les armes de la critique

Bienvenue sur mon blog

La bourse ou la vie

Classé dans : Non classé — 8 février, 2010 @ 11:21

 

Le grand vitupérateur contre les banques et leurs bonus, Tsarkozy de Bossa-Nova (et ses collègues du G 20) a oublié que dans le système financier actuel ce sont les bourses qui font le plus de dégâts. Rien n’est proposé pour les réformer alors qu’il faudrait tout simplement les supprimer comme l’a écrit Frédéric Lordon dans le Monde diplomatique de février. Ici, je m’inspire de ses considérations qui méritent d’être largement diffusées.

A l’origine, au 19ème siècle, les bourses d’actions ont été crées pour financer le développement de sociétés dans des domaines où les capitalistes privés de l’époque n’avaient pas les moyens de réunir le fric nécessaire : chemins de fer, canaux, grosses industries, etc. C’est dans ce but qu’ont été créées les sociétés anonymes par actions vendues dans le public par émissions de titres de parts de propriété dans le capital. Ce que l’on appelle aujourd’hui le marché primaire des actions (ou obligations). L’avantage était décisif : répartition des risques entre la multitude des actionnaires (qui furent cependant souvent pigeonnés comme dans l’affaire du canal de Panama) et collecte du capital financier nécessaire. Notons que pour réunir le capital de départ par émission d’actions, nul n’était besoin de bourses : les banques le faisaient très bien et peuvent tout aussi bien le faire aujourd’hui.

Rappelons-nous que le capitalisme a pour logique l’accumulation permanente et exponentielle du profit et depuis longtemps les bourses sont un des moyens de la course au toujours plus de fric. Mais ce n’est qu’un instrument, ce qu’il faut supprimer c’est le capitalisme lui-même. Pour l’instant visons les bourses. Celles-ci n’auraient pas une si grande importance si ne s’était institué le principe majeur de « la valeur pour l’actionnaire » car elles sont devenues le lieu géométrique où la maximisation des rentes et plus-values des actionnaires se réalise. Cela se fait par le marché secondaire des titres de propriété (actions surtout et obligations). Ce qui signifie que les titres des entreprises sont sans cesse vendus et achetés en vue de réaliser leur valeur de marché (dite « fair value », valeur honnête !) avec une plus-value.

C’est là le hic : la bourse est l’intermédiaire obligé de la réalisation de la valeur financière des actions ; il en découle moult conséquences dommageables pour la population et rentables pour les détenteurs du capital. Or ces derniers sont largement des « zinzins » (z’investisseurs z’institutionnels) comme les « fonds de pension » par capitalisation mis en place par l’Anglo-Saxie pour servir les retraites, comme les fonds spéculatifs dits aussi fonds de couverture ou « hedge funds », comme les fonds privés dits de « private equity » (Balckstone ou Carlyle par exemple ou le fonds créé par le baron Sellière en France), comme les multinationales qui placent leurs liquidités en bourse afin de spéculer et d’arrondir leurs bénéfices. Une étude a récemment montré que sur le capital investi par les salariés Anglais pour préparer leur retraite seulement la moitié était par eux retrouvée dans leur pension. En ce qui concerne les fonds de pension (ou autres) qui détiennent un capital suffisant pour siéger au Conseil d’administration, l’objectif est simple : faire monter le plus haut et le plus vite possible la valeur des titres qu’ils détiennent. En effet, le service des pensions nécessite des plus-values parce que sur les fonds souscrits par les futurs retraités et capitalisés il faut tenir compte de l’inflation et surtout payer des frais de gestion considérables et des commissions très importantes pour les opérations de vente ou d’achat des titres boursiers garantissant les retraites. On les estime à 10 % alors que le paiement des pensions nécessite déjà 5, soit 15 % en tout. Et c’est donc ce qui explique le chiffre magique des 15 % de rendement exigés des entreprises cotées. La conjonction bourse-fonds d’investissement et de pension force donc les marchés de titres vers le haut, pousse à la spéculation  et au rendement par tous moyens y compris frauduleux : opérations fictives et appel aux paradis fiscaux (filiales notamment) pour camoufler l’état réel de la situation de la boîte comme l’a montré les exemples d’Enron, de WorldCom, de Parmalat, de Vivendi, rachat de ses propres titres pour augmenter le dividende par action restante, usage incontinent du leverage Buy Out (LBO ou achat d’une entreprise quasiment à crédit en lui faisant rembourser l’emprunt en profitant de l’effet de levier du crédit), fusions-acquisitions pour faire des économies d’échelle par concentration, achat des concurrents pour piquer leur marché (en général par échange de titres ce qui conduit l’entreprise acheteuse à surévaluer les siens par tout moyen), séduction des agences de notation en leur achetant des services pour quelles cotent au mieux, toutes les techniques du management « moderne » visant à diminuer les coûts et à augmenter la productivité (externalisation, délocalisation, précarisation de l’emploi, sous-traitance, réorganisation, etc.), emprunts à très faible taux d’intérêt (ce qui était la politique de la FED ou banque centrale ou réserve fédérale des USA avec le gourou Greenspan) pour acheter ses propres titres ou d’autres maisons, remplacement des activités de production et des investissements par de la spéculation financière, évasion fiscale (en France, les entreprises du  40 ne payent que 8 % réels d’impôt sur les bénéfices alors que le taux théorique d’imposition est de 33 %), etc. Cette course folle au rendement de plus de 15 % (impossible à tenir car la croissance du PIB des pays dits développés n’est que de 2 %) a été facilitée par la mise en place d’une nouvelle comptabilité (normes pondues par une association privée typiquement anglo-saxonne) qui prend en compte les valeurs de marché, les actifs immatériels (brevets, logo, marque…) et même les promesses de marchés ou de clientèles espérées !

Cette congruence bourses-fonds procure la logique même de la spéculation, les fonds cherchant la maximisation du rendement du capital financier et la bourse étant son espace de réalisation. Les fonds sont logiquement le résultat de la logique de capitalisation individuelle que les Anglo-Saxons ont introduite dans leurs systèmes de retraite et d’assurance au détriment des régimes par répartition et des mutuelles d’assurance. Aujourd’hui les profits boursiers représentent 41 % de la totalité des rentrées financières aux USA ! C’est que l’on spécule sur tout : les monnaies (marché monétaire), les titres, les matières 1ères, les produits agricoles (bourse de Chicago, 1ère bourse mondiale là), les métaux, le pétrole, etc. Les Anglo-Saxons ont aussi inventé des marchés financiers inorganisés ou déréglementés où l’on peut sans contrôle boursicoter à terme (à échéance sur la valeur future d’un actif soit à la hausse soit à la baisse) et, ô miracle, « à découvert », c’est-à-dire en ne garantissant qu’une toute petite partie des montants engagés. C’est constitué maintenant d’écritures numériques sur ordinateur (voyageant à  la vitesse de la lumière ou presque sur le WEB) enregistrant les engagements et eux-mêmes échangeables sur les marchés financiers ad hoc, dits de produits dérivés par rapport aux valeurs initiales considérées. M. Lordon donne l’exemple du pétrole, marché sur lequel (après la crise éclatée en 2008) un seul tanker réel et plein correspondait à plus de 1000 transactions, ce qui a fait monter à l’été 2008 le prix du baril de pétrole à près de 150 dollars.

Evidemment, c’est risqué. La 1ère astuce consiste à se couvrir en passant deux ordres de sens contraire (hausse et baisse simultanément) avec une très faible différence dans l’espoir de gagner sur l’un des deux en minimisant ainsi le risque à cet écart minime. Celui-ci porte sur des volumes considérables et donc le gain l’est aussi. On a trouvé mieux : ce sont les Credit Default Swaps (échanges de défauts, donc non-remboursements, de crédits, CDS, pour les sommes non garanties lors de la spéculation à découvert) ou sur les pertes éventuelles si le spéculateur ne peut tenir ses engagements ou essuie des pertes. Ces CDS sont en quelque sorte des assurances qui sont prises par le spéculateur auprès de boîtes spécialisées. La plus grosse était l’assureur AIG (via sa filiale anglaise, laquelle avait vendu la chose aux banques européennes qu’il fallait rembourser) qui n’avait pas provisionné ses engagements en CDS et que les USA ont renfloué à hauteur de 180 milliards de dollars. Les CDS représentent 60 000 milliards de dollars soit le PIB mondial). On a aussi inventé les Credit Debt Obligations (CDO, en fait du millefeuille de titres de créances divers, notamment les hypothécaires pourris des « subprimes » ou prêts avec taux d’intérêt renforcé et juteux, « sur primes », consentis aux plus pauvres accédants à la propriété de leur logement ; donc c’est une opération de « titrisation » rendant vendables des dettes incertaines à la base et surtout dégageant la responsabilité des banques les détenant auparavant) et autres titres du même acabit (ABS notamment, assets backed securities). Et, évidemment, ces CDO pouvaient eux-mêmes faire l’objet de marchés spéculatifs et donc de CDS.  A tel point que l’ensemble des produits dérivés spéculatifs propulsés par les bourses représente, tenez-vous bien, environ 600 000 milliards de dollars, soit 10 fois le PIB mondial ! Notons au passage, que les flux d’argent ne vont plus des bourses vers les entreprises ayant besoin d’augmenter ou de créer leur capital par émission d’actions mais, au contraire, des secondes vers les 1ères car spéculer est devenu l’activité souvent la plus rentable des boîtes multinationales. Celles-ci n’investissent plus guère dans la production ; elles achètent leurs concurrents, ce qui constitue en fait la plus grosse part des fameux Investissements directs à l’étranger (IDE). Dans ce cadre, les politicards français ont tort de se réjouir de ce que la France est un des lieux favoris d’atterrissage desdits IDE : cela signifie tout simplement que l’étranger s’empare du capital des entreprises françaises.

Aujourd’hui, après l’apogée de la crise qui, naturellement, est loin d’être terminée tant que l’océan des CDS n’aura pas été éliminé, les banques se sont refait une santé en continuant de spéculer via les bourses en tout genre. La combine est simple : emprunter à très bas prix auprès des instances publiques pour financer des spéculations rapportant bien plus. Les armes de destruction massive du bien public et des ressources des populations sont donc toujours opérationnelles malgré les rodomontades et les tartarinades des dirigeants politiques de la planète. Rappelons que, au plus fort de la crise, pour se renflouer les banques et autres financiers s’étaient mis à spéculer sur les denrées alimentaires et les produits agricoles, ce qui avait conduit à des émeutes de la faim. On cite l’exemple d’un cargo de riz qui attendait en mer avant de s’amarrer au port que sa cargaison ne fasse plus l’objet de spéculations !

Il faut donc évidemment supprimer les bourses, à commencer par celles où l’on peut boursicoter à découvert et à terme. Mais il faudrait aussi casser les CDS, CDO, obliger les banques à détenir de vraies réserves comme gage des crédits qu’elles accordent et à séparer leurs activités de dépôt ce celles d’investissement et d’affaires, etc. Il faudrait surtout interdire la capitalisation individuelle comme mode de financement des retraites et des assurances sociales. On pourrait à la place créer une capitalisation sociale finançant la construction de logements sociaux et le développement de coopératives, mutuelles, associations de service,  notamment pour les services sociaux, via la mise en place d’une « banque du peuple » (Proudhon) autogérée par ses destinataires. Les loyers et les revenus de ces institutions serviraient les retraites. Il faudrait, de façon générale, éradiquer tous les moyens de la logique de la poursuite de la rentabilité sans règles. Et de fil en aiguille on aboutirait à la suppression du capitalisme comme logique d’accumulation privée au détriment de la collectivité. On se reportera au fédéralisme mutuelliste proudhonien qui lie le politique, le social et l’économique, qui repose sur le droit élaboré par les acteurs sociaux, qui répartit et décentralise le pouvoir de façon que l’Etat  soit remplacé par un pouvoir politique à la fois démocratique, pluraliste, issu (et inséré dans au lieu d’être extérieur et au-dessus)) de la société civile et cogéré avec la participation de tous à la chose publique.

Obama ne va pas casser la baraque néolibérale et le capitalisme financier

Classé dans : Non classé — 1 février, 2010 @ 12:43

 

Dans d’autres articles précédents, j’ai montré en quoi le système politicard amerloque avait été construit pour empêcher toute prise de décision, ce qui remettait le pouvoir réel aux lobbys en tout genre et aux politiciens locaux. C’est structurel ; Obama ne peut rien décider sans l’aval de la chambre des représentants et du sénat (où il lui faut 60 voix sur 100 ; il n’en a plus que 59 après la perte du siège du Massachussets de Bob Kennedy). Les USA sont le prototype même de la démocratie libérale en trompe l’œil, la France étant celui du bonapartisme camouflé en démocratie républicaine où le parti au pouvoir détient toutes les manettes avec son lider maximo présidentiel.

L’objet de cet article n’est pas d’examiner le fait que son élection a suscité des espoirs immenses qui à l’heure actuelle se trouvent bien déçus. C’était le nouveau Messie, l’Imam caché, le sauveur et en fait il ne pouvait pas grand-chose, ce que les analystes politicards ont soigneusement camouflé pour faire croire que l’ère Bush était terminée. Eh bien pas du tout car l’impuissance organisée et institutionnalisée de l’exécutif US, sauf circonstances exceptionnelles (Roosevelt et le New Deal, lequel a du reste été sauvagement combattu par la Cour Suprême), conduit à la suprématie du lobby militaire et à la toute-puissance des milieux financiers  associés aux groupes de pression industriels (pharmacie, audiovisuel, agro-alimentaires, chimiques, etc.).  Quand le pouvoir politique est dans l’incapacité de décider au niveau national parce que les chambres législatives ne sont qu’une cohue d’intérêts locaux et particuliers, alors les puissances économiques et financières s’en donnent à cœur joie. Tout cela est structurel et depuis des lustres ; cela explique pourquoi les USA, au nom de l’anticommunisme, sont systématiquement intervenus dans les lieux où leurs intérêts économiques ont été mis en cause. Cela permet de comprendre que toujours les milieux économiques ont lutté contre toute régulation étatique, qualifiée de soviétique, au profit d’une auto-régulation sans contrôle. Mais, en réalité, le pouvoir financier a fait sans cesse pression sur le pouvoir politique pour obtenir des législations ou des abrogations en sa faveur. Le sieur Clinton a ainsi aboli une loi de 1933 (Glass-Seagall act) qui interdisait la collusion entre banques d’investissement ou d’affaires et banques commerciales ou de dépôt. 

Ce que je vais essayer de montrer c’est que saint Obama était au bas mot dès le début de son ascension une créature inféodée à la finance US. On fondait des espérances sur un pur produit, camouflé,  de l’establishment financier, sauf que les analystes n’y ont rien vu parce que c’était celui de Chicago et non, à l’origine, de Washington et de New York. La légende veut que notre homme ait vu sa  campagne électorale financée par un flux massif de petits dons individuels récoltés grâce à un racolage nouveau et intensif sur internet. Obama a récolté 600 millions de dollars, dont 150 seulement (un quart) sont venus des petits contributeurs. Les ¾  sont issus des milieux financiers, souvent démocrates, qui ont estimé que le candidat républicain, John Mac Cain, ou Hillary Clinton, n’était pas fiable. Or Obama, pour être élu sénateur de l’Illinois (Chicago), avait déjà prouvé son adhésion et son adhérence à la finance. Il a été proche (je n’ai pas dit impliqué mais il ne pouvait pas ne pas le savoir) de tripatouillages dans le secteur immobilier soi-disant en faveur des Noirs et des classes défavorisées ou moyennes ; il était, selon le mythe, dans un petit cabinet d’avocats dévoué aux Noirs et aux pauvres. Ce cabinet s’occupait notamment de contentieux immobiliers. Or il était lié à un affairiste notoire qui construisait sur appels d’offres bidonnés par la mairie démocrate des logements sociaux, lesquels ne répondaient pas aux normes et se révélaient inhabitables bien que les subventions municipales eussent été touchées. Ledit affairiste est en taule en ce moment…

Obama a eu très vite le soutien de l’establishment financier de Chicago, ville démocrate depuis toujours grâce à une habile politique d’aide aux Noirs tout en les ségrégant  dans des quartiers non-blancs, ce qui assurait un vote Noir indéfectible bien qu’ils fussent les pigeons de cette politique d’apartheid immobilier. C’est la finance de Chicago qui l’a fait élire sénateur de l’Illinois. Et c’est la finance US qui a soutenu sa campagne présidentielle, sans doute parce que le démocrate Clinton lui avait laissé de très bons souvenirs tant ce dernier s’était plié à leurs exigences, ce que Bush n’a fait que continuer. Il est vrai que le pouvoir politique américain, démocrate ou républicain, voit dans la finance mondialisée le fer de lance de l’emprise yankee sur le reste du monde, y compris la Chine qui finance les déficits US (commercial et budgétaire) en contrepartie de ses ventes, lesquelles du reste sont souvent le fait de multinationales amerloques qui y ont délocalisé leur production ou qui y achètent à  bas prix dans un pays totalitaire où tout est réduit au minimum (salaires, droit syndical, droit social, protection de l’environnement, etc.). Cette politique a détruit l’emploi industriel et fait limiter les salaires (pourquoi se gêner quand les acheteurs sont mondialisés et non US, quand les profits proviennent des firmes, dont les médiatiques, à haute productivité, c’est-à-dire sans grand emploi mais à grosses exportations) ? Pour compenser, la finance  a inventé le crédit revolving, le crédit hypothécaire ouvert à tous sans contrôle de la solvabilité, ce qui a donné aux gens une impression de pouvoir d’achat maintenu. Cela arrangeait bien le pouvoir qui calmait ainsi la déception du peuple et finançait ses déficits. D’où l’ouverture totale aux manipulations et aux spéculations de la finance. Parallèlement, la FED maintenait des taux d’intérêts très bas, ce qui a permis à la fois le crédit aux prolos et la surexploitation des effets de levier liés aux emprunts des financiers (dont les LBO).

Et voilà le vertueux, la sainte-Nitouche, le chevalier blanc Obama élu. Il convient alors de se focaliser sur son équipe et ses conseillers. On y trouve la fine fleur de la finance et des allers-retours entre celle-ci et les fonctions publiques : Lawrence Summers, ex-patron chez  Goldman Sachs (comme Rubin pour Clinton ou Paulson pour Bush), ex-patron d’une super université viré pour propos sexiste (les femmes n’auraient pas une intelligence ouverte aux mathématiques !), ex-FMI où il avait prôné une exportation des déchets industriels dans les pays pauvres parce que là la vie humaine n’avait pas la même valeur. Cette ordure super-libérale se retrouve conseiller financier en chef du président. Son ministre (on dit secrétaire d’Etat aux USA) des finances est l’ancien président de la FED de New York où il trônait à cause de ses accointances avec la haute finance. Le sieur Geithner a ainsi avalisé le plan Paulson (sous Bush) de 700 milliards de prêts aux banques pour acheter leurs actifs toxiques quasiment à leur propre prix (non celui du marché, du reste la nouvelle comptabilité des normes FASB qui stipulait la valeur de marché comme norme d’évaluation des actifs a été réformée dans ce sens : il suffit que la firme s’auto-évalue « raisonnablement », ce qui a permis à Geithner d’effacer une bonne partie des pertes bancaires sur leurs actifs)). Par ailleurs, il a couvert, avant sa nomination,  une enveloppe de 2 000 milliards d’aide supplémentaire sans contrôle et sans conditions apportée par la FED.  Il faut savoir que la Fed est en quelque sorte une fédération d’entités bancaires régionales (dont la plus grosse, celle de New York) totalement indépendante du gouvernement mais évidemment sous influence des grandes banques d’affaires. Son secrétaire général est Emmanuel Rahm, lui aussi issu des milieux financiers. La fée qui l’a soutenu et poussé à partir de Chicago, Mme Jarrett, financière très influente, proche de « General dynamics », fonds spéculatif de Chicago (qui, ne l’oublions pas, est la 1ère bourse mondiale pour les matières 1ères) dirigé par la richissime famille Crown, figure dans son cabinet à un poste de responsabilité.

Et encore je ne parle que des figures connues, repérées par Eric Laurent (« la face cachée des banques », livre récent dans lequel je puise beaucoup et qui est à lire pour connaître le dessous des cartes). On peut donc être plus que sceptique sur les discours d’Obama en vue de moraliser, contrôler et réguler la finance. Ces discours sont sûrement d’obédience populiste car le peuple américain est féroce vis-à-vis de celle-ci et voit d’un très mauvais œil qu’elle soit renflouée aux frais du contribuable et qu’elle puisse repartir comme avant avec ses incroyables bonus renouvelés alors que l’économie demeure dramatiquement sinistrée (immobilier, emploi, consommation). Du reste, notre homme n’a fait donner que 50 milliards de dollars à l’industrie automobile, ce qui est à comparer aux 2 700 milliards injectés dans la finance, aux 180 milliards mis pour sauver l’assureur AIG qui avait spéculé dans les produits dérivés et leurs assurances (CDS), le tout sans provisionner sa prise de risque. Obama est ferme dans le blablabla, beaucoup moins dans la réglementation. Du reste, son interdiction des bonus dans les banques renflouées par l’Etat a d’ores et déjà fait long feu. Etonnant, non ? Comme disait M. Cyclopède.  Eh bien non : le sauveur est déjà, dès son intronisation, dans les pattes velues et tentaculaires de la mygale financière. Comme disait le prince de Lampedusa : il faut que tout change (apparemment) pour que rien ne change. Cela  dit, il n’est pas le seul farceur à faire semblant de s’agiter avec démagogie. Vous savez sûrement, cher lecteur, à qui on peut penser en France.

 

De La privatisation

Classé dans : Non classé — 29 janvier, 2010 @ 11:34

 

Le Parisien révèle au grand public que des experts en nombre substantiels étaient payés par des laboratoires privés tout en étant conseillers des instances médicalo-gouvernementales ou de l’OMS qui ont organisé la panique de la grippe H1N1, ex-porcine ou mexicaine. En France, cela a l’air particulièrement net (94 millions de doses, masques, Tamiflu, etc., soit environ 2milliards et demi d’euros pour contrer l’épidémie transformée en psychose). Au passage, la campagne de vaccination était organisée suivant un modèle soviétique, excluant les médecins généralistes par crainte de payer 22 euros de consultation par vaccination (on aurait pu négocier un forfait…). Résultat, la vaccination, qui plus est avec réquisition d’internes (et d’infirmières  ou de médecins) bien plus utiles dans les hôpitaux, a coûté dans les 40 euros par tête de pipe sans compter le prix du vaccin. Rien de bien étonnant quand on considère que le gouvernement Tsarkowitch est tout entier acquis au libéralisme et que Mme Rosy Cachalot (car c’est assez) est une potarde et  a travaillé pour un laboratoire privé. Surprenant cependant quand on sait que la corporation médicale siège en masse au parlement ! Simple épiphénomène car la situation est bien plus grave et tellement plus générale.

Les citoyens qui suivent un peu ces affaires savent que les organismes ou agences de contrôle public (Afsaps, Afset, Afsa, etc.) sont truffées d’experts stipendiés par des lobbys et des firmes plus ou moins multinationales dans différents domaines : télécom ou électricité (nuisances des antennes et des portables, des lignes à haute tension, des éoliennes, etc. ), agro-alimentaire (OGM, nanotechnologies, sucre, sel, obésité, édulcorants, etc.), tribunaux de sécurité sociale (accidents du travail, amiante), organismes de définition des maladies professionnelles (pesticides, fongicides, glycols, etc.), agences de l’eau et de l’environnement (nitrates, nitrites, phosphates, etc.), certification des médicaments, etc. Par ailleurs, les « agences  ou commissions de régulation » (énergie, télécom, etc.) sont remplies de personnalités nommées par le pouvoir ou de représentants des firmes ou de lobbys concernés, ce qui procure auxdites agences une apparence d’indépendance vis-à-vis des pouvoirs dominants alors que visiblement c’est parfaitement faux. On y défend des intérêts prosaïques à commencer par ceux de l’Etat comme non pas défenseur de l’intérêt général mais de celui des entreprises. Je vais donner un exemple superbe de ce qu’il faut en penser.

Une petite boîte, Voltalis, a pondu un boîtier qui permet aux consommateurs d’électricité de s’effacer aux heures de pointe quand l’électricité est la plus coûteuse à produire. Eh bien EDF l’a attaquée sous prétexte que cela lui faisait perdre de la consommation (alors que c’était une filiale d’EDF, le RTE, qui lui avait demandé de pondre ce dispositif !) et la Commission de régulation de l’Energie (truffée de représentants d’EDF et de l’Etat, dont l’ancien secrétaire général du syndicat CFDT, M. Léchevin, le bien-nommé, promu là sans doute pour services rendus en tant que lèche-cul de la direction d’EDF/GDF quand il était encore syndicaliste) a approuvé cette plainte. C’est tout simplement honteux et scandaleux. En effet, ce procédé permet d’économiser de l’énergie alors que le « Grenelle de l’environnement » y incite. Ensuite, il permet de réduire la mise en service des centrales les plus polluantes et les plus chères quand il faut faire face aux pointes de consommation (rappelons que l’électricité de masse ne se stocke pas). Enfin, il permet de diminuer l’appel aux apports teutons, très chers et très peu écologiques (centrales au lignite), en cas d’insuffisance de la production nationale. Autre exemple, l’AFSET, dûment stipendiée, a conclu à l’absence de conséquences sur les populations des ondes électromagnétiques des antennes de téléphonie mobile pour les portables. EDF va se voir imposer par l’UE et le gouvernement français compradore de vendre à ses concurrents ( !) une grosse part de ses kWh nucléaires et, qui plus est, sans doute à prix coûtant (concurrents qui n’ont évidemment rien investi ou payé puisque ce sont les usagers de l’électricité qui ont tout réglé).  Ces concurrents privés vont donc piquer dans la rente nucléaire, ce qui dégradera les comptes d’EDF, qui, pour se rattraper augmentera les tarifs. Ce sont donc les clients en collectif d’EDF qui vont payer le cadeau au privé ! Comme le courant d’origine photovoltaïque (ou des éoliennes privées qui sont en plus une catastrophe écologique) fait  l’objet d’un rachat obligatoire pas EDF au tarif de 60 centimes le kWh, soit 10 fois plus que le coût de revient d’EDF, les petits malins privés (supermarchés, usines, entrepôts, etc. ayant de grandes surfaces de toit) se sont équipés et donc engrangent une super rente au détriment des usagers qui payent ces largesses avec une taxe de « contribution au service public de l’électricité ». Lesdits usagers sont donc spoliés. Rappelons que, en outre, les différentes taxes qui pèsent sur l’électricité (bien indispensable aujourd’hui) en Ile de France alourdissent de 38 % la facture. Toujours la même logique : socialisation des pertes, pressurage des usagers et privatisation des profits. Toujours mieux ; l’UE impose à la France de mettre fin (ou de compenser) aux « tarifs réglementés » de l’électricité (ou du gaz). Savez-vous pourquoi ? Parce qu’ils sont inférieurs de 30 % à ceux des producteurs privés (au lignite, les fameuse éoliennes n’y représentant que 5 % de la production) en Germanie. L’Ue impose la concurrence pour favoriser le privé et augmenter les prix !

L’emprise de plus en plus en grande d’experts privés dans les organes de décision sur l’intérêt public découle naturellement des politiques libérales des gouvernements qui ont réduit les moyens et les financements des organismes publics « budgétivores » (spécieux, car en fait l’appel au privé coûte bien plus cher, avec résultats comparables à ceux du service public,  comme le montre le recours  par le pôle emploi  à des entreprises privées 2 fois plus coûteuses pour placer les chômeurs, dont Altedia, boîte privée créée par le conseiller social du prince, à savoir Raymond Soubie). En fait, ces « partenariats public/ privé » sont des pompes à fric pour le privé. Par ailleurs, les sphères politiques sont de plus en plus envahies par des avocats « d’affaires » très privées (le contrat remplaçant la loi) comme Sarko, Lagarde, Copé, Borloo, etc. En outre, on observe que ce sont les patrons du privé qui se mettent à prendre la direction des entreprises publiques (à GDF-Suez, à EDF). Tout cela va donc dans le même sens : la suprématie de la logique et des intérêts privés en lieu et place du bien public.

Ce qu’il faut bien voir aussi c’est que les salaires, les statuts, les conditions de travail  et de promotion dans les organismes publics de recherche et d’expertise ont été rendus tellement précaires et minables que peu de jeunes vont chez eux. Naturellement, ils préfèrent les organes privés ou aller aux USA. Par ailleurs, les vocations scientifiques ne cessent de diminuer tout simplement parce que ce qui a été encouragé par le pouvoir néolibéral ce sont les débouchés et les carrières dans le commercial et la finance où les salariés gagnent infiniment plus que dans la production. Exit ce qui a fait la force de la France pendant les 30 glorieuses, à savoir ses ingénieurs. Un chercheur du CNRS peut s’estimer heureux avec 3 000 euros par mois ; je vous laisse comparer avec la rémunération d’Improglio à  EDF ou du trader à la Société Générale ; dès lors les autorités, qui ont organisé la chose, n’ont plus le choix : elles doivent en appeler aux experts payés par le privé puisqu’il n’y en plus dans le secteur public, ce qui a été organisé par le pouvoir précisément dans ce but. Il est ainsi facile aux gouvernements de dire que leur décision est forcée bien qu’ils soient les vrais responsables de la situation de privatisation de la recherche et de l’expertise.

Ce qui est privatisé, ce ne sont pas seulement  les activités (écoles, cliniques, médias, services en tout genre, prisons, expertise, etc.). C’est la philosophie même de la gestion des affaires publiques (avocats d’affaires, patrons du privé, etc. dans la « chose publique », Res publica). Les politicards néolibéraux, quelle que soit leur obédience, ne jurent plus que par le modèle de la « gouvernance » privée, que par la rentabilité, que par l’approche quantitative et valorisée. C’est le sens des objectifs quantifiés (notamment en matière de police) assignés aux ministres ; c’est le sens de la révision générale des politiques publiques (RGPP). Depuis belle lurette, EDF fonctionne non pas sur la logique du service public d’intérêt général mais sur celle de la rentabilité et des parts de marché du secteur privé. Ce qui finit par être totalement privatisé, ce sont les esprits eux-mêmes qui finissent par ne pas voir qu’il y a une autre logique possible que celle du fric, de l’individualisme, de l’égoïsme, de la concurrence féroce, de la sélection des meilleurs dans le struggle for life.

Pourquoi ce mouvement irrésistible vers la privatisation de tout a-t-il ce succès et s’est-il produit ?  C’est parce que d’énormes quantités de capitaux sont à la recherche de placements les plus rentables possibles à l’échelle mondiale. 2 000 milliards de dollars circulent chaque jour dans tous les sens, ce qui est très supérieur au volume des marchandises vendues au plan mondial. Ces sommes astronomiques proviennent de plusieurs sources : les accumulations de fric par les Etats pétroliers, les excédents monstrueux de certaines balances commerciales (Chine ou autres) ; les masses d’oseille spéculatives et fondées sur le gonflement exponentiel du crédit par les banques, les super profits des multinationales qui sont très loin de répercuter dans leurs prix les effets, l’épargne  placée dans les fonds de pension par capitalisation ou les assurances-vie du privé ou « les plans d’épargne d’entreprise », les gains spéculatifs sur les matières 1ères ou agricoles, les rémunérations démentielles des patrons, les profits des prospères boîtes d’armement, etc. Tout ce pognon cherche à se placer au mieux ; or les besoins exprimés dans la demande solvable stagnent à cause du chômage et des salaires de misère (PVD) ou en baisse dans les pays développés ; d’où l’excédent des capacités de production et le non-investissement productif. Le capital recherche donc de nouveaux lieux d’investissement. Quoi de mieux que de privatiser à peu de frais de ce qui a été payé par la collectivité dans les différents secteurs publics ou socialisés (éducation, santé, protection sociale, culture,  entreprises publiques, sécurité, logement social, etc.) ? La conséquence en est la disparition progressive des moyens communs et des biens publics qui fournissent à tous les ressources de la bonne vie en égalisant les conditions d’accès sans exclusivité et sans rivalité. Dès lors, la justice sociale disparaît et seuls ceux qui en ont les moyens peuvent se procurer ces biens autrefois disponibles pour tous.

Pourquoi cette propension au tout privé perdure-t-elle malgré la crise qui devrait invalider la logique libérale ? Parce que cela fait les affaires (dont les avocats éponymes) des milieux financiers, des multinationales, des grands patrons, des riches… Parce que ce sont les politicards qui ont encouragé la chose afin de financer leurs campagnes électorales et asseoir leur propre bonne situation (ils pantouflent souvent dans le privé et deviennent « avocats ») ; parce que cette dérive a été justifiée par la théorie économique néolibérale et s’est imposée comme pensée unique dans tous les milieux dirigeants et universitaires ou d’expertise, dans les sphères politicardes qui ont ainsi bonne conscience car ils font ce qui est préconisé comme le meilleur moyen de la croissance et de la richesse par les économistes. Parce que le socialisme social-démocrate, seul en piste après la chute du contrepoids soviétique, a abandonné ses idéaux et ses principes en faveur du libéralisme ; il a ainsi laissé sans solution de rechange, sans autre perspective, sans espoir les masses populaires, lesquelles ne peuvent que se résigner puisque l’on est dans le TINA : there is no alternative, cher à la dame de fer. Parce que le syndicalisme s’est institutionnalisé et ne vit donc que dans et par le système, sinon pour. Parce que le libéralisme a fini par s’emparer de la culture en l’axant vers l’individualisme, la cupidité, la consommation, la concurrence. Parce que les politicards et le capitalisme encouragent toutes les divisions sociales afin de mieux régner, notamment avec le communautarisme, la « distinction », le relativisme, le culte de la « différence », le « post-modernisme ». Parce que la société est clivée : inclus/exclus, citadins du centre/ banlieusards de la périphérie, travailleurs protégés/ précaires, riches/pauvres, citoyens/immigrés, blancs/beurs, blacks, etc. On est donc bien, en face de la société civile hétérogène,  dans ce que Gramsci avait appelé un bloc historique où les classes dominantes convergent dans l’exploitation économique, la domination politique et l’hégémonie culturelle ou idéologique. Comme l’avait dit Proudhon, la lutte doit donc être multidimensionnelle contre un système intégré afin d’éradiquer la triple collusion « du trône, de l’autel et du coffre-fort ».

Vive la crise mondiale

Classé dans : Non classé — 21 janvier, 2010 @ 12:46

 

Enfin de bonnes nouvelles ; la finance repart comme en 40 et l’économie va mieux, comme les déficits publics qui prospèrent sans fin. Les  banques francaouis s’apprêtent à verser 1 milliard d’euros de bonus à leurs traders au nombre de 3 500 soit 285 000 euros en moyenne par trader. Chez les Rosbifs, c’est 40 milliards de livres ; chez les Yankees, c’est 140 milliards de dollars. Que fait Nicolae Tsarkozescu pour rattraper l’Anglo-Saxie dans ses mirifiques boni ? Obama casse la baraque : il va taxer à 0,15 % les actifs des banques US (soit 117 milliards de dollars sur 10 ans) qui ont reçu 700 milliards d’aides diverses, notamment sous forme de prêts à très faible taux d’intérêt et de rachats de titres douteux par le Trésor. Mme Lagarde-Michard escompte 360 millions d’euros en France en taxant les boni (and Clyde), taxe non sur les traders mais sur les banques, lesquelles, évidemment, peuvent les répercuter dans leurs coûts. Du reste, lesdites banques récupèrent 270 millions de ce pactole au titre du fonds de garantie des dépôts (par les banques… ) des épargnants dans… les banques ! C’est le b-a ba des politicards libéraux : on taxe ce que les boîtes peuvent récupérer par leurs tarifs ; la vraie solution serait de taxer les bénéfices consolidés.

On annonce un taux de croissance en France de 1,4 % du PIB en 2010 contre 0,75 prévus dans le budget 2010. Est-ce que cela va créer de l’emploi ? La réponse est non. En effet, les entreprises ont largement bénéficié des dispositions sur le financement par le gouvernement du temps partiel, ce qui, cela dit au passage, a largement diminué la productivité par tête de pipe. Elles vont donc simplement remettre leurs salariés au boulot et restaurer la productivité. Les entreprises ont aussi privilégié les heures sup comme variable d’ajustement de leur carnet de commande ; elles les ont diminuées et pourraient revenir à plus de hauteur en cas de petite reprise. On attend donc plus de 10 % de chômeurs en 2010 en même temps que 1 million d’entre eux vont perdre toute indemnisation, leurs droits étant épuisés.

Super Tsarko a convoqué le PDG de Renault pour lui dire tout le mal qu’il pensait de la production en Turquie de la CLIO 4. Renault avait reçu 3 milliards d’aides de l’Etat (comme Peugeot) alors que cette boîte avait déjà 70 % de ses fabrications effectuées à l’étranger. Sarkozescu fait une fixette sur la Turquie ; pourtant son prédécesseur sur le trône de France, à savoir François 1er, qui lui était beau, musclé et grand, avait entretenu de bonnes relations avec Souleiman le magnifique, sultan de la « Sublime porte ». Il est vrai que l’on est en période pré-électorale pour les régionales 2010. L’apatride de la finance industrielle, Carlos Ghosn, lui a répondu que resteraient fabriquées en France les Clios vendues dans le pays. Super et attendons la fin des élections car l’UE ne saurait accepter de telles dispositions au nom de « la concurrence libre et non faussée ».

Mais l’essentiel de la « divine surprise », comme en 1940, réside dans le fait que le pouvoir va pouvoir tout détruire en matière sociale. L’endettement à 1500 milliards d’euros en 2010, le déficit annuel à 8 à 10 % du PIB (149 milliards en 2009, 110 prévus pour 2010), le déficit de la sécu à 30 milliards dont 8 pour l’assurance-vieillesse, vont permettre de dire que la France est ruinée et qu’il faudra faire de grands efforts pour restaurer sa situation. C’est pourquoi le pouvoir, en fait, voit d’un très bon œil l’aggravation des déficits. Cela va lui permettre de pousser sur le champignon de l’accélération des réformes des structures publiques au nom de la modernisation, de la réforme et de l’équilibre des finances publiques après la divine surprise de la crise. Et ledit pouvoir pourra se prévaloir de son irresponsabilité dans la crise.

Dès l’élection de Zébulon 1er, les dépenses publiques étaient dans le collimateur au nom du néolibéralisme propulsé par l’Europe et faisant partie de la dotation idéologique des gouvernants depuis longtemps, par exemple avec l’engagement de Lisbonne (sous le trotskard Jospin) de faire de l’UE l’économie la plus compétitive du monde et la meilleure économie de « la connaissance ». L’Europe n’a de cesse, depuis « l’acte unique » prôné par le curé Delors, de libéraliser, c’est-à-dire privatiser, tous les services, ce qui suppose la fin des « monopoles » publics en matière d’éducation, de famille, de logement, de santé, d’énergie, de transports, de justice, de solidarité, etc. C’est dans cet esprit que Nicolae Tsarkozescu a fait mettre en place la « Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP, vaste politique dont il faut dire qu’elle a été pondue, avant son accès à la magistrature suprême, mais alors qu’il était ministre sous le roi fainéant Chirac, qui, avec Raffarien puis l’hipponyme Galouzeau, n’étaient pas aussi inertes que cela)), vaste stratégie de réduction du périmètre de l’Etat et des agents territoriaux avec diminution des dépenses de 10 milliards sur 3 ans et non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite. Stratégie pondue par « un conseil de modernisation » à la botte du pouvoir et adoptée en juin 2008. On notera que les « réformes » sont conçues par de très hauts fonctionnaires stipendiés par le pouvoir et assistés par des « cabinets de conseil » privés sans la moindre participation démocratique des assujettis et des élus locaux. A titre d’exemple on notera que l’école maternelle dotée de profs diplômés et payés par l’Etat sera progressivement remplacée par « des maisons d’assistance maternelle » aux effectifs non limités et dotées de « nounous » peu compétentes payées par la commune (Darcos, du reste, avait dit qu’il n’y avait pas besoin de compétences pour torcher des bambins et leur faire faire la sieste), des partenaires externes et… les parents. C’est évidemment le cas des hôpitaux publics alignés sur le privé avec la tarification à l’activité (avec convergence en 2012), les « universités d’excellence »  quasiment autogérées, les partenariats public/privé dans les prisons et les écoles, etc. Dans le même ordre d’idée, il ya eu la privatisation de GDF et bientôt la transformation de La Poste en SA. En 2010, on s’attend aussi à une nouvelle réforme des retraites, les précédentes ayant déjà conduit à une baisse de 20 % du niveau des pensions dans le privé. Le but sera évidemment de pousser les salariés à souscrire des compléments par capitalisation ou/ assurance-vie, comme, par ailleurs, la réduction de la part de la sécu dans les dépenses de santé conduit les riches assujettis à souscrire des assurances complémentaires privées.

La divine surprise de la crise, une fois passées les élections régionales, réside aussi dans l’abandon des ambitions écologiques. L’échec de Copenhague sur le climat et la limitation des émissions de gaz à effet de serre (GES) en a été l’illustration. Ce fiasco, à vrai dire, était programmé car la question majeure n’y a été posée par aucun Etat. Cette question, c’est celle du régime d’accumulation de profits dans le système capitaliste  de libre-échange mondialisé. Pour laisser faire de plus en plus de fric aux firmes multinationales, aux banques, aux assurances et aux fonds de pension (en tant qu’actionnaires des boîtes), le libre-échange a été généralisé (grâce à des lois et dispositions prises par les gouvernants néolibéraux en économie, ce qui va assez bien avec la dictature politique ou la fausse démocratie) afin de profiter des endroits les moins-disant à tout point de vue (écologie, salaires, conditions de travail, libertés syndicales, protection sociale, niveau de vie minimal par accès au logement, à l’eau, à l’électricité, etc.). Il s’ensuit une extension énorme des transports (sous pavillon de complaisance ou sans droit social unifié pour les chauffeurs routiers d’Europe) par exemple pour que les pays du Nord aient des fraises en hiver. Ou que les classes aisées puissent voyager en avion partout dans le monde. L’exigence de  rentabilité du capital conduit à produire n’importe quoi à grand renfort de publicité et de baisses des prix (via les délocalisations et les économies d’échelle liées aux concentrations du capital, via les achats en Chine ou autre PVD de camelote… souvent produite par des firmes ayant délocalisé leur production dans ces paradis du moins-disant). La baisse des prix conduit à la surproduction pour compenser la diminution des marges par le volume vendu. Elle repose, en étant associée au libre-échange, sur la spécialisation de chaque pays dans ses « avantages compétitifs » sur le marché mondial au détriment des productions locales (sans transport exagéré) notamment en matière de cultures vivrières. Ces excès de production, liés à nul besoin réel, forcent la baisse des prix et mettent en concurrence les producteurs (dont les salariés et les agriculteurs), dont les revenus ne cessent de baisser au profit des multinationales notamment agro-alimentaires, lesquelles sont en mesure de fixer les prix en fonction de leur puissance et de leur appel aux marchés les moins coûteux. Certains prétendent que, au contraire, les prix augmentent ; ce n’est qu’un effet de la spéculation, la tendance lourde et de moyen terme étant pour l’instant à la baisse par suite de la concurrence mondialisée. Sauf que celle-ci ne pourra durer encore très longtemps par suite de l’épuisement des ressources naturelles lié à leur surexploitation comme on le voit déjà depuis longtemps en ce qui concerne les ressources maritimes (ou les « terres rares » ou les minerais comme l’uranium naturel ou les combustibles fossiles, etc.).

En résumé, le mode d’accumulation capitaliste instauré il ya deux siècles et généralisé depuis 30 ans grâce aux décisions politiques des gouvernants libéraux ou des socialistes en peau de lapin conduit à la fois à la destruction de la planète et à l’aggravation des inégalités entre peuples et à l’intérieur des pays. Les thuriféraires du système excipent des progrès des PVD comme la Chine. Simple illusion d’optique car leurs progrès ne profitent qu’à une minorité et contribue à la mort programmée de notre bien commun à tous, à savoir, la Terre. Mais vive la crise : elle ne rebat pas les cartes et sert au contraire de justification à ne rien faire au nom du progrès pour les PVD et du maintien de la richesse des Occidentaux et de leurs compradores.

Vive les bourses (signé Farinelli)

Classé dans : Non classé — 14 janvier, 2010 @ 11:50

Voilà un nouvel exemple du débat démocratique à la française : celui des 30 % de boursiers dans les grandes écoles. C’est typique du barnum médiatique  favorable au Tsar cosy de toutes les Frances : un vrai débat sur une fausse question ; une fausse discussion sur un vrai problème. Car cette préférence pour un système de bourses, alors même que le libéralisme les a réduites à la portion congrue et les a réservées à quelques « happy few » (dans les 550 000 boursiers pour 2,3 millions d’étudiants, dont la majeure partie n’est dispensée que de payer les droits d’inscription !), apporte un cautère sur une jambe de bois, un sinapisme sur un poitrinaire. Cette innovation, cette « rupture » conduite par la sarkozye s’approprie un bien vieux remède déjà pratiqué sous la république des Jules et bien avant encore. Cette réforme n’aura pour résultat qu’une orchite sociale, maladie qu’un néolibéralisme pur et dur éradiquerait avec la solution Farinelli. Et ce qu’il ya de plus stupéfiant, c’est que le pouvoir de Sarkocescu a ressuscité la solution sans avoir étudié les causes du problème !

Quel est le problème réel ? C’est celui de l’accès des enfants des classes sociales défavorisées au meilleur enseignement possible. Le libéralisme a posé ce problème en termes d’égalité des chances, ce qui en France s’est transformé en mérite républicain essentiellement via l’école (puis sous Pompidou, la formation professionnelle continue). Les enjeux d’une « circulation des élites » (Pareto et Mosca, auteurs fascisants) sont multiples : éviter que les enfants doués mais repoussés ne se vengent en adhérant à la contestation sociale ; renouveler par apport de « sang neuf » la composition des élites de façon qu’elles ne s’encroutent pas dans leurs privilèges ; recruter les meilleurs pour faire face aux problèmes du pays, etc. On aura compris que la solution libéralo-capitaliste consiste à mettre des rustines sur les injustices sociales sans toucher à leurs causes profondes, sans remettre en question le système socio-économique qui les produit et les reproduit.

Dans le domaine de la philosophie sociopolitique, le problème réside dans la conception de la justice développée par les institutions ; le socialisme « réel » a prôné l’égalité (de traitement et de situation) ce qui, dans ses réalisations pratiques, a débouché sur la méritocratie partitaire, c’est-à-dire que le critère de sélection était avant tout l’adhésion et la fidélité au parti « du peuple tout entier ». La république française a adopté l’égalité de traitement (notamment les fameux concours soi-disant neutres) comme moyen d’assurer l’égalité des chances. Le souci est que l’égalité de traitement à partir de conditions sociales inégalitaires et souvent déplorables finit par  opérer une sélection inavouée des enfants des classes sociales favorisées par l’argent et/ou la culture. Ancienne solution libéralo-républicaine : faire sélectionner les meilleurs enfants des classes populaires par  les « hussards noirs de la République », créer des internats d’élite ouverts aux pauvres car quasiment gratuits, donner des bourses d’étude suffisantes, mettre en place dans les écoles des grandes salles d’étude de 17 à 19 heures où tous les élèves font leurs devoirs et préparent leurs leçons sans pouvoir faire appel à leurs parents, vêtir tous les élèves de blouses grises camouflant les statuts sociaux, etc. Cette solution a « eu marché » puisque vers 1950/60 29 % des élèves des grandes écoles provenaient de milieux populaires contre 9 % aujourd’hui. Elle était apparemment généreuse et apparaissait comme juste, c’est-à-dire justificatrice du statut social des anciens élèves et, plus généralement, de l’ordre social tout entier puisque, l’énorme majorité des enfants étant orientée vers des filières courtes  après le sacro-saint brevet sanctionnant les études primaires, quelques uns surnageaient et donc le consolidaient par leur réussite et leur mérite. Une vraie république démocratique et sociale aurait évidemment comme principe de justice non seulement l’égalité des chances mais encore l’égalisation des situations de façon que chacun dispose des moyens nécessaires à une vie digne et développe son potentiel au maximum dans les études et les parcours professionnels, de manière que tous jouissent de conditions de vie les plus égales possibles. Une solution libérale convenable admettrait la progression éventuelle des inégalités à condition que tout un chacun dispose des moyens nécessaires à la vie bonne et digne…

Las, cette méritocratie auto-justificatrice a capoté malgré les bourses, bien que les apparences aient été sauvegardées. Alors, le libéralisme a trouvé un nouveau principe de justice, à savoir l’équité à la place de l’égalité. L’équité (donner à chacun suivant son mérite, vielle lune autrefois appelée justice distributive, l’égalité étant la justice commutative) a conduit à mettre en place une procédure appelée « discrimination positive » (affirmative action en Anglo-Saxie). Cela consiste à imposer des quotas d’élèves issus des classes défavorisées (ou « ethniques » comme aux USA) dans les universités et les bonnes écoles. Là, la sarkozye se récrie : 30 %, c’est un objectif, pas un quota. C’est amusant quand on sait la propension des exécutants des directives du pouvoir à transformer les objectifs en standards obligatoires et cela du haut de la hiérarchie vers le bas ; on le voit dans les « objectifs » assignés aux « forces de l’ordre » (et maintenant à la justice) car, évidemment, les subordonnés sont jugés (primes, récompenses, avancement) sur la base des objectifs à réaliser ! Cette logique, du reste, est directement importée des « entreprises » qui « négocient » les objectifs avec l’encadrement…   De toute façon, la solution américaine a eu de nombreux effets pervers et a suscité mécontentements et procès. De plus, certes, quelques Noirs ou Hispaniques accèdent aux études supérieures et aux grandes universités, mais cela n’a rien changé à la situation de leur communauté puisque les inégalités n’ont cessé de s’accroître entre riches et pauvres, la seule différence étant que maintenant il y a quelques riches Noirs. Bref, l’égalité des chances et l’équité ne changent rien aux structures d’un système social particulièrement injuste.

Cependant restons dans le domaine des inégalités dans les études. Quelles en sont les causes fondamentales ? Il y a, à la base, les inégalités de revenu, de niveau de vie, de pouvoir d’achat. Comment étudier correctement dans un logement étroit et surpeuplé alors que les classes d’études de 5 à 7 (et très largement les internats que Mme Pécresse est en train de réinventer) ont été supprimées pour faire des économies de surveillants,  de répétiteurs et de… chauffage ou d’électricité ? Comment acheter des livres et des moyens modernes de formation dans une famille smicarde, monoparentale ou/et au chômage ? Comment accéder au théâtre, à la musique, à la culture ? On pourrait doter les écoles avec des moyens modernes de formation (EAO, DVD, journaux, livres, ordinateurs, etc.  et des espaces de rencontre et de culture ouverts à tous et assistés par des animateurs-enseignants. Mais les libéraux ne le font pas ; ils préfèrent le marché : écoles privées, cours privés de soutien, précepteurs, librairies commerciales, etc.

Il y a les inégalités géographiques et spatiales, notamment avec la ségrégation sociale d’écoles ou lycées situés dans les zones (ZUS) regroupant les pauvres, généralement issus de l’immigration. Compte tenu de cela, la carte scolaire les enfermait dans les pires lieux de formation. Pour contrer cela le pouvoir est en train de la supprimer petit à petit, ce qui a pour effet de vider les mauvaises écoles de leurs meilleurs élèves, ce qui renforce donc l’effet de ghetto ! On a aussi créé les ZEP en les dotant, paraît-il, de moyens supérieurs de compensation. Baliverne : il n’y a que 2 ou 3 élèves en moins par classe et on y met les jeunes profs inexpérimentés et moins payés, ce qui coûte moins cher encore qu’avant. Comme pour le collège unique (vielle création mourante), le pouvoir a affiché des objectifs et a saboté leur atteinte par restriction des moyens. Il y a le fait que les chances de bonne scolarité dépendent des lieux de résidence, ce qui différencie les villes et les campagnes, les quartiers riches des pauvres, la province en voie de désertification des grandes villes et agglomérations. La solution serait simple pour de vraies ZEP : écoles à effectifs très réduits permettant les méthodes pédagogiques dites actives et l’enseignement dit mutuel au lieu de l’enseignement dit « simultané » en grands groupes n’autorisant que les méthodes ex cathedra, grandes salles d’études en commun après les cours, médiathèque-bibliothèque musclée dotée d’enseignants, retour des « pions » afin de limiter les incivilités avec des surveillants de proximité, dotation en profs expérimentés, organisation de sorties et manifestations culturelles (aujourd’hui impossibles compte tenu des risques encourus par les organisateurs et l’ambiance sécuritaire régnant partout, notamment dans les gares), cours de soutien (on est en train de supprimer les Rased ou réseau d’enseignants spécialisés), livres et moyens de formation gratuits, etc.

Il y a les inégalités socioculturelles, évidemment liées au revenu mais pas seulement puisque les modestes enseignants sont plus riches en culture, en relation, en connaissance des arcanes de sélection et des bons lieux d’étude… que les autres. Les parents favorisés peuvent aider ou faire aider leurs rejetons et les pousser dans les longues études, choisir les options conduisant aux meilleurs sites d’enseignement, orienter les enfants dans les voies les plus prometteuses, les mettre dans des écoles privées même hors contrat avec l’Education nationale, etc. Toutes choses auxquelles le pouvoir libéral se garde bien de toucher et même favorise (par exemple avec le chèque universel emploi-service qui permet de rémunérer des précepteurs avec des déductions fiscales ou en finançant l’enseignement privé sur les fonds publics). Ces inégalités commencent dès la maternelle et le primaire car les enfants défavorisés souvent ne maîtrisent ni la langue, ni les codes de comportement. Solution : un enseignement primaire assis sur la pluralité des méthodes pédagogiques, des classes à effectif restreint, la mixité sociale, l’aide personnalisée, etc. Pour former les enseignants à la pédagogie, on avait créé les IUFM et le stage payé pendant un an. Tsarko les supprime au profit d’une formation renforcée sur les contenus. Notons que les IUFM ne pouvaient guère être efficaces puisqu’il ne sert de rien de former à la diversité des méthodes quand dans les lieux d’enseignement on ne peut l’appliquer puisqu’y règnent le dogmatisme imposé par les corps d’inspection, les classes trop nombreuses et le mépris de moult enseignants contre les pratiques modernes ou peu conformistes de leurs jeunes collègues. Dans ces inégalités, on oublie souvent le temps disponible des parents (ou qu’ils peuvent acheter avec des prestataires extérieurs) pour s’occuper de leurs enfants. Le « travailler plus pour gagner plus », le travail le dimanche va sûrement aider les parents défavorisés à mieux aider et suivre leurs enfants. Sans parler du stress, des portables en tout genre qui transforment le temps libre en temps au service du patron, des travaux pénibles, etc. qui ne facilitent pas l’attention des parents. Vous me direz que c’est pourquoi le pouvoir a supprimé les cours du samedi dans le primaire (avant extension partout) et créé 2 heures de soutien ; arguties ; la vraie raison réside dans le don du Week End en famille aux classes aisées.

Il y a le système éducatif lui-même dans ses procédures, dispositifs et contenus. Les contenus sont conçus en faveur des classes aisées car ils sont pondus à la fois de façon ad hoc et parce que leurs concepteurs appartiennent à ces classes et reproduisent ce qui leur a réussi lors de leurs propres études. Ils sont donc discriminants pour tous ceux qui n’en possèdent pas les clefs culturelles. Par ailleurs, le primat des mathématiques relève de la sélection occulte, la sélection et la compétition étant de façon générale le principe de l’école libérale, laquelle est organisée dans ce but au lieu de pousser chaque élève au mieux de ses capacités. On le voit à la forme d’évaluation qui est en cour (s) : la punitive stigmatisante au lieu de la « sommative » qui vise à aider et à progresser comme dans les pays d’Europe du Nord. Les concours eux-mêmes contiennent des contenus et des épreuves discriminatoires : je me rappelle un gus reçu à l’écrit de l’X, dispensé du « »petit oral » (simple présélection pour les moins bien classés à l’écrit), réussissant au second et qui a été collé pour note éliminatoire en gymnastique. En fait, dans les épreuves scientifiques les candidats sont à peu près au même niveau (suivant la fameuse courbe en cloche de Gauss), sauf une frange de très bons ou de bien mauvais. La différence entre « moyens » se fait sur les épreuves dites de culture générale : français, langue étrangère, histoire/géo, etc. Les procédures de sélection et d’orientation sont si vicieuses qu’une chatte n’y retrouve pas ses petits, d’autant plus que les « psys » chargés d’aider à l’orientation ne sont guère compétents et que les enseignants privilégient leurs propres évaluations conformes au modèle qu’ils ont subi mais qui les a heureusement triés. On fait bien comprendre aux élèves les difficultés de la réussite dans les filières très sélectives, ce qui les amène à ne pas oser se lancer par autocensure, ce qui favorise les enfants boostés par leurs parents. Les méthodes pédagogiques demeurent uniformes et dogmatiques pour cause de classes trop nombreuses ; les bibliothèques sont misérables sauf pour faire la causette ; le travail collectif entre enseignants est peu encouragé, les options sont diversifiées à l’infini (cela sert à obscurcir le système et à favoriser ceux qui connaissent les bonnes combines) au lieu de se concentrer sur les fondements et les contenus communs, etc.

Bref, on n’a jamais corrigé les inégalités sociales structurelles ni même celles qui sont produites par le système d’enseignement lui-même. On réalise donc l’efficacité qu’auront les 30 % de boursiers dans les grandes écoles, sauf l’effet d’annonce et la fausse prise en charge, purement démagogique, du problème scolaire par le pouvoir libéral… Ce qui frappe aussi, c’est le décalage complet entre les bonnes intentions des discours politicards et les réalités observables.

L’utilité libéralo-capitaliste

Classé dans : Non classé — 9 janvier, 2010 @ 11:40

Le libéralisme nous enseigne que c’est l’intérêt ou l’utilité qui mène les hommes. L’intérêt, à l’origine, s’entendait de tous les motifs personnels et égoïstes d’agir dans les relations avec les choses ou les autres ; il ne s’agissait donc pas que de l’intérêt matériel, qui, à l’usure si j’ose dire, est devenu le ressort majeur des motivations en univers de capitalisme financier. Il y avait aussi la gloire, l’honneur, la sécurité, la préservation de soi (amour de soi, passion orientée par le seul moi), l’amour propre (amour de son image dans l’esprit des autres, donc passion axée sur la relation avec l’autre en tant que désir de reconnaissance ou revendication d’identité), etc. Le libéralisme a ainsi sanctifié la philosophie des puces (devenues informatiques), celle des piqûres (épicurisme), à celle des (é)poux, des pique-têtes (stoïcisme). Des fleuves d’encre ont coulé pour décrire l’intérêt (devenu utilité, notamment en économie libérale) comme premier moteur de la relation à soi, aux choses, puis aux autres. A tel point que l’altruisme devenait une incongruité sauf à l’expliquer par l’idée qu’il ne serait que de l’égoïsme indirect et camouflé, notamment pour avoir bonne réputation en société ou pour mériter la grâce divine et acheter son salut dans un monde meilleur ou pour obtenir des faveurs et de la reconnaissance en retour, etc.

L’utilité libérale est majoritairement comprise comme individuelle, puisque la société n’existerait pas en dehors de la collection des individus qui la composent, et comme d’origine bio-psychologique en tant que liée à « la nature humaine » universelle, intemporelle et innée ou génétique pour l’espèce. Quelques francs-tireurs libéraux l’ont cependant pensée comme devant être sociale, à partir cependant des individus. Cela se trouve dans l’utilitarisme fondé par Bentham pour lequel il fallait se donner comme but moral des hommes formant société de « maximiser le bonheur du plus grand nombre ». Dès lors, ce qui est juste, mais alors seulement second, c’est d’augmenter le bien-être collectif ; la société n’est juste que si elle augment le plus possible le niveau de satisfaction de la majorité des gens. Cette position, qui fait partie pourtant du courant libéral, lequel contient bien des bifurcations ou embranchements, est affreuse et ignoble ; elle implique en effet qu’il puisse y avoir des êtres humains sacrifiés au bonheur du plus grand nombre. Se trouve ainsi niée la dignité intrinsèque de chaque homme, sa valeur devenant relative à sa contribution à la satisfaction générale et sa position pouvant être négligée.  L’égale dignité de chaque homme, sur laquelle repose la doctrine morale de Kant, est jetée aux orties avec pour conséquence l’acceptation de l’inégalité entre les hommes. Se trouve aussi et ainsi lancée une approche à la fois matérialiste, puisqu’il ne s’agit que de satisfactions bientôt réduites au seul aspect matériel de la vie, et calculatrice et rationaliste (plutôt de rationalité calculatrice), puisqu’il faut se donner la peine d’évaluer « ses plaisirs et ses peines ». Dans ce cadre, soit tout est calculable, quantifiable, ce qui est l’option choisie par le néolibéralisme actuel et par la prétendue science économique qui va avec, soit rien ne l’est et tout se vaut, ce qui est le leitmotiv de la philosophie moderne à commencer par celle de la soi-disant postmodernité. L’idée kantienne de la morale comme devoir être ou devoir agir comme  conduite  universalisable est mise à la poubelle ; en effet cet « impératif catégorique » (accompagné de l’exigence morale de toujours considérer l’autre comme une fin et jamais comme un moyen) implique que le principe de généralisation débouche sur une valeur morale (l’universalité) qui est supérieure à toutes les valeurs particulières, ce que nie justement le relativisme moderne pour lequel elles se valent toutes.

Du reste, le libéralisme n’a pas tardé à affirmer à la fois l’inégalité de nature des hommes (après avoir reçu le renfort du darwinisme à la sauce de la lutte pour la vie et de la sélection des meilleurs chères à Spencer, ou celui de la phénologie, de la crâniologie, de la biologie raciale, de l’innéité du crime,  etc.) et le primat du mérite individuel car les exclus sont les victimes de leurs propres carences. L’utilité de l’individu est mesurée par son mérite et l’intérêt personnel consiste à paraître méritant aux yeux des autres. Et le mérite, en univers de civilisation libérale, individualiste et matérialiste, compétitive et spectaculaire, est vient des signes ostentatoires de réussite ; c’est l’ère du bling bling, de l’opulence impudique, de la richesse. Et c’est évidemment par contraste celle de la disqualification des pauvres qui n’ont pas de Rolex à 50 ans, qui ont mérité leur sort parce qu’ils sont des ratés, des fainéants, des tire-au flanc, des assistés, des incapables, des « inemployables »…

Adam Smith, à la suite des philosophes écossais du 18ème siècle, a essayé de réhabiliter une approche de refus de l’intérêt comme seul motif (monisme) d’action humaine. L’homme voit dans l’autre un reflet de sa propre image et si celle-ci est positive alors il entrera en sympathie et l‘imitera. L’intérêt là est secondaire, le ressort de la sympathie vient de ce que pour chaque individu l’autre est un autre soi-même. Mais au nom de quoi peut-il y avoir sympathie par imitation ? Réponse de Smith : en se plaçant sous l’autorité « d’un spectateur impartial ». Qui donc ? La seule réponse cohérente est l’œil de la communauté extérieure aux deux protagonistes du mouvement d’empathie. Le spectateur impartial, c’est le système de conventions, de normes, de valeurs de la communauté ; c’est le regard de celle-ci sur votre comportement à partir de ses critères de réussite, d’utilité, de valorisation des bonnes conduites. Lesquelles sont donc forcées… C’est typiquement du puritanisme anglo-saxon, ce que l’on voit aux USA où chaque personne est obligée de se conformer aux normes des communautés. C’est donc cela la liberté libérale : le conformisme, la soumission, la normalisation ? Oui ; cependant Smith remet un peu de social dans l’intérêt ; il n’est plus individuel ; il dépend des conventions sociales préexistantes.

On approche alors du fond du vrai problème de l’opposition stérile entre égoïsme intéressé pour soi-même et altruisme intéressé par le rapport entre soi-même et l’autre dans un système de relations. Dire que tout part de l’intérêt n’est qu’un propos de café du commerce ; ce qui est important c’est de savoir de quel intérêt il s’agit, d’où il provient, comment il se forme, par quels processus, dans quelles conditions et dans quelles situations. La réponse libérale majoritaire, et aujourd’hui seule à dominer,  à toutes ces questions est simpliste. L’intérêt est personnel, impulsé par le seul individu qui privilégie d’abord son rapport à lui-même, comme s’il pouvait se donner tout seul ses normes de conduite et définir ses « utilités » en dehors de toute appartenance, de tout attachement, de toute insertion sociale. Smith, mis hors jeu par le libéralisme actuel, répond qu’il ya des conventions sociales qui « norment » et moralisent la nature des intérêts légitimes dans une société donnée. Bentham met l’utilité individuelle sous le primat et le contrôle de l’utilité sociale. Mais l’origine du processus réside toujours dans les individus atomisés et séparés.

On comprend alors qu’égoïsme individuel/altruisme solidaire est un faux débat. Si l’on accepte un acquis fondamental du vieux libéralisme, à savoir non pas l’individualisme néolibéral actuel mais l’individuation (Stirner) et le primat de la liberté personnelle (et des groupements) on est conduit à reconnaître la légitimité et la moralité du mouvement qui conduit chaque être humain à agir à partir d’abord de son estime de soi. Le vrai problème devient alors que ledit être ne s’y cantonne pas et ne devienne pas un jouet de son amour-propre (vanité, orgueil, envie, ostentation, solipsisme, etc.). Pour éviter de sombrer dans l’individualisme libéral, il faut qu’existent des structures sociales qui encouragent la générosité, l’altruisme, le souci des autres, la solidarité, l’entraide (Kropotkine) et qui procurent des espaces où cette attention à l’autre et aux autres puisse se réaliser et être valorisée. Il faut des processus, des méthodes, des activités, des parcours et des lieux où émergent des conventions et normes sociales propices au développement des principes et des valeurs d’égalité et de justice, de réciprocité, de mutualité (Proudhon). Car le problème réel est de procurer à la légitime individuation des occasions de se « composer » avec les différentes dimensions du social et de la sociabilité de façon que l’individu ne soit pas hors la société et que celle-ci ne phagocyte les personnes. Ce qui récuse à la fois le libéralisme individualiste et atomistique et le socialisme collectiviste où dans le 1er l’individu est roi et dans le second la société  totalitaire. Ce qui réfute le relativisme libéral où la seule valeur commune est l’utilité, toutes les autres devenant personnelles (ou communautaires) et relatives, et le collectivisme socialiste où l’idée que ce soit la personne qui choisisse librement et à partir de ses valeurs propres les objets et les espaces où elle investira son altruisme intéressé est refusée. Ce n’est pas un oxymore ; c’est « une composition » entre termes qui ne sont pas contraires et exclusifs l’un de l’autre (comme le disent libéralisme et socialisme) mais interdépendants et en recherche « d’équilibration » (Proudhon). Ce qui élimine la coupure libéralo-socialiste entre valeurs et intérêts. Altruisme valorisé et égoïsme intéressé ne sont que des « contradictoires » dont le contenu et les rapports ne dépendent que du type de civilisation dans lequel on se trouve.

Il faut alors observer que le libéralisme est construit sur l’hypothèse de la neutralité axiologique (refus de prendre en charge collectivement les conceptions du monde et les systèmes de valeur dans la sphère publique, ce qui donc les « privatise » au niveau des individus et des communautés, notamment via la laïcité) du droit et de la politique par rapport aux libertés individuelles ; cette idée est fausse parce qu’il est facile de prouver que la civilisation libérale repose au contraire sur des valeurs, qui plus est imposées à tout le monde, donc sans « neutralité axiologique » : utilité, risque, compétition, richesse, individualisme, mérite personnel et réussite matérielle, etc. Mais cette thèse est aussi lourde de conséquences : s’il n’y a plus de valeurs communes unissant le corps sociopolitique dans une approche commune et collective transcendant les individus privés et les communautés particulières (et aussi privées), alors pour faire société, pour créer le lien social et le développer il n’y a plus que le marché, c’est-à-dire l’échange entre intérêts privés. Le radicalisme libéral du refus des valeurs et de leur cantonnement dans la sphère privée conduit à la réduction de la société à sa seule dimension économique. D’où les thèses ineptes sur la disparition du politique et l’avènement du « village global » commercial et concurrentiel.

Pourquoi de telles bêtises libéralo-capitalistes perdurent-elles ? Elémentaire, mon, cher Sarko…  C’est que ces âneries sont intéressées, très : elles font croire que le pouvoir politique, soi-disant démocratiquement élu, est au-dessus des parties, est indépendant du capital, ne doit rien aux riches et aux puissants, que les politicards travaillent pour le bien commun et se dévouent à la république pour tous. Il n’en est rien car il est facile de prouver que la crise actuelle émane directement de décisions prises par les politiciens socialo-libéraux (qui, évidemment se sucrent au passage) en faveur de la « phynance » et des multinationales. C’est que ces mensonges idéologiques sont utiles : ils font croire que chacun est libre de mener sa vie comme il l’entend, que la compétition se fait à armes égales et donc que les riches et les puissants sont méritants, que les inégalités sont justifiées, que la poursuite d’intérêts matériels et personnels est légitime même en écrabouillant les faibles et immoralement. Ils font oublier au populo que les riches, en général, ne sont que des escrocs qui ont réussi, des héritiers sans réel mérite, des profiteurs des structures socio-économiques définies par l’Etat pour les favoriser. Rappelons que c’est Tonton qui a sauvé (le 2ème sauvetage) les affaires du baron Seillière, qui a fait financer Tapie (et bien d’autres aujourd’hui riches) par le Crédit Lyonnais, qui a nationalisé (en rachetant les titres au-dessus de leur cours !) pour recapitaliser et assainir et ensuite revendre au privé des entreprises devenues ainsi rentables.

Ces intérêts camouflés, ces utilités privatisées ont aussi l’avantage de mener une entreprise de division entre strates ou classes sociales : pauvres contre classes moyennes, chômeurs contre actifs, immigrés contre nationaux, petits bourgeois contre racaille, citadins prospères contre banlieues pourries, agents des services publics et fonctionnaires contre les salariés du privé, clandestins contre smicards officiels, etc. Cette « guerre de tous contre tous » est facilement justifiée : c’est un résultat de la guerre économique mondiale entre intérêts commerciaux, système contre lequel localement on ne peut rien faire ; alors que justement il a été mis en place par les politicards qui ont tout dérégulé. Alors, il ne reste au peuple qu’à courber l’échine et à chacun de tirer son épingle du jeu. Du reste, ce système offre des « opportunités » aux risquophiles et aux meilleurs. Si vous perdez, c’est que vous n’êtes pas dans la course car trop nul. Et c’est ainsi que, via notamment un bombardement médiatique et idéologique permanent, les exclus, les pauvres, les « prolos » cherchent à se pousser du col pour se placer au-dessus de leurs inférieurs et mériter l’estime de leurs supérieurs. « Bien creusé vieille taupe » : l’amour-propre utilitaire est devenu le ressort des divisions sociales et le moteur de la justification de l’individualisme néolibéral et inégalitaire. Le pauvre a peur de déchoir et pour ne pas être accusé de mériter son sort il se met à hurler avec les loups et à mépriser plus faible que lui. Dès lors, il vote pour le prétendant censé lui apporter reconnaissance (dans les allocutions familiales) et sécurité. La chouette de Minerve est enfin là, mais elle n’est pas chouette ; elle effraie.

Charity business

Classé dans : Non classé — 7 janvier, 2010 @ 12:17

 

Comme nombre de couillons, j’ai donné à des firmes de charity business : restos du cœur, MSF, Unicef, etc. Je me suis retrouvé dans des fichiers que les entreprises de charité s’échangent sans vergogne et évidemment sans consulter les généreux donateurs. Lesquels se trouvent être littéralement bombardés par des demandes permanentes, réitérées, insistantes en provenance des organismes les plus divers. Cela va jusqu’au chantage aux sentiments, par exemple en vous envoyant d’office des cartes de vœux, des stylos à bille, des produits artisanaux, etc. ce qui vous incite à envoyer un chèque en retour pour payer ce que vous avez reçu. Evidemment, j’ai fait mes choix et je ne succombe plus aux sirènes misérabilistes. C’est dur car les occasions, si je puis dire, de taper le cochon sensible aux détresses humaines sont de plus en plus fréquentes. Tsunami, tremblements de terre au Pakistan et en Chine, inondations, guerres civiles, famines, etc.

Et ne voilà-t-il pas que la récente crise alimentaire a entraîné de nouvelles sollicitations. Là, ça m’a troué le cul : ladite crise de la nourriture provient en droite ligne de l’augmentation exponentielle des prix des denrées agricoles et des matières premières, dont le pétrole revenu à 70 dollars le baril. Pourquoi ? Cela provient surtout de ce que les puissances occidentales ou industrialisées ont tué les agricultures vivrières des pays du Sud au nom du libre commerce international, de la spécialisation dans les cultures d’exportation (coton, café, cacao, huile de palme, banane, etc.), lesquelles ont vu leur cours baisser par suite de l’intense concurrence induite ainsi entre les pays producteurs, tous  ayant adopté a peu près les mêmes spécialisations sous la pression du FMI et de la Banque mondiale et au nom du « consensus de Washington ». Ce qui, ceci dit au passage, a en même temps créé l’impossibilité de rembourser la dette chez les PVD (pays en voie de développement) et encore plus les PMA (pays les moins avancés). On les avait poussés à investir par l’emprunt aux banques occidentales rémunérées grassement en taux  d’intérêt (ports, voies ferrées, stockages, barrages hydroélectriques, etc.) en leur affirmant que leurs exportations sur les marchés mondiaux leur donneraient les moyens de servir leur dette. Rappelons que ledit « consensus » en appelle à la dérèglementation des prix et à la libre circulation des capitaux, à la privatisation des services publics, au développement par l’exportation au détriment de la croissance endogène, à l’ouverture des frontières aux produits étrangers à bas prix, dont les excédents agro-alimentaires subventionnés des pays occidentaux, à la suppression des « rigidités des codes du travail, etc.

Les firmes propageant les OGM avaient promis monts et merveille, assurant que les nouvelles plantes associées à des pesticides limités, augmenteraient les rendements, diminueraient l’usage des « intrants », produiraient des variétés « vitaminées » et résistantes aux épidémies et aux variations climatiques. Echec sur toute la ligne, sauf pour les profits desdites firmes. Parallèlement, ce sont les pays industrialisés (les USA sont encore le premier pollueur  et émetteur de dioxyde de carbone de la planète, la Chine les rattrapant), qui sont à l’origine des catastrophes climatiques de plus en plus fréquentes qui ruinent des pays déjà pauvres. La crise alimentaire est donc structurelle et pérenne, sauf à aider les pays du Sud à recréer leur agriculture vivrière. Là, on rit jaune car les aides publiques sont depuis longtemps bridées (jaunes et bridées, eh eh) bien en-dessous du taux de 0,7 % de consécration d’une part de leur PIB par les pays développés à l’aide internationale. La promesse du millénaire, engagée à Gleeneagles en 2006 par l’OCDE,  est mal partie. La crise alimentaire a donc été structurellement organisée par les pays industrialisés que la Chine et l’Inde ou le Brésil, etc. ont suivi sans vergogne au nom de leurs « avantages compétitifs » respectifs.  Nombre de PVD se mettent à produire des biocarburants au détriment des vivres, ce qui conduit à la rareté et à l’augmentation des prix.  On produit de plus en plus aussi des plantes pour nourrir le bétail à viande et à lait, ce qui prive les humains des surfaces vivrières correspondantes car les nouveaux riches veulent bouffer de la viande rouge et des produits lactés. Et maintenant, ô hypocrisie sans vergogne, ils déplorent l’arrivée d’une crise imprévisible et, pour ainsi dire conjoncturelle avec le faux argument de mauvaises récoltes circonstancielles.

En plus, maintenant, il ya des tensions sur les marchés ; la Chine fait augmenter les prix des matières premières pour se développer comme lieu de production délocalisé des filiales des firmes occidentales : c’est super car ce pays sans droit, ni social ni syndical ni du travail, ni fiscal, ni environnemental, à salaires comprimés, à horaires sans limites est évidemment le lieu où le capitalisme sauvage est le plus rentable. Il ya eu de mauvaises récoltes de blé comme suite aux changements de climat (déforestation accélérée au Brésil, en Indonésie, aux Philippines, au Congo, etc.).  Mais la raison essentielle de la crise réside dans le fait que les spéculateurs, échaudés par les aventures de l’immobilier et de la finance, se sont reportés massivement sur les achats à terme de matières premières et de produits agricoles. C’est simple : vous n’échangez pas des produits réellement disponibles mais des droits à échéance sur la vente de titres ou créances soi-disant représentatifs de ces produits. On sait que la spéculation est responsable de 30 % du surplus de prix du pétrole. Il en est de même pour le maïs, le riz, le blé et toutes les matières agricoles. Parallèlement, les produits agro-énergétiques volent de plus en plus les surfaces agricoles au profit des biocarburants (éthanol, diesters). 30 % de la production de maïs US est désormais consacrée aux carburants, ce qui a induit la crise du maïs au Mexique. L’Argentine ne produit pratiquement plus que du soja pour animaux. Le Brésil (l’Indonésie, Les Philippines,  etc.) déforeste à tout va pour produire des biocarburants, comme l’Indonésie de l’huile de palme. Entre faire  manger les peuples et faire le plein des véhicules des riches, le capital a choisi l’option la plus rentable et ouvert la route aux « accapareurs ». C’est un crime contre l’humanité comme l’a dit Jean Ziegler. Et cotiser à la correction des conséquences de cette politique, même pour les beaux yeux du compradore Lula au Brésil, ne fait qu’encourager les prédateurs à la continuer.

Le bon couillon de donateur se trouve ainsi devant un tonneau des Danaïdes que les manipulations du capitalisme triomphant rendent sans fond du tout. Il peut se demander si ses dons ne contribuent pas à la perpétuation de ce système d’exploitation et d’aliénation sans limites. Malthus, en bon anglo-saxon utilitariste, préconisait de ne rien donner aux pauvres car cela les encourageait à la paresse et contribuait à les faire se reproduire comme des lapins. Ne faudrait-il pas aujourd’hui ne rien donner pour une autre raison : cela renforce le capitalisme sauvage, consiste à vider l’océan avec une petite cuiller, exonère les responsables économiques et politiques de leur responsabilités, contribue à la destruction de la planète, maintient les narines des plus pauvres juste au-dessus de la merde, alors que si la situation devenait pour eux intenable, ils seraient amenés à se révolter ?

Et là, mes appréhensions sur l’utilité de mes contributions au charity busisness ont été confirmées par un livre superbe : « la stratégie du choc » par Naomi Klein, Léméac-Actes Sud 2008. En gros, ce livre établit que les néoconservateurs associés aux multinationales profitent des crises, des catastrophes pour tout privatiser au profit des  puissances d’argent. Le mécanisme est simple : la catastrophe crée la peur et alors les grenouilles atomisées par l’individualisme libéral et le suffrage atomistique réclament un roi, fût-il un soliveau, pour assurer leur sécurité. Vieille technique du diviser pour régner et de susciter la crainte pour l’émergence d’un pouvoir autoritaire. Et quand la crise n’est pas naturelle, alors il suffit de l’organiser. C’est ce qu’on fait en France : la sécu, en réalité, n’est en déficit que parce que les ressources qui devraient lui être affectées sont volées par l’Etat. Le but est clair : créer une fausse insolvabilité pour pousser aux assurances privées. La « rupture » tsarkozyste ne doit pas être interprétée comme une solution aux difficultés françaises, mais comme une politique graduelle et délibérée de créer une situation de crise qui amènera le bon peuple à accepter les pilules hyper libérales de suppression des services publics au profit de leur prise en charge par des intérêts privés. Quand la catastrophe ne survient pas, il suffit de la préparer et de l’organiser pour que les gens apeurés se résignent à accepter le tout-marché et la dérégulation totale. Et c’est vrai que, en la matière, la France est grandement en retard sur les pays anglo-saxons.

La conclusion est nette : plus l’imbécile charitable contribue à essayer de diminuer les souffrances du monde, plus le capital et le pouvoir en profitent pour exploiter les catastrophes pour remplacer le public ou le petit privé par la finance. Naomi Klein en donne de multiples exemples. Ainsi le tsunami  a-t-il contribué à éliminer les pêcheurs de leur littoral pour les remplacer par des hôtels de luxe. Ainsi, l’ouragan Katerina qui a détruit les quartiers pauvres de la Nouvelle-Orléans a contribué à éliminer les Noirs au profit d’une intense spéculation immobilière et au remplacement des écoles publiques par des écoles sous charte, c’est-à-dire confiées au privé quoique financées par l’Etat. J’avais déjà compris que les « téléthons », menés à grand renfort médiatique, contribuaient en fait à substituer un financement charitable, comme celui des « dames patronnesses » au 19ème siècle,  au financement public de la recherche. Je pensais depuis longtemps qu’il vaudrait mieux quêter pour le financement de l’armée, de la police, des députés, etc.  que pour la recherche. Les événements m’ont montré la justesse de mes craintes.

J’avais déjà été échaudé par le scandale de l’ARC. J’ai été édifié par une étude montrant que, au minimum, 30 % des aides reçues des individus privés étaient consacrées aux frais de gestion et de communication  ou publicité des organismes « charitables ». Et, sur ces entrefaites, je reçus un document sur le business des « pièces jaunes » chères à Bernadette Chiracos. M. Douillet, l’ex-champion de judo, reçoit 32 000 euros par mois sous forme d’indemnités (frais de bouche, chauffeurs, voitures) non imposables à l’occasion de ses campagnes. Mme Chiracos (et son « staff ») a reçu, en 2007, 38 000 euros de garde-robe, 48 000 pour un véhicule associatif (Peugeot 608 haut de gamme), 347 000 euros de frais de déplacement, 285 000 euros de « frais de bouche », 52 000 euros de frais divers, 927 000 euros de frais de personnel (14 chauffeurs et secrétaires particuliers), soit une moyenne de 141 000 euros par mois. Félicitations. Décidemment le couple Chiracos garde ses bonnes habitudes : vivre grassement aux frais de la princesse. Malheureusement, l’essentiel du charity business s’est industrialisé, verse des bonnes rémunérations pour attirer des « fundraisers » (leveurs de fonds) efficaces, fait beaucoup de pub, multiplie les frais de gestion, ce qui finalement laisse peu de cash pour aider les prétendus destinataires de la charité publique.

La conclusion s’impose d’elle-même : être charitable à titre individuel ne fait que corriger très médiocrement les souffrances des peuples et des individus, alimente grassement une corporation vivant bien de la charité publique, aide les gouvernants à ne rien faire ou, pire, à profiter des catastrophes pour pousser les pions du libéralisme totalitaire et sauvage, bref encourage à la perpétuation du système capitaliste sans foi ni loi. Finalement, le prévaricateur de l’ARC était un visionnaire, un génie, un précurseur : il avait compris que la charité bien organisée commence par soi-même, que la bonté et la crédulité des pauvres, car ce sont eux qui donnent le plus aux plus pauvres qu’eux, étaient sans limites, que les contrôles de l’Etat étaient quasiment inexistants, que les sanctions, quand on se faisait pincer après avoir très longuement vécu comme un nabab, étaient ridicules. Escrocs, ne volez pas de poules ou de portables, faites tout de suite du charity business. Faites comme les « barons voleurs » à la Rockfeller : après avoir volé, exproprié, ruiné, fait tuer, monopolisé, etc. consacrez une mince part de votre fortune à des fondations charitables ou artistiques.

Alors que faire ? C’est simple. Ne rien consentir quand ce n’est pas lié à un projet coopératif, associatif, partagé, de co-développement dans lequel les bénéficiaires acquièrent des moyens de prendre leur autonomie. Comme disait le sage chinois : si tu donnes un poisson à un pauvre, tu ne le nourris qu’un jour, si tu lui apprends à pêcher tu lui donnes les moyens de manger pour toujours.  Le problème est que pas grand-chose n’existe en la matière. On peut le créer.

Les présupposés du libéralisme

Classé dans : Non classé — 6 janvier, 2010 @ 12:14

Le libéralisme repose sur des présupposés anthropologiques relatifs à la consistance de la nature humaine et de la société. Ils ont été tellement propulsés par l’idéologie, notamment économique ou politique, qu’ils sont en quelque sorte devenue une seconde nature inconsciente et refoulée ; et que l’on ne saurait interroger sans faire s’écrouler l’édifice de carton-pâte qui est fondé sur ces prémisses tout à fait fausses, controuvées et démenties par l’ethnologie moderne. Ces stéréotypes, ces bas-fonds de la doxa occidentalo-capitaliste passent pour évidents et incontestables au point que la prophétie libérale sur la nature humaine s’est pour ainsi dire auto-réalisée : car c’est bien sur ces bases que les gens globalement se comportent et raisonnent.

Le 1er fondement caché du libéralisme réside dans la nature pécheresse des hommes (tradition chrétienne depuis St-Augustin, mais aussi versant majoritaire de la pensée antique sur l’égoïsme intrinsèque et naturel des hommes ; à l’exception notable d’Aristote qui voyait les hommes comme naturellement sociables, civiques et politiques). Cet égoïsme donne la base des conduites intéressées, c’est-à-dire guidées avant tout par la recherche de l’intérêt personnel. L’idée est courante au 17ème siècle chez les premiers penseurs des Lumières ; lisons la Rochefoucauld et les matérialistes comme d’Holbach ou Helvétius ; rappelons-nous que Kant parlait de l’inconfortable asociabilité des hommes. Il y a là encore une exception avec Rousseau : « l’homme naît bon et la société le déprave ». A la fin du 18ème siècle, la chose est généralisée sous forme d’utilitarisme dans lequel l’homme raisonne en fonction des peines et des plaisirs personnels. Bentham ajoute, en moraliste, que la conduite individuelle doit cependant être orientée par « la recherche du bonheur du plus grand nombre ». Ce qui suppose d’admettre qu’il puisse y avoir des personnes sacrifiées à cet optimum ! De ce fait, l’égale dignité de chaque homme est jetée aux orties puisqu’il y a des individus que l’on peut exclure au nom du maximum de bonheur de la collectivité.  Adam Smith a bâti son économie libérale sur l’intérêt qui fait « que l’on n’attend pas son dîner de la bienveillance du boucher ». Mandeville  révèle le pot-aux-roses en prétendant que les vices privés (vanité, égoïsme, rapacité, etc.) sont des vertus publiques puisque chacun maximisant son intérêt contribue à la croissance économique. Cependant, Smith, qui est aussi un moraliste de l’école écossaise (oui, ça existe), montre que l’intérêt matériel n’est pas le principe majeur de la sociabilité ; c’est la sympathie, laquelle provient de ce que l’on respecte les riches et qu’on les imite puisqu’ils ont réussi et que l’on se mettrait bien à leur place. Il oublie toutefois que l’imitation peut se transformer en jalousie (avoir ce que les autres ont ou garder ce que l’on a) mais aussi en envie (détruire ce que les autres ont et que l’on n’a pas). Smith anticipe ainsi la « violence mimétique » chère à René Girard, violence qui débouche sur le sacrifice d’un bouc émissaire, le pauvre par exemple, ce raté sans mérite, fainéant, alcoolique, lapiniste, risquophobe si l’on en croit Malthus, Sarkozy et les élites libérales actuelles. C’est bien commode car l’existence des pauvres est en même temps la justification de leur sort et de la bonne image que le riche peut avoir de lui puisqu’il a réussi grâce à son travail et son talent. Autre apport (notez que cette pensée libérale dégueulasse émane en général des Anglo-saxons), celui du Rosbif Spencer qui transforma les idées de Darwin en « darwinisme social » : ce sont les plus adaptés à la concurrence dans le « struggle for life » qui sont les meilleurs ; les exclus ne sont que des inadaptés à la compétition généralisée. L’économie néoclassique de la fin du 19ème siècle transformera l’intérêt en « utilité » et pourra alors se lancer dans une approche du calcul rationnel des utilités et des coûts d’opportunité par les individus. L’homme n’est plus seulement intéressé ; il est aussi rationnel, calculateur, matérialiste ; il devient « homo oeconomicus ». D’où les développements économicistes actuels sur « les anticipations rationnelles » (Robert Lucas) ou le « capital humain » (Gary Becker), tous deux lauréats du prix de la banque de Suède en l’honneur d’Alfred Nobel (dit faussement prix Nobel d’économie).

Le deuxième postulat naturaliste du libéralisme est que l’homme n’est qu’un individu et que la société n’est qu’une collection d’individus atomisés comme des petits pois dans une boîte. L’homme n’a pas d’enracinement, d’attaches dans des communautés ; il s’est fait tout seul grâce à ses dons innés ; il n’a pas été socialisé, normalisé, orienté dans une culture préexistante. On se demande même comment il acquiert le langage.  Il est libre. Il se trouve cependant qu’il vit en société. Pourquoi ? Deux réponses libérales apparaissent. D’une part, c’est son intérêt parce qu’il peut ainsi échanger et bénéficier des avantages de la division du travail, ce qui profite à tous, même aux plus pauvres puisqu’ils peuvent ainsi acheter moins cher et se spécialiser dans une activité rentable à condition « de travailler plus pour gagner plus », ce qui à la longue le fait accéder à la propriété acquise par son travail. D’autre part, isolé l’homme ne peut pas défendre sa propriété, sa personne et sa descendance contre les autres ; les engagements risquent de ne pas être tenus, les voleurs et les assassins rodent, la sécurité des biens et des personnes n’est pas assurée. On vit dans un contexte où « c’est la guerre de tous contre tous » car « l’homme est un loup pour l’homme » (ce qui est peu flatteur pour les loups dont tout le monde peut constater qu’ils vivent en société coordonnée et qui respectent une hiérarchie tout en assurant la matérielle de tous les membres de la meute). Alors, suivant les analyses de Hobbes (cène), les hommes passent un « contrat social » pour assurer la paix et la propriété. Ce contrat, ce qui suppose des individus déjà rationnels par nature, consiste à ériger une puissance souveraine et absolue au-dessus des parties, un tiers neutre qui détiendra le pouvoir « de donner et de casser la loi » (Bodin) et le « monopole de la violence légitime » (Weber) pour faire respecter le contrat, les propriétés et la sécurité. Ce en quoi on voit que M. Sarkozy est hobbesien sans le savoir, de même qu’il ignore que monarchie ne s’oppose pas à élection puisqu’il y a eu dans l’histoire des monarchies électives (réponse au directeur du baveux Libération, Laurent Joffrin,  lors d’une conférence de presse du président en janvier 2008). Alors, dans le même mouvement les hommes dépassent l’état de nature, créent la société civile et l’Etat politique. Ce qui implique que le pouvoir politique, comme l’avait déjà dit St-Thomas d’Aquin, est la conséquence des passions humaines tempérées par la « droite raison » qui pousse à organiser la sécurité des relations sociales et commerciales. Dès lors, s’opère en plus une coupure « naturelle » entre les passions, sources de division, et la raison qui fait admettre la nécessité d’un maître pour maintenir l’ordre. Coupure reprise par Descartes pour garder son Kant à soi. C’est un 3ème axiome libéral : le pouvoir politique est supérieur et extérieur à la société.

Notons cependant un avis discordant quoique reposant sur les mêmes axiomes ; celui de Hayek, pape du libéralisme moderne, ex-autrichien devenu Gibby.  La société, certes, n’est que la résultante des interactions individuelles intéressées. Mais cette conséquence n’implique pas un pouvoir politique, un Etat (hors les fonctions régaliennes) intervenant sur la société ; celle-ci se construit spontanément dans un univers d’incertitudes que seul le marché (qui seul permet l’échange d’informations réduisant les aléas) peut coordonner. Et il fait cela automatiquement et bien mieux que tout projet de changement porté par des réformistes ou pis des révolutionnaires. Hayek naturalise ainsi le marché des passions et des intérêts, le rend mécanique et fatal, lui prête la qualité d’être « le meilleur des mondes possibles » car il harmonise tout. Voilà le conservatisme libéral justifié par l’évolutionnisme et le commerce et ainsi tout projet, toute fin, tout but de changement et de signification ou de valeur morale des conduites sociales sont récusés a priori comme « constructiviste », c’est-à-dire théorique et non compatible avec la nature réelle des hommes et de la société.

 

Comme les hommes sont individualistes et mus par leurs passions égoïstes, comment se fait-il que la démocratie ait fait son apparition ? Notons déjà que cette démocratie-là est en fait une procédure électorale atomistique établie pour désigner des « représentants » du peuple dans ce qui n’est qu’une « démocratie représentative » bourgeoise. Elle est donc très limitée, très ponctuelle, instantanée car réduite au seul moment du suffrage. Elle repose sur une coupure entre le peuple et le pouvoir politique, lequel ne peut être confié qu’à des gens cultivés et propriétaires (remplacés aujourd’hui par les experts). En effet, seul le propriétaire connaît son intérêt et est capable de raisonner correctement pour défendre ce qu’il a (d’où les débuts de la démocratie sous forme de suffrage censitaire). Elle élimine par construction l’expression des forces sociales réelles, c’est-à-dire des groupements réels, territoriaux ou professionnels ou associatifs. Ceux-là peuvent être consultés mais ils ne participent pas à l’élection et le pouvoir élu légalement (transformé en légitimement par M. Sarkozy) conserve en dernière instance la décision politique. Par ailleurs, les « constituants » (Français ou Américains) se sont méfiés de la « populace » ignare : ils ont pris leurs précautions pour que le peuple ne parvienne pas au pouvoir ; aux USA, cela consiste à différencier et équilibrer les pouvoirs de façon que ni les représentants, ni les sénateurs, ni le président exécutif et son administration ne puissent décider sans l’accord des autres. C’est ce qui explique l’impuissance d’Obama qui n’est pas le messie, seulement le mais si… Dans le même ordre d’idée, le pouvoir est équilibré entre les Etats et le pouvoir fédéral. De plus, aujourd’hui on constate que le pouvoir s’est éloigné dans des instances supranationales non élues et où les « experts », plus ou moins infiltrés par les lobbys, font la pluie et le beau temps.

Cependant la pseudo-démocratie a un grand mérite : elle permet de faire croire au peuple qu’il participe aux décisions, que son bien est pris en compte en tant qu’intérêt général ; de plus cela permet d’associer les représentants sociaux du peuple, comme les syndicalistes ou les associatifs, au système institutionnel, ce qui à la fois le légitime, rabaisse les exigences desdits représentants et les transforme en tigres de papier intéressés à la survie du régime d’où ils tirent prestige, honneur, rémunération, signes de reconnaissance (voitures, logements, médailles, invitations dans les hautes sphères, etc.). La fausse démocratie camoufle que les représentants et dirigeants soi-disant élus font les lois qui favorisent leurs amis, c’est-à-dire le capital. Il importe donc de respecter sa façade en trompe l’œil et à la Potemkine. Il importe de la maintenir, même comme coquille vide, pour perpétuer les croyances dans le caractère juste et sacré de la démocratie formelle et bourgeoise (Marx).

Un 3ème fondement du libéralisme se trouve, en tant que corollaire du 1er, dans le caractère fixiste, intemporel et universel (rationae loci et tempori) de la prétendue nature humaine égoïste, guerrière et compétitrice, individualiste, matérialiste. Pourtant l’ethnologie et les sciences humaines ont montré depuis longtemps qu’il n’y avait pas de nature humaine sauf en ce qui concerne pour ainsi dire le câblage de départ qui donne à chaque homme et à chaque culture un potentiel, un univers de possibilités, que justement les cultures actualisent et  transforment en spécificité ; et c’est la culture paticulière, du reste évolutive et ouverte aux relations extérieures, qui produit l’essentiel des attitudes, des normes et des représentations des personnes vivant en société. De ce fait, on trouve encore des cultures qui cultivent l’entraide, l’altruisme, la solidarité, la coopération, la frugalité, l’égalité, le respect de la mère nature. Mais aussi l’honneur et l’héroïsme du sacrifice pour la communauté. Voilà bien des valeurs que le libéralisme, si j’ose dire, ne valorise pas avec sa morale de boutiquier consistant à dire « enrichissez-vous », « chacun pour soi et le marché pour tous », conduisez-vous comme Harpagon veillant sur sa cassette ou un enfant soucieux de grossir sa tirelire.

Les Rosbifs

Classé dans : Non classé — 29 décembre, 2009 @ 11:57

Les Gibbies n’ont pas toujours été des champions du libre-échange ; en fait ils ont attendu d’être dominateurs pour l’imposer aux autres pays au 19ème siècle. Déjà au 17èmeme siècle, ils s’étaient réservé le monopole de la navigation afin de supplanter les Pays-Bas dans le commerce maritime. Leur libéralisme est avant tout opportuniste ; par exemple, ils avaient interdit à leurs petites gens d’acheter des cotonnades en provenance des Indes avant de lancer leur propre production mécanisée, celle qui a ruiné les produits indiens. Il fallait entretemps protéger les producteurs de laine anglais ; je vous laisse à penser du confort des sous-vêtements en laine alors imposés. Une des motivations de leur élan vers le libre-échange a été de faire baisser le prix de la nourriture en faveur de leurs industriels afin qu’ils puissent payer leurs ouvriers suivant « la loi d’airain des salaires » (Lassalle), c’est-à-dire au minimum vital incompressible. Il fallait faire baisser la valeur marchande de la « force de travail » (Marx). Notons que cette stratégie est toujours actuelle puisque c’est devenu le moyen, avec le crédit, de maintenir le pouvoir d’achat des salariés tout en diminuant les rémunérations et la protection sociale grâce aux délocalisations industrielles et aux achats à bas prix à la Chine (Wal Mart en étant le distributeur spécialiste).

Les « Tuniques rouges » se sont illustrées en Amérique du Nord par le traitement quasi génocidaire qu’ils ont réservés aux indiens pendant que les « Tuniques bleues » françaises s’en faisaient plutôt des alliés afin de combattre  les Rosbifs (surnom attribué à cause de la couleur de leurs uniformes et du caractère sanglant de leurs pratiques à l’égard des Indiens). Grâce auxdits Indiens, la France avait conquis le Canada que Louis XV a vendu aux Anglais (ces « quelques arpents de neige ») ; lesquels en ont profité pour virer les colons français (les Acadiens) qui se réfugièrent en Louisiane, laquelle fut elle aussi vendue mais aux Yankees par Napoléon 1er en 1802.

Les Rosbifs ne font pas de sentiment ; leurs conquêtes coloniales, à commencer par celle des Indes, ont visé avant tout à faire du profit. Notons cependant que leur politique a été plus subtile que celle des Français, très assimilationnistes, c’est-à-dire imposant leurs mœurs et leur mode de gouvernement aux indigènes : ils ont laissé le pouvoir local aux élites des pays conquis (chargées de faire régner l’ordre) et ils ont respecté les coutumes desdits pays. Toujours utilitaristes, ils ont rentabilisé leurs condamnés de droit commun ou politiques en les exilant dans leurs colonies dans un statut de servage pendant un temps assez long avant qu’ils ne recouvrent leur liberté : les « convicts » ont ainsi mis en valeur lesdites colonies dans un système de travail forcé.

Les Gibbies ont rapidement compris que les terres communales où les pauvres pouvaient glaner et faire paître leurs maigres troupeaux étaient utilisables pour une agriculture de « landlords » extensive ; ils ont alors privatisé ces terres (enclosures) pour forcer les pauvres, obligés alors d’aller en ville s’entasser dans des taudis, à aller travailler misérablement, ainsi que l’a décrit Dickens,  dans les usines créées lors de l’essor industriel du 19ème siècle. Et ils ne font rien à moitié : ils ont alors aussi supprimé les aides communales et ancestrales aux pauvres (suivant la doctrine de Malthus comme quoi aider les pauvres ne sert qu’à les faire se reproduire, ce qui aboutit à la famine car la production agricole ne suit pas le mouvement au rythme d’accroissement de la population) et créé « les work houses » ou maison de travail forcé pour les valides. Ne rions pas car la chose continue, notamment en France, avec l’obligation de prendre n’importe quel job après 3 offres du « pôle emploi » sous peine de perdre les allocations de chômage.

Les Rosbifs ont inventé les théories libérales les plus dégueulasses sur le plan moral : l’empirisme du « wait and see » et de la « real politics », le malthusianisme, l’utilitarisme, le « struggle for life » (Spencer) qui justifie que les pauvres méritent leur sort car ils sont les moins adaptés (les moins « employables » dans le vocabulaire moderne) à la lutte pour la vie.  Hayek, autrichien reconverti à la London school of economics et pape du néolibéralisme, a inventé le libéralisme totalitaire : pour lui la « grande société », composée d’atomes individuels comme des petits pois dans une boîte, est une institution spontanée dont le fonctionnement est impersonnel et automatique, ce qui en fait « le meilleur des mondes possibles », auquel évidemment il importe de ne rien changer notamment par des projets de réforme « constructiviste. Ainsi se trouve justifié le conservatisme le plus strict dans lequel les petits et les pauvres, les faillis du risque n’ont pas à se plaindre car ils sont victimes soit de leur absence de mérite soit des processus anonymes et mécaniques du marché. Les Britanniques ont aussi produit le relativisme des valeurs où toutes se valent sans hiérarchie de normes. C’est ce qui fonde le communautarisme dans lequel les communautés vivent juxtaposées les unes avec les autres sans se soucier du bien commun. D’ailleurs, l’intérêt général en tant que visée ou projet n’existe pas en Anglo-Saxie : il n’est que la résultante aléatoire de la multitude des décisions individuelles et des compromis utilitaires passés entre les acteurs sociaux. La société n’est qu’une convergence fortuite de destins personnels agités par la recherche de la satisfaction matérielle égoïste.

Les Britanniques n’ont pas de scrupules ; par exemple ils ont déporté leurs enfants trouvés ou abandonnés ou retirés à leur famille en Australie et en Afrique du Sud pour les y éduquer dans des orphelinats-casernes et les y former à servir les colons bien installés, qui éventuellement pouvaient en adopter. Ils ont laissé les Irlandais catholiques crever de faim lors de la grande famine de 1847/49. Jusqu’à une date récente, ils ont pourchassé les catholiques (la catholicisme y a longtemps été interdit et sanctionné) au titre de leur Etat confessionnel anglican.

La mentalité gibby se trouve ainsi à l’origine des perversions du néolibéralisme imposé par « la dame de fer » et simplement ripoliné en « 3ème voie » par le travaillisme blairiste, cette forme de socialisme capitaliste qui a partout loué les bienfaits du tout-marché, qui a refusé de changer les règles du jeu du kapital, se contentant de corriger un peu les inégalités au niveau de la redistribution des richesses. Et le pire, c’est que les Rosbifs ont réussi le façonnage de l’Europe à leur image ultralibérale.

La « perfide Albion » a perdu de vue la conjonction des Anciens entre pneuma (l’esprit), soma (le corps) et psyché (l’âme) : ils ont propulsé le pneumatique, la technique et les choses matérielles, l’envie comme seul moteur de la psychologie humaine. Ils ont laissé l’esprit à la publicité et l’âme aux différentes sectes qui y tiennent lieu de religion. La nature intégrée de l’homme (âme, esprit et corps) a été supplantée par l’émotion et le consumérisme matérialiste, ostentatoire, gaspilleur des ressources naturelles. Quelle belle civilisation  nous ont laissée les Anglais ! Mais cela touche à sa fin : le néolibéralisme s’écroule victime de la crise qu’il a lui-même suscitée et, juste retour des choses, les Grands-Bretons, qui ont tout misé sur la « pompe à phynance » se sont retrouvés en grande difficulté à cause de leur 10 % de PIB fondé sur le fric et la spéculation.

Joyeuses Pâques

Classé dans : Non classé — 26 décembre, 2009 @ 11:52

Cette année 2010 s’ouvre sous les meilleurs hospices. Obama va mette en place sa « sécu » US pour couvrir 31 millions d’amerloques sans assurance-santé sur 36. Déjà, ce ne sont pas 36 mais 46 millions d’américains qui ne sont pas couverts (sont assurés ceux qui souscrivent un contrat de droit privé, abondé ou non  par leur entreprise, ce qui diminue à la vitesse V pour cause de compétitivité par les coûts). Sont  soignés en plus les vieux (Medicare) et les pauvres (Medicaid) en-dessous d’un certain niveau de revenu. Au bas mot, les congressistes américains ont redécouvert la CMU francaoui (plus l’aide offerte à un seuil très bas en-dessous-des minima sociaux à ceux qui ne peuvent souscrire à une complémentaire !). Cette solution est merveilleuse : elle permet de rester dans la logique des assurances privées puisque ce qui va être donné sous Obama, c’est la possibilité subventionnée de souscrire une assurance privée. Adieu, pour le moment, la mise en place d’un secteur d’assurance public. Ce sera comme en France les aides au logement : cela permet aux proprios d’augmenter les loyers… C’est comme cela que les choses se passent quand on subventionne les gens pour qu’ils s’adressent au secteur privé…

Copenhague a foiré par suite de la mauvaise volonté de la Chine à s’engager, et surtout à être contrôlée, et des maigres efforts des USA d’Obama (en fait engagement de moins 4 % d’émissions de CO2 d’ici à 2020 [20 % affiché mais par rapport à 2009 au lieu de 1990 comme tout le monde]). Par ailleurs, les USA ont cru bon d’affirmer ne s’engager que si la Chine se faisait contrôler. C’était le meilleur moyen de tout faire capoter. Parallèlement, le superman français a joué les mouches du coche, solo, à des fins de politique interne, au détriment de l’union avec l’Allemagne et l’UE. Super Tsarko croyait avoir convaincu le Brésil (qui lui a faussé compagnie pour se coaliser avec les BRIC, Brésil, Inde, Chine) et l’Afrique et autres PMA, mais cette coalition (77 pays du tiers Monde en tout) s’est ralliée au Soudan qui a hurlé au colonialisme et à la dette carbone des Occidentaux qui polluent depuis 2 siècles. Il faut noter que les aides des pays développés aux autres pays (contre la déforestation, transferts de technologies, etc.) étaient particulièrement mesquines : 13 milliards par an jusqu’en 2020 et 100 après… Cela n’a pas empêché les Obama et les Tsarko de dire que la conférence avait fait de grands pas en avant… (vers le précipice) et de dire que si on n’était pas allé plus loin, notamment pour la création d’une agence mondiale de l’environnement, c’était à cause de l’ONU : comment négocier à 192 pays parfaitement hétérogènes ? Si l’on comprend bien, la démocratie ne permet pas de prendre des décisions ; il faut donc la supprimer. Mais qu’est-ce qui empêche les pays développés du G8 de décider de leur propre plan ? Notamment, l’UE qui a capitulé en rase campagne et n’a même pas maintenu ce à quoi tenaient les PVD et autres PMA, à savoir le protocole de Kyoto. Remarquez, on comprend la Chine : en fait 65 % de ses exportations sont produites par des usines des pays développés délocalisées chez elle ; il faudrait donc déflaquer les émissions de gaz à effet de serre pour exportation des quotas de la Chine…

Sur le front économique, la crise continue, le chômage progresse, la récession menace, l’inflation est en embuscade, les déficits publics sont énormes et vont créer des problèmes de financement du secteur privé pour cause de financement prioritaire de la dette publique, laquelle est devenue souvent si élevée que sa notation s’effondre et que certains pays (Grèce, Italie, Espagne, etc.) doivent déjà payer des sur-intérêts aux préteurs. Comme la crise économique et la faible croissance vont durer longtemps, il est probable que la dette se soldera par de l’inflation, des dévaluations, de nouveaux impôts. Parallèlement le protectionnisme a refait surface, notamment à coups de dévaluation compétitive comme dans le cas de la livre anglaise. Pour sauver le dollar, heureusement, la Chine continue d’en amasser pour exporter sa camelote aux USA.

Sur le front financier, la spéculation et les affaires reprennent grâce aux aides mirifiques consenties par les Etats aux banques et aux assurances privées, de même qu’à certains secteurs industriels en péril comme l’automobile. Les énormes liquidités injectées par les Etats servent maintenant à spéculer dans tous les domaines, y compris les tires de dette desdits Etats. Pourtant rien n’a été réglé par les 2  G20 tenus à ce jour.  Les paradis fiscaux perdurent car pour ne pas figurer sur leur liste noire il leur suffit de signer des conventions d’aide contre les détournements fiscaux avec 12 pays ; et pourquoi pas avec 12 autres paradis fiscaux ? De nombreux paradis fiscaux, détenus par la Grande-Bretagne et les USA, sont passés entre les gouttes. Il n’a pas été question de toucher aux « trusts » (on peut créer une boîte sans dire quels en sont les propriétaires nominatifs) des îles Anglo-Normandes ni aux privilèges de l’Etat du Delaware aux USA … Les agences de notation n’ont pas été réglementées, la titrisation continue, les produits dérivés perdurent, les réserves obligatoires des banques sont toujours très faibles, le LBO est maintenu, etc. Bref tous les instruments spéculatifs sont encore en place moyennant un engagement d’autocontrôle chez les banques ! Et on a encore dans les 600 000 milliards de produits dérivés, fondés sur des amoncellements de dettes de dettes, soit 10 fois le PIB mondial, qui traînent. Car le néolibéralisme amoral et « fricophone » est toujours là avec sa logique d’accumulation sans fin et de profit sans limite. Aucune régulation du capitalisme (ce qui est déjà insuffisant car c’est ce système tout-entier qu’il faut supprimer) n’est à l’ordre du jour.

 Et les financiers sont très loin d’avoir apuré leurs comptes des « actifs toxiques ». Exemple ; je me plaignis, il y a peu, à l’AMF (oui cette agence qui n’a trouvé aucun délit d’initié dans l’affaire EADS) de ce que le Crédit agricole m’imputait des moins-values sur un titre qu’il m’avait garanti, ce qui veut dire qu’à échéance la perte était pour le CA…  Réponse de l’AMF : tant que vous n’avez pas vendu, vous n’avez rien perdu ! Merci, je le savais déjà ; en revanche le CA devait provisionner cette perte potentielle pour lui. La reporter sur moi lui évitait de le faire. Et ce n’est que pour un titre et une banque ; conclusion : avec la bénédiction de l’AMF, les banques françaises n’ont pas provisionné leurs actifs toxiques et donc leurs pertes. CQFD.

Rien n’a été réglé sur le plan des désordres structurels internationaux : les déficits de l’Occident, USA en tête, contre les exportations des PVD et l’achat de dollars, voire d’euros, continuent, la désindustrialisation du Nord au profit du Sud perdure car il s’agit du profit des multinationales aiguillonnées par les fonds de pension pour suer de la rentabilité à 15 %  pour les « actionnaires ». La désindustrialisation n’est utile qu’aux multinationales. la Chine produit déjà les biens courants. Et on continue de lui vendre les technologies les plus avancées en lui refilant leurs secrets (exemple dy TGV chinois construit pas Siemens ou des centrales nucléaires par Areva ou de la dernière vente de Safran). Bientôt, donc, les pays developpés n’aurontplus rien à vendre! Du coup, les prolos du Nord sont de plus en plus au chômedu ou  précarisés ou à temps partiel, les salaires stagnent, les inégalités s’accroissent, la part des salariés dans le revenu national diminue, la protection sociale ne peut plus être financée, etc. On n‘a toujours pas de monnaie internationale indépendante du seul dollar et différents pays s’amusent à jouer sur les taux de change. Le FMI continue d’être dirigé par les pays riches et de conditionner ses prêts à des remises en ordre structurelle. L’aide aux PMA est toujours très en-dessous des 0,7 % de PIB (France 0,47 mais en trichant car on y compte même et par exemple les moratoires de dette et les bourses d’étude aux étudiants africains ou autres…).

L’Europe n’a toujours rien d’une union politique (on l’a bien vu à Copenhague) et, pour laisser le pouvoir aux grands ténors des grands Etats, Sarkocescu en tête, et au libéral Barroso on a nommé des seconds couteaux à la présidence et aux affaires étrangères (là, une rosbif a été installée alors que la G-B est le pays le plus hostile à la construction d’un fédéralisme européen !). Pendant ce temps-là, les « affaires continuent » : l’UE est l’espace de la concurrence entre ses pays par dumping social, fiscal, économique, monétaire, environnemental, chaque pays jouant perso pour tirer son épingle du jeu dans le grand marché européen, de « concurrence libre et non faussée » et ouverte à tous les vents mauvais du commerce international. Chaque pays attend la relance chez les autres afin d’y exporter, ce qui est un comportement classique de « passager clandestin ».

Il y a pourtant une solution très simple à tous ces désordres : créer des taxes différentielles sur les produits des pays moins-disant en tout domaine : taxe carbone, taxe sociale (absence des protection sociale et de droit syndical), taxe fiscale (différentiel de taxes sur les bénéfices des entreprises et les revenus financiers), taxe salariale (pour égaliser les niveaux de vie et les différences de salaires), taxe juridique (pour les droits d’auteur et les brevets, pour la protection des droits de propriété, pour l’assurance des droits individuels à la sécurité et à la liberté), taxe environnementale (lutte contre les nuisances, notamment pour la pureté de l’eau), le tout afin de protéger l’industrie européenne contre le dumping en ces matières et neutraliser les avantages compétitifs » des pays qui ne jouent pas le jeu commercial à armes égales. Ces taxes alimenteraient un fonds de développement du SUD en étant ristournées aux pays qui normalisent peu à peu leur situation. Et je vais même jusqu’à proposer que la France institue de telles taxes pour les produits en provenance des autres pays européens habitués du dumping : Irlande (dumping fiscal) , Allemagne (TVA « sociale », en fait dévaluation cachée, et délocalisations en Europe de L’Est et moins-disant social avec les lois Hardt, Espagne (dumping sur les saisonniers immigrés dans l’agriculture), G-B (dumping financier et paradis fiscaux), pays de l’Est (dumping énergétique et environnemental), etc. Cela éviterait peut être à la France de réformer de nouveau à la baisse son régime de retraites et ses prestations sociales (augmentées en fonction de l’inflation et non des revenus, ce qui les met maintenant à 40 % de perte de pouvoir d’achat en 15 ans et bien au-dessous du seuil de pauvreté calculé sur 60 % du revenu médian, lequel, du reste, n’arrive toujours pas à prendre en compte sérieusement, bravo l’INSEE, les revenus financiers et immobiliers). L’inconvénient est que notre pauvre pays n’est pas blanc-bleu : nitrates, déchets nucléaires, algues vertes, baisse de la protection sociale payée par les entreprises, etc. Tant pis si cela force l’UE à se doter enfin d’une harmonisation et de règles en ces matières au lieu de pousser toujours et encore à la concurrence entre pays européens sans foi ni loi.

Bonne année quand même…

1...7071727374...77
 

sans violence et sans haine |
Changer Amiens |
Parti de Gauche. Commission... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | "كُن...
| ALLIANCE POUR LA NORMANDIE
| degaulois.justice.fr