfin re-réguler le système et à froncer les sourcils vis-à-vis des responsables de la finance privée. Sans contraintes car l’idéologie économique libérale, sévissant depuis 30 ans et qui aurait dû être éradiquée par la crise, bien qu’ayant montré sa fausseté, à savoir que l’idée que les marchés s’autorégulent tout seuls et automatiquement pour produire l’optimum de l’affectation des ressources est tout simplement absurde, continue de plus belle à régner dans les esprits gouvernementaux. C’est lamentable parce que nombre d’économistes modernes ont montré depuis longtemps que ce ne pouvait être vrai. Donnons des exemples. Il y a des relations « d’agence » entre le propriétaire et le gestionnaire des actifs ; par exemple, un fonds de pension a pour « agent » le PDG de l’entreprise dont il est actionnaire ; comme le dit FDP a investi dans énormément de boîtes, il n’ pas les moyens de contrôler tous ses agents. Il se contente de donner une ligne directrice, à savoir faites-moi le maximum de rendement, de valeur pour l’actionnaire. Pour s’assurer de la loyauté de l’agent les propriétaires les attachent avec des saucisses (stock options, parachutes dorés, retraites chapeau ; golden hello ou prime d’arrivée en or ; ces « incitations » sont perverses car elles poussent à tricher pour augmenter la valeur des titres). Mais l’agent peut tricher à son profit, d’où la théorie de « l’aléa moral » qui empêche la confiance dans les affaires. Il arrive même que l’agent soit au contraire trop fidèle ; par exemple les agences de notation ont avalisé comme sûrs les nouveaux produits financiers très risqués qu’inventaient les banques. Natürlich : ces agences étaient en même temps celles qui notaient lesdits produits pour les marchés financiers ; beau conflit d’intérêt. Ainsi, le secrétaire d’Etat au Trésor ou les conseillers financiers d’Obama (comme Bush avec Paulson ou Clinton avec Rubin), pourtant agents du pays en vue de l’intérêt général, sont largement inféodés à la finance où ils ont fait carrière auparavant. Ils privilégient donc l’intérêt des banques contre celui du pays. Il y a aussi les « asymétries d’information » entre intervenants, lesquelles déséquilibrent leurs rapports car les uns, par exemple les agents, savent des choses que les autres ne savent pas. Ces asymétries font que les acteurs du marché n’ont pas forcément des comportements convergents ou raisonnables, ce qui empêche l’équilibre postulé par la théorie des sublimes avantages de la concurrence sur des marchés libres et ouverts. Et cela sans même parler des délits d’initiés. Il y a les « externalités », c’est-à-dire le fait que les conséquences des décisions de A ou B sur les autres ou sur la nature ne sont jamais prises en compte par le marché car elles n’ont pas de système de prix, car le marché n’agit qu’à court terme et ne prend pas en compte les effets qualitatifs. Il y a encore les « incitations », c’est-à-dire les récompenses ou dispositions ou dispositifs qui encouragent certains acteurs à détourner les règles du marché à leur profit. L’exemple type en est les stock-options ; ces incitations perverses dans la plupart des cas ont été autorisées par les politicards en faveur de leurs amis de la phynance (qui eut bu boira, qui en a profité continuera) et du management. Il y a de plus certains biens ou services, appelés « biens publics » qui ne peuvent pas faire l’objet d’un marché. En effet, ils profitent à tous, comme un phare ou une digue, sans rivalité ni exclusivité ; dès lors personne ne veut les payer sur ses deniers car les autres les utiliseraient sans rien payer sauf s’il y a un péage possible (cas des autoroutes). Enfin, la théorie de l’équilibre général, celle qui justifie les manipulations des chantres du tout-marché qui s’équilibre tout seul, a été pondue par des gens sous forme de modèle hypothétique : la perfection du marché n’est atteinte que dans des conditions très restrictives que, évidemment, les thuriféraires de la « mondialisation heureuse » ont complètement zappé ; Il y a le fait que les marchés ne sont aucunement des systèmes impersonnels, sans acteurs consistants, sans règles, automatiques. Il y des institutions qui créent les marchés ; il y a des règles qui les régissent comme pour les contrats et les droits de propriété, règles du reste qui sont souvent établis par les politicards en faveur de leurs amis de la finance. De plus, il y a des acteurs dominants, organisés qui par leur hégémonie font que les marchés peuvent être par eux manipulés : banques, assureurs, agences de cotation et de notation, multinationales, fonds de pension, d’investissement, de spéculation, etc., qui n’ont rien à voir avec la masse atomisée des petits investisseurs individuels. Et les dirigeants continuent de faire comme si le marché n’était qu’une énorme cohue d’acteurs individuels atomisés ne pouvant pas se concerter. Et, justement, les gros acteurs financiers et leurs lobbys ont tout fait pour que les politiques détruisent les règles protégeant le marché au profit de réglementation en leur faveur ou en les laissant « s’autoréguler ». Eh bien, non, les responsables se moquent de ces acquis et reprennent la course que Stiglitz vient de qualifier de « triomphe de la cupidité ». Les banques, au lieu d’utiliser les fonds donnés par les contribuables pour refaire leurs capitaux propres et ainsi pouvoir refaire crédit, les ont consacrés à payer des bonus et de salaires mirobolants comme si de rien n’était. Elles ont profité des faibles taux d’intérêt à elles consenti par le gouvernement pour financer des spéculations. Bien mieux ; comme les Etats empruntent à qui mieux-mieux et se retrouvent avec des déficits et des dettes astronomiques, les fonds spéculatifs, que personne n’a songé à réglementer aux séances du G 20, se mettent à jouer à la baisse contre les emprunts (donc les monnaies) des pays les plus fragiles, celles des pays que les Britanniques ont joliment qualifiés de « PIIGS » : Portugal, Irlande, Italy, Grèce, Espagne (Spain) ! Et l’Europe n’a rien fait de tangible pour aider la Grèce ! La spéculation est simple comme bonjour ; il suffit de vendre à terme et à découvert des titres d’emprunt grecs (que l’on n’a pas encore) à un prix fixé tout en ne payant que 5 % à titre de garantie. L’espoir est de voir la valeur de ces titres plonger en dessous du prix fixé à l’échéance de « l’option ». A ce terme, il suffit d’acheter les titres au prix du marché et de les céder aussitôt au prix convenu ex ante à l’acteur qui avait passé le deal avec vous et qui jouait en sens inverse et ainsi d’empocher la différence de valeur de ces « sous-jacents » ayant présidé à la spéculation. Comme le pari est risqué pour les deux opérateurs, chacun a souscrit un Credit Default Swap (CDS, assurance pour couvrir la différence, ce qui était la grande spécialité d’AIG en tant qu’assureur). Les espoirs de gain ou de perte ont donc généré 2 assurances, ce qui gonfle d’autant le volume des CDS, lesquels, rappelons-le peuvent eux aussi être vendus sur un marché spéculatif. Et ainsi de suite. Autre astuce, plus directe, acheter à la baisse et à terme des CDS de couverture contre les risques de défaut des emprunts grecs ; s’ils baissent effectivement – et ils baisseront car acheter beaucoup de ces CDS montre la méfiance accrue vis-à-vis de ces titres et fait augmenter ipso facto les taux d’intérêt pour les emprunts suivants, ce qui dévalorise les actuels – on les revend au prix convenu ex ante et le fonds spéculatif empoche la plus-value (un CDS acheté 2 % du montant de l’emprunt boit sa valeur monter par exemple à 4 si l’emprunt devient plus risqué). Evidemment nos G 20 n’ont encore rien prévu pour s’occuper de tous ces titres pourris : CDO (titrisation), ABS, CDS… Tout cela est perçu par les requins de la phynance comme bien plus rentable que de prêter pour l’investissement et la demande solvable des consommateurs. Et pourtant on danse tous sur un volcan car la crise économique, elle, est loin d’être terminée. La récession entraîne en effet une baisse supplémentaire de la demande car les gens échaudés se mettent à épargner et, de plus, il y a encore plus de chômeurs ou de précaires ou de temps partiels ou de retraités dans la débine que ladite demande solvable s’en ressent. Du coup, les industries sont encore plus qu’avant en surcapacité de production, ce qui est renforcé par les récents progrès de productivité, et n’investissent plus. On peut donc s’attendre à un nouveau flux de faillites d’entreprises et de cessation de paiements par les individus, ce qui va augmenter les volumes de dettes impayées détenus par les banques ou par les acheteurs desdites dettes sous forme « titrisée ». Et pourtant c’est reparti comme en 40 ; les banques continuent de jouer solo et les gouvernants n’ont rien compris aux causes de la crise ; à l’origine elle est économique : les surcapacités de production liées à la stagnation des marchés solvables et aux énormes gains de productivité, les sommes fantastiques à la recherche de placements juteux, l’endettement affolant des ménages US par suite d’un crédit offert sans limites pour compenser la baisse du pouvoir d’achat, le déséquilibre astronomique des échanges internationaux entre la Chine (ou l’Inde, etc.) qui vend sa camelote aux USA (autre moyen de compenser la perte de pouvoir d’achat) tout en achetant à l’Amérique ses bons du trésor (700 milliards) et en accumulant des dollars issus de ses ventes (1500 milliards) dans ses réserves de change. Bien creusé, vieille taupe : un pays communiste converti à l’économie de marché fait la démonstration des illusions sur le marché autorégulé et de la compatibilité du libre-échange avec la dictature…

La désindustrialisation de la France

Classé dans : Non classé — 25 février, 2010 @ 10:30

 

L’industrie en notre beau pays tsarkozysé ne représente plus que 16 % du PIB, encore moins qu’en GB dont l’hyper président, racontant ainsi n’importe quoi comme souvent, avait dit qu’elle était moins industrialisée que les Froggies. Et le mouvement de perte des industries continue inlassablement malgré les rodomontades d’Estrosi, notre « motodidacte » sous-ministre de l’industrie et les artabanesques moulinets et effets de toge de Zébulon 1er. Déjà 75 % des véhicules Renault (50 pour Peugeot) sont produits à l’étranger (et aussi les pièces fournies par des sous-traitants), ce qui fait que maintenant acheter chez ce constructeur contribue à dégrader la balance commerciale. Et le terroriste industriel Carlos Ghosn veut produire la CLIO new look en Roumanie. ! 

M. De la Marge Qui Rit, PDG de Total, veut fermer les raffineries de pétrole (leur essence découle de leur existence comme disait Sartre), sachant que la firme s’est bien gardé d’investir dans la production de gasoil que le France importe largement bien que 53 % des véhicules y marchent désormais à ce carburant. Le pingouin aux moustaches en balayette de chiotte a bien compris l’intérêt financier de Total. C’est facile car n’importe quel agent comptable le comprendrait aussi. En effet, les marchés se développent en Asie et dans certains autres PVD. Parallèlement le marché francaoui baisse par suite de la crise, des biocarburants et des véhicules moins énergivores. Ensuite, les raffineries produisent à bien moindre coût dans les pays exotiques à salaires et prestations sociales compressées, sans protection de l’environnement et à fiscalité légère. Enfin, ces usines sont à la fois polluantes, émettrices de dioxyde de carbone et dangereuses. Autant les situer dans des pays où les habitants ne peuvent pas protester car s’ils le font la police est aussitôt là pour les matraquer, la « justice » pour les condamner et des nervis pour les zigouiller. On se souvient d’ailleurs que Total est du dernier bien avec la junte birmane avec la bienveillance de Kouchner. Il en découle que La Marge de Riz (auto) a intérêt à délocaliser les raffineries pour faire de « la marge, de la valeur pour l’actionnaire », désormais privé alors qu’avant c’était une firme d’Etat. 

Il est jouissif de constater la politique de gribouille (à but de discours électoral en vue des régionales) du gouvernement : je te favorise le biocarburant, je te fous des super taxes sur le carburant, je mets en place une écotaxe (raté pour l’instant) et on veut pourtant maintenir les raffineries ! Or, dans le contexte général du libre-échange mondialisé, la désindustrialisation a 3 causes : l’automation et la robotisation qui détruisent les emplois pour cause de productivité exponentielle quand les marchés n’absorbent pas la production, le commerce extérieur soumis à la concurrence et à la compétitivité (en baisse continue pour les « parts de marché » de la France avec aujourd’hui 3,8 % du commerce mondial), l’externalisation des activités de service, soit de faible valeur ajoutée (le ménage… ) soit de recherche-développement-invention. Que fait Tsarko en regard de ces 3 causes ? 

Et, évidemment, tous les PDG raisonnent de la même manière ; c’est normal car c’est la logique même du système capitaliste qui régit leurs décisions. C’est à cela que l’on peut voir que la personne des  dirigeants, pourtant remarquablement bien récompensés pour des décisions que n’importe qui prendrait, n’a aucune importance. C’est le système qui impose sa logique « rentabiliste ». Et c’est ce qui explique que, via les délocalisations et les prises de participation dans l’industrie chinoise, actuellement 56 % des exportations sinisées proviennent en fait de firmes occidentales implantées dans l’Empire du Milieu. On sait aussi que plus de 60 % des échanges mondiaux sont le fait de transferts internes aux multinationales entre leurs filiales et avec la maison-mère. C’est aussi ce qui fait le succès des exportations teutonnes dont les produits sont réalisés à bas coût en Europe de l’EST dans les pays récemment entrés dans l’UE. Ah, cette chère (onéreuse) Allemagne qui mène depuis longtemps une stratégie non coopérative négative pour ses soi-disant partenaires européens en délocalisant à l’Est, en instaurant une TVA « sociale » et en serrant le kiki à ses salariés et chômeurs (lois Hardt 4 sous le socialiste Schröder). Excusons-la car dans l’UE tous les pays ont été mis en concurrence sauvage et ne cherchent qu’à tirer leur épingle du jeu en jouant solo. L’Irlande avec son taux d’impôt sur les sociétés à 12,5 % (30 % en moyenne UE), la GB avec sa finance « paradis-fiscalisée » (10 % de son PIB) et sa dévaluation de la livre, l’Espagne avec sa spéculation immobilière pour touristes, son agriculture hors sol avec immigrés sous-payés et le déficit de sa balance commerciale, l’Italie avec son économie souterraine, la Grèce avec ses tricheries sur l’état de ses finances, la France avec ses déficits structurels depuis 30 ans, etc. On observe au passage que les dirigeants ne sont plus responsables de quoi que ce soit puisque c’est la mécanique fatale du système qui leur impose leurs décisions. 

Alors que peut faire Rodomont ou Tartarin ou Artaban en tant que dirigeant politique contre cette logique ? Réponse rien, malgré son agitation médiatique et ses convocations bidons de manageurs en chef dans les palais de l’ex-république. Déjà, légalement, le pouvoir ne peut pas intervenir dans la gestion des firmes privées. Il ne peut que créer le cadre législatif et réglementaire de leur activité et encore seulement sur le sol national. Il ne peut que taxer leurs bénéfices mais grâce à la théorie du bénéfice consolidé et aux effets des paradis fiscaux où les firmes localisent leurs profits en ne laissant sur le sol national que des filiales dénuées de marge, lesdits bénéfices ne sont taxés qu’à 8 % alors que le taux théorique de l’impôt sur les sociétés est de 33 %. S’il intervient pour protéger l’industrie du pays (ou l’agriculture ou la finance), la Commission européenne l’attaquera aussitôt pour protectionnisme et surtout atteinte à la « concurrence libre et non faussée ». L’OMC itou et les autres pays prendront des mesures de rétorsion. 

De plus ces effets de manches d’avocat (d’affaires) sont parfaitement hypocrites. En effet, ce sont les gouvernants qui depuis plus de 20 ans ont édicté des lois pour mettre en place le libre-échange généralisé, quelles que soient les situations des pays, lesquelles nécessitaient pourtant progressivité et protections, pour donner à la finance le privilège de la libre circulation partout sans entraves d’aucune sorte, pour fermer les yeux sur leurs combines pour ne pas respecter leurs obligations prudentielles et pour favoriser la valeur pour l’actionnaire, etc. Et cette logique systémique étant en place à cause d’eux (ce qu’ils oublient pour tromper les électeurs tout en désignant les banquiers comme boucs émissaires de leurs propres turpitudes), on ne peut plus y revenir sans entente internationale pour re-réguler le commerce et la finance mondialisés. Or, il ne peut y avoir de consensus international car moult pays ont intérêt au désordre installé et défendent mordicus leur pré carré de « compétitivité » comme on l’a vu plus haut en ce qui concerne l’Europe. 

Dès lors la désindustrialisation prospérera et cela d’autant plus que les exportateurs vendent maintenant leurs secrets de fabrique aux PVD pour obtenir à court terme un marché (d’avions, de trains, de centrales nucléaires, etc.). Ces derniers, de plus, comme le Brésil, l’Inde et la Chine (les « Bric »), investissent massivement dans la formation et la recherche-développement et, donc, l’avance technologique de l’Occident ne sera bientôt plus qu’un souvenir. Alain Peyrefitte avait écrit, years ago, « quand la Chine s’éveillera » ; on y est. Les PVD vont bientôt inventer plus que l’Occident ou le Japon… 

Or, je ne dirai jamais assez, c’est l’industrie productive, et tout ce qui l’aide à l’être (services dédiés à la facilitation de la production, services d’ingénierie et de recherche), qui est la base d’un revenu national que je qualifie de « primaire ». Pour le visualiser, il suffit de raisonner sur une économie fermée, en autarcie, sans échanges extérieurs. Si vous allez au cinéma, chez le coiffeur comme quand vous achetez de quoi bouffer, vous vêtir, vous transporter, vous chauffer, etc., c’est que vous avez un revenu issu de votre travail. Vous travaillez chez un coiffeur ? Votre salaire, après la marge dudit coiffeur, vient des gens qui lui achètent ses services, du reste comme les impôts, les indemnités de protection sociale, etc. parce que ces gens ont un revenu préalable qui vient de leur travail dans l’industrie ou l’agriculture productrices. Tout le revenu (montant des ventes moins les « intrants » autres que les charges de main d’oeuvre) vient des activités productrices de base. Cette marge produite dans la production est ensuite simplement répartie entre les différents acteurs sociaux : rentiers et leurs intérêts ou dividendes ou leurs loyers (des immeubles et des terres), salaires directs ou différés (retraites, protection sociale) des travailleurs, impôts de l’Etat et des collectivités locales, dividendes des investisseurs, frais fin anciers prélevés par les banques. Et ce sont les revenus de cette répartition qui permettent d’acheter des services privés (coiffeur, cinéma,  vacances in situ, etc.) et des services publics via l’impôt ou de thésauriser ou d’investir.  CQFD : aucun revenu secondaire ou prélèvement ex post ne peut exister s’il n’y a pas auparavant les marges nettes  issues de la production. Il en découle qu’un pays fermé sans industrie ou agriculture conséquentes vivote. C’est le cas de Cuba qui est plus est victime d’un embargo US. 

Si le pays n’est plus autarcique, les choses évidemment se compliquent. Cependant, il est clair que si sa balance commerciale entre ce qu’il vend de sa production interne et ce qu’il achète comme produits ou services externes est positive cela veut dire qu’il a plus produit (et vendu) que ce qu’il a acheté. La désindustrialisation française explique donc que la balance commerciale du pays soit devenue structurellement déficitaire. C’est donc la production interne exportée ou non, moins les importations, qui continue de servir de base au revenu d’un pays revenu. La chose se complique avec le solde des revenus financiers (balance des paiements) liés aux intérêts et dividendes des emprunts ou des placements dans les pays étrangers. On peut imaginer un pays sans production (le rêve de certains capitaines d’industrie qui voit leur entreprise sans usines) dont le revenu serait uniquement constitué de revenus financiers. C’est possible momentanément et c’est ce qui fait la gloire des retraités de Californie  ou de Floride via les fonds de pension investis à l’étranger pour suer du dividende et de la plus-value boursière. Las, cela vient de se casser la figure. Et, du reste, ce n’est pas tenable à long terme : les pays ainsi exploités peuvent se rebiffer (et les USA ne sont plus en position de défendre leurs émanations extérieures comme lors de la défense de l’United Fruit, fer de lance du coup d’Etat de Pinochet, devenue Chiquita, pour assurer les profits de leurs investisseurs et spoliateurs à l’étranger). En outre, les PVD vont se financer eux-mêmes par leur industrie propre et les délocalisations industrielles chez eux. 

Cette analyse montre donc que Epiméthée 1er se fiche de notre poire et que les rustines qu’il met en place ne sauveront rien du tout tant que l’on restera dans le système capitaliste actuel. En fait, ce qui compte pour lui, c’est la phynance dans laquelle les cabinets d’affaires font leur beurre même si cela ne profite qu’aux capitalistes (banquiers, manageurs, assureurs, financiers et… politicards associés. Ils profitent en effet des bénéfices de la chose à l’étranger sans se soucier de la production locale. 

 

Revaloriser le travail ? Chiche

Classé dans : Non classé — 23 février, 2010 @ 11:34

 

La valeur-travail est la tarte à la crème du vieux libéralisme économique fondé par Smith et Ricardo.  Marx reprend la valeur-travail comme origine de tout (rentes, salaires, impôts, profits, loyers, etc.) à partir de la création de valeur par le seul travail. Il montra que le temps socialement nécessaire à l’entretien de la force de travail, c’est-à-dire le travail considéré comme une marchandise vendable sur un marché libre, comme valeur d’échange différente de sa valeur d’usage par le capitaliste, était par exemple de 4 heures par jour et que si le capitaliste avait le pouvoir (organisé par le droit bourgeois en sa faveur, d’où la notion de rapports de propriété) de faire travailler 8 heures, alors ces 4 heures de plus donnaient la plus-value en tant que surtravail extorqué par la force du capital en place et du droit illégitime en actualité de service. Cette analyse puissante, pratiquée par les capitalistes actuels qui ne se rendent même pas compte de ce qu’ils la confirment, établit que ce qui intéresse les libéraux pratiques en économie, ce n’est pas la valeur morale et sociale du travail, encore moins la dignité des travailleurs, mais le temps d’activité pendant lequel on peut faire suer le burnous aux salariés et l’intensité avec laquelle on peut les faire turbiner. Quand Tsarkozy énonce qu’il faut « travailler plus pour gagner plus », cela signifie simplement qu’il faut que la durée du temps de travail augmente sur le jour, la semaine, le mois, l’année, la vie entière en obligeant à travailler plus longtemps.

Ce n’est pas le travail qui intéresse les libéraux, c’est le temps d’activité, c’est le temps extensif de sa durée combiné au temps intensif créé par les moyens d’une meilleure productivité. Et encore faut-il que ce temps d’activité soit flexible et variable en fonction du « carnet de commandes ». D’où  les raffinements de la précarisation du travail par le temps partiel, l’intérim, les horaires flexibles, la saisonnalité de l’activité, les CDD, etc., qui montrent que ce qui compte ce n’est pas le travail  ni les conditions de travail mais la mise à disposition du temps de travail des salariés en fonction des aléas de la demande et des exigences de rentabilité à 15 % du capital investi. En fait, le capital s’intéresse surtout à la productivité horaire du travail (PIB divisé par le nombre d’heures travaillées, excellente en France) sans vraiment chercher à augmenter la population active puisqu’il suffit de faire suer davantage le burnous aux actifs en actualité de service pour élever la production sans rien payer, si possible, en plus. Et les socialos en toc comme Martine Aux Abris avaient subtilement négocié les 35 heures contre la possibilité offerte au patronat  de rendre le travail plus intensif et plus flexible. D’où le cadeau tsarkozyen sous forme d’heures sup détaxées d’autant plus rentables que ladite productivité est élevée.

Le patronat et le pouvoir aiment tant le travail qu’ils s’échinent à minorer les chiffres du chômage et du sous-emploi. La France se réfère de plus en plus à la norme insensée du BIT permettant, soi-disant, des comparaisons internationales : pour être chômeur il faut être immédiatement disponible, ne pas avoir travaillé ne serait-ce qu’une heure dans la semaine précédente  (un mois en France) et chercher un emploi à temps plein ! Cela minore drastiquement le chômage et surtout ne tient aucun compte du sous-emploi et du statut des emplois, ni donc de la valeur des personnes et de leur dignité, ni de leur reconnaissance sociale.

Au surplus, le peu de considération que le libéralo-capitalisme a pour le travail est montré par la comptabilité. Celle-ci ne le prend jamais en compte comme un investissement ou un actif, mais comme une charge, comme un simple coût d’exploitation (de profytation, comme on dit désormais à la Guadeloupe). C’est très bizarre parce que, dans le même temps, a été pondue la théorie économique du « capital humain », dans laquelle les compétences, les connaissances, les potentiels des salariés sont entrevus comme « une ressource » à valoriser. A quoi s’ajoute que, à l’ère de « l‘économie immatérielle », de la « connaissance », des brevets et autres droits de propriété intellectuelle, les connaissances et capacités des employés sont  considérées comme des « actifs »  propriété de l’entreprise et non comme le résultat de la coopération des travailleurs de recherche ni comme un apanage du salarié créatif. Il devrait être clair, même pour un libéral, que l’innovation, le savoir, l’inventivité sont des productions collectives du travail socialisé, qui ne sauraient être brevetées pour un seul bénéficiaire et qui appartiennent à tout le monde dans leurs résultats. Or ce travail collectif et ce savoir commun est privatisé par le néolibéralisme capitalisto-financier.

La considération actuelle des libéraux pratiques pour le travail et les travailleurs est telle que les moyens de la médecine du travail ont été divisés (sous Villepin) par deux : doublement des vacations par médecin et passage à deux ans des visites au lieu de la périodicité annuelle. On note aussi que depuis toujours, les médecins du travail sont soumis aux patrons par le biais de structures de prise en charge dans lesquelles les seconds assurent la plus grande part des pouvoirs. Ce qui explique, du reste, que certains patrons se soient mis dans la poche les subventions ou les financements de la médecine du travail. On rappelle aussi l’insuffisance radicale et organisée de l’Inspection du travail, dont on peut tirer les inspecteurs comme des lapins sans grand émotion des dirigeants de l’Etat contrairement à la mort du moindre poulet de la maison Royco-Poulaga. On rappelle encore que les accidents du travail et les maladies professionnelles sont radicalement sous-évalués parce que les organismes patronaux, munis d’experts stipendiés, siègent dans les instances et les tribunaux de la Sécurité sociale, en face de fonctionnaires soit compradores  soit sans moyens. Et, en outre, Arachid Data vient de supprimer 44 Tribunaux des Affaires de Sécurité Sociale (TASS, sur 115) et 63 tribunaux de prud’hommes sur 271, alors que les délais de traitement des contentieux sont déjà exorbitants et que ces instances jugent des différends entre les petits et les gros. Cela améliorera sûrement la santé des travilleurs.

Le travail, du reste, n’est plus considéré comme une œuvre collective. Cela se voit dans la nouvelle réglementation du droit de grève dans les services publics : les grévistes doivent se déclarer individuellement en tant que tels 48 heures à l’avance. Rappelons que pour Proudhon, le travail était forcément collectif, coordonné dans l’interdépendance et coopératif. Il n’était pas, non plus,  qu’une activité de production ; il était « la force plastique de la société ». Il n’était pas qu’un acte productif ou une action productive. Il était en même temps, pour le salarié ou le collectif, une « œuvre » (comme l’a bien vu Hannah Arendt). Il était aussi « un mode universel d’enseignement » reliant spontanément la théorie et la pratique.

Le 20e siècle avait essayé de protéger le salariat en rééquilibrant les rapports de force de celui-ci avec le patronat. Le 21e, devenu tsarkozyste, mais dans la filiation du prétendu fainéant Chirac qui avait déjà largement amorcé la pompe de la fin d’un droit du travail protecteur (notamment en faisant simplifier le code du travail, ce qui a conduit à sa complexification et surtout à sortir du domaine de la  loi, au profit du décret, la plupart des domaines de la protection du travailleur), continue de renvoyer le travail aux conditions du 19e siècle. Ces choses-là laissent évidemment à penser que le travail n’a aucune valeur en dehors de l’activité économique, dans laquelle la nature ou la qualité du travail doit être réduite à sa plus simple expression, précarisée, flexibilisée pour cause de « valeur pour l’actionnaire ». Du reste, il aime tellement le travail qu’il l’a étendu au dimanche sous couvert de pseudo-volontariat et d’heures survalorisées (mais souvent non payées).

Les libéraux aiment tant le travail en tant que valeur que ce qui est analysé et suivi dans les statistiques du chômage, ce n’est pas le travail mais l’emploi. C’est ainsi qu’un travail (un emploi) à temps partiel ou/ et précaire est compté comme un emploi à temps plein alors que la moindre honnêteté statistique voudrait qu’un mi-temps soit compté comme un demi-emploi de façon à comptabiliser les prétendus emplois en équivalents emplois à plein temps. Il est clair que les libéraux ne s’intéressent pas au contenu ou au mode de travail (partiel, épisodique, précaire) mais au nombre d’emplois, fussent-ils parfaitement spoliateurs et déqualifiés. Par exemple, en France, les emplois de service à la personne ont été magistralement transformés en rapports de prestation  contractuelle individualisée et libérale entre un patron (un ménage ou une structure) et un employé (travaillant en moyenne 10 heures par semaine) via le chèque emploi-service (devenu le  chèque-emploi de service universel ou CESU) alors qu’il aurait fallu, pour échapper à la logique libérale, ne permettre l’usage de cette « force de travail » que dans le cadre d’organismes prestataires institués et d’un statut officiel des salariés. Et pour couronner le tout, les services à la personne font l’objet d’une niche fiscale…

Soi-disant libres d’organiser leur travail, les cadres sont tenus en laisse par les moyens modernes, téléphones et ordinateurs portables, et par les horaires journaliers. Le cadre est soumis à des exigences de rendement, via des objectifs qui lui sont imposés sous couvert de négociation de gré à gré, qui le transforment en prisonnier du boulot à toute heure. Le salarié lambda est, lui,  mis sous tutelle de groupe de groupes de travail autonomes ou semi-autonomes, de groupes d’expression où les déviants sont rapidement dénoncés et exclus. Ce n’est pas le groupe au travail qui intéresse le capital, c’est la pression de conformité du groupe sur le « mauvais »  travailleur. C’est conforme aux positions des libéraux pratiques du 19e siècle qui avaient vu dans le contrôle mutuel et l’espionnage des uns par les autres le meilleur moyen de la pacification sociale. Là encore, ce qui intéresse le capital, ce n’est pas la valeur du travail mais ce que les activités peuvent procurer comme valeur supplémentaire pour l’actionnaire. Tant pis si les externalités négatives sur la santé de cette pression sont niées par la médecine du travail inféodée et payée par la collectivité. Il est clair que le travail est redevenu une marchandise comme les autres. Il n’a pas de valeur morale ou de valeur d’épanouissement personnel, ou de coopération et de solidarité entre travailleurs. Il n‘est que résultats financiers valorisés par la bourse ; il n’est que variable d’ajustement pour maximiser la « valeur pour l’actionnaire ».

Le travail, la valeur du travail, les libéraux modernes n’ont que cela à leur bouche manipulatrice. On vient de voir quelle considération ils lui accordent. Chez Proudhon, le travail est d’abord un vecteur d’épanouissement et de réalisation  des capacités des travailleurs. Les milieux de travail sont les lieux où chacun peut développer ses compétences pour pouvoir, s’il en a les capacités, accéder aux plus hauts grades de l’organisation. Le travail est le moyen principal de la réalisation de la personnalité à condition qu’il soit correctement organisé et permette la promotion sociale et la formation professionnelle continue, à condition qu’il soit effectué dans une organisation coopérative et solidaire. C’est aussi un ressort d’acquisition de la morale de la solidarité et de la justice au sein même des collectifs où se développent les relations de travail. C’est en même temps l’origine de la valeur des biens et services. J’ai dit l’origine, je devrais dire seulement l’origine.

Ainsi, le travail ne saurait être seulement un moyen ou une ressource. C’est le fer de lance de l’implication de chacun dans le processus de production, à condition qu’il y soit considéré comme une personne ayant sa dignité à respecter et non comme on dit aujourd’hui : « une ressource humaine ». Car le travail, avant tout, est un système de relations sociales où normalement chacun a sa place, à condition évidemment qu’il soit organisé sur la base de la coopération dans l’interdépendance réciproque et la valorisation des tâches de tout un chacun. Dans une société n’obéissant qu’à la logique du profit, fondée sur la compétition et la seule réussite individuelle, il est clair que le travail ne peut pas être reconnu ; ce qui est admiré, ce sont les signes du prétendu mérite personnel, alors que, naturellement, personne ne peut réussir sans la coopération des autres ou sans vol pur et simple des fruits de cette coopération de fait.  

Toutes les enquêtes montrent que le travail demeure une des valeurs principales comme réalisation de soi, espace de relations avec les autres et signe d’insertion sociale. Cependant les tenants de la thèse de la disparition du travail ont involontairement raison : le travail, comme décrit  supra, n’existe plus chez les libéraux pratiques ; il a été réduit à un temps d’activité, le plus élevé et le plus flexible possible pour créer non pas des valeurs de cohésion sociale, mais de la valeur pour l’actionnaire et des commissions occultes pour les politiciens et les journalistes conformes et bien méritants.

 

Le problème des retraites

Classé dans : Non classé — 18 février, 2010 @ 11:54

 

Ce qui frappe le plus dans le traitement du problème des retraites par le pouvoir et par les journaleux, c’est non seulement un cas typique de pensée unique mais encore l’évacuation constante de moult paramètres essentiels  de la situation. Il est vrai que la chose est prédéfinie par un organe (au sens de Soljenitsyne) officiel, le « conseil d’orientation des retraites » (COR, au pied, car truffé de compradores) bourré de libéraux de tout poil et de membres stipendiés par le pouvoir ; du coup, les auteurs et organismes qui étudient la chose sans les œillères libérales sont passés à l’as. Essayons de remettre les tenants et aboutissants du problème dans une vraie problématique sans concessions à l’air du temps néolibéral.

Un 1er paramètre réside dans la démographie, qui ne se porte pas mal en France 65 millions d’habitants avec près de 2 enfants par femme comme descendance finale) ; cela veut dire que normalement le COR (au pied, Médor) devrait actualiser le niveau de la population active et donc augmenter le rapport affiché de 1,2 actif pour 1 retraité à l’horizon 2050. Rappelons aussi que ladite population peut augmenter avec l’immigration même « choisie ».

Il faut aussi tenir compte des progrès de productivité, lesquels impliquent que dans 20 ans le revenu national sera bien plus élevé et que donc la charge des retraites rapportée à celui-ci sera bien moindre que si on la calcule avec le PIB actuel. La vraie question est celle du partage des gains de productivité entre le capital et le travail. La part de ce dernier a régressé de 10 points depuis pas mal de temps ; les progrès de productivité peuvent être affectés en partie à la réduction du temps de travail, ce qui était un mouvement historique avant que le néolibéralisme ne force à s’aligner sur les pays les moins-disant pour cause de mise en concurrence mondialisée des économies du monde entier. Soulignons que cette réduction du temps de travail n’est pas forcément celle de la durée journalière ou hebdomadaire ou annuelle des choses. Elle pourrait parfaitement être affectée à l’âge du départ en retraite. D’autant que ce qui compte, ce n’est pas l’espérance de vie (en hausse depuis longtemps, 84 ans pour les femmes, 77 pour les hommes aujourd’hui) mais la durée de vie en bonne santé après la mise en retraite. Elle est, en moyenne, assez faible : plus 5 /10 ans, ce qui est fort injuste pour ceux qui ont commencé tôt et effectué des travaux pénibles, lesquels ont 8 ans d’espérance de vie de moins que les cadres. Notons que les négociations sur le sujet entre syndicats et MEDEF, commencés en 2004, n’ont toujours pas abouti !

Le partage des gains de productivité peut se traduire en gains salariaux, ce qui fait que des taux de cotisation augmentés sont beaucoup moins lourds au fur et à mesure du temps. Une cotisation de plus 2 % sur 1356 euros (SMIC) en 2010 ne fait que 1 % rapporté à un smic de 2712 en 2050 ; on pourrait donc augmenter les cotisations de façon assez indolore et progressive si les gains de productivité étaient partagés. Tsarkozy compte peut-être jouer sur l’âge de départ en retraite, actuellement de 60 ans depuis 1981 et surtout sur le nombre d’annuités de cotisations (41 en 2012, 42 en 2020, 40 aujourd’hui). L’approche de Zébulon 1er, comme on le voit, est purement comptable et financière, les vrais paramètres socio-économiques n’étant pas actionnés. Rappelons que l’âge moyen de demande de liquidation des droits à retraite est de 61 ans et demi, que l’âge réel est de 58 et que le taux d’activité des séniors culmine à 38 % contre 45 dans l’UE ou 60 en Suède. Cela signifie en réalité que mettre la retraite à 61 ans et plus et allonger la durée de cotisation conduit automatiquement à une baisse des pensions, ce que Epiméthée 1er (celui qui réfléchit après en grec) s’est engagé le 15/2/10 à ne pas faire. Soulignons que dans le privé, avec la réforme Balladur de 1993, les pensions vont d’ores et déjà diminuer de 20 à 30 %. Rappelons que avec l’indexation des retraites sur l’inflation et non plus sur les salaires, le pouvoir d’achat relatif des pensionnés vis-à-vis de celui des actifs va en prendre plein la gueule, sauf si, évidemment, les salaires n’augmentent pas, ce qui est l’attitude depuis toujours de tout capitaliste qui se respecte. 41 ans de cotisation quand l’âge moyen d’arrivée dans l’emploi est de 22 ans met la possibilité de la pension à taux plein sans les décotes instituées par Fillon en 2003 à 63 ans. Il est clair que le partage de la productivité est incompatible avec le fonctionnement et la logique actuels du capital. le pouvoir ne cherche donc que des rustines pour en compenser les dégâts au frais des pensionnés.

Même dans la démarche comptable, le mitron (général Boulanger en plus petit) ne regarde pas toutes les possibilités d’améliorer les comptes de l’assurance-vieillesse. Il y a par exemple à revenir sur le remplacement des salaires fixes et progressifs par des plans d’épargne d’entreprise et autres intéressement ou participation variables, incertains (quel peut être l’intéressement quand la majeure part des profits se dégage à l’étranger ou dans des paradis fiscaux ?) et qui ne payent pas de cotisations sociales, plans qui excluent là encore les retraités. On observe même que les plans d’épargne-retraite (PER, Perco) donnent lieu à une diminution du revenu imposable (jusqu’à 26 000 euros), ce qui ne profite qu’aux ménages qui payent l’IRPP, soit la moitié ; c’est surtout profitable aux contribuables les plus aisés. De même les stock-options sont un moyen élégant d’échapper aux cotisations sociales, ce qui d’après les calculs de feu Philippe Séguin à la Cour des comptes fait évaporer 300 millions au détriment de la Sécu. Autre solution financière vue d’un bon œil par les experts et le pouvoir, le système de retraites par points (on achète des « points » pendant son activité et ensuite on touche sa retraite en fonction de leur nombre ; c’est déjà en cours dans les systèmes complémentaires Agirc et Arcco) ; or la valeur du point est variable en fonction du rapport cotisants/pensionnés, ce qui produit un ajustement automatique et ne permet pas à l’impétrant de savoir à l’avance le montant de sa pension. Enfin, les financiers proposent un 3ème étage par capitalisation individuelle alors que cela existe déjà sous forme d’assurance-vie (dotée de privilèges fiscaux) versée en rente ou de Préfon (fonctionnaires). L’avantage serait de disposer de plus de fric pour se livrer à la spéculation ou investir ou garder français le capital des entreprises. L’inconvénient est évidemment que seuls les riches ou les aisés peuvent se doter de leur rente supplémentaire dans le mouvement ainsi installé d’individualisation des retraites. Et au bout d’un certain temps, les riches diront qu’ils ne veulent pas payer 2 fois et qu’ils exigent un régime entièrement en capitalisation individuelle, ce qui tuera toute solidarité collective et intergénérationnelle ; la crise mondiale actuelle qui a fait chuter de 50 % les pensions de la moitié des retraités US ou Gibbies (les autres n’avaient que la retraite d’Etat 30 à 40 % inférieure à la française) ne les a que momentanément refroidis.

Cependant, la variable la plus lourde se trouve dans la structure de l’emploi. Certes, les experts parlent du chômage qui fait perdre énormément de revenus à la Sécu alors que les dépenses augmentent. Ils pensent aussi au taux d’emploi des séniors (55-64 ans) qui n’est que de 38 %  (18 pour les 50/64 ans).  Ils oublient toutefois le faible taux d’emploi des jeunes (18/24 ans) et surtout les ravages du temps partiel qui affecte lesdits jeunes et les femmes. Or, dans les statistiques un emploi à temps partiel est compté comme un temps plein alors qu’il ne rapporte que la moitié en cotisations par exemple dans le cas d’un mi-temps. Sous-estimé aussi est le fait que les parcours de carrière sont devenus hachés et aléatoires, ce qui touche énormément les femmes et de plus en plus de salariés. La retraite moyenne des femmes dans le secteur privé est d’ores et déjà  de 670 euros !

La variable principale est donc dans la nature et le volume des emplois, ce qui suppose que la désindustrialisation (avec le chômage et la pression sur les salaires qui vont avec) du pays s’arrête, vu qu’elle n’est compensée que par des emplois de très mauvaise qualité à la fois en rémunération, en temps d’activité et en sécurité dans les services (dont les soi-disant « à la personne). Rappelons aussi que le pays ne peut se payer des emplois de service (ou dans les loisirs ou dans les activités publiques payées par l’impôt, etc.) que s’il ya déjà auparavant un revenu national dans la production (ou différentes ventes par exemple de tourisme ou de brevets ou de services financiers, ou différents revenus comme ceux des exportations ou des profits rapatriés, etc. alimentant des balances commerciale et des paiements positives). Et la variable supplémentaire et très importante se trouve dans le partage des gains de productivité.

Si donc on ne se contente pas de ficelles comptables et si on ne veut pas détruire le système de solidarité du régime de répartition tout en gardant un bon niveau des retraites ; le problème fondamental est de protéger l’industrie française qui est détruite, comme celle de l’Europe, par la concurrence sans foi ni loi instaurée depuis plus de 20 ans par le libre-échange entre pays n’ayant pas du tout les mêmes atouts de compétitivité, ni les mêmes protections sociales, et forcés alors de se livrer au dumping en tout genre (environnemental, fiscal, social, salarial, financier, etc.). C’est cette mise en concurrence des pays qui a transféré l’industrie en Chine (notamment par délocalisation de filiales de production ou achat de produits low cost), qui impose partout la même logique de rentabilité avec diminution des charges à commencer par les salariales, qui a conduit à ne plus donner sa part des gains de productivité au salariat.

Les projets actuels de réforme des retraites ne concernent que la marge ; ils ne visent qu’à placer le pays dans la concurrence internationale exacerbée et continuée ; ils cherchent à sauver les meubles du capitalisme. Malgré ses rodomontades, ses tartarinades, notre président à talonnettes essaie de sauvegarder le taux de profit et la finance. Or le problème prioritaire est de casser le dumping mondial entre pays et touchant à tous les domaines. Suggérons-lui une solution : instaurer des droits de douane compensatoires sur les produits ou services en provenance des pays usant dudit dumping, de façon, par exemple, que le différentiel de droits sociaux (ou de salaires compte tenu des niveaux de vie) entre la France et un pays soit annulé. Il ne le fera pas. En effet, quand il ne sera plus au pouvoir, il sera trop content de retrouver son cabinet d’avocats d’affaires, qui, comme les autres, est spécialisé dans les combines « d’optimisation fiscale », notamment pas passage dans les paradis fiscaux. Mettre au pas lesdits cabinets, les entreprises de conseil (KPMG, etc.), les agences de notation qui facilitent en permanence la spéculation,  l’évasion fiscale et la fuite des capitaux, ce serait pour ces gens-là tuer la poule aux œufs d’or, l’âne aux écus. Ils ont donc intérêt à la perpétuation du système car pour être avocat « d’affaires » (comme la majorité des 80 politicards français devenus automatiquement avocats, souvent sans avoir fait d’études de droit, à l’instar de l’hipponyme Galouzeau de Villepin ou de Copé, à la faveur d’une législation très spéciale), il faut d’abord qu’il existe un « monde des affaires ». N’a-t-on pas vu, autrefois dans son cabinet, le président travailler (avec l’aide d’un escroc condamné depuis) à l’évasion fiscale d’Henri Leconte en Suisse (cité par Xavier Harel ; lire son livre « La grande évasion » sur les paradis fiscaux) ?

Hélas, c’est utopique dans le monde actuel super-libéral, notamment dans l’UE, et totalement divisé, chaque pays voulant conserver ses moyens de compétitivité à commencer par le dumping et les paradis fiscaux. Depuis 30 ans les gouvernements ont cassé toutes les régulations et protections pour favoriser le capital financier. Et maintenant ils ne peuvent plus arrêter la machine à la Frankenstein qu’ils ont créée, sauf à s’entendre entre eux pour mettre en place de nouvelles règles mondiales ou à tout le moins européennes. Le monstre est devenu autocinétique, systémique et immaîtrisable. Comme il faudra des décennies pour revenir sur ce capitalisme débridé (même en Chine, eh eh), la seule stratégie efficace de mise en l’air du capitalisme est de créer,  animer et fédérer des contre-structures qui ne jouent pas suivant ses règles du jeu : coopératives, mutuelles, Sels, Amap,  associations, etc.  Des structures qui sont fondées sur l’entraide, la mutualité de services, l’égalité de considération et de traitement. Cela revient, cela se développe. Parallèlement, il faut développer les associations de défense et de révélation des manipulations en tout genre (certaines ONG). On a le regret de dire que les plus importantes sont d’origine anglo-saxonne, c’est-à-dire de la culture du fric et de l’égoïsme qui a fichu le monde entier dans la merde. Car, par exemple, l’avocat d’affaires, comme le bousier, prospère en arrondissant sa boule de caca. Il ne survit que si le merdier capitaliste et financier perdure. C’est du reste pourquoi ledit avocat appartient à un « cabinet » comme dirait Walter de Closets.

 

Encore une loi sécuritaire: La Loppsi

Classé dans : Non classé — 13 février, 2010 @ 12:12

C’est la nouvelle loi sécuritaire que le pouvoir vient de mettre en discussion au parlement.  Depuis 2002, on ne compte plus les lois sécuritaires (sans préjudice pour la loi Vaillant, socialiste,  de 2001) qui ont été votées et ont conduit à modifier le code pénal environ 50 fois. Cette inflation est en train de criminaliser à peu près tout et cela avec des peines de plus en plus lourdes, notamment en cas de récidive. C’est ce processus sans fin (on attend la réforme de l’ordonnance de 1945 sur la justice des mineurs ; on peut s’attendre à voir réapparaître le délit de blasphème ou d’injure envers la religion, etc.) qui a amené aussi l’inflation parallèle des gardes à vue (GAV) et des prisonniers (environ 65 000 pour 54 000 places).

Le gouvernement avait soigneusement camouflé que le nombre réel des GAV s’élevait à 800/900 000 car les délits routiers (200 000) étaient passés sous silence. La GAV est normalement réservée aux délits qui entraînent une peine de prison. Or, justement, la transformation de moult infractions en délits avec menace de peine de prison donne prise à la police pour augmenter sans fin lesdites GAV. Normalement, la GAV est une phase du processus d’enquête pour accéder à la « vérité ». Prenons le cas d’un type qui se fait piquer avec plus de 0,80 g d’alcool dans le sang. C’est clair, c’est un flagrant délit qui ne demande aucune enquête complémentaire. Le délinquant devrait donc être relâché après le procès-verbal. Et ce n’est qu’un exemple de l’abus de GAV parfaitement injustifiées.

On peut donc légitimement déduire de la profusion exponentielle des GAV qu’elles servent à autre chose : « attendrir la viande » comme on dit élégamment dans les usines (à obtenir des aveux, religion toujours en cours et en cour) Royco,  extorquer la signature d’un PV négatif pour le contrevenant présumé (pratique facile pour la maison Poulaga), punir ex ante et sans jugement à la place de la justice, humilier le gardé à vue en le menottant, le foutant à poil et en lui infligeant un examen rectal. Et finalement ces buts, qui violent en permanence le droit au respect de la dignité humaine, sont facilement atteints car tout est là pour forcer le prévenu à tenter de sortir le plus vite possible : cellules dégueulasses, obligation de demander pour aller aux toilettes, elles-mêmes immondes, pour avoir un verre d’eau, impossibilité de dormir sur un bat-flanc en dur, enfermement à plusieurs pour un seul moyen de repos, pas de chauffage ou, dans le meilleur des cas, couverture puante et repoussante, etc.  

Et ces conditions de privation de liberté sans jugement sont connues depuis bien longtemps ; le simple fait de n’y pas avoir remédié (y compris sous Jospin 1er fort peu Vaillant en la matière) montre bien que le pouvoir laisse faire car sans doute la situation lui convient et car il ne faut pas froisser l’entreprise pouleman à laquelle, du reste, on ne donne pas les moyens nécessaires à un traitement humain des gardés à vue. « Surveiller et punir », comme disait Foucault, telle est la doctrine. On est obligé de rappeler ici que le fondement du libéralisme, dont se réclament nos gouvernants, est la protection des libertés et droits individuels et le respect de la dignité humaine et des « droits de l’homme ». Mais le pouvoir a trouvé la solution : afficher la déclaration des droits de l’homme de 1789 dans les écoles comme moyen de rappeler l’identité nationale. Ce serait bien mieux de la faire dans les commissariats…  Et pourquoi pas celle de 1948, qui est onusienne et universelle ? Las, l’hécatombe policière progresse. La dernière manifestation est la mise en GAV d’adolescentes de 14 ans après une légère bagarre au lycée pour un bourre-pif ou la descente de gendarmes avec chien policier (un berger Allemand sans doute) dans un collège pour soi-disant mener une simulation d’opération anti-drogue !

De plus en plus, la police poussée à faire du chiffre par le pouvoir (les notes et les primes dépendent des résultats, désormais attendus comme objectifs et donc quasiment transformés en quotas à atteindre) se livre à des abus de pouvoir. Quand ce n’est pas  à des manipulations : le nombre de GAV indues spécieusement justifiées par des accusations de rébellion ou de blessures ou d’outrages à agents progresse. Fastoche, les abus sont examinés par la police elle-même avec les bœufs-carottes auxquels la justice délègue le plus souvent toute l’enquête en cas de plainte. Il ya bien la commission de déontologie de la sécurité qui étudie les cas les plus flagrants mais très opportunément le pouvoir ne cesse de réduire ses moyens car elle a pondu des rapports saignants sur les pratiques policières. Combien de « basanés » se sont-ils retrouvé en GAV pour avoir renâclé à un énième contrôle au « faciès » dans la même journée ?

Mais cela commence à devenir trop voyant ; même les politicards s’émeuvent de cet état de non-droit dans un prétendu « Etat de droit », ce qui est un autre leitmotiv du libéralisme et de la démocratie représentative. Les avocats réclament le droit d’assister aux actes de procédure dès le début de la GAV et pendant son cours. Le pouvoir jusqu’ici résiste car il part du principe que les avocats sont susceptibles de rapporter des choses aux complices encore en liberté du prévenu (seul mot qui reste car il n’est pas encore mis en examen, suivant la réforme sémantique qui a été opérée), ce qui nuirait à l’enquête et profiterait aux délinquants. Cela, c’est de la démocratie : suspecter a priori les avocats d’être des coupables potentiels alors qu’avant le jugement tout un chacun est présumé innocent ! Et la Cour européenne des droits de l’homme ne va pas tarder à s’en mêler, elle qui a déjà stigmatisé que, en France, le procureur n’était pas une autorité judiciaire indépendante du pouvoir comme le requièrent les textes européens.

Cependant, le problème des GAV n’est que très secondaire par rapport à la « judiciarisation » répressive des problèmes de sécurité par le pouvoir actuel. Il y a désormais tant de délits que, d’une part la délinquance augmente mécaniquement, ce qui perturbe l’objectif gouvernemental de la diminuer (belle contradiction), et d’autre part les citoyens peuvent redouter de se retrouver à tout moment englués dans une procédure pénale. C’est sûrement le but visé : terroriser tout le monde tout le temps, dissuader de toute réaction de façon, par exemple, que le citoyen ne puisse plus manifester ou se livrer à une grève musclée vis-à-vis des patrons voyous ; forcer les gens à rester chez eux à regarder la télé Bouygues, dresser la population apeurée contre la délinquance au nom de la « tolérance zéro », faire régner un climat sécuritaire pour que les gens votent bien et chouraver les voix du FN. Faire régner la peur, tel est le dogme. Le pouvoir répond qu’il ne s’agit que de peines maximales rarement infligées ; alors il ne s’agirait que de menacer… Cependant, même si la législation mise en place n’est pas encore appliquée, elle sert à punir et avertir. L’exemple est celui de la loi qui punit l’aide aux étrangers en situation irrégulière ; Ganelon-Besson prétend qu’elle ne sert pas contre les braves gens compatissants mais seulement contre les passeurs. Pur mensonge ; elle a déjà servi moult fois à intimider de braves gens, avec GAV à la clé et plus si affinités avec un procureur qui veut se faire bien voir du pouvoir. Du temps de Staline, les soviétiques étaient heureux que quand l’on sonnait à leur porte à 6 heures du matin ce fût le laitier et non le KGB. Désormais,  les adolescent(e)s en France seront soulagé(e)s si un coup de sonnette à 9 h n’est donné que par le facteur…

Et si ce pouvoir est maintenu en fonction, rien ne l’arrêtera ; couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans, criminalisation du simple fait d’appartenir « putativement » (c’est le bon adverbe renvoyant à la fois à pute et à censément)  à une bande, pénalisation du port de cagoules. On pourra cependant se rabattre sur la burqa qui ne serait interdite que dans les espaces publics…

Il faut rappeler que ce mouvement répressif s’accompagne d’une révolution réactionnaire de notre système juridique avec élimination progressive dans anciens principes généraux du droit. J’ai déjà traité de ce sujet auparavant. Cependant, prenons quelques exemples. La récente (sous le Chiracos des immeubles qui puent et où il y a du bruit) responsabilité pénale des personnes morales (en général des sociétés comme GDF ou Total qui ont causé un grave accident par négligence et surtout par lésinerie vis-à-vis des la sécurité), non seulement permet d’évacuer celle des personnes physiques qui ont pris les décisions néfastes, mais encore institue une responsabilité collective jusqu’alors refusée par le droit parce que la responsabilité ne peut être que le fait de personnes individuelles. Cette «réforme » est amusante parce que les libéraux au pouvoir passent par ailleurs leur temps à nous bassiner avec la responsabilité individuelle, par exemple des chômeurs, seuls responsables de leur sort, ce qui est effectivement la doctrine libérale. La pénalisation des bandes va dans le même sens : une responsabilité collective au lieu d’individuelle.

Les libéraux prônent le débat public. Mais plus maintenant en matière pénale avec les procédures qui l’excluent comme le plaider-coupable, lequel élimine une des clefs de l’ancien droit, à savoir l’audience publique, et qui va profiter bientôt d’une redoutable extension à tous les délits méritant moins de 5 ans de taule. Le vieux droit était fondé sur le principe de l’individualisation des peines ; cela disparaît avec les peines planchers et les sanctions automatiques en cas de récidive, avec les comparutions immédiates où de plus en plus on applique un barème lors d’une audience durant 5 minutes à tout casser. Le procureur et les juges avaient leur liberté de parole lors des audiences ; objection : désormais celui qui le fait est convoqué à la chancellerie pour se faire remonter les bretelles surtout s’il ne requiert pas la peine plancher (autrefois, il fallait justifier la peine maximale, aujourd’hui, c’est le contraire : il faut dire pourquoi on ne le fait pas !). Le nouveau droit pénal de nos libéraux affichés vise de plus en plus des risques potentiellement pris et non des actes répréhensibles ; c’est le délit de « mise en danger de la vie d’autrui », qui est désormais mis à toutes les sauces, même s’il se justifie en cas de négligence intentionnelle, dont justement les PDG sont exonérés au profit de la responsabilité de leur boîte. Bientôt, le simple fait de manifester pourra, si un accident survient (dans un 1er temps, avant de s’en passer ensuite, la seule manifestation étant supposée créer le danger), constituer le corps du délit.

Cela me rappelle une intervention de Me Moro-Gaffieri, years ago. Il défendait un individu surpris devant une bijouterie muni d’une pince-monseigneur et sans passage à l’acte. Le célèbre avocat avait plaidé qu’il portait sur lui tous les instruments du viol mais qu’il ne pouvait être poursuivi pour cela car le droit pénal ne connait que des actes et non des intentions. Eh bien, le droit « libéral » moderne propulsé actuellement par le pouvoir glisse peu à peu et subrepticement vers la pénalisation des intentions de même que des prises de risque. Rappelons que ladite prise de risque est le nouveau veau d’or des libéraux…  On y est déjà puisque la simple appartenance à une bande  fait suspecter d’avoir l’intention de faire des mauvais coups. Par ailleurs, notons que la tendance est au renversement de la preuve ; celle-ci devait être apportée par l’accusation ; on progresse vers l’inverse avec des accusés chargés de prouver leur innocence. Et que penser de la moderne acceptation dans le code de procédure pénale de la délation, de la rémunération des indics, du témoignage sous X, qui interdit aux contrevenants de se défendre. Certes, la délation est une pratique encouragée depuis toujours par les services de police. Mais jamais elle n’avait été institutionnalisée dans le droit.  Les libéraux actuels (en fait seulement en économie) ont donc, ou sont en train, de fiche en l’air les principes généraux du droit et même la morale instituée. Or ceux-ci font partie du pacte social au niveau de la défense des droits et libertés individuels dans tout Etat véritablement de droit ; des politicards seulement légaux du fait de leur élection (et non légitimes comme ils le prétendent car à ce compte là, Hitler ou Mussolini, élus, l’étaient autant qu’eux) et désignés pour le court terme se permettent ainsi de détruire les acquis historiques, institués, pérennes de la culture juridique du pays. Comme dirait Georges Marchais à sa femme : c’est un scandale que, curieusement, les journaleux institutionnels ne voient pas…

Doucettement, en plus d’ériger la peur en mode de gouvernement, le pouvoir insinue le passage à la procédure accusatoire des USA. Or, celle-ci requiert des procureurs indépendants ce que visiblement la sarkozye refuse avec la future suppression du juge d’instruction. Elle requiert aussi des avocats présents le long de toute la procédure et pouvant enquêter de leur propre côté notamment en payant des enquêteurs privés. La France policière et répressive n’ira pas jusque là. Elle prendra le mauvais côté de la procédure anglo-saxonne : les droits de l’accusation avec des procureurs inféodés, bien que le système US soit critiquable parce que les procureurs sont élus et donc soucieux de faire leur pub comme dans l’affaire Polanski. Mais elle refusera le droit d’enquêter de la défense bien que celui-ci institue une justice à 2 vitesses puisque seuls les riches peuvent se payer de bons avocats et des enquêteurs, comme aux USA.

De quoi Sarkozy est-il le nom, s’est demandé Alain Badiou ? Du pétainisme a-t-il répondu et il avait moult éléments pour le dire. Pour moi, il est simplement de la droite extrême, de la  bonne vieille droite réactionnaire, fut-elle républicaine comme Adolf Thiers : ordre moral, appel à la religion comme consolation et comme « préservatif » (Proudhon) contre la révolte, répression sauvage des manquements à la propriété, mérite individuel contre solidarité collective, droits de la propriété contre droits sociaux, droits théoriques (droits de l’homme abstraits) au lieu de droits réels (au logement, au travail, à l’éducation, etc. ) et ainsi de suite. Cette droite, tout à la fois calotine, moralisatrice, inégalitariste, anti-démocrate, bonapartiste, légitimiste, orléaniste, anti- républicaine et super libérale en économie au nom des « droits de propriété » et de la « valeur pour l’actionnaire », n’est pas nouvelle, n’est pas en rupture. Elle n’est qu’un retour à l’idéologie bourgeoise du 19ème siècle. La seule habileté, bien classique au demeurant, c’est de compenser la pratique de droite extrême par un discours socialisant. Ce n’est jamais que de la démagogie et du populisme clientéliste.

Garçon, svp, une polémique toute Frêche

Classé dans : Non classé — 10 février, 2010 @ 12:38

 

Les grands médias de radio, télé, presse se sont précipités sur la dernière prétendue provocation de Frêche.  On note tout de suite la différence de traitement entre les dérapages des personnalités de droite, et il y en a eu beaucoup (Hortefeux,  Bussereau,  Morano, etc.), qui font un petit « buzz » momentané sur le web  et ceux de la gauche non-institutionnelle. Car quand Valls observe qu’il n’y a pas beaucoup de « blancos » sur le marché d’Evry, là aussi le buzz dure peu. La façon donc dont les médias et les partis (les parties au débat, devrai-je dire aussi) gonflent le cas Frêche suscite des interrogations et laisse à penser qu’il y a bien des anguilles sous les eaux boueuses de la politique politicienne et sur leurs relations avec les médias institutionnels.

Rappelons que le sieur Frêche, politicard s’il en est mais dans cette corporation ce n’est pas la morale qui étouffe, a été relaxé par les tribunaux. Car tout dépend de la manière dont les médias présentent les propos démagogiques et populistes du « tribunus plebis » de la « Septimanie », propos qui sont dans les discours ordinaires des politiciens, aux écarts de langage près (kärcher, racaille, casse toi pov’con, descends si tu l’oses, etc.). On a dit que Frêche avait insulté les harkis ; sans noter qu’il ne s’adressait qu’à 3 ou 4, qui l’avaient lâché pour aller dans l’opposition à la personne du kronprinz du Languedoc : c’étaient ces traîtres qui étaient les « sous-hommes » et non l’espèce, si j’ose dire. Le bonhomme a dénigré le nombre de « blacks » dans l’équipe de France. Il n’est pas le seul : un philosophe de droite connu avait parlé de l’équipe « black, black, black » sans que cela ne soulève autant d’émotion journalistique et politicarde. Et, ô horreur, il a dit que Fabius n’avait pas « une troche très catholique ». Comme ledit Fabius, quoiqu’élevé dans le catholicisme, est d’origine juive, les médias ont aussitôt fait l’amalgame : il était visé en tant que sémite alors que l’expression est tout à fait courante même si elle est à manier avec discernement.

Arrêtons-nous quelques instants sur l’arrière-plan de cette polémique événementielle et superficielle. Cela veut dire qu’avant de l’employer, il va falloir se renseigner sur les caractéristiques de la personne visée. Si le destinataire du propos avait été musulman, on aurait crié à l’islamophobie, orthodoxe à l’anti-slavisme, etc. Désormais, le « politiquement correct » requiert de repérer les origines, « raciales », ethniques, religieuses de ceux que l’on attaque. C’est époustouflant parce que, justement, la doctrine politique française refuse que l’on considère les hommes et les femmes autrement qu’en tant que citoyens sans distinction aucune d’appartenance à quelque communauté que ce soit. La bonne question est donc de savoir si c’est Frêche ou ses attaquants qui ont porté le débat sur les origines ethniques de Fabius. Les tribunaux peuvent trancher mais notre imperator occitan aura beau jeu de montrer qu’il soutient Israël depuis toujours et qu’il a beaucoup aidé les Harkis. Je ne tranche pas ; cette nouvelle affaire révèle que le politiquement correct, importé des USA comme le reste, permet de s’en prendre à n’importe qui et surtout n’importe quoi et ouvre la vois à toutes les censures, auto, ou non. Il est clair que pendant le temps des polémiques à partir de petites phrases on ne dit rien sur les vrais problèmes et l’essentiel de ce qui concerne le pays. Il est clair aussi que le contexte général suscité par la droite sarkozyenne à base des 3 I : insécurité, immigration, identité, contexte aux forts relents de Front national à l’approche des régionales pour lui piquer des voix comme en 2007, donne un cadre favorable aux attaques pour propos incorrects. Car ce qui est sous-jacent dans la mise en cause de Fabius c’est son identité religieuse et ethnique.

Hier, sur Canal +, le sieur Aphatie, journaleux en vue, s’en est pris à Frêche qui avait dit dans une interview que les « juifs » avaient voté contre lui. Aphatie, en bon ami sans apathie pour le  néolibéralisme, camouflé en journaliste soi-disant neutre, lui a dit qu’il n’y avait pas de vote communautaire, de groupe organisé, de consigne de vote pour une communauté. Car pour M. Aphatie, comme pour tous les sympathiques libéraux, il n’y a que des individus, des atomes isolés, autonomes, non-influencés, sans racines, sans appartenances. Notre politologue autoproclamé (il se vante d’être un autodidacte ; il a bien raison car cela se voit à son ignorance encyclopédique en dehors de la politologie politicienne) devrait pourtant savoir qu’il y avait bel et bien autrefois un vote « juif » en faveur du socialisme mitterrandien, qu’il ya bien des intérêts, des valeurs, des problèmes, des situations similaires qui unifient des gens et qui les prédisposent à telle ou telle attitude ou vote. Notre peu apathique bonhomme, en fait, refuse toute approche sociologique des problèmes des gens.

Il n’est pas le seul ; c’est la dominante de la « pensée unique » dans les grands médias. Le sarkozysme (Y et non I car le I signifierait que c’est une doctrine alors que ce n’est qu’une pratique politicarde) et le néolibéralisme y dominent, quelle que soit l’obédience du médium. Et ce n’est pas parce que Tsarkowitch  aurait les patrons de presse à sa main : ils ne sont pas fous : ils font la balance des « coûts d’opportunité » et si prendre parti pour le prince leur faisait perdre du fric il le lâcherait aussi sec sauf à se rattraper sur les commandes d’Etat. C’est parce que les journaleux (et leurs patrons) visent l’audimat et qu’ils soignent ce qui le fait augmenter : il faut donc ne pas parler de ce qui peut fâcher ou gêner, encore moins en profondeur avec des analyses sérieuses ; ne rien dire, ne rien voir, ne rien entendre, comme les 3 singes, est le gage de la quiétude. De plus, les journaleux sont passés dans la même filière et sont donc à peu près formatés pareillement, comme les économistes ou les manageurs ou les politicards : libéralisme «über alles » et Dieu pour tous. Donc, ce qui prévaut c’est tout simplement l’absence d’esprit critique, le conformisme, le carriérisme, et, in fine, l’autocensure et la neutralité apparente.

C’est pourquoi les journaleux se précipitent tous ensemble sur les polémiques les plus fraiches comme un dogue sur un os à ronger, comme un rapace charognard sur une carcasse : c’est simple, ça ne touche pas aux vrais enjeux, ça évite de se décarcasser pour réfléchir et informer correctement l’opinion publique. Ils ne sont pas les seuls. Les politicards en usent de même afin d’évacuer les vrais problèmes et essayer de se mettre sur le pavois à la place des concurrents. Mme « Aux Abris » a vu dans le cas Frêche l’occasion de se refaire une virginité politiquement correcte alors que des soupçons pèsent sur son élection comme 1er secrétaire du PS et que ses rivaux pouvaient exploiter l’affaire à leur profit. Ce pauvre PS, qui a abandonné toute politique de gauche pour se vautrer dans le néolibéralisme depuis 1983, peut ainsi faire oublier la vacuité de son projet et sa responsabilité dans la situation actuelle du pays au sein de la compétition mondiale du tout-marché et de la « concurrence libre et non faussée » pour laquelle le curé Delors, père de Mme Aubry, a tant milité. Les écolos voient là l’occasion de tailler des croupières au PS, notamment en Languedoc-Roussillon. Etc. Et la droite sarkozyenne, réunifiée sous la houlette d’Epiméthée 1er (épiméthée signifie celui qui réfléchit après…), peut faire oublier ses propres dérapages, son bilan désastreux, son hyper-libéralisme camouflé derrière des appels aux mânes de Jaurés, de Mendès-France et de Guy Mocquet, etc., le fiasco de sa campagne sur « l’identité nationale ». Et tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

La bourse ou la vie

Classé dans : Non classé — 8 février, 2010 @ 11:21

 

Le grand vitupérateur contre les banques et leurs bonus, Tsarkozy de Bossa-Nova (et ses collègues du G 20) a oublié que dans le système financier actuel ce sont les bourses qui font le plus de dégâts. Rien n’est proposé pour les réformer alors qu’il faudrait tout simplement les supprimer comme l’a écrit Frédéric Lordon dans le Monde diplomatique de février. Ici, je m’inspire de ses considérations qui méritent d’être largement diffusées.

A l’origine, au 19ème siècle, les bourses d’actions ont été crées pour financer le développement de sociétés dans des domaines où les capitalistes privés de l’époque n’avaient pas les moyens de réunir le fric nécessaire : chemins de fer, canaux, grosses industries, etc. C’est dans ce but qu’ont été créées les sociétés anonymes par actions vendues dans le public par émissions de titres de parts de propriété dans le capital. Ce que l’on appelle aujourd’hui le marché primaire des actions (ou obligations). L’avantage était décisif : répartition des risques entre la multitude des actionnaires (qui furent cependant souvent pigeonnés comme dans l’affaire du canal de Panama) et collecte du capital financier nécessaire. Notons que pour réunir le capital de départ par émission d’actions, nul n’était besoin de bourses : les banques le faisaient très bien et peuvent tout aussi bien le faire aujourd’hui.

Rappelons-nous que le capitalisme a pour logique l’accumulation permanente et exponentielle du profit et depuis longtemps les bourses sont un des moyens de la course au toujours plus de fric. Mais ce n’est qu’un instrument, ce qu’il faut supprimer c’est le capitalisme lui-même. Pour l’instant visons les bourses. Celles-ci n’auraient pas une si grande importance si ne s’était institué le principe majeur de « la valeur pour l’actionnaire » car elles sont devenues le lieu géométrique où la maximisation des rentes et plus-values des actionnaires se réalise. Cela se fait par le marché secondaire des titres de propriété (actions surtout et obligations). Ce qui signifie que les titres des entreprises sont sans cesse vendus et achetés en vue de réaliser leur valeur de marché (dite « fair value », valeur honnête !) avec une plus-value.

C’est là le hic : la bourse est l’intermédiaire obligé de la réalisation de la valeur financière des actions ; il en découle moult conséquences dommageables pour la population et rentables pour les détenteurs du capital. Or ces derniers sont largement des « zinzins » (z’investisseurs z’institutionnels) comme les « fonds de pension » par capitalisation mis en place par l’Anglo-Saxie pour servir les retraites, comme les fonds spéculatifs dits aussi fonds de couverture ou « hedge funds », comme les fonds privés dits de « private equity » (Balckstone ou Carlyle par exemple ou le fonds créé par le baron Sellière en France), comme les multinationales qui placent leurs liquidités en bourse afin de spéculer et d’arrondir leurs bénéfices. Une étude a récemment montré que sur le capital investi par les salariés Anglais pour préparer leur retraite seulement la moitié était par eux retrouvée dans leur pension. En ce qui concerne les fonds de pension (ou autres) qui détiennent un capital suffisant pour siéger au Conseil d’administration, l’objectif est simple : faire monter le plus haut et le plus vite possible la valeur des titres qu’ils détiennent. En effet, le service des pensions nécessite des plus-values parce que sur les fonds souscrits par les futurs retraités et capitalisés il faut tenir compte de l’inflation et surtout payer des frais de gestion considérables et des commissions très importantes pour les opérations de vente ou d’achat des titres boursiers garantissant les retraites. On les estime à 10 % alors que le paiement des pensions nécessite déjà 5, soit 15 % en tout. Et c’est donc ce qui explique le chiffre magique des 15 % de rendement exigés des entreprises cotées. La conjonction bourse-fonds d’investissement et de pension force donc les marchés de titres vers le haut, pousse à la spéculation  et au rendement par tous moyens y compris frauduleux : opérations fictives et appel aux paradis fiscaux (filiales notamment) pour camoufler l’état réel de la situation de la boîte comme l’a montré les exemples d’Enron, de WorldCom, de Parmalat, de Vivendi, rachat de ses propres titres pour augmenter le dividende par action restante, usage incontinent du leverage Buy Out (LBO ou achat d’une entreprise quasiment à crédit en lui faisant rembourser l’emprunt en profitant de l’effet de levier du crédit), fusions-acquisitions pour faire des économies d’échelle par concentration, achat des concurrents pour piquer leur marché (en général par échange de titres ce qui conduit l’entreprise acheteuse à surévaluer les siens par tout moyen), séduction des agences de notation en leur achetant des services pour quelles cotent au mieux, toutes les techniques du management « moderne » visant à diminuer les coûts et à augmenter la productivité (externalisation, délocalisation, précarisation de l’emploi, sous-traitance, réorganisation, etc.), emprunts à très faible taux d’intérêt (ce qui était la politique de la FED ou banque centrale ou réserve fédérale des USA avec le gourou Greenspan) pour acheter ses propres titres ou d’autres maisons, remplacement des activités de production et des investissements par de la spéculation financière, évasion fiscale (en France, les entreprises du  40 ne payent que 8 % réels d’impôt sur les bénéfices alors que le taux théorique d’imposition est de 33 %), etc. Cette course folle au rendement de plus de 15 % (impossible à tenir car la croissance du PIB des pays dits développés n’est que de 2 %) a été facilitée par la mise en place d’une nouvelle comptabilité (normes pondues par une association privée typiquement anglo-saxonne) qui prend en compte les valeurs de marché, les actifs immatériels (brevets, logo, marque…) et même les promesses de marchés ou de clientèles espérées !

Cette congruence bourses-fonds procure la logique même de la spéculation, les fonds cherchant la maximisation du rendement du capital financier et la bourse étant son espace de réalisation. Les fonds sont logiquement le résultat de la logique de capitalisation individuelle que les Anglo-Saxons ont introduite dans leurs systèmes de retraite et d’assurance au détriment des régimes par répartition et des mutuelles d’assurance. Aujourd’hui les profits boursiers représentent 41 % de la totalité des rentrées financières aux USA ! C’est que l’on spécule sur tout : les monnaies (marché monétaire), les titres, les matières 1ères, les produits agricoles (bourse de Chicago, 1ère bourse mondiale là), les métaux, le pétrole, etc. Les Anglo-Saxons ont aussi inventé des marchés financiers inorganisés ou déréglementés où l’on peut sans contrôle boursicoter à terme (à échéance sur la valeur future d’un actif soit à la hausse soit à la baisse) et, ô miracle, « à découvert », c’est-à-dire en ne garantissant qu’une toute petite partie des montants engagés. C’est constitué maintenant d’écritures numériques sur ordinateur (voyageant à  la vitesse de la lumière ou presque sur le WEB) enregistrant les engagements et eux-mêmes échangeables sur les marchés financiers ad hoc, dits de produits dérivés par rapport aux valeurs initiales considérées. M. Lordon donne l’exemple du pétrole, marché sur lequel (après la crise éclatée en 2008) un seul tanker réel et plein correspondait à plus de 1000 transactions, ce qui a fait monter à l’été 2008 le prix du baril de pétrole à près de 150 dollars.

Evidemment, c’est risqué. La 1ère astuce consiste à se couvrir en passant deux ordres de sens contraire (hausse et baisse simultanément) avec une très faible différence dans l’espoir de gagner sur l’un des deux en minimisant ainsi le risque à cet écart minime. Celui-ci porte sur des volumes considérables et donc le gain l’est aussi. On a trouvé mieux : ce sont les Credit Default Swaps (échanges de défauts, donc non-remboursements, de crédits, CDS, pour les sommes non garanties lors de la spéculation à découvert) ou sur les pertes éventuelles si le spéculateur ne peut tenir ses engagements ou essuie des pertes. Ces CDS sont en quelque sorte des assurances qui sont prises par le spéculateur auprès de boîtes spécialisées. La plus grosse était l’assureur AIG (via sa filiale anglaise, laquelle avait vendu la chose aux banques européennes qu’il fallait rembourser) qui n’avait pas provisionné ses engagements en CDS et que les USA ont renfloué à hauteur de 180 milliards de dollars. Les CDS représentent 60 000 milliards de dollars soit le PIB mondial). On a aussi inventé les Credit Debt Obligations (CDO, en fait du millefeuille de titres de créances divers, notamment les hypothécaires pourris des « subprimes » ou prêts avec taux d’intérêt renforcé et juteux, « sur primes », consentis aux plus pauvres accédants à la propriété de leur logement ; donc c’est une opération de « titrisation » rendant vendables des dettes incertaines à la base et surtout dégageant la responsabilité des banques les détenant auparavant) et autres titres du même acabit (ABS notamment, assets backed securities). Et, évidemment, ces CDO pouvaient eux-mêmes faire l’objet de marchés spéculatifs et donc de CDS.  A tel point que l’ensemble des produits dérivés spéculatifs propulsés par les bourses représente, tenez-vous bien, environ 600 000 milliards de dollars, soit 10 fois le PIB mondial ! Notons au passage, que les flux d’argent ne vont plus des bourses vers les entreprises ayant besoin d’augmenter ou de créer leur capital par émission d’actions mais, au contraire, des secondes vers les 1ères car spéculer est devenu l’activité souvent la plus rentable des boîtes multinationales. Celles-ci n’investissent plus guère dans la production ; elles achètent leurs concurrents, ce qui constitue en fait la plus grosse part des fameux Investissements directs à l’étranger (IDE). Dans ce cadre, les politicards français ont tort de se réjouir de ce que la France est un des lieux favoris d’atterrissage desdits IDE : cela signifie tout simplement que l’étranger s’empare du capital des entreprises françaises.

Aujourd’hui, après l’apogée de la crise qui, naturellement, est loin d’être terminée tant que l’océan des CDS n’aura pas été éliminé, les banques se sont refait une santé en continuant de spéculer via les bourses en tout genre. La combine est simple : emprunter à très bas prix auprès des instances publiques pour financer des spéculations rapportant bien plus. Les armes de destruction massive du bien public et des ressources des populations sont donc toujours opérationnelles malgré les rodomontades et les tartarinades des dirigeants politiques de la planète. Rappelons que, au plus fort de la crise, pour se renflouer les banques et autres financiers s’étaient mis à spéculer sur les denrées alimentaires et les produits agricoles, ce qui avait conduit à des émeutes de la faim. On cite l’exemple d’un cargo de riz qui attendait en mer avant de s’amarrer au port que sa cargaison ne fasse plus l’objet de spéculations !

Il faut donc évidemment supprimer les bourses, à commencer par celles où l’on peut boursicoter à découvert et à terme. Mais il faudrait aussi casser les CDS, CDO, obliger les banques à détenir de vraies réserves comme gage des crédits qu’elles accordent et à séparer leurs activités de dépôt ce celles d’investissement et d’affaires, etc. Il faudrait surtout interdire la capitalisation individuelle comme mode de financement des retraites et des assurances sociales. On pourrait à la place créer une capitalisation sociale finançant la construction de logements sociaux et le développement de coopératives, mutuelles, associations de service,  notamment pour les services sociaux, via la mise en place d’une « banque du peuple » (Proudhon) autogérée par ses destinataires. Les loyers et les revenus de ces institutions serviraient les retraites. Il faudrait, de façon générale, éradiquer tous les moyens de la logique de la poursuite de la rentabilité sans règles. Et de fil en aiguille on aboutirait à la suppression du capitalisme comme logique d’accumulation privée au détriment de la collectivité. On se reportera au fédéralisme mutuelliste proudhonien qui lie le politique, le social et l’économique, qui repose sur le droit élaboré par les acteurs sociaux, qui répartit et décentralise le pouvoir de façon que l’Etat  soit remplacé par un pouvoir politique à la fois démocratique, pluraliste, issu (et inséré dans au lieu d’être extérieur et au-dessus)) de la société civile et cogéré avec la participation de tous à la chose publique.

Obama ne va pas casser la baraque néolibérale et le capitalisme financier

Classé dans : Non classé — 1 février, 2010 @ 12:43

 

Dans d’autres articles précédents, j’ai montré en quoi le système politicard amerloque avait été construit pour empêcher toute prise de décision, ce qui remettait le pouvoir réel aux lobbys en tout genre et aux politiciens locaux. C’est structurel ; Obama ne peut rien décider sans l’aval de la chambre des représentants et du sénat (où il lui faut 60 voix sur 100 ; il n’en a plus que 59 après la perte du siège du Massachussets de Bob Kennedy). Les USA sont le prototype même de la démocratie libérale en trompe l’œil, la France étant celui du bonapartisme camouflé en démocratie républicaine où le parti au pouvoir détient toutes les manettes avec son lider maximo présidentiel.

L’objet de cet article n’est pas d’examiner le fait que son élection a suscité des espoirs immenses qui à l’heure actuelle se trouvent bien déçus. C’était le nouveau Messie, l’Imam caché, le sauveur et en fait il ne pouvait pas grand-chose, ce que les analystes politicards ont soigneusement camouflé pour faire croire que l’ère Bush était terminée. Eh bien pas du tout car l’impuissance organisée et institutionnalisée de l’exécutif US, sauf circonstances exceptionnelles (Roosevelt et le New Deal, lequel a du reste été sauvagement combattu par la Cour Suprême), conduit à la suprématie du lobby militaire et à la toute-puissance des milieux financiers  associés aux groupes de pression industriels (pharmacie, audiovisuel, agro-alimentaires, chimiques, etc.).  Quand le pouvoir politique est dans l’incapacité de décider au niveau national parce que les chambres législatives ne sont qu’une cohue d’intérêts locaux et particuliers, alors les puissances économiques et financières s’en donnent à cœur joie. Tout cela est structurel et depuis des lustres ; cela explique pourquoi les USA, au nom de l’anticommunisme, sont systématiquement intervenus dans les lieux où leurs intérêts économiques ont été mis en cause. Cela permet de comprendre que toujours les milieux économiques ont lutté contre toute régulation étatique, qualifiée de soviétique, au profit d’une auto-régulation sans contrôle. Mais, en réalité, le pouvoir financier a fait sans cesse pression sur le pouvoir politique pour obtenir des législations ou des abrogations en sa faveur. Le sieur Clinton a ainsi aboli une loi de 1933 (Glass-Seagall act) qui interdisait la collusion entre banques d’investissement ou d’affaires et banques commerciales ou de dépôt. 

Ce que je vais essayer de montrer c’est que saint Obama était au bas mot dès le début de son ascension une créature inféodée à la finance US. On fondait des espérances sur un pur produit, camouflé,  de l’establishment financier, sauf que les analystes n’y ont rien vu parce que c’était celui de Chicago et non, à l’origine, de Washington et de New York. La légende veut que notre homme ait vu sa  campagne électorale financée par un flux massif de petits dons individuels récoltés grâce à un racolage nouveau et intensif sur internet. Obama a récolté 600 millions de dollars, dont 150 seulement (un quart) sont venus des petits contributeurs. Les ¾  sont issus des milieux financiers, souvent démocrates, qui ont estimé que le candidat républicain, John Mac Cain, ou Hillary Clinton, n’était pas fiable. Or Obama, pour être élu sénateur de l’Illinois (Chicago), avait déjà prouvé son adhésion et son adhérence à la finance. Il a été proche (je n’ai pas dit impliqué mais il ne pouvait pas ne pas le savoir) de tripatouillages dans le secteur immobilier soi-disant en faveur des Noirs et des classes défavorisées ou moyennes ; il était, selon le mythe, dans un petit cabinet d’avocats dévoué aux Noirs et aux pauvres. Ce cabinet s’occupait notamment de contentieux immobiliers. Or il était lié à un affairiste notoire qui construisait sur appels d’offres bidonnés par la mairie démocrate des logements sociaux, lesquels ne répondaient pas aux normes et se révélaient inhabitables bien que les subventions municipales eussent été touchées. Ledit affairiste est en taule en ce moment…

Obama a eu très vite le soutien de l’establishment financier de Chicago, ville démocrate depuis toujours grâce à une habile politique d’aide aux Noirs tout en les ségrégant  dans des quartiers non-blancs, ce qui assurait un vote Noir indéfectible bien qu’ils fussent les pigeons de cette politique d’apartheid immobilier. C’est la finance de Chicago qui l’a fait élire sénateur de l’Illinois. Et c’est la finance US qui a soutenu sa campagne présidentielle, sans doute parce que le démocrate Clinton lui avait laissé de très bons souvenirs tant ce dernier s’était plié à leurs exigences, ce que Bush n’a fait que continuer. Il est vrai que le pouvoir politique américain, démocrate ou républicain, voit dans la finance mondialisée le fer de lance de l’emprise yankee sur le reste du monde, y compris la Chine qui finance les déficits US (commercial et budgétaire) en contrepartie de ses ventes, lesquelles du reste sont souvent le fait de multinationales amerloques qui y ont délocalisé leur production ou qui y achètent à  bas prix dans un pays totalitaire où tout est réduit au minimum (salaires, droit syndical, droit social, protection de l’environnement, etc.). Cette politique a détruit l’emploi industriel et fait limiter les salaires (pourquoi se gêner quand les acheteurs sont mondialisés et non US, quand les profits proviennent des firmes, dont les médiatiques, à haute productivité, c’est-à-dire sans grand emploi mais à grosses exportations) ? Pour compenser, la finance  a inventé le crédit revolving, le crédit hypothécaire ouvert à tous sans contrôle de la solvabilité, ce qui a donné aux gens une impression de pouvoir d’achat maintenu. Cela arrangeait bien le pouvoir qui calmait ainsi la déception du peuple et finançait ses déficits. D’où l’ouverture totale aux manipulations et aux spéculations de la finance. Parallèlement, la FED maintenait des taux d’intérêts très bas, ce qui a permis à la fois le crédit aux prolos et la surexploitation des effets de levier liés aux emprunts des financiers (dont les LBO).

Et voilà le vertueux, la sainte-Nitouche, le chevalier blanc Obama élu. Il convient alors de se focaliser sur son équipe et ses conseillers. On y trouve la fine fleur de la finance et des allers-retours entre celle-ci et les fonctions publiques : Lawrence Summers, ex-patron chez  Goldman Sachs (comme Rubin pour Clinton ou Paulson pour Bush), ex-patron d’une super université viré pour propos sexiste (les femmes n’auraient pas une intelligence ouverte aux mathématiques !), ex-FMI où il avait prôné une exportation des déchets industriels dans les pays pauvres parce que là la vie humaine n’avait pas la même valeur. Cette ordure super-libérale se retrouve conseiller financier en chef du président. Son ministre (on dit secrétaire d’Etat aux USA) des finances est l’ancien président de la FED de New York où il trônait à cause de ses accointances avec la haute finance. Le sieur Geithner a ainsi avalisé le plan Paulson (sous Bush) de 700 milliards de prêts aux banques pour acheter leurs actifs toxiques quasiment à leur propre prix (non celui du marché, du reste la nouvelle comptabilité des normes FASB qui stipulait la valeur de marché comme norme d’évaluation des actifs a été réformée dans ce sens : il suffit que la firme s’auto-évalue « raisonnablement », ce qui a permis à Geithner d’effacer une bonne partie des pertes bancaires sur leurs actifs)). Par ailleurs, il a couvert, avant sa nomination,  une enveloppe de 2 000 milliards d’aide supplémentaire sans contrôle et sans conditions apportée par la FED.  Il faut savoir que la Fed est en quelque sorte une fédération d’entités bancaires régionales (dont la plus grosse, celle de New York) totalement indépendante du gouvernement mais évidemment sous influence des grandes banques d’affaires. Son secrétaire général est Emmanuel Rahm, lui aussi issu des milieux financiers. La fée qui l’a soutenu et poussé à partir de Chicago, Mme Jarrett, financière très influente, proche de « General dynamics », fonds spéculatif de Chicago (qui, ne l’oublions pas, est la 1ère bourse mondiale pour les matières 1ères) dirigé par la richissime famille Crown, figure dans son cabinet à un poste de responsabilité.

Et encore je ne parle que des figures connues, repérées par Eric Laurent (« la face cachée des banques », livre récent dans lequel je puise beaucoup et qui est à lire pour connaître le dessous des cartes). On peut donc être plus que sceptique sur les discours d’Obama en vue de moraliser, contrôler et réguler la finance. Ces discours sont sûrement d’obédience populiste car le peuple américain est féroce vis-à-vis de celle-ci et voit d’un très mauvais œil qu’elle soit renflouée aux frais du contribuable et qu’elle puisse repartir comme avant avec ses incroyables bonus renouvelés alors que l’économie demeure dramatiquement sinistrée (immobilier, emploi, consommation). Du reste, notre homme n’a fait donner que 50 milliards de dollars à l’industrie automobile, ce qui est à comparer aux 2 700 milliards injectés dans la finance, aux 180 milliards mis pour sauver l’assureur AIG qui avait spéculé dans les produits dérivés et leurs assurances (CDS), le tout sans provisionner sa prise de risque. Obama est ferme dans le blablabla, beaucoup moins dans la réglementation. Du reste, son interdiction des bonus dans les banques renflouées par l’Etat a d’ores et déjà fait long feu. Etonnant, non ? Comme disait M. Cyclopède.  Eh bien non : le sauveur est déjà, dès son intronisation, dans les pattes velues et tentaculaires de la mygale financière. Comme disait le prince de Lampedusa : il faut que tout change (apparemment) pour que rien ne change. Cela  dit, il n’est pas le seul farceur à faire semblant de s’agiter avec démagogie. Vous savez sûrement, cher lecteur, à qui on peut penser en France.

 

De La privatisation

Classé dans : Non classé — 29 janvier, 2010 @ 11:34

 

Le Parisien révèle au grand public que des experts en nombre substantiels étaient payés par des laboratoires privés tout en étant conseillers des instances médicalo-gouvernementales ou de l’OMS qui ont organisé la panique de la grippe H1N1, ex-porcine ou mexicaine. En France, cela a l’air particulièrement net (94 millions de doses, masques, Tamiflu, etc., soit environ 2milliards et demi d’euros pour contrer l’épidémie transformée en psychose). Au passage, la campagne de vaccination était organisée suivant un modèle soviétique, excluant les médecins généralistes par crainte de payer 22 euros de consultation par vaccination (on aurait pu négocier un forfait…). Résultat, la vaccination, qui plus est avec réquisition d’internes (et d’infirmières  ou de médecins) bien plus utiles dans les hôpitaux, a coûté dans les 40 euros par tête de pipe sans compter le prix du vaccin. Rien de bien étonnant quand on considère que le gouvernement Tsarkowitch est tout entier acquis au libéralisme et que Mme Rosy Cachalot (car c’est assez) est une potarde et  a travaillé pour un laboratoire privé. Surprenant cependant quand on sait que la corporation médicale siège en masse au parlement ! Simple épiphénomène car la situation est bien plus grave et tellement plus générale.

Les citoyens qui suivent un peu ces affaires savent que les organismes ou agences de contrôle public (Afsaps, Afset, Afsa, etc.) sont truffées d’experts stipendiés par des lobbys et des firmes plus ou moins multinationales dans différents domaines : télécom ou électricité (nuisances des antennes et des portables, des lignes à haute tension, des éoliennes, etc. ), agro-alimentaire (OGM, nanotechnologies, sucre, sel, obésité, édulcorants, etc.), tribunaux de sécurité sociale (accidents du travail, amiante), organismes de définition des maladies professionnelles (pesticides, fongicides, glycols, etc.), agences de l’eau et de l’environnement (nitrates, nitrites, phosphates, etc.), certification des médicaments, etc. Par ailleurs, les « agences  ou commissions de régulation » (énergie, télécom, etc.) sont remplies de personnalités nommées par le pouvoir ou de représentants des firmes ou de lobbys concernés, ce qui procure auxdites agences une apparence d’indépendance vis-à-vis des pouvoirs dominants alors que visiblement c’est parfaitement faux. On y défend des intérêts prosaïques à commencer par ceux de l’Etat comme non pas défenseur de l’intérêt général mais de celui des entreprises. Je vais donner un exemple superbe de ce qu’il faut en penser.

Une petite boîte, Voltalis, a pondu un boîtier qui permet aux consommateurs d’électricité de s’effacer aux heures de pointe quand l’électricité est la plus coûteuse à produire. Eh bien EDF l’a attaquée sous prétexte que cela lui faisait perdre de la consommation (alors que c’était une filiale d’EDF, le RTE, qui lui avait demandé de pondre ce dispositif !) et la Commission de régulation de l’Energie (truffée de représentants d’EDF et de l’Etat, dont l’ancien secrétaire général du syndicat CFDT, M. Léchevin, le bien-nommé, promu là sans doute pour services rendus en tant que lèche-cul de la direction d’EDF/GDF quand il était encore syndicaliste) a approuvé cette plainte. C’est tout simplement honteux et scandaleux. En effet, ce procédé permet d’économiser de l’énergie alors que le « Grenelle de l’environnement » y incite. Ensuite, il permet de réduire la mise en service des centrales les plus polluantes et les plus chères quand il faut faire face aux pointes de consommation (rappelons que l’électricité de masse ne se stocke pas). Enfin, il permet de diminuer l’appel aux apports teutons, très chers et très peu écologiques (centrales au lignite), en cas d’insuffisance de la production nationale. Autre exemple, l’AFSET, dûment stipendiée, a conclu à l’absence de conséquences sur les populations des ondes électromagnétiques des antennes de téléphonie mobile pour les portables. EDF va se voir imposer par l’UE et le gouvernement français compradore de vendre à ses concurrents ( !) une grosse part de ses kWh nucléaires et, qui plus est, sans doute à prix coûtant (concurrents qui n’ont évidemment rien investi ou payé puisque ce sont les usagers de l’électricité qui ont tout réglé).  Ces concurrents privés vont donc piquer dans la rente nucléaire, ce qui dégradera les comptes d’EDF, qui, pour se rattraper augmentera les tarifs. Ce sont donc les clients en collectif d’EDF qui vont payer le cadeau au privé ! Comme le courant d’origine photovoltaïque (ou des éoliennes privées qui sont en plus une catastrophe écologique) fait  l’objet d’un rachat obligatoire pas EDF au tarif de 60 centimes le kWh, soit 10 fois plus que le coût de revient d’EDF, les petits malins privés (supermarchés, usines, entrepôts, etc. ayant de grandes surfaces de toit) se sont équipés et donc engrangent une super rente au détriment des usagers qui payent ces largesses avec une taxe de « contribution au service public de l’électricité ». Lesdits usagers sont donc spoliés. Rappelons que, en outre, les différentes taxes qui pèsent sur l’électricité (bien indispensable aujourd’hui) en Ile de France alourdissent de 38 % la facture. Toujours la même logique : socialisation des pertes, pressurage des usagers et privatisation des profits. Toujours mieux ; l’UE impose à la France de mettre fin (ou de compenser) aux « tarifs réglementés » de l’électricité (ou du gaz). Savez-vous pourquoi ? Parce qu’ils sont inférieurs de 30 % à ceux des producteurs privés (au lignite, les fameuse éoliennes n’y représentant que 5 % de la production) en Germanie. L’Ue impose la concurrence pour favoriser le privé et augmenter les prix !

L’emprise de plus en plus en grande d’experts privés dans les organes de décision sur l’intérêt public découle naturellement des politiques libérales des gouvernements qui ont réduit les moyens et les financements des organismes publics « budgétivores » (spécieux, car en fait l’appel au privé coûte bien plus cher, avec résultats comparables à ceux du service public,  comme le montre le recours  par le pôle emploi  à des entreprises privées 2 fois plus coûteuses pour placer les chômeurs, dont Altedia, boîte privée créée par le conseiller social du prince, à savoir Raymond Soubie). En fait, ces « partenariats public/ privé » sont des pompes à fric pour le privé. Par ailleurs, les sphères politiques sont de plus en plus envahies par des avocats « d’affaires » très privées (le contrat remplaçant la loi) comme Sarko, Lagarde, Copé, Borloo, etc. En outre, on observe que ce sont les patrons du privé qui se mettent à prendre la direction des entreprises publiques (à GDF-Suez, à EDF). Tout cela va donc dans le même sens : la suprématie de la logique et des intérêts privés en lieu et place du bien public.

Ce qu’il faut bien voir aussi c’est que les salaires, les statuts, les conditions de travail  et de promotion dans les organismes publics de recherche et d’expertise ont été rendus tellement précaires et minables que peu de jeunes vont chez eux. Naturellement, ils préfèrent les organes privés ou aller aux USA. Par ailleurs, les vocations scientifiques ne cessent de diminuer tout simplement parce que ce qui a été encouragé par le pouvoir néolibéral ce sont les débouchés et les carrières dans le commercial et la finance où les salariés gagnent infiniment plus que dans la production. Exit ce qui a fait la force de la France pendant les 30 glorieuses, à savoir ses ingénieurs. Un chercheur du CNRS peut s’estimer heureux avec 3 000 euros par mois ; je vous laisse comparer avec la rémunération d’Improglio à  EDF ou du trader à la Société Générale ; dès lors les autorités, qui ont organisé la chose, n’ont plus le choix : elles doivent en appeler aux experts payés par le privé puisqu’il n’y en plus dans le secteur public, ce qui a été organisé par le pouvoir précisément dans ce but. Il est ainsi facile aux gouvernements de dire que leur décision est forcée bien qu’ils soient les vrais responsables de la situation de privatisation de la recherche et de l’expertise.

Ce qui est privatisé, ce ne sont pas seulement  les activités (écoles, cliniques, médias, services en tout genre, prisons, expertise, etc.). C’est la philosophie même de la gestion des affaires publiques (avocats d’affaires, patrons du privé, etc. dans la « chose publique », Res publica). Les politicards néolibéraux, quelle que soit leur obédience, ne jurent plus que par le modèle de la « gouvernance » privée, que par la rentabilité, que par l’approche quantitative et valorisée. C’est le sens des objectifs quantifiés (notamment en matière de police) assignés aux ministres ; c’est le sens de la révision générale des politiques publiques (RGPP). Depuis belle lurette, EDF fonctionne non pas sur la logique du service public d’intérêt général mais sur celle de la rentabilité et des parts de marché du secteur privé. Ce qui finit par être totalement privatisé, ce sont les esprits eux-mêmes qui finissent par ne pas voir qu’il y a une autre logique possible que celle du fric, de l’individualisme, de l’égoïsme, de la concurrence féroce, de la sélection des meilleurs dans le struggle for life.

Pourquoi ce mouvement irrésistible vers la privatisation de tout a-t-il ce succès et s’est-il produit ?  C’est parce que d’énormes quantités de capitaux sont à la recherche de placements les plus rentables possibles à l’échelle mondiale. 2 000 milliards de dollars circulent chaque jour dans tous les sens, ce qui est très supérieur au volume des marchandises vendues au plan mondial. Ces sommes astronomiques proviennent de plusieurs sources : les accumulations de fric par les Etats pétroliers, les excédents monstrueux de certaines balances commerciales (Chine ou autres) ; les masses d’oseille spéculatives et fondées sur le gonflement exponentiel du crédit par les banques, les super profits des multinationales qui sont très loin de répercuter dans leurs prix les effets, l’épargne  placée dans les fonds de pension par capitalisation ou les assurances-vie du privé ou « les plans d’épargne d’entreprise », les gains spéculatifs sur les matières 1ères ou agricoles, les rémunérations démentielles des patrons, les profits des prospères boîtes d’armement, etc. Tout ce pognon cherche à se placer au mieux ; or les besoins exprimés dans la demande solvable stagnent à cause du chômage et des salaires de misère (PVD) ou en baisse dans les pays développés ; d’où l’excédent des capacités de production et le non-investissement productif. Le capital recherche donc de nouveaux lieux d’investissement. Quoi de mieux que de privatiser à peu de frais de ce qui a été payé par la collectivité dans les différents secteurs publics ou socialisés (éducation, santé, protection sociale, culture,  entreprises publiques, sécurité, logement social, etc.) ? La conséquence en est la disparition progressive des moyens communs et des biens publics qui fournissent à tous les ressources de la bonne vie en égalisant les conditions d’accès sans exclusivité et sans rivalité. Dès lors, la justice sociale disparaît et seuls ceux qui en ont les moyens peuvent se procurer ces biens autrefois disponibles pour tous.

Pourquoi cette propension au tout privé perdure-t-elle malgré la crise qui devrait invalider la logique libérale ? Parce que cela fait les affaires (dont les avocats éponymes) des milieux financiers, des multinationales, des grands patrons, des riches… Parce que ce sont les politicards qui ont encouragé la chose afin de financer leurs campagnes électorales et asseoir leur propre bonne situation (ils pantouflent souvent dans le privé et deviennent « avocats ») ; parce que cette dérive a été justifiée par la théorie économique néolibérale et s’est imposée comme pensée unique dans tous les milieux dirigeants et universitaires ou d’expertise, dans les sphères politicardes qui ont ainsi bonne conscience car ils font ce qui est préconisé comme le meilleur moyen de la croissance et de la richesse par les économistes. Parce que le socialisme social-démocrate, seul en piste après la chute du contrepoids soviétique, a abandonné ses idéaux et ses principes en faveur du libéralisme ; il a ainsi laissé sans solution de rechange, sans autre perspective, sans espoir les masses populaires, lesquelles ne peuvent que se résigner puisque l’on est dans le TINA : there is no alternative, cher à la dame de fer. Parce que le syndicalisme s’est institutionnalisé et ne vit donc que dans et par le système, sinon pour. Parce que le libéralisme a fini par s’emparer de la culture en l’axant vers l’individualisme, la cupidité, la consommation, la concurrence. Parce que les politicards et le capitalisme encouragent toutes les divisions sociales afin de mieux régner, notamment avec le communautarisme, la « distinction », le relativisme, le culte de la « différence », le « post-modernisme ». Parce que la société est clivée : inclus/exclus, citadins du centre/ banlieusards de la périphérie, travailleurs protégés/ précaires, riches/pauvres, citoyens/immigrés, blancs/beurs, blacks, etc. On est donc bien, en face de la société civile hétérogène,  dans ce que Gramsci avait appelé un bloc historique où les classes dominantes convergent dans l’exploitation économique, la domination politique et l’hégémonie culturelle ou idéologique. Comme l’avait dit Proudhon, la lutte doit donc être multidimensionnelle contre un système intégré afin d’éradiquer la triple collusion « du trône, de l’autel et du coffre-fort ».

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