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Le statut du travail dans le système capitaliste

Classé dans : politique — 8 janvier, 2013 @ 12:07

Marx a parfaitement démontré que le travail avait été réduit à une marchandise, la force de travail, par le capital, système d’accumulation sans fin et régime de production de capital-argent à acquérir au maximum par l’exploitation du salariat et la spéculation financière. Ce qui compte pour le capital, c’est la durée d’activité de la force de travail ou/et la pression productiviste pour en accroître le rendement. Marx a montré que le capitaliste, quel qu’il soit car il s’agit d’un système impersonnel et général d’exploitation, cherchait à augmenter la durée d’activité au-delà de ce que coûte la simple reproduction de la force de travail. S’il faut turbiner 4 heures pour faire vivre sa famille, compte tenu de l’état des forces productives (les techniques et l’organisation en œuvre à une époque donnée) et eu égard au « temps socialement nécessaire » pour produire et satisfaire les besoins, le capitaliste dispose des moyens juridiques (ou « rapports de propriété : propriété privée du capital, « liberté du travail », droit du travail interdisant par exemple « les coalitions » et les syndicats, possibilité de se procurer les biens nécessaires uniquement par le contrat d’achat-vente, protections de la police, droit édicté par les compères « démocratiquement » élus «députains », etc.) d’aller au-delà en extorquant par exemple 4 heures de plus. C’est le surtravail, source de la plus-value absolue. Cela dit, les rapports de propriété ne sont qu’une enveloppe juridique pour justifier les « rapports de production », c’est-à-dire la réalité de l’exploitation quand un gugusse, en général par la violence, à l’instar des « barons voleurs » US, fin 19ème début 20ème siècles, domine objectivement les moyens de production.
Exiger du surtravail, flexibiliser à mort, sous-payer sont les trois mamelles du patronat français qui préfère surexploiter plutôt que d’investir car cela coûte moins cher. C’est pourquoi les immigrés, les clandestins ou autres travailleurs au black sont les bienvenus car leur statut précaire permet de les pressurer à fond et de ne pas payer de cotisations sociales. L’UE leur a fait un beau cadeau avec le droit d’employer, via des sous-traitants à l’étranger, lesquels peuvent être une filiale, des travailleurs de toute l’Europe low cost en principe payés comme les Français mais dont les charges sociales sont celles du « pays d’origine » comme l’avait voulu Bol(franken)stein. Cela tombe bien : la crise et le chômage en Espagne, en Italie, en Grèce et au Portugal ajoutent leur lot de « travailleurs détachés » (suivant l’agent K2R de la DCRI) au flux déjà plantureux de ceux des PECOS (ex-pays de l’Europe de l’Est débarrassés des Russkofs). Ces travailleurs détachés sont logés dans des baraquements pitoyables, sont taxés des frais de leur repas et d’un loyer exorbitant, sont corvéables à merci et en réalité ne sont pas payés comme les travailleurs francaouis. Les peu nombreux inspecteurs du travail ne peuvent évidemment pas faire grand-chose : ils sont souvent retoqués par leurs supérieurs (qui craignent le chantage à l’emploi des boîtes détectées comme fraudeuses) et les pénalités sont dérisoires. Quand il y a un accident du travail, ce n’est que le sous-traitant, employeur direct, qui est concerné et pas le donneur d’ordres (en général une boîte du BTP façon Bouygues, Vinci, etc.). Et cela quand il n’y a pas une cascade de sous-traitants en passant par des paradis fiscaux. La Sécu a bien du mérite si elle arrive à récupérer du pognon aux Bahamas.
Cette concurrence déloyale, savamment organisée par l’UE libérale ou social-démocrate (les socialos français se disent maintenant sociaux-démocrates eux aussi !), a pour mérite de faire baisser les salaires via la pression de cette « armée industrielle de réserve » constituée de chômeurs et d’expatriés forcés de jouer aux « jaunes ». Elle permet aussi et surtout de liquider peu à peu les protections du droit du travail car tous les pays, mis en concurrence sauvage par les traités européens, cherchent à se refaire une compétitivité sur le dos des voisins. Les plus efficaces en la matière récente ont été les Teutons ; hélas pour eux tous les autres pays y sont conduits inexorablement par suite de la « concurrence libre et non faussée », de la libre circulation des capitaux et du poids de la dette stigmatisée par les agences de notation. D’où la course à l’austérité, ce qui naturellement augmente les difficultés économiques et le chômage, la précarité et les emplois à temps partiel à 400 euros par mois (4 millions chez les Tudesques, d’où 22 % de travailleurs pauvres contre 6,5 en France). On note sans surprise que depuis toujours après son entrée dans l’UE en 1973, Pompidur régnant, alors que de Gaulle s’y était opposé, les Gibbies sont le prototype de l’absence de droits pour les salariés.
Pendant ce temps-là la Chine, les BRIC, les USA investissent. Souvent, du reste, avec l’argent des riches européens (détaxés par les baisses d’impôt) via les Investissements directs à l’étranger (IDE), « l’optimisation fiscale », la finance offshore. Or l’investissement dans les outils de production permet d’améliorer la productivité du travail de façon intensive (rendement accru par la technologie) et non extensive (accroissement des heures extorquées à la force de travail). Marx appelait plus-value relative la productivité différentielle obtenue par une boîte par rapport à ses concurrents : ses produits étant moins coûteux (pour les coûts unitaires et le coût marginal des dernières unités produites), il leur pique des parts de marché. Les concurrents peuvent alors tenter de pressurer davantage la force de travail mais il y a une limite : on ne peut pas descendre en dessous du salaire socialement nécessaire pour reproduire ladite force (loi d’airain des salaires, toujours au minimum vital). L’autre solution est l’investissement productif qui permet de faire face à la concurrence. Marx en déduisit une loi de « baisse tendancielle du taux de profit » menant le capital à sa perte. En effet, seul le travail amène de la plus-value, qu’elle soit absolue (l’extorsion des horaires de surtravail) ou relative : les machines amènent de la plus-value relative à condition qu’il y ait des travailleurs (il n’y a pas de productivité des machines mais celle du couple travail/technique). En outre, les machines sont du travail antérieur cristallisé. Or la concurrence induit un suréquipement en machines; la « composition organique du capital » (plus de travail cristallisé et moins de travail vivant) se modifie au détriment de la plus-value. Marx en déduisait la fin du capitalisme car son moteur, le profit, ne pouvait alors que s’amenuiser. Car, en outre, les investissements de productivité (produisant la plus-value relative) devenaient de plus en plus lourds, ce qui amoindrit la rentabilité du capital investi. La crise de 2008 vient de là : le capital productif étant de moins en moins rentable, le capitalisme s’est lancé dans la spéculation financière pour récupérer de la rentabilité.
Mais il y a un hic à l’analyse marxiste pondue alors que les rendements étaient décroissants ou stagnants. Les moyens modernes de production sont devenus à rendements croissants, ce qui veut dire que la baisse de la rentabilité unitaire d’un produit est compensée par l’extension du nombre d’unités produites. Et contrairement aux écritures libérales de l’accord entre le prix de vente marginal et le coût aussi marginal de la dernière unité produite, il n’y a plus de dernière unité produite. Car une fois que les frais fixes de conception, d’investissement ont été couverts (le point mort où le niveau de production amortit les frais fixes) on peut produire aujourd’hui à coût quasiment nul autant de fois que l’on peut vendre. Les rendements sont croissants et le problème majeur des boîtes devient celui de vendre autant que possible car les frais de production ne représentent plus que 10 % des coûts de production. Par exemple, prenez un film, une fois financé tout billet supplémentaire au-delà du point mort (nombre minimal d’entrées pour amortir) rapporte du fric. C’est l’avantage compétitif des films ricains qui ont un large public anglo-saxon et bien davantage, car amortis par ce public ils peuvent être vendus ailleurs pour moins cher.
Marx n’avait pas pu voir, dans les conditions de l’époque de rendements décroissants, que le moyen de lutter contre la baisse tendancielle du taux de profit était de vendre à outrance des produits dont le coût unitaire diminuait en se rattrapant sur le volume vendu. Là, le capital a été imaginatif : publicité, marketing, gadgétisation, snobisme, OPA ou OPE pour absorber un concurrent en le liquidant quasiment et en lui volant ses brevets, colonisation (bien vu par Rosa Luxembourg et Lénine) pour exporter de force ses surplus en ruinant l’industrie locale (tissages de Manchester contre tissus artisanaux de l’Inde), etc. Aujourd’hui les Chinois ont innové. Ils ont deux marchés : l’international où ils vendent déjà à bas prix compte tenu de leur différentiels en tout genre (pas de droit social, pas de syndicats indépendants, pas de droits consistants à retraite ou à assurance-maladie, salaires au plus bas, horaires au plus haut, pas de protection de l’environnement, pas de droits effectifs de propriété contre les expropriations, pas de contraintes bancaires car l’Etat finance n’importe quoi ad libitum, etc.) et le national où ils bradent à encore plus bas prix leurs excédents ce qui permet, compte tenu de l’immense demande locale, de faire plus de dumping à l’extérieur. Dans l’état actuel des choses, la seule limite à la rentabilité du capital productif est le niveau des ventes. Ce qui explique la concurrence sauvage entre tous les pays du monde entier.
Mais le capital productif, malgré toutes les astuces possibles, n’est pas assez rentable pour l’énorme quantité de capitaux flottants présents dans le monde. Car le capital qui ne veut pas payer les producteurs (depuis la vague néolibérale ; avant Ford avait compris) fait que ses acheteurs disparaissent en tant que demande solvable. Ou les consommateurs achètent ailleurs et low cost comme l’a bien vu Wal Mart. Un industriel local peut se passer de demande nationale en vendant aussi ailleurs (ou abaisser ses coûts de production en délocalisant). Ce qui est de toute façon exigé par la rentabilité car la taille nationale des marchés ne permet pas d’absorber l’immense volume obtenu avec la productivité moderne. Quand la mondialisation aura produit tous ses effets, alors on reviendra à la thèse marxiste de la diminution de la rentabilité du capital productif. Reste celle du capital financier et de ses combines. Las, lui aussi ne peut pas espérer tromper tout le monde tout le temps et continuer d’exploiter les économies du travail. C’est pourquoi la crise de 2008 annonce la fin, tôt ou tard, du système capitaliste. Et cela d’autant plus que les ressources naturelles, surexploitées e non compensé par le renouvelable, s’épuisent.
Le travail n’a plus qu’à exercer une pesée pour accélérer la chute du capital. Mais il doit le faire localement dans un foisonnement de contre-structures expérimentales sans perspective d’un « grand soir », d’un coup d’Etat, d’une révolution brutale ; ces choses existent déjà ici et là et elles finiront bien par se fédérer.

Zayrault et Culbuto

Classé dans : politique — 3 janvier, 2013 @ 12:09

On n’est pas déçu par les 6 premiers mois d’exercice du pouvoir par le tandem ci-dessus évoqué. La liste des cafouillages, hésitations, palinodies, discours creux, etc. est déjà longue. Celle des reniements s’allonge aussi. L’ami Mollet(te) est égal à lui-même : champion des synthèses foireuses, velléitaire et surtout socialo rose pâle et en peau de lapin. Car ce qui frappe, c’est qu’Edam le Rouge, enfin installé dans son fromage juteux (c’est du Hollande), se situe dans la sombre lignée des sociaux-démocrates qui ont renoncé à affronter le libéralo-capitalisme. Guimauve le Concurrent a fini par adopter le traité de stabilité, de coordination et de gouvernance (TSCG) concocté dans le plus pur style libéral et fondé sur l’austérité sous prétexte de restauration des comptes publics. Lou Ravi a augmenté les impôts (dont la TVA alors qu’il avait juré s’y opposer du temps de Tsarkozy) pour tout le monde, même si les plus aisés ont été davantage mis à contribution.
La défense de l’environnement est quasiment aux oubliettes notamment avec l’ayraultport de Notre-Dame des landes (en zone humide, donc normalement protégée) et le tunnel pour le TGV Lyon-Turin. M. Le Foll, grand copain de Beulin, grand chef de la FNSEA et grand manitou de Sofiprotéol qui reçoit des subventions pour propulser des agro-carburants et qui est mouillé dans l’impôt prélevé sur les agriculteurs pour les semenciers, n’a pas fait grand-chose contre les pesticides dont la France devait diminuer la consommation déjà sous Rodotarin 1er. Un décret va autoriser les camions de 44 tonnes (au lieu de 40) à rouler, ce qui va évidemment doper le transport routier au détriment du rail et esquinter encore plus les routes (un gros camion use 10 000 fois plus les routes qu’une auto et ne paye donc pas de taxes en proportion). Par ailleurs, si vous avez entendu la voix de la France lors du lamentable sommet de Doha, c’est que vous avez une superbe oreille. Le texte promis pour que les entreprises en faillite puissent être reprise par leurs salariés, notamment sous forme de coopératives, est toujours attendu. Culbuto et Zayrault se sont écrasés comme des carpettes devant Mittal à Florange. On attend toujours la réforme des tribunaux de commerce où sévissent les petits arrangements entre amis depuis toujours et que Montebourg avait pris dans le collimateur… quand il était dans l’opposition. On attend l’interdiction du cumul des mandats et le vote des étrangers aux élections locales. On aura le mariage pour tous, ce qui ne coûte pas cher.
La réforme bancaire, alors que Flanby avait déclaré lors de sa campagne que la finance était l’ennemie, est riquiqui et inférieure à celle ayant déjà eu lieu chez les Gibbies ou aux USA. La banque universelle (assurances, affaires et dépôts) sera maintenue et les banques ne seront tenues qu’à filialiser leurs activités spéculatives pour compte propre (2 % de leurs activités). Ne sont interdit que les opérations à très haute fréquence et les produits dérivés sur les matières agricoles. Belle avancée car c’est ce qui existait déjà, par exemple avec Caylon, la banque d’affaires du Crédit Agricole qui spéculait à fond en se servant du réseau de dépôt pour attirer des gogos de clients ! Fraise des bois n’a pas tapé du poing sur la table à propos de l’union bancaire européenne qui devrait assurer une supervision des banques privées par la BCE et surtout permettre de créer un fonds, financé par la totalité desdites banques, assistant leurs copines en difficulté sans taper dans les caisses des Etats. Las, le R-U n’en veut pas, car la Cité produit 10 % du PIB rosbif, et la Germanie non plus, en tout cas pas rapidement, car ses banques régionales (qui financent pour pas cher les PME) battent de l’aile. Pendant ce temps, la G-B s’oppose à tout avec succès car ses dirigeants, eux, savent et veulent se faire entendre quand les intérêts du pays sont en jeu. Et cela dure depuis 1973, date de l’entrée du R-U dans l’UE.
Notre duo gouvernemental a commencé par créer 20 milliards d’impôts sur les entreprises avant de les leur rétrocéder sous forme de crédit d’impôt, ce que toucheront aussi les Mittal, Total, Sanofi et consorts ! Politique de gribouille, valse hésitation dès que des « pigeons » montent au créneau pour crier à l’assassinat fiscal. Comme écrivit Racine : « plus le désir s’accroît, plus l’effet se recule ». Ce qui nous amène au mariage pour tous ; c’est très gai car Lou ravi a lâché qu’il voyait bien que les maires puissent faire jouer une « clause de conscience » pour ne pas obéir à la loi. Le SMIC a été royalement augmenté de 0,6 % en 2012 (plus O,3 début 2013), soit un gain de 0,4 par rapport à l’inflation. Et le RSA sera accru de 10 % en 5 ans… Le taux maximal de la TVA est porté à 20 % (plus 0,4), le taux de base est redescendu à 5,5 (au lieu des 7 de Tsarko). Les retraités « aisés » seront taxés sur leur pension. La CSG a pris 0,3 % dans les gencives. Les tranches du barème de l’IRPP ne sont pas revues en fonction de l’inflation sauf pour les plus basses. Contrairement au discours, le peuple est donc bien touché à 90 % quand les riches, effectivement, sont bien plus taxés : tranche à 45 %, revenus financiers traités comme les salariaux. L’impôt « exceptionnel » de 75 % au-delà de 1 million de revenu salarial et par personne a été retoqué par le conseil constitutionnel, chose prévisible car ce truc a été conçu comme poudre aux yeux (se donner un beau rôle fictif car sachant que cela ne tenait pas la route). L’impôt sur les sociétés sera modulé en fonction de la taille des boîtes, ce qui est l’évidence même à condition que les grosses n’échappent pas à l’impôt via les transferts de sièges sociaux et les délocalisations dans les pays les moins-disant (Irlande, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, G-B) ou les paradis fiscaux. Or rien n’a été fait contre cette « optimisation fiscale » qui permet aux boîtes du CAC 40 de ne payer en moyenne que 8 % d’impôt sur les sociétés alors que le taux théorique est de 33. Duflot a coulé avec sa loi sur le logement et son patinage de flou artistique sur les réquisitions. C’est curieux que moult lois socialos soient annulées par le CC ; serait-ce de l’improvisation ou du machiavélisme ? La manip consisterait à pondre une mauvaise loi dans l’espoir de la voir retoquée et donc de justifier son immobilisme. Ou en est, du reste, le PS vs écolos dans la suppression de Fessenheim et dans l’abandon progressif du tout nucléaire ?
On voit que la compétitivité, qui ne sera aidée que par la réduction d’impôts (des sociétés) de 20 milliards, est mal partie. Il aurait fallu que la récente Banque Publique d’Investissement (BPI, simple regroupement d’institutions publiques existantes comme OSEO, CDC, FSI), concoctée par des banquiers privés amis du pouvoir, reçoive bien plus de 40 milliards, notamment en récupérant les 35 % des livrets A accordés par Tsarko aux banques privées au détriment de la CDC et du logement social. Il faudrait aussi n’aider que les secteurs exportateurs, par exemple en rendant les cotisations patronales et la CSG déductibles à l’exportation et imposables sur les importations, à l’instar de la TVA. La grande négociation sociale MEDEF/syndicats, qui devait accorder plus de flexibilité au patronat contre plus de sécurité aux salariés, est en panne à cause des exigences patronales qui consistent à pouvoir licencier sans problèmes et à obtenir des CDD de « mission » temporaire jusqu’à 2 ou 3 ans. Notons que notre nouveau gouvernement n’a pas annulé « la rupture conventionnelle » ni l’auto-entreprenariat, qui, ajoutés au reste des contrats de travail existants, assurent déjà une très grande souplesse. Le patronat exige aussi de pouvoir passer localement des pactes de « compétitivité-emploi » (promis par Tsarko), ce qui permettrait aux entreprises de se passer des conventions collectives et de moduler travail et salaires à l’envi. Il est vrai que l’UE et l’OCDE pressent la France d’installer enfin une totale flexibilité de l’emploi et que les pays qui s’y convertissent (Espagne, Italie) piquent des usines à notre pays (même Renault où l’Etat a encore une grosse participation). L’idée de la flexi-sécurité est vieille et vient du Danemark qui consacre 4 % de son PIB aux services de l’emploi et aux indemnités de chômage et de formation, soit 4 fois plus que la France. Le bon R-U, royaume de l’absence de droits du salariat, du travail à durée limitée et précaire (sauf pour la Queen qui exerce depuis plus de 60 ans), des salaires low cost et des horaires à rallonge, n’est pourtant pas le pays le mieux loti en taux de chômage et en croissance.
Mais la Teutonie, elle, a réussi à comprimer les coûts salariaux : 4 millions de travailleurs à 400 euros par mois, durée de l’indemnisation du chômage passée de 3 à 1 an, pas de SMIC, importation d’ouvriers agricoles de l’Est payés au salaire du pays d’origine, délocalisation de la technologie tudesque et des usines de production de pièces détachées dans les PECOS, le montage et l’application de l’étiquette « made in Germany » demeurant en Fridolie, TVA sociale de 3 points. Faut-il imiter le « modèle » prussien comme le voulait Tsarko et qu’en bavent les socialos ? Ce n’est ni souhaitable, car alors la concurrence entre pays serait portée à l’outrance, ni possible : la Bochie a une natalité en berne (d’où le faible coût du logement qui est excédentaire et une politique favorable à la rente afin de capitaliser pour ses Vieux dont les retraites ne pourront plus être payées en répartition par les actifs en diminution) alors que la France voit arriver 150 000 nouveaux travailleurs par an. La conclusion à tirer de tout cela est pourtant simple : se battre agressivement contre l’Europe libérale, limiter l’accumulation du capital et les entourloupes de la finance, lutter pour la défense des entreprises, etc. ; bref avoir une politique socialiste sinon anticapitaliste.

Un peu d’espoir : une agriculture écologique

Classé dans : politique — 5 décembre, 2012 @ 11:36

Vincent Tardieu (« Vive l’agro-révolution française ») vient de faire le point sur l’agriculture, principalement en France et eu égard au reste du monde. Le livre décrit de nombreuses expériences visant à une production saine, bio, sans OGM, économe en intrants chimiques, préservant ou rénovant les sols, soucieuse d’économiser l’eau (arrosage goutte à goutte, par exemple), proche des consommateurs (circuits courts évitant les transports à distance), etc. Cette agriculture renoue avec la polyculture (notamment dans l’association élevage-culture), réinstalle des haies, des bosquets, des arbres (par exemple 50 arbres sur une surface cultivée de 2 ha), fait appel à des « auxiliaires » (phéronomes qui leurrent les nuisibles, insectes ou animaux qui mangent les prédateurs des plantes, les parasites ou qui font la pollinisation comme les abeilles), élimine ou limite énormément l’utilisation d’herbicides, pesticides, insecticides, revient à l’assolement avec une variété de plantes qui nourrissent les sols et facilitent la croissance mutuelle des semis, retrouve des semences variées redonnant de la biodiversité (indispensable car si une maladie attaque une variété de plantes et si les cultures ne sont faites que dans celle-ci la récolte est perdue alors que ce n’est pas le cas lorsqu’il y a diversité ; par ailleurs les anciennes semences sont souvent bien plus résistantes et adaptées au climat ou au sol que celles sélectionnées pour faire de la rentabilité). Mais les avancées et les expérimentations vers cette agriculture « bio » sont lentes. En effet, elle a de redoutables adversaires et des complices dans les ministères, l’administration, les instances syndicales, etc.
La politique agricole commune (PAC), exigée par la France dès la création de l’UE, a varié à partir de sa mission 1ère : indépendance alimentaire de l’Europe. Merveille ; aujourd’hui celle-ci n’est plus assurée ! C’est le résultat d’une politique devenue hyper libérale qui a consisté à faire du productivisme (d’où la suppression des haies pour faire des surfaces d’un seul tenant, l’usage massif de produits chimiques et de machines, la sélection de semences à hauts rendements, bref, la recherche de la rentabilité, etc.) en poussant à la concentration des fermes au détriment des petits exploitants. Originellement la PAC visait aussi à soutenir les prix (subventions à l’exportation, arrachages, par exemple de vignes, stockages des excédents). On est passé à des « quotas » de production, par exemple laitiers, quand les excédents devinrent trop lourds et coûteux, puis à des primes à l’hectare, puis à des aides personnalisées et ciblées. Cette politique a massivement favorisé les gros exploitants (comme le prince Charles ou Albert de Monaco) pour le blé, la betterave, le maïs et le sucre et l’élevage bovin, les banques qui ont prêté pour de nouvelles installations et machines (d’où un endettement considérable des agriculteurs, pardon des exploitants agricoles), les industries de transformation (l’agro-alimentaire), les firmes de produits phytosanitaires, les semenciers (qui ont poussé les variétés hybrides, c’est-à-dire qui ne se reproduisent pas ce qui oblige les agriculteurs à racheter des semences sans pouvoir réserver une part de leur récolte à de nouveaux semis), le supermarchés qui tiennent les producteurs via la puissance de leurs centrales d’achat constituées en oligopole, les fausses coopératives qui imposent leurs prix d’achat, les variétés et même les machines et types d’installation…
Tous ces gens là se tiennent par la barbichette et s’aident mutuellement pour pousser au productivisme ; ils ont fini par obtenir l’ouverture aux marchés mondiaux afin de faire baisser les prix d’approvisionnement et surtout pour casser les petits exploitants incapables de soutenir la concurrence. C’est ainsi que l’Europe a importé massivement du maïs US (cela faisait partie des accords du plan Marshall), puis du soja (US et maintenant d’Amérique du Sud : surtout Brésil et Argentine, ce qui tue les forêts et fait exiler ou massacrer les Indiens) pour nourrir le bétail, alors que la viande est consommée en trop grande quantité, d’où des tas de maladies (obésité, cardio-vasculaires, diabète, etc.) pour les consommateurs. Ladite Europe laisse aussi entrer les semences OGM des trusts chimico-alimentaires sauf quand tel ou tel pays s’y oppose avec le résultat que tel machin interdit en France se retrouve quand même sur les étals via les importations internes à l’UE.
L’agriculture intensive à base de grandes surfaces, de chimie, de « révolution verte » (qui a échoué car après les grands rendements du début les sols ont été épuisés et les nuisibles sont devenus résistants aux traitements exactement comme dans les hôpitaux traités avec des détergents de plus en plus puissants) par sélection des plants puis par OGM, de monoculture avec une seule variété, etc. s’est implantée grâce à la coalition des intérêts financiers des acteurs précédents. Mais ce ne sont pas les seuls. La FNSEA, si proche des gouvernements de droite notamment avec Chirac et monopolisée par les représentants des gros exploitants, a joué un rôle moteur. Elle a phagocyté les Chambres d’agriculture jusqu’à l’assemblée permanente de celles-ci, les coopératives, les organismes de recherche. Ainsi l’INRA, pourtant organe public normalement au service de l’intérêt général, a beaucoup travaillé en direction de ce type mortifère d’agriculture. Les axes de recherche étaient orientés d’après ses besoins et les demandes de la FNSEA, ce qui après 50 ans a fini par encrouter les cerveaux devenus imperméables à d’autres approches, envahis par la « science normale » (au sens de Kuhn : normalisée, dominante, en cours, à « paradigme » institutionnalisé et rétrograde, opposée à toute innovation portée par les agriculteurs de base ou certains chercheurs, bref une pensée académique et fricophone), opposant leur savoir (comme le font les énarques, les ingénieurs, les experts de tout poil) aux paysans incultes (c’est le cas de le dire), privilégiant les démarches « top down », autoritaires, dogmatiques et descendantes, réfutant les expériences mêmes réussies avec des études bidons et surtout calibrées sur les acquis et les normes en cours. Au contraire, la nouvelle agriculture avance grâce aux efforts conjoints de chercheurs et de praticiens qui échangent entre eux sans préséance de pouvoir ou de savoir (« recherche hybride de Callon et Latour), avec allers et retours entre la pratique et la théorie.
La FNSEA a placé beaucoup de ses dirigeants dans les sphères du pouvoir (Guyau, Lemétayer, Jacob, dit rantanplan, Beulin). Lequel travaillait pour eux, avec eux, sous eux. Le pouvoir est un veau élevé sous la mère FNSEA et ouvert aux pressions des lobbys comme l’UIPP (Union des Industries pour la Protection des Plantes !). On a ainsi obtenu un texte étatique ahurissant par lequel les agriculteurs doivent verser une sorte de taxe aux semenciers, notamment une boîte dirigée par Beulin actuel chef de la FNSEA ! Les moyens de pression pour circonvenir les dissidents sont nombreux : refus des coopératives de prendre leur production ou de leur vendre les instruments ad hoc par exemple dans le cas des cuves à lait pour les adhérents de Biolait), pression sur les banques pour ne pas leur prêter (dont l’infâme Crédit Agricole qui pousse pourtant à l’endettement) afin qu’ils fassent faillite ce qui permet de les racheter pour des roupies de sansonnet (technique éprouvée dans l’industrie et le commerce avec les tribunaux de commerce avec juges et syndics compradores), refus d’homologation des semences (or ladite homologation ressortit à une liste d’Etat ; si la semence ne figure pas sur la liste, il est interdit de la commercialiser ; et devinez qui concourt à la liste ? La FNSEA) ou des produits (par exemple le purin d’ortie, recette ancestrale, est interdit à la vente. Le gouvernement, autre acteur de grand poids, est donc devenu l’auxiliaire des gros, des industries chimiques, semencières et agro-alimentaires, des lobbys, de la FNSEA. C’est un autre exemple des charmes de la démocratie en régime libéralo-capitaliste : le bien public n’existe plus et les intérêts particuliers sont défendus et organisés par le pouvoir légalement élu. On attend avec impatience l’action de Guimauve le Concurrent après que son prédécesseur a eu dit que l’environnement, y en avait marre. Evidemment, il n’y a pas qu’en France. Aux USA, Monsanto et consorts ont obtenu que les agriculteurs, dont les champs avaient été envahis par de l’OGM cultivé à côté de leur exploitation, soient considérés comme liés à la « firme » et tenus de lui racheter des semences ; ils ont par ailleurs été déboutés quand ils l’ont attaquée en justice. Monsanto a inventé le mouvement perpétuel car elle vend des plants OGM conçus pour résister à son pesticide (le round up) ; donc elle fourgue en même temps les semences et les produits chimiques, le tout en vente forcée. C’est ce qu’on appelle le libéralisme…
On se doit donc de constater que la recherche française a pris beaucoup de retard et que la nouvelle agriculture ne peut se développer qu’avec bien des difficultés tant les acteurs puissants analysés par Tardieu tiennent à conserver les rentes de situation que le pouvoir leur a données. E pur si muove… Il est urgent de fiche en l’air la PAC dans ses orientations actuelles : foin du libéralisme, aides uniquement aux pratiques novatrices, pas un radis aux gros exploitants et aux syndicats, indépendance des organismes d’homologation et de recherche, retour aux plantes traditionnelles pour l’élevage en 1er lieu, plus de subventions par exemple au maïs grand consommateur d’eau, cessation des importations massives de soja, aides aux agriculteurs en tant que conservateurs de la nature et producteurs écologiques, financement de coopératives vraiment indépendantes, organisation de filières coordonnées et courtes en production et en distribution, moyens de stockage pour régulariser les prix (et même une monnaie parallèle gagée sur eux), rééquilibrage des rapports entre producteurs, coopératives, transformateurs et grande distribution, prêts à taux zéro pour les petits agriculteurs innovants, etc. Et aussi suppression de toute subvention directe ou indirecte aux exportations dans le Tiers-Monde, qui est ruiné par ces dernières et qui perd ses cultures vivrières et les possibilités de son indépendance alimentaire.
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Les turpitudes des « écologistes » institutionnels

Classé dans : politique — 2 décembre, 2012 @ 11:50

Je viens de lire le bouquin de Fabrice Nicolino : « Qui a tué l’écologie ». C’est désolant, inquiétant et pourtant peu surprenant. Devant la catastrophe climatique annoncée pour la fin du siècle et sans doute à partir de 2050 tant les structures des écosystèmes (celles pour lesquelles un seuil d’irréversibilité est atteint quand leurs équilibres sont détruits) ont été torpillées et continuent de l’être. La conférence de Doha, qui vient de débuter après une longue série d’échecs des colloques climatiques (la seule chose, ténue, qui existe est la limitation de la hausse de la température à 2 degrés fixée à Kyoto en 1997), va nous le montrer tantôt. Car la crise économique a renversé la table ; désormais tous les gouvernements ne jurent que par le retour de la croissance ! Ou bien ils ne tiennent pas du tout à ce qu’il y ait un contrôle international sur leurs agissements et leurs engagements. Ou ils disent, afin d’assurer leur propre développement, que les 1ers pollueurs sont les Occidentaux et que c’est donc à eux de faire tous les efforts A Doha, les grands absents sont les USA, le Canada, la Chine, l’Inde, en gros 85 % des émissions de gaz à effet de serre !
Nicolino commence par nous montrer que l’écologie a commencé au 19ème siècle sous des auspices très conservateurs (il ne nous rappelle pas ses connexions avec l’eugénisme, le racisme, le « naturisme » cher aux jeunesses fascistes). Il souligne la relation avec le scientisme technologique pour lequel la science et le progrès apporteront des solutions. Je saute à la fin du livre où l’auteur démontre le lien avec le « développement soutenable » subrepticement remplacé par le « développement durable ». La nuance est de taille car le 1er terme signifie qu’il en faut pas détruire les écosystèmes alors que le second imagine qu’il peut y avoir une croissance soutenue pourvu que les producteurs tiennent compte des problèmes écologiques. La définition comme durable provient d’un rapport (notre avenir à tous) établi pour la PNUE ( fondée en 1972), repris par la 1ère ministre de Norvège, Mme Brundtland, en 1989, et en fait inspiré par un très gros industriel canadien (Maurice Strong), spécialiste de la destruction de l’environnement mais auto-ripoliné en vert. C’est ce qui fonde la pratique actuelle des grosses firmes internationales qui pour couvrir leur œuvre de mort se donnent des allures d’écologistes et financent les ONG internationales de lutte écologique. C’est ce qui est appelé le « greenwashing ». Et encore avant, le mouvement vers le développement durable (DD) émane de Truman en 1949, du plan Marshall (1947) pour les pays d’Europe ruinés par la Teutonie, ensuite étendu aux pays dits alors « sous-développés ».
Nicolino montre que les grandes ONG environnementales ont été fondées à partir de gros industriels pollueurs ou ont été soutenues et financées par eux : WWF, Greenpeace, UICN (union internationale pour la conservation de la nature), FNE (fondation nature environnement, en France), etc. WWF a été fondé par d’authentiques partisans de l’apartheid… Actuellement au nom de la « responsabilité sociale de l’entreprise » (ou environnementale) les multinationales les plus capitalistes, invasives, destructrices se sont refait une virginité en se ripolinant en vert, notamment via des fondations (bonne image plus exonérations d’impôts) : les pétroliers (dont Total et ses exploits en Birmanie, BP et le golfe du Mexique, Shell et le golfe du Niger, etc.), les cimentiers (Lafarge), le luxe (LVMH), les baskets (Nike), les banques (et leurs financements de projets désastreux comme avec la BNP), les chimistes (Hoffman-Laroche de Seveso, Union Carbide de Bhopal), EDF, les labos pharmaceutiques, les sidérurgistes à la Mittal, les forestiers qui détruisent les forêts primaires, etc. La technique est simple : tu me finances, je te donne un label d’écolo patenté ; fundraising et greenwashing sont les deux mamelles du naturellement correct.
Notre excellent auteur nous raconte comment les « Verts » se sont laissés encrouter, institutionnaliser, décorer, subventionner, bureaucratiser (peut être la fameuse « loi d’airain de l’oligarchie » de Roberto Michels), comment ils ont joyeusement participé au simulacre du Grenelle de l’environnement, organisé par Borloo, avocat d’affaires, copain de Tapie, politicard de bas étage affilié à Tsarko et qui avait monté avec Lalonde un courant dissident de faux Verts, comment ils se sont alors fait rouler dans la farine car les suites de la conférence (Grenelle 1 et 2 qui devaient déboucher sur des lois majeures) ont été du pipi de chat. On le voit aujourd’hui avec l’Ayraultport de Nantes, le tunnel pour le TGV Lyon-Turin, la continuation des autoroutes, les palinodies de la taxe carbone, la fausse réduction de l’emploi des pesticides, les hésitations sur le gaz de schiste, l’extension des porcheries industrielles avec cochons sous la merde au lieu de veaux sous la mère, etc.
On peut rapprocher le livre de Nicolino de celui d’Even et Debré sur les médocs (guide des 4 000 médicaments). Ces auteurs analysent le combines des labos pour truquer les essais, acheter les toubibs, les experts et mêmes des parlementaires, s’infiltrer dans les organes de contrôle étatique comme l’ANSM (agence nationale de la santé et du médicament, ex-AFSSAPS), obtenir l’autorisation de mise sur le marché, faire leurs prix (par négociation avec les seules officines), prolonger les brevets (en ajoutant de la poudre de perlimpinpin aux vieux médoc qui va tomber dans le domaine public), limiter l’essor des génériques, etc. C’est parce que les agences d’Etat (ou l’agence européenne qui est encore pire) sont tout simplement des machines à tamponner les études des labos, lesquels ont mis leurs experts dans la place ou stipendiés les autres. L’affaire du médiator l’a fait apparaître au grand jour. Mais il n’y a pas que les labos pharmaceutiques. C’est vrai aussi pour le contrôle des produits chimiques, des OGM, des télécoms, etc. C’est comme cela que le Comité permanent de l’amiante a infiltré les services de l’Etat et obtenu sa prolongation jusqu’en 1997 moyennant la mise en place de « protections » pour les opérateurs de base. Mme Aux Abris en était peut être l’am(i)ante chérie… Or savez-vous qu’il y a plus de 1 200 agences, commissions, comités, hauts comités, autorités, hautes autorités soi-disant indépendantes de l’Etat et truffées de représentants de l’industrie et des lobbys, ces derniers ayant pignon sur rue dans les allées du parlement tant à Paris qu’à Bruxelles (10 000 lobbyistes !).
L’essai de Nicolino et aussi à rapprocher de celui de Vincent Tardieu sur les nouvelles agricultures. Où il est dit que la PAC (57 milliards en 2011) a toujours été le fer de lance d’une agriculture productiviste, lancée dans le marché mondial mais protégée et subventionnée, dont les principaux bénéficiaires ont été les grosses exploitations céréalières du Nord (ou betteravières ou autres comme les éleveurs de bovins) qui ont profité de la concurrence pour bouffer les autres. La FNSEA, et par affinités, les chambres d’agriculture, est dirigée par les gros, lesquels, comme par hasard, sont affiliés au RPR de Chirac et à l’UMP reprise par Tsarko. C’est pourquoi la FNSEA a eu des entrées directes au gouvernement et dans l’administration et a pu faire du lobbying en toute écoute par le pouvoir. Notamment, l’INRA (prié de sélectionner les variétés les plus commerciales et rentables, ce qui a tué la biodiversité favorable à la résistance aux épidémies et à la lutte contre insectes et parasites) a été orienté vers le tout pesticide par l’UIPP (Union des industries de protection des plantes ! Quelle sémantique merveilleuse : les destructeurs chimiques des plantes et des insectes pollinisateurs ou bouffeurs de parasites se présentent comme protecteurs de la nature.), UIPP qui est un lobby en collusion avec la FNSEA et le pouvoir. Le résultat est que l’agriculture française a été dépassée par la teutonne, qu’elle importe plus qu’elle n’exporte (car elle importe massivement soja et maïs pour le bétail) ; tout a été fait pour créer plutôt une industrie agro-alimentaire, qui, elle, est fortement exportatrice et qui s’oppose à toute réglementation sanitaire efficace, par exemple contre les sucres, les graisses, les huiles de palme, les ingrédients chimiques, etc. qui produisent la malbouffe, l’obésité, les caries dentaires, les maladies cardio-vasculaires. Ce n’est pas grave, c’est la sécu qui paye comme pour les médocs.
Tout cela et tous (Nicolino, Even-Debré, Tardieu et bien d’autres) prouvent sans conteste que qui détient le pouvoir d’Etat, via de trompeuses élections démocratiques, agit pour ses copains, lesquels ont agi et payé pour les faire élire, donc dans un bouclage parfait des intérêts mutuels et particuliers. Foin de l’intérêt général, du bien public, des biens communs et des cochons de votants et de payeurs. Cela prouve aussi que le libéralisme est une superbe machine de guerre car la concurrence par les prix élimine les petits et les faibles au profit de la concentration des gros. Et, en outre, dans le cas de l’agriculture ce processus a été subventionné au détriment desdits petits mais surtout des productions vivrières ou locales des pays du Sud. Comme dirait Marx, la taupe ordo-libérale d’inspiration tudesque a bien creusé.

Règlement de comptes à UMP corral

Classé dans : politique — 25 novembre, 2012 @ 11:57

Les journaleux se focalisent sur les trucages et autres tricheries lors du scrutin d’élection du président de l’UMP et sur les bisbilles issues de la validation de l’élection de Copé par la COCOE. Cela donne en effet une triste image de notre démocratie monarchique et faussement représentative. Mais ce n’est qu’un détail car de toute façon la démocratie à la sauce libérale a toujours été une grosse manipulation pour leurrer le peuple.
Il est vrai que l’enjeu pour les candidats n’est rien d’autre que sa mise sur orbite partitaire en vue des élections pestilentielles de 2017. Car qui détient les rênes du parti a de bonnes chances, dans un parti verticalisé, bonapartiste et autoritaire comme l’UMP, d’être le candidat choisi pour défendre ses couleurs contre les adversaires. Il n’est pas garanti d’être élu car pour avoir des chances de l’emporter il faut encore avoir régné sur la police. Etre ministre de l’intérieur, comme l’avait très bien vu Tsarkozy, donne d’excellents moyens d’éliminer la concurrence. On peut l’espionner, on peut faire des fiches sur les concurrents les plus dangereux, on peut commanditer en sous-main des procès ou des campagnes de calomnies pour les disqualifier (par exemple, contre l’hipponyme Galouzeau de Villepin), etc. Zébulon 1er souhaitait avoir le phanérogame DSK comme adversaire socialo car il tenait en réserve des affaires qui l’aurait carbonisé en plein vol après sa désignation à la candidature : l’affaire du Carlton était dans les starting-blocks, ou d’autres encore. C’est aussi ce qui a fait le succès de Staline : sa mainmise sur le KGB, remplacé par le FSB au service de Poutine. Il faut aussi du fric, un réseau de collecte de fonds, de riches amis, des moyens de pression, ce que justement le ministère de l’intérieur donne. Mais aussi un passage au Budget n’est pas négligeable afin de superviser les créations et les transferts de rétro-commissions dans les marchés d’armes, afin de se faire des amis (exonérations fiscales ou diminutions des dettes vis-à-vis du fisc ou subventions comme par exemple à la presse ou aux médias). M. Copé n’a pas encore ces atouts et ne les aura pas car les socialos sont au pouvoir. M. Fillon n’a jamais eu l’Intérieur. C’est là qu’on voit que l’élection de Tsarko en 2007 résulte d’une stratégie parfaite qui en dit long sur la nature réelle de la « démocratie française » comme disait Fiscard Déteint.
Il se trouve que le peuple peut se rebiffer comme en 2012 quand Raskoltignac a été battu par Edam le Rouge (très pâle). Il y a eu la crise que Tsarko n’avait pas vu venir au point d’avoir pris des dispositions pro-cycliques en faveur de la finance et des riches et contraires aux nécessités de la restauration des finances publiques (d’où 600 milliards de dette en plus en 5 ans). Mais il ya eu aussi un discours et une pratique, tant personnelle que politique, qui ont révulsés bon nombre de Français encore attachés à certaines valeurs. Le tournant à l’extrême droite toute, inspiré par le fascisant Buisson (ardent), qui avait marché en 2007, a échoué en 2012 pour cause d’excès. Le plus drôle est cette bataille de chiffonniers pour une échéance lointaine (2017) alors que nul ne sait si d’ici là l’Europe n’aura pas éclaté comme l’euro, si la récession n’aura pas triomphé partout dans l’UE, si la France ne sera pas dans le 36ème dessous. C’est touchant : à l’instar du slogan ironique sur Darty en 1968 (pendant le saccage, la vente continue), on a : pendant le processus accéléré de crise, les combines politicardes perdurent. Comme si le seul enjeu était de caler ses fesses à l’Elysée et de recaser ses copains partout dans l’administration et ailleurs.
Courage Fillon s’est montré d’une naïveté touchante dans sa lutte pour la présidence de l’UMP. Il ne pouvait pas ne pas savoir que Copé avait mis des copains partout dans le parti (notamment à la COCOE et à la Commissions de recours) et dans ses fédérations. Copé a longtemps refusé de communiquer à ses concurrents les listes d’adhérents ; pendant ce temps là, il envoyait aux militants (les seuls à voter) des notes en sa faveur et aux frais du parti. Ensuite, il les a inondés de SMS diffusés par ses sbires. Il a limité le nombre de bureaux de vote afin d’organiser des files d’attente décourageantes car il a pensé que les plus tièdes, les fillonistes, se lasseraient. Il a joué à fond sur les divisions entre la droite modérée, orléaniste, la bonapartiste (les soutiens à un parti caporalisé et à une conception autoritaire de la politique), la droite extrême proche du FN, dont il a repris la thématique, la droite sociale ou chrétienne (Wauquiez par exemple). Bref, il a fait du Tsarko mais à contretemps. Mais cette tactique, ajoutée au contrôle et à l’organisation du parti, l’a fait remonter au point de faire jeu égal avec le rassembleur Fillon. Tant pis pour le pays car le grand perdant, c’est lui, qui a tant besoin d’union et de cohésion dans l’adversité.
Bref, il est urgent de revoir de fond en comble notre système démocratique. Au risque de voir les petits jeux politiciens perdurer dans une démocratie partisane, opinionesque, spectaculaire, spéculaire et médiatique, monopolisée, coupant entre les dirigeants et les dirigés, offrant tout le pouvoir à des libéraux qui en profitent pour décider de tout en faveur du capital. Nous marchons rapidement vers le modèle américain : 50 % d’abstention, 3 milliards d’aides des lobbys, firmes et grossiums richissimes pour financer la dernière campagne électorale, compétition publicitaire à grands coups de spots de dénigrement et de calomnie contre l’adversaire, monopolisation du pouvoir par 2 partis bonnet blanc et blanc bonnet, corruption institutionnalisée, mépris envers les politicards, toute puissance de la finance, impuissance du parlement qui ne représente aucunement l’intérêt général mais des alliances entre intérêts particuliers. Comme je l’ai démontré dans « Agir ensemble dans un monde partagé », tout cela est la conséquence inévitable à long terme des vices de construction de la démocratie représentative. Ce n’est pas prêt de changer.
A cette démocratie formelle, source de légalité illégitime, nous opposons le fédéralisme proudhonien. C’est-à-dire un fédéralisme tout à la fois politique, économique, juridique, social, décentralisé, fondé sur les groupements autonomes à la base (les régions, les communes, les associations, les « corporations » professionnelles, donc tous les groupes territoriaux ou fonctionnels de la « société civile ». Il faut que la fédération oppose au droit politique le droit économique en structurant leurs rapports, que le pouvoir aille de la base au sommet et « de la circonférence au centre », que chaque groupe puisse gérer lui-même ses propres affaires, la fédération ne s’occupant que des choses communes (les règles du jeu, les relations extérieures, la monnaie, la fiscalité fédérale, le droit commun, etc.), et désigne ses candidats aux élections en tant que groupe pouvant défendre ses intérêts au lieu d’en passer par des « députains » censés avoir été élus sur la considération hypothétique que les électeurs votaient pour l’intérêt public et qu’ils le détenaient donc, supposés représenter tout le monde sans tenir compte des groupes intermédiaires (rappelons-nous la polémique de 1864 sur les « candidatures ouvrières » que les politicards de l’époque stigmatisèrent en disant que ce qui était à représenter c’était le « peuple tout entier » et non telle ou telle classe sociale).
La politique n’y est plus une affaire de suffrage individuel et de parti, un acte ponctuel de vote périodique, une délégation du pouvoir souverain à une chambre décidant de tout, mais un processus permanent et une structuration institutionnalisée des rapports entre acteurs. L’intérêt général n’est plus l’apanage absolu d’un parlement purement politique et ne découle plus du fait du prince sans contre-pouvoir. Il n’est plus un monopole et défini par les politicards qui l’imposent ensuite aux dirigés, mais le résultat d’un processus équilibré de négociations entre acteurs. A condition que la structuration des relations entre acteurs soit juste, égale et permette donc la représentation de tous les intérêts intermédiaires avant toute décision sur le bien commun : lequel n’est donc plus un acte ponctuel, juridique, politique et formel, mais le produit d’une émergence sociologique et processuelle. La division des pouvoirs n’y est plus définie juridiquement ou politiquement mais sur la base de la composition sociale réelle du pays et des régions. La mandat impératif des délégués des groupements porte sur les buts à défendre ; en revanche il doit laisser le représentant libre sur les moyens ou les méthodes et cela sous contrôle des mandants. Ce contrôle assure que les prises de position des mandataires vont vers le but même si ce n’est que par étape ; mais chacune d’entre elles doit être une avancée décisive, un point de non-retour, vers le but qui n’est décidé que par les assemblées de base des mandants. En plus clair, cela permet un réformisme radical, le but étant révolutionnaire mais le processus pour l’atteindre étant graduel.
Et il y a déjà depuis longtemps un début de structuration du socio-économico-politique sur ce fondement : c’est la double structure des confédérations syndicales avec la représentation territoriale (UL, UD, UR) et celle par branches d’industrie (fédérations professionnelles. Cette architecture provient de la fusion des bourses du travail (qui étaient localisées) et des syndicats corporatifs qui a donné la CGT en 1895. Configuration toute proudhonienne même si bien des acteurs de l’époque ne s’en sont pas aperçus.

C’est la chute finale qui commence

Classé dans : politique — 25 novembre, 2012 @ 11:00

L’agence Moody’s, après Standard and Poors, vient de dégrader la note de la France qui n’y a plus son triple A. cela peut annoncer une grande difficulté à emprunter à long terme et à un taux raisonnable. Rappelons que la France aujourd’hui emprunte à 2,10 % (2,07 avant la dégradation), ce qui ne saurait durer. En effet, le pays stagne ; son déficit commercial avoisine les 75 milliards d’euros, sa croissance est quasi nulle et par-dessus le marché le budget 2013 est établi sur l’hypothèse grotesque de 0,8 % de croissance, au moins le double des prévisions les plus optimistes.
Tsarko et Au Bonheur d’Edam, le plat Hollande, ont déjà engrangé plus de 60 milliards d’économies et d’impôts nouveaux en 2011, 12 et 13. Et L’ami Mollet(e) a prévu 60 milliards de plus, 12 par an, en 5 ans. La Grèce attend de savoir si on va lui prêter 33 à 44 milliards (et Chypre 17, soit son PIB) alors que sa dette publique est déjà de 190 % de son PIB et que depuis la crise ledit PIB a reculé de 17 %. Angela s’oppose pourtant à tout crédit supplémentaire pour ce pays. Le FMI trouve cette dette non soutenable et voudrait qu’elle soit ramenée à 120 % en 2020. Pour ce faire, il faudrait que les Etats de la zone euro acceptent d’abandonner une grosse part de leurs créances publiques sur la Grèce afin de restructurer et d’étaler sa dette. Amusant car cela augmenterait ipso facto la dette publique desdits Etats souvent impécunieux comme la France. Les banques privées ont déjà abandonné 100 milliards de créances et n’accepteront pas davantage car elles sont déjà farcies de dettes douteuses qui viennent des pays en difficulté massive auxquels elles ont beaucoup prêté. Les banques régionales des Länder fridolins sont lourdement endettées car elles financent à tire-larigot et à bas prix les fameuses PME germaines, ce qui aurait dû attirer depuis longtemps les gros yeux de la grosse Commission de Bruxelles si soucieuse de non-distorsion de la concurrence. C’est pourquoi la Gross Angela a retardé la supervision et l’union bancaire européennes. L’Espagne a 25 % de chômeurs et 50 % de jeunes au chômedu. L’Italie peine avec se grosse dette publique dont heureusement les Italiens sont détenteurs à 70 % (c’est l’inverse en France). Les Gibbies ne sont pas brillants du tout, ni l’Irlande, ni le Portugal. Partout, les mesures et autres plans d’austérité ont tué la croissance et fait saborder les dépenses publiques et sociales, ce qui alimente un cercle vicieux : hausse du déficit, surplus de rigueur, baisse des recettes fiscales pour cause de récession, nouvelle pincée d’austérité et ainsi de suite. L’Europe a inventé le mouvement perpétuel entropique (de dégradation de l’énergie) !
Cela se voit notamment dans le Mécanisme Européen de Stabilité (MES remplaçant le FESF). Il s’agit d’une instance qui peut emprunter à la BCE ou ailleurs et prêter aux Etats en jouant sur l’effet de levier : avec son capital de départ, fourni par les pays non encore touchés par la crise de la dette, le MES peut lever 8 fois plus (près de 800 milliards). Las, il faut d’une part un apport initial (80 milliards pour la France) et d’autre part offrir une garantie en cas de défaut des emprunteurs. Cette usine à gaz engage la France pour 100 milliards en cas de faillite de la Grèce. D’où un effet prévisible de dominos : la dette de notre pays (et des autres Etats garants comme la Teutonie) s’accroîtra d’autant ; par ailleurs les banques privées, pourries de dettes toxiques publiques, plongeront du nez et l’Etat ne pourra pas les renflouer une énième fois comme pour DEXIA (plus 5,5 après 6 ,5 milliards apportés par la Belgique et la France ; si Dexia fait faillite cela coûterait 58 milliards à la Belgique !). Les banques sont truffées de créances douteuses notamment à la suite des prêts de 1 000 milliards d’euros à 1 % sur 3 ans consentis par la BCE afin qu’elles prêtent aux Etats, ladite BCE ne le pouvant pas car cela lui est interdit par son statut. Vous avez noté la combine, le détournement de la règle financière et cela d’autant plus que les banques privées apportent en garantie à la BCE les obligations pourries et plus anciennes des Etats. Le domino grec fera tomber l’espagnol, le portugais puis l’Italien puis le français puis l’allemand. Tilt ; c’est la fin de l’euro car l’UE et la zone euro ont toujours réagi trop peu et trop tard, ont monté des machines à la Dubout, ont refusé de modifier les règles du jeu, par exemple en autorisant la BCE à acheter de la dette publique, ce qui aurait fait émettre de la monnaie en contrepartie (risque d’inflation). Mais ce qui aurait été profitable à la zone-euro dont la devise aurait été dévaluée. Mais les Schleus (les gouvernants) ne voulaient pas en entendre parler par peur de l’inflation, pourtant improbable ou limitée en période de récession, et surtout parce qu’ils sont les seuls bénéficiaires de la monnaie unique forte. Cette lamentable chronique des tergiversations et palinodies européennes montre à quel point l’UE n’est qu’une juxtaposition de pays nationalistes en concurrence entre eux.
Et arrivent les discussions sur le budget de l’UE pour 2014-2020 du 22/23 novembre. Budget prévu : environ 1 000 milliards sur la période, mais la Gibbie veut le ratiboiser de 200 et Merkel de 100. Cela va être épique et désolant, chaque pays campant sur son pré carré. Les pays « riches » ne veulent pas entendre parler, ni la Gibbie, d’augmenter le ridicule budget de 1 % du PIB de l’UE (126 milliards en 2011, budget fédéral US : 25 %) alors que les PECOS (pays d’Europe centrale et orientale, en fait les ex-pays de l’Est soviétisé) crient famine de même que les pays touchés par la crise et la récession. La Gibbie ne veut pas qu’on touche à sa « ristourne » (rabais analogue mais moindre qu’ont eu aussi la Germanie, la plate Hollande, l’Autriche) obtenue par Thatcher sur le thème : I want my money back, soit 4 milliards aujourd’hui. La France considère la Politique Agricole Commune (PAC, 40 % du budget européen, environ 45 milliards dont 9 pour elle) comme intangible car elle en est le 1er bénéficiaire (ou plutôt les riches membres de la FNSEA). Encore que les Tudesques sont parvenus à monter une agriculture prospère en employant des travailleurs PECO payés avec une fronde (pas de SMIC en Prussie), à protection sociale du pays d’origine (donc sans payer de cotisations sociales pour la Germanie ; c’est la technique du « plombier polonais » chère à Bol(Frank)enstein), logés à la-va-comme-je-te-pousse, sans syndicats pour les défendre, etc. Remarquez que c’est du même tonneau en Espagne pour ses fraises et ses tomates sans goût grâce à des travailleurs marocains. Les pays encore triple A (Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Luxembourg, Finlande) crieraient au gaspillage si le budget européen augmentait. L’Irlande, la Gibbie et le Luxembourg ne veulent pas qu’on touche à l’impôt sur les sociétés ou à la finance ou à leurs paradis fiscaux ; les Pays-Bas et la Belgique au statut des sociétés qui leur permet de truster les sièges sociaux des boîtes européennes. Bref, chacun pour soi et le marché pour tous dans la saine concurrence et la compétitivité acquise sur le dos des voisins (spécialité des gouvernants doryphores ; si possible avec encore plus de « flexibilité » du travail, c’est-à-dire sans droit, sans horaire fixe, sans emploi stable ni à temps plein, sans syndicats, sans cotisations patronales, sans impôts, sans retraite, etc. Et vive l’Einstein qui a du bol, Bolkenstein. L’Europe est donc au bord du précipice et les négociations avortées, pour l’instant, sur son budget vont lui faire faire un grand pas en avant. Que faire contre cette Europe-là, hyper libérale et simple union d’Etats pour le commerce, ce qui est une drôle de confédération. C’est le résultat de l’entrée des Gibbies en 1973 et de l’ordo-libéralisme teuton : une simple zone de libre-échange ouverte à tous les vents mauvais de la concurrence entre pays et sans protection contre les compétiteurs déloyaux. La pompe de la descente compétitive est amorcée : l’Espagne a ainsi récupéré 10 % de compétitivité-coûts sur la France par suite de sa flexibilisation du travail et surtout de sa baisse des salaires pour cause de chômage. L’industrie française (et les PME du bâtiment vampirisées par les travailleurs ibères débarqués par exemple à Bayonne ou à Perpignan) devra rattraper ce « gap », ce qui obligera l’Espagne à accentuer sa descente du toboggan libéralo-concurrentiel, puis la France et ainsi de suite dans une spirale sans fin.
Il faudrait que les pays du Sud européen créent une fédération et quittent la zone euro. Cette fédération harmoniserait ses règles fiscales, sociales, environnementales, de droit du travail, de protection sociale, de sécurité pour les aliments, les médicaments, les produits dangereux, de douane et de compensation des différentes formes de dumping (notamment sur le taux de change ou la « désinflation compétitive » des Tudesques). Elle interdirait toutes les innovations financières qui ont provoqué la crise de 2008, à commencer par tout recours aux paradis fiscaux, à la finance offshore ou de gré à gré, aux opérations à nu (pour les CDS par exemple, donc sans posséder l’actif assuré)) et à découvert (par emprunt), à la titrisation, au LBO, etc.
Les dettes publiques sont mutualisées, du moins pour les créances détenues par l’étranger. Une monnaie commune (c’est-à-dire en conservant des monnaies nationales maintenues dans « un serpent monétaire » ajusté périodiquement en parités fixes avec des petites marges de fluctuation) est créée et est gérée par une banque centrale ayant le devoir de prêter aux Etats et de susciter la croissance de l’emploi même avec inflation. La fédération socialise toutes les banques privées en situation de quasi- faillite (quand on déduit de leurs actifs les créances pourries) et indemnise les actionnaires sur la valeur résiduelle, donc à peu près nulle. Toutes ces banques sont regroupées dans une fédération bancaire d’Europe du Sud. Leur rôle est de financer l’économie sociale, les coopératives, les mutuelles, les entreprises d’insertion et les prêts aux particuliers. Et la recherche. Elle rémunère les dépôts et facture ses prestations au prix coûtant plus une marge limitée pour les investissements. Toute spéculation lui est interdite. Les fonctions développant un « bien commun » public sont socialisées en une fédération de l’économie sociale : assurances, éducation, santé (avec création de réseaux mutuellistes de soin comprenant hôpitaux, médecins, pharmaciens, chercheurs et labos indépendants), logement social, transport, communications, énergie, agriculture vivrière… Il ne s’agit pas se supprimer le secteur privé mais de lui opposer des concurrents sociaux, de lui opposer des anarcho-structures fonctionnant sur une logique de solidarité et de mutualité. Dans les domaines des « commodities » (biens privés utiles mais non essentiels à la « bonne vie »), toute création de coopérative ou de mutuelle sera favorisée ; notamment avec l’obligation de reprise de l’entreprise par les salariés en cas de faillite ou de projet de vente (droit de préemption sociale). On aura ainsi des concurrents par exemple dans l’immobilier, la production industrielle ou agricole, le commerce, etc.
La part des dettes publiques détenue par l’étranger à la fédération est concentrée dans un fonds commun d’amortissement. Une partie de ces dettes est aussitôt remboursée par un emprunt forcé sur les riches, les gros patrimoines, les multinationales qui reçoivent en contrepartie des obligations à 3 % sur 20 ans en monnaie commune. Une autre partie est échangée contre de nouveaux emprunts équivalents, plus étalés et garantis par les actifs des pays du Sud. Enfin, le reste a été annulé parce qu’il s’agit d’une dette illégitime (par exemple des emprunts grecs pour acheter des armes à la Teutonie). Normalement l’Allemagne devrait alimenter le fonds d’amortissement par des versements annuels compensant les réparations de guerre qu’elle n’a pas payées. Tant que les gouvernants Fritz ne les verseront pas par annuités, leurs exportations en Europe du Sud seront taxées à 50 %. De façon générale, la fédération mettra en place des droits compensateurs des différentiels de charges : sociales (de protection sociale), environnementales (dues aux taxes écologiques et aux frais de protection de l’environnement), fiscales, de taux de change, de droit du travail. La fédération assure la valeur de sa monnaie commune en contrôlant les changes et les flux de capitaux : si les importations sont supérieures aux importations par période de 3 ans, elle arrête temporairement d’importer car la monnaie commune n’est convertible que pour les échanges extérieurs.
La fédération supprime ses moyens militaires et reconvertit les personnels dans la coopération avec les pays d’Afrique, d’Amérique du Sud, d’Asie ; une grosse part des sommes économisées est consacrée à l’aide au développement de ces pays. La fédération passe des accords de coopération et de commerce équitable avec lesdits pays, en supprimant ses subventions aux exportations et en garantissant les prix des produits importés (minerais, énergies fossiles, produits agricoles et agro-alimentaires, pêche, bois). La pêche dans les eaux territoriales des différents pays du Tiers-Monde est interdite. Les brevets issus de propriétés naturelles des plantes, des animaux de ces pays (et du reste pour tous) sont interdits.
Si tout cela ne plait pas au libéralisme mondialisé, alors la fédération se met en autarcie car elle ne manque de rien, bien au contraire, si l’on prend la peine de favoriser les énergies renouvelables et de développer une chimie fondée sur les matières végétales (algues, sciures, feuilles tombées, etc.). Et cela sans transformer les terres en espaces producteurs de biocarburants. Et car elle est tout à fait capable de se remettre à produire des biens manufacturés grâce à s maîtrise des technologies et à la taille de son marché intérieur. Pour l’avenir, la mise en commun de ses moyens de recherche (universités, labos, chercheurs, financement par la fédération bancaire socialisée et mutualisée) lui permettra de faire face en innovant.

La Teutonie doit payer

Classé dans : politique — 14 novembre, 2012 @ 12:37

Alors que le gouvernement boche (je parle du gouvernement, pas du peuple) continue de se draper dans l’austérité compétitive qu’il veut imposer aux pays « cigales », et cela avec l’aide du Grand Méchant Mou, à savoir le plat Hollande, l’ami Mollet(e), il convient de rappeler certaines vérités. La Fridolie devrait encore énormément payer de réparations aux pays qu’elle a ruinés. Par exemple, elle devrait 162 milliards d’euros à la Grèce qu’elle a occupée à partir de 1941. Un grec âgé de 86 ans, ancien résistant anti-boche, estime, lui, que la dette est de 1 000 milliards. La France a été rançonnée de 400 millions de francs, tenez-vous bien, par jour à partir de son occupation de septembre 1940 à aout 1944. J’ai fait un calcul grossier et sous-estimé de la somme totale, soit 140 milliards d’euros 2012. Avec des intérêts à 3 % sur 70 ans la somme grossit facilement à 500 (très minoré). Cette argent ne comprend pas le coût des destructions, ni celui des pertes humaines, notamment parce que les Yankies balançaient en 1944 des bombes à 5 000 m d’altitude sur les villes françaises (par exemple, le Havre, Caen) presque totalement détruites. En 1944 j’étais enfant à Saint-Etienne : les Yankies bombardèrent la gare mais ils ne l’atteignirent pas et détruisirent tous ses alentours. Il faut dire que les USA, qui n’intervinrent en 1944 que parce que le cinglé Adolf leur avait déclaré la guerre pour soutenir leur allié japonais, avaient tout intérêt au maximum de destruction en Europe (disparition de concurrents et ensuite vente de leur matériel pour réparer) et voulaient préserver la vie de leur soldats. Rappelons que les USA n’intervinrent qu’en 1917 lors de la 1ère guerre mondiale et ne débarquèrent qu’en mars 1918 (heureusement car la France était exsangue et perdait jusqu’aux offensives d’aout 1918 menées avec le matériel et les soldats américains ou anglo-saxons). Si donc on rajoute à la louche le coût des destructions de 39/45, on monte aisément au double, soit 1 000 milliards d’euros dont les Doryphores n’ont pas payé un fifrelin ; et, ô merveille, ils bénéficièrent massivement du plan Marshall afin de contrer les envahissements de Staline (la France avec des cocos au pouvoir était suspecte et a beaucoup moins profité de ces largesses).
En 1871, la Prusse fit payer 5 milliards de francs-or à la France au titre de réparations de guerre alors que c’est elle qui l’avait provoquée avec la dépêche d’Ems et cela en annexant en outre l’Alsace-Lorraine. Ces 5 milliards représentent au bas mot 100 milliards actuels. En 1921, les Verts-de-Gris furent condamnés à payer 132 milliards de marks-or pour la France et la Belgique. Par suite d’annulations successives de dette voulues par nos chers amis américains et avec l’annulation définitive de 1932, les Schleus ne payèrent que 23 milliards (17 %) ; il reste donc 109 à verser, soit en euros actuels dans les 500 milliards. Les Boches s’étaient contenter d’emprunter pour payer les seuls 23 et ont fini de rembourser ces emprunts en 2010… pour solde de tout compte. Ce qui a permis aux politicards et aux journaleux de s’extasier : la Prussie a enfin fin de payer les réparations de 14/18 ! Ce qui précède montre qu’on en est très loin. Récapitulons : les Tudesques doivent encore au bas mot 1 000 plus 100 plus 400 (j’enlève des 500 de 14/18 la part de la Belgique), soit 1 500 milliards d’euros. Evidemment, les Goths contesteront cette dette. Il sera inutile d’aller plaider devant un tribunal international car tous sont des fervents libéraux et car les autres gouvernements des pays exploiteurs, au 1er rang desquels on trouve celui des Gibbies, craindront d’être aussi attaqués. Il faudra monter un nouveau tribunal des peuples spoliés à l’instar du tribunal Russel ; pour ce faire, il faudra que la France reconnaisse ses propres exactions historiques dans ses ex-colonies (comme elle l’a fait lors du traité de Vienne en 1815 après les turpitudes napoléoniennes). C’est pourquoi, afin de constituer le tribunal, elle devra s’engager à partager les 1 500 milliards avec ses victimes.
En attendant le jugement et en cas de non-paiement, la France interdira l’importation des produits allemands sur son territoire et demandera à ses alliés ex-colonisés de faire de même tant que le gouvernement fridolin n’aura pas payé même de façon échelonnée. Et ce n’est pas du protectionnisme au contraire de ce qui le deviendrait si la Teutonie rétorquait de même et cela donc sans raison valable. Pourquoi se mettre maintenant à réclamer ce que les gouvernements fantoches français n’avaient pas exigé auparavant en se pliant même aux annulations voulues par les Anglo-saxons pourtant soucieux d’affaiblir la France ? Parce que les Teutons continuent aujourd’hui de ruiner l’Europe par d’autres moyens. Il faut dire que c’est avec l’aimable participation des gouvernements francouis devenus libéraux de chez libéral. Seul le général de Gaulle savait ce qu’il voulait : union économique européenne, indépendance de la France et coopération avec les pays de l’UE. Dès Pompidur, les gouvernements laissèrent l’UE dériver vers le libéralisme sans frein, acceptèrent l’ordo-libéralisme des gouvernements Casques-à-pointe et des utilitaristes Gibbies. A chaque traité, y compris et même surtout les socialos régnant, l’UE s’est enfoncée davantage dans le libre-échange et la circulation ouverte à tout des capitaux.
Lors de la réunification des Ostro et Wisigoths, la France a laissé faire sans exiger le paiement des réparations avant d’accorder son agrément à la chose. Cette réunion a en outre été largement payée par les autres pays sous forme de soutien au mark, notamment avec la politique française du Franc-Fort en main. Car le mark aurait dû s’effondrer, ce qui aurait dû amener à abaisser aussi le franc pour rester compétitif en matière de taux de change. Que nenni, on a fait du franc fort… Ainsi commença l’hégémonie des gouvernements fritz en Europe. On se souvient de l’image du chancelier allemand à la Kohl avec Tonton à Verdun : le minuscule et prostatique Mythe-Errant la mano en la mano avec l’énorme « taureau de Bavière », le pro staatisch Kohl, pape de l’ordo-libéralisme (imposer l’ordre-libéral par la loi décidée par l’Etat). A ma grande honte pour la France, rien ne marquait davantage les poids respectifs des Frisés et des Gaulois dans l’UE. Et l’ascendant des Goths s’accéléra. Le pompon fut décroché avec l’initiative fridoline et en solo de reconnaissance de la Serbie après l’éclatement de la Yougoslavie, ce qui nous valut la guerre des Balkans et ses horreurs pour cause d’extension du « lebensraum » teuton vers l’Est. Car la Bochie avait une idée prémonitoire : l’extension sans fin de l’UE à l’Est (création des PECOS, ex-pays de l’Est soviétisés) lui fournirait un réservoir de main d’œuvre low cost pour délocaliser ou exploiter des sous-traitants produisant les pièces assemblées et labellisées en Germany. D’où la montée de l’UE à bientôt 28 pays complètement hétérogènes avec un ridicule budget de 1 % du PIB de l’union, donc sans transferts financiers entre les pays pauvres et les autres.
Le chef d’œuvre goth, l’apothéose, fut la création de l’euro aux conditions des Doryphores : BCE indépendante, interdiction de prêts par elle aux Etats, rôle limité au contrôle de l’inflation à moins de 2 % (sauf pour l’immobilier, les produits financiers, les salaires des dirigeants et les stock-options…), déficit budgétaire annuel inférieur à 3 % du PIB, dette publique (seulement publique…) inférieure à 60 %. Tout cela pour favoriser un pays où la rente capitaliste est indispensable : vieillissement d’une population sans natalité suffisante, retraites fondées sur la capitalisation pour l’essentiel (la part socialisée de la retraite en répartition est très inférieure à la française qui tourne autour de 65-75 % du salaire antérieur). D’où l’euro trop fort et la baisse de compétitivité-change de la zone euro. Chose voulue par le gouvernement des Frisés car la Germanie payait moins cher en euro fort ses importations déjà low cost en provenance des PECOS (ex-pays de l’Est). Par ailleurs, les dirigeants prussiens avaient bien vu que l’euro comme monnaie unique permettrait aux cigales européennes d’emprunter pas cher, au même niveau que la Teutonie, pour acheter allemand. Les Rosbifs se foutaient de l’euro car ils pouvaient continuer de jouer sur le taux de change de la livre et surtout devenir la 2ème place financière après New York grâce à la libre circulation des capitaux et à son empire de paradis fiscaux associés à la City. Les Gibbies restaient contents tant que le libre-échange et la réduction de l’UE à un grand marché concurrentiel continuaient.
La perfidie suprême et finale est venue du social-démocrate Schröder qui a fait une politique de désinflation compétitive sur les coûts salariaux et sociaux du pays avec les fameuses lois Hartz (DRH chez Volkswagen !) à partir de 2003 : promotion du temps partiel, diminution des droits liés au chômage (1 an d’indemnisation au lieu de 3), obligation d’accepter un emploi dès la 2ème offre, emplois à 400 euros par mois voire à 5 euros de l’heure, diminution des retraites publiques et des dépenses sociales, etc. Il n’est donc pas étonnant que le nombre de pauvres teutons soit monté à 18 % contre 14,1 en France en 2010. La Gross Merkel a remis une louche avec la TVA sociale de 3 points. Les dirigeants boches ont donc tout à la fois joué contre leurs concurrents européens, qui se sont désindustrialisés à grande vitesse au profit de la Tudesquie et de ses satellites PECOS, et contre leur peuple au point que le PIB par tête en Prussie est devenu inférieur à celui des Gaulois. Pendant cette stratégie solo de « passager clandestin » ou de « cavalier seul » de l’UE, les autres pays n’ont pas moufté car ils pouvaient emprunter facilement et à faible taux sur les marchés internationaux et même aux banques privées des Fridolins. Las, tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse, ce qui a été avancé par la crise de 2008 et le renflouement sur deniers publics des banques privées.
Et maintenant la Gross Merkiavel (dixit le sociologue allemand Ulrich Beck ; par ailleurs ex- ostrogoth, donc de l’ancienne Prusse), redoutable combinaison de Merkel et de Machiavel, ne trouve pas mieux comme solution à la crise des dettes publiques que de conseiller aux autres pays de faire eux aussi de la désinflation compétitive à base de rigueur et de soumettre à la « règle d’or » et au contrôle de leur budget par la grosse commission de Bruxelles. C’est que le peuple allemand ayant beaucoup souffert de la politique des dirigeants teutons, Merkiavel peut surfer sur leur ressentiment contre les cigales alors que, lui, il s’est serré la ceinture grave. Merkiavel compte ainsi être réélue en 2013. C’est pourquoi elle est mécontente de Guimauve le Concurrent qui fait semblant de renâcler à sa politique d’hégémonie (acceptée par Tsarkozy, fils d’émigré Hongre-PECO et adorateur du libéralisme à la Bush II) et dont les insuffisances d’action vers la rigueur financière risque de mettre la France sous la coupe des marchés et des agences de notation, auquel cas elle suivrait le chemin des autres cigales, ce qui ferait que les Tudesques se retrouveraient gros Jean comme devant ; aucun pays où fourguer sa production. C’est en cours car les politiques « d’ajustement structurel » appliquées aux cigales produisent l’effet inverse de leur but affiché : la dette s’alourdit, le déficit s’accroît faute de rentrées fiscales pour cause de récession liée à la désinflation compétitive.
Les dirigeants français qui ont fait exprès de laisser construire cette Europe libérale de pays juxtaposés et concurrents afin de faire pression sur le peuple pour dégager des profits vers le capital et la rente, se sont mis eux-mêmes dans la seringue. Désormais ils ont le choix : soit, rester dans le jeu actuel de l’UE, auquel cas il faut jouer avec ses règles, c’est-à-dire faire de la compétitivité à outrance et mener la « guerre de tous contre tous » pour tirer leur épingle dudit jeu, soit rompre et mener une politique anticapitaliste. Soit dans le nationalisme régi par le commerce, soit dans un authentique fédéralisme. Dans ce cas, commençons par faire rendre gorge aux dirigeants Fritz avec le paiement des 1 500 milliards de réparation. Ensuite, on pourra aller vers l’anarcho-structuralisme qui consiste à créer des contre-structures (ou moyens, dispositions, méthodes, procédures) qui font concurrence au capitalisme tout en préparant une société fonctionnant sur une logique coopérative et mutuelliste. On propagera cela dans l’UE tant que l’Europe ne sera pas une vraie fédération économique, écologique, politique et juridique au lieu d’être une cohue de nations qui se tirent dans les pattes sauf pour la communion de tous dans le libre-échange. Cependant, il faut bien comprendre que faire payer des réparations aux Tudesques n’exonère pas la France de ce qu’elle doit aux esclaves Noirs et aux pays qu’elle a colonisés. Notre pays indemnisera donc les victimes et surtout les aidera à se développer dans le même modèle coopératif et fédératif. La France prendra la tête d’un nouveau mouvement des « non-alignés » à l’ONU en lui donnant son droit de veto. Elle se désarmera et consacrera le fric économisé à l’aide économique des pays associés au contre-libéralisme. Car les anarcho-structures ne sauraient restées confinées en France ou en Europe.

La solution capitaliste : Robinson en son île avec Vendredi

Classé dans : politique — 6 novembre, 2012 @ 11:14

On ne parle plus que de compétitivité avec le rapport Gallois et la pression du MEDEF et de l’AFEP (association française des entreprises privées, soit en fait les grossiums du CAC 40). Je ne vois pas de quoi on parle puisque nous avons sous la main le meilleur modèle possible du libéralo-capitalisme triomphant ; à savoir celui de Robinson dans son île. Récapitulons l’histoire.
Par suite d’un naufrage, Robinson se retrouve seul sur une île déserte. C’est la situation rêvée par Locke : des terres disponibles où tout un chacun peut aller s’installer. Si la terre est rare, comme en Angleterre, alors tous les gens-sans-terre peuvent émigrer vers les grands espaces libres même avec un froid de 5 ou six béries. Notre Robinson peut alors s’approprier cette terre grâce à son travail, lequel, comme on sait est à l’origine de la propriété parce que ledit travail est le prolongement de la personne et de sa liberté. Cependant, contrairement à l’écriture lockéenne, Robinson dispose d’un capital préalable, celui des semences et outils ou éléments de charpente et encore une chèvre ou deux récupérés sur l’épave du bateau naufragé. Il a même une escopette dont il fera ensuite un bon usage.
Robinson devient ainsi un entrepreneur innovant à la Schumpeter car il tire le meilleur parti de ses maigres ressources : il se construit un petit fortin comme habitation, il se met à cultiver la terre avoisinante, il trait sa chèvre pour faire du fromage ; de temps en temps il utilise son escarpolette pour tuer un volatile. Et il n’a pas de concurrence. Vous me direz que c’est contraire aux canons du libéralisme économique. Pas du tout ; car la concurrence aboutit rapidement à la concentration, puis au monopole. Elle permet en effet de piquer le marché des moins compétitifs ou productifs, de l’absorber afin de maximiser les économies d’échelle. Proudhon avait bien montré par quel processus la concurrence parvient à son contraire. Robinson a donc la chance d’être sans concurrent dès le départ. S’il y en avait eu, gageons que sa créativité, son courage, son goût du risque, son travail acharné et sans horaires, plus son arme de destruction massive par rapport à des arcs et des sagaies, auraient eu rapidement raison des rivaux. La conquête de l’Ouest américain avec extermination des Indiens montre bien que la puissance des armes est un bon adjuvant à l’appropriation de terres soi-disant acquises par le travail. La thèse libérale de la concurrence rappelle la blague du bucheron cherchant une embauche. Le patron lui demande ses références ; il répond qu’il a travaillé au Sahara ; le patron s’ébaubit : mais il n’y a pas d’arbres ! Justement lui répond le bucheron. Eh bien, pour la concurrence, c’est pareil : le monopole est le résultat de la concurrence elle-même.
Du reste, qu’est-ce qu’un brevet sinon un monopole momentané recherché avidement et protégé par les lois libérales, le monopole est le non-dit du libéralisme et cela a même été théorisé par le pape du marketing stratégique à savoir Mickael Porter. Vous me direz qu’il y a des lois anti-trust ; sans doute mais sans efficacité et, dans le meilleur des cas, on a des oligopoles qui passent des ententes. Quand elles sont découvertes et punies, les amendes sont ridicules par rapport aux profits indus. Et il n’y a pas de zonzon contrairement à ce qui arrive à un Rom voleur de poules. Pour Robinson, la situation est magnifique : pas de taxes ou impôts, pas de restrictions étatiques à sa liberté d’entreprendre, pas de syndicats, pas de fonctionnaires pour le contrôler, pas de lois protectrices de l’environnement, etc. Mais c’est qu’il n’a pas d’employés. Heureusement, Robinson, grâce à son escopette, sauve celui qu’il appellera Vendredi, jour du sauvetage contre des sauvages cannibales qui voulaient le bouloter. Reconnaissant, Vendredi devient le serf de Robinson qui a donc maintenant un travailleur sous sa coupe. Le meilleur travailleur qui soit : pas de salaire et cotisations sociales, pas de normes de tems de travail et cela quel que soit l’horizon de temps (le jour, la semaine, le mois, l’année, la vie). C’est ce que réclament aujourd’hui le Tea Party et les patrons. Car la concurrence est déloyale vis-à-vis des pays à bas salaires ou même esclavagistes (on trouve des esclaves, même des enfants dans les latifundia latines ou les mines d’Afrique ou les usines asiatiques low cost fournissant par exemple Nike). Il faut donc déjà commencer par baisser les charges sociales et les salaires. Jusqu’où ? A ce jeu de la compétition mondialisée, il n’y a pas de limites assignables suivant les « lois » du capital, sauf pour assurer la reproduction de la force de travail (loi d’airain des salaires). Rassurons-nous, la technologie moderne finira bien par faire sauter cette contrainte avec des entreprises sans usines et des terres automatisées. Mais il n’y aura plus alors de consommateurs. C’est comme cela que les robinsonnades capitalistes refusent de voir que le système s’auto détruit à long terme par la logique même de son fonctionnement.
Robinson, n’en est pas là puisqu’il peut se nourrir ainsi que vendredi. Il n’a pas de clients mais il n’a pas non plus de concurrents. Il bénéficie de la « liberté négative » chère aux libéraux, celle qui permet tout sauf obstacles ou lois contraires. Or, c’est lui qui fait la loi ; donc sa liberté négative est intégrale. Robinson a inventé la démocratie d’ordo-libéralisme à la tudesque : un parlement (lui seul), légalement élu (par lui,) peut voter toutes les lois nécessaires aux patrons (lui) et à l’économie libérale économique, quitte à exploiter (Vendredi) sans vergogne. Robinson peut laisser libre cours à son égoïsme, celui qui fait que la poursuite par chacun de son intérêt amène le bien commun par l’effet de la main invisible du marché. Il peut, suivant les recommandations de Bacon et de Descartes, se comporter en maître de la nature grâce à son ingéniosité productrice. Gageons qu’il poursuit Vendredi de ses assiduités car il n’y a pas de syndicats, de droit du travail, de lois de protection des personnes dans son île.
Maintenant qu’avec son serf il produit des biens utiles et pas chers il pourrait passer un deal avec les sauvages pour améliorer son ordinaire ; les anthropophages verraient vite qu’il est moins dangereux de bouffer les produits de Robinson que de faire la guerre aux autres peuplades. Ainsi, s’installerait le « doux commerce » plutôt que la lutte de tous contre tous. Robinson pourrait sans doute devenir roi de ces contrées iliennes et y imposer sa loi. Las, les Gibbies eurent vent de la richesse de ses îles. Les Gibbies les conquirent et rapatrièrent Robinson en Angleterre où il vécut d’une petite pension ; Vendredi, lui, fut exposé dans des cirques pour illustrer le bon droit des Occidentaux à conquérir des colonies sur les peuplades arriérées qui en étaient les premiers habitants.

La France sous influence

Classé dans : politique — 2 novembre, 2012 @ 10:30

J’écris cette chronique après avoir lu un assez mauvais livre (de Claude Revel) sur le sujet, livre qui ne met pas en lumière les vrais enjeux, à savoir le libéralo-capitalisme et sa recherche du maximum de profit à court terme. Cependant, il renferme une mine d’informations car l’auteure est justement une consultante et une professeure en influence dans une université bidon aux USA. En outre, on y trouve quelques pépites noyées dans la masse fastidieuse des informations d’un bouquin mal structuré. Ce n’est pas un hasard car l’auteure sort de la même promo de l’ENA que le président Au Bonheur d’Edam. Ce n’est pas une boîte qui brille par la pensée et la méthodologie. A l’ENA on apprend à dire n’importe quoi sur un sujet que l’on ne connait pas en 15 minutes.
L’auteure se félicite que l’on soit passé du « hard power » ou force/violence au « soft power » ou influence. Elle ne voit pas que le soft est la continuation de la violence par d’autres moyens comme dirait Clausewitz. Elle oublie donc que les USA se sont surtout illustrés par l’intervention armée pour asseoir leur pouvoir et maintenir leurs alliés fascisants tels Pinochet ou Suharto. Elle néglige que les USA sont les spécialistes de l’écart entre le discours (paix, droits de l’homme, démocratie, liberté du commerce) et la pratique (guerres, patriot act, ploutocratie, subventions et protectionnisme). Faites ce que je dis, pas ce que je fais est le leitmotiv. Qu’est-ce que le « soft power » si soucieux du droit des autres ? C’est l’influence, le lobbying, l’idéologie, le chantage aux aides (vis-à-vis de l’Egypte, par exemple, ou au retrait de publicité contre un journal inamical), etc. Mme Revel, tout à son admiration du modèle libéralo-capitaliste qu’elle ne remet jamais en cause, ne sait rien de Gramsci sous l’aile duquel son livre devrait être mis. Car Gramsci avait bien vu que pour constituer « un bloc historique » hégémonique il fallait mixer astucieusement l’exploitation économique, la domination politique et l’aliénation culturelle, la méthode la plus efficace étant le bourrage de mou par l’idéologie. La leçon, pourtant, n’avait pas été perdue par tout le monde. En effet, c’est par un intense travail de propagande libéralo-capitaliste que les libéraux reconquirent la faveur des politicards. Hayek et Friedman nous amenèrent Thatcher et Reagan et ensuite tous les dirigeants occidentaux et européens succombèrent aux attraits du libéralisme, parfois camouflé en social-démocratie, en ordo-libéralisme teuton, en 3ème voir blairiste et gibby, en socialisme rose à la Mitterrand. Il n’est donc pas étonnant que l’UE soit aujourd’hui assiégée par 20 000 lobbystes, dont 15 000 Yankies.
Mme Revel juxtapose les moyens de l’influence des puissances économiques et financières, des Etats libéraux (et maintenant des autres) sans structurer le processus qui a l’a fait mettre en place. Au départ on a l’alliance des idéologues et penseurs libéraux avec les capitalistes qui les ont financés pour répandre la bonne parole libérale : plus d’Etat, plus de régulation, plus de lois et règlements, plus de contrôles, libre circulation des marchandises et des capitaux, libre-échange concurrentiel et « efficience des marchés », spécialisation dans les avantages compétitifs. On pourra faire des affaires et vous en retirerez une bonne image car la croissance induite éradiquera le chômage. A ce titre, l’auteure se félicite de ce que la disparition des régulations étatiques et internationales ait été compensée par le soft power entendu là comme liberté de faire soi-même ses propres règles : autorégulation, chartes éthiques, autocontrôle, auto-normalisation, auto-labellisation, tout cela étant pondu par les firmes capitalistes, les banques, les assurances, les lobbys par elles fondées. Elles ont dit aux Etats : vous êtes incompétents pour fixer les règles, lesquelles, du reste, sont des entraves à la liberté du commerce et aux lois naturelles de l’économie. Par ailleurs, vous êtes trop petits eu égard à la mondialisation et vos bisbilles vous empêchent d’établir des lois internationales et les contrôles afférents. Donc, laissez-nous faire car nous sommes tout à fait capables de nous discipliner, de bien nous comporter vis-à-vis du bien commun. Banco, dirent les gouvernants ; cela nous fera de la croissance et nous économisera les frais du contrôle afin de diminuer les charges publiques. On connait le résultat avec la crise structurelle éclatée en 2008 mais latente depuis longtemps à cause des déséquilibres pharaoniques que cette autorégulation a produits.
Ensuite, les libéraux veillèrent à envahir (comme dans l’entrisme léniniste ou trotskard à la Jospin) les institutions de formation et d’information en les chargeant de manipuler les esprits vers l’excellence du libéralo-capitalisme : universités, centres de recherche, journaux puis médias. Comment ? En finançant les lieux bien-pensants soit directement soit par le biais des fondations. C’est merveilleux car, justement la fiscalité US a toujours permis d’énormes exonérations fiscales pour l’argent consacré à de pieuses, charitables et utiles au bien commun, lesdites fondations. C’est ainsi que les « barons voleurs » du 19ème siècle se rachetèrent leur culpabilité et la chose continue ; par exemple le voleur et monopoliste Bill Gates (qui impose son système d’exploitation à la plupart des ordinateurs vendus dans le monde) a créé sa fondation codirigée avec sa femme. Il faut dire qu’une telle défiscalisation, complétée ensuite par une baisse drastique des impôts des riches et des firmes, a été décidée par les politicards dans le cadre de l’excellente démocratie US, celle qui est exportée à la pointe des baïonnettes. Car le modèle libéral a été facilité par les politicards. Pourquoi ? Parce que les firmes et les riches pouvaient subventionner leurs campagnes électorales et payer des publicités (y compris de diffamation, de calomnies, de mensonges, de désinformation) en faveur de leur candidat. La chose a été institutionnalisée récemment par la Cour suprême qui a trouvé là l’usage de la liberté d’expression garantie par le 1er amendement de la Constitution. Les firmes ou lobbys peuvent donc dépenser à satiété. Et s’il y a moins de corruption, forme émérite d’influence, aux USA c’est qu’elle y est reconnue et institutionnalisée.
Puis, le système de propagande a été complété et diversifié avec l’apparition d’une foultitude de « think tanks » (littéralement réservoirs de pensée), l’institutionnalisation du lobbying, la montée en puissance des « communicants », l’apparition de « l’intelligence « économique » (vantée par Revel mais en fait c‘est de l’espionnage des concurrents et du dénigrement afin de nuire à leur image ; c’est aussi de la mise en sécurité des secrets et des brevets de la firme), la notation et le classement comparatif des firmes ou autres, toutes choses chargées de la propaganda staffel ou de l’agit prop. libéralo-capitaliste. Universités, fondations, think tanks, lobbys forment une structure, diversifiée mais interdépendante, d’influence dédiée à l’influence, laquelle n’est plus réservée aux politicards mais envahit tous les domaines. Par exemple, un chercheur qui met en doute la qualité des produits Monsanto est aussitôt calomnié, dénigré, dé-subventionné par un battage organisé mélangeant médias, journaux scientifiques, chercheurs ou professeurs stipendiés par la firme. Un concurrent, à l’occasion d’un pépin, peut être attaqué par son concurrent comme l’a été Toyota par suite de rappels de véhicules ayant un défaut de fabrication ou de conception ou Renault à la suite de ses mésaventures d’espionnage interne monté de toute pièce par … son responsable de sécurité.
Enfin, le système a été couronné par la folie quantitative à base de notations (rating), classements, évaluations, standards, comparaisons (benchmarking), analyses financières (« ranking », le tout à court terme (le trimestre, obligation US des firmes cotées de publier leurs comptes tous les 3 mois), permettant de sélectionner les entreprises performantes (et les pays « compétitifs »). C’est ainsi que les cabinets de conseil en management, munis en particulier d’une recension des « bonnes pratiques » et des méthodes efficaces devinrent indispensables aux PDG voulant faire du dégraissage mais avec des raisons « objectives » données par un expert « indépendant » quoiqu’en étant rémunéré grassement par lesdits PDG. Evidemment, les conseils des KPMG et autres Arthur Andersen (disparu par faillite frauduleuse car ayant aidé ENRON à truquer ses comptes) sont conformes à la doxa libérale et la répandent partout. Parallèlement, les agences de notation en général payées par les notés eux-mêmes, propagent les notes infamantes ou encourageantes tant pour les Etats que pour les firmes. Les universités sont classées par exemple suivant le nombre d’articles pondus (voire recopiés) par leurs profs et parus dans les revues scientifiques ou suivant leur budget ou leur ouverture aux étudiants étrangers. C’est d’ailleurs une spécialité US que de recevoir et formater de tels étudiants qui formeront ensuite leurs meilleurs chercheurs (avec prière de se faire naturaliser yankee afin de cumuler les prix Nobel) ou qui essaimeront la bonne science en revenant chez eux. Les USA reçoivent aussi nombre de jeunes étrangers détectés par leurs ambassades ou consulats pour les émerveiller avec un merveilleux séjour chez eux.
L’auteure insiste à juste titre sur une méthode d’influence, très en vogue chez Goldman Sachs, celle des « revolving doors » ou portes tournantes ou, à la française, pantouflage. Cela consiste à placer des cadres dans l’administration publique avant retour ou aller-retour dans le privé, à repérer des politicards ou très hauts fonctionnaires (genre Sutherland, Mandelson, Draghi, Monti, Papademos, Schröder, de Croisset…) pour faire prendre de bonnes décisions, par exemple par l’UE, en leur faisant miroiter un poste super bien payé ensuite dans les boîtes privées. Cela marche très bien et on sait que l’administration US est toujours truffée de séides émanant de Goldman Sachs et de la finance. On sait aussi que les organes experts en matière de normes techniques, de normes comptables (établies par des officines anglo-saxonnes et prônant la « fair value » ou évaluation des actifs à leur valeur de marché), de santé, de toxicité sont de moins en moins publics ou quand ils le restent c’est comme façade de neutralité puisqu’ils contiennent une proportion de plus en plus grande d’experts venant des firmes ou des lobbys sous prétexte de réduction du coût en fonctionnaires des agences publiques.
Le livre s’émerveille de ce que des ONG puissent elles aussi intervenir dans les instances internationales afin de faire valoir leur position face à celles des firmes et des lobbys. Ainsi, serait apparus la « développement durable », la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) à l’ONU et dans ses satellites ou à l’OMC ou à l’OCDE. Il trouve qu’il s’agit d’un grand progrès sans mettre en lumière qu’alors, ce ne sont plus des règles sanctionnables qui jouent mais des engagements volontaires, fort mal surveillés sauf par certaines ONG. En fait, les firmes et les politicards ont été forcés d’admettre les ONG comme « partenaires » parce que celles-ci pouvaient détruire leur image (celle de Nike par exemple qui faisait travailler des enfants dans ses usines asiatiques ou celle de Total qui pactisait avec la junte birmane pour chasser les indigènes des champs pétrolifères, chose couverte par un célèbre rapport du sieur Kouchner). L’amour est allé plus loin puisqu’aujourd’hui les firmes et certaines ONG, la mano en la mano, passent des accords de certification des pratiques et des produits. Mme Revel dit que les plus grosses ONG sont d’obédience yankee sans mettre en évidence qu’il s’agit là d’une méthode efficace d’influence pour le libéralisme US. En fait les ONG contribuent, sans le vouloir sans doute, mais en refusant d’en être conscientes, à corriger à la marge les exactions du libéralo-capitalisme, ce qui contribue à le perpétuer.
L’essai nous dit que si le lobbying et l’influence sont nés aux USA avant de se répandre comme la peste c’est à cause du modèle démocratique US : une approche procédurale de détermination de l’intérêt général : via des consultations et négociations entre acteurs menées par les chambres et l’exécutif. Il n’y a pas d’intérêt général à priori ou détenu souverainement par le parlement comme en France où les députains sont censés exprimer la volonté générale car ils détiennent la souveraineté absolue de l’Etat. Il n’y aurait donc pas besoin de consulter en France. Mme Revel ne voit pas que dans les deux cas, en dernière instance ce sont les politicards qui décident. Elle ignore que le pouvoir politique aux USA a été soigneusement émietté et contrebalancé (les contre-pouvoirs, les « checks and balances ») de façon à rendre une décision de l’exécutif très difficile sans accord des chambres. C’est ce qui explique qu’Obama n’ait pas fait grand-chose, par exemple en matière de politique environnementale. Et surtout l’auteure ne voit pas que le thème de l’intérêt général porté par les seuls politicards élus (donc légaux et pas forcément légitimes) est pro domo. Dans la réalité, les députains et autres sénateurs ont toujours su voter des lois en faveur de leurs vrais mandants, le capital et la finance. La France a toujours fait de l’ordo-libéralisme (fixer les bonnes règles par le droit) sans le savoir. Sauf lors des 30 glorieuses (1945-1975) où une certaine approche gaullienne imprégnait les fonctionnaires après la mise en place du programme du Conseil National de la Résistance (CNR) à la libération, notamment avec la Sécu et les nationalisations. Hélas, sous les coups de butoir du libéralo-capitalisme, ce type de fonctionnaire dévoué à l’intérêt général a disparu. Il s’avère donc que l’influence a toujours été possible en France même si elle devait rester discrète. C’est le secret qui est la différence essentielle entre les deux régimes.
Ainsi, finalement le livre n’est pas si mauvais, mais involontairement : il donne à l’auteure des verges pour se faire battre et il demeure une mine d’informations pour savoir ce qu’il en est de la démocratie de nos jours. Et cela ne s’arrange pas avec la montée en puissance des « organes » experts (BCE, Commission de Bruxelles, FMI, etc.) qui gouvernent sans élection. Cela va même jusqu’à violer le vote du peuple comme pour le référendum sur le TCE en 2005 et jusqu’à démantibuler un gouvernement élu comme celui de Papandréou lorsqu’il voulut présenter le programme d’ajustement structurel pondu par la « troïka » (FMI, BCE, Bruxelles) à un vote référendaire du peuple. L’hypocrisie du soft power disparaît alors : il ne reste plus que le hard technocratique. Vive Pinochet, le si bon élève de Friedman et de l’école économique de Chicago. Mme Revel se plaint de ce que notre pays soit si en retard dans la mise en œuvre des méthodes et techniques d’influence (ce qui dément le titre de son bouquin qui a l’air le déplorer) ; c’est tant mieux car si Machiavel était un démocrate transparent cela se saurait. Or sa stratégie a triomphé : mensonges, manipulations, ruses sont à l’honneur dans le libéralo-capitalisme.

Pour une nouvelle conception du service public

Classé dans : politique — 31 octobre, 2012 @ 8:52

Historiquement, tout vient de l’opposition entre propriété privée et publique. Opposition bien marquée dans la naissance du libéralisme au 17ème siècle. Les libéraux fondent tout sur la propriété individuelle qui résulterait du travail et serait le prolongement de la liberté et de la sécurité personnelles contre les empiétements de l’Etat prédateur. Mais, rapidement les fondateurs du libéralisme sont bien obligés de reconnaître qu’il y a des biens qui ne peuvent pas être privatisés ou gérés par le privé. Un phare privé ne peut se concevoir car personne ne le ferait construire puisqu’il n’aurait pas de recettes pour amortir son investissement. En effet tout le monde pourrait s’en servir à cause de sa nature même sauf à privatiser aussi la mer. Par nature, un phare est un « bien public ». Mais public ne veut pas dire obligatoirement d’Etat, à rebours des futures « nationalisations » (lire étatisations) de 1936 ou 46 en France. Toute une théorie économique est alors bâtie sur les caractères des biens. Sont-ils « exclusifs » ou (et) « rivaux ». Les exclusifs sont ceux qui ne sauraient être partagés, par exemple parce que leur consommation les détruit (comme les « fongibles » ainsi que la nourriture). Les rivaux sont ceux dont l’usage par l’un interdit leur accès aux autres, dont le nombre d’utilisateurs ne peut être que limités, par exemple la terre dont la propriété n’est le fait que de quelques uns. Par construction, un phare n’est ni exclusif ni rival : ouvert à tous, non consommé par l’usage. C’est « un bien public ». Mais bien public ne signifie ni étatique ni monopole.
Puis est apparue au 19ème siècle l’idée de « monopoles naturels » ; par exemple un réseau (celui d’EDF ou autre) ne peut pas être possédé par un seul acteur car il serait anti-économique d’en construire plusieurs. En effet, plus le flux de passage sur le réseau est élevé, plus sa rentabilité est grande puisque, aux considérations techniques près dans certaines limites, le nombre d’usages n’est pas limité et que le matériel est donc amorti sur bien plus d’usagers, ce qui fait diminuer le coût unitaire d’utilisation. Mais quel est l’acteur social qui doit être propriétaire de ce surplus collectif et de son instrument ? L’Etat, répondent les collectivistes et étatisateurs de tout poil, les bénéfices de l’usage du réseau ne pouvant être donnés au privé alors que son origine est par construction collective et sociale. Les collectivités locales, assurent les édiles municipaux. Ce qui s’est fait pour l’eau, le ramassage et le traitement des déchets, les transports locaux et publics sous forme de régies. Mais aussi et hélas sous le mode des « concessions de service public » à des opérateurs privés comme Veolia (ex-Vivendi, ex-CGE) ou Suez ; ce régime laisse la municipalité (ou collectivité car il y a plusieurs niveaux territoriaux pour la notion de public) propriétaire des installations à la fin de la concession, le concessionnaire n’étant que le constructeur et le gestionnaire. Ce système a ouvert la porte à la corruption des édiles par le concessionnaire qui, en échange de services rendus de façon plus ou moins occulte, obtenait le droit d’augmenter les tarifs au détriment des consommateurs. C’est sans doute le cas du SEDIF (syndicat des eaux d’Ile de France) présidé par le comique troupier Santini. On ne doit le moins de corruption autrefois à EDF (avant sa transformation en SA en 2005 par Tsarkozy) qu’au fait que la concession du réseau de transport lui appartenait obligatoirement et que pour la distribution les municipalités devaient s’adresser forcément à l’Etablissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), sauf pour les villes qui étaient déjà en régie électrique avant la nationalisation (Bordeaux par exemple). On peut signaler que les barrages hydrauliques sont sous le régime de la concession locale. Or la plupart expirent. Ce qui explique l’arrivée à la tête d’EDF d’un gugusse (Proglio, ex-Véolia), grand spécialiste des relations amicales avec les concédants…
Mais les libéraux, dominants dans l’Union Européenne (UE) ont prétendu que la gestion publique était bien inférieure à la privée car elle élimine la concurrence et ses bienfaits de baisse des prix. C’est pourquoi l’UE ne dit rien sur les services publics (pour les biens publics ou les monopoles naturels) ; elle ne parle que de service d’intérêt général ou d’intérêt économique général (SIEG). Les biens publics, sous l’inspiration des Gibbies, n’y sont que des « utilities » comme les autres mais pour lesquelles un opérateur commun est économiquement utile à condition que la concurrence pour fournir le bien reste ouverte. Cela veut dire que l’opérateur peut, voire doit, être de statut privé à condition d’œuvrer sous un cahier des charges défini par la puissance publique et d’être contrôlé par « une autorité de régulation ». La France résiste encore à cette approche malgré les directives de l’UE : la propriété (ou la concession demeure publique) mais le secteur est ouvert à la concurrence (par exemple entre EDF et GDF-Suez ou pour l’usage du réseau de la SNCF) les activités sont séparées (au contraire du caractère antérieurement intégré, par exemple de la SNCF aujourd’hui saucissonnée entre le réseau ferré de France [RFF], qui possède les rails et le réseau, et le reste qui fait circuler les trains et vend les billets). Une autorité ou commission de régulation coiffe le secteur, commission où, comme par hasard, siègent le patronat, les représentants des collectivités et des associations d’usagers et les fonctionnaires plus quelques syndicalistes compradores à l’instar de M. Léchevin, le bien-nommé, (ex-grand chef syndical à EDF pour la CFDT et ayant accompagné les réformes dans le bon sens patronal et libéral, ex-ouvrier devenu cadre sup comme représentant du médiateur de l’énergie [je n’ai rien contre la promotion sociale à condition de suivre des formations et non de rentabiliser ses abandons] à la Commission de régulation de l’Energie). Comme pour l’UE les réseaux doivent être ouverts à tous les utilisateurs (suppression du monopole), il s’ensuit qu’il doit être séparé de tout opérateur public et monopoliste (cas de RFF et du réseau de transport de l’électricité). La France cependant ne tardera pas à être obligée de privatiser de plus en plus (bien des directives de « libéralisation » sont en cours et ne donnent plus qu’un délai réduit à la France pour s’exécuter) comme en Grande-Bretagne où les privatisations, notamment dans le rail, se sont traduites par des catastrophes (tarifs et accidents faute de sécurité et d’entretien des réseaux). Pour l’UE, il s’agit de sauver la banque, qui devrait être un service public (notamment la BCE ou la banque de France)car la monnaie est un bien public.
Plus fort, maintenant il y a les « partenariats privé/public » qui consistent à faire construire un bien public (zonzons, hôpitaux, écoles, palais de justice, bâtiments publics, etc.) par un bétonneur privé (Bouygues, Vinci) qui finance l’investissement (le but est soi-disant d’éviter que l’Etat ou la collectivité ne s’endette) et loue le bien pour 30 ou 40 ans à l’utilisateur à prix d’or avec des loyers exorbitants. A la fin, la collectivité récupère l’os. Cette modalité de prise en charge des biens publics par le privé montre des merveilles comme on le voit pour l’hôpital de Corbeil bourré de malfaçons et de non-conformités au cahier des charges. Au final, la collectivité débourse bien plus de fric que si elle avait fiancée elle-même le projet. Il faut donc s’attendre à un creusement rapide des déficits budgétaires, lesquels vont creuser la dette à rebours du présupposé de départ.
Tout le vice de ses solutions libérales vis-à-vis du bien public réside dans la fausse antinomie entrer privé et public qui fait les choux gras du droit public à la française avec ses tribunaux administratifs, justice d’exception (au droit commun et bien française), où l’Etat se juge lui-même. IL y a bien des situations intermédiaires, par exemple les autoroutes qui sont non exclusives mais rivales (entre l’Etat et le privé auquel elles ont été données par … Jospin ; entre les compagnies rivales voulant engranger des péages). Proudhon avait milité pour plusieurs formes de propriété : la petite exploitée directement par une famille, la coopérative en tant qu’association pour transformer et commercialiser les productions privées, la « socialisée » utilisant beaucoup de « forces collectives » (savoirs, techniques, coopération), détenue en mains communes par les différents étages territoriaux, inaliénable et autogérée par les opérateurs qu’il appelait des « compagnies ouvrières ».
Pour éviter la fausse opposition entre privé et public, il faut parler de biens communs (commons chez les Rosbifs) qui sont à socialiser, c’est-à-dire ni privatiser ni étatiser. L’idée vient de ce que les Gibbies firent entourer (« enclosures ») les prés communaux ouverts à tous pour les offrir aux « landlords » qui y mirent des moutons. L’argument était que des va-nu-pieds détruisaient la ressource via des « passagers clandestins » qui l’utilisaient sans l’entretenir. On voit l’idée que la propriété collective est par construction inefficace, idée toujours brandie par les idéologues de la « concurrence libre et non faussée », car dirigée par des monopoles sociaux. Or, un récent prix Nobel vient de prouver que les « commons » pouvaient être bien mieux gérées que par la propriété privée mais à certaines conditions que l’histoire montre à l’envi. Il faut qu’il y ait des règles d’usage et de répartition des tâches, il faut qu’elles soient définies dans une démocratie directe participative, il faut que des contrôles e des sanctions soient instituées contre les passagers clandestins et les « aléas moraux ». Les communautés de pêcheurs, d’agriculteurs dépendant du partage de l’eau, les coopératives, les mutuelles (les vraies) montrent parfaitement que le peuple est capable de s’autogérer et d’être efficace car la coopération où chacun est respecté, écouté, payé justement est bien plus productive que la compétition, l’individualisation, le commandement sans partage.
C’est à partir des « biens communs », dont la propriété et la gestion sont socialisées, sans privatisation ni étatisation, ni publics, ni privés, que des organismes comme le Mouvement des sans-terres en Amérique du Sud, la Confédération paysanne en France ou au niveau mondial luttent contre la marchandisation du monde. On ajoutera que l’autogestion des « commons » doit être organisée et structurée dans un système général fédératif qui n’est pas une juxtaposition de coopératives locales.
Par ailleurs, il faut bien ajouter que la définition de la nature d’une ressource dans le privé, le commun ou le public n’est pas de nature. Elle dépend d’une décision politique. Par exemple, à l’origine l’éducation était un service exclusif (fermé à la plupart) et rival (entre riches et pauvres, entre Etat et écoles privées, entre institutions en compétition pour attraper la rente éducative). La république des Jules en fit un monopole étatique, puis au 20ème siècle on se mit à financer les écoles privées et confessionnelles sous contrat. Maintenant, l’OMC et l’UE poussent à faire mettre en concurrence tous les services éducatifs au détriment de l’école publique. Il est vrai qu’elle avait bien des défauts, à commencer par celui d’être un espace de formatage des esprits en direction de la république bourgeoise, du patriotisme revanchard et du colonialisme, de la sélection « méritocratique des élites ». Aujourd’hui, il faut se battre pour que l’instruction soit un bien commun, socialisé, structuré comme une « compagnie ouvrière ». Il en est de même pour la monnaie, la banque, l’assurance, l’eau, l’énergie, les transports, les communications, la culture. L’UE prend le chemin inverse en privatisant à peu près tout.

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