les armes de la critique

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Le complexe d’Orphée

Classé dans : politique — 15 avril, 2013 @ 11:03

Avec un de ses derniers livres, Jean-claude Michéa nous gratifie d’une superbe analyse du libéralo-capitalisme et d’une critique percutante de la « Gauche » que le PS prétend représenter. Qu’il en soit remercié. On ne peut pas résumer un livre aussi riche, érudit et assez difficile quoiqu’écrit de façon limpide. Je vais me contenter d’en donner la musique et les harmoniques. Et, comme à mon habitude, je donne ici une interprétation libre et éventuellement complétée par des apports personnels. Orphée (il avait passé un deal avec le gardien des Enfers afin de revoir Eurydice à condition de ne pas se retourner en partant ; manqué, il s’est retourné et a perdu sa chérie ; ne pas se retourner signifie ne pas revenir au passé, aller de l’avant, progresser) renvoie à la mythologie du progrès que partagent le libéralisme, le capitalisme et la social-démocratie. Cela signifie qu’il faut faire confiance aux progrès automatiques liés aux « forces productives », aux sciences et technologies, aux « harmonies » du marché et de la « concurrence libre et non faussée », à la « neutralité axiologique » de l’Etat et de l’économie marchande. Gauche et droite ont fini par partager à la fois la neutralité (d’où le thème sacro-saint de la laïcité) et le progrès, la croissance comme fin ultime du bonheur. C’est une resucée de la promesse d’une vie meilleure, promesse pour l’autre monde chez les calotins de tout poil, promesse pour ici bas grâce à la croissance du PIB qui permet d’augmenter la part de chacun sans toucher aux proportions.
Cette neutralité en matière de morale, de conception du monde, d’idéologie, de mœurs… est une invention du libéralisme à la suite des guerres de religion en Europe. Les penseurs ont vu la neutralité de l’Etat et du droit et « le doux commerce » (Montesquieu) comme la garantie d’éviter des guerres civiles et autres massacres au nom de Dieu (quel qu’il soit). L’Etat, souverain et au départ absolutiste (Hobbes), devenait le médiateur, le tiers assurant la paix civile via la loi et le droit communs et les forces de police. La liberté devenait « négative » (Isaiah berlin) : l’individu pouvait tout faire dans la « société civile » à condition de ne pas nuire à autrui et de ne pas violer « l’ordre public » garanti par le Souverain. Puis, le pouvoir politique est devenu démocratique sous forme de démocratie « représentative », laquelle a toujours pris grand soin de ne pas s’offrir à la populace inculte, bête, méchante des « Morlocks » (le populo, les « beaufs », les prolos, le « lumpenprolétariat ») afin de conserver le pouvoir de l’élite, les « Elois » (dans le meilleur des mondes de Wells). C’est pourquoi, au départ le suffrage a été censitaire, les institutions saucissonnées afin de rendre impossible leur appropriation par le peuple ; les USA, avec leur système de « checks and balances » (pouvoirs et contre-pouvoirs, cour suprême, fédéralisme politique) en sont le meilleur exemple. Cependant démocratique ou non, l’Etat est censé être neutre, ce qui, évidemment, ne vaut que pour les opinions et les mœurs, certainement pas en matière économique aujourd’hui où les puissances économiques ont phagocyté le pouvoir politique. En revanche, autrefois, la doctrine libérale était celle du « laissez faire, laissez passer », de la non intervention dans l’économie, de « l’enrichissez-vous ».
Le socialisme originel (Leroux, Proudhon, etc.) avait été une protestation morale contre l’exploitation économique par les détenteurs des moyens de production, la domination politique des représentants bourgeois pondant les bonnes lois en faveur du capital et de la rente (chose refaite en pratique par l’ordo-libéralisme teuton), l’aliénation culturelle par des églises et des religions promettant un au-delà meilleur aux petites gens s’ils consentaient à plier l’échine. Proudhon avait décrit ce système hégémonique (au sens du bloc historique de Gramsci) comme « la triple alliance du sabre, du coffre-fort et de l’autel ». Une protestation morale ! Quelle indignité alors que l’Etat, le droit, l’économie doivent rester neutres, surtout vis-à-vis du capital. Quelle impudence ! Quel « populisme » que d’avoir un pouvoir au service de l’intérêt général, du bien public, du peuple ! Evidemment, l’accusation de populisme contre tous ceux qui prennent le parti du peuple (dans sa diversité) est devenue récurrente et fait les beaux jours de la mafia UMPS, c’est-à-dire du partage du pouvoir, plus ou moins en alternance, entre la « Gauche » et la « droite ».
Il y a pis. Les socialistes du début défendaient le pluralisme du peuple, les métiers, les groupes territoriaux ou professionnels, les cultures populaires, l’attachement à ses racines, à son travail (bien fait), l’autonomie des groupes sociaux, etc. Unité, certes, mais dans la diversité. Las, la diversité et l’autonomie sont difficiles à gérer par un pouvoir unitaire, même démocratiquement élu. Il fallait passer le peuple à la moulinette de l’uniformité, ce qui justifiait le service militaire obligatoire pour ses enfants qui, une fois l’uniforme ôté, pouvait rentrer chez eux faire acte de discipline et de soumission aux patrons et aux notables. Cela ne suffisait pas : on inventa l’école gratuite, laïque et obligatoire pour contraindre les jeunes esprits à ne pas penser par eux-mêmes. Puis l’Organisation Scientifique du Travail enleva aux travailleurs la maîtrise de leur art, de leur métier au profit du corps des ingénieurs et de l’évaluation des « compétences ». Enfin, la décision politique fut réservée aux experts», aux partis. De même l’université devint un nid de conformisme et d’intellectualisme voué à la propagation des écritures libérales. Itou, les journaleux et autres médiatiques se firent les propagandistes zélés du capitalisme mondialisé (voir leur attitude lors du TCE rejeté en 2005), les contempteurs du « populisme » et les moteurs de la révolution des mœurs, de l’individualisme narcissique, de la protection des immigrés. Ce qui est une spécialité de la gauche morale qui ne voit pas qu’ainsi elle encourage le capitalisme apatride, l’extrême droite et fait les choux gras de la droite ralliée, dans le discours, à la précédente.
Le vrai socialisme a été aussi, et sans doute surtout, un combat un combat contre l’individualisme, l’égoïsme (érigé en vertu par les économistes libéraux en prétextant que la nature humaine était éternellement structurée par les mauvaises passions [libido dominandi, soif de pouvoir, rapacité et cupidité, soif de gloire et de « distinction », passions stigmatisées par le catholicisme à la St-Augustin ou St-Thomas d’Aquin, par les jansénistes, par les puritains plus ou moins protestants], passions ou vices privés que la « main invisible du marché » (Smith) transforme en vertus publiques (Mandeville). Le socialisme, notamment anarchiste, a, au contraire, défendu la fraternité (Leroux) solidarité, la coopération, l’entraide chère à Kropotkine, la mutualité et la justice si chères à Proudhon, la « common decency » d’Orwell (auteur phare de Michéa, doublon qui résume toutes les valeurs populaires comme le mérite, l’effort, le travail, l’altruisme), l’organisation du travail par les travailleurs eux-mêmes, les coopératives de production et de consommation, les mutuelles… Les socialistes avaient bien vu que l’individualisme libéral avait pour fonction et comme conséquence de dissoudre tous les liens sociaux qui présentaient un double obstacle : à l’atomisation des individus (diviser pour régner en cassant les molécules groupales pour les remplacer par des atomes ou « monades » individuels) nécessaires à la toute-puissance des politicards et des capitalistes ; à la croissance de la demande car la solidarité locale ou professionnelle faisait que les gens du peuple se prêtaient les choses, les mettaient en commun, les utilisaient ensemble au lieu qu’il y ait une demande purement individuelle beaucoup plus extensible.
Les socialistes avaient protesté contre la thèse de la nature humaine si mauvaise qu’il fallait laisser faire les passions vicieuses sous le contrôle de la loi et l’emprise du pouvoir souverain. Pour eux, l’homme, créature de potentiel et de devenir, évoluait positivement grâce à l’éducation et aux structures de socialisation procurant les conditions de l’actualisation des potentiels moraux portés par sa nature. C’est pourquoi Proudhon tenait tant à la famille (pour enlever l’enfant au formatage par l’Etat ou par le patronat) et à l’atelier comme lieu de solidarité, de formation de la justice et de coopération. Il fallait encourager des structures propices au développement de la morale populaire d’entraide. C’est précisément ce que le libéralo-capitalisme s’est employé à détruire en éradiquant toutes les structures d’attachement et d’appartenance, notamment en individualisant le travail et en transformant le métier en emploi (en fait, en travail abstrait vendable comme force de travail impersonnelle). Le capital détruit les communautés locales et paysannes et les cultures traditionnelles, développe l’individualisme, transforme la famille en collection d’individus, supprime les repères moraux et les identités fortes pour faire des pions mobiles, pleins de toute-puissance narcissique, prêts à vendre toutes leurs relations au profit de leurs désirs insatiables. Car le capital rend ce dernier impossible à assouvir afin de renouveler sans cesse la demande et sa gadgétisation ou sa transformation en mode et en spectacle. La gauche de socialisme d’Etat, pétrie de marxisme-léninisme, n’a jamais aimé la paysannerie jugée trop attachée au terroir et à la tradition ; or les paysans sont aussi les porteurs du bon sens commun hostile aux paillettes et aux sornettes de la gauche-caviar. La gauche morale encourage le processus d’atomisation individualiste en favorisant l’éclatement du pays en une juxtaposition de communautés en tout genre au nom de la différence. Elle justifie toutes les déviances par les conditions de vie (pauvreté, précarité, illettrisme, etc.). Certes, cela joue mais où sont la common decency, l’effort, la dignité, la demande de reconnaissance par le mérite, la recherche de la justice, le respect de l’autre, etc. ? Cette gauche néglige que chacun est responsable, au moins partiellement de ses actes. C’est ce que sait le peuple et c’est pourquoi il ne se reconnait pas dans cette gauche salonnarde et universitaire.
Les 1ers socialistes s’étaient profondément méfiés de la démocratie bourgeoise, en particulier et de la politique, en général. Ils voulaient se libérer et se représenter eux-mêmes : Manifeste des Soixante (Tolain, 1964, au sujet duquel Proudhon nous donna la magnifique « Capacité des classes ouvrières en France », publiée post-mortem en 1865) anarcho-syndicalisme et syndicalisme révolutionnaire « d’action directe », auto-formation avec les « Bourses du Travail » de Pelloutier et le mouvement d’éducation populaire, Charte d’Amiens en 1906 séparant politicards et syndicats. Ils avaient hérité des vieilles sociétés de secours mutuel et des corporations de métier. Ils avaient lutté pour obtenir la liberté de la presse (bien plus que les pseudo-républicains et démocrates, le droit de grève (1864), le droit d’association (1884 !). ils s’étaient opposés aux lois bourgeoises (notamment sur les retraites) vues comme des tentatives de récupération du monde ouvrier. Bref, ils ont tout fait pour être libres réellement et non « égaux en droit » théoriquement, pour avoir des droits à réels et non des droits de formels et hypothétiques. Le libéralisme est le champion des droits de : vous avez le droit de manger, de vous loger, de voyager, etc. à condition d’en avoir les moyens. La gauche a adopté ce droit théorique ; elle s’apprête aujourd’hui à transformer des droits à universels (par exemple aux allocations familiales ; c’est déjà fait pour tous les droits soumis à des conditions de ressource) en droits différentiels, ce qui amène peu à peu à réserver toute la politique sociale aux seuls plus pauvres. Et vive le retour programmé à l’assistance et aux dames patronnesses.
Comment est-on passé du socialisme attaché à la justice, au travail, à l’autonomie des groupes et des personnes, à la socialisation des grands moyens de production pour ce faire au salmigondis de la gauche « républicaine », qui a sombré ensuite en gauche libérale, sœur jumelle de la droite ? Cela s’est produit lors de l’affaire Dreyfus lors de laquelle les gauches républicaines, rad-soc et socialistes se sont alliées pour s’opposer à la réaction et à la droite catholique. L’union devint sacrée en 14/18. Se développa lors du Cartel des gauches puis du Front populaire, puis du « molletisme ». Le tournant de la rigueur en 1983 signa la fusion idéologique du PS avec le libéralisme. Depuis, UMPS, gauche-droite, communient dans la croissance, l’accumulation sans se soucier, sauf pour des raisons et des périodes électorales, de la destruction du modèle social hérité du CNRS après la libération, de la destruction de la planète et encore moins de la lutte des classes remplacée par celle « des places ». J’ajouterai que si l’aplatissement du socialisme en gauche s’est accéléré, c’est parce que la pensée socialiste n’a pas été renouvelée alors que celle du libéralisme a été refondée dès 1938 avec le colloque Lippman à Paris. Les libéraux ont ainsi pu envahir les champs de la pensée, de l’université, des médias, des politicards sans rencontrer de concurrence. Le glas a sonné avec la disparition de l’URSS en 1991. Le libéralisme, dès lors, Delors plutôt, n’avait plus d’opposant crédible. La gauche put enfin s’adonner presqu’officiellement et comme les autres, à la rapacité, à l’égoïsme, à l’enrichissement sans cause et sans honte, au libertinage sans limites. Car c’est cela la morale libérale, morale qui en est bel et bien une bien que le libéralisme se prétende neutre en la matière et que les économistes se glorifient de faire de la science pure amorale. Individualisme, narcissisme, libido chienlit, dominandi, « appropriandi », « sexandi », tout de suite, sont les vertus du libéralisme déchaîné. Pourquoi pas homme de gauche ?
La gauche ne se rend même pas compte de ce qu’elle danse sur un volcan court-termiste. La croissance sera bientôt morte avec les ressources et la destruction de la Terre. Le peuple, jusqu’ici attaché à ses valeurs de common decency soit finira pas faire comme tout le monde, ce qui induira la guerre de tous contre tous et détruira le lien social, soit se retirera de la consommation pour mener une vie digne et simple, soit se réfugiera dans les extrêmes. La gauche, comme la droite, n’a pas compris que le libéralo-capitalisme n’avait pu se développer que sur des valeurs, des structures collectives et des institutions sociales préexistantes (honnêteté, travail, effort, loyauté, coopération…), celles-là mêmes que son idéologie et ses pratiques éliminent. Gageons que si elles disparaissent, ce que Michéa ne croit pas, le système s’écroulera plus vite. Tans pis, dit la gauche » : que la fête continue, à long terme, nous serons tous mort( le libéral Keynes).

Maurice Allais et le bon Dr Guizotin

Classé dans : politique — 13 avril, 2013 @ 10:33

Au 19ème siècle, le très libéral Guizot reprenait le fameux laissez faire, laissez passer et y ajoutais : enrichissez-vous. Cela est toute l’essence du libéralisme si bien enrichi comme totalitarisme du marché par feue Maggy Thatcher, Reagan et Pinochet. Libéralisme et libre-échange, concurrence pure et parfaite, « libre et non faussée », spécialisation de chaque pays dans ses « avantages comparatifs », libre circulation des capitaux partout dans le monde, via les paradis fiscaux, voilà l’alpha (Roméo) et l’oméga (que l’on vous montre) de la doctrine libre-échangiste illustrée, dans un autre domaine, par le phanérogame, ithyphallique et priapique DSK.
Cette doctrine n’a pas été combattue jusqu’ici par Guimauve le Concurrent, le nouveau président social-libéral des Francaouis. C’est pourquoi, muni du couperet-tranchoir du libéralisme, il applique les bonnes recettes d’icelui et mérite le titre de bon docteur Guizotin. C’est que, formé à HEC, Sciences-po, l’ENA, il a sucé la substantifique moelle du libéralisme, sans doute complété par un abrégé de Karl Marx que ces grandes écoles, ces « séminaires de l’aristocratie » (Proudhon), éreintaient tout en ignorant tous les autres courants du socialisme. Ensuite, notre petit-chose s’est lancé dans la politique, ce qui l’a empêché sûrement de lire Maurice Allais (« la mondialisation », sous-titré : la destruction des emplois, 1999 ; livre dont je rends compte ici par interprétation libre), seul titulaire français du prix décerné par la banque de Suède en l’honneur d’Alfred Nobel (il y en a un autre, Debreu, mais naturalisé yankee et empaillé dans la théorie de l’équilibre général (TEG), celle-ci fondant mathématiquement le libéralisme). Rappelons qu’Allais est un économiste libéral mais cela ne l’a pas empêché de critiquer le libre-échange, la libre circulation des capitaux, le flottement des monnaies. Dès 95-99, il a démontré que le capitalisme mondialisé, dérégulé et financiarisé menait le monde à la catastrophe. Cela ne nous fait pas du vrai socialisme opposé à l’accumulation incessante de capital et de profit. Mais cela aurait dû alerter les excellences sociaux-démocrates sur les méfaits du libéralisme. Peine perdue, les socialos croient au progrès incessant et au sens de l’histoire dans cette direction ; et comme c’est le marché qui est le premier moteur comme dirait Aristote…
Allais s’en prend à la thèse des « marchés efficients » qui font automatiquement de « l’allocation optimale des ressources » en fixant au mieux les prix via la prétendue loi de l’offre et de la demande (O/D) et qui optimisent l’affectation des ressources aux investissements. Les équilibres spontanés et soi-disant optimaux obtenus sur les marchés concurrentiels ne sont que des positions d’équilibre possible, mais il en existe une flopée et nul ne peut dire lequel est le meilleur. Prenant l’exemple des balances commerciales, il montre facilement que les excédents des uns sont les déficits des autres. Or ces déséquilibres proviennent d’une structure asymétrique des échanges. Les pays à forte productivité (ou ayant une rente comme le pétrole) sont avantagés car leurs coûts de production sont inférieurs. De même, les pays à faibles salaires et coûts du travail (pas de protection sociale en sus des salaires) l’emportent. Il s’ensuit que les échanges entre pays structurellement hétérogènes (niveau de vie, coût du travail, taux d’intérêts, protection sociale et environnementale, fiscalité…) sont intrinsèquement déséquilibrés. Néanmoins, les échanges conduisent à un rapprochement des situations mais, évidemment, par le bas. Les économies sont en fait des vases communicants et pour beaucoup des vases d’expansion ; pour d’autres des vases de nuit (par exemple, déversement de déchets toxiques ailleurs que chez eux ou ferraillage de bateaux pollués et amiantés, etc.). Le libre-échange induit donc une course à spirale sans fin entre moins et mieux-disant dans la productivité différentielle et les coûts de production.
Les salariés des pays riches s’appauvrissent par suite de plusieurs effets : course à la productivité pour abaisser les coûts (investissement de productivité permettant de produire plus avec moins de personnel), concentrations pour faire des économies d’échelle (fusions, absorptions d’entreprises conduisant à des licenciements), très bas prix des PVD et PMA exportateurs (de produits sous-traités chez eux par des délocalisations de multinationales ou par achats low cost chez eux par des boîtes comme Wal Mart). La perte d’emplois et de salaires touche d’abord les salariés les moins qualifiés auxquels se substituent ceux du Tiers-Monde ; puis viendra le tour des plus qualifiés car le libre-échange permet aux pays en retard d’avoir des technologies modernes, le plus souvent apportées par des pays avancés comme le fait la Teutonie dans les pays « désiovétisés » de l’Europe centrale et orientale, PECO(S). Il y a évidemment les transferts de technologie exigés par exemple par la Chine pour qu’une boîte étrangère s’y installe ou y conduise un projet, la contrefaçon et le vol de brevets, etc. Il y a en outre Internet qui permet de délocaliser les emplois de service (comptabilité, centres d’appel et même la recherche, ce qui fait de l’Inde le pays-roi dans l’informatique). Parallèlement, les prolos des pays exportateurs voient leur niveau de vie lentement monter. Il faut voir le libre-échange comme une machine thermique dont le rendement dépend de la différence de température entre la source froide et la chaude. La froide, ce sont les pays low cost, la chaude, les pays développés (pour combien de temps ?). La température va s’équilibrer à long terme avec un petit problème : en cas d’égalité de température, le rendement du moteur est égal à zéro. En outre, le système naturel et environnemental connaît la loi de dégradation de l’énergie ; c’est déjà en cours et la planète est en grand danger.
Allais maintient la thèse libérale comme quoi les salaires dépendent de la productivité et qu’un employeur ne peut pas rémunérer un salarié supplémentaire (marginal) au-delà de l’équilibre entre l’utilité marginale du salarié (ce qu’il rapporte en marge nette) et son coût marginal (salaire plus charges sociales). En fait, il y a là démonstration des analyses marxistes sur la loi « d’airain des salaires » qui ne dépassent jamais le niveau de simple subsistance de la « force de travail ». la différence est qu’avec l’analyse libérale, le salaire peut passer en-dessous car la course à la compétitivité se moque de la chose puisque le salaire de subsistance est bien plus bas dans les pays low cost. Or avec la productivité moderne, le seuil d’équilibre marginal diminue. Dès lors, l’emploi est mis en danger dès que son coût marginal est trop élevé, ce qui est renforcé par le niveau excessif des charges (vis-à-vis de la concurrence) et surtout par la concurrence des pays low. Allais, cependant, reconnait que la morale publique, la stabilité des institutions, la justice politique requièrent que les salaires permettent une vie digne, ce dont se moque éperdument le capital. Allais montre, via tout ce qui précède, que le libre-échange sans protection de façon à tempérer la concurrence et à lisser la transition vers le rattrapage des niveaux de vie entre pays conduit à un renforcement de la désindustrialisation, à une accélération de son rythme, au chômage chronique dû à la mondialisation sans précautions. Au passage, il descend les statistiques officielles du chômage (catégorie 1 au sens du BIT, un peu plus de 3 millions en 1997, soit le même niveau qu’en ce début 2013) qui négligent et sous-estiment le sous-emploi (temps partiel, emplois aidés, chômeurs découragés, etc.) : 6 millions de sous-employés en 1997, nombre sûrement équivalent aujourd’hui.
Les désordres structurels des balances commerciales sont aggravés par le flottement des monnaies et la libre circulation des capitaux. Certains pays (Chine, japon, USA, G-B) jouent sur la parité de leur monnaie pour en quelque sorte la dévaluer, ce qui diminue le coût de leurs exportations. En même temps les capitaux peuvent se déplacer au gré des différences de taux de change, de taux d’intérêt, de rentabilité. Dès lors, le bon taux de change, celui permet à la balance commerciale d’être équilibrée, disparaît de la circulation au profit de la spéculation et surtout de la non-vérité des prix. Allais montre ainsi que le flottement des monnaies associé à la volatilité des capitaux renforce les déséquilibres entre pays hétérogènes. Mais la monnaie unique, non liée à une formation politique réellement commune et efficace, sans gros budget fédéral (UE, 1 % du PIB total ; USA, 25 %) sans transferts entre pays pour compenser les déséquilibres, sans harmonisation de la fiscalité, sans politique monétaire commune, conduit elle aussi au désastre. Avec une monnaie unique, les pays de la zone euro n’ont plus la possibilité d’adapter leur taux de change à leur degré de productivité ; avec le pacte de stabilité (suivant le traité de Maastricht), ils ont en outre perdu leur latitude de politique budgétaire, ce qui a été aggravé par le récent TSGC (traité de stabilité, de gouvernance et de coordination, engagé par Merkozy et signé par le Lying Dutchman). La monnaie unique permettait aux différents pays d’emprunter quasiment au même taux (c’est évidemment fini avec la crise des dettes publiques). Mais en réalité ils n’étaient pas à la même enseigne pour l’inflation. Dès lors les taux d’intérêt réels (taux européen commun moins taux d’inflation) divergeaient avec ce paradoxe que les « cigales » en développement rapide et à inflation plus élevée pouvaient emprunter pour presque rien. Il s’en est suivi, notamment en Espagne un boom du crédit, des investissements immobiliers, des achats de berlines teutonnes. Un quidam tudesque pouvait emprunter en Espagne pour acheter « à petit prix » une villa sur la Costa Brava. D’où venait le fric ? Eh bien des excédents commerciaux des Doryphores recyclés par leurs banques pour prêter aux banques ibères ou grecques. Car le déficit d’une balance commerciale est compensé par un flux de pognon de sens inverse qui permet d’améliorer la balance des paiements (des flux de fric entrant et sortant). Quand EDF empruntait à l’étranger, le gouvernement lui ayant sucré les dotations en capital, cela améliorait la balance des paiements de la France. C’est en quoi le déficit budgétaire d’un pays qui vit à crédit est aussi compensé par des emprunts jusqu’à ce que la cruche casse… Seul Allais en France a dénoncé ces mécanismes pervers qui ont conduit au krach des dettes publiques des cigales. En revanche, les Schleus ont vite compris l’intérêt d’un euro et d’une banque centrale construits suivant leurs vœux : ils ont fait en 2003 (soit 1 an après la mise en place de l’euro) de la « désinflation compétitive » (lois Hartz sous Schröder plus TVA sociale de 3 points sous Merkel) afin d’exporter chez leurs voisins en serrant le kiki du peuple allemand. En revanche, Chiracos, tsarkozy, Flanby n’y ont vu que du feu et en sont passés par les Fourches Caudines des Casques-à-pointe. Pourtant il était visible que la Bochie détournait les règles du jeu à son avantage, ce qui est typique de ce que les économistes appellent « la passager clandestin », celui qui profite du système sans payer.
Cette montée aux enfers résulte en Europe de l’hyper libéralisme qui sévit dans l’UE depuis l’entrée de la Grande-Bretagne (1973) et, à mon sens ignoré par Allais, depuis ses débuts en 1957 (traité de Rome) avec l’ordo-libéralisme tudesque : concurrence, en avant toute, via la mise en place de règles assurant la suprématie über alles du marché. C’est la fameuse « économie sociale de marché » (de Ludwig Ehrard, humanum est) ; les Grands-Bretons n’ont fait que faire supprimer l’aspect social avec l’aimable complicité des gouvernants français soucieux de plier le peuple au libéralisme afin qu’ils puissent être reconnus, salués, fêtés dans le club occidental et européen. L’UE a attribué un pouvoir réglementaire délirant à la grosse Commission, pouvoir qui a été ensuite imposé par la Cour de Justice des Communautés Européennes (CJCE) appliquant sans désemparer les règles édictées par la commission après leur acceptation par les gouvernements. Ce qui permet d’exclure qu’ils puissent dire : « c’est pas nous, c’est l’UE, c’est la Commission. Tous les traités successifs ont enjolivé la part de la « concurrence libre et non faussée », de la « libre circulation des marchandises, des capitaux et des hommes », de l’ouverture au marché mondial et à l’OMC, de la soumission aux plans d’ajustement structurel du FMI, la liberté de la finance… Cette évolution montre l’impéritie ou l’hypocrisie des gouvernements français qui on laissé mettre en place cette Europe-là.
Allais a montré que le libre-échange améliorant le sort de tous grâce à la spécialisation de chacun dans ses « avantages comparatifs » (Ricardo) était une fumisterie. En effet, Ricardo ne tenait pas compte des évolutions technologiques modifiant la structure des coûts de production. C’est ainsi que la Teutonie, ruinée après la 2ème guerre mondiale, bénéficiant du plan Marshall, voyant 50 % de sa dette remise en 1953, a pu investir dans les technologies les plus modernes dans des usines neuves, ce qui lui a redonné des avantages compétitifs. On voit ainsi la possibilité pour une économie ayant perdu ses industries au profit des mieux-disant en compétitivité-prix de redémarrer. Mais le problème est qu’entretemps ce pays a sans doute perdu ses compétences, ses salariés ad hoc, son expérience, son capital. Il en est de même pour les PMA qui ont produit pour le marché international des produits exotiques, qui ont importé de la bouffe subventionnée par les Occidentaux (USA, UE) et qui ont sacrifié leurs cultures vivrières assurant leur sécurité alimentaire. Mais le japon, par exemple, a toujours défendu sa riziculture, faiblement productive, pour assurer sa souveraineté alimentaire au grand dam des élites du FMI et consorts. Par ailleurs, une économie diversifiée est un gage d’innovation, de « pollinisation « entre secteurs, de maintien de compétences en recherche-développement, d’indépendance… La théorie ricardienne passe par pertes et profits les pays qui n’ont aucun avantage comparatif, aucune rente et se moque des questions de sécurité et d’indépendance. Elle néglige les coûts sociaux, culturels, politiques des déménagements d’activité à l’étranger et de reconstruction ultérieure de l’autonomie. C’est une attaque contre la diversité et le pluralisme mondial.
Donc, le mol et plat Hollande et ses sbires socialos ignorent que même un libéral, partisan du marché et du capital, peut proposer des analyses et des solutions pour lutter contre la désindustrialisation et pour sauver la protection sociale et ne niveau de vie français et européen. Quelle misère intellectuelle !

Le Zayrault et le Fini

Classé dans : politique — 3 avril, 2013 @ 11:02

Fini dans les 2 sens du terme : aux moyens et à l’extension limités et kaputt. Les deux compères du socialisme-guimauve n’ont pas compris que pour jouer à un jeu, notamment compétitif, il faut appliquer ses règles avec détermination. Il ne faut pas ruser et appliquer sans le faire vraiment ou dire qu’on n’applique pas alors qu’on est entrain de le faire in petto et en douce. Il faut choisir : soit se maintenir dans la partie, soit renverser la table. En tant que socialos en peau et en pet de lapin, Zayrault et Culbuto se sont mis le fondement entre deux chaises. C’est qu’ils n’ont pas de fondement théorique car ils tiennent un discours socialo tout en pratiquant le libéralisme afin de rester dans la cour des grands et de ne pas être rejetés par le club des hyper libéraux qui peuplent les instances dirigeantes de l’UE.
Les analyses socialistes dans le « mainstream » du PS n’ont pas été renouvelées depuis Léon Blum et les pratiques remontent à Guy Mollet. Les socialos franzozes n’ont pas fait leur Bad Gödesberg comme les Teutons years ago. Ils sont incapables de théoriser les évolutions du capitalisme depuis 30 ans et ils ne savent donc pas quelle stratégie adopter pour le contrer. Ils n’ont pas su non plus se doter d’un projet qui se différencie sérieusement de la théorie libérale fondée sur l’individualisme. Ils ne font plus que de la politique politicienne et ne savent pas comment récupérer les masses populaires qu’ils ont du reste abandonnées au profit des bobos ; même les fonctionnaires, dont les enseignants, et les agents des entreprises publiques sont en train de les lâcher. Les ouvriers sont en déshérence, ont fui le PC et largement rejoint le FN. C’est largement dû au caractère pâté d’alouette de la politique menée : une alouette de gauche et un percheron de libéralisme camouflé. Donnons des exemples.
Le pouvoir, s’il en reste encore un après les aveux de Cahuzac le parjure de la république (avec Roland Dumas, on avait déjà eu la catin), annonce qu’il ne touchera pas à l’âge de 62 ans pour partir à la retraite. Il s’appuiera sur la durée de cotisation déjà portée à 41,5 ans, la plus élevée d’Europe. Il pourrait monter à 42,43 ans et ainsi de suite suivant la bonne vieille stratégie des voraces et des coriaces. Réfléchissons : 41,5, c’est déjà pour un jeune homme ayant commencé à travailler à 24 ans un départ à la retraite à taux plein à 66 ans et en supposant qu’il aura eu une carrière linéaire et ininterrompue ! La variable durée de cotisation est donc dans les faits bien plus inégalitaire, injuste et sauvagement libérale que les 67 ans allemands (âge de retraite en 2025) avec 37 ans de cotisations. Les principales victimes des 41,5 ans et plus sont les jeunes et les femmes dont les parcours seront sûrement entrecoupés de périodes d’inactivité de plus en plus fréquentes et longues. Voyez mes ailes, je suis socialo, voyez ma peau, je suis libéralo-capitaliste.
Passons à la diminution pour « les riches » des allocations familiales en fonction de seuils de revenu. Cela peut faire plaisir au moins aisés (divisons pour régner, ce sont la loi et les prophètes du bien gouverner façon Machiavel)… C’est donc de « gôche ». On ne fiscalisera pas les allocs (rendues imposables), on gardera leur principe d’universalité, c’est pour plaire à la catho de droite. Le maintien de l’universalité fait rire car pour un enfant un couple aisé n’aurait plus que 32 euros au lieu de 127. Le versement est universel mais son montant est particulier ! Que de contorsions foireuses dans cette idée socialo ! Mais, camardes socialos, chiez droit ou de travers, chiez dur ou mou mais chiez dans le trou… Ce serait tellement plus simple de supprimer le quotient familial qui ne profite qu’aux 50 % de Franzozes qui paient l’IRPP, de verser une alloc par enfant en fonction de son âge et de ses études et de la rendre imposable ! Il y a quand même de grandes réformes sociétales : la pilule pour ados devient gratuite et les « gay » pourront se marier entre eux. Ce n’est plus du libéralisme mais du « libertinarisme » tout à fait compatible avec le capitalisme… Je n’ai rien contre à condition de passer aussi aux vrais problèmes de la société.
On se rappelle de la réforme bancaire avec laquelle le matamore anti-finance, alias fraise des bois, a accouché de la jouvence de l’abbé Souris ou Cassine. On rigole sur la fameuse BPI qui a réunie des machins existants et dispose de moins de 100 milliards pour financer la ré-industrialisation du pays. On va avoir la loi consacrant des accords compétitivité-emploi passés entre le MEDEF et 3 syndicats réformistes et cassant littéralement la hiérarchie des normes en mettant les accords locaux au-dessus de la loi et de la convention collective. La, on a échangé des maigres garanties futures pour le salarié (en 2016) contre la flexibilité des horaires et des emplois tout de suite. On attend toujours la grande réforme fiscale et en attendant on a ponctionné 90 % du populo avec de nouveaux impôts et taxes. La patronat, lui aussi ponctionné (20 milliards) s’es vu restituer le hold up avec les 20 milliards pour la compétitivité (avec versement d’avances tout de suite). L’interdiction des multiples mandats électoraux attendra 2017, la fiscalité écologique patine, la réquisition des logements vacants patiente, etc.
C’est la valls à mille temps dans le tourbillon de la vie. Et après il faudrait croire les politicards et les élire pour détenir tous les pouvoirs sur nous et contre nous. Comme a écrit Proudhon dans un texte célèbre : « être gouverné, c’est… » Suit une litanie d’une page, litanie toujours actuelle. Bon appétit, messieurs les diririgeants.

Delinda est Europa economica et teutona

Classé dans : politique — 31 mars, 2013 @ 10:50

Il ne s’agit pas de l’Europe véritablement fédérale sur tous les plans (politique, social, juridique, culturel, économique) que j’appelle de mes vœux mais de l’UE actuelle qui fonctionne uniquement en faveur d’une conception purement économique, séparée du politique, hyper libérale. Dès ses débuts en 1957 (traité de Rome), l’UE a été marquée du sceau du libéralisme concurrentiel à outrance via la constitution d’un grand marché. Cette orientation découle de deux positions antagonistes quant aux buts (unifier une Europe politique) et s’entendant a minima sur les moyens ; ce serait l’unification économique qui amènerait, years later, l’union politique. C’est ainsi que l’ordo-libéralisme teuton (gouvernement par les règles uniformes et devenues immuables) rencontra l’Europe gaullienne des nations souveraines au plan politique. En 1973 se surajouta la position des rosbifs : l’union ne devait être qu’un grand marché commun, qu’une zone de libre-échange. Cet absentéisme excluant, pour des raisons différentes, le politique produisit la réduction de l’UE à ses seuls aspects économiques. En même temps, était installé un étau coinçant les pays entre leur modèle social et la concurrence sans bornes, ce qui produisit la course perpétuelle au moins-disant social, fiscal, environnemental et à la compétitivité pour exporter chez les voisins en important le moins possible. Cet étau était aussi placé sous le primat de la stabilité monétaire et des prix du travail et des produits. Pas des actifs immobiliers et boursiers, qui, eux, pouvaient s’envoler sans que la BCE fronce les sourcils.
Il s’ensuivit toute une série de traités qui ont organisé l’Europe économique, qui plus est sur les principes d’un libéralisme à tout crin, sans jamais préparer l’Europe politique. Ces traités successifs ont à la fois organisé le primat de la « concurrence libre et non faussée » suivant les directives de la grosse commission de Bruxelles (évidemment approuvées par les gouvernants européens) et l’impuissance politique de l’union. Le traité de Maastricht, suivi du pacte de stabilité (pas plus de 3 % du PIB comme déficit annuel du budget et pas plus de 60 % de dette publique) a préparé la mise en place de l’euro et de la BCE. Avec l’euro et cette banque centrale, les Etats, déjà pris dans la spirale concurrentielle du grand marché ouvert à tout vent, se sont privés de toute politique monétaire et budgétaire autonomes. La contrainte budgétaire a encore été renforcée avec le récent TSGC (traité de stabilité, de gouvernance et de coordination) concocté en 2012 par Merkozy et avalisé par Edam le Rouge (moyennant un ajout de croissance de 120 milliards constitué de fonds déjà programmés !). En 2005, les Français rejetaient le prétendu constitutionnel européen élaboré sous la houlette de Fiscart Déteint. Tsarko le fit adopter par le parlement sous une forme à peine modifiée, celle du traité de Lisbonne (2007).
TCE puis Lisbonne ont installé une quasi constitution européenne. Cela défrise. En effet, normalement, une constitution se contente de donner les buts, les principes et les valeurs et les règles du vivre ensemble politique dans la très longue durée des générations successives. Une constitution ne donne jamais le détail des règles économiques comme le fait le traité de Lisbonne ratifiée en 2008 en France. La Constitution américaine ne fait que 4 000 mots à comparer aux 300 pages du TCE et suivant. Les Britanniques n’ont pas de constitution mais des chartes des libertés. Normalement une constitution est pérenne, mais en France et dans l’UE (puisque les directives modifient les choses souvent tout en restant dans un axe hyper libéral) on la change très souvent en fonction de considérations politicardes. Le TCE et consort ont installé une suprématie totale de la sphère économique sur le politique. Cette domination par des règles économiques, érigées en outre comme immuables (c’est de l’ordo-libéralisme prussique, car prussien et très corrosif), réduit l’Europe à une zone de libre-échange conforme aux vœux des Rosbifs et à une cohue de gouvernements en opposition les uns avec les autres, chacun cherchant à jouer en solo pour sauver sa peau nationalement. L’impuissance a été organisée par l’élargissement de l’UE à l’Hinterland teuton par incorporation sans fin des ex-pays de l’Europe centrale et orientale libérés du joug soviétique (PECO). Ce qui s’est fait sans « approfondissement » politique de l’UE et avec des procédures de prise de décision tout à fait aberrantes et antidémocratiques. On en est bientôt à 28 pays qui sont parfaitement hétérogènes économiquement et socialement.
Qui plus est, les règles de prise de décision au sein de l’UE font qu’il est impossible dans bien des domaines d’avancer car même un Etat minuscule peut s’y opposer vu que l’unanimité est y requise. C’est ainsi que l’UE a laissé s’installer une concurrence fiscale destructrice (dont profitent les pays ainsi proches de paradis fiscaux : Irlande, Luxembourg, Chypre pour les plus petits, G-B, Pays-Bas pour les plus gros). C’est ainsi que la concurrence entre pays low cost (les PECO), qui plus est munis des usines à technologie la plus performante via les délocalisations des sous-traitances, a bousillé l’industrie de la France ou des pays du Sud européen. Et pour couronner le tout, on a la règle du « pays d’origine » dont profite tant la Fridolinie en agriculture en important des travailleurs « détachés » des PECO et payés ou assurés comme s’ils étaient dans leur pays ! La Germanie, astucieusement, a délocalisé la production des pièces dans les PECO et s’est réservé l’assemblage avec étiquette « made in Germany ». En réalité, il n’y a dans l’UE aucune harmonisation fiscale, sociale, environnementale, ce qui permet de mettre en concurrence les modèles sociaux des différents pays au profit des moins-disant. Les Fridolins ont bien vu les avantages de la situation et on peut même dire qu’ils ont agi pour qu’elle s’installe en favorisant sans cesse l’extension de l’UE à l’Est.
Dans la zone euro, les pays dépourvus de politique monétaire et du taux de change, contraints à outrance dans leur politique budgétaire par le TSGC, n’ont qu’une solution pour se refaire une cerise compétitive : tailler dans leurs dépenses publiques, abaisser le coût du travail par la baisse des salaires et des charges sociales, le flexibiliser dans le droit des licenciements, vendre les services publics au privé… afin de regagner en compétitivité. C’est ce que, par suite de la crise de 2008 et surtout de la crise de la dette publique (2010) liée au fait que l’Etat est venu au secours des dettes bancaires et privées, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, etc. ont entrepris, ce qui évidemment pénalise encore plus la France en période de récession et de déflation européenne liée à ces politiques de désinflation compétitive. Et c’est ce qu’avait fait la vertueuse Teutonie dès 2003 sous Schröder (agenda 2010). Le problème est qu’alors s’installe une spirale sans fin de compétition entre les différents pays, ce qui amène à une déflation généralisée (baisse des salaires, des retraites et des prix) en Europe. Rassurez-vous, c’est voulu car le but des dirigeants européens depuis 1957 (traité de Rome) est de restaurer les marges du capital, de sauver l’argent des rentiers (lutte contre l’inflation en tant que seul objectif de la BCE), de forcer les peuples à la résignation en leur disant : on ne peut rien, ce sont les règles européennes. Mais qui les a faites comme répondit le sire de Coucy au roi qui lui demandait qui t’a fait baron, qui t’a fait roi ?
L’UE est un machin non identifiable, un OVNI politique : ce n’est pas une fédération d’Etats ayant une entité commune pour les coordonner et s’occuper des affaires communes (hors les paramètres économiques surdimensionnés), ce n’est pas une confédération d’Etats unis en vue d’un but commun mais restant indépendants (ils ne le sont pas du tout au plan économique, réglementaire et commercial). C’est une Europe de nations en concurrence dirigée par un aréopage de gouvernants indépendantistes et même nationalistes qui ne visent que des compromis momentanés et purement économiques. Comme a dit Kissinger : l’Europe, quel numéro de téléphone ? L’impuissance a été organisée avec les règles de l’unanimité dans les secteurs essentiels (droit fiscal et social) et de la majorité pour le reste. Et c’est la Bochie qui domine au point que malgré sa diminution démographique en regard de l’expansion française (65 millions d’habitants) elle a conservé son nombre de députains européens alors que la France n’a pas été revalorisée. Avec l’imposition du TSGC et bien d’autres aspects, on est bien dans une Europe dirigée par la Boches ; cela aurait dû être clair dès les débuts de la construction européenne avec le primat fridolin de l’ordo-libéralisme. N’en voulons pas aux Schleus : leur succès vient entièrement des conneries et des abandons français après la mort du général de Gaulle et des idioties de Mythe-Errant. Mitterrand a en effet échangé la réunification allemande contre l’euro et la BCE sans voir que c’était consacrer la suprématie économique des Doryphores et la victoire de l’ordo-libéralisme teuton associé au libre-échangisme des Gibbies. La France est victime depuis 55 ans de ses dirigeants couilles molles, interprétation favorable, ou plutôt convaincus des bienfaits du libéralisme et de la finance. Ce faisant, afin d’évacuer les problèmes politiques de la construction européenne, on a lâché la bride sur le cou à un gouvernement administratif de technocrates et d’experts qui est celui de la grosse commission ajoutée à la cour européenne de justice, hyper libérale. Que peut faire Culbuto 1er ? Rien tant qu’il ne choisir pas entre une Europe sociale, politique et fédérale, rejetant le libéralisme et la finance. L’Ami-Mollet(e), hélas, oscille entre l’adoption par ses pairs libéraux et l’appartenance à leur club, ses convictions libérales sucées à HEC, Sciences-po et l’ENA, et sa compassion socialisante. Cela ne fait pas un projet ou une politique mais une valls à 3 temps. Avec le flying, leaving et lying Dutchman, la France se comporte comme l’âne de Buridan et le sapeur Camembert.
Il est devenu clair qu’on ne peut plus accepter cette construction européenne-là. Que faire ? C’est simple pour un vrai socialiste, c’est-à-dire quelqu’un de non envahi par le libéralo-capitalisme de ses con-frères de la droite européenne hélas majoritaires. Il faut proposer un cap : aller vers une vraie fédération socio-politico-économique avec une vraie direction politique, un parlement européen décideur des lois communes, une cour constitutionnelle juridique et non économique (fusion, notamment, de la Cour de Justice des Communautés Européennes et de la Cour des droits de l’homme aujourd’hui séparées et ce n’est pas par hasard). Avoir donc un gouvernement et des institutions politiques et pas seulement économiques. Avoir un gros budget fédéral (au moins 25 % du PIB de l’UE au lieu des 1 % actuels) et organiser des transferts entre régions et pays. Rendre la BCE responsable devant le parlement, lui autoriser des prêts aux Etats fédérés, lui assigner comme mission le plein-emploi. Unifier le secteur bancaire européen, notamment en séparant les affaires des dépôts. Mettre en place un très gros budget européen de formation ou qualification, d’investissement, de recherche. Réserver les subventions agricoles aux productions bio et aux petits paysans. Interdire la spéculation. Et surtout harmoniser la fiscalité et le droit social et environnemental. Si les autres pays refusent, alors la France peut mener une politique de la chaise vide et refuser toute nouvelle règle, plus ou moins teutonne ou non. La France peut aussi proposer aux autres pays du Sud de se retirer de cette Europe-là et de constituer une fédération avec eux, fédération ayant sa monnaie non soumise à la BCE et pouvant être dévaluée.

« La fabrique du mensonge »

Classé dans : politique — 30 mars, 2013 @ 12:03

Voilà un livre majeur et éclairant de Stéphane Foucart. J’en donne ici un compte rendu à interprétation libre, notamment en y ajoutant des considérations épistémologiques absentes du bouquin. Il nous montre comment les industriels de la chimie, de la pharmacie, du tabac, du pétrole, les semenciers et autres fabricants de pesticides, etc. se sont emparés de la science fondamentale pour détourner son usage en vue de se défendre des accusations portées à l’encontre de la nocivité de leurs produits. Il démonte toutes les manipulations auxquelles ils se livrent pour continuer de produire et de vendre leur merde. Laquelle a une incidence directe sur la santé des humains (et des animaux, des plantes, de la planète entière, de la nature), ce qui explique largement l’expansion des dépenses de sécurité sociale, lesquelles, évidemment, ne sont pas payées par eux mais par les assurés sociaux et les contribuables.
Ces salopards savent introduire une confusion, à la fois théorique et pratique, entre 3 types de science. On a la fondamentale qui œuvre dans le doute tant que les théories ne sont pas prouvées ou controuvées expérimentalement (sinon, elles sont « falsifiables » comme l’a montré Karl Popper, c’est-à-dire que l’on ne peut rien prouver ni pour ni contre), qui progresse par contradiction entre la « science normale » (ce qui est communément admis par les milieux académiques) et l’apparition d’hypothèses nouvelles à partir de faits encore inexpliqués. De jeunes savants entrent en conflit avec les vieux birbes des académies (songeons à l’opposition de l’académie de médecine à l’idée des bactéries, dont l’existence était pourtant prouvée par Pasteur) jusqu’à triompher des vielles théories. Leur position devient alors la science normale (Thomas Kuhn dixit) et ainsi de suite. Ce qu’il faut retenir, c’est que l’apanage de la vraie science est le doute, l’incertitude jusqu’à démonstration du contraire. C’est cette caractéristique que les industriels vont retourner et exploiter contre la science authentique. Le premier exemple est celui des industriels du tabac.
Contre toutes les études scientifiques qui prouvaient que la cigarette causait les cancers du poumon (et autres maladies), ils firent tout pour instiller le doute et noyer le poisson. Comment ? En payant d’autres recherches, menées par leurs propres labos ou des sous-traitants camouflés, conduites par des savants achetés pour montrer que ces cancers avaient d’autres causes : l’environnement industriel ou urbain, les caractéristiques génétiques des individus, le vieillissement de la population, etc. Cela, c’est noyer une cause parmi bien d’autres afin d’installer le doute sur la responsabilité pleine et entière du tabac car la cause réelle ou prépondérante devient indéterminable et indécidable dans l’amalgame de toutes les causes possibles. On a même eu des apports scientifiques (Changeux en France) pour dire que la nicotine avait des aspects positifs sur le cerveau en omettant que le plus dangereux dans la fumée ce sont les divers produits chimiques aromatisant la cigarette pour la rendre plus agréable et faire inhaler la fumée. C’est cette autre science qu’on peut dire industrielle et dont la confusion avec la 1ère est soigneusement entretenue, ce qui évite de voir que l’industrielle a pour fonction de semer le doute sur la fondamentale. Cette science industrielle, qui ne relève normalement que de la technique appliquant les vraies sciences, est appuyée sur des truquages des expériences (on en verra un exemple ci-dessous), des colloques et forums bidonnés (où on n’invite que des amis ou des chercheurs stipendiés), des articles dans les revues savantes (y compris dites à comité de lecture), des achats de labos universitaires via des financements par des fausses fondations philanthropique, des appuis par des réservoirs de pensée ad hoc et donc créés pour la mauvaise cause, des dénigrements des vrais chercheurs notamment sur le Net, sur de la « com » et des relations publiques, sur des journalistes et des journaux grand public sensibilisés, etc.
Ces combines ont lieu dans tous les domaines : médicaments à la loup-Servier, phtalates et autres bisphénol A (perturbateurs endocriniens), disparition des abeilles sous l’effet des nouveaux insecticides (gaucho, régent, cruiser), gaz de schiste ou schistes bitumineux, malbouffe industrielle, produits chimiques, amiante, etc. Ces trucages sont souvent fondés sur une conception du poison remontant à Paracelse (16ème siècle ! la dose, c’est le poison), ce que dit Foucart. Notre auteur aurait pu songer à Mithridate : augmenter peu à peu les doses pour finir par se prémunir. Eh bien figurez-vous que la doctrine « normale » est la dose journalière admissible (DJA), le plus souvent déterminée comme celle qui tue au moins 50 % (vous avez bien lu) des cobayes ! C’est-à-dire que si elle n’en zigouille que 49 %, alors le produit est validé comme pouvant être mis sur le marché. On a donc le droit de vendre des trucs qui tueraient 49 % de leurs utilisateurs. C’est avec cela que les manipulations deviennent affolantes car les industries vont se mettre à fausser les expériences. Prenons le cas des perturbateurs endocriniens (qui endommagent le système hormonal ; ou les abeilles). La bonne science a montré que ces produits agissent à dose infinitésimale, bien avant la DJA, et surtout lorsqu’ils sont ingérés à certains moments : la vie embryonnaire et la prime jeunesse. Elle à prouvé que les différents produits ont des effets cumulatifs et qu’on ne peut pas raisonner seulement produit par produit comme le font les scientifiques industriels. Une autre astuce est de négliger la durée d’exposition à faibles doses. Une autre encore est de ne faire les expériences que sur des rats adultes et de les suspendre dès que l’âge du cobaye ferait apparaître des problèmes à occulter.
C’est ce qui nous amène à la 3ème science : la réglementaire, c’est-à-dire celle des autorités normatives publiques. Par exemple, l’agence européenne de sécurité alimentaire en est restée à Paracelse et continue d’autoriser le bisphénol A. Toutes les agences, par exemple celle du médicament, en Europe et dans les différents pays, sont devenues en fait des appendices des industries. Par exemple en établissant la liste des semences autorisées à la vente (en excluant les anciennes au profit de Monsanto et compagnie) ou en interdisant le purin d’ortie comme produits fongicide ou en faisant des misères aux fromages au lait cru au profit des merdes plâtreuses et pasteurisées.. Comment es-ce possible ? Elémentaire, mon cher Watson. Les organes publics de recherche et de contrôle ont été tellement vidés de substance et de finance (par exemple avec les salaires ridicules des chercheurs publics) que lesdites agences sont contraintes d’en passer par le recours à des experts de la science industrielle ou des chercheurs publics mais stipendiés, lesquels camouflent soigneusement le fait qu’ils reçoivent moult subsides en provenance des lobbys et fausses fondations qui financent leurs autres recherches en même temps que celles attendues par les mécènes intéressés. On assiste aussi à l’explosion des partenariats public/privé (PPP). On a le fait que les industries font pression sur les gouvernants en faisant du chantage à l’emploi et à la croissance… des produits nuisibles, ce qui augmente le PIB mais diminue la santé et le bien-être. Il faut bien voir que maintenant les agences étatiques ne sont là que pour tamponner la validité des études truquées par l’industrie. En d’autres termes, la science réglementaire est devenue l’auxiliaire de la science industrielle. Je dois souligner que notre auteur ne fait clairement pas la distinction entre ces 3 types de science même si ses analyses y contribuent fortement.
Il est donc clair que le cochon de payant, soit comme assuré social, soit comme contribuable, paye les « dégâts du progrès ». C’est une autre démonstration de ce que les politicards ne sont que les « fondés de pouvoir » (Marx) du capital.

Le modèle teuton

Classé dans : politique — 5 mars, 2013 @ 11:31

Guillaume Duval vient de publier « made in Germany » ; je m’en inspire ici en en faisant une sorte de compte rendu librement interprété. Excellent livre, dont l’auteur, qui travaille pour la coopérative « Alternatives économiques », vient d’être insulté par le nullard qu’est FOG, directeur du Point, sorte de journal hyper libéral et quasi people, creux comme un tambour, à 1 000 coudées en dessous d’AE. FOG dont l’acronyme de brouillard anglo-saxon montre bien que son rôle, et celui de son baveux (ou d’autres comme le Barbier de l’Express), consiste à protéger l’idéologie libérale d’un épais brouillard.
Commençons par deux petits points sous-estimés par notre auteur. Le 1er réside dans le fait qu’après avoir ruiné l’Europe par 2 fois en 14/14 et 39/45 la Germanie n’a guère payé de réparations (voir mon article « la Teutonie doit payer » au moins 1 000 milliards d’euros à ses victimes), a reçu, elle-aussi, les aides du plan Marshall, et même plus que d’autres pays, et a bénéficié d’une remise de 50 % de ses dettes en 1953. Le prétendu « miracle allemand », soi-disant lié à « l’économie sociale de marché » de Ludwig Ehrard (humanum est) a donc été furieusement favorisé par les autres pays, ceux que la Gross Angela Merkel, ne veut pas aider maintenant. Le 2ème se trouve dans la mentalité tudesque forgée par le luthérianisme. Rappelons que Luther avait demandé à chacun de se développer, former, moraliser lui-même à partir de la lecture assidue de la bible. Cette « bildung » repliait l’Allemand sur lui-même, le faisait se désintéresser de la chose publique et même le poussait à obéir aux autorités du pays. Le bon Luther n’avait-il pas aidé les princes à éradiquer la révolte des paysans animée par Münzer, lequel fut zigouillé avec la bénédiction de notre saint homme. Cette esprit de soumission fait que le Teuton accepte tous les ordres, ne se révolte guère, se met dans des syndicats qui ne font que négocier le bout de gras, sans perspectives révolutionnaires quant au modèle social, vote souvent social-démocrate, parti de collaboration de classes depuis toujours. On est loin de l’agitation anticapitaliste des syndicats français à leurs débuts (le temps passe…), du Francaoui frondeur et individualiste (1789, 1830, 1848, 1870, 1920, 1963 [grève des mineurs contre le gouvernement de Charlot 1er], 1968 et ? Sans doute pour dans pas longtemps.
Ceci dit, notre auteur pointe, modérément, le nationalisme allemand, illustré par le droit du sang, par le ralliement du mouvement ouvrier tudesque à l’empereur Guillaume II, par la mollesse de la résistance à Hitler (sauf dans les régions catholiques), par l’assassinat de Rosa Luxembourg et de Liebknecht par les socio-démocrates sous Weimar, par la culture romantique contre l’universalisme et le rationalisme des Lumières. Ce nationalisme fait que le pays serre les coudes contre les autres pour sauver d’abord sa peau en dehors de tout intérêt général de l’Europe. Certes, ils ne sont pas les seuls mais les autres pays font du chacun pour soi au nom d’intérêts moins prosaïques. Et la France est nationaliste au nom de son message universel alors que les Goths le sont au nom de leur culture particulière.
Duval prouve qu’une des raisons essentielles des succès allemands se trouve dans le système institutionnel : fédéralisme (imposé par les Yankees, ce qu’il ne dit pas), large autonomie des régions et des collectivités locales, reconnaissance et primat du dialogue social entre patrons et syndicats et du rôle économique et social de ces derniers. Le dernier point est une conséquence, à mon avis, de l’attitude de la social-démocratie et de l’intelligence du patronat (qui, au demeurant avait besoin des communautés locales et d’harmonisation régionale pour éviter la concurrence entre entreprises vis-à-vis du personnel). On est loin du patronat et de la droite « la plus bête du monde » française qui ont encouragé un libéralisme échevelé (dès la révolution française avec le décret d’Allarde et la loi le Chapelier interdisant les corporations et les « coalitions » ; en France le droit de créer des syndicats n’a été promulgué qu’en 1884), qui ont réprimé les révoltes dans des bains de sang effroyables (1848, 1871) et qui s’étaient alliés contre le peuple afin d’interdire toute loi sociale (la loi de 1841 contre le travail des enfants de moins de 8 ans [vous avez bien lu] a été violemment combattue au parlement ; c’est Bismarck qui a créé le 1ersystème de retraites par cotisations avant 1900). C’est pourquoi les syndicats français se sont construits contre le pouvoir et les politicards, contre le capitalisme, pour « l’action directe » et la révolution. C’est pourquoi l’accord récent entre patronat et 3 syndicats non représentatifs (cela va être prouvé bientôt par l’application de la loi de 2008 sur la représentativité syndicale : il faut 8 % au niveau régionale et nationale et 10 au niveau local ; exit la CFTC et cantonnement de la CFE-CGC au seul encadrement) pour des « accords compétitivité-emploi » pendant 2 ans (les signataires doivent représenter 50 % du personnel) est considéré comme une trahison des socialistes par la CGT et FO.
Sur la décentralisation, il est tout à fait vrai que les régions font tout ce qu’elles peuvent pour défendre ou développer les industries qui s’y trouvent et que les acteurs s’associent pour ce faire. Notamment les banques régionales (ou les succursales des nationales) financent l’industrie, à commencer par les PME ou les ETI (entreprises de taille intermédiaire). Cette association favorise des approches de long terme car tous les acteurs ont intérêt à sa pérennité. On est loin du court-termisme des actionnaires et des financiers anglo-saxons. Cette union à la base interdit les OPA et les LBO car les PME disposent de prêts pour sortir de leurs difficultés éventuelles. Du reste, les banques régionales ont sans doute pas mal de créances douteuses à cause de cela et c’est pour cela que Merkiavel ne veut pas que l’UE y fourre son nez ; sans compter que l’on pourrait découvrir des subventions locales contraires au droit de la concurrence si Bruxelles s’en donnait la peine. Mais la Grosse Commission est d’inspiration ostrogothe : elle développe depuis 1957 la logique de l’ordo-libéralisme teuton (faire des lois et, comme disait Proudhon, « laisser faire la boutique »). Le problème est que les saintes lois européennes sont toutes d’obédience hyper concurrentielles et libérales. Cela tombe bien, c’est aussi ce que veulent les Gibbies depuis leur entrée dans l’UE en 1973 (merci Pompidur). Le problème est aussi que les ordo-libéraux voulaient la démocratie pour édicter les règles ; eh bien il n’y en a plus depuis longtemps avec la technocratie de Bruxelles et la prise du pouvoir par le conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement. Même les syndicats sont dans l’approche régionale, par exemple en s’associant à des centres d’apprentissage régionaux plutôt que limités à des entreprises (lesquelles, du reste, ne veulent plus, toutes seules prendre des apprentis qui coûtent cher).
L’auteur pointe que l’Allemagne est un pays à forte densité de population (230 habitants au km2 contre 120 en France) ce qui limite les frais des infrastructures collectives. Songeons que la France avec 36 000 communes en a la moitié de l’Europe. Par ailleurs, les investissements collectifs ont été largement abandonnés au profit du privé (qui les néglige pour des raisons de rentabilité et de court-terme). La Teutonie a beaucoup moins de frais militaires. Elle n’a pas de crèches, d’écoles maternelles publiques ; les enfants sont libres l’après-midi, ce qui naturellement fait beaucoup baisser le budget public consacré à l’éducation. Ce qui se redouble avec une orientation précoce vers des filières courtes pour la majeure partie d’une classe d’âge (700 000 pour 82 millions d’habitants contre 800 000 en France pour 65). 20 % seulement des jeunes allemands font des études supérieures… Là encore, cela coûte moins cher au budget public. L’inconvénient est que les femmes sont obligées de garder les enfants et, soit n’occupent que des emplois à temps partiel (40 % des travailleuses y sont pour 18 à 20 heures hebdomadaires contre 30 en France pour 24 à 28), soit ne travaillent pas. Ce qui, d’ailleurs, est mal vu car les Teutons considèrent qu’une femme qui ne s’occupe pas de ses gosses est une mauvaise mère. D’où la faible natalité germaine ; vers 2040 la France aurait davantage d’habitants (dans les 74 millions) que la Tudesquie. C’est épatant car cela fait beaucoup moins « d’inactifs » à entretenir et car cela élimine toute tension sur les marché du logement (d’où des loyers faibles, ce qui permet de moins payer les travailleurs). Par ailleurs, les retraites publiques par répartition ont été réduites à un taux de remplacement de 40 % du dernier salaire (50 en France pour le régime de base). L’Allemagne court à des masses de retraités pauvres dans 20 ou 30 ans, sauf s’ils ont pris des retraites complémentaires par capitalisation. Tout cela explique que la Germanie n’ait que 45 % de dépenses publiques contre 56 en France. Or nos libéraux s’emparent de ce chiffre pour dénigrer la France, alors que, comme on vient d le voir il ne signifie rien sauf à faire du benchmarking sans analyser les composants de la comparaison. Et on observe en outre de graves inégalités en défaveur des femmes et des jeunes issus des milieux populaires vite mis en apprentissage. Mais il est vrai que les Allemands ne stigmatisent pas le travail manuel et que les salariés acceptent ce système parce que la promotion sociale est bien plus forte en Allemagne qu’en France où jouent l’origine sociale, la rente du beau diplôme et la préférence pour la fonction publique.
Contrairement aux âneries propagées notamment par des FOG ou Barbier, les Français travaillent plus que les Teutons, sauf pour les pleins temps (faible différence, là, par suite des heures.sup). En effet, le temps partiel et à faible durée hebdomadaire est plus répandu en Prusse ; la moyenne des temps pleins plus les temps partiel diminue donc bien plus qu’en France. De même, dans l’industrie le coût unitaire de la main d’œuvre (qui combine la productivité, supérieure en France, et le coût unitaire du travail [salaires et charges, plus élevé en en chez nous] est presque le même, à notre avantage, dans les deux pays. Il en est de même pour l’industrie automobile. Il est donc faux que le coût du travail handicape l’industrie française par rapport à l’Allemagne. En revanche, le coût des services (coiffeur, ménage, caissières, etc., sauf services tertiaires par exemple dans la banque et l’assurance) est bien plus faible en Teutonie. Cela tient à ce qu’elle n’a pas de SMIC, que les emplois à 400 euros par mois y sont nombreux (4 millions), qu’il y a 3 millions d’emplois à 6 euros de l’heure, que les chômeurs recevant encore des indemnités (la durée a été ramenée de 32 mois à 12 sous Schrôder) sont tenus de travailler pour les collectivités pour 1 euro de l’heure (vous avez bien lu) sous peine d’être radiés. Ce faible coût des services fait que les industries peuvent ne pas augmenter les salaires car les travailleurs des manufactures peuvent disposer desdits services à faible prix (comme pour les loyers). Ce n’est pas tout : la Tudesquie fait grand usage des « travailleurs détachés », payés et protégés aux conditions du « pays d’origine » (ce qui est interdit par Bruxelles pour les salaires !) en provenance des pays de l’Europe centrale et orientale (PECO), ex-p ays de l’Est soviétisé. C’est ainsi que l’agro-alimentaire teuton (et l’agriculture) est en train de bouffer les productions françaises, notamment dans les cochonnailles (qui veut une saucisse de Hambourg à la place d’une Morteau ?).
Les Teutons ont très vite compris les avantages qu’ils retireraient de l’extension indéfinie de l’UE à l’Est, leur ex-hinterland. Délocaliser la fabrication des éléments de production dans les PECO en y créant, en outre, des usines modernes plus productives qu’en Allemagne est la stratégie de moult boîtes germaines : résultat des coûts unitaires de main d’œuvre (rappelons le, salaires, charges plus productivité) bien plus faibles et des gains sur le taux de change (avec un euro fort contre des roupies de sansonnet, de même que l’euro fort diminue la facture des importations de pétrole libellées en dollars). Ensuite les industriels assemblent en Allemagne et apposent l’étiquette « made in Germany », ce qui devrait être interdit par Bruxelles… Soyons justes, l’industrie teutonne exporte beaucoup (de plus en plus dans les PVD, de moins en moins en Europe pour cause de crise) car elle produit des machines-outils (comme le Japon) et des voitures de luxe demandées par les nouveaux riches desdits PVD (et ailleurs). Pour ces biens, ce n’est pas la compétitivité-coût qui compte. Pour les petites bagnoles francaouis, si. L’Allemagne bénéficie donc d’une forte industrie à base de PME bien plus nombreuses à cause de sa spécialisation sur des créneaux porteurs. PME très soutenues alors que la France s’en fiche car les énarques et autres polytechniciens ou HEC préfèrent les grosses boîtes, la finance ou le commercial. Las, les Chinois et autres PVD vont sûrement produire et exporter bientôt leurs propres machines-outils ; il leur suffira de copier les teutonnes ou d’exploiter les transferts de technologie concédés par les investisseurs germains.
Les Tudesques ont bien profité de leur réunification. Ils ont prétendu qu’ils l’ont payée tout seuls, ce qui est parfaitement faux. Une fois encore, ils ont joué en solo et ruiné leurs voisins. Comment ? Par les taux d’intérêts très élevés que la banque d’Allemagne a imposé pour lutter contre l’inflation due à la réunification (un mark ostrogoth a été assimilé à 1 wisigoth) et surtout pour attirer des capitaux étrangers afin de reconstruire l’ex-RDA ruinée par les cocos. Et cela sans concertation avec les collègues. Du coup, ceux-ci, afin d’éviter la fuite des capitaux nationaux vers la Fridolie, augmentèrent leurs propres taux d’intérêt (à plus de 10 % en France contre 9 en Prusse). Ce fut la théorie du Franc-fort à la Main du gouvernement francaoui. Tonton avait échangé son droit à s’opposer à la réunification allemande contre la mis en place d’une monnaie commune, unique en fait. Et, dans ce cadre, on ne pouvait admettre une dévaluation supplémentaire du franc ; il fallait donc suivre les taux d’intérêt schleu, ce qui a conduit à une récession économique de notre pays comme dans la déflation Laval avant guerre. Ce sont donc largement les autres pays européens qui ont payé la réunification des Doryphores. Chapeau, les artistes fritz. Mais cela ne prouve qu’une chose, à savoir la cohérence des positions boches : pour faire un grand marché libéral, il faut se plier aux lois de la concurrence. Au contraire, les gouvernements français, à commencer par les socialos, finassèrent : d’un côté, ils disaient oui (d’où le francfort an Main), de l’autre, ils faisaient semblant de protéger le modèle social français. On ne peut pas être dans un système hyper libéral que l’on a favorisé et ne pas appliquer les règles de son jeu. C’est ce que firent les gouvernants et politicards francaouis.
Les compradores gouvernants français se battirent pour la monnaie unique en espérant payer moins cher les emprunts d’Etat et en pensant que cela forcerait la population à se serrer la ceinture pour répondre aux critères allemands. Car l’euro a été fait suivant les normes fridolines (déficit à 3 % du PIB, dette inférieure à 60 % du PIB). L’euro n’est jamais qu’un mark étendu. Les Schleus ont rechigné mais Tonton en a fait la condition de son approbation à leur réunification. Après un certain de flottement, les Fritz ont compris bien plus vite que les connards de politicards francaouis les avantages qu’ils pouvaient tirer de la zone euro ? Il suffisait de mener une politique non coopérative de « désinflation compétitive » pour faire des excédents commerciaux en exportant chez les « cigales ». en contrepartie, suivant le théorème de Langlois les excédents des Boches s’accompagnaient d’un flux de fric de sens inverse. Les économies dévastées par leurs déficits commerciaux appelaient des capitaux fridolins pour compenser ; cela fut fait en finançant les banques des cigales. L’euro, dans le cadre d’économies très hétérogènes, faisait que es boches gagnaient doublement : par les excédents commerciaux et par les investissements financiers de sens inverse. Et nos compradores gouvernements n’y ont vu que du feu parce qu’ils pouvaient s’endetter à faible coût, celui de l’euro garanti par l’expansion des casques à pointe. Une énième fois, les fridolins ont ruiné le reste de l’Europe. Ce que sous-estime notre auteur.
En vouloir aux Boches ? Que nenni car leur conduite non coopérative résulte de la bêtise des autres gouvernements qui ont tout fait pour le libéralisme échevelé sans protéger leur population. Les Boches ont été simplement plus cohérents dans le cadre du libre-échange européen. En outre et surtout l’Allemagne bénéficie des avantages structurels décrits ci-dessus. Et il y a eu les boni des lois Hartz (DRH chez Volkswagen !) sous Schrôder, SPD, à partir de 2003, celles qui on ratiboisé le social allemand en vue de la politique de compétitivité commencée sous Kohl. Cela a été complété par la « TVA sociale » de la Gross Merkel, pure tromperie vis-à-vis des européens car, en réalité, les cotisations sociales n’ont diminué que de 1,1 % contre 3 de TVA appliquée aux importations … L’Allemagne est riche mais pas les Allemands dont le taux de pauvreté avoisine les 18 % contre 14,1 en France en 2012. Gageons qu’avec la politique d’Edam le Rouge, la France y arrivera bientôt. L’Allemagne est riche, c’est-à-dire les riches Allemands. C’est le modèle libéral auquel les gouvernants européens ne veulent rien toucher : austérité pour les peuples, rentes pour les riches.

Non, l’Europe n’est pas sur la bonne voie

Classé dans : politique — 2 mars, 2013 @ 12:15

Lors du dernier sommet européen les excellences se sont gargarisées avec les prétendus progrès de l’UE. Chacun est reparti en claironnant sa victoire. Cameron, le Gibby, avait sauvé sa ristourne Thatcher (I want my money back) et obtenu une réduction du budget : 960 milliards pour la période 2014/20 alors que la grosse Commission de Bruxelles avait demandé 1 033. La Gross Angela, la Teutonne, était contente de cette réduction de 73 milliards alors que le budget annuel devient inférieur à 1 % du PIB de l’UE. Guimauve le Concurrent, le Francaoui, avait sauvé la part française de la PAC malgré une réduction de 10 % de son budget. Les budgets consacrés à l’avenir (électronique par exemple) étaient laminés comme chez Arcelor-Mittal. Les fonds d’intervention, d’aide, de transfert entre pays étaient réduits à la portion congrue. Il n’y a plus rien des 120 milliards pour la croissance, autrefois demandés par Edam le Rouge (lors des discussions sur le traité de solidarité, de gouvernance et de coordination), ne transparaît. Les fonds d’aide aux plus démunis sont diminués d’un tiers. C’est un beau budget et une splendide belle victoire pour l’Europe que ce machin qui consacre la voie de l’austérité européenne et amène à la récession.
Ce qui apparaît de façon lumineuse, c’est que nous avons une Europe de concurrents, tirant à hue et à dia, pour sauver leurs intérêts nationaux ; seule Angela la prussienne veut une Europe fédérale à condition qu’elle soit germaine. Pendant ce temps-là, l’Europe s’enfonce dans la récession. Prenons l’exemple de la France : 0,1 % de croissance en 2013, 3,7 % de déficit par rapport au PIB, chômage à 10,3 en janvier 2013 (3 166 000 personnes en catégorie A, 4,7 en tout). Pour 2014, on prévoit 4 % de déficit, 11 % de chômedu. Mais l’Ami-Mollet(e) avait prévu 0,8 de croissance malgré 20 milliards de nouveaux prélèvements fiscaux, des emplois d’avenir, qui patinent tant il y de conditions pour en obtenir un et sachant que l’Etat n’en paie que 75 %, le reste étant à la charge des collectivités locales. On annonce 6 milliards d’impôts en plus pour 2014. Mais ponctionner et réduire la dépense publique (10 milliards en 2013) fait songer au remplissage du tonneau des Danaïdes… L’UE ne devrait pas dépasser 0,3 de croissance et la Teutonie 0,5. Et pourtant, tout va très bien, Mme la marquise, les dirigeants européens étant contents d’eux. Pas les électeurs où les élections de dimanche-lundi (24/25 février 2013) en Italie ont pondu des chambres ingouvernables, avec le retour de Berlusconi et l’émergence du candidat « qu’ils s’en aillent tous », ces tous pourris, tous pour eux. Le résultat a été fulgurant : baisse du CAC 40 de 3,20 % en France, hausse des taux d’intérêt des emprunts italiens et espagnols sur « les marchés », avant que la chose ne se propage dans la zone euro.
La mise en concurrence en compétitivité continue, s’aggrave et produit déjà des effets. L’Espagne, le Portugal, l’Irlande reprennent un peu de poil de la bête. Comment ? En diminuant les salaires (5 % en moyenne) et en augmentant la productivité (par la hausse du temps de travail, l’intensification des rythmes, la flexibilité des licenciements et du temps partiel et des CDD). Résultat : 21 % de compétitivité en plus et le développement des exportations. Déjà, des Ibères viennent travailler en France pour des nèfles et piquent leur clientèle aux artisans du Sud de la France. Il est clair que suivant cette politique, la France devra s’aligner et ainsi de suite comme dans la blague du pain et du fromage : un coup de fromage pour finir mon pain, un coup de pain pour finir mon fromage. Tout le monde finira comme la (le) Hollande, à plat. La France a déjà entrepris, « socialistement », de combler son retard avec la prochaine mise en place des « accords compétitivité/emploi ».
Sur le front financier, Chypre est au bord de la faillite et réclame 17 milliards (dont 10 pour ses banques qui avaient spéculé avec le concours de la mafia russe et sont truffées de dette grecque), soit l’équivalent de son PIB. La réforme bancaire européenne sera à peu près comme la française, un emplâtre sur une jambe de bois. En particulier, Le Gland Gentil Mou a remisé sa promesse de séparation des activités affaires et dépôts des banques ; la réforme, aux dires mêmes des banquiers, ne touchera que 2 % des activités bancaires. Rappelons que, à la libération, on avait séparé ces 2 types de banques avant que la fusion en « banques universelles » n’ait été à nouveau autorisée en 1984 sous Tonton… Le contrôle des banques européennes par la BCE, relayée par les banques centrales des différents pays, ne concernera que 200 banques (contre 6 000 aux USA), car Angela l’ostrogothe a voulu protéger les petits banques locales ou régionales, très endettées et finançant les PME doryphores, et n’interviendra qu’en 2016. Il est cependant vrai que les prêts de la BCE aux banques (1 000 milliards à 1 % sur 3 ans pour acheter des dettes publiques qu’elles mettent ensuite en garantie à ladite BCE !) plus les rachats par elle d’abord d’obligations sur le marché secondaire (d’occasion) puis directement pour certains pays ayant pris des engagements de rigueur (Espagne notamment) ont calmé les spéculations sur l’euro. Lequel voit sa parité maintenue.
Or les autres pays comme les USA, la G-B, le japon (et la Chine) font baisser le taux de change de leur monnaie ou ne l’ajustent pas assez. Les exportateurs européens sont défavorisés. Ce qui ne défrise pas la fridoline Angela. En effet, la Germanie est bien positionnée sur le créneau porteur des biens d’équipement (machines) et des voitures de luxe. Ces biens se vendent même si leur prix est élevé. Ensuite, la Prusse fait fabriquer les éléments dans son arrière-cour de l’ex-est soviétique (« les PECO ») à la devise chancelante, ce qui avec un euro cher fait baisser le coût de ses achats chez eux (comme l’euro élevé fait baisser le prix du pétrole libellé en dollars affaiblis). Et il n’y a plus qu’à assembler chez les Ostro-Wisigoths en collant une étiquette « made in Germany ». Par ailleurs, l’Allemagne n’a pas de SMIC et utilise beaucoup les « travailleurs détachés », aux conditions salariales, fiscales et sociales des pays détacheurs. Enfin, ce modèle repose sur le temps partiel : 45 % des femmes à 18 heures par semaine en moyenne contre 30 en France à 23 heures, sur les « mini-jobs » à 400 euros par mois (ils seraient 4 millions), sur les 3 millions de travailleurs à 6 euros de l’heure dans les services (hors banque et assurance ou sociétés de service logistique), sur la réduction de la durée des indemnités de chômage à 1 an au lieu de 3, sur des retraites publiques très faibles (au profit d’un gros complément en capitalisation), etc. C’est ce qu’on appelle de la « désinflation compétitive » sur le dos des voisins qui seront tôt ou tard forcés de s’aligner en entraînant toute l’Europe dans la déflation. Bien joué, vieille taupe. C’est ce qui se passe comme dans la sempiternelle lute entre le bouclier et l’épée. En même temps, Obama vient d’être forcé de sucrer 85 milliards de dollars aux activités publiques et sociales par ce que les politicards ne se sont pas entendus sur un budget destiné à réduire l’endettement. Cela ne va pas arranger les affaires des exportateurs européens (ou autres)
Pourquoi les politicards européens, qui savent très bien qu’une telle concurrence entre pays va y détruire le pacte social antérieur, mènent-ils cette désastreuse politique ? Par paresse intellectuelle, celle qui pousse à privilégier l’idéologie économique existante, par souci de ne pas détonner dans les cénacles où on s’auto-congratule mutuellement. Et surtout parce que c’est voulu : il faut sauver ce modèle qui fait tout pour la rente, le capital et la finance. La mise en concurrence des peuples sert à les domestiquer.
Mais, les peuples commencent à se révolter : indignés (gardons le souvenir de feu Stéphane Hessel qui vient de casser sa pipe), votes anti « establishment ou populistes, durcissement des mouvements sociaux et des grèves d’occupation des usines en voie de fermeture et même, hélas, suicides par le feu… L’OMC est en cale sèche, les puissants font leurs colloques en état de siège, les ONG et les forums sociaux se développent. Les gouvernants, alors, s’affolent et ne songent qu’à la répression, ce qui ne fait qu’aggraver le mécontentement. Comme disait Proudhon : on ne comprime pas une révolution.

Le marronnier libéral des réformes de la retraite

Classé dans : politique — 27 janvier, 2013 @ 12:23

Le thème du trou des retraites a une bonne fréquence en univers libéralo-capitaliste. Il est inusable car c’est un tonneau des Danaïdes. En effet le creusement du trou financier du service des retraites provient directement du capitalisme et de la finance mise en place depuis 30 ans. La généralisation du libre-échange sans frein et la libre circulation des capitaux ont mis tous les pays en concurrence sauvage et lancé la course à la compétitivité et à la rentabilité pour les actionnaires. Compétitivité par baisse des coûts et des charges et maximisation de la rentabilité à 2 chiffres ont conduit à la baisse incessante des coûts du travail, à la flexibilité, au chômage et à la précarité dans une spirale mortifère et impossible à arrêter avec les règles du jeu de ce capitalisme financier aggravant le capitalisme tout court. Les cotisations retraites ayant un coût non supporté par bien des pays compétiteurs, l’augmentation du temps de travail (journalier, mensuel, annuel et sur toute la durée de vie pour en faire baisser le coût) entraînant une hausse de productivité par l’extension des horaires (plus-value absolue ou surtravail), la technologie amenant aussi une hausse de la productivité par intensivité du travail (plus-value relative), il s’en est suivi le temps partiel, les CDD, l’intérim (précarité et travailleurs pauvres) et le chômage de même que la destruction du code du travail et la baisse incessante des charges pesant sur le coût du travail.
Le Conseil d’Orientation des Retraites (COR, organe multipartite créé sous Jospin, si j’ai bonne mémoire) vient de pondre son nouveau rapport d’où il appert que la réforme Tsarko de 2010, qui prévoyait de tenir jusqu’en 2018, est très insuffisante : 20 milliards de trou en 2020 si rien n’est fait. François Du déclin, le concurrent (ou Edam le rouge ou l’ami Mollet(e) ou Flanby, à savoir le plat Hollande) récupère la patate chaude et va commencer par la refiler à une grosse commission puis à la négociation sociale à l’instar de celle qui vient de s’achever par la déroute du droit du travail signée par 3 syndicats (CFDT, CFE/CGC, CFTC), représentant 38 % des salariés aux dernières élection de Prud’hommes. CGT et FO n’ont pas signé et SUD et l’UNSA n’étaient pas invités aux festivités. Mais d’après les récentes règles Tsarko/Fillon il suffit que 3 syndicats « représentatifs » signent pour que l’accord soit valide…
Quelles sont les solutions en univers libéralo-capitaliste de compétition compétitive ? Comme d’hab. : allonger la durée de cotisation (41,5 année actuellement), augmenter l’âge du départ en retraite (62 ans, après Tsarko 2010, 67 pour toucher une retraite complète, augmenter les taux de cotisation (fait par Tsarko pour les fonctionnaires et les régimes spéciaux), abaisser les prestations (le résultat des réformes Balladur en 93, Fillon en 203, Tsarko en 2010 est de moins 30 % du taux de remplacement quand on aura attient le plain effet desdites réformes), « compléter » la retraite par répartition par des capitalisations individuelles (notamment depuis déjà longtemps par promotion des assurances-vie défiscalisées et volontaires). Il est clair que suivant la logique de compétitivité, si on reste dans le système libéralo-capitaliste, il faut s’attendre à une part de capitalisation obligatoire (demandée par le capital afin d’avoir plus de fric pour spéculer, oh pardon, investir), à la hausse des seules cotisations salariales, à la suppression de l’indexation des retraites sur le taux d’inflation (déjà fait depuis 2 ans pour les tranches de l’IRPP et depuis Delors pour les salaires), à la généralisation d’un système par points (comme pour les complémentaires, système qui s’ajuste en fonction du nombre de cotisants et d’ayants-droit), à l’augmentation de l’âge de départ (en imitant les Teutons où il arrive à 67 ans) et du nombre d’annuités (c’est une sécurité pour le capital car si on peut partir avant l’âge requis le salarié subit une grosse décote sur sa pension). Certains comme la CFDT préconisent un régime à la suédoise de « comptes notionnels » c’est-à-dire fictifs qui consiste à faire comme si on capitalisait les cotisations versées annuellement sur un compte individuel aux prix des marchés financiers et compte tenu de la croissance et de l’espérance de vie : résultat, le montant de la retraite est incertain et tendra à la baisse faute de croissance et par suite de la faillite des bourses. C’est du reste ce qui a ruiné le système américain de capitalisation boursière. Par souci d’équité, le COR pleure cependant sur les métiers pénibles, les carrières incomplètes (essentiellement celles des femmes pour l’instant).
L’analyse libéralo-capitaliste de justification de nouvelles mesures anti-trou est un classique du comique de répétition ; ces « nécessités économiques » viendraient de l’augmentation de l’espérance de vie (79 ans pour les hommes, 85 pour les femmes, 7 ans de plus pour les cadres que pour les ouvriers), du ratio actifs sur retraités (4 pour 1 en 1960, 1,8 pour 1 maintenant, 1,4 pour 1 en 2030), du ralentissement de la hausse de la productivité (supposée amener la croissance du PIB et donc par exemple à PIB doublé dans 20 ans divise par deux une même charge de retraite maintenue au niveau antérieur) qui ne permet plus de ne pas augmenter la charge (car cotiser 2 fois plus ne se verrait pas si les salaires doublent). Le problème est que présenté ainsi il est insoluble. En effet, le vrai problème est celui de la concurrence et de la course à la compétitivité ; déjà l’Espagne (la Grèce, le Portugal, l’Italie, etc.) taille des croupières à la France parce que les salaires et la protection sociale sont en train de s’y effondrer par suite de la politique d’austérité qui y est menée plus vigoureusement que dans notre pays. Et ainsi de suite si la France se venge ce qui poussera l’Espagne à accélérer. Il n’y a pas de fin à cette course scandaleuse. Où va-t-on s’arrêter quand on considère que la Chine n’a pratiquement pas de protection sociale, que les Gibbies manipulent leur taux de change, que les Tudesques ont déjà fait payer leur protection sociale aux autres en créant la « TVA sociale » de 3 points mise en place par la Gross Merkel, que les USA font payer par les individus la plus grosse part des charges sociales (la SS publique aux USA, c’est 5 % du PIB contre 12 en France)… La course à la rentabilité ne sera jamais terminée dans ces conditions. De plus, la productivité n’améliore pas forcément la croissance car il faut pouvoir vendre le surplus de production (d’où le leitmotiv de la compétitivité) ; en revanche, elle diminue le nombre d’emplois donc de cotisations (temps partiel, temps de chômage non cotisé, disparition du volume d’emplois, etc.).
Le COR quand il parle d’inactifs songe aux retraités. Mais il y en a bien d’autres : les malades, les étudiants, les femmes au foyer, les chômeurs, les inactifs à temps partiel. Il faudrait donc calculer les choses en tenant compte de ces derniers et pas seulement des pensionnés. Totaliser tous les inactifs montrerait qu’il y en a beaucoup d’utiles, à commencer par les étudiants et les femmes qui travaillent au foyer pour leur famille, travail non rémunéré. La charge de financement de tous les inactifs est considérable. Pour la supporter en restant en univers libéral, il faut que le pays exporte ce qui passe par sa ré-industrialisation laquelle diminuera déjà le chômage, donc une bonne part des inactifs. Pour ce faire, à titre d’exemples, on peut instaurer 4 mesures libéralo-compatibles. La socialisation du crédit et de la monnaie par création d’une « banque du Peuple » (Proudhon) en tant qu’anarcho-structure développant un contre-modèle vis-à-vis des banques privées et les concurrençant sans extorquer des intérêts ou des « commissions » hormis la couverture des frais (crédit quasi gratuit). Moins chère cette banque fédérée et mutuelle, cogérée par ses salariés, les syndicats, les collectivités locales, les associations d’emprunteurs, les représentants minoritaires de la puissance publique, fera peu à peu disparaître les prédations des banques privées. Elle fera des avances et des prêts à l’Etat (ce qui est interdit depuis 1973 et aussi à la BCE). Elle prêtera aux mutuelles, aux coopératives et aux PME/PMI, aux artisans, aux petits agriculteurs.
Ensuite, on rendra les cotisations de retraite (raisonnement valable pour toutes les cotisations sociales), salariales et patronales, déductibles à l’exportation et imposables aux importations comme la TVA. Avec deux différences essentielles : les cotisations salariales sont comptées alors que la TVA ne concerne que les patrons ; un calcul de CSO (Cotisations sociales ôtées et non ajoutées). En effet, par exemple, pour un produit exporté par une firme, si on ne déduisait pas de son privilège à l’exportation, le montant des cotisations payées par ses fournisseurs, on léserait lesdits fournisseurs et leurs salariés. La déduction des cotisations permet d’être plus compétitif et on peut se permettre de les augmenter puisqu’elles ne pèsent plus à l’exportation. Puis, les équivalents-cotisations perçus sur les importations sont capitalisés dans un fonds de financement du logement social. A la différence de l’actuel fonds créé par Jospin pour sécuriser les retraites qui a été placé en bourse alors que celle-ci a dévissé de 50 % avec la crise. Le nouveau fonds a de multiples buts et avantages : les loyers perçus permettent de financer les retraites (ou autres activités sociales) et le coût du crédit à la construction étant abaissé (tant par la banque du peuple que par ledit fonds), les loyers pourront baisser de façon à augmenter le pouvoir d’achat des locataires.
Enfin, il sera créé des droits compensatoires sur les importations de produits ne respectant pas l’environnement, le droit du travail, le syndicalisme, la sureté des médicaments, des aliments et des produits chimiques. Ce ne sont pas des droits de douane actuellement interdits par l’Europe libérale. Ce sont des droits différentiels ajustés sur les différences de législations, lesquelles ont un coût certain pour les pays qui respectent un certain nombre de domaines. Il faut bien comprendre que le libéralo-capitalisme sans règles (comme le capitalisme depuis toujours) fonctionne aux différences de coûts de production : écarts de salaires, absence de protection sociale, disparition des syndicats protégeant le salariés (en principe… seulement vu les fédérations compradores actuelles en France ou ailleurs), pas de taxation des nuisances ou des dégâts sur l’environnement, pas de réparation des maladies causées par la chimie ou la pharmacie, etc. C’est du reste tout l’enjeu des normes en tout genre dans la concurrence. Il faut donc gommer ces différences quand elles sont déloyales, ce qui est parfaitement justifié quoiqu’en pense l’UE.
On voit que le problème des cotisations, quelles qu’elles soient, est facile à résoudre si on refuse la logique libéralo-capitaliste. Du reste, ce problème n’est que la conséquence de cette logique. On doit s’attaquer à la cause réelle, cette logique, et non aux conséquences, le trou dans le financement de la protection sociale. Les 4 mesures proposées sont des anarcho-structures conçues pour contrebattre les règles du capitalisme, financier ou non. Cependant, les copains rosbifs et tudesques et leurs amis s’opposeront à elles ; en effet depuis toujours les Teutons promeuvent l’ordo-libéralisme (le libéralisme avec des règles ou lois) et les Gibbies appuient le libre-échange et la finance sans règles. D’ailleurs Cameron vient de menacer de quitter l’UE si on ne supprimait pas toutes les règles non conformes aux intérêts britanniques. Chiche. Du reste, les Rosbifs ont toujours refusé l’union politique européenne et les choses communes : ils ont gardé la livre (on peut dévaluer pour regagner en compétitivité), ont refusé Schengen, ont un droit social spécial (horaires de travail, droit du licenciement), disposent de paradis fiscaux à l’envi partout dans le monde, etc. De façon générale, la France doit lutter, y compris en refaisant de la politique de la chaise vide, pour créer une fédération européenne harmonisée tout à la fois politique, économique, fiscale, environnementale, sociale, etc. Alors il n’y aura plus de faux problème des retraites.

Wilhem 1er, le chevalier teutonique

Classé dans : politique — 24 janvier, 2013 @ 12:16

Guillaume, sans sa moitié d’Orange, a décidé tout seul comme un grand d’intervenir militairement au Mali. Le nouveau soudard français se rappelle de notre Soudan, honni soit qui Mali pense, et reprend le glaive des croisades contre les islamistes du Sahel. Gorgé de Malte, nouveau Templier ou chevalier teutonique, Edam le Rouge fait de la sainte guerre contre les barbaresques terroristes. Il finira comme l’ami Mollet(te). Il était temps qu’une diversion soit ouverte pour faire oublier le champ de bataille socio-économique où il est enlisé. La patrie était en danger et il fallait refaire l’union sacrée contre un ennemi extérieur. Certes, ce dernier n’est pas sympathique avec sa volonté de lapider les femmes adultères, d’interdire aux jeunes de fumer dehors au nom de la charia et d’instaurer un Etat islamiste au Sahara. Wilhem mérite l’épithète de teutonique à cause de son suivisme vis-à-vis de la Gross Angela.
Nous voilà donc en guerre comme naguère et pourtant il n’y a guère d’espoir de vaincre. Rappelons-nous l’Irak et l’Afghanistan où Bush II voulait apporter la démocratie à l’américaine. Souvenons-nous de la Lybie où, comme en Tunisie et en Egypte, les salafistes et autres frères musulmans prospèrent après les révolutions arabes et l’éviction de Kadhafi grâce à l’intervention de Rodotarinraskoltignac 1er. Flanby ne sait visiblement pas que l’on sait quand une guerre commence et comment mais jamais comme elle finit ni pour quel résultat. Tel le chevalier Bayard, sans peur mais pas sans reproche, Fraise des bois s’est lancé tout seul dans la bataille ; il n’a pas d’alliés, même pas l’OTAN. Les maigres troupes de la CDEAO, tardent à débarquer et, en outre, il faudra au moins 6 mois pour les aguerrir. Entretemps, l’intervention, qui ne visait au départ qu’à empêcher les rebelles de se rendre à Mopti et Bamako, tend désormais à recréer l’Etat malien sans tenir compte des ambitions légitimes des Touareg dans l’erg et le reg. Les autres pays européens doivent se réjouir de voir notre pays gaspiller ses maigres ressources, puisées dans des caisses vides, dans une guéguerre sans fin. L’étroit mousquetaire est sans doute fier de faire voler les moustiquaires des jihadistes au Mali. Mais il y a bien d’autres fronts.
Malborough n’est pas allé en guerre contre la finance, dont il avait pourtant déclaré qu’elle était son principal ennemi. Cela se voit dans la pusillanime réforme bancaire qui a accouché d’une souris. La guerre contre le chômage vient d’être close après quelques escarmouches lors de la grande négociation « sociale » entre syndicats et MEDEF : les entreprises ont obtenu de la souplesse (accords compétitivité-emploi, licenciements collectifs bien plus aisés et sans recours juridique, possibilité d’obliger un salarié à aller 50 km plus loin, etc.) ; les salariés ont eu des queues de cerise sur le gâteau patronal en matière de mutuelle, de formation, de transfert des droits au chômage, de modulation des cotisations chômage pour les CDD, et cela pour 2014… Ce n’est pas cela qui, nonobstant les 150 000 contrats d’avenir et les 100 000 contrats de génération par an sur 5 ans (car vu la natalité française il y a déjà 150 000 postulants supplémentaires à l’emploi par an), réduira le chômage. Du reste, l’expérience montre que chaque fois que le patronat a obtenu de la flexibilité pour licencier il n’y a jamais eu la contrepartie promise en matière d’embauches. Notre nouveau César tient à ses arrhes en promouvant une politique d’austérité à base de ponction de 60 milliards sur les Franzozes et les boîtes (dont 30 prévus par Fillon). Le SMIC a été augmenté en roupies de sansonnet comme le RSA (2 %). Il prévoit de réduire le déficit à 3 % du PIB en 2013 en tablant sur 0,8 % de croissance, chiffre absurde d’après tous les prévisionnistes. Cette rigueur aura pour effet la décroissance et le chômage. A tel point qu’on peut prédire qu’il deviendra le connétable Du Déclin.
Le capitaine Conard, lecteur de Conan (Doyle), a pris sa loupe pour lutter contre les fermetures d’usine. Elle grossit les mesures réelles prises pour la ré-industrialisation du pays : BPI à 80 milliards de crédit offerts aux investisseurs potentiels, les fameux 120 milliards « pour la croissance » (en fait un redéploiement de crédits existants déjà) ajoutés au pacte de stabilité, de gouvernance et de coordination pour toute l’Europe à 27 (bientôt 28 avec la Croatie), le crédit d’impôt pour les boîtes (20 milliards, après ponction supplémentaire équivalente, façon stratégie du sapeur Camembert). On peut s’attendre à ce que cette politique loupe (de Noyer, gouverneur de la banque de France) après quelques loopings aventureux dans l’air du temps car c’est une Valls-hésitation, lequel d’ailleurs réussit fort bien dans la guerre contre l’immigration clandestine avec 36 000 reconduites à la frontière en 2012 (plus 11 % par rapport au record de Tsarko en 2011). La guerre contre le cumul des mandats va se transformer en cumul des mandales dans les rangs socialistes. La lutte pour le logement social patine ; mais on a des promesses de 500 000 logements construits par an et de 5 000 places d’accueil supplémentaires pour les SDF. Semper Duflot nec merditur.
La guerre contre le libéralo-capitalisme menée par le capitaine de pédalo est réduite à la taxation des transactions financières par 1 pays européens sur 27. Contre la fraude fiscale, estimée hier à entre 65 et 80 milliards (par le syndicat des impôts), est légèrement renforcée après le maigre sursaut déjà entamé sous Fillon, on n’a rien eu de sérieux à propos des paradis fiscaux et de la taxation des prix de transfert entre filiales localisées pour optimiser l’impôt sur les sociétés. Contre la pauvreté, il a été établi que 68 % des ayants-droit ne réclamaient pas le RSA-activité, 50 % le RSA-socle. Passé partout les non-recours (au RSA, à la CMU-C, à l’accès à une complémentaire santé, aux tarifs sociaux du gaz et de l’électricité, etc.) montent à 6,5 milliards alors que les fraudes aux prestations sociales arrivent à 4. En revanche, les fraudes aux cotisations chez les employeurs montent à plus de 15 milliards. Qu’en dit Veau-Quiet, la chaisière du Puy contre l’assistanat ?
Notre maréchal (me voilà, moi président) se prend pour La Palisse car un quart d’heure avant sa mort électorale il est encore vivant. C’est que pour lui les bienfaits du libéralisme sont une lapalissade (en lambris de l’Elysée quand même) : la politique de l’offre en faveur du capital crée l’investissement qui crée l’emploi grâce aux équilibres spontanés du marché. Protégez-moi de mes amis, peut dire le peuple, mes ennemis je m’en charge.

La grande négociation sociale mise à plat

Classé dans : politique — 12 janvier, 2013 @ 12:36

Edam le rouge a cru malin de reporter les décisions douloureuses ou inacceptables pour les républicains sur les partenaires sociaux. C’est la vieille antienne de l’insuffisance du dialogue social en France qui justifie cette attitude hypocrite. Or en république, c’est le législateur qui droit faire les lois, ce qui n’empêche pas le pouvoir de consulter et de négocier mais en courant sous ses propres couleurs au lieu de jouer les passe-muraille. Comme disait Jaurès en 1892 : il n’y a de classe dirigeante que courageuse ; is’nt it ?
Le fin renard, tout imprégné des ruses apprises à sciences-po, HEC et l’ENA, hauts lieux du blablabla et de l’ignorance encyclopédique, « séminaires de l’aristocratie » (Proudhon), espaces de formatage de la « noblesse d’Etat » (Bourdieu), tremplin des portes revolving entre le public et le privé, n’a pas commencé par éradiquer la promesse électorale de Rototarinraskoltignac 1er, son prédécesseur dans les ors de l’Elysée, d’instaurer des « accords compétitivité-emploi » permettant de baisser les salaires et d’augmenter les horaires en cas de difficultés pour l’entreprise. Accords locaux dans l’entreprise pourvu que le patron trouve assez de syndicalistes compradores pour les signer. Adieu les conventions collectives de branche et les lois ; Tsarko continuait de foutre en l’air la hiérarchie des normes qui veut que la loi soit supérieure aux conventions et aux accords locaux entreprise par entreprise. Or cette hiérarchie est un aspect incontournable d’une république…
Le vicelard Guimauve le Concurrent espérait que les confédérations syndicales feraient le sale boulot à sa place. Quand est-il de la super négociation qui a fini à minuit le 11 janvier ? Le patronat a pondu un projet très à son avantage. Il obtient la mise en place desdits accords compétitivité-emploi, rebaptisés « accords de maintien de l’emploi » (les récalcitrants sont limogés pour motif économique), ce qui naturellement change tout. Les accords doivent être majoritaires à 50 % des salariés ; en contrepartie les représentants du personnel sont informés de façon « transparente » des difficultés économiques de l’entreprise. Le MEDEF reçoit l’abaissement de 5 à 2 ans du délai offert aux salariés lourdés pour ester en prud’hommes, le droit de modifier le lieu de travail des salariés (à moins de 50 km ou de 45 mn ; les protestaires sont virés pour motif personnel), ce qui semble remplacer les « plans de sauvegarde de l’emploi » (ex-plans sociaux). Le délai pour réclamer des indemnités en cas de maladie professionnelle est réduit de 5 à 3 ans à partir du diagnostic. Le projet de CDI de mission est abandonné.
En contrepartie, le MEDEF lâche du lest sur une sur-taxation des cotisations chômage pour les CDD : 7 % pour ceux de moins d’un mois, 5,5 % pour ceux de moins de 3 mois (sauf pour les boîtes de moins de 50 salariés : 4,5 %). Il accepte que les droits à indemnisation du chômedu soit « rechargeables » (exemple : vous aviez 4 mois mais aviez retrouvé un labeur au bout de 2 ; on repartait à zéro ; on conserverait les 2 mois restant pour une autre période d’indemnisation). Les droits à FPC seraient cumulables tout au long de la vie professionnelle et seraient transférables en cas de changement d’emploi. De même que les complémentaires maladies, lesquelles seraient étendues à toutes les entreprises (en 2016, sous réserve d’un « panier de soins minimaliste) alors qu’aujourd’hui seulement 45 % des entreprises y cotisent avec le salarié. Les représentants du personnel siègeraient au CA des boites de 10 000 salariés dont 5 000 en France). La balance entre les avancées pour le MEDEF et les salariés est donc très nettement déséquilibrée.
Qui va signer ? Sans doute la CFDT, déjà récompensée par la nomination de Ché(rè)que à l’inspection générale des affaires sociales et toujours animée par son attitude conciliante vis-à-vis du libéralisme. Elle est suivie par la CFTC et la CFE-CGC. Ne signeront pas la CGT et FO qui laissent toujours leurs collègues le faire. C’est de l’astuce traditionnelle afin d’appliquer les accords tout en prétendant avoir été contre. On observe que Sud ou l’UNSA, sans doute moins représentatifs que la CFTC, n’ont pas participé aux négociations… Flanby fera graver cet accord « historique », pourtant minoritaire, dans le marbre de la loi et se félicite déjà du renouvellement du dialogue social en France … A la 5ème taupe, ce sera la fin du droit du travail en France. Super car c’est ce que veulent les libéraux de l’UE, du FMI, de l’OCDE, de l’OMC, les ordo-libéraux teutons, les hyper libéraux anglo-saxons. Fouchtra, quelle Europe ! On s’est appuyé pour ces « réformes » sur la flexisécurité danoise qui produit pourtant maintenant 8 % de chômeurs bien que la durée des indemnisations ait été passée de 4 à 2 ans. On oublie aussi que les moins mauvais résultats du Danemark sont fondés sur un énorme budget de l’assurance-chômage et de la formation qualifiante de même que sur un pôle emploi actif et bien dimensionné, loin des 160 clients (en moyenne) par agent en France ! On néglige que les bons résultats teutons en matière de taux de chômage proviennent des 4 millions de travailleurs à 400 euros par mois et de l’institutionnalisation du temps partiel (super financée par les pouvoirs publics, 4 milliards contre 500 millions en France) en cas de basse activité des entreprises. C’est une bonne façon de truquer les statistiques… Car ces travailleurs pauvres et précaires en sortent.
De toute façon, ce n’est pas le vrai problème qui est celui de la désindustrialisation de notre pays car les énarques financiers qui la dirigent s’en fichent. Car les banques, dirigées par des énarques reconvertis du pouvoir dans le privé, s’en moquent. Car les politiciens ont laissé supprimer toutes les protections de l’industrie française au nom du grand marché européen. Car la monnaie unique, voulue par des dirigeants, qui plus est inféodés aux diktats tudesques, empêche toute dévaluation compétitive. Car les revenus du capital et de la rente ont été privilégiés par lesdits dirigeants fussent-ils socialos. Car le secteur public, source majeure d’investissement et de recherche, a été éliminé par les directives européennes de la concurrence libre et non faussée. Car les capitaux à investir en France ont pu s’expatrier au nom de leur libre circulation dans le monde. Car l’Europe n’a prévu aucune protection contre les concurrents déloyaux. Car les marchés, surtout les financiers, ne sont pas régulés et qu’ils ne s’autorégulent pas contrairement aux écritures libérales. Car, surtout, l’Europe est libérale alors que le reste du monde ne l’est guère, sauf en apparence. Car le capitalisme est « intrinsèquement pervers »…

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